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Full text of "Histoire des relations de la Chine avec les puissances occidentales .."

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HISTOIRE 


DES 


RELATIONS  DE  LA  CHLNE 


AVEC 


LES    PUISSANCES  OCCIDENTALES 


1860 -1900 


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A  LA  MÊME  LIBRAIRIE 


R  (H),  professeur  i  l'Rcolo  ilc»  langues  orirnlalcs  vivtnies.  — 
16  des  relations  de  la  Chine  avec  les  pnissancefl  occi- 
les  (18601900); 

1861-75).  I  vol.  in-8  avec  carte.    . m  fr. 

1875-1887),  I  ïol.  in-8  »ïcc  csrlos 10  fr 

,  terminanl  l'ouvrage,  paraîtra  en  janvier  IQ03. 


T  (E.),  professeiir  agrcpc  d'hisloire  au  Ijcée  d  Orlcans,  —  La 
ion  d'Orient.  Préraœ  de  G.  Mo^iuD.  de  l'In^lilul  ^  3*  ^îl  . 
I  vol.  in-S  (Uiivrago  couronné  par  l'Institul.).  ...  7  fr, 
irobldmea  politiques  et  locianx  à  la  fin  du  XIX'  siècle. 

I  vol.  in-8 7  fr. 

AN  (J.-L.  de),  député.  —  L'Indo-Chine  française.  Ëtudc 
tiqiic.  politique  ol  adniinislralivc  sur  la  Cochinchiiie.  le  Caiii- 
,  VAnaam  et  lo  Tontin,  Ouvrsge  couronna  par  la  Sociélê  de 
iphic  commerciale  de  Paris  (médaille  Diiplcii).  1  vol.  in-8  atri- 

:»  on  couleurs  hors  telle.  1889 |5  Pr. 

orale  des  philosophes  chinois,  i8i|ti,  1  vol.  in-i<i.  3  fr.  Zi> 
:R  (^Marcol).  —  Le  Drame  chinois  (Juillet  aoAt  1900).  i  vnl. 

ï  fr.  -îo 

tERG.  professeur  à  IL'nivrrtilé  <lc  Kirl.  Le  Boaddha;  Sa  >ir: 
ciriae  ;  .Su  commiinaiilé.  Traduit  do  l'allomand  par  .\.  FovcHi. 
de  L'Université.  A^■ec  une  /irpface  de  M.  Stlvain  Lkvi,  pro- 
BU  Colley  de  Francf.  3'  édil..  l{|ol.  i  vol.  in-8.  7  fr.  5o 
(J.-R.).  — La  France  hors  de  France;  l>e  notre  êmigraiiu» -. 
•essité;  Ses  condil'wns,  1  vol.  in-8.  191x1.      .     .      .       :o  Tr. 


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HISTOIRE  ^ 


DES 


RELATIONS  DE  LA  CHI^E 

AVEC 

LES   PUISSANCES  OCCIDENTALES 

1860- 1900 

L'EMPEREUR   KOUANG   SIU 

PREMIÈRE   partie:    1875-1887 
PAR 

Henri  CORDIER 

Professeur  à  TËcole  des  "langues  orientales  vivantes, 
Vicc-Présidcnl  de  la  Société  de  Géographie 


PARIS 

FÉLIX  ALCAN,  ÉDITEUR 

ANCIENNE  LIBRAIRIE  GERMER   BAILLIÈRE   ET  C 

108,     BOULEVARD     S  A  I  K  T  -  GER  M  A  I  N,      I08 

190a 

Tous  droits  rés'^rvés. 


LES  RELATIONS  DE  LA  CHINE 

AVEC    LES    PUISSANCES    OCCIDENTALES 

1860- 1900 


CHAPITRE  PREMIER 
AVÈNEMENT  DE  K0ÏÏAN6-SIU 

La  fin  prématurée  de  T'oung-Tché  devait  faire  naître  na- 
turellement des  soupçons  sur  les  causes  de  celle  mort  impré- 
v\ie  ;  le  peuple  se  refusa  dans  certains  endroits  à  croire  à 
la  disparition  du  jeune  souverain  et  un  aventurier  surgit 
même  dans  le  Yun-Nan,  prétendant  ôtre  le  défunt  empereur; 
il  fut  décapité  à  Yun-Nan  fou  par  ordre  du  gouverneur, 
Ts'ên  Yû-ying  ;  même  événement  se  produisit  d'ailleurs  en 
igoo,  à  Wou-tcirang,  capitale  du  Hou-Pé,  où  Tchang 
Tchi-toung  fit  exécuter  un  faux  empereur. 

Les   résidents   étrangers  eurent  le  désagrément  extrême 
de  voir  leurs  boys  laisser  pousser  leurs  cheveux   qui,  pen- 
dant les  cent  jours  du  deuil,  atteignirent  une  longueur   dé- 
mesurée. Les  sceaux  oIBciels,  de  vermillon  devinrent  bleus  ; 
les  draps  rouges  des  brouettes  furent  changés  pour  des  draps 
bleus.   A  Chang-Hai,  l'éditeur  du  Chen  Pao,   en  signe  de 
de  deuil,  imprima  à  l'encre  bleue  le  numéro  de  son  journal 
qui  contenait  la  nouvelle  du  fatal  événement;  plus  tard,  à 
Taccession  de  Kouang-Siu,  en  marque  de  réjouissance,  le  pa- 
pier du  journal  fut  changé  et  devint  vermillon,  l'encre  res- 
tant noire  ;  le  Wei  Pao,  suivant  l'exemple  de  son  confrère, 
tout  en   gardant  son  papier  ordinaire,  employa  de  l'encre 
rouge  pour  imprimer  ce  numéro  exceptionnel. 

GoRDlEA.  IL    I 


AVÈNEMENT  DE  KOL'ANC-SIU 


Le  lendemain  de  la  mort  de  T'oung-Tché,  le  Prince 
Koung  en  communiqua  officiellement  la  nouvelle  aux  mi- 
nistres étrangers. 


LETTRE  iLNNONÇANT    LA    MORT    DE    l'eMPEREUR 

Le  Prince  Koung,  Président  du  Tsoung-li  Yamen,  etc.,  au 
Comte  de  Rochechouart.  chargé  d'affaires  de  France,  etc. 

Pé-king,  le  6  de  la  n®  lune  (i3  janvier  1875). 

Je  vous  informe  respectueusement  que  S.  M.  TErapcreur  est 
décédée  le  5*  jour  de  celte  lune  (le  Dragon  s'est  envolé  jusqu'aux 
cieux). 

Comme  j'étais  l'oncle  de  S.  M.,  jamais  je  ne  pourrai  me 
consoler  de  cette  perte  douloureuse. 

Moi.  Prince,  ayant  en  ce  moment  à  m'occuper  respectueuse- 
ment du  règlement  du  deuil  (et  des  funérailles),  occupations  qui 
sont  en  grand  nombre  et  de  la  dernière  importance,  je  viens 
vous  prier  de  vouloir  bien  remettre  à  quelque  temps  d'ici  le 
règlement  des  affaires  importantes  (excepte  toutefois  celles  de  la 
plus  grande  urgence)  et  celui  des  affaires  courantes.  Plus  tard 
nous  pourrons  reprendre  ces  affaires  et  les  traiter. 

C'est  dans  ce  but,  etc.,  etc  *. 

Notre  chargé  d'affaires,  M.  le  comte  de  Rochechouart, 
s'empressa  d'accuser  réception  de  celte  dépêche  : 

Pé-king,  le  i4  janvier  1876. 
Monseigneur, 

J'ai  reçu  la  notification  que  vous  m'avez  fait  l'honneur  de 
m'envoyer  hier  et  je  m'empresse  de  vous  témoigner  toute  la  part 
que  je  prends  à  votre  douleur.  Je  ne  doute  pas  que  mon  Gou- 
vernement, lorsqu'il  apprendra  celte  triste  nouvelle,  ne  me 
charge  officiel lement  de  vous  exprimer  les  regrets  que  lui  inspire 
la  mort  prématurée  d'un  prince  dont  le  règne,  sous  les  auspices 
de  V.  A.  l.  et  des  Ministres  du  Tsoung-li  Yamen,  avait  déjà  tant 

I.    Traduction  de  F.  Scherzer. 


TESTAMENT  DE  T*OUNG-TCIIÉ,    l3  JANVIEIl    iSyS  3 

fait  pour  la  prospérité  de  son  pays,  et  pour  le  maintien  des 
bonnes  relations  avec  les  nations  étrangères  alliées  de  la  Chine. 

Agréez,  etc.,  etc. 

[Sig.]  ROGHEGHOUART. 

Le  même  jour  (i 3  janvier)  les  deux  doyens  de  l'Académie 
de  médecine,  dont  les  soins  avaient  été  impuissants  à  gué- 
rir TEmpereur,  furent  dégradés,  mais,  le  surlendemain,  ils 
étaient  autorisés  à  rester  à  leur  poste,  malgré  leur  disgrâce. 

Le  Prince  Koung  communiqua  également  aux  légations 
étrangères  le  testament  du  défunt  empereur  ;  c'est  une  pièce 
curieuse  par  le  fond  et  la  forme  : 

TESTAMEUT    DE    t'oUNG-TCHÉ,     i3    JANVIER    iSyS 

Le  Prince  Koung,  Président  du  Tsoung-li  Yamcn,  etc.,  etc., 
au  Comte  de  Rochechouart,  etc.,  etc. 

Pé-king,  le  i4  janvier  1875. 

J'ai  Thonneur  de  vous  communiquer  la  teneur  du  Testament 
de  TEmpereur  T'oung-Tché,  testament  qui  a  paru  le  6  de  cette 
lune*  (i3  janvier). 

a  L'empereur  Hicn-Foung  me  combla  de  ses  bontés,  en  me 
«  désignant  pour  le  Trône,  malgré  mon  extrême  jeunesse.  Je 
«  priai  les  deux  Impératrices  de  gouverner  comme  Régentes 
a  (d'abaisser  le  rideau),  et,  du  matin  au  soir,  elles  vécurent 
a  dans  les  préoccupations  et  les  fatigues  jusqu'au  moment  où 
«  elles  m'obligèrent  à  prendre  moi-même  les  rênes  du  Gouvcr- 
«  neraent.  On  m'apprit  les  traditions  cl  les  devoirs  de  la  dynas- 
tie lie  :  vénérer  le  Ciel,  imiter  les  Ancêtres,  s'appliquer  sans  re- 
«  lâche  aux  soins  du  Gouvernement,  aimer  le  peuple.  Je  sentis 
a  moi-même  combien  mon  mérite  était  petit.  J'ai  dîi  y  suppléer 
«  par  les  veilles,  et,  de  jour  en  jour,  je  pouvais  davantage  me  mêler 
«  aux  alîaires.  Apres  dix  ans,  la  régence  cessa.  Mais  cependant 
«  je  continuai  à  suivre  les  conseils  de  ma  mère  et  bien  que  mes 
«  armées  aient  apaisé  les  rébellions  des  Yué-fei  et  des  Nicn-fei, 
«  bien  que,  dans  le  Yun-Nan,  le  Kouei-tchéou,  le  Ghen-Si  et  le 


I.  6«  jour  de  la  la®  lune,  i3*  année  T'oung-Tché. 


l\  A.VÈNEMË.NT  DE  ROLANG-SlC 

«  Kan-SoQ,  elles  aicat  exterminé  ou  soumis  les  rebelles  Miao- 
cc  tseu  et  Ilouei-tseu,  et  paciûé  toutes  ces  provinces,  je  ne  pou- 
«  vais  prendre  un  instant  de  repos  pendant  la  durée  de  ces 
«  guerres,  tant  j'avais  hâte  de  voir  le  peuple  délivré  de  ces 
«  fléaux.  Soit  à  la  Cour,  soit  dans  les  Provinces,  mes  sujets  ont 
«  pu  voir  combien  du  fond  du  palais  je  me  préoccupais  de  leur 
a  bien-être  ;  chaque  fois  que  survenaient  dans  l'Empire  des  cala- 
«  mités  telles  que  des  inondations,  des  sécheresses,  toutes  les 
a  autorités  me  demandaient  des  remises  d'impôts  et  des  secours, 
a  et  il  n'y  a  pas  de  province  à  laquelle  je  n'aie  immédiatement 
a  fait  sentir  les  effets  de  ma  bienfaisance. 

a  Je  possédais  une  bonne  santé,  mais,  dans  la  1 1°  iuiic  (dé- 
«  ccmbre  1874),  je  fus  atteint  de  la  petite  vérole  et  obligé  de 
«  me  soigner  ;  je  sens  la  faiblesse  me  gagner,  et  mon  sou  flic  est 
«  près  de  s'éteindre  !  Telle  est  la  volonté  du  Ciel  ! 

Qc  Le  fardeau  du  commandement  est  si  lourd  que  je  ne  puis 
a  le  laisser  qu'à  un  homme  de  bien  ;  aussi  ai-je  accepté  respec- 
«  tueusement  l'ordre  des  deux  Impératrices  donnant  à  l'Empe- 
«  reur  Ilien-Foung,  mon  père,  Tsai-Ticn.  fils  du  prince  Tch'ouen 
«  (7^  prince)  comme  fils  d'adoption  avec  droit  de  succession  au 
«  Trône. 

«  Mon  successeur  est  animé  des  sentiments  d'humanité  et  de 
«c  respect  filial  ;  il  est  intelligent  et  acceptera  avec  respect  la  tâche 
«  que  je  lui  laisse.  Le  Ciel,  qui  fait  le  peuple,  lui  doit  un  Empe- 
a  reur  pour  le  gouverner  et  veiller  sur  lui.  Mon  successeur  se 
«  montrera  soucieux  de  ses  devoirs,  et  cherchera  à  connaître  la 
«  valeur  de  ses  sujets,  à  calmer  le  peuple,  et  à  assurer  pour 
«  jamais  la  stabilité  du  Trône  que  je  lui  laisse.  Qu'il  obéisse  aux 
«  deux  Impératrices  et  veille  sur  Elles  ;  qu'il  se  rende  digne  de 
«  leur  affection  maternelle.  Quant  aux  officiers  civils  et  mili- 
«  taires  de  la  Capitale  et  des  Provinces,  ils  seconderont  TEmpe- 
«  reur  dans  son  œuvre  de  pacification  par  leur  zèle,  leur  esprit 
«  de  conduite,  leur  application  à  leurs  devoirs.  Si  ce  vœu  est 
«  exaucé,  je  mourrai  tranquille. 

«  Mon  successeur,  suivant  la  coutume  établie  par  mes  prédé- 
«  cesseurs,  quittera  le  deuil  au  bout  de  27  jours. 

«  Respectez  mes  paroles,  et  faites-les  connaître  à  tous.  » 

Tel  est  le  but  de  la  présente  communication. 

(Sceau  du  Tsoung-li  Yamen.)  * 

I.  Pour  traduction  conforme:  F.   Sgherzer.  M.  Maurice  Courant 


TESTAMENT  DE  t'oUNG-TCHÉ,   i3  JANVIER   1875  5 

Toung-Tché  étant  mort  sans  enfants,  qui  allait  le  rem- 
placer ?  Les  candidats  ne  manquaient  pas  parmi  les  fils  de 
ses  oncles,  frères  de  Hien-Foung.  Régulièrement  T'oung- 
Tché,  Tsai  Tchoun,  devait  avoir  pour  successeur  un  prince 
de  la  génération  suivante  P  oa. 

L'Empereur  K'ien-Loung  *  avait  décidé  que  les  générations 
de  ses  descendants  seraient  distinguées  successivement  par 

les  caractères  Yong  ^  ,  Mien  ^  ,  Yi  ^  et  Tsai  ^  .  En 
1826,  l'empereur  Tao-Kouang  choisit  quatre  autres  carac- 
tères pour  les  générations  suivantes  :  P*ou  jffi  ,  Yii^^^  Heng 
|§[et  K'i,  J^  ;  enfin  l'empereur  Hien-Foung  (9  juin  i854) 
ajouta  à  la  liste  les  quatre  caractères  :  Tao  ^Ê  ,  K'ai  ^  , 
Tseng  1^  et  K'ij^ . 

Les  partisans  de  la  tradition  prétendaient  qu'il  fallait  cher- 
cher le  successeur  de  T'oung-Tché,  dans  la  descendance  de 
Mien  K'ai,  prince  de  Toun-K'io,  troisième  fils  de  l'empe- 
reur Kia-K'ing  et  frère  de  l'empereur  Tao-Kouang  ;  Mien 
K'ai  avait  adopté  son  neveu,  le  cinquième  fils  de  Tao- 
Kouang,  Yi-Tsoung,  prince  de  Toun  *,  dont  le  second  fils, 
Tsai  Yi,  adopté  comme  héritier  du  quatrième  fils  de  Kia- 
K'ing,  Mien  Hien,  est  le  prince  Touan,  qui  a  fait  tant  parler 
de  lui,  lors  des  derniers  événements,  et  qui  est  le  propre 
père  de  P'ou  Tsiun,  aujourd'hui   héritier  désigné  du  trône. 

On  racontait  que  le  cinquième  prince  Yi-Tsoung,  prince 
de  Toun,  avait  épousé  la  fille  d'un  prince  mongol  très  puis- 
sant appelé  Kalatzin  dont  il  avait  eu  quatre  enfants  :  le  pre- 


a  également  donné  une  Iraduction  de  ce  document,  p.  io3-5,  de  La  Cour 
de  Pékingj  Paris,  1891,  in-8. 

I.  Voir  à  la  Gn  du  volume  le  tableau  généalogique  rédige  d'après: 
The  Chinese  Impérial  Family  by  W.  F,  Mayers,  Novth-China  Herald ^ 
January  1875;  et  Généalogie  du  prince  KUng,  par  A.  Vissicrc,  T^oun 
PaOf  octobre  igoo,  p.  342-4. 

a.  Mort  février  1889. 


AVENEMENT  DE  ROUANG-SIU 


mîer  devait  hériter  du  titre  de  son  père  ;  le  deuxième  était 
déclaré  illégitime,  parce  qu'il  avait  été  conçu  pendant  une 
période  de  deuil,  durant  laquelle  le  commerce  des  femmes 
est  interdit.  La  naissance  de  ce  jeune  prince,  écrit  un  diplo- 
mate, occasionna  même  un  fait  assez  original  :  les  censeurs, 
apprenant  cette  naissance,  portèrent  plainte,  et  l'empereur 
Hien-Foung,  pour  ne  pas  porter  atteinte  aux  rites,  fut  obligé 
de  condamner  son  frère  à  l'çxil  ;  le  lendemain,  un  décret  pa- 
rut, annonçant  qu'il  suffisait  de  déporter  le  portrait  dudit 
Prince  à  Ili. 

Toutefois  Tsai-Tien,  Alsdc  Yi-Houan,  prince  de  Tch'ouen*, 
le  septième  Prince  fils  de  Tao-Kouang,  fut  choisi  le  i3 
janvier  187  5. 

Le  Prince  Koung  se  hâta  de  communiquer  aux  étrangers 
le  décret  désignant  le  nouvel  empereur  ;  il  avait  été  froissé 
par  T'oung-Tché  et  le  changement  de  règne  n'était  pas  fait 
pour  lui  déplaire  ;  il  allait  retrouver  toute  son  influence  de 
jadis. 


CHOIX   DE  TSAI-TIEN 


Le  Prince  Koung,  Président  du  Tsoung-li  Yamcn,  etc.,  etc., 
au  Comte  de  Rochechouart,  etc.,  etc. 

Pé-king.  le  i4  janvier  1875. 

J*ai  riionncur  de  vous  communiquer  la  teneur  d'un  décret 
paru  hier  : 

a  Les  Princes,  Ducs,  Hauts  Dignitaires,  etc.,  ont  reçu  res- 
«  peclueusemcnt  Tordre  suivant  des  deux  Impératrices,  Ts'eu- 
a  ngan  et  ïs*eu-hi  : 

«  LEmpcreur  étant  mort  sans  laisser  d'enfants,  nous  n'avons 
«  d'autre  ressource  que  d'appeler  Tsai-Tien,  fils  du  Prince  de 
a  i*"®  classe,  Yi-Houan,  fils  adoplif  de  l'Empereur  Wen  Tsoung 
a  Hicn  (l'eiTipcreur  Hien-Foung)  pour  succéder  au  Trône. 

I.  Mort  i«'' janvier  1891  ;  sa  femme,  sœur  de  Ts*eu-hi,  et  mère  de 
Koiiang-Siii,  est  morte  le  18  juin  1896. 


PROTESTATION  D  OU  K  0-TOU  'J 

ff  Si  TEmpereur  appelé  à  succéder  a  un  fils,  ce  fils  sera  donné 
«  en  adoption  à  l'Empereur  défunt,  afin  de  lui  servir  de  pos- 
te térité.  » 

a  R^pectez  ceci.  » 

Tel  est  le  but  de  la  présente  communication. 

[Sceau  du  Tsoung-li  Yamen]  * . 

PROTESTATION    d'oU    k'o-TOU 

Un  ancien  censeur  pour  le  Ho-Nan,  Ou  K'o-tou,  secré- 
taire du  Tribunal  des  ofKces  civils,  et  chargé  de  contrôler 
l^administration  des  officiers,  protesta  avec  éclat  contre  ce 
décret  : 

Votre  coupable  serviteur  a  lu  ce  décret  à  genoux  en  versant 
des  larmes.  Après  y  avoir  beaucoup  réfléchi,  je  me  suis  permis 
de  penser  que  les  deux  Impératrices  avaient  commis  une  double 
erreur  en  donnant  un  fils  adoptif  à  TErapcreur  Wen  Tsoung 
Hîen,  et  en  ne  donnant  pas  d'héritier  à  l'empereur  dernièrement 
décédé.  Puisque  l'empereur  dernièrement  décédé  n'a  pas  d'héri- 
tier, l'autorité  de  l'empereur  actuel,  en  vertu  du  décret  des  deux 
Impératrices,  lui  vient  de  l'empereur  Wen  Tsoung  Hien,  et  non 
du  dernier  empereur.  Et  pour  l'avenir,  aucun  décret  n'assure 
encore  l'empire  au  fils  du  successeur  actuel....  Je  suppHe  hum- 
blement les  deux  Impératrices  de  déclarer  formellement  par  un 
nouveau  décret  que  l'empire  reviendra  à  celui  qui  sera  l'héritier 
et  le  fils  adoptif  du  dernier  empereur  défunt  :  que,  quand  l'em- 
pereur actuel  aurait  cent  enfants  mâles,  aucun  officier,  soit  en 
Chine,  soit  hors  de  la  Chine,  n'aura  le  droit  de  proposer  un 
avis  contraire. 

Le  vertueux  Ou  K'o-tou  s'étrangla  pour  donner  plus  de 
force  à  ses  arguments  : 

Le  chant  de  l'oiseau  qui  va  mourir,  est  un  chant  plaintif.  Les 
avis  d'un  homme  qui  va  mourir  sont  excellents. 


I.  Traduction  de  F.  Schcrzcr. 


8  AVÈNEMENT   DE   &OUANG-SIU 

Il  fut  décrété  (3o  mai  1879)  par  les  Impératrices  que  ce 
que  Ou  K'o-tou  proposait  de  décider  sur  le  droit  de  succes- 
sion, ne  s'accordait  pas  avec  la  règle  suivie  dans  la  famille 
actuellement  régnante  ;  toutefois  le  décret  ajoutait  : 

Ou  K*o-tou  jusqu'à  la  mort  a  donné  des  avis,  et  montré  une 
fidélité  insigne  ;  il  est  digne  de  commisération,  que  le  Tribunal 
des  Rites  délibère  pour  qu'on  lui  accorde  les  honneurs  posthu- 
mes assignés  par  la  loi  aux  officiers  du  cinquième  rang.  * 

Un  décret  faisait  Téloge  du  souverain  défunt  et  fixait  la 
durée  du  deuil  : 


ÉLOGE    DE    t'oUNG-TCHÉ 

Le  Prince  Koung,  Président  du  Tsoung-li  Yamen,  etc.,  etc., 
au  Comte  de  Rochcchouart,  etc.,  etc.,  etc. 

Pé-king,  le  i4  janvier  1875. 

J'ai  l'honneur  de  vous  communiquer  la  teneur  d'un  décret 
paru  hier  : 

a  Décret 

«  L'Empereur  étant  mort  le  5  de  cette  lune  (13  janvier)  j'ai 
a  reçu  respectueusement  des  deux  Impératrices  ïs'eu-ngan  et 
o  Ts'ea-hi  l'ordre  de  monter  sur  le  Trône.  Dans  la  douleur  que 
ce  m'a  causée  celte  cruelle  séparation,  je  me  suis  prosterné  la  face 
a  contre  terre,  et  mes  lamentations  se  sont  élevées  jusqu'au 
a  Ciel.  L'Empereur  défunt,  durant  les  treize  années  de  son 
«  règne,  s'est  inspiré  des  traditions  de  la  dynastie,  il  a  exalté  la 
<c  piété  filiale  et  le  sentiment  du  devoir.  Tous  les  jours,  il  im- 
«  plorait  le  Ciel,  et  il  suivait  les  exemples  donnés  par  ses  An- 
ce  cêtres  en  s'occupant  avec  zèle  du  Gouvernement,  et  en  mani- 
«  festant  son  amour  pour  le  peuple. 

«  Il  choisissait  avec  discernement  les  hommes  de  talent  parmi 
a  ceux  qui  l'entouraient.  Sa  politique  et  ses  vœux  avaient  pour 
ce  but  la  pacification  de  l'État  et  la  prospérité  de  la  nation. 

I.  Ce  curieux  mémoire  est  traduit  en  entier,  p.  167-185,  do  Choix 
de  Documents...,  par  S.  Couvreur.  L^o-kica  fou,  1894. 


ÉLOGE  DE  t'oUNG-TCHÉ  Q 

a  Vous  tous  qui  êtes  de  ce  monde,  vous  serez  en  apprenant  la 
«  perte  de  TEmpereur,  plongés  dans  l'arniclion  et  la  désolation, 
«  et  votre  deuil  sera  sincère  !  Quant  à  moi,  je  verse  des  larmes 
a  de  sang  et  les  paroles  me  manquent  pour  exprimer  ma  dou- 
c  leur. 

ce  Le  fardeau  qui  m*est  échu  est  bien  lourd  pour  mes  faibles 
a  épaules  ;  aussi  les  ofliciers  civils  et  militaires  de  la  Capitale  et 
9  des  Provinces  devront-ils  tous  me  prôler  leur  concours,  afin  de 
«  m'aïder  par  leur  franchise  et  leur  esprit  de  justice,  à  gouver- 
«  ner  sagement.  Les  vice-rois  et  gouverneurs  s'inspireront  des 
«  mêmes  sentiments  ;  ils  aimeront  le  peuple  et  exauceront  ainsi 
a  le  vœu  suprême  de  mon  prédécesseur  dont  Tâme  est  au  ciel, 
et  Oui,  c'est  sur  vous  tous  que  je  fonde  mes  espérances  I 

«  Quant  au  deuil,  il  me  faut  respecter  les  dernières  volontés  de 
c  l'Empereur  défunt,  et  suivant  l'exemple  donné  antérieurement, 
«  je  devrais  le  quitter  au  bout  de  27  jours.  Mais  je  ne  puis  me 
«  résoudre  à  me  soumettre  à  cette  règle,  et,  pour  bien  marquer 
c  mes  regrets  et  ma  douleur  je  veux,  suivant  les  rites  antiques, 
a  porter  un  deuil  de  trois  ans. 

«  Comme  il  est  défendu,  durant  une  période  de  deuil  de  pro- 
«  céder  aux  adorations  dans  les  temples  et  d'offrir  des  sacrifices, 
«  je  déléguerai  des  fonctionnaires  pour  me  remplacer  dans  ces 
«  occasions.  J'enjoins  aux  diverses  administrations  de  se  con- 
«  certer  et  de  me  présenter  un  rapport  à  ce  sujet. 

a  Que  tous  prennent  le  deuil  en  observant  les  rites  fixés  et 
ce  que  ceci  soit  connu  partout,  tant  dans  la  capitale,  que  dans  les 
«  provinces. 

«  Respectez  ceci.  » 

Tel  est  le  but  de  la  présente  communication. 

(Sceau  du  Tsoung-li  Yamen.)* 

L'âge  du  jeune  souverain,  il  est  né  le  2  août  1872',  rendait 
une  régence  nécessaire  ;  les  deux  impératrices  ^  ïs'eu-ngan, 


T.   Traduction  de  F.  Scherzer. 

a.  M.  Ed.  Ghavannes,  /.  c,  marque  que  Kouang-Siu  est  né  le  i^août 

1871. 

3.  Voir  I,  p.  i3o.  —  M.  Ed.  Ghavannes,  Semaine  politique  et  litté- 
raire, 27  octobre  1900,  donne  comme  dates  de  naissance  pour  Ts'eu- 
ngan,  le  la  août  1837,  pour  Ts'eu-hi,  le  29  novembre  i835. 


lO  AVÈNEMENT  DE  KOUANG-SIU 

impératrice  de  l'Est,  et  Ts'eu-hi,  impératrice  de  l'Ouest, 
étaient  proclamées  régentes  et  la  comédie  était  jouée  ;  Koung 
en  réalité  était  régent,  en  fait,  sinon  de  nom. 


REGENCE 

Le  Prince  Koung,  Président  du  Tsoung-li  Yamen,  etc.,  etc., 
etc.,  au  Comte  de  Rochechouart,  etc.,  etc.,  etc. 

Pé-king,  le  i5  janvier  1875. 

J*ai  rhonneur  de  vous  donner  communication  de  la  teneur 
d'un  décret  paru  hier  et  ainsi  conçu  : 

Décret, 

a  Les  Princes,  Ducs,  Membres  du  Grand  Conseil,  des  cinq 
tribunaux  et  des  neuf  administrations,  etc.,  etc.,  ayant  adressé 
au  Trône  un  rapport  dans  lequel  ils  supplient  les  deux  Impé- 
ratrices de  gouverner  en  qualité  de  Régentes,  j*ai  présenté  res- 
pectueusement celte  requête  aux  Impératrices  Ts'eu-ngan  et 
Ts'eu-hi,  et  j'ai  reçu  (d'Elles)  —  respectueusement  l'ordre 
(suivant)  : 

«  Nous  avons  examiné  dans  notre  grande  affliction  le  rapport 
présenté  par  les  Princes,  Ducs,  etc.,  etc.,  etc.  Lorsqu'au trefois, 
nous  prîmes  la  Régence,  l'Empereur  était  un  enfant  et  il  n'y  avait 
pas  d'autre  ressource.  Aujourd'hui  l'Empereur  est  en  bas  âge, 
les  aflaircs  de  l'Klat  sont  des  plus  graves  et  il  est  tout  à  fait  im- 
possible que  les  Princes  et  Ducs  n'aient  personne  à  qui  ils  puis- 
sent adresser  leurs  requêtes,  nous  ne  voyons  donc  d'autre  moyen 
que  celui  d'accéder  à  votre  prière. 

Plus  tard  lorsque  l'Empereur  appelé  à  succéder  aura  terminé 
son  éducation,  nous  abandonnerons  la  Régence  (nous  enlèverons 
le  rideau)  et  il  gouvernera  par  lui-même. 

Respectez  ceci.  » 

Je  suis  profondément  reconnaissant  aux  Impératrices  des  mar- 
ques de  bonté  qu'Ellcs  viennent  de  me  donner.  TVlon  mérite  est 
bien  petit  et  le  fardeau  qui  m'est  échu  est  bien  lourd  pour  mes 
faibles  épaules,  aussi  viens-je  en  tremblant  en  faire  peser  tout  le 
poids  sur  les  deux  impératrices  qui  en  gouvernant  elles-mêmes 
me  protégeront  de  leur  égide. 


RÉGENCE  I  I 

Qoant  à  you9.  Princes  et  hauts  dignitaires,  officiers  grands  et 
petits  de  la  Cour  et  des  Provinces,  redoublez  de  zèle,  prèlez-moi 
votre  concours,  afin  de  m'aider  par  votre  franchise  et  votre  esprit 
de  justice,  à  gouverner  sagement  ;  ainsi  vous  exaucerez  le  vœu 
suprême  de  mon  prédécesseur  dont  Tâme  est  au  Ciel,  et  vous 
répondrez  aux  espérances  que  le  peuple  fonde  sur  vous.  S'il  en 
est  ainsi  je  me  considérerai  comme  grandement  favorisé. 

Que  les  Princes.  Ducs,  et  Hauts  Fonctionnaires  élaborent  de 
concert  les  Statuts  et  Règlements  de  la  Régence,  et  qu'ils  me 
présentent  un  rapport  minutieux  à  ce  sujet. 

Que  ceci  soit  répandu  parmi  tous,  à  la  Cour  et  dans  les  Pro- 
vinces. 

Respectez  ceci. 

Tel  est  le  but  de  la  présente  communication. 

[Sceau  du  Tsoung-li  Yamen]  *. 

Le  16  janvier*,  le  Grand  Conseil  reçut  un  décret  marquant 
que  parmi  les  caractères  soumis  pour  choisir  le  nom  du  nou- 
veau règne  (nien-hao)^  on  avait  désigne  ceux  de  Koua:sg-Siu 

3fe  /IS^^*  peuvent  être  traduits  par  succession  glorieuse  ou 
éclairée.  Un  correspondant  du  North-China  Herald^  fait 
remarquer  que  les  caractères  Kouang-Siu  paraissent  être 
lires  d'un  document  officiel  de  la  dynastie  des  Soung,  par 
Tsoui  Young,  intitulé  a  Supplique  demandant  qu'un  titre 
dlionneur  soit  accordé  [à  un  personnage  impérial]  ».  La 
phrase  est  ainsi  rédigée:  «  Renouveler  glorieusement  la 
grande  succession  dynastique.  » 

Un  autre  décret  du  1 2  janvier,  public  dans  la  Gazette  du  1 3, 
rappelait  Tédit  de  Tao-Kouang  de  la  Z^  lune  de  la  26*  année 
de  son  règne  concernant  les  noms  impériaux.  En  consé- 
quence dans  le  nom  de  Tsai-Tien  ^  y#3j  le  premier  caractère 
ne  sera  pas  changé,  mais  pour  le  second  caractère  y'^tt ,  le 

I .  Traduction  de  Fernand  Schcrzer. 

a.  g  de  la  la*'  lune  de  la  iS'^  année  Toung-Tché. 

3.  4  février  1876,  p.  93. 


la  AVÈNEMENT  DE  K.0UANG-S1U 

dernier  trait  sera  omis  y*|^  ;  application  de  cet  édit  fut  faîte, 

le  i5  mai  1876,  par  Ts'ên  Yû-ying,  gouverneur  du  Yun-Nan, 

qui  fit  supprimer  un   trait  dans  le  caractère  yj^  entrant 

dans  le  nom  de  deux  fonctionnaires  de  sa  circonscription  qui 

durent  employer  le  caractère  yK  à  la  place. 

L'état  des  esprits  dans  la  Capitale,  la  tragi-comédie  qui 
s'y  joua  et  le  mécontentement  causé  par  le  choix  de  Kouang- 
Siu  sont  bien  décrits  dans  la  lettre  suivante  (19  janvier  1875} 
de  notre  Chargé  d'affaires  à  Pé-King  : 

«  Cette  décision  déplaisait  aux  Princes,  aux  hauts  dignitaires, 
et,  en  général  à  tout  le  monde,  sauf  à  l'Impératrice-Mère,  qui 
avait  rédigé  ces  décrets,  et  qui  les  avait  imposes  un  peu  par  la 
violence,  et  beaucoup  par  surprise.  Il  parait  que  le  Grand  Con- 
seil avait  résolu  de  placer  sur  le  Trône  le  petit-fils  du  5*  Prince, 
adopté  par  le  frère  aîné  de  Hien-Foung,  mort  sans  enfants.  Ce 
jeune  Prince,  il  est  âgé  de  cinq  ans,  devait  être  adopté  par 
TEmpereur  Ï'oung-Tché,  et  avoir  pour  régentes  Flmpératrice 
douairière  et  l'Impératrice  veuve  de  T'oung-ïché.  Quant  à  la 
troisième  Impératrice,  mère  de  ï*oung-Tché,  elle  se  trouvait 
par  là  écartée  du  pouvoir,  et  reléguée  dans  un  coin  obscur  du 
Palais.  Cette  femme  fut-elle  avertie,  ou  simplement  eut-elle  le 
soupçon  de  cette  décision  qui  mettait  fin  à  son  rôle  politique  ? 
Je  l'ignore  ;  toujours  est-il,  que,  profitant  du  trouble  qui  régnait 
pendant  l'agonie  de  son  lils,  clic  sortit  du  Palais,  s'en  fut  direc- 
tement chez  sa  sœur,  épouse  du  7®  Prince,  se  fit  donner  l'enfant, 
le  rapporta  elle-même  au  palais,  fit  l'acte  d'adoption,  qui  le 
rendait  fils  posthume  de  l'empereur  Ilien-Foung,  et  le  fit  pro- 
clamer Empereur  par  les  eunuques,  en  qualité-  de  frère  cadet  de 
l'empereur  T'oung-Tché. 

a  Les  Princes  et  l'Impératrice  douairière  refusèrent  d'abord 
de  se  soumettre  à  cette  violence  ;  l'Impératrice-Mère  fit  alors  un 
simulacre  de  suicide  :  elle  se  pendit,  disant  qu'elle  ne  pouvait 
survivre  à  la  mort  de  son  époux  et  de  son  fils  ;  un  eunuque,  dans 
le  secret  de  ces  simagrées,  coupa  la  corde  ;  mais,  pendant  que 
ces  événements  se  passaient,  les  hommes  des  bannières,  inquiets 
de  ne  pas  voir  proclamer  le  nouvel  Empereur,  commençaient  à 
donner  des  signes  manifestes  d'impatience,  et,  par  crainte  sans 


STATL'T  DU  PRINCE  TCll*OUEN  l3 

doute  d'une  rixe  qui  aurait  pu  avoir  les  plus  graves  conséquences 
pour  la  dynastie,  —  Timpéralrice  douairière,  femme  d'un  grand 
mérite,  et  jouissant  du  respect  et  de  la  confîance  de  tous,  se 
décida  à  proposer  l'adoption  du  projet  de  1* Impératrice-Mère, 
mais  avec  cette  variante  que  ce  serait  elle,  et  non  l'Impératrice- 
Mère,  qui  servirait  de  mère  au  nouvel  Empereur.  Cette  solution 

quasi  acceptée,  les  décrets parurent  dans  la  Gazette.  Mais  le 

trouble  ne  cessa  pas  pour  cela  :  la  jeune  Impératrice,  évincée,  se 
suicida  à  son  tour,  en  avalant  un  des  bijoux  en  or  qu'elle  por- 
tait ;  le  5'  Prince  déclara  que  le  respect  des  rites  ayant  disparu 
de  Pé-ki ng,  il  ne  lui  restait  qu'à  se  retirer  en  Mandchourie,  et 
enfîn,  chose  plus  singulière,  le  7*  Prince  lui-même  manifesta 
son  mécontentement  en  refusant  de  se  rendre  à  la  Cour,  et 
en  demandant  un  congé  de  dix  jours.  On  m'a  expliqué  ce 
déplaisir  en  me  disant  que,  d'après  les  lois  de  l'Empire,  quand 
le  souverain  n'avait  pas  d'enfants  et  adoptait  un  de  ses  neveux, 
comme  héritier,  le  véritable  père  devait,  à  l'avènement  de  son 
fils,  se  démettre  de  toutes  ses  fonctions  et  dignités,  et  môme 
quitter  la  capitale,  parce  que  ses  droits  paternels  et  ses  devoirs 
de  sujet  et  de  fonctionnaire  étaient  incompatibles.  » 

Le  surnaturel  intervenait  également  : 

a  On  prétend  que  le  jeune  Empereur  a  été  souffleté  par  le 
renard,  et  que  ce  même  renard,  ayant  pris  la  forme  d'un  eunu- 
que, a  été  reprocher  à  l'Impératrice  d'avoir  violé  les  usages  et 
les  traditions  pour  satisfaire  son  ambition.  On  ajoute  que  les 
vieux  Empereurs  de  la  dynastie  des  Ming....  sortent  chaque  jour 
sous  la  forme  de  renards,  et  enfin  que  la  source  du  palais  d'Ëté 
9'est  tarie.  » 


STATUT    DU    PRINCE  TCH'oUEN 

Le  statut  du  père  de  l'Empereur  fut  réglé  par  décret  : 

Un  décret  *  des  Impératrices,  se  rapportant  à  la  prière  présen- 
tée par  le  Prince  Tch'ouen  demandant  la  permission  de  se  retirer 
de  tous  ses  emplois.  Ceci  ayant  été  pris  en  considération  de  la 

I.    Gazette  de  Pé-king,  ai  janvier  1875. 


l4  AVÈNEMENT  DE  K<9UaKG-SIU 

pari  des  princes,  des  nobles,  et  des  ministres,  elles  ont  actuelle- 
ment décidé  que  la  requête  de  Son  Allcsse  serait  accordée,  et 
qu*elle  serait  autorisée  à  résigner  ses  diverses  fonctions,  mais  que 
son  nom  serait  encore  soumis  d'une  façon  régulière  par  le  Clan 
de  la  Cour  impériale  ^  pour  la  célébration  des  sacrifices  annuels 
aux  mausolées  de  TEst  et  de  TOuest.  11  devra  également  à  son 
tour,  assister  aux  cérémonies  religieuses  aux  divers  temples  an- 
cestraux,  &c.,  mais  sera  dispensé  de  prendre  place  dans  les  rangs 
de  l'assistance  pour  offrir  ses  hommages  à  l'intronisation  de  Sa 
Majesté  et  au  jour  de  naissance  impériale.  En  récompense  de  ses 
multiples  et  distingués  services  passés,  il  est  recommandé  qu'il 
soit  élevé  au  rang  de  prince  Impérial  de  premier  ordre  avec 
succession  héréditaire  perpétuelle  du  même  degré  ;  et  il  est  de 
plus  proposé  que,  en  vue  de  la  grande  importance  des  travaux 
maintenant  en  cours  à  P'ou-t'o-Yu  (le  site  choisi  pour  la  cons- 
truction des  mausolées  des  deux  Impératrices),  Son  Altesse  soit 
désignée  pour  continuer  sa  surveillance  de  ce  côté.  Les  Impéra- 
trices confirment  les  recommandations  proposées  ici,  et  ayant,  par 
un  décret  séparé,  investi  le  Prince  Po  wang-na-mo-hou  *  et  le  Duc 
K'ing-cheou  du  commandement  des  Mousquetaires  Impériaux^, 
autrefois  tenu  par  le  Prince,  elles  enjoignent  à  Son  Altesse,  dont 
elles  apprécient  chaudement  la  tenue  longue  et  pleine  de  succès 
de  son  commandement,  de  donner,  dans  l'avenir,  à  ses  successeurs 
dans  le  commandement,  ses  avis  en  toutes  choses. 

Le  cinquième  prince,  Koung,  et  le  neuvième,  Fou*,  pro- 

1.  I,  p.  ia4»  note. 

2.  Ou  Pao-wang,  fils  de  Seng-ko-Iin-sin. 

3.  Chen  Ki  Yi/tg,  rarmée  de  la  Plaine  do  Pé-King.  «  Celle  force,  dit 
Mayers,  Chinese  Government,  p.  56,  comprenant  l'élite  des  troupes  des 
Bannières  de  la  Capitale,  fut  organisée  en  1862,  à  la  suite  de  la  désas- 
treuse campagne  de  1860,  dans  le  but  de  pourvoir  à  la  défense  future  du 
gouvernement  central.  Le  nom  donné  à  celle  force  a  élé  emprunté  à  l'his- 
toire de  la  dynastie  des  Ming.  quand,  lors  de  la  première  introduction 
des  armes  à  feu  au  xv''  siècle,  la  désignation  Chen-ki,  ou  «  mécanisme 
divin  »,  fut  attribue  aux  nouveaux  engins  do  guerre...  L'instruction  de 
ces  troupes  est  basée  sur  les  leçons  d'exercices  &  l'Europcennc  données  aux 
détachements  envoyés  à  Tien-tsin  pour  étudier  sous  des  instructeurs 
anglais  en  1 862-1 865  » 

4.  Mort  23  mars  1877,  ^iprès  une  longue  maladie,  âgé  de  35  ans  en- 
viron; il  était  le  frère  utérin  du  7e  Prince,  Tch'ouen,  et  il  avait  une 


AVÈNEMENT  DE  1LOUANG-8IU  l5 

fitèrent  de  la  circonstance  pour  se  faire  octroyer  les  mêmes 
privilèges  que  leur  frère,  en  sorte  qu'aucun  oncle  de  TEm- 
pereur  ne  lui  faisait  plus  de  génuflexions,  sauf  dans  quelques 
circonstances  solennelles. 

AVÈNEHEKT    DE    KOUA?rG-SIV 

Enfin  la  date  de  l'avènement  fut  proclamé  par  décret*  du 
26  janvier  1876  : 

T'oung-Tché,  ,xni*  année,  i a*  lune,  19*  jour. 

Noire  Administration  vient  de  recevoir  le  décret  impérial 
suivant  : 

a  Aujourd'hui,  le  Ministère  des  Rites  a  présenté  un  rapport, 
à  propos  du  jour  de  Notre  intronisation  et  des  cérémonies  du 
décret  de  proclamation.  A  la  vue  de  ce  rapport.  Notre  émotion 
a  redoublé.  Mais  Nous  avons  songé  que,  feu  S.  M.  l'Empereur 
Nous  transmettant  le  trône  de  Ses  Ancêtres.  Nous  Nous  cirorcc- 
rons  de  Nous  conformer  aux  prières  (que  tous  Nous  adressent). 

«  L*année  prochaine  sera  la  première  année  Kouang-Sia. 

«  Conformément  au  choix  du  jour  favorable  fait  par  le  Bureau 
d'Astrologie,  les  importantes  cérémonies  de  l'intronisation  et  de 
la  proclamation  publique  auront  lieu  à  la  1'®  lune,  le  ao"  jour  ^, 
dont  les  signes  sont  Wou-wou,  entre  5  et  7  heures  du  matin. 

«  Que  toutes  les  administrations  que  cela  concerne  se  prépa- 
rent respectueusement,  d'après  les  anciennes  règles.  » 

Respectez  cela  ! 

Ce  même  jour  un  décret  choisissait  comme  titres  pos  - 
thumes  de  T'oung-Tché  :  /  Houang-ti  (canonisation)  et 
^fou  Tsoanij  (jniao  hao,  nom  de  tcniplo). 


grande  réputation  de  douceur;  à  ravèncment  de  Kouang-Siu,  il  fut 
nommé  capitaine-général  delà  bannière  bleue  de  la  division  Han-Kiun. 
La  Gazelle  de  Pé-'King,  du  a3  mars  1877,  renferme  un  décret  relatif  à 
ses  funérailles. 

I.  La  Cour  de  Péking...,  par  Maurice  Courant.  Paris,  1891,  p.  106. 

3-  aS  fé%'rier. 


AVÈNEMENT  DE  ROUANG-âlU 


MORT    DE    LA    VEUVE    DE    t'oUNG-TCHÉ 

La  sœur  unique  de  Ï'oung-Tché,  la  princesse  impériale 
Young-ngan  mourut  peu  de  temps  après  son  frère  en  fé- 
vrier et  un  décret  du  6  février  exprime  le  chagrin  des  deux 
impératrices. 

Il  semblerait  qu'une  fatalité  —  aidée  sans  doute  par  des 
mains  peu  scrupuleuses  —  se  soit  attachée  à  ceux  qui  avaient 
approché  T'oung-Tché  ;  après  sa  sœur,  sa  femme  mourut 
le  26  mars  1876,  entre  trois  heures  et  quatre  heures  du  ma- 
tin ;  c'est  la  jeune  princesse  dont  nous  avons  raconté  le  ma- 
riage le  16  octobre  1872*.  Elle  n'avait  que  dix-sept  ans  ; 
chose  rare  chez  une  dame  mandchoue,  elle  pouvait  lire  et 
écrire  le  chinois  facilement. 

Le  Prince  Koung  au  Chargé  d'affaires  de  France. 

J'ai  rhonneur  de  vous  annoncer  la  perte  que  nous  venons  de 
faire  en  la  respectable  personne  de  S.  M.  l'Impératrice  Kia-chouen  *, 
décédée  le  36  de  ce  mois. 

J'étais  son  proche  parent,  et  ma  douleur  est  immense  ;  en 
outre,  je  suis  chargé  de  régler  les  funérailles  et  le  deuil  ;  je  ne 
pourrai  donc  pas  m'occuper  pendant  quelques  jours  des  autres 
affaires. 

C'est  pourquoi  j'ai  cru  devoir  vous  faire  la  présente  commu- 
nication. 

Cette  mort  foudroyante  laissait  le  champ  libre  à  toutes 
les  suppositions  : 

«  La  jeune  Impératrice  de  la  Chine est  morte  le  36  de  ce 

mois,  écrit  un  diplomate  (39  mars  1875).  Les  Chinois  ne  s'ex- 
pliquent pas  sur  le  genre  de   maladie  qui  l'a  emportée  ;  ils  se 

I.  Voir  1,  p.  453-463. 

a.  Ce  tilre  avait  été  conféré  à  l'impératrice  par  décret  du  a6  janvier 
1875. 


MORT  DE  LA  VEUVE  DE  t'oUNG-TCHÉ  l'y 

contentent  de  dire  qu'il  était  convenable  qu'elle  mourût.  Trois 
versions  circulent  dans  le  peuple  sur    cette   mort;   peut-être 

aucune  n'est-ellc  vraie Les  uns  disent  que»  malmenée  par  sa 

belle-mère,  et  outrée  de  se  voir,  contrairement  aux  lois,  réléguée 
dans  un  coin  du  Palais,  sans  autorité  et  même  sans  égards,  cette 
jeune  princesse  s'est  laissée  mourir  de  faim  ;  d'autres  prétendent 
qu'elle  s'est  aperçue  qu'elle  était  enceinte,  et  que,  pour  éviter 
l'embarras  que  n'aurait  pas  manqué  d'amener  la  naissance  d'un 
fils  poslbume  de  T'oung-Tché,  on  l'a  empoisonnée.  Enfin  les 
dévoilés  à  la  dynastie  expliquent  ce  décès  par  l'amour  conjugal. 
L'Impératrice  n'aurait  pu  s'accoutumer  à  son  veuvage,  et  le 
chagrin  d'avoir  perdu  son  époux  l'aurait  tuée  ;  inutile  d'ajouter 
que  cette  dernière  version  sera  probablement  adoptée.  » 

Ces  deuils  répétés  font  naître  de  nouvelles  appréhensions  : 

«  Les  rumeurs,  écrit  le  même  diplomate  (4  avril  1875),  qui 
circulent  en  ville  sont  mauvaises  :  on  parle  de  la  maladie  de 
rimpératrice  douairière,  de  celle  qui  est  plus  ou  moins  raison- 
nable et  favorable  aux  étrangers.  Si  elle  venait  à  mourir,  ce 
serait  très-sérieux  ;  l'Impératrice  de  l'Ouest,  n'ayant  plus  de 
contrepoids,  —  verserait  du  côté  des  fous  et  des  utopistes,  et 
toute  idée  raisonnable  serait  exclue  des  conseils  de  l'État. 

Les  funérailles  de  T'oung-Tché  eurent  lieu  le  18  octobre 
1870  au  cimetière  de  l'Est,  Toiinf/ling,  dans  le  mausolée 
Ifouei-ling  ;  sa  femme  qui  porte  le  nom  de  temple  de  Iliao 
Tché  repose  près  de  lui  ^ 


I.  Les  étrangers  connaissent  peu  ou  point  les  sépultures  de  la  dynastie 
actuelle;  ils  se  contentent  de  visiter  h  Nan-king  et  à  Pé-king  les  tombeaux, 
popularisés  par  la  photographie  et  la  gravure,  des  empereurs  Ming.  Je 
crois  donc  utile  de  dire  quelques  mots  des  mausolées  des  T'sing. 

La  dynastie  qui  règne  actuellement  sur  la  Chine  a  pour  anc(^tre  Ngaisin 
Gioro,  «  Thomme  portant  le  surnom  de  Tor  »  ;  on  la  rattache  générale- 
ment à  Tancienne  dynastie  tartare  des  Kin,  détruite  par  les  Mongols  gen- 
giskhanides  au  xiii«  siècle,  quoiqu'elle  descende,  comme  les  Nîu-tchen, 
de  la  tribu  des  Sou-chen,  jadis  établis  dans  le  pays  de  la  province  mand- 
chourienne  actuelle  de  Kirin.  Ngaisin  Gioro  reçut  le  nom  de  temple 
Tchao-Tsou  et   le  nom   posthume  de  Tsc  wang.   Ses  descendants   King 

GORDIER.  II.   —   a 


CHAPITRE  II 

CORPS  DIPLOMATIQUE  ÉTRANGER.  -  TÉLÉGRAPHES.  — 
LIEOU  KOUEN-I.  —  JAPON.  —  ANNA.  —  CARISBROOKE.  — 

ATTENTATS  DIVERS 

GHA^6EMENTS    DANS    LE    CORPS    DIPLOMATIQUE 

Il  y  eut  cette  année  1876  de  nombreux  changements 
dans  le  corps  diplomatique  de  Pé-King.  M.  von  HoUebcn, 
chargé  d'affaires  d'Allemagne,  fut  remplacé  par  M.  von 
Brandt  qui  arriva  à  Pé-King,  le  10  mars.  Le  ministre  des 
Etats-Unis,  M.  Avery,  mourut  le  8  novembre  1876  à  Pc- 
King*;  le  D^S,  Wells  Williams",  qui  était  à  la  fois  secré- 
taire de  légation  et  interprète,  étant  absent,  ce  fut  un  jeune 
missionnaire  de  ses  amis,  le  Rév.  C.  Holcombe,  n'ayant 
aucune  attache  officielle  et  le  remplaçant  par  suite  d'un 
arrangement  particulier,  qui  se  chargea  p.  L  des  affaires  de 
la  légation  américaine,  juste  au  moment  de  la  fermeture 
de  la  navigation  dans  le  Mord.  M.  Avery  eut  pour  successeur 
George  F.  Seward,  de  Californie,  nommé  ministre  le  7 
janvier  1876,  qui  arriva  à  Pé-King  le  20  avril  et  fut  reçu 
le  24  par  le  Tsoung-li  Yamen.  Don  Tiburcio  Faraldo,  mi- 
nistre d'Espagne,  quitta,  malade,  la  capitale,  en  octobre  1875, 
pour  aller  mourir  à  Chang-IIaï,  le  24  novembre  suivant  ; 
le  premier  secrétaire.  Don  Pedro  de  Prat,  n'étant  pas  encore 

I.  [,  p.  434*  —  La  santé  de  M.  Avery  était  chancelante  depuis  quel- 
que temps.  Avant  d*aller  en  Chine,  il  était  rédacteur  en  chef  de  l'Oser- 
iand  Monlhly. 

a.  I,  p.  385,  note. 


TÉLÉGRAPHES  3 1 

arrivé  ^y  la  gérance  de  la  légation  d'Espagne  fut  laissée  à  un 
jeune  homme  de  vingt-quatre  ans,  M.  de  Carcer,  neveu  de 
M-  de  Salamanca,  le  financier  bien  connu  ;  le  successeur  de 
Don  Tiburcio  devait  être  M.  Ojeda,  premier  secrétaire  de  la 
légation  d'Espagne  au  Japon.  Au  mois  d'octobre,  le  ministre 
dWutriche-Hongrie,  M.  de  Schaefer,  arrivait  à  Pé-King, 
pour  un  séjour  temporaire,  tandis  que  le  ministre  du  Dane- 
mark, le  général  Kaasloil  partait.  Ajoutons  enfin  que  le 
chevalier  Lorenzo  Vignale,  consul  général  d'Italie,  mourait, 
âgéde  quarante-huit  ans,  à Chang-Haï,  le  25  décembre  1876. 


TELEGRAPHES 

Le  général  Raasloff  avait  été  le  négociateur  du  traité  da- 
nois du  1 3  juillet  i863'.  Les  intérêts  du  Danemark  étaient 
concentrés  dans  la  ligne  télégraphique  établie  par  la  compa- 
gnie danoise,  la  «  Great  Northern  Telegraph  ».  Le  18 
avril  1871,  la  ligne  de  Chang-Haï  à  Hong-Kong  avait  été 
terminée,  et  celle  de  Hong-Kong  à  Singapore  le  3  juin  ;  la 
ligne  de  Hong-Kong  à  Saigon  fut  terminée  en  juillet  ;  un 
câble  télégraphique  fut  posé  entre  Chang-Haï  et  Nagasaki  en 
août,  et  entre  Nagasaki  et  Vladivostock  en  septembre^. 

Les  Chinois  se  rendirent  compte  de  l'utilité  des  lignes  té- 
légraphiques fort  rapidement,  malgré  le  Foung-Choui  qui 
occasionna  quelques  manifestations  hostiles  de  la  part  des 
populations.  Des  proclamations  d'autorités  locales  étaient 
lancées  pour  la  protection  des  câbles  sous-marins,  par 
exemple  par  le  Tao-taï  de  Ning-Po  et  Foung  Tao-taï,  direc- 
teur des  douanes  dans   le  Kiang-Nan;  ce  dernier  agissant 

I.   Il  remonta  de  Ghang-Uaîà  Ticn-Tsin,  avec  sa  femme  on  mai  1876. 

a.  I,  p.  i47- 

3.  La  première  ligne  aérienne  de  Chine,  entre  Chang-Haï  et  Tien- 
Tsin,  fut  construite  en  188/1  ;  le  22  août  i884»  la  ligne  atteignait  Pé-King, 
traversant  les  provinces  du  Tché-h,  Chan-Toung  et  Kiang-Sou,  longeant 
le  canal  impérial  de  Tchen-Kiang  à  Ticn-Tsin. 


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LIEOU  KOUEK-I  33 

cuUon  ;  elles  se  sont  opposées  à  la  continuaiion  des  tiaTaux,  et 
ont  fait  abattre  les  poteaux  télégraphiques  posés  depuis  leur  ulti* 
matum.  La  Compagnie  s*est  arrêtée  devant  cet  acte  de  TÎolenoe. 
et  a  porté  ses  plaintes  au  Ministre  de  Danemark. 

Il  faut  ajouter  que  le  4  septembre  1873,  les  Chinois 
attaquèrent  rétablissement  de  la  Great  Northern  Tde^raph 
Co.,  près  de  Houang  Kéou,  pendant  qu^on  travaillait  à  la 
construction  de  la  ligne  d'Amoy. 

En  vérité  la  question  était  assez  complexe  : 

La  question  se  résume  à  ceci  :  le  gouvernement  chinois  «eut 
bien  tolérer  le  télégraphe  sous-marin,  mais  il  ne  veut  pas  l'au- 
toriser ofiBcieilement,  ni  être  rendu  responsable  des  d<v^t«  qui 
peuvent  survenir  du  fait  des  pécheurs  chinois.  Quant  aux  lj;rnes 
aériennes,  le  gouvernement  chinois  n'en  veut  à  aucun  prix,  à 
moins  que  ce  ne  soit  lui  qui  les  administre,  et  le  principal  em- 
pêchement à  la  création  d'une  administration  chinoise  provient 
des  Européens  :  —  M.  Hart  *  entend  en  faire  une  branche  de 
Tadministration  des  douanes;  —  M.  GiqueP  voudrait  en  faire 
la  tête  de  la  sienne  ;  —  M.  Viguier'  opine  pour  la  G>mpa^nie 
danoise,  et  enfin  le  consul  anglais  de  Fou-tchéou.  M.  Sinclair^, 
protège  une  société  anglaise  '. 

LIEOU    KOUE5-I 

Il  est  utile  également  de  signaler  au  début  du  nouvf*au  règne 
un  changement  notable  parmi  les  fonctionnaires  chinois.  Le 
commandant-en-chcf  mandchou  de  Canton,  Tcir;ing-ciian 
et  son  second,  le  lieutenant  général  Kouo  Le- min,  adros'Tcnt 
un  Mémoire'  au  Tronc  dénon<;ant  ràprelc  cl  le  manque  de 

I.  I,  p.  i65. 

3.  I,  p.  3l5. 

3.  Viguier,  Sept  une -Auguste,  né  à  Limcil,  près  Paris,  9  juin  1837  ; 
capitaine  du  port  de  Chang-tlaî  (juin  18O8);  mort  à  Farit»,  36  août  i8<jij. 

4.  Sinclair,  Charles- A..,  mort  16  juillet  1897. 

5.  Lettre  de  M.  de  Rochechouart,  ut  supra. 

6.  Gazette  de  Pé-King,  i5  septembre  1875. 


2t\  CORPS  DIPLOMATIQUE  ÉTRANGER 

scrupules  des  fonctionnaires,  en  particulier  du  tao-taï  Yu- 
Kêng,  que  le  vice-roi  des  Deux  Kouang,  Ying-Han,  avait 
amenés  avec  lui  du  Ngan-IIouei.  Un  Décret,  paru  dans  la 
Gazette  du  2  septembre,  ordonnait  à  Ying-Han,  accusé  d'a- 
voir rétabli  la  loterie  Wei  Sing,  de  se  rendre  à  Pé-King, 
pour  être  puni.  Lieou  Kouen-i,  Vice-Roi  des  deux  Kiang 
p.  i,,  lui  était  donné  comnjC  successeur  et  Lieou  Ping- 
tchang,  trésorier  du  Kiang -Si,  était  nommé  gouverneur  de 
cette  province  ;  nous  retrouverons  plus  tard  ce  dernier,  gou- 
verneur général  du  Se-tch'oucn  (juin  1886). 

Lieou  Kouen-i  est  une  figure  remarquable  de  la  Chine 
contemporaine  :  né  le  21  janvier  i83o,  dans  le  Hou-Nan,  il 
entra  dans  l'armée  en  i855,  puis  passa  au  civil,  devint  juge 
au  Kouang-Si,  puis  gouverneur  de  cette  province.  Chargé  par 
intérim  de  la  vice -royauté  des  Deux  Kiang,  il  adressa,  le 
7  juillet  1875,  au  Trône,  un  rapport  important  sur  la  dé- 
fense des  provinces  qui  lui  étaient  confiées  : 

Le  19  de  la  3"  lune  (f4  mai)  je  quittai  le  Kiang-Sou.  et  j'ar- 
rivai le  33*  jour  (18  mai)  à  Chang-Ilaï.  Le  a/j*'  jour  (19  mai), 
je  fis  rinspcdiori  des  dilTérenls  ateliers  de  l'arsenal  où  se  fabri- 
quent les  navires  cuirassés,  les  fusils,  les  canons,  les  munitions 
de  toute  espèce,  cl  je  constatai  qu'il  y  régnait  une  grande  acti- 
vité. La  fabrication  des  canons  et  des  navires  se  développe  et  se 
perfectionne  de  jour  en  joiu*  à  l'étranger  ;  il  importe  donc,  en 
présence  de  l'état  précaire  des  finances  de  l'Empire,  d'adopter 
un  modèle  qui  réunisse  les  conditions  voulues  de  force  et  de 
durée,  et  pour  cela  il  serait  bon  d'enjoindre  aux  Directeurs  des 
arsenaux  du  Tcbé-li  et  du  Fou-Rien  de  fabritpier  avec  soin, 
chacun  selon  sa  spécialité,  des  armes  perfectionnées  et  faciles  à 
manier.  Je  propose  donc  que  le  Vice-Roi  Li  Iloung-tchang  et  le 
Vice-Roi  Surintendant  des  Mers  du  Sud  soient  chargés  de  se 
concerter  à  ce  sujet  et  de  prendre  les  mesures  nécessaires. 

En  quittant  Chang-Ilaï,  j'ai  parcouru  les  localités  où  l'on  a 
élevé  de  nouveaux  forts.  J'ai  visité  les  travaux  du  fort  de  Wou- 
Soung,  qui  sont  presque  terminés.  Bien  que  ce  point  ne  soit  pas 
très  important  sous  le  rapport  stratégique,  il  peut  proléger  les 


LIEOU  KOUEN-I  3  5 

YÎlJes  de  Sou-lchéou  et  de  Soung-Kiang  fou,  et  il  importe  de 
donner  l'ordre  de  terminer  au  plus  vite  ces  travaux.  De  Kiang-i 
h*icn,  où  les  rives  du  Yang-tseu  se  rapprochent  et  qui  est  la 
clef  de  ce  fleuve  à  Ou-pi-tsoui,  on  a  établi  une  ligne  de  forts 
capables  de  repousser  une  agression  ;  à  Tendroit  nommé  Ta- 
che-wan  le  fleuve  est  très  peu-large,  et  il  n'est  pas  nécessaire  d'y 
accumuler  des  forts  ;  mais,  un  peu  plus  bas,  il  faudra  en  con- 
struire deux  ;  la  position  deviendra  ainsi  formidable. 

Au  nord  de  Kiang-i  h'ien,  à  Liou-wen-cha,  on  construit  un 
fort  qui  n'est  pas  encore  terminé.  Les  autres  forts  n'ont  encore 
que  leurs  fondations  ;  or,  comme  ils  sont  placés  juste  en  face  des 
forts  de  la  rive  méridionale,  il  est  à  craindre  que,  lorsqu'ils  lan- 
ceront des  projectiles,  ils  ne  se  causent  mutuellement  des  dom- 
mages. Après  avoir  entretenu  P'éng  Yû-lin,  ancien  vice-président 
du  Ministre  de  la  Guerre,  actuellement  en  congé,  j'ai,  sur  son 
avis,  fait  arrêter  les  travaux  des  forts  de  la  rive  septentrionale, 
que  j'ai  fait  transférer  chacun  à  trois  lis  au-dessous  de  sa  position 
primitive,  jusqu'à  Chen-in-kiang.  De  cette  façon  ils  comman- 
dent encore  les  forts  de  la  rive  méridionale.  Les  forts  de  Tchen- 
klang,  situés  à  Kiao-Chan,  à  Siang-Chan  et  à  Fou-tien-miao, 
ceuxdcOu-loungChan,  situés  à  i4  lis  au-dessous  de  Kiang-Ning, 
et  ceux  de  Cha-tcheo-in  sont  très-bien  armés  et  dans  une  excel- 
lente position.  Les  trois  forts  de  Tchen-Kiang  forment  un  trian- 
gle d'une  importance  stratégique  de  premier  ordre  ;  à  l'exception 
des  batteries  qui  ont  besoin  d'être  réparées,  tout  est  en  très-bon 
état.  En  deçà  do  Tchen-Kjang,  l'endroit  appelé  Louan-chan- 
kouan  est  très-important  par  sa  position,  et  on  fera  bien  de  le 
fortifier,  aussitôt  que  le  Gouvernement  aura  des  fonds  dispo- 
nibles. 

En  deçà  de  Kiang-Ning  se  trouve  un  fort  qui  défend  la  ville, 
et  que,  par  suite  de  sa  proximité,  il  serait  convenable  de  réparer. 

Moi,  sujet,  j'ai  vu  ce  que  j'ai  dit  de  mes  propres  yeux  et  j'ai 
exposé  la  vérité  dans  tous  ses  détails  en  ce  qui  concerne  les  for- 
teresses qui  bordent  le  Yang-tseu. 

Ëcrit  au  pinceau  vermillon  :  pris  connaissance  ^ . 

Nous  venons  de  voir  que  Licou  Kouen-i  avait  été  nommé 


I.  Pour  traduction  conforme:    Le   premier    interprète  provisoire: 

F.    SCUEUZER. 


!t6  CORPS  DIPLOMATIQUE  ÉTRANGER 

gouverneur  des  Deux  Kouang  :  il  passa  en  décembre  1879 
aux  Deux  Kiang  ;  après  avoir  été  disgracié  en  octobre  1881, 
il  fut  réinstallé  dans  sa  vice-royauté  de  Nanking  le  22  no- 
vembre 1890  et  il  occupe  encore  ces  hautes  fonctions,  parti- 
culièrement lourdes  pendant  les  derniers  événements. 


LE    JÂ.P0N 

De  nouvelles  difficultés  faillirent  éclater  entre  la  Chine  et 
le  Japon  au  sujet  d'une  ambassade  des  îles  Lieou  K'ieou 
arrivée  à  Pé-King  en  mars  1876  en  tributaire;  les  habitants 
de  ces  îles  payaient  à  la  Chine  le  tribut  tous  les  deux  ans.  Le 
Prince  Koung  refusa  de  les  placer  sous  le  contrôle  du  mi- 
nistre du  Japon  ou  de  laisser  ce  dernier  entrer  en  relation 
avec  eux. 

Le  Japon  régla  d'un  autre  côté  une  vieille  affaire  d'une 
façon  peu  avantageuse  pour  lui  :  la  grande  île  de  Sakhalin, 
au  Nord  de  Yeso  et  à  l'Est  de  la  côte  russe  d'Asie,  était 
depuis  longtemps  l'objet  de  discussions  entre  la  Russie,  qui 
occupait  le  Nord  de  l'île,  et  le  Japon,  au  Sud;  ce  dernier 
pays  réclamait  un  territoire  plus  vaste  que  celui  qui  était 
reconnu  par  sa  rivale;  des  négociations  conduites  en  1862 
par  Takenouchi  et  une  convention  signée  le  10  mars  1867 
par  Koïdc  ne  changèrent  rien  à  la  situation.  En  1875,  un 
délégué  japonais,  l'amiral  Enomolo  Takeaki,  envoyé  à 
Saint-Pétersbourg  pour  reprendre  la  question,  accepta  (7  mai 
1875),  à  la  surprise  et  au  grand  mécontentement  de  son 
gouvernement,  l'échange  de  la  partie  japonaise  de  Sakhalin 
contre  l'archipel  presque  désert  des  Kouriles.  Les  Japonais 
avaient  obtenu  une  légère  compensation  dans  une  autre  di- 
rection en  occupant  les  îles  Bonin  en  1871*. 

I.  Henri  Cordier,  dans  V Histoire  générale,  de  Lavisse  et  Rambaud, 
XII,  p.  Sag. 


AFFAIRE  DE  L  AXSA  2'] 


AFFAIRE   DE  h* ANNA 


La  goélette  allemande  Anna,  appartenant  à  J.-W.  Da- 
nielsen,  originaire  de  Flessingue,  négociant  à  Amoy,  quitta, 
avec  un  chargement  de  sucre,  le  lo  septembre  1875,  cette  ville 
pour  Ticri-Tsin,  avec  dix  hommes  d'équipage  dont  deux  Euro- 
péens seulement:  le  capitaine  et  son  second,  pilote  danois,  puis 
un  contremaître,  cinq  matelots,  un  cuisinier  et  son  aide,  tous 
Chinois.  En  vue  de  l'embouchure  du  Min,  à  Si  Yang  (^Spider 
Island)  le  22  septembre,  l'équipage  se  révolte  et  mass^tcre  les 
deux  Européens  ;  le  cuisinier  et  son  aide,  innocents  tous  les 
deux,  s'échappent  à  Amoy  et  font  leur  déposition  devant  M. 
Kranel,  consul  allemand  dans  cette  ville  ;  le  navire  de  guerre 
Cyclop,  qui  se  trouvait  à  Amoy,  part  à  la  recherche  de  VAnna 
qu'il  retrouve,  mais    déjà  pillée,    échouée  et  abandonnée. 

Cet  événement  qui,  malheureusement,  avait  eu  de  nom- 
breux précédents,  causa  la  plus  vive  émotion  en  Allemagne. 
Une  formidable  campagne  de  presse  fut  organisée  contre  la 
Chine;  la  Gazette  d'Aagsboarg,  la  Gazette  de  F  Allemagne 
du  Nordj  le  Reichsanzeiger ,  publièrent  des  articles  extrême- 
ment violents.  Le  i3  mars  1876,  les  corvettes  allemandes, 
la  Vineta  (20  canons)  et  la  Louisa  (6  canons),  qui  allaient 
relever  la  Hertha  (19  canons)  et  V Ariane  (6  canons)  reçurent 
l'ordre  de  se  presser  d'arriver  à  Hong-Kong  où  ces  deux 
derniers  navires^  devaient  être  rendus  en  avril,  ainsi  que 
le  Cyclop  (6  canons).  Ordre  était  donné  à  Kicl  d'activer 
les  réparations  de  la  canonnière  Naittilus  (6  canons).  On 
faisait  courir  le  bruit  que  l'Allemagne  s'allierait  avec  l'An- 
gleterre et  la  Russie,  sans  la  France,  pour  détruire  la  pira- 
terie dans  les  mers  de  Chine.  C'était  absurde  ;  à  ce  moment 
même  M.  Von  Brandt  recevait  l'ordre  de  se  mettre  en  rapport 
avec  le  Chargé  d'Affaires  de  France  à  Pé-King,  en  vue  de 
la  revision  du   traité  allemand.  Cette  agitation  sans  raison 


^8  CORPS  DIPLOMATIQUE  ÉTRANGER 

n'était-elle  pas  créée  dans  le  but  de  nuire  à  cette  revision 
même  ?  Somme  toute,  il  ne  s'agissait  que  d'un  crime  vul- 
gaire et  l'on  ne  pouvait  se  plaindre  que  de  l'incurie  ou  de 
l'apathie  des  autorités  du  Fou-Kien  dans  la  poursuite  des 
pirates. 

D'autre   part,    à    Saint-Pétersbourg  (mars  1876),  Lord 

* 

Loftus*,  ambassadeur  d'Angleterre,  déclarait  au  général  Le 
Flô*,  ambassadeur  de  France,  qu'il  n'attachait  aucune  im- 
portance à  l'affaire.  M  .Von  Brandt  demandait  des  dommages 
et  intérêts  de  85ooo  dollars  et  en  obtenait  88228,  ce  qui 
était  déjà  un  fort  joli  chiffre. 

On  peut  se  demander  si  déjà  le  prince  de  Bismarck  ne 
cherchait  pas  un  prétexte,  trouvé  plus  tard  par  l'Empereur 
Guillaume  II,  pour  créer  un  établissement  allemand  sur  la 
côte  du  Céleste  Empire.  L'Allemagne  désirait  assurément  le 
règlement  de  l'affaire  de  VAnna,  mais  ne  désirait-eUe  pas 
davantage  tirer  quelques  coups  de  canon  en  Extrême-Orient? 
Et  le  diplomate  qui  avait  heureusement  et  rapidement  ter- 
miné cette  affaire,  ne  pouvait-il  pas  être  blâmé  de  n'avoir 
pas  laissé  le  plus  petit  grief,  le  plus  petit  prétexte  à  invoquer? 

CAPTURE  DU    «  CARISBROOKE  »,    12   JUIN    1878 

Le  vapeur  anglais,  Carisbrooke,  commandant  Scott,  se 
rendait  de  Singapore  à  Hong-Kong,  ayant  à  bord  des  passa- 
gers à  destination  de  Haï-Nan  qu'il  se  préparait  à  débarquer 
dans  cette  île,  lorsque  la  canonnière  chinoise  Peng-chao-haïy 

I.  Loflus,  le  très  hon.  Lord  Augusius  William  Frederick  Spencer, 
débuta  comme  attaché  à  Berlin,  ao  juin  1887.  Après  avoir  été  nommé 
ambassadeur  à  Berlin  (a. '4  février  1868),  il  fut  transféré  à  Saint-Péters- 
bourg (16  octobre  187 1)  ;  il  prit  sa  retraite  le  9  avril  1879  et  fut  gouver- 
neur de  la  Nouvelle- Galles  du  Sud  du  3  mai  1879  &  i885. 

a.  Le  Flo,  Adolphe- Emmanuel-Charles,  né  à  Lesncven  (Finistère), 
a  novembre  i8o4  ;  mort  au  château  de  Nechoat,  près  Morlaix,  le  16  no- 
vembre 1877. 


CAPTURE   DU   a   GARISBROOKE  »,    13  JUIN    1876  2^ 

capitaine  Palmer,  avec  le  commissaire  des  douanes  T.  M. 
Broi^n,  fit  son  apparition  et  intima  Tordre  au  capitaine  Scott 
de  l'accompagner  à  Canton  avec  son  navire,  sous  prétexte 
quHl  ne  devait  pas  faire  relâche  dans  un  port  non  ouvert  par 
traité.  Le  capitaine  Scott  obéit,  mais  lorsquUl  se  trouva  à 
proximité  des  eaux  de  Hong-Kong,  il  mit  le  cap  sur  cette 
colonie  anglaise  ;  immédiatement,  le  Peng-chao-haï  ouvrit  le 
fcii  et  brisa  le  gouvernail  du  Carhbrooke  qui,  conduit  à 
Canton,  fut  poursuivi  en  vertu  des  articles  4?  et  48  du  traité 
anglais  de  Tien-ïsin.  Les  Anglais  arguèrent  en  faveur  du 
Carisbrooke  que  l'article  ii  de  ce  même  traité  spécifie  que 
Kioung-tchéou  (Haï-Nan)  est  l'un  des  ports  ouverts  au 
commerce  britannique.  Les  bagages  des  voyageurs  à  desti- 
nation de  Hong-Kong  furent  môme  visites  à  Canton  et  leurs 
propriétaires  obligés  de  payer  les  droits  sur  les  objets  soumis 
à  des  droits  de  douane,  quoiqu'ils  ne  fussent  venus  dans  un 
port  chinois  que  contre  leur  volonté. 

Le  tribunal  fut  composé  du  Haï-Kouan  (Hoppo),  deTong 
King-sing,  agent  à  Canton  de  la  China  Merchapts  Steam 
Nav.  Co.,  de  M.  Wright,  commissaire  des  douanes,  du  con- 
sul anglais.  Sir  D.  Brooke  Robertson*,  et  de  son  interprète 
M.  Gardner*.  Le  capitaine  Scott,  poursuivi  en  vertu  de  l'ar- 
ticle 47  du  traité,  se  défendit  d'avoir  voulu  faire  la  contre- 
bande. Le  jugement  fut  rendu  le  22  juin:  les  fonctionnaires 
chinois  et  le  consul  anglais  ne  pouvant  se  mettre  d'accord, 
renvoyaient  l'aflaire  devant  les  Hautes  Autorités  des  deux  na- 
tions à  Pé-King;  le  Carisbrooke  èidXi  relâché  sous  caution. 
H  est  certain  qu'il  y  avait  eu  des  irrégularités  dans  la  con- 


I.  Mort  27  mars  1881. 

a.  Gardner,  Ckristopker  Thomas,  nommé  élèvo  interprète  en  Chine, 
16  juillet  1861  ;  il  était  interprète  à  Canton  depuis  avril  1873  ;  il  fut 
nommé  consul  à  Kioung-tchéou,  9  novembre  1877.  I^^puis  il  a  été  consul- 
général  en  Corée  p.  i.,  du  i«'*fcYrier  au  ao  septembre  1894.  H  a  pris  sa 
retraite  le  i^^  avril  1899. 


3o  CORPS  DIPLOMATIQUE  ÉTRANGER 

(lui te  du  procès  qui  avait  été  jugé  à  huis  clos  et  dans  lequel 
le  Ilaï-Kouan,  représentant  la  douane  chinoise,  était  à  la 
fois  juge  et  partie.  D'autre  part,  la  faute,  si  faute  il  y  avait, 
du  Carisbrooke,  ne  méritait  certainement  pas  la  confiscation. 
Il  y  eut  zèle  intempestif  de  la  part  des  agents  anglais  des 
douanes  contre  leurs  compatriotes  du  vapeur  capturé. 

L'affaire  du  Carisbrooke  se  termina  par  une  amende  de 
taels  5  COQ.  Elle  eut  toutefois  le  bon  résultat  de  faire  ouvrir 
au  commerce  étranger,  le  i®*"  avril  1876,  Kioung-tchéou, 
dans  l'île  de  Haï-Nan,  qui  aurait  dû  l'être  depuis  longtemps 
en  vertu  des  traités  anglais  et  français  de  Tien-ïsin  (i858); 
le  port  est  en  réalité  Hoi  Iléou  (Iloi-how)  qui  a  une  popu- 
lation indigène  de  4oooo  habitants. 


ATTENTATS  DIVERS 

Il  y  eut  à  celte  époque  une  recrudescence  d'atlaqucs 
contre  les  étrangers.  Le  19  juin  1876,  quatre  élèves-inter- 
prètes de  la  Légation  d'Angleterre,  et  M.  P.  G.  von  Môl- 
lendorff*  se  rendirent  en  excursion  au  Temple  Pai  Houa 

1.  Le  jour  même  où  il  allait  s'embarquer  sur  le  vapeur  Prinz  Ilein- 
richy  pour  rentrer  en  Europe,  M.  de  Mullendorfrest  mort  (19  avril  1901) 
h.  Ning-Po,  où  il  était  commissaire  des  douanes  impériales  maritimes 
depuis  septembre  1897.  Né  en  i848,  à  Gôrliiz,  il  étudia  le  droit  à  TUni- 
versité  de  Halle,  suivant  le  désir  de  son  père;  mais  sa  vocation  le  porte 
bientôt  vers  Tétude  des  langues  orientales,  et,  faute  de  place  dans  le  ser- 
vice consulaire  allemand,  il  entre  dans  les  douanes  chinoises  en  octobre 
1869.  Il  était,  depuis  avril  1891,  député-commissaire  des  douanes,  et  il 
occupait  k  Chang-Ilaï  le  poste  d*  «  Assistant  Statistical  Secretary  »  ;  il 
avait  été  nommé  fonctionnaire  civil  de  4^  classe  le  2  juillet  1893.  Pen- 
dant quelque  temps,  il  avait  quitté  le  service  des  douanes  où  il  était 
premier  assistant,  pour  entrer,  sur  la  demande  du  chargé  d'afiaires  d'Al- 
lemagne, M.  von  Holleben,  dans  le  corps  consulaire  allemand  à  Tien-Tsin, 
qu'il  quitta  à  la  suite  de  démêlés  avec  M.  v.  Brandt.  En  i88a,  il  fut 
nommé  directeur  des  douanes  coréennes  et  conseiller  du  roi  de  Corée, 
mais  là,  il  ne  put  rester.  A  diverses  reprises,  il  avait  fait  partie  du  Conseil 
de  la  North-China  Branch  of  the  Royal  Asiatic  Society.  M.  de  Môllen- 
dorfifa  publié  un  certain  nombre  de  travaux.  Çl'oung  PaOi  1901,  no  3. 


ATTENTATS  DIVERS  3l 

San,  à  une  douzaine  de  lieues  à  TOuest  de  Pé-king.  Le  len- 
demain de  leur  arrivée,  ils  furent  assaillis  par  la  foule  à  coups 
de  pierres,  M.  von  Môllendorff  fut  grièvement  blessé  à  la 
tête  et  aux  jambes  et  n'eut  la  vie  sauve  qu'en  menaçant  de 
son  revolver  le  bonze  en  chef.  Quelques  jours  auparavant,  le 
D'  S.  W.  Bushell,  médecin  de  la  légation  d'Angleterre  et 
sa  femme,  reçurent  des  pierres  dans  les  rues  de  la  capitale  ; 
M.  Lensey,  interprèle  de  la  légation  de  Russie,  fut  jeté  à  bas 
de  son  pony  par  une  brique  qui  lui  fut  lancée  dans  le  dos. 
A  six  ou  sept  lieues  de  Ïien-Tsin,  le  Rév.  M.  Barradale^  et 
sa  femme  furent  couverts  de  boue  par  des  villageois.  Le  23 
août,  M.  D.  M.  Henderson*,  chef  du  service  des  phares,  fut 
attaqué  par  la  populace  près  du  phare  placé  au  promontoire 
du  Chan-Toung,  à  l'instigation  du  lettré  Li  Wou,  trois  se- 
maines après  que  M.  W.  F.  Mayers',  interprète  de  la  léga- 
tion d'Angleterre  à  Pé-King,  avait  porté  des  secours  à  la 
veuve  d'un  homme,  tué,  l'année  précédente  dans  une  affaire 
semblable,  par  l'anglais  Fawcett. 

I.  Le  Rév.  John  Smith  Barradale,  mort  du  typhus,  a5  mai  1878, 
dans  sa  33<^  année,  à  la  London  Mission,  Tien-Tsin. 

3.  Henderson,  David  Marr,  entré  dans  le  service  des  douanes,  janvier 
1869  ;  ingénieur  en  chef,  octobre  1871. 

3.  J,  p.  487,  noie. 


CHAPITRE  III 


AFFAIRES  DE  MISSIONNAIRES 


MISSION   DE   M.    DE   ROQUETTE 

Nous  avons  vu'  que  M.  Guillaume  de  Roquette*  avait 
été  envoyé  au  Sc-tcirouen  pour  obtenir  réparation  pour 
le  meurtre  de  Tabbé  Hue  à  Kien-Kiang,  le  5  septembre 
1873.  M.  de  Roquette  qui  avait  quitté  Pé-King  à  la  fin  de 
novembre  187^,  arriva  à  Tchoung-King  le  2  mars  1875. 
Après  de  vaines  négociations  du  2  mars  au  6  avril,  il  partit 
pour  Tcireng-tou  afin  de  voir  le  vice-roi  de  la  province  ;  le 
soir  même  on  dépêchait  vers  lui  le  maréchal  tarlare.  M.  de 
Roquette  écrivait  à  M.  de  Rochechouart,  de  Tchoung-King, 
le  II  juin  1875  : 

<c  II  est  nécessaire...  que  vous  sachiez,  qu'aux  prières  et  aux 
protestations  d'amitié  ont  succédé  les  récriminations  et  les  mc- 

i.  I,  p.  539. 

3.  Guillaume  de  Roquette,  Georges- Emile ^  né  à  Bellevue,  près  Meu- 
don,  le  39  août  1837;  attaché  à  la  légation  de  France  à  Tanger,  le  19 
janvier  i863;  autorisé  par  décret  impérial  du  i4  décembre  i863,  à 
ajouter  à  son  nom  de  Guillaume,  celui  de  Roquette,  du  nom  de  son 
aïeule  maternelle  ;  attaché  à  Berne,  le  3  juin  i864  ;  ^  Weimar,  le  7  mars 
1866  ;  secrétaire  de  3'  classe  à  Rio- de -Janeiro,  le  19  janvier  1867  ;  che- 
valier de  la  Légion  d'honneur,  le  11  août  1869  ;  secrétaire  de  3*  classe  à 
Londres,  le  37  octobre  1869  '  ^  Stockholm,  le  33  mars  1871  ;  à  Tanger, 
le  5  mai  187 1  ;  à  Pé-King,  le  33  janvier  1873  ;  secrétaire  de  i^^  classe, 
à  Pé-King,  le  33  décembre  1876;  à  Rome,  près  le  roi  d'Italie,  le  3i 
août  1878;  envo^ré  extraordinaire  et  ministre  plénipotentiaire  de  3<^  classe 
au  Japon,  le  se  avril  1880;  mis  en  disponibilité,  le  3  mars  1883. 


ARRANGEMENT  DE  M.  DE  ROQUETTE  33 

naces.  Trois  placards,  le  dernier  fort  perfide  et  fort  violent,  appe- 
lant ouvertement  la  population  à  exterminer  les  Étrangers  et  les 
Chrétiens  ont  été  alTichés  dans  toute  la  ville,  fort  émue  de  ma 
présence,  qui  coïncidait  avec  la  nouvelle  de  l'assassinat  de 
M-  Margary  au  Yun-Nan.  Enfin,  ^voyant  que  je  ne  voulais  ni  ne 
pouvais  céder,  alors  que  j'étais  déjà  embarqué  et  à  près  d'une 
lieue  de  la  ville,  le  vice-roi  a  envoyé  des  délégués  me  poursuivre 
et  m'a  fait  supplier  d'accepter  un  règlement  plus  avantageux 
que  je  n'avais  osé  l'espérer,  car  deu\  de  ses  clauses  proclament 
l'absolue  culpabilité  du  mandarin  Koui  que  le  vice-roi  et  les 
négociateurs  voulaient  sauver  à  tout  prix  ». 


ARRANGEME?iT    DE    M.    DE    ROQUETTE 

Voici  rarrangement  par  lequel  M.  de  Roquette  obtenait 
que  les  mandarins  compromis  fussent  destitués  ou  envoyés 
en  exil,  que  deux  meurtriers  fussent  punis  de  mort,  et  une 
somme  de  4oo  ooo  francs  de  compensation  pour  les  pertes 
matérielles  : 

Aujourd'hui,  après  nous  être  entendus  touchant  le  procès  du 
meurtre  commis  a  Kien-Kiang,  par  Sié  Kia-fun  et  autres  coupables 
sur  la  personne  des  deux  missionnaires.  Hue,  prêtre  français,  et 
Tai  Min-Kin.  prêtre  chinois,  où  le  mandarin  Koui  Ru-h'en 
gérait  cette  sous-préfecture  :  Nous  rédigeons  en  quatre  articles, 
comme  il  suit,  le  résultat  de  nos  délibérations  coniniuncs  et  de 
nos  résolutions.  Le  tout  revêtu  de  nos  signatures  pour  être  con- 
servé comme  preuve. 

Art.  i".  —  M.  de  Roquette,  secrétaire  d'ambassade,  convaincu 
de  la  grave  culpabilité  du  mandarin  Koui  Ku-h*en  demandait 
qu'en  conséquence,  il  fût  gravement  puni  ;  mais  M«*'  Desnèclies 
venant  nous  prier  d'apporter  un  adoucissement  à  la  peine  méritée, 
nous  statuons  qu'il  sera  demandé  à  l'Empereur  de  le  priver  de 
sa  charge,  sans  que  jamais  il  ne  puisse  en  avoir  aucune.  Un 
loei-yuen  le  reconduira  dans  la  province  dont  il  est  originaire,  et 
il  y  sera  placé  sous  la  surveillance  du  préfet  du  lieu. 

Art.  3.  —  Les  chefs  de  municipalité,  Li  Youen-ckou,  autrement 
dit  Li  Youen-Kin  et  vulgairement  appelé  Li-pa  Lao-yé,  et  Jan 
Wen-tsian,  ont  mérité  la  mort  ;  mais  M^*"  Desflèches  ayant  prié 

GORDIER.  IL    —  3 


34  AFFAIRES  DE  MISSIONNAIRES 

qu'on  leur  fit  grâce  de  la  vie,  nous  statuons  d'un  commun 
accord,  qu'ils  seront  bannis  à  perpétuité. 

Art.  3.  —  Chen  Son-fa,  Sié  Kia-fun,  ïs'ai  Tson-chi,  Tchen 
Tsouan-ts'iuen,  seront  tous  punis  d'après  la  loi.  Ainsi  Chen  Son- 
fa  sera  décapité,  et  Sié  Kia-fun  étranglé. 

Art.  4'  —  Nous  statuons  qu'il  sera  accordé  pour  frais  des 
sépultures  et  des  tombeaux,  Quinze  cents  Taêls,  et  en  outre  pour 
la  rémission  d'une  partie  de  la  peine  encourue  par  le  mandarin 
Koui  Ku-h'en,  la  somme  do  Trente-huit  mille  cinq  cents  Taëls,  qui 
seront  payés  en  bon  argent,  d'après  la  balance  de  Ïchoung-King, 
savoir  : 

Dix  mille  Taèls,  dans  le  courant  de  la  5*  lune,  après  le  retour 
à  Tchoung-King  et  la  conclusion  entière  de  l'affaire,  puis  trente 
mille  Taëls  restant,  seront  payés  : 

Dix  mille  Taëls,  à  la  lo*  lune  de  la  présente  année,  et  dix  mille 
Taëls  h  la  8*  lune  de  l'an  prochain,  et  dix  mille  à  la  3«  lune  de 
Kouang-Siu. 

Signé  : 

De  Roquette,  secrétaire  d'ambassade, 
Yao,   tao-taï  du   Se-Tch'ouen   oriental, 
To,  ci-devant  tao-taï  de  la  partie  est  du  Roueï-tchéou, 
Et  les  délégués  Lu  Li-Ko  et  P'an. 

La  i"  année  de  Kouang-Siu,  le  ag  de  la  4®  lune  *. 


1.  Pour  traduction  conforme  :  G.  de  Bezaure.  —  Bezauro,  Georges- 
Gaston  Servan  de,  né  le  26  janvier  1862  ;  élève  interprète  j^our  la 
langue  chinoise,  à  Péking,  i5,  mars  1872  ;  interprète-chancelier  à 
Fou-tchéou,  23  mars  1878;  inscrit  dans  la  troisième  classe  des  inter- 
prètes, 18  septembre  1880;  interprèle  de  seconde  classe,  interprète- 
chancelier  à  P6-king,  21  février-i5  mars  1882;  vice-consul  à  Fou- 
tchéou,  12  mai  1882  ;  interprète  de  i""*  classe,  chargé  du  vice- consulat  de 
Fou-tchéou,  i*^^  mai  i884  ;  consul  honoraire,  3i  octobre  i885  ;  chevalier 
de  la  Légion  d'honneur,  27  décembre  i885  ;  gérant  du  consulat  de  Tien- 
Tsin  du  26  juin  au  i'-"'  novembre  i885  ;  chargé  du  consulat  de  Canton, 
6  avril  188G  ;  consul  do  seconde  classe  à  la  môme  résidence,  27  juin  1887  ; 
à  Hong-Kong,  7  janvier  1889;  consul  de  f»  classe,  iG  septembre  1890; 
gérant  du  consulat  de  Ïien-Tsin,  27  novembre  1890-10  mai  1892; 
consul  à  Philippopoli  (non  installé),  i"  septembre  1892  ;  à  Newcastle, 
1 5  octobre  189/1;    consul   général,    22   avril    1896;   gérant  du  consulat 


GAZETTE  DE  PÉKING,   9  SEPTEMBRE    1875  35 

M.  de  Roquette  était  de  retour  à  Han-Keou,  le  i*'  juillet 
1875. 

La  lettre  suivante  termina  enfin  une  affaire  qui  avait 
donné  beaucoup  de  mal  à  notre  diplomatie  et  dont  le  règle- 
ment  fait  honneur  à  M.  de  Roquette  : 

En  effet  le  prince  Koung  écrivait  au  comte  de  Rochechouart 
(Pé-king,  le  i3  septembre  1875)  : 

Le  maréchal  Tartare  du  Se-tch'oucn  et  les  autres  autorités  de 
la  province  ont  adressé  un  rapport  au  Trône  au  sujet  de  l'affaire 
de  Kien-Kiang  dont  il  expose  l'instruction  et  le  règlement. 

Le  6  de  ce  mois,  a  paru  l'ordre  impérial  suivant  : 
Approuvé.  Que  le  Tribunal  compétent  prenne  connaissance. 

Il  semblerait  qu'un  bon  vent,  auquel  n'étaient  peut-être  pas 
étrangères  les  difficultés  de  la  Chine  avec  TAnglelerre,  régnât 
alors  en  faveur  des  missionnaires,  témoin  cet  extrait  de  la 
Gazette  de  Pé-king  du  9  septembre  1876  : 

GAZETTE    DE    PÉ-KING,    Q    SEPTEMBRE    1875 

Tch'oung-Che,  Tching-hai,  Tchi-ngan,  esclaves,  adressent 
agenouillés  un  rapport  au  trône. 

Nous  avons  antérieurement  signalé  les  autorités  d'un  lieu 
soumis  aux  deux  juridictions  tartare  et  chinoise  pour  avoir  man- 
qué à  leurs  devoirs  en  ne  protégeant  pas  un  missionnaire  fran- 
çais qui  a  été  dévalisé  sur  la  grande  route.  Dans  le  délai  qui  avait 
été  accordé  aux  autorités  de  ce  lieu,  elles  se  sont  emparées  de 
plus  de  la  moitié  des  coupables  ainsi  que  de  leur  chef,  qui,  après 
jugement,  ont  été  exécutés.  Aussi  venons-nous  prier  S.  M.  de 
rendre  à  ces  fonctionnaires  les  boutons  qui  leur  avaient  été  enle- 
vés. Tel  est  le  but  du  présent  rapport. 

Nous,   esclaves,   avons  reconnu,  en   prenant  celte  affaire  en 

général  de  Chang-Haï,  a8  août  1896;   consul  général  à  Chang-liaï,  10 
janvier  1898. 

M.  de  Bezaurc,  qui  accompagnait  M.  de  Roquette  comme  interprète, 
a  laissé  un  récit  de  son  voyage  :  Le  Fleuve  Bleu  ..  Paris,  Pion,  187a, 
in-ia. 


'36 


AFFAIRES  DE  MISSIONNAIRES 


main  que,  dans  la  la®  lune  de  Tannée  dernière,  le  tao-taï  inté- 
rimaire de  la  douane  fit  parvenir  l'avis  suivant  : 

Le  14*  jour  de  la  11*  lune,  un  missionnaire  français  fut 
assailli  et  dévalisé  par  des  brigands  lors  de  son  passage  à  Ko- 
chao-tseu,  qui  relevé  du  canton  de  Rouang-ning. 

Ce  fut  alors  que  mon  prédécesseur  Fou  Sen-ha  et  autres  deman- 
dèrent au  Trône,  à  la  date  du  16  de  la  1'®  lune  de  cette  année 
la  dégradation  de  Mo-ko-to-ko,  commandant  tartare  du  Sia-he- 
clian  et  de  Paotaï,  chef  du  canton  de  Kouang-ning,  pour  les 
punir  de  la  négligence  apportée  par  eux  dans  leurs  devoirs  de 
protection.  Ils  demandèrent  pourtant  qu'ils  fussent  maintenus 
dans  leurs  charges  pendant  un  délai  de  trois  mois,  afin  de  pou- 
voir poursuivre  vigoureusement  et  capturer  les  coupables.  Si.  à 
l'expiration  de  ces  trois  mois,  leurs  recherches  avaient  été  infruc- 
tueuses, on  proposerait  leur  destitution  immédiate. 

Le  9  de  la  a^  lune,  le  Conseil  de  l'Empire  reçut  l'ordre  impé- 
rial approuvant  ces  dispositions. 

Conformément  à  cet  ordre,  le  vice-président  du  tribunal  des 
finances,  Tchc-Tcho,  faisant  fonctions  de  Maréchal  commandant 
la  Mandchourie  et  Kong-ten,  Préfet  de  Moukden,  donnèrent 
l'ordre  aux  autorités  mandchoues  et  chinoises  de  faire  des  recher- 
ches rigoureuses,  de  s'emparer  des  coupables,  de  les  juger  et  de 
les  punir.  Le  10  de  la  3*  lune,  nous  reçûmes  le  rapport  suivant 
de  Mo-ko-to-ko  et  de  Paolaï  : 

«  Le  6  et  le  17  de  la  a*  lune  accompagnés  de  soldats  et  de 
satellites,  nous  nous  sommes  emparés  de  Gé  Ta-tchin,  appelé 
aussi  Ye-lo-ko-ta,  qui  est  le  chef  des  brigands  incriminés,  de 
Tchan  Ti-fou  et  des  trois  autres  complices  secondaires  :  Ma  Kouo- 
lin,  Hia  Jong-to,  Tchen-fa  » . 

Le  1 1  de  la  3*  lune,  nous  reçûmes  le  rapport  suivant  du  tao- 
taï  de  la  douane  : 

a  Le  a5  delà  i"  lune,  à  Hoe-tchang,  canton  voisin  de  Kouang- 
ning,  on  a  arrêté  le  chef  des  brigands  Rao  Tseu-Rouei,  aussi 
appelé  Rao  Eur-long,  qui  a  été  trouvé  porteur  d'un  pistolet  à  six 
coups.  De  plus,  l'ordre  secret  a  été  donné  d'arrêter  le  brigand  qui, 
lors  de  l'attaque  de  l'étranger,  a  dit  son  nom:  San  Fou-youen. 

Le  20  de  la  6"  lune,  le  chef  de  police  de  Ileou-Tchouang, 
s'étant  assuré  le  concours  des  soldats  et  des  satellites  de  Rouang- 
ning,  s'est  emparé,  le  6  et  le  11    de  la  4^  lune,  d'un  coupable  a 
nommé  Pan  In-tsing.   Puis,  dans  un   rapport  écrit  de  concert 
avec  Ma-ko-to-ko  et  Paotaï,  il  a  annoncé  qu'il  avait  aux  mêmes 


GAZETTE  DE  PÉKING,  Q  SEPTEMBRE   1875  i'J 

dates  arrêté  deux  autres  criminels,  Wang  Fou-nien  et  Chou  In- 
choun. 

A  chacun  de  ces  rapports  reçus  par  nous  se  trouve  jointe  une 
note  relatant  la  punition  prononcée. 

Moi,  esclave,  et  les  autres,  avons  reconnu  que  tous  ces  crimi- 
nels ont,  dans  Tinterrogatoire  subi  par  eux,  avoué  être  les  auteurs 
de  Tattaque  contre  un  Européen  et  du  vol  de  sa  mule,  de  son 
cheval  et  de  ses  effets  et  bagages.  En  conséquence  nous  avons 
immédiatement,  avec  toute  la  rigueur  des  lois  de  l'Empire,  con- 
damné les  coupables  à  mort. 

Les  Autorités  entre  les  mains  desquelles  se  trouvent  ces  indi- 
vidus ont  reçu  Tordre,  dans  le  cas  où  leurs  déclarations  ne  chan- 
geraient pas,  de  les  faire  exécuter  sur  la  place  du  marché  du 
village,  et  de  faire  exposer  au  bout  d'un  màt,  avec  un  écriteau, 
leurs  têtes  au  lieu  même  où  le  crime  a  été  commis,  afin  d'ins- 
pirer une  crainte  salutaire  pour  l'avenir. 

Quant  au  pistolet  à  six  coups  dont  Kao  Tseu-Kouei  a  été  trouvé 
porteur,  il  sera  remis  au  chef  du  canton  de  Kaïpingqui  Tenvcrra 
au  tao-taï*  afin  qu'il  soit  restitué  à  son  propriétaire. 

Les  jours  et  heures  des  exécutions  nous  ont  été  communiqués 
postérieurement. 

Depuis  le  9  de  la  a'  lune,  date  à  laquelle  j'ai  reçu  Tordre 
impérial  jusqu'à  ce  jourd'hui,  9  de  la  5"®  lune,  il  s'est  écoulé 
trois  mois.  Or  comme  les  autorités  fautives  ont  arrêté  dix  cou- 
pables, nombre  qui  dépasse  la  moitié  de  celui  des  criminels, 
lequel  est  de  i4,  comme  elles  ont  capturé  le  chef,  comme,  après 
avoir  montré  de  la  négligence  dans  l'accomplissement  de  leur 
devoir,  elles  ont  déployé  un  grand  zèle  et  une  louable  activité, 
nous  proposons  à  TEmpcrcur  de  vouloir  bien,  par  un  effet  de  sa 
bonté,  rendre  à  Mo-ko-to-ko  et  Paotai  le  bouton  qui  leur  a  été 
enlevé,  afin  qu'il  donne  à  tous  une  preuve  de  son  indulgence. 

Quant  à  ceux  des  coupables  qui  n'ont  pas  été  pris,  ils  seront 
sans  relâche  poursuivis  de  la  manière  la  plus  active. 

C'est  pourquoi,  plus  de  la  moitié  des  coupables  avec  leur  chef 
ayant  été  arrêtés,  jugés  et  ext'cutés,  je  soumets  a  l'approbation  des 
Impératrices  et  de  TEmpereur  les  conclusions  du  présent  rapport. 

Le  Conseil  de  l'Empire  a  reçu  Tordre  suivant  : 
Approuvé.  Que  le  tribunal  compétent  prenne  connaissance. 
Respectez  ceci  * . 

I.    Pour  copie  conformo  :  Signé  :  F.  Schehzxr,  inlcrprèto  p.  i. 


58  AFFAIRES  DE  MISSIONNAIRES 

Notre  chargé  d'affaires,  le  comte  de  Rochechouart,  a 
raison  de  se  féliciter  de  cette  preuve  des  dispositions  équita- 
bles des  fonctionnaires  chinois,  dans  sa  lettre  au  duc  Decazes, 
de  Pé-King,  12  septembre  1876  : 

C'est,  à  mon  avis,  la  meilleure  pièce  qui  ait  été  publiée  depuis 
quinze  ans.  En  effet,  jamais  jusqu'à  présent  personne  n'avait  pu 
obtenir  que  les  châtiments  encourus  soit  par  les  mandarins,  soit 
même  par  de  simples  particuliers,  pour  sévices  contre  les  mission- 
naires ou  les  Chrétiens,  fussent  rendus  publics,  et  voilà  que  tout  à 
coup  et  sans  aucune  pression  de  ma  part,  le  Lieutenant  de  l'Em- 
pereur enMandchourie,  frère  de  Tch'oung-Heou,  ancien  ambassa- 
deur à  Paris,  prend  l'initiative  spontanée  d'adresser  un  rapport 
au  trône  dans  lequel  il  raconte  qu'un  missionnaire  français  ayant 
clé  attaqué  et  dépouillé  entre  Nieou-tchouang  et  Moukden  et  les 
auteurs  de  cet  attentat  n'ayant  pas  été  découyerls,  il  a  destitué 
les  fonctionnaires  coupables  de  cette  négligence  ;  mais  qu'ensuite 
ces  mêmes  mandarins  ayant  essayé  de  réparer  leurs  torts,  et 
l'arrestation  de  plus  de  la  moitié  des  coupables  (10  sur  il\)  étant 
leur  œuvre,  il  demande  à  l'Empereur  leur  grâce... 

Si  la  Gazette  reproduit  trois  ou  quatre  autres  rapports  analo- 
gues, nous  n'aurons  plus  aucune  affaire  de  missionnaire  ;  ce  qu'il 
y  a  de  plus  remarquable,  c'est  que.  contrairement  à  ce  qui  se 
passe  habituellement,  la  Légation  n'a,  pour  ainsi  dire,  pas  eu  à 
intervenir  dans  cette  négociation  ;  tout  s'est  borné  à  une  petite 
lettre  privée  que  j'ai  écrite  à  Tch'oung-Heou. 

PROCLAMATION   AU    FOU-KIEN 

La  France  n'est  pas  la  seule  nation  qui  obtienne  satisfac- 
tion. 

A  la  requête  du  ministre  des  Etats-Unis,  la  proclamation 
suivante  dont  nous  donnons  la  traduction  fut  affichée  dans 
le  Fou-Kien  ;  elle  témoignait  du  bon  vouloir  du  gouverne- 
ment chinois  à  Tégard  des  missionnaires  : 

Le  tao-taï,  Président  du  Bureau  spécial  du  commerce  pour 
la  province  du  Fou-Kien,  lance  la  proclamation  suivante  dans  le 
but  d'instruire  le  peuple  : 


PROCLAMATION  AU  FOU-MEîÇ  Sû 

Les  missionnaires  de  chaque  nation  qui  prêchent  dans  Tinté- 
rieur  le  font  en  verlu  des  stipulations  du  Traité,  et  comme  la 
religion  sainte  de  Jésus,  appelée  aussi  christianisme,  a  pour  but 
d'exhorter  les  hommes  à  pratiquer  la  vertu  et  à  traiter  leur 
|H'ochain  comme  ils  voudraient  être  traités  eux-mêmes,  il  faudra 
dès  lors,  à  la  venir,  protéger,  tout  comme  les  autres,  les  mission- 
naires et  les  Chrétiens  qui  se  conformeront  à  leurs  devoirs  ;  on  ne 
pourra  plus  exercer  de  vexations  à  leur  égard,  ni  leur  causer  des 
embarras:  tout  cela  est  stipulé  dans  le  traité. 

Or,  dans  les  sous-préfectures  et  dans  les  villages  du  ressort  des 
préfectures  de  Jen.  Tien.  Chao  et  de  Sin  Houa-fou,  les  notables 
et  le  peuple  non  chrétien  exigent  continuellement  des  Chrétiens 
des  cotisations  pour  les  sacrifices  aux  génies,  les  constructions  de 
pagodes,  les  représentations  théâtrales,  et,  sur  le  refus  de  ces 
derniers,  emploient  la  violence,  leur  pillent  ou  leur  brûlent  leur 
maison  et  les  injurient.  J'ai  reçu  au  sujet  de  ces  faits  et  à  deux 
reprises  des  communications  du  Consul,  et,  suivant  le  désir  de 
ce  dernier,  j*ai  donné  Tordre  aux  autorités  de  punir  sévèrement 
les  coupables  et  de  faire  en  outre  une  proclamation  à  ce  sujet. 
Les  étrangers  de  chaque  Empire  qui  résident  à  l'intérieur  louent 
à  perpétuité  des  terres  pour  y  construire  leurs  églises,  et  leurs 
terres  ne  sont  pas  soumises  aux  impôts  ;  les  étrangers  devront 
donc,  par  l'intermédiaire  de  leur  Consul,  demander  l'enregistre- 
ment de  l'acte  de  propriété  auprès  de  l'autorité  qui,  suivant  les 
cas,  autorisera  ou  non  le  transfert.  C'est  ainsi  que  l'on  devra 
procéder  dans  toute  la  province.  Si  les  étrangers  veulent  louer 
des  maisons  pour  y  établir  une  église,  il  leur  sera  loisible  de  le 
faire  dans  n'importe  quelle  ville,  faubourg,  marché,  absolument 
comme  s'ils  voulaient  louer  une  maison  destinée  soit  à  l'habita- 
tion, soit  au  commerce.  Les  voisins  des  missionnaires  ne  devront 
pas  faire  courir  de  faux  bruits  pour  leur  causer  du  tort. 

Cette  proclamation  a  pour  But  de  vous  faire  savoir  à  tous, 
notables,  vieillards,  soldats  et  peuple,  que  les  étrangers  qui 
bâtissent  des  églises  et  qui  prêchent  leur  religion  le  font  en  vertu 
du  Traité.  Cependant,  dans  le  cas  où  ils  voudraient  acheter 
secrètement  des  terrains,  vous  devrez  dénoncer  ces  faits  à  l'auto- 
rité qui  avisera  ;  mais  il  ne  vous  est  pas  permis  de  prendre  vous- 
même  une  décision  et  de  donner  naissance  à  des  complications 
fâcheuses  en  usant  de  violence.  Il  n'est  pas  possible  non  plus  de 
forcer  les  Chrétiens  à  contribuer   aux  frais  des   sacrifices   aux 


^ 


t\0  AFFAIRES    DE  MISSIONNAIRES 

génies,    des    constructions   de  pagodes  et  des   représentations 
théâtrales. 

Vous,  notables,  soldats  et  peuple,  devrez  observer  les  rites  >is- 
à-vis  des  missionnaires  et  des  Chrétiens,  et  Tharmonie  régnera 
ainsi  entre  les  populations  chrétiennes  et  non  chrétiennes.  Vous 
ne  pourrez  pas  les  appeler  barbares,  appellation  qui  est  en  désac- 
cord avec  le  Traité. 

Dans  quelque  préfecture  ou  sous-préfecture  que  les  étrangers 
veuillent  habiter,  il  leur  est  loisible  de  le  faire,  sans  que  Ton 
vienne  les  molester.  Les  autorités,  ainsi  que  les  notables  et  le 
peuple,  devront  les  traiter  avec  égards  ;  en  montrant  leur  désir 
de  remplir  leurs  devoirs  d'hôte,  et  en  ne  manifestant  aucun 
sentiment  de  mépris  ou  d'hostilité,  elles  arriveront  à  faire  régner 
la  concorde.  Lorsque  les  Chrétiens  auront  des  procès,  ils  ne  pour- 
ront appeler  les  missionnaires  pour  les  protéger.  Des  l'apparition 
de  cette  proclamation,,  les  notables  et  le  peuple  devront  se  con- 
former à  leurs  devoirs,  de  façon  à  éviter  toute  aiTaire.  Que  l'on 
arrête  immédiatement  ceux  qui  auront  la  hardiesse  de  ne  pas 
tenir  compte  de  mes  instructions,  et  qu'on  les  punisse  sévère- 
ment. 

Que  chacun  de  vous  obéisse  et  tienne  compte  de  cette  procla- 
mation publiée  dans  votre  intérêt  *. 

I.  Pour  traduclîon  conforme  :  Signé  :  F.  Sciierzkr. 


CHAPITRE  IV 


L'AFFAIRE  MARGART 


Le   règlement  de  Taffaîre  Margary  *   était  la  portion  la 
plus  lourde  de  rhéritage  laissé  par  T'oung-Tché  à  son  suc- 


cesseur*. 


Le  4  mars  1875,  le  comte  de  Derby,  ministre  des  affaires 
étrangères,  télégraphiait  à  M.  Wade  la  nouvelle  de  l'attaque 
de  la  mission  dirigée  par  le  colonel  Browne  et  l'assassinat  de 
Margary,  commis,  présumait-on,  par  ordre  du  gouverneur  chi- 
nois de  Momein  ;  le  11,  M.  Wade  recevait  le  télégramme  à 
Pé-King"et  le  lendemain  il  remettait  une  note  au  prince  Koung  ; 
celui-ci  répondit  que  le  Tsoung-li  Yamen  donnait  immédia- 
tement au  gouverneur  général,  Lin  Yo-tchao,  et  au  gouver- 
neur du  Yun-Nan,  Ts'ên  Yû-ying',  l'ordre  de  faire  une 
enquête  et  de  lui  adresser  un  rapport. 


1.  I,  p.  559,  565.  —  Le  major-général  Henry  Joshua  Margary,  R.  E., 
père  d^Augustus  R.  M.,  mourut  soudainement  de  paralysie  le  3i  janvier 
1876,  à  Weston-super-Mare,  avant  que  satiiïfaction  n'ait  été  obtenue  pour 
le  m^eurtrc  de  son  fils. 

2.  I,  p.  567,  note.  —  China,  n®  3  (1877).  —  Furiher  Correspon- 
dence  respecting  tke  Attack  on  the  Indian  Expédition  io  Western 
China  and  the  Murder  of  Mr.  Margary.  (Tn  conlinualion  of  C.  lOoo.) 
Prcsenled...,  1877,  Lond.,  in- fol.  (P.  1882] . 

3.  Du  Kouang-Si  ;  Tao  taïau  Yun-Nan,  avril  186O;  trésorier  au  Yun- 
Nan,  mars  1867;  gouverneur  du  Yun-Nan,  1874  ;  en  deuil,  avril  187G  ; 
gouverneur  du  Kouei-icheou,  mai  1879;  ^^  Fou-Rien,  mai  1881  ;  gou- 
verneur général  du  Yun-Nan  et  du  Kouci-tcheou,  mai  i8S3;  mort  juin 
1889. 


4a  l'affaire  margart 


RÉCLAMATIOîfS   DE    M.    WADE 


Le  24  mars,  M.  Wade  remettait  au  prince  Koung  un 
mémorandum  dans  lequel  il  marquait  les  réclamations  qu'il 
adressait  au  gouvernement  chinois  et  indiquait  le  mode  de 
procédure  à  suivre  au  sujet  de  l'attaque  de  la  mission  indienne 
à  Teng-Yuè  et  l'assassinat  de  Margary  ; 

I .  Comme  il  importe  avant  toutes  choses  qu'une  enquête  soit 
conduite  dans  celle  affaire  ainsi  que  le  stipulent  les  articles  XVI 
et  Wll  du  Traité  deTien-ïsin,  on  réclame  du  Prince  Koung  la 
promesse  que  les  autorités  du  Yun-Nan  recevront  des  instruc- 
tions, aOn  (ju'aucune  personne  ollicielle  ou  privée,  qui  peut  être 
accusée,  soit  d'avoir  dirigé  ou  pris  part  à  l'attaque  contre  les 
officiers  anglais  et  autres  voyageant  avec  passe-port  à  travers 
Momein,  soit  d'avoir  pris  une  part  directe  dans  le  meurtre  de 
M.  Margary,  ne  soit  mise  en  jugement  avant  l'arrivée  du  fonc- 
tionnaire ou  des  fonctionnaires  anglais  qui  doivent  être  envoyés 
pour  assister  à  l'enquête. 

M.  Wade  doit  être  immédiatement  pourvu  de  passeports  pour 
deux  fonctionnaires  et  leur  suite  pour  se  rendre  à  Momein,  soit 
par  terre  à  travers  la  Chine,  soit  par  la  voie  de  Birmanie,  sui- 
vant qu'il  sera  jugé  plus  commode. 

a.  M.  Wade  devra  être  immédiatement  pourvu  d'un  passe- 
port semblable  à  celui  qui  lui  avait  été  envoyé  en  juillet  dernier, 
pour  permettre  une  seconde  expédition,  si  le  Vice-Roi  de  l'Inde 
jugeait  à  propos  d'en  envoyer  une,  pour  entrer  au  Yun-Nan 
par  la  même  route  que  celle  suivie  par  l'expédition  repoussée  en 
février. 

Le  Prince  Koung  écrira  officiellement  à  M.  Wade  pour  mar- 
quer quelles  autres  mesures  ultérieures  on  propose  de  prendre 
pour  assurer  la  nouvelle  expédition  contre  toute  attaque. 

3.  Le  Prince  Koung  est  requis  de  remettre  entre  les  mains  de 
M.  Wade,  ou  de  lui  payer  sur  sa  demande,  la  somme  de  i5o  ooo 
laëls,  pour  être  appliquée,  en  tout,  ou  partie,  à  tels  objets  que  le 
Secrétaire  de  Sa  Majesté  pour  les  Affaires  Étrangères  et  le  Secré- 
taire de  Sa  Majesté  pour  l'Inde  décideront,  quand  ils  seront  en 
possession  de  tous  les  détails  de  l'affaire.  Si  les  Secrétaires  d'Ëtat 


GAZETTE  DE  PÉRING,   ig  JUIN   1875  43 

décidaient  que  rien  de  cet  argent  ne  doive  être  accepté,  il  sera 
rendu  au  Gouvernement  Chinois. 

Le  16  avril,  le  comte  de  Derby  approuve  les  deux  premiers 
articles  de  ce  mémorandum  ;  quant  au  troisième,  le  gouver- 
nement anglais  «  ayant  entière  confiance  dans  le  jugement 
de  AVade,  supposait  qu'il  avait  de  bonnes  raisons  pour 
formuler  une  demande  de  i5oooo  taëls,  mais  attendrait 
d'autres  explications  avant  de  donner  une  opinion  définitive 
à  cet  égard  ». 

Le  3i  mars,  les  quatre  passeports  furent  remis  à  Wade, 
deux  pour  les  fonctionnaires  à  destination  du  Yun-Nan  et 
deux,  dans  le  cas  où  une  seconde  mission  serait  envoyée  par 
le  vice-roi  de  Tlnde,  de  Birmanie  en  Chine  ou  vice-versa. 

L'honorable  ï.  G.  Grosvenor,  secrétaire  de  la  légation 
britannique',  était  désigné  pour  se  rendre  auYun-Nan,  avec 
E.  ColborneBaber  comme  interprète  ;  d'autre  part,  le  gouver- 
nement chinois,  par  un  décret  paru  dans  la  Gazette  de  Péking 
du  19  juin  1875,  envoyait  le  propre  frère  aîné  de  Li  Houng- 
ichang,  Li  tian-tchang,  vice-roi  des  deux  llou,  pour  faire  une 
enquêta  au  sujet  de  l'affaire  Margary. 

GAZETTE    DE  PÉKII»îG,     I9    JUI!«    iSyÔ 

Mous,  les  Régentes  Impériales,  ordonnons  à  Li  Han-tchang^, 
Gouverneur-Général  des  provinces  de  Hou  Kouang.  de  se  rendre 

1.  Mort  le  8  octobre  1886. 

a.  Né  en  183 1  ;  Tao-taï  au  Kiang-Si,  i86a;  commissaire  des  grains, 
févricri863  ;  juge  au  Kouang-Toung,  i863  ;  trésorier  au  Kouang-Toung, 
octobre  i863;  gouverneur  du  Hou-Nan,  mars  i8()5;  du  Kiang-Sou, 
février  1867;  du  Tché-Kiang,  janvier  1868;  gouvcrnour  gorie'ral  du  IIou- 
Kouang,  septembre  1870;  du  Se-Tch'ouen,  janvier  iS'O;  du  Hou- 
Kouang,  octobre  1876;  en  deuil,  i88q  ;  directeur  gc^néral  du  transport 
des  grains,  octobre  1888;  gouverneur  général  des  deux  Kouanir,  août 
1889;  en  disponibilité,  avril  1890,  à  la  joie  de  ses  administrés  qu'il  pres- 
surait, et  dénoncé  par  le  gouverneur  du  Kouang-Toung,  Ma  P'ci-yao. 


44  L*AFFAIRE    MARGARY 

en  toute  hâte,  au  Yun-Nan  pour  faire  une  enquête  et  arranger 
une  certaine  affaire  qui  a  eu  lieu  dans  cette  province  ;  et  nous 
donnons  Tordre  à  Wang  Toung-tsieou,  pendant  Tabsence  de  Li 
Han-tchang  de  son  poste  de  Wou-lch'ang,  de  remplir  temporai- 
rement les  fonctions  de  Gouverneur  Général  du  Hou-Kouang, 
avec  celles  de  son  propre  poste  de  Gouverneur  du  Hou-Pé. 
Respectez  ceci  ! 

Si  l'on  en  juge  par  la  lettre  suivante  adressée  par 
M^'  Chauveau,  vicaire  apostolique  du  Tibet  ^,  adressée  de 
Ta-Tsien  lou,  le  i5  août  1875,  au  P.  Angelo  Vaudagna,  supé- 
rieur des  franciscains  italiens  de  Han-Keou,  la  mission  de 
MM.  Grosvenor  et  Baber  ne  devait  pas  s'accomplir  sans 
rencontrer  de  grandes  difficultés  : 

On  sait  dans  l'Ouest  du  Yim-Nan  que  MM.  Grosvenor  et  Baber 
vont  arriver  avec  des  passeports  parfaitement  en  règle  du 
Tsoung-li  Yamen.  Mais  on  sait  aussi  que  des  instructions  secrètes 
du  môme  tribunal  prescrivent  aux  mandarins  de  susciter  aux 
deux  commissaires  anglais  tous  les  embarras  possibles,  et  d'exci- 
ter quelque  part,  n'importe  où,  une  sédition  populaire,  si  facile 
en  Chine,  au  milieu  de  laquelle  périraient  ces  deux  messieurs, 
sans  qu*on  put  connaître  les  meurtriers  et  sans  qu'il  fût  possible 
de  compromettre  les  autorités  du  lieu,  qui  se  hâteraient  d'accou- 
rir quand  tout  serait  fini  !  On  regarde  le  voyage  de  ces  messieurs 
comme  une  entreprise  téméraire,  souverainement  périlleuse,  pres- 
que désespérée.  On  s'attend  aux  derniers  malheurs.  «  J'ajoute  : 
a  Ils  seront  suivis  de  bien  d'autres  !  » 

M.  Grosvenor,  accompagné  de  Baber,  envoyé  par  M.  Wade, 
se  rendit  le  3  juillet  à  Han-Kéou  où  il  eut  une  entrevue  avec 
Li  Han-tchang  qui  lui  déclara  avoir  reçu  Tordre  de  se  rendre 
au  Yun-Nan  pour  obtenir  des  renseignements  sur  la  mort  de 
Margary  ;  il  n'avait  d'ailleurs  pas  à  s'occuper  de  l'attaque  delà 
mission  Browne.  Grosvenor  retourna  donc  le  i4  juillet  à 
Chang-Haï  où  se  trouvait  Wade  qui  le  retint  ainsi  que  Baber 

I.  I,  p.  61,  note. 


MÉMORANDUM  DE  M.  WADE,  Il  AOUT  1876  45 

parce  qu'il  désirait,  avant  de  les  envoyer  au  Yun-Nan,  obtenir 
les  renseignements  du  vice-roi  de  Flndc  et  les  comparer  à 
ceux  du  Yamen. 


MEMORATfDUM    DE    M.    WADE,     II    AOUT    iSyS 

Les  négociations  continuaient  cependant,  et  dans  un  mémo- 
randum remis  le  ii  août  iSyD,  à  Li  Tchoung-tang  à  Ticn- 
Tsin,  Wade  insistait  sur  les  points  suivants  qui  élargissaient 
singulièrement  le  champ  de  la  discussion  ;  il  n'est  plus  sim- 
plement question  de  réparations  pour  Tattaque  de  la  mis- 
sion Browne  et  l'assassinat  de  Margary,  il  s'agit  également 
des  relations  avec  les  puissances  étrangères  et  de  la  protection 
du  commerce  : 

Premièrement.  —  Si  le  Gouvernement  Chinois  désire  s'assurer 
lui-même  et  les  puissances  étrangères  contre  le  danger  de  malen- 
tendus tels  que  ceux  qui  sont  enjeu  actuellement,  il  améliorera 
l'état  présent  des  relations  diplomatiques,  en  commençant  natu- 
rellement, chez  lui.  C'est  dans  ce  but  que  j'ai  pressé  le  Prince 
Roung  de  me  donner  quelque  preuve  que  quelque  chose  serait 
fait  en  vue  de  l'observation  de  l'article  IV  du  Traité.  Si  l'on 
objecte  que  la  minorité  du  Souverain  et  la  régence  de  l'Impéra- 
trice sont  des  obstacles  à  l'accomplissement  complet  de  ces  condi- 
tions, la  réponse  sera  que  l'amélioration  de  la  situation  des 
représentants  étrangers  à  Pé-king  est  néanmoins  parfaitement 
pratique.  Comme  dans  d'autres  capitales  dans  lesquelles  les  Léga- 
tions Étrangères  sont  établies,  il  peut  y  avoir  des  rapports  avec 
les  plus  hauts  fonctionnaires,  non  en  vue  d'affaires.  Les  affaires 
étrangères  peuvent  être  discutées  seulement  avec  le  Département 
qu'elles  concernent,  c'est-a-dire  le  Tsoung-li  Yamen  ;  mais 
comme  preuve  du  sentiment  amical  et  d'une  tendance  conforme 
aux  usages  étrangers  prescrits  par  le  Traité. 

Secondement.  —  Le  Gouvernement  Chinois  fera  un  effort 
sérieux  pour  donner  effet  aux  articles  du  traité  concernant  le 
commerce  dans  les  ports  et  dans  l'intérieur.  Sa  manière  actuelle 
de  procéder  est  gênante  à  certains  points,  à  d'autres,  détruit  le 


46  ^.'affaire  margart 

commerce,  non  moins  comme  pertes  de  revenus  qu'au  détriment 
du  négociant  étranger. 

Les  mesures  de  réforme  indiquées  ci-dessus  comprennent 
presque  tout  ce  qui  peut  être  demandé  dans  un  intérêt  général. 
Venons-en  maintenant  à  l'attentat  du  Yun-Nan. 

Troisièmement,  —  Le  Prince  Koung  devra  me  donner  immé- 
diatement l'assurance  d'écrire  qu'une  escorte  sera  donnée  à 
M.  Grosvenor  telle  qu'il  lui  faudra  pour  garantir  sa  sécurité  aussi 
loin  que  Manwyne,  et  s'il  désire  revenir  par  Rangoun,  aussi  loin 
que  le  point  de  frontière  le  plus  proche  de  Bhamo.  Ce  point  n'est 
qu'à  peu  de  milles  de  Mauwyne. 

Quatrièmement.  —  Une  assurance  semblable  devra  m'être  don- 
née concernant  l'escorte  d'une  nouvelle  mission  de  l'Inde. 

Il  ne  peut  y  avoir  aucune  difliculté  au  sujet  de  ces  conditions. 

Si  M.  Margary  pouvait  aller  et  revenir  sans  être  molesté 
et  sans  une  escorte  de  troupes  chinoises,  à  fortiori,  n'importe 
qui  peut  être  protégé  par  une  escorte  semblable. 

Cinquièmement,  —  Dès  que  le  Prince  Koung  recevra  mon 
rapport  sur  l'attentat,  il  devra  le  déposer  immédiatement  devant 
le  Trône  et  un  Décret  devra  être  promulgué,  ordonnant  au  Gou- 
verneur Général  p.  i.  ïs'ôn  de  marquer  comment  il  se  fait  que 
près  de  six  mois  après  l'événement,  aucune  information  plus 
précise  ne  soit  arrivée  à  Pé-king,  que  celle  contenue  dans  le 
Mémoire  du  Gouverneur  Général  p.  i.,  citée  dans  la  dépêche  du 
Prince  du  3i  juillet. 

Le  Mémorial  et  le  Décret  de  réponse  devront  tous  deux  être 
publiés  dans  la  Gazette  et  l'on  prendra  soin,  s'il  est  question  du 
Gouvernement  anglais  ou  du  ministre  anglais  qu'aucune  autre 
forme  ne  soit  employée  que  celle  usitée  en  parlant  d'une  puis- 
sance égale  de  la  Chine. 

Sixièmement,  —  Un  ministre  de  haut  rang  devra  être  immé- 
diatement envoyé  en  Angleterre  pour  exprimer  les  regrets  du 
Gouvernement  Chinois  de  ce  qui  s'est  passé.  Il  devra  avoir  des 
instructions,  en  allant  et  revenant,  de  passer  à  travers  l'Inde  et 
de  s'assurer  auprès  du  Vice-Roi  de  l'Inde  de  la  nature  des  con- 
ditions dans  lesquelles  le  Gouvernement  de  l'Inde  désirerait  voir 
place  le  commerce  de  la  Birmanie  britannique  par  le  Gouverne- 
ment Chinois. 

Septièmement.  —  Le  Décret  ordonnant  à  ce  ministre  de  se 
rendre  en  Angleterre  devra  aussi  paraître  dans  la  Gazette. 


I 

i 


BÉPO?ISE  DU  T30UNG-LI  TAMBN,   33  AOUT   1875  ^7 

RÉPOnSE  DU  TSOUNG-LI  TAMEN,    22   AOUT    1876 

Le  Tsoung-li  Yamen  répondit  le  22  août. 

I .  Relations  entre  les  représentants  étrangers  à  Pé-king  et  les 
hauts  fonctionnaires  de  la  Capitale. 

A  ce  sujet  il  a  été  observé  que  le  règlement  de  toutes  les 
affaires  se  rapportant  aux  relations  internationales  entre  la  Chine 
et  les  puissances  étrangères  appartient  exclusivement  au  Tsoung- 
li  Yamen,  de  concert  avec  les  diflerents  représentants  étrangers. 
11  est  juste,  bien  entendu,  que  les  ministres  du  Yamen  devront 
avoir  des  rapports  avec  les  représentants  des  puissances  étrangères, 
mais  au-delà  de  cela,  aucun  des  hauts  fonctionnaires  du  Gouver- 
nement Chinois  à  Pé-king  ne  sera  chargé  d'aucune  responsabilité 
au  sujet  des  affaires  étrangères.  En  outre,  selon  les  règles  (ou  les 
précédents)  établies  jusqu'ici,  les  fonctionnaires  chinois  ne 
devraient  pas  avoir  de  rapports  avec  les  étrangers  et  il  ne  leur 
incombe  pas  en  conséquence  d'être  en  relations  avec  les  repré- 
sentants étrangers  à  Pé-king.  Maintenant  dans  le  cas  présent, 
M.  Wade  ayant  déclaré  que  ce  qu'il  propose  n'est  en  aucune 
façon  dans  un  but  d'affaires,  mais  en  témoignage  de  sentiment 
amical,  la  clause  ci-dessus  énoncée  sera  discutée  en  vue  d'amener 
un  résultat  satisfaisant  lors  du  retour  de  M.  Wade  à  Pé-king. 

3.  Effet  à  être  donné  au  Traité  en  ce  qui  regarde  le  commerce 
dans  les  ports  et  à  l'intérieur. 

Le  texte  du  38*  article  du  Traité  et  le  7®  article  des  Règle- 
ments supplémentaires  et  des  divers  règlements  portant  sur  le 
sujet  du  commerce  avec  l'intérieur  de  la  Chine  est  de  nature  telle 
à  élucider  le  sens  les  uns  des  autres.  L'obéissance  uniforme  aux 
clauses  contenues  dans  ce  traité  devrait  être  ordonnée  dans 
chaque  port.  La  proposition  contenue  dans  ce  paragraphe  peut, 
cela  va  sans  dire,  être  mise  à  exécution.  Au  retour  de  M.  Wade 
à  Pé-king,  cependant,  il  devra  y  avoir  discussion,  dans  le  but  d'une 
solution  satisfaisante  quant  à  la  question  suivante  se  rappor- 
tant à  la  manière  présente  d'agir  de  la  part  du  Gouvernement 
Chinois,  et  quelle  mesure  la  plus  avantageuse  devra  être  adoptée 
■iitt.  comment  se  défendre  contre  le  détriment  et  s'assurer  les 
bénéfices)  pour  le  plus  grand  avantage  des  intérêts  mercantiles 
et  du  revenu  public. 

3.  Question  de  l'escorte  pour  M.  Grosvenor  au  Yun-Nan. 


48  L*AFFAIRE    MARGART 

M.  Grosvenor  est  le  fonctionnaire  qui  se  rend  au  Yun-Nan 
pour  assister  au  jugement  pour  lequel  le  Yamen  a  déjà  donne 
un  passe-port  et  un  délégué  a  été  nommé  par  le  surintendant  des 
Ports  du  Nord  pour  raccompagner  dans  son  voyage.  M.  Wade 
demande  maintenant  qu*on  fournisse  une  escorte  pour  assurer  sa 
sécurité.  On  peut  naturellement  satisfaire  à  ce  paragraphe.  Le 
Yamen  [litt.  ce  sera  le  devoir  du  Yamen  de]  notifiera  au  Gouver- 
nement du  Yun-Nan  de  détacher  une  escorte  à  l'arrivée  de 
M.  Grosvenor  dans  la  province  afin  de  l'escorter  de  point  en  point 
et  de  le  protéger  de  façon  à  ce  qu'il  ne  lui  arrive  aucun  danger. 

4.  Escorte  pour  la  future  mission  de  l'Inde. 

11  sera  nécessaire  que  les  fonctionnaires  de  l'Inde  sur  le  point 
d'entrer  au  Yun-Nan  par  la  frontière  birmane,  donnent,  avant  de 
commencer  leur  voyage,  avis  aux  fonctionnaires  de  la  frontière 
du  Yun-Nan  de  l'époque  h  laquelle  ils  arriveront  à  un  point  spé- 
cifié, aussi  bien  que  du  chiffre  de  leur  compagnie  et  de  leur  suite. 
Les  fonctionnaires  de  la  frontière  leur  accorderont  certainement 
la  protection  la  plus  efficace.  On  espère  que  M.  Wade  voudra  bien 
communiquer  les  remarques  ci-dessus  au  Vice-Roi  de  l'Inde  et 
le  Yamen  écrira  en  termes  pressants  au  Gouvernement  du  Yun- 
Nan  de  fournir  une  escorte  à  telle  époque  qu'il  sera  nécessaire, 
afin  d'assurer  les  résultats  les  plus  parfaitement  satisfaisants. 

5.  Le  rapport  de  M.  Wade  [sur  l'attentat  du  Yun-Nan]  sera 
immédiatement  déposé  devant  le  Trône  et  un  Décret  sera  pro- 
mulgué, &c. 

En  réponse,  il  doit  être  observé  que  c'est  l'habitude  en  Chine, 
dans  les  cas  où  des  Commissions  d'enquête  sont  tenues,  relatives 
à  des  événements  dans  des  provinces  qu'aucun  Décret  ne  soit 
promulgué  publiquement  avant  que  le  rapport  n'ait  été  présenté 
au  Trône  annonçant  l'accomplissement  de  l'enquête,  et  que  le 
mémoire  relatant  les  particularités  de  l'enquête  soit  prêt  à  être 
publié.  Dans  les  cas  où  les  Décrets  sont  promulgués  avant  que  l'af- 
faire soit  conclue,  ils  sont  communiqués  [par  le  Grand  Conseil] 
et  jamais  ni  eux  ni  les  mémoires  sur  lesquels  ils  sont  basés  ne  sont 
publiés.  Dans  le  cas  présent  le  fait  est  que  le  Gouverneur  Géné- 
ral et  le  Gouverneur  du  Yun-Nan  avaient  reçu  par  décret  l'ordre 
de  faire  des  recherches  et  de  s'occuper  de  l'affaire.  En  dernier 
lieu,  par  rapport  h  la  longueur  de  temps  qui  s'était  écoulé  sans 
résultats  apparents,  le  Gouverneur-Général  Li  fut  nommé  pour 
se  rendre  sur  les  lieux,  faire  des  recherches  et  régler  l'affaire.  Que 
le  Gouvernement  du  Yun-Nan  ait  été  ou  non  dilatoire  dans  son 


RÉPONSE  DU  TSOUNG-Ll  YAMEN,   22  AOUT  iSyO  AQ 

action,  il  appartiendra  en  même  temps  au  Gouverneur-Général 
Li  de  s'en  assurer  et  d*agir  en  conséquence.  Le  Yamen  propose 
maintenant,  d'une  part,  de  faire  un  rapport  pour  un  Décret 
ordonnant  au  Gouverneur-Général  et  au  Gouverneur  du  Yun- 
Nan  d'employer  toute  diligence  pour  s'assurer  des  faits  réels  de 
l'aflaire  et  faire  un  rapport,  et  leur  interdisant  tout  nouveau 
délai  ;  d'autre  part,  de  demander  en  même  temps  que  le 
Gouverneur-Général  Li  reçoive  l'ordre  de  partir  en  toute  hâte  à 
destination  du  Yun-Nan  à  seule  fin  que  l'aflaire  soit  rapidement 
amenée  à  une  conclusion. 

6.  Qu'un  ambassadeur  soit  envoyé  en  Angleterre  et  qu'il  se 
détourne  de  sa  route  pour  visiter  Calcutta. 

L'idée  que  des  ambassadeurs  seraient  envoyés  de  Chine  dans 
des  contrées  étrangères  a  déjà  été  émise  depuis  quelque  temps, 
mais  aucun  personnage  convenable  ne  s'étant  présenté,  il  n'a  pas 
été  possible  de  la  mettre  à  exécution  immédiate.  Eu  égard  main- 
tenant, à  l'événement  qui  a  eu  lieu  au  Yun-Nan,  un  fonctionnaire 
pourra,  comme  démarche  préliminaire,  être  envoyé  en  Angle- 
terre à  seule  fin  de  cimenter  des  relations  amicales  et  de  décla- 
rer que  ce  qui  s'est  passé  au  Yun-Nan  était  un  événement 
imprévu  du  Gouvernement  Central  [ou  Souverain].  Toutefois  le 
fonctionnaire,  envoyé  en  mission,  comme  porteur  d'une  missive 
de  salutations  à  Sa  Majesté  la  Reine  d'Angleterre  de  la  part  de 
Sa  Majesté  l'Empereur  de  Chine,  sera  forcé  de  se  rendre  directe- 
ment en  Angleterre  et  de  délivrer  sa  lettre  en  personne,  en  mar- 
que de  profond  respect.  De  plus,  n'importe  quels  arrangements 
qui  peuvent  être  pris,  au  sujet  du  commerce  de  frontière  avec  le 
Yun-Nan,  dépassent  le  but  des  conditions  du  traité,  relatives  aux 
ports  de  la  côte.  11  faudra  examiner  les  circonstances  locales  avant 
que  des  négociations  ne  soient  commencées.  Ce  n'est  pas  un  sujet 
sur  lequel  un  fonctionnaire  envoyé  à  l'étranger  comme  ambas- 
sadeur puisse  être  suffisamment  bien  informé.  Il  sera  nécessaire 
d'attendre  que  l'affaire  du  Yun-Nan  soit  terminée  et  les  circon- 
stances locales  examinées  à  fond  pour  qu'il  puisse  être  délibéré 
sur  cette  question  en  vue  de  résultats  satisfaisants. 

7.  Publication  du  Décret  nommant  un  Envoyé  pour  se  rendre 
en  Angleterre. 

La  question  de  la  nomination  d'un  Envoyé  a  été  traitée  d'une 
façon  explicite  dans  le  paragraphe  précédent.  Toutefois  il  faut 
ajouter  qu'il  n'est  pas  libre  aux  serviteurs  de  S.  M.  l'Empereur 
de  faire  des  suggestions  au  sujet  de  ses  Décrets. 

GORDISR.  IL    —   4 


5o 


L  AFFAIRE    MARGARY 


Quand  le  Décret  nommant  un  fonctionnaire  aura  été  reçu,  le 
Yaraen  en  enverra  une  copie,  faite  avec  révérence,  à  M.  Wadc, 
pour  son  information. 

33  août  1875. 


'*-^-^'* 


/      ENVOYÉS  CHmOIS  EN   ANGLETERRE,    7    SEPTEMBRE    1875 

/ 

Le  28  août  1875,  le  prince  Koung  reçut  un  décret  impé- 
rial nommant  les  envoyés  extraordinaires  chinois  en  Angleterre, 
mais  il  ne  pai-ut  que  dans  la  Gazette  du  7  septembre  ;  c'était 
une  conséquence  du  Mémorandum  (paragraphe  7)  du  Tsoung- 
li  Yamen,  du  22  août. 

Décret 

Le  Vice-Président  expectant  Kouo  Soung-tao,  le  Tao-Taï  expec- 
tant  au  bouton  de  2*  classe,  delà  province  duïché-li,  Siu  K*ien- 
chên  sont  désignés  pour  remplir  une  mission  en  Angleterre  en 
qualité  d'Envoyés  Extraordinaires*.  Li  Houng-tchang est  spécia- 
lement chargé  du  choix  et  de  Fenvoi  du  personnel  (de  la  Mis- 
sion) et  des  interprètes  chinois. 

Respectez  ceci. 

méES    BELLIQUEUSES    DE    M.    WADE 

M.  Wade  rentrait  à  Pé-King,  le  i4  septembre,  avec  les 
intentions  les  plus  belliqueuses  ;  j'étais  arrivé  la  veille  dans 
la  capitale,  porteur  de  la  nouvelle  qni  m'avait  été  donnée  à 
Tché-fou,  où  se  trouvait  le  vice-amiral  Ryder,  à  bord  de 
VAiidacious,  que  le  ministre  d'Angleterre  allait  amener  son  pa- 
villon. Il  n'en  fut  rien,  grâce  à  Tesprit  versatile  de  M.  Wade. 

Ce  décret  ne  fut  mis  en  exécution  que  plus  tard,  M.  Wade, 
le  9  octobre,  ayant  conseillé  au  grand  secrétaire  I^ao-Yun 
d'attendre  pour  envoyer  les  deux  diplomates  chinois  en 
Angleterre  que  l'afTaire  du  Yun-Nan  fût  terminée. 


I .  Commissaires  impériaux. 


II>ÉKS      3E1.L.IQUEUSES    DE    M.    WADE  5l 

Le  ai  au  soir,  il  QWade]  me  disait,  écrit  un  diplomate  le 
36  septembre,  qu'il  était  sûr  d'être  approuvé  s'il  rompait  et  que 
les  Indes  avaient  5o  000  hommes  prêts  à  être  jetés  sur  la  Birma- 
nie elle  Yun-N  an,  et  M.  Fraser,  premier  secrétaire  de  la  Léga- 
lion  brilannique  a  dit  publiquement  à  ma  table  que  M.  Wade 
était  décide  a  emmener  toute  sa  Légation  avec  lui,  et  qu'avant 
deux  jours  (ceci  se  passait  le  19)  nous  saurions  à  quoi  nous  en 
tenir.  Les  Chinois  tenaient  un  langage  non  moins  inquiétant. 
lisse  moquaient  pnl>liquement  de  M.  Wade,  et,  eux  toujours  si 
réservés,  se  livraient  vis-à-vis  des  interprètes  des  autres  Léga- 
tions a  des  appréciations  si  vertes... 

Le  ai,  y  al  reçn  \in  billet  de  M.  Wade  ainsi  conçu  :  oc  Je  ne 
pars  plus,  et  ^'envoie  M.  Grosvenor  à  Londres.  Le  matin  même 
du  jour  où  i\  m'adressait  ce  billet,  il   en  adressait  un  semblable 
au  îAimslre  des  États-Unis,  et  se  rendait  en  personne  aux  Léga- 
tions dclWssie  et  d'Allemagne.  Nous  avions  donc  lieu  de  croire 
que,  celle  fols,  sa  détermination  était  défintive;  eh  bien!  pas  <lu 
tout,  et  la  journée  ne  s'était  pas  écoulée  que  M.  Wade  reprenait 
les  négociations  sur  une  nouvelle  base  et  changeait  la  destination 
de  M.  Grosvenor,  qui  irait  maintenant  au  Yun-Nan. 

Tch'oung-Heou,  moitié  sérieux,  moitié  ironique,  s'écriait  : 

Il  est  impossible  de  prendi-e  au  sérieux  ce  que  dit  M.  Wade; 
tantôt  c'est  ceci,  tantôt  c'est  cela;  aujourd'hui  c'est  oui,  demain, 
c'est  non.  Il  ne  faut  pas  faire  attention  à  ce  qu'il  dit.  A  l'entendre, 
lui  seul  a  le  pouvoir  de  résoudre  toutes  les  difficultés  ;  je  dirai 
même  plus,  pour  que  la  Chine  put  prospérer,  il  faudrait  que 
M.  Wade  lui-même  fût  à  sa  tête.  Hors  de  lui,  pas  de  salut  ni 
pour  la  Chine,  ni  pour  l'Angleterre.  A  quoi  bon  un  grand  Con- 
seil de  l'Empire,  un  Conseil  privé,  un  Tsoung-li  Yamen?  Les  six 
ministères  et  les  administrations  sont  complètement  inutiles  ; 
\L  Wade  n'cst-il  pas  là?  Il  serait  même  désirable  que  M.  Wade 
prit  en  main  la  direction  des  Légations  Etrangères  ;  comme  tout 
se  trouverait  simplifié  ! 

Et  il  ajoutait  : 

Les  colères,  les  bouderies,  les  éclats  auxquels  il  se  livre  nous 
laissent  tout   à   fait  indifférents,  et,  je  le  répète,  quoi   qu'il 


5a  l'affaire  margary 

advienne,  nous  ne  sortirons  pas  de  la  ligne  de  conduite  que  nous 
nous  sommes  tracée. 

Enfin,  M.  Wade  obtient  ce  qu'il  appelle  ses  garanties  : 
d'abord  un  décret  paru  dans  la  Gazette  de  Péhing  du  23 
septembre  1876  : 

DÉCRET   IMPÉRIAL 

Le  Tsoung-H  Yamen,  dans  un  rapport  au  Trône,  prie  l'Empe- 
reur de  publier  une  explication  de  la  forme  des  Édits  impériaux 
et  de  décider,  après  délibération,  que  les  hauts  dignitaires  des 
divers  tribunaux  et  des  dilTérentcs  administrations  entretiendront 
des  rapports  personnels  avec  les  représentants  étrangers  résidant 
à  Pé-King.  Le  rapport  explicatif  de  la  forme  des  édits  qui  nous  est 
présenté  obtient  toute  notre  approbation.  Quant  aux  rapports  des 
hauts  dignitaires  des  divers  tribunaux  et  des  différentes  adminis- 
trations avec  les  représentants  étrangers,  ils  s'établiront  confor- 
mément au  projet  élaboré  au  Tsoung-li  Yamen. 

Resj^ectez  ceci  ^ 

Ensuite  un  mémoire  au  sujet  des  relations  avec  les  ministres 
étrangers  : 

RAPPORT    DES    MEMBRES    IM]    TSOl!NG-Ll  YAMEN    AU    TRONE* 

Pé-Ring,  le  29  septembre  1875. 

Les  sujets  Yi-Sin  (le  prince  Koung),  etc.,  etc.,  agenouillés, 
présentent  un  Rapport  au  Trône  contenant  l'exposé  minutieux 
de  l'état  des  relations  de  la  Chine  avec  les  États  étrangers. 

Nous  prions  S.  M.  de  rendre  public  le  contenu  de  ce  rapport 
afm  de  bien  faire  connaître  à  tous  la  cordialité  des  rapports  qui 
existent  entre  la  Chine  et  les  Etats  étrangers  et  d'empêcher  ces 
bonnes  relations  d'être  troublées    à  l'avenir. 

Dans  5"  lune  (juin)  de  cette  année,  notre  tribunal  adressa  à 
S.  M.  un  rapport  pour  la  prier  de  choisir  et  d'entretenir  à  la 
solde  de  l'Klat  des  sujets  expérimentés  dans  les  Affaires  étran- 

I.   Pour  Iracluclion  coiif(»rine:  Signé:  ¥.  Sciiehxeii,  interprète  p.  i. 
a.   Gazette  de  Pé-King^  Ms.,  39  septembre  1875. 


RAPPORT  DES   MEMBRES  DU  TSOUN6-LI  TAMEN  AU  TRONE  53 

gères,  etc.  Nous  reçûmes  un  ordre  impérial  approuvant  nos 
conclusions.  Plus  lard,  parut  un  décret  envoyant  le  Vice-Prési- 
dent eipectant  Kouo  Soung-lao  et  le  fonctionnaire  de  3*  classe, 
intendant  expcclant  pour  la  province  du  Tché-li,  Siu  Keng-cli(^n, 
en  mission  à  l'étranger.  En  présentant  au  Trône  un  rapport  ten- 
dant à  faire  un  choix  parmi  ces  sujets  versés  dans  la  diplomatie, 
notre  but  n'était  pas  seulement  de  faciliter  l'expédition  des 
affaires  courantes  avec  les  États  étrangers,  ni  de  préparer  l'éta- 
blissement de  rapports  avec  les  pays  étrangers  par  l'établissement 
de  légations  ;  notre  rapport  visait  à  un  autre  but  :  nous  ne  vou- 
lions pas  que  la  défiance  put  se  glisser  dans  nos  relations  avec 
les  Etats  étrangers,  et  nous  voulions  éviter  toute  cause  de 
désaccord.  Or,  pour  cela,  ne  faut-il  pas  que,  de  part  et  d'autre, 
on  connaisse  les  particularités  inhérentes  à  chaque  peuple? 

Dans  la  6**  année  de  T'oung-Tché  (18C8)  Tchc-Kang  et  Souen 
Kia-kou  (les  deux  envoyés  chinois  qui  accompagnaient  M.  Bur- 
lingame  dans  sa  mission)  membres  de  notre  Yamen,  furent 
envoyés  en  mission  à  l'étranger.  Lors  de  leur  retour  à  Pé-King, 
ils  nous  dirent  avoir  eu  des  rap|X)rts  personnels  avec  les  hauts 
dignitaires  de  chacun  des  Ministères  des  Etats  où  ils  s'étaient 
rendus.  Les  représentants  étrangers  à  Pé-King  nous  confirmèrent 
ce  récit,  et  ajoutèrent  qu'ils  n'avaient  aucun  rapport  avec  les 
hauts  dignitaires  des  tribunaux  de  la  capitale,  et  que,  vu 
l'absence  de  toute  relation  entre  ces  fonctionnaires  et  eux,  il 
n'était  pas  étonnant  que  la  population  n'eût  aucune  considéra- 
tion pour  eux. 

Si,  depuis  longtemps,  les  hauts  fonctionnaires  des  divers  tri- 
bunaux n'ont  jamais  eu  de  relation  avec  les  étrangers,  c'est  qu'ils 
obéissaient  aux  règles  concernant  ces  relations  * .  Or  la  Chine  ayant 
depuis  de  longues  années  des  rapports  amicaux  avec  les  Ëtats 
étrangers  et  envoyant  actuellement  des  ambassades  à  l'étranger, 
la  situation  actuelle  n'e^t  plus  la  même  qu'autrefois,  et,  de 
ce  qu'on  ne  peut  pas  traiter  les  Envoyés  d'après  les  anciens  rites, 
on  ne  doit  pas  conclure  qu'il  ne  faille  pas  établir  de  rapports 
personnels  avec  eux. 

Nous  prions  l'Empereur  de  donner  l'ordre  à  notre  Yamen  et 
hauts  dignitaires  des  divers  tribunaux  et  des  différentes  admini«- 


1 .  «  Quo  les  fonctionnaires  n'aient  pas  de  relations  [avec  les  étran- 
gers]. »  Li  Ki. 


54  l'affaire  margabt 

trations  de  se  réunir  pour  délibérer  sur  le  mode  le  meilleur  à 
adopter  dans  ces  rapports,  de  telle  sorte  que,  lorsqu'ils  se  seront 
établis,  il  ne  puisse  plus  y  avoir  de  rupture. 

De  cette  façon,  ceux  qui  n'ont  pas  encore  eu  de  rapports  avec 
les  étrangers  ne  garderont  plus  aucun  doute  à  l'égard  des  liens 
d'amitié  qui  unissent  la  Chine  aux  Ëtats  étrangers.  Nous  ne 
pouvons  pas  nous  empêcher  de  faire  connaître  à  tous.  Chinois 
et  étrangers,  l'établissement  de  ces  rapports. 

Dès  le  début,  les  États  étrangers  ont  été  traités  par  la  Chine 
sur  le  pied  d'égalité.  Or  des  étrangers  peu  versés  dans  la  connais- 
sance des  choses  de  la  Chine,  ne  voyant  pas  le  nom  de  leur  pays 
mis  en  vedette  dans  les  copies  des  édits  impériaux,  y  voient  une 
marque  d'infériorité,  et  craignent  que  les  fonctionnaires  et  le 
peuple  chinois  en  aient  moins  de  considération  pour  leur  pays. 
Aussi  avons-nous  dit  et  répété  que  les  décrets  impériaux  s'adres- 
sent au  peuple  et  aux  fonctionnaires  chinois,  et  que  les  rites 
n'admettent  pas  que  les  noms  des  Empires  y  soient  mis  en 
vedette.  Quand  il  s'agit  d'une  lettre  du  Souverain,  le  nom  de 
l'État  étranger  est  mis  en  vedette,  et,  dans  toutes  les  lettres 
adressées  aux  souverains  par  l'Empereur,  les  noms  des  souverains 
des  deux  pays  ont  été  placés  sur  la  même  ligne,  et  le  nom  de 
tout  État  a  été  mis  en  vedette.  On  a  fait  de  même  dans  l'impres- 
sion des  traités  de  la  Chine  avec  les  autres  puissances.  Il  ne  faut 
pas  que  l'on  doute  plus  longtemps  de  nos  intentions,  car,  après 
les  explications  que  nous  venons  de  donner,  quelle  raison  pour- 
rait-on avoir  de  nous  accuser  de  placer  les  États  étrangers  dans 
une  situation  inférieure  à  la  nôtre  !  Bien  que  nous  ayons  donné 
souvent  ces  explications,  elles  n'avaient  pas  encore  été  publiées 
clairement  et  de  façon  à  ne  laisser  aucun  doute  dans  l'esprit 
tant  dos  Chinois  que  des  étrangers.  Dans  la  crainte  que  des  gens 
sans  aveu  ne  causent  quelque  catastrophe,  nous  ne  pouvons  nous 
empêcher  de  déclarer  hautement  quelle  est  la  ligne  de  conduite 
qui  préside  aux  rapports  de  la  Chine  avec  les  pays  étrangers. 
TSous  allons  nous  concerter  pour  élaborer  et  arrêter  un  projet  de 
règlement,  dont  le  but  sera  de  ne  laisser  ignorer  cette  explica- 
tion à  personne,  et  de  prévenir  les  inconvénients  qui  pourraient 
résulter  de  malentendus,  inconvénients  qui  ne  feraient  qu'aug- 
menter avec  le  temps. 

Pénétrés  de  la  haute  importance  que  nous  devons  attacher  au 
maintien  de  nos  bonnes  relations  avec  les  puissances  étrangères, 
nous   présentons  à  l'examen  bienveillant  de  S.  M.  cet  exposé 


INTERVENTION    DU    CORPS    DIPLOMATIQUE  55 

minutieux,  conçu  dans  le  but  d'écarter  toute  méfiance  et  d'aug- 
menter la  splendeur  de  l'Empire.  Nous  prions  les  deux  Impéra- 
trices et  l'Empereur  d'examiner  et  d'appouver  ou  désapprouver 
ce  rapport*. 


INTERVENTION    DU  CORPS    DIPLOMATIQUE 

Le  rapport  du  Tsoung-li  Yamen  ne  pouvait  laisser  indifle- 
renl  le  corps  diplomatique  étranger  accrédité  à  Pé-king. 
M.  de  Butzov,  ministre  de  Russie,  second  doyen  du  corps 
diplomatique,  écrivit  la  lettre  suivante  à  M.  Wade,  le  préve- 
nant de  la  démarche  qui  allait  être  faite  par  les  représentants 
étrangers  auprès  du  Tsoung-li  Yamen.  M.  Wade  «  prit  très 
bien  la  chose,  et  répondit  de  vive  voix  à  M.  de  Butzovque, 
s'il  s'était  agi  d'une  note  et  non  d'une  visite,  il  se  serait  joint 
à  ses  collègues  '  » . 

lettre  de  m.  bttzov  a  m.  wade 

Mon  cher  Doyen, 

L'action  du  Tsoung-li  Yamen  dans  la  question  des  rapports 
des  hauts  fonctionnaires  chinois  avec  les  représentants  <^trangers 
nous  oblige,  mes  collègues  des  Ëtats-Unis,  d'Allemagne  et  de 
France  et  moi-même  d'appeler  l'attention  du  Yamen  sur  les 
inconvénients  qui  pourraient  se  produire  si,  à  l'avenir,  le  gou- 
vernement chinois  procédait  seul  au  règlement  de  questions  qui 
nous  intéressent  directement  sans  avoir  obtenu  au  préalable  notre 
adhésion. 

\ous  allons  faire  une  démarche  collective  dans  ce  sens  auprès 
du  Yamen.  et  nous  nous  faisons  un  devoir  de  vous  en  prévenir. 

Nous  aurions  préféré  maintenir  en  cette  occasion  l'action  com- 
mune à  laquelle  nous  attachons  tant  de  prix  ;  mais  nous  crai- 
gnons que  vos  négociations  antérieures  avec  le  gouvernement 
chinois  ne  vous  permettent  pas  de  vous  joindre  à  nous. 
Veuillez  recevoir,  etc. 

Signé:  Butzov. 

I.   Pour  traduction  conforme.  Signé:  F.  Scherzer,  interprète,  p.  i. 
3.  Rochechouarl,  !«••  octobre  1875. 


56  l'affaire  margary 

En  conséquence,  le  3o  septembre  1875,  à  trois  heures,  les 
Ministres  de  Russie,  des  États-Unis  et  d'Allemagne,  ainsi 
que  M.  de  Roquette,  représentant  M.  de  Rochechouart, 
retenu  au  lit  à  la  suite  d'une  chute  de  cheval,  se  rendirent 
au  Tsoung-li  Yamen. 

Après  avoir  échangé  quelques  phrases  de  politesse,  M.  de 
Butzov,  en  sa  qualité  de  second  doyen  du  corps  diplomatique, 
s'exprima  à  peu  près  en  ces  termes  ^  : 

«  Nous  avons  appris  que  \V.  EE.  avaient  présenté  au 
Trône  un  placet  qui  modifiait  dans  une  certaine  mesure  les 
rapports  des  Légations  étrangères  avec  les  autorités  chinoises, 
et  que  ce  placet  avait  reçu  la  sanction  impériale.  Tout  en 
rendant  justice  aux  sentiments  de  bonne  amitié  que  cette  pièce 
exprimait,  nous  sommes  venus  ici  pour  vous  déclarer  que 
nous  ne  pouvions  admettre  dans  le  présent  comme  dans  le 
futur  qu'on  disposât  en  dehors  de  nous  de  nos  propres  intérêts, 
et  que  le  moins  qu'on  aurait  du  faire  eût  été  de  nous  prévenir 
et  de  nous  consulter  avant  de  prendre  une  décision  dont 
nous  demeurons  profondément  surpris.  » 

Le  Ministre  Chen,  qui  suivait  avec  la  plus  vive  attention 
la  traduction  de  M.  l'interprète  Arendt,  se  tourna  vers  ses 
deux  collègues,  les  consulta  du  regard  et  répondit  ces  seuls 
mots  :  «  Vous  avez  raison.  » 

M.  Wade,  auquel  M.  de  Butzov  fit  part  de  cette  entrevue 
tant  en  son  nom  qu'en  celui  de  ses  collègues,  ne  sembla  pas 
attacher  grande  importance  à  la  démarche  collective  du  corps 
diplomatique. 

«  J'ai  causé  deux  heures  avec  notre  collègue  d'Angleterre, 
disait  le  ministre  de  J\ussie  à  la  suite  de  sa  visite,  et  je  vous 
avoue  que  je  me  sens  incapable  devons  rapporter  ce  qu'il  m'a 
dit  ;  ses  idées  sont  si  confuses,  et  les  questions  qu'il  a  embrassées 
si  hétérogènes  que  j'ai  renoncé  à  les  comprendre.  Cependant, 

I.  Rapport  de  M.  de  Roquette  à  M.  de  Rochechouart. 


LETTRE   DE    M.    WADE,    9    OCTOBRE     1875  67 

«i  on  venait  me  dire  que  M.  Wade  partira  demain,  je  n'en 
éprouverais  aucun  étonnement.  » 

A  ce  sujet,  M.  de  Rochcchouart  écrivait  à  M.  le  duc  Decazcs, 
Pé-king,  le  i"  octobre  1876  : 

M.  AVade  avait  dit  à  Tun  de  nous  que  le  secret  qu'il  avait 
lenu  à  garder  vis-à-vis  de  ses  collègues  provenait  de  deux  causes  : 
le  désir  de  réserver  entièrement  à  son  pays  le  droit  de  réj^ler 
une  aiïaire  anglaise,  et  le  senlimcnl  qu'il  avait  de  ne  |>as  être 
approuvé  de  nous,  en  introduisant  dans  ses  négociations  cer- 
taines questions  complètement  étrangères  au  meurtre  de  M.  Mar- 
j^ai  . .  telles  que  la  révision  des  droits  du  llkin,  et  les  prérogatives 
du  corps  diplomatique  établi  à  l*é-King. 

Comme  M.  Wade  change  souvent  de  plan,  nous  n'avions  pas 
attaché  plus  d'importance  à  celui-ci  qu'à  bien  d'autres,  lorsque 
nous  apprîmes  simplement  j>ar  la  Gazette  Officielle  que  M.  Wade 
avait  demandé  et  obtenu  jx)ur  les  représentants  étrangers  le  droit 
d'entrer  en  relations  personnelles  avec  les  din'ércnts  fonctionnaires 
qui  président  aux  principales  administrations. 

M.  Wade  se  décida  enfin  à  envoyer  à  ses  collègues  du  corps 
diplomatique  une  lettre  identique  et  confidentielle  : 

LETTRE    DE    M.     WADE,     g    OCTOBRE    1875 

Pe-King,  9**»  october  1875. 
Mt  dear  Colleague, 

I  acquainted  you  some  days  since  witli  my  détermination  to 
send  Mr.  Grosvenor  to  England.  I  bave  now  received  from  the 
Chinese  Government  guarantees  in  my  opinion  snflicient  to 
induce  me  to  change  my  cari ier  décision,  and  I  hope  to  Icavc  this 
for  Shanghaï  on  the  iilh  instant  for  the  pûrpose  of  despatching 
Mr.  Grosvenor  to  Yûn-Nan. 

1  bave  as  yet  spoken  on  this  subject  only  to  yourself  and  such 
olher  of  my  collcagues  as  I  was  associated  with  in  conférence  on 
the  question  of  Emigration  to  Cuba,  last  Mardi  Avhen  the  intel- 
ligence of  the  YiJn-Nan  outrage  obliged  me  to  in  for  m  you  that  I 
musl  for  ibc  time  withdraw  from  the  work  of  médiation,  and  I 


58  l'affaire  margary 

hâve  a  parlicular  reason  for  intruding  myself  upon  you  once 
more. 

My  guarantees  hâve  been  more  or  less  ihe  subject  of  discussion 
ever  since  the  beginningof  August.  Speaking  of  course,  as  a  Bri- 
lish  Minisler,  I  shall  be  correct  in  describing  what  I  required 
as  proof  in  one  form  or  olher  of  a  bona  fide  intention  to  observe 
more  exactiy  the  provisions  of  Articles  IV,  IX,  and  XXVIII  of 
the  British  Treaty  of  i858.  Thèse  were  at  least  my  propositions 
in  chief. 

In  such  a  case  as  that  I  bave  in  hand,  an  attack  that  is  to  sav, 
on  a  party  of  British  Oflicers  furnished  with  passports,  and  the 
murder  of  one  of  their  number,  it  might  seem  at  first  sight  that 
Article  IX,  the  Article  on  Passports  was  the  only  Article  to 
which  référence  could  be  relcvantly  made.  Article  IV  refers  to 
what  may  in  suin  be  callcd  the  privilèges  of  the  British  Repré- 
sentative ;  Article  XXVIII.  with  other  Articles  and  Rules  con- 
nectcd  with  it,  to  the  taxation  of  British  trade  inland. 

I  bave  antécédent  reasons  for  bringing  forward  thèse  two 
questions,  both  in  Mardi  last,  and  more  recently  which  I  do  not 
conceive  it  necessary  herc  to  recite.  On  one  point  however  I 
think  it  désirable  to  offer  some  explanation,  because  I  Lelieve 
that  what  I  bave  donc  bas  been  misunderstood  by  yourself  and 
other  s. 

I  shall  first  briefly  mention  the  guarantees  obtained,  promi- 
sing  that  it  had  been  my  désire,  fron  the  first,  rather  to  indicate 
the  direction  I  desired  to  be  taken  than  to  lay  down  the  précise 
conditions.  To  this  course,  however,  it  bas  not  been  in  my  power 
alwavs  to  adhère. 

The  most  formai  assurances  having  been  given  regarding  the 
safe  conduct  of  Mr.  Grosvenor  to  the  frontier,  and  of  a  mission 
from  India  sbould  anv  be  sent,  I  desired  farther  that  the  Gover- 
nor  of  Yûn-Nanshould  be  censured  for  bis  dilatoriness,  and  that  a 
mission  of  apoloj^y  should  be  sent  to  England.  The  mission 
was  appoinled  and  tlie  Govcrnor  Ts'ôn  was  censured  in  a  Decrec 
suflTiciently  emphalic  ;  but  the  Decrec  was  not  publishcd  and  1 
had  beg^cd  it  should  be,  and  in  another  Decree  referring  to  tHe 
Mission  to  England  which  was  published,  I  saw  reason  to  object 
to  the  phraseology  employed. 

It  was  to  ncutralize  more  or  Icss  the  objectionableness  of  this 
latter  Decree  that  I  urgcd  the  publication  of  a  third,  in  which 
the  intercourse  between  foreign  Représentatives  and  the  Chicfs  of 


LETTRE    DE    M.    WADE,    9    OCTOBRE    1876  69 

ihe  Chinese  Government  should  be  spoken  of,  such  intercourse 
betng  as  I  had  pointed  out  ail  along,  but  a  part  of  the  Minis- 
terial  privilèges  to  which,  under  Article  IV  of  the  Treaty  of  i858 
the  Brîtish  Représentative  is  entitled. 

I  shall  return  to  this  Decree  presently,  but  I  hère  beg  your 
attention  to  the  fact  that  I  asked  for  it  as  an  amende  for  the  short- 
comîngs  of  that  which  had  already  appcared  and  the  non  appea- 
rance  of  the  Decree  of  censure.  I  had  urged  very  strongly  the 
adoption  of  the  course  the  Decree  prescribes,  but  I  had  not  at 
firsl  urged  the  solicitation  of  a  Decree  in  the  malter;  believing 
that  it  was  perfectly  within  the  compétence  of  the  Tsung-li 
Yamen  constituted  as  it  is,  to  take  action  without  any  such 
authority. 

As  to  trade  ail  I  proposed  to  scek  in  the  first  instance  was  an 
engagement  that  the  abuses  in  the  matter  of  taxation  complain- 
ed  of  daily,  should  be  enquired  inlo  with  a  view  to  their  removal. 

The  Chinese  Government  was  formally  engaged  to  give  such 
instructions  as  will  ensure  a  complète  report  upon  this  question. 
This  produced,  I  need  not  say  that  I  bave  no  idea  whatever  of 
attempting  the  introduction  of  any  reform  single-handcd.  The 
régulation  of  the  gênerai  trade  is  a  matter  that  not  only  con- 
cerns  us  in  common«  but  in  respect  of  which,  to  make  any  rule 
opérât ive,  foreign  Représentatives  must  be  ail  agreed. 

In  a  new  direction  upon  the  Yûn-Nan  frontier,  I  am  promi- 
sed  that  when  a  British  offîcer  appears  for  the  purpose,  we  shall 
be  met  by  a  Chinese  officiai  compétent  to  consider  with  him  the 
conditions  under  which  trade  is  to  be  carried  on  between  British 
Burma  and  Yûn-Nan.  It  may  interest  you  to  know  howcver  that 
no  oflicer  will  be  sent  by  me  for  the  above  purpose  to  Yùn-Nan 
unlil  the  judicial  enquiry  is  dcfmitively  disposed  of. 

I  hâve  recommended  the  Chinese  Government,  I  may  add, 
not  to  send  the  mission  now  under  ordcrs  for  England,  unlil 
the  Yûn-Nan  aflair  is  sellled. 

Lastly  as  you  will  bave  seen  in  this  evcning's  Gazetle,  a 
Decree  lias  been  issued  calling  attention  to  ihe  Passport  clauses 
of  the  Treatics,  their  violation  in  the  case  of  the  unCortunale 
Mr.  Margary,  and  the  conséquent  appoinlment  of  the  Govornor 
General  Li  Han-tchang  as  a  spécial  commissioncr. 

The  Prince  of  Kung  bas  communicated  to  me  an  aulhcntica- 
led  copy  of  this  Decree  and  of  the  Mémorial  of  the  Tsung-li 
Yamen  to  which  the  Decree  is  a  rcply. 


6o  t/affaire  margary 

And  now  to  relurn  for  a  moment  to  ihe  Decree  on  ministerial 
inlercourse  which  is  really  ^hal  lias  commilted  me  to  ihis  very 
lenglhy  lelter.  If  the  Yamen,  as  1  undersUnd  it  lo  hâve  been 
implicd,  was  to  blamc  for  making  the  public  démonstration  it 
lias  donc»  of  its  purpose  to  attempt  a  modification  of  forms 
alTecting  intercoursc  with  foreign  Ministers,  without  previously 
Consulting  thcm,  it  is  I,  the  foreign  Minister  who,  as  I  hâve 
shewn  abovc,  suggested  that  démonstration,  who  should  be  bla- 
med  rather  than  the  Yamen. 

Speaking  for  myself  I  should  certainly  not  bave  deemed  it 
necessary  that  the  Chinese  Government,  if  about  to  adopt  an 
improvement  in  relations  that  bas  been  frequently  pressed  on  it 
(by  various  Ministers  besides  myself)  should  give  me  previous 
notice  of  its  intention.  It  did  not  occur  to  me  therefore,  I  admit, 
to  warn  the  Yamen  that  bcfore  moving  in  this  matter  foreign 
Représentatives  ougbt  to  be  advised  of  that  intention,  and  I  take 
tliis  opportun ity  of  expressing  my  regret  that  any  proposition 
of  mine  should  bave  committed  the  Chinese  to  a  course  of  action 
which  my  colleagucs  bave  felt  obliged,  howcver  mildly,  to  depre- 
cate. 

I  remain 

M  y  dear  colleague 
Yours  very  truly, 

T.  Wade. 

Notre  chargé  d'affaires  ne  crut  pas  devoir  se  séparer  de  ses 
collègues  dans  la  circonstance,  mais  pour  bien  marquer  la 
situation  qu'il  entendait  garder,  il  envoya  sa  lettre  en  anglais 
telle  qu'elle  avait  été  rédigée,  prouvant  ainsi  qu'il  n'en  était 
ni  le  rédacteur,  ni  même  l'inspirateur.  11  était  incontestable 
d'ailleurs,  remarquait  un  diplomate,  que  l'attitude  de 
M.  Wade  dans  cette  négociation  n'avait  été  ni  des  plus 
franches,  ni  des  plus  cordiales,  et  qu'il  avait  soulevé  un 
mécontentement  en  quelque  sorte  légitime  :  rien  n'autorisait  le 
Ministre  d'Angleterre  à  user  d'une  méfiance  que  ses  rapports 
antérieurs  avec  ses  collègues  ne  justifiaient  en  aucune  façon  ; 
le  meurtre  d'un  étranger,  et  à  plus  forte  raison  d'un  fonc- 
tionnaire étranger,  devenait  de  suite  une  question  d'intérêt 


LETTRE  DE  M.  DE  ROCHEGHOUART  A  M.  WADE,  1 1  OCTOBRE  1876  61 

général,  et  M.  Wade  était  sûr  de  Tappui  de  tous  ses  collègues 
pour  Taider,  si  cela  était  nécessaire,  à  obtenir  le  châtiment 
exemplaire  des  auteurs  du  guet-apens. 

LETTRE  DE   M.  DE  ROCHEGHOUART  A  M.    WADE,    II  OCTOBRE  1876 

Pé-King.  le  II  octobre  1875. 
Mo:f  CHER  Ministre, 

1  jast  received  your  letter  of  the  gth  instant  informing  me 
thaï  You  bave  obtained  from  the  Ghinese  Government  guarantecs 
sufficient  lo  induce  you  to  change  your  earlier  décision  wliich 
you  had  kindly  communicated  to  me  and  to  despatch  Mr.  Gros- 
Ycnor  to  Yun-Nan  instead  of  sending  him  lo  Lotidon.  1  hâve  no 
doubt  ihat  thèse  news,  when  becoming  known  will  contribule 
lo  remove  the  feeling  of  anxiely  and  uiicertainly  which  lo  our 
appréhension  had  taken  hold  of  the  foreign  cominunity  in  Gliina. 

While  thanking  you  for  this  communication,  there  is  one  part 
of  your  letter  which  I  cannot  leavc  wilhout  a  remark.  You 
appear  to  be  under  the  impression  that  the  step  taken  in  com- 
mon  by  my  colleagues  and  myself  was  intcnded  to  throw  blamc 
upon  the  Ghinese  for  the  course  adopted  by  the  Yamen.  Nothing 
of  this  kind  was  donc,  or  intended  ;  we  only  wished  to  draw 
Ihe  attention  of  the  Yamen  to  the  fact  that  there  were  certain 
questions  —  arrangements  on  which  lo  becomc  operalive  must 
be  agreed  to  by  ail  foreign  représentatives.  Our  step  iherefore 
very  far  from  referring  to  the  past,  bore  exclusively  upon  the 
future,  and  the  Yamen  instead  of  receiving  a  blâme  in  it,  consi- 
dered  it  in  the  same  friendly  manner  in  which  it  was  made. 

1  myself  as  well  as  my  colleagues  are  fully-  aware  of  the  great 
and  bénéficiai  influence  common  action  bas  always  had  in 
China,  and  we  consider  it  an  important  élément  for  preserving 
friendlv  relations  with  the  Ghinese  Government. 

I  nced  hardly  add  that  I  always  bave  been  and  shall  be  happy 
lo  cooperate  with  ail  my  colleagues  in  this  direction. 

Recevez,  mon  cher  Ministre,  l'assurance  de  ma  haute  considé- 
ration. 

Signe,  :  Rochechouart. 


Ga  l'affaire  maagary 

La  Gazette  de  Pé-King,  du  lo  octobre,  renfermait  un 
autre  rapport  sur  les  passeports  étrangers. 

M.  Wade  quitta  Pé-King  subitement,  ayant  décidé  le  départ 
de  M.  Grosvenor  pour  le  Yun-iSan  et  celui  de  M.  H.  G. 
Edwardes'  pour  Londres.  La  veille  de  son  départ,  il  eut  une 
explication  orageuse  avec  ses  collègues,  MM.  de  Butzov, 
Avery  et  de  Brandt  qui  se  plaignaient  d'avoir  été  tenus  en 
dehors  de  toutes  les  négociations.  M.  Avery  surtout  se  mon- 
trait fort  irrité  du  tort  fait  aux  affaires. 

«  M.  Wade,  paraît-il,  s'est  défendu  en  déclarant  qu'en  agis- 
sant ainsi  il  n'avait  fait  qu'user  de  son  droit,  que  c'était  une 
affaire  purement  anglaise,  et  qu'en  conséquence  il  n'avait  cru 
devoir  consulter  personne  pour  la  régler.  M.  de  Brandt  serait 
alors  intervenu,  faisant  observer  que,  si  M.  Wade  avait  agi 
régulièrement  en  se  réservant  la  direction  exclusive  d'une  affaire 
anglaise,  lui,  M.  de  Brandt,  n'avait  pas  agi  moins  régulière- 
ment en  prévenant  les  Chinois  que  tout  engagement  pris  en 
dehors  de  lui  ne  pouvait  lier  ni  son  gouvernement,  ni  ses 
nationaux. 

((  Le  Prince  Koung  a  dépeint*  la  situation  d'une  façon 
réellement  originale  en  disant  à  M.  de  Schaefer,  le  nouvel 
envoyé  austro-hongrois  :  «  Il  y  a  un  plat  dont  nous  sommes 
obligés  de  manger,  c'est  celui  du  Yun-Nan  ;  son  aspect  nous 
donne  des  haut-le-corps,  mais  enfin,  puisqu'il  le  faut,  en  nous 
pinçant  le  nez,  nous  allons  essayer  ;  mais  voilà  que  M.  Wade 
nous  présente  quinze  autres  plats  tout  aussi  répugnants,  et 
veut  nous  forcer  à  les  manger  avant  celui  du  Yun-Nan,  sans 
pour  cela  nous  dispenser  d'avaler  le  dernier.  Nos  estomacs 
ne  supporteraient  pas  cette  nourriture  nauséabonde  ;  il  est 
donc  préférable  de  nous  en  tenir  au  seul  plat  du  Yun-Nan  et 
de  rejeter  les  autres.  »  Puis  il  ajouta  sérieusement  :   «  Les 


I.  Mort  3o  décembre  1896. 

3.  M.  de  Rochechouart  au  duc  Decazcs,  Pé-King,  18  octobre  1875. 


COMMUNICATION    DE    M.    WADE  63 

choses  qui  ne  sont  pas  absolument  impossibles  nous  les 
faisons  quand  nous  en  reconnaissons  la  nécessité,  et  cela 
malgré  les  désagréments  qui  quelquefois  en  retombent  sur 
nous;  mais,  malgré  toul  notre  désir  d'éviter  les  complications, 
il  est  un  certain  nombre  de  principes  auxquels  nous  ne 
saurions  souscrire,  même  au  lendemain  d'une  guerre  malheu- 
reuse ;  nous  les  laisser  imposer  serait  consentir  à  la  ruine 
cleTEmpire.  » 

Dès  son  arrivée  à  Chang-Haï,  M.  Wade  voulut  faire 
connaître  à  ses  compatriotes  Tétat  de  la  question  ': 

COMMUNICATION    DE    M.    WADE 

Notification,  n°  18  de  1870*. 

Le  Soussigné  a  grand  plaisir  de  publier  pour  que  Ton  sache  à 
quoi  8*en  tenir,  la  copie  ci-jointe  d*une  dépêche  qu'il  vient  de 
recevoir  de  M.  T.  F.  Wade,  Ministre  Plénipotentiaire  de 
S.  M.  B. 

W.  H.  Medhuhst, 
Consul. 
Consulat  de  S.  M. 

Chang-Haï,  17  octobre  1875. 


\ 


Chang-Haï,  le  17  octobre  1875. 
Monsieur  , 

J'ai  à  vous  prier  d'annoncer,  pour  Tédification  des  sujets  de 
S.  M.  dans  ce  port,  qu'à  la  suite  des  arrangements  qui  ont  été 
faits,  j'ai  pu  autoriser  M.  Grosvenor  à  se  diriger,  sans  plus  de 
retard,  vers  le  Yun-Nan  afin  d'assister  à  l'enquête  que  l'on  va 
faire  sur  les  faits  relatifs  à  l'attaque  dirigée  contre  la  mission  du 
Colonel  Browne  et  au  meurtre  de  M.  Margary. 

Les  obstacles  qui  ont  longtemps  retenu  M. Grosvenor  et  le  fait 
que  l'on  me  savait  engagé  dans  des  négociations  plus  ou  moins 
relatives  à  l'aflaire  de  sa  mission  ont  excité  d'assez  légitimes 
appréhensions.  La  communication  que  je  vous  ai  autorisé  à  faire, 
les  calmera,  je  l'espère. 

I.  Traduction. 


64  L  AFFAIRE   MARGARY 

Je  ne  m'étendrais  pas  davantage  sur  les  négociations  dont  il 
s'agit,  si  je  ne  croyais  utile  de  dissiper  les  inquiétudes  qu'un  cer- 
tain sujet  a  fait  naitre.  J'apprends  que  le  bruit  court  que  j'ai 
signé  une  Convention  dont  les  clauses  auraient  les  conséquences 
les  plus  importantes  pour  le  commerce  anglais.  Tel  n'est  point  le 
cas.  J'ai  saisi  l'occasion  qui  se  présentait  pour  insister  très  sérieu- 
sement sur  le  devoir  qui  incombait  au  gouvernement  chinois 
d'observer  plus  rigoureusement  plusieurs  clauses  du  Traité, 
notamment  celles  relatives  à  la  Taxation  de  notre  commerce, 
toutes  clauses  dont  l'inobservance  a  si  souvent  excité  des  plaintes. 
Si  l'on  obser.vait  les  clauses  du  Traité  —  tel  qu'il  est.  —  il  n'y 
aurait  évidemment  aucune  nécessité  de  faire  une  Convention. 
Mais  s'il  devenait  utile  de  modifier  les  stipulations  actuelles  du 
Traité  —  en  ce  qui  touche  le  commerce  —  une  Convention  serait 
indubitablement  nécessaire.  Or  aucune  Convention  ne  pourrait 
être  eilicace,  si  elle  était  négociée  par  moi  ou  par  quelqu'autrc 
représentant  d'une  Puissance  agissant  seul.  Le  commerce  étran- 
ger en  Chine  est  une  propriété  commune,  dont  les  lois,  si  on  les 
veut  modifier,  et  si  on  les  veut  elïïcacer  doivent  avoir  été  étu- 
diées et  acceptées  par  tous  également.  En  conséquence,  ce  que  je 
me  suis  efforcé  d'obtenir  dans  cet  ordre  de  choses,  est  un  enga- 
gement formel  de  la  part  du  gouvernement  chinois  que  l'on 
ferait  une  enquête  sur  la  question  des  impôts  qui  frappent  le 
commerce  étranger,  soit  dans  les  ports  consulaires,  soit  au-delà 
de  leurs  limites,  et  qu'il  élaborerait  un  rapport  sur  les  conclu- 
sions duquel  on  pourrait  négocier  des  changements  à  apporter 
aux  stipulations  existantes,  dans  le  cas  où  l'on  ne  trouverait  point 
d'autre  moyen  possible  de  détruire  les  abus  dont  on  se  plaint.  Il 
a  été  pris  des  engagements  qui  permettront,  je  l'espère, 
d'atteindre  le  but  désiré. 

Vous  êtes  libre  de  publier  cette  dépêche. 

Votre  obéissant  serviteur, 

Thomas-Francis  Wade. 
W.  H.  Mcdhurst  Esq. 
&c.,  &c.,  &c. 

On  ne  peut  dire  que  M.  Wade  eût  une  bonne  presse  ;  il 
fut  attaqué  violemment,  en  particulier  par  le  Shanghaï 
Courier  ^  China  Gazette]  il  y  était  habitué. 


MISSION    GnOSVENOR  65 


MISSION    GROSVENOR 

M.  Wade  consentit  enfin  au  départ  de  la  mission  anglaise 
composée  de  THon.  T.  G.  Grosvenor  et  de  MM.  \rlhur 
Daven|)orl  *,  vice-consul  à  Chang-Haï  et  Baber*. 

M.  Daven|X)rt,  désigné  seulement  le  22  octobre  pour 
prendre  part  à  la  mission,  était,  dit  Wade,  «  Tu n  des  rares 
membres  du  service  qui  avaient  étudié  le  droit  con  amore.  » 

La  Mission  quitta  Han-Keou  le  5  novembre  1875  sur  une 
jonque  du  Hou-Nan  et  remonta  le  Yang-tseu  à  I-tcbang  et  à 
Tchoung-King  où  elle  parvint  le  3o  décembre  ;  elle  partit  de 
celte  dernière  ville  le  3  janvier  187C  et  arriva  enfin  à  Yun- 
Xan  fou  dans  l'après-midi  du  6  mars  1876.  Une  comparu- 
lion  de  douze  accusés  eut   lieu  dans   le  yamen  du   nié-laï 

I.  Davenport,  Arthur,  élève  interprète  à    Hong-Kong,  9  juin  1857; 
•i  Chang-HaT.  13  avril  i858;  a<^  assistant  h  INiéou-tchouang,  3o  mai  1859. 
Accompagna   Texpédilion  dans  le  Nord  on   18O0,  attaché  à  la  troupe  de 
réserve  à  Takou  chan  ;  et  ensuite  servit  d'interprète  &  Tamirai  Sir  James 
Hope.  commandant  en  chef  de  la  flotte.  Reçu  la  médaille  militaire  pour 
ses  services.  Pendant  Thiver  de  1860-61,  servi  comme  interprète  de  Lord 
John  Ha  Y,  oflicier  de  marine  le  plus    ancien   de   grade  de  l'escadre  du 
^o^d.  Fut  envové  par  l'amiral  Ho|>e  à  Niéou-tchouang  pour  ouvrir  ce  port, 
avant  l'arrivée  du  consul   Meadows.  Fut  nommé   i*^''  assistant  à    Niéou- 
tchouang.  le  aa  avril  1861  ;   a<^  interprète  à  Chang-llaï,  janvier  i8C5; 
intrrprèle   faisant   fonction   de  consul  à  Tchen-kiang,   ao  février  i8C5; 
interprète  à  Han-kéou,  6  juillet  1868;    faisant  fonction   de  vice-consul  à 
Chang-llaî,  a5  juillet   1870,   et  de  consul   &   Chang-Haï  du    10  octobre 
1871  au  la  février  187a  ;  faisant  fonction  de   !•"■  interprète  à  la  légation 
de  Pé-King  du   7   mai  187a   au    16  avril  1878  ;   vice-consul   à  Canton, 
aa  mai  1878  (non  installé),  puis  à  Chang-Haï,  9  septembre  1878  ;  faisant 
fonction  d'a^esseur  à  Cliang-Haï  du  9  janvier  au  a4  octobre  1875  ;  consul 
àTché-fou,  9  novembre  1877;  ^^i^^^l    fonction  de  consul  k  Chang-Haï 
du  I*»"  janvier  1877  au  3i  mars  1880.  Transféré  à  Tien-Tsin  et  h  Pé- 
King,  a5  février  1880.  Admis  à  la  retraite  !•*"  octobre  i885. 

a.  Baber.  Edivard-Colborne,  mort  h  Bhamo  le  16  juin  1890,  âgé  de 
47  ans;  élève  interprète,  a8  juillet  1866;  assistant  de  a«  classe.  a4 
août  1871  ;  en  1879,  ^^  vivait  été  premier  interprète  à  Pé-King  et  en  i885, 
consul  général  à  Séoul.  Voir  T'oung  Pao,  I,  p.  i64. 

CORDIER.  H.    —    5 


66  L*AFFAIRE    MAnGAUY 

Ts'ang  en  présence  de  Davenport  et  de  Baber  d'une  part,  et 
de  Ting  Tao-taï,  Tching  Tao-laï,  Tcb'en  Wei-youen,  P'an 
Fan-taï,  Ts'ang  Nie-taï,  Soung  ïché-fou,  de  l'autre,  le  20 
mars.  Ting  Tao-laï  prétendait  que  les  meurtriers  de  Margary 
étaient  des  montagnards  sauvages,  voleurs  de  profession,  qui 
habitaient  les  Yé-jen  cban  et  quelques  Cbinois renégats, 4*uyant 
la  justice,  associés  aux  sauvages.  Les  Anglais  au  contraire  sou- 
tenaient que  leur  malbeureux  compatriote  avait  été  massacré, 
non  par  des  sauvages  ou  des  Chinois  du  pays,  mais  bien  par 
ordre  de  fonctionnaires  chinois  venus  de  Momein.  Les  Hauts 
Commissaires  chinois,  lors  du  départ  de  Grosvenor,  envoyè- 
rent à  Pé-King  un  mémoire  dans  lequel  ils  demandaient  au 
Trône  de  donner  des  instructions  au  Tsoung-li  Yamen  et  au 
Ministère  des  ChAtiments  (Haute  Cour  de  justice  criminelle) 
pour  prononcer  la  sentence  contre  les  individus  qu'ils  avaient 
trouvés  coupables,  cVst-à-dire  les  sauvages  accusés  du 
meurtre  de  Margary  et  Li  Tchen-Wouo,  accusé  d'avoir  poussé 
les  habitants  de  Momein  à  prendre  les  armes.  Grosvenor 
quitta  Yun  Nan  fou  le  26  mars  1876  et  par  voie  de  Ta-li, 
Young-tcirang,  Teng-Yué  (Momein,  3  mai),  Manwyne, 
arriva  à  Bhamo  le  21  mai  187G.  Son  rapport  contradictoire 
fut  reçu  par  Wade  le  8  avril. 

Le  voyage  de  la  mission  anglaise  nous  a  valu  deux  rapports 
intéressants  au  point  de  vue  scientifique  :  l'un  de  M.  Daven- 
port' sur  le  commerce  des  régions  parcourues  ;  Tautre  extrê- 
mement remarquable  sur  la  géographie  de  l'Ouest  et  le  Sud- 
Ouest  de  la  Chine,  par  E.  C.  Baber*. 


I.  China,  n®  3  (1877).  Yunnan  Mission.  Report  hy  Mr,  Davenport 
on  the  Trading  Capahilities  of  the  Countries  traversée!  hy...  (in-8). 
[G.  —  1712.] 

•x.  China,  n»  3  (1878).  Report  hy  Mr.  Baheron  the  Route  followed 
hy  Mr.  Grosvenor  s  Misfiion  hetween  Tali-fu  and  Momein.  |VVilh 
Iliiicrary  and  Mapof  lload  from  Yiiiinan-fu.]  Presenicd...,  1878.  Lond., 
in-fol   [C.  —  199^]. 


RAPPORT    DE    Ll    HAX-TCMAXG  G'] 

M.  Wade  eut  la  satisfaction  de  voir  ses  efforts  récompensés 
par  sa  nomination  au  rang  de  Chevalier  Commandeur  du 
Bain*j  faite,  lui  télégraphiait  Lord  Derby,  le  25  novembre 
«  en  considération  de  ses  services  diplomatiques  en  général, 
et  spécialement  pour  Fénergie  et  Tesprit  de  ressource  montrés 
par  lui  pendant  les  difficultés  avec  le  Gouvernement  chinois 
au  sujet  du  Yun-ISan  Outrage.  » 

RAPPORT    DE    LI    HAîS-TCHARG 

Cependant  Li  Han-tchang   communiquait   le  résultat  <le 

son  enquête  : 

Décret^. 

Li  Ilan-tchang  et  autres  adressent  un  rapport  au  Trône  : 

Suivant  les  ordres  que  nous  avons  re^us  nous  avons  pris  en 
main  ralTairc  du  meurtre  de  M.  Margary  et  après  une  enquête 
sommaire  faite  sur  les  circonstances  qui  ont  accompagné  ce 
crime  nous  présentons  un  rapport  proposant  la  dégradation  des 
fonctionnaires  fautifs  et  leur  interrogatoire. 

Li  Han-tchang  et  autres  ont  fait  par  eux-mêmes  et  par  leurs 
délégués  une  enquête  dans  laquelle  ils  se  sont  fait  représenter  le 
dossier  complet  de  celte  affaire.  Des  délégués  intelligents  ont  été 
envoyés  pour  faire  Tinstruclion  conformément  h  la  justice. 

11  résulte  des  rapports  de  ces  derniers  que  le  pays  situé  entre 
la  Birmanie  et  la  Chine  est  peuplé  par  des  tribus  sauvages  et 
est  infc!>té  de  bandes  de  brigands  ;  que  lorsque  les  notables  et 
que  le  peuple  de  ï'eng  y  né  curent  entendu  parler  du  prochain 
j>assage  d*étrangers  suivis  de  nombreux  soldats,  ils  postèrent  des 
individus  armés  dans  le  but  de  se  défendre  eux-mêmes.  Or,  M. 


Trai'els  and  Researches  in  the  fnterior  of  China.  By  E..  Gol- 
bome  Baber,  Cliînesc  sccrelary  of  Légation,  Peking. 

Forme  le  voL  I,  part,  i  des  Supplemenlary  Papers  delà  RojalGeog. 
Soc.,  Londori,  Murray,  1883,  in -8. 

I.  Knight  Commander  of  tho  Mosi  Honourablc  Order  of  the  Bath, 
K.  C.  B.  —  La  nomination  parut  dans  la  I.ondon  Gazette,  du  qO  no- 
vembre 1875. 

a.  Gazette  de  Péking,  du  i3  de  la  ii»  lune  (10  décembre  1875). 


*. 


»    V    - 


68  L*AFFAinE    MARGARY 

Margary  lors  de  son  voyage  du  Yun-Nan  en  Birmanie  était  muni 
d'un  passeport  et  fut  escorte  d'une  façon  satisfaisante  par  les 
soins  des  autorités  locales  qui  n'eurent  à  encourir  aucun  blâme. 
Mais  lorsqu'il  revint  de  Birmanie  au  Yun-Nan,  il  ne  montra  pas 
ce  passeport  aux  autorités  locales  et  ne  leur  demanda  pas  de  lui 
donner  une  escorte,  aussi  des  malfaiteurs,  au  mépris  de  la  loi, 
le  voyant  ainsi  isolé,  l'attaquèrent  et  le  mirent  à  mort. 

Le  sous-préfet  de  Ïeng-Yué  Ting,  nommé  AVou  K'i-liang  n'a 
pas  eu  connaissance  des  dispositions  hostiles  des  notables  et  du 
peuple  de  T'eng-Yué,  il  n'a  ni  dissuadé,  ni  arrêté  ces  derniers, 
et  a  négligé  de  prendre  les  précautions  voulues  ;  malgré  l'ordre 
sévère  qui  lui  avait  été  envoyé  par  Ts'ên  Yû-ying  d'exercer  des 
poursuites  et  de  saisir  immédiatement  les  coupables,  il  a  mis 
plusieurs  mois  pour  s'emparer  des  assassins,  il  a  certainement 
été  fautif. 

Le  général  de  Teng-Yué  nommé  Tsiang  Tsoung-han  et  dans 
le  ressort  duquel  s'est  perpétré  un  aussi  grand  crime,  n'en  a  pas 
été  averti  et  évidemment  est  répréliensible.  Wou  K'i-liang, 
Tsiang  Tsoung-lian  seront  révoqués  et  dégradés  provisoirement, 
puis  interrogés  sur  les  deux  points  suivants,  à  savoir  : 

1°  S'ils  ont  entravé  l'envoi  d'une  escorte  destinée  à  protéger 
M.  Margary  ; 

2°  S'ils  ont  secrètement  envoyé  des  individus  dans  le  but  d'as- 
sassiner  M.  Margary. 

Lorsque  Li  Han-tchang  les  aura  interrogés  minutieusement 
sur  ces  deux  points,  l'affaire  pourra  être  considérée  comme  élu- 
cidée, et  il  n'aura  pas  été  permis  un  seul  instant  qu'on  ait  usé 
de  partialité  (à  l'égard  des  coupables). 

Respectez  ceci*. 

Rapport^. 

Les  sujets,  Li  Han-tchang,  Sié  Houan,  Ts'ôn  Yû-ying,  age- 
nouillés, adressent  un  rapport  au  Trône  contenant  la  date  de 
leur  arrivée  au  Yun-Nan  et  un  exposé  sommaire  de  ce  qui  s'est 
passé  dans  cette  province  ;  ils  concluent  à  la  dégradation  et  à 
l'interrogatoire  des  fonctionnaires  civils  et  militaires  qui  ont  été 
fautifs.  Ils  soumettent  ce  rapport  à  l'examen  de  S.  M. 

I.   Pour  traduction  conforme  :  Le  premier  interprèle  p.  /.  :  F.  Scher 

ZI'K. 

3.   Gazette  de  Péking^  i4  de  la  ii«  lune  (ii  décembre  1875). 


RAPPORT    DE    Ll    HAΫ-TCII%NG  69 

Le  a3  de  la  5*  lune  de  la  i"  année  du  règne  de  Kouang  Siu 
(le  26  juin  1875),  nous  reçûmes  Tordre  Impérial  suivant  : 

Par  un  ordre  date  d'aujourd'hui,  Li  Ilan-tchang  est  envoyé 
au  Yun-Nan  pour  y  faire  une  enquête,  il  lui  est  prescrit  de  se 
rendre  sans  retard  dans  celte  province  pour  s'y  livrer,  de  con- 
cert avec  le  Vice-Roi  et  le  Gouverneur  à  une  enquête  impartiale 
sur  les  circonstances  du  meurtre  de  M.  Margary. 

Respectez  ceci  * . 

Nous  sujets  après  avoir  annoncé  au  Trône  notre  départ,  nous 
nous  rendîmes  d'étape  en  étape  au  but  de  notre  mission. 

Le  sujet  (Li)  Ilan-tchang  arriva  au  Yun-Nan  le  iG  de  la  10* 
lune  (i3  novembre). 

Le  sujet  (Slé)  llouan^  arriva  au  Yun-Nan  postérieurement 
le  33  de  la  lo'  lune  (ao  novembre). 

Sur  la  route  nous  avions  commencé  à  recueillir  par  nous- 
mêmes  et  aussi  secrètement  des  renseignements  sur  cette  affaire. 
Apn»s  notre  arrivée,  nous  eûmes  des  entrevues  avec  Ts'ên  Yii- 
}ing  et  des  entretiens  sur  les  points  principaux  de  celle  affaire 
dont  nous  nous  fîmes  apporter  tout  le  dossier,  nous  fîmes  égale- 
ment comparaître  les  meurtriers.  Nous  envoyâmes  d'urgence  des 
délégués  intelligents  pour  faire  une  enquête  minutieuse  sur  ce 
qui  sélait  passé  et  nous  adresser  un  rapport. 

Nous,  sujets,  avons  reconnu  que  M.  Margary  lors  de  son 
vo>age  du  Yun-Nan  en  Birmanie  était  muni  d'un  passeport 
émané  du  Tsoung-li  Y  amen,  et  fut  escorlé  d'une  façon  satisfai- 
sante par  les  soins  des  autorités  locales  qui  n'eurent  à  encourir 
aucun  blâme.  Mais  lorsque  cet  étranger  et  d'autres  revinrent  de 
Birmanie  au  Yun-Nan,  ils  eurent  à  traverser  un  territoire  oc- 
cupé par  des  tribus  sauvages  alliées  a  des  bandes  de  brigands 
dont  les  routes  étaient  infestées.  Ce  fut  alors  que  les  notables  et 


I.  11  faut  ajouter:  «  Aussi,  que,  le  7  septembre,  le  décret  suivant  a 
été  rc<:u  : 

«t  Que  Wou  T'ang  [Gouverneur  général  du  Se-lch'ouen]  donne  l'ordre 
à  Tel  vice -président  Sié-Houan  de  se  rendre  avec  toute  la  rapidité  pos- 
sible au  Yun-Nan,  pour  aider  Li  llan-tchang  dans  ce  qu'il  a  à  faire,  afin 
qu'un  coadjuleur  compétent  lui  soit  donne.  »  H.  C. 

1.  il  était  à  la  retraite  depuis  1868  ;  Tao-taï  à  Chang-llai  en  i858,  il 
avait,  conjointement  avec  M.  Lay,  conduit  les  négociations  relatives  aux 
tarifs;  il  fut  ensuite  gouverneur^,  i.  du  Kouang-Si,  puis  en  i8()3  mem- 
bre du  Tsoung-li  Yamen. 


7 


O  L  AFFAIRE    MARGAHY 


le  peuple  (le  T'eng-Yuc,  entendant  dire  partout  que  des  étrangers 
accompagnés  de  soldats  européens  allaient  entrer  dans  leur  ter- 
ritoire, et  n'ayant  jamais  eu  connaissance  du  caractère  des  soldats 
étrangers,  dans  la  crainte  qu'ils  ne  vinssent  chez  eux  commettre 
des  méfaits  réunirent  plusieurs  individus  armés  dans  le  but  de 
se  défendre  eux-mêmes.  D'un  autre  côté,  les  brigands  réunis 
aux  tribus  sauvages,  attaquèrent  sans  raison  l'étranger  cl  le 
tuèrent,  d'où  surgit  cette  grave  adaire.  Or,  cet  étranger  revenant 
de  Birmanie  au  Yun-\an  n'avait  pas  demandé  d'escorte  au\  au- 
torités locales.  Cependant  le  sous-préfet  de  ï'eng  Yué  Ting, 
VVou  K'i-liang,  n'ayant  pas  eu  connaissance  des  dispositions 
hostiles  des  notables  et  du  peuple  et  n'ayant  ni  dissuadé  ni  ar- 
rêté ces  derniers,  a  négligé  de  prendre  les  précautions  voulues  : 
malgré  l'ordre  sévère  qu'il  avait  reçu  de  Ts'èn  Yû-ying  d'exercer 
des  poursuites  et  de  saisir  immédiatement  les  coupables,  ce  fonc- 
tionnaire ayant  mis  plusieurs  mois  pour  s'emparer  des  meurtriers, 
a  donné  lieu  à  des  reproches  fondés  de  l'Empire  étranger  et  est 
certainement  fautif. 

Le  général  p.  L  de  T'eng-Yué  Ting,  Tsiang  Tsoung-han, 
dans  le  ressort  duquel  s'est  perpétré  un  aussi  grand  crime,  n'en 
ayant  pas  été  averti,  est  évidemment  répréhcnsible. 

\ous  croyons  devoir  prier  S.  M.  de  donner  l'ordre  que  le 
sous-préfet  de  Ï'eng-Yué  Ting,  Wou  K'i-liang,  que  le  général 
p.  l.  de  T'eng-Yué  Ting,  Tsiang  Tsoung-han  soient  tous  les 
deux  destitués  et  dégradés  provisoirement  puis  interrogés  sur  les 
deux  points  suivants,  à  savoir  : 

1°  S'ils  ont  entravé  l'envoi  d'une  escorte  destinée  à  protéger 
M.  Margary; 

3"  S'ils  ont  secrètement  envoyé  des  individus  dans  le  but 
d'assassiner  M.  Marjçarv. 

Ensuite  on  les  jugera  sévèrement  conformément  à  la  loi. 

Nous,  sujets,  dans  nos  conférences  qui  se  renouvellent  tous 
les  jours,  nous  trouvant  partager  la  même  opinion,  nous  l'avons 
exposée  respectueusement  dans  un  rapport  au  Trône  en  priant 
les  Impératrices  et  l'Empereur  de  l'examiiier. 

Le  Vice-Roi  du  Yun-Nan,  Licou  Yo-tchao  n'étant  pas  présent 
à  son  poste,  nous  n'avons  pas  pu  faire  ligurer  son  nom  dans 
notre  rapport  * . 

I.  Pour  Iraduclion  conforme  :  Le  premier  interprète  p.  i.:  F.  Scher- 
7;er. 


RAPPORT    DE    Ll    IIAN-TCIIANG  7 1 

A  la  lecture  de  ce  rapport,  M.  Wade  fut  pris  d'un  accès  de 
rajre  ;  il  rencontrait  d'ailleurs  des  difficultés  ailleurs  que  chez 
les  Chinois  ;  il  y  a\ait  conflit  entre  lui  et  le  gouvernement 
indien  qui  aurait  désiré  profiter  des  circonstances  pour  im- 
pliquer la  Birmanie  dans  l'attaque  de  la  mission  Brownc  et 
se  débarrasser  du  roi  Meng-doun^  qui  reprenant  une  tradition, 
interrompue  par  les  événements,  avait  cette  année  même  en- 
voyé une  ambassade  porterie  tribut  à  Pé-King. 

M.  Wade  fit  une  démarche  auprès  du  Tsoung-li  ^amen 
en  >ue  d'une  audience  ;  il  ne  donna  d'ailleurs  pas  suite  à  son 
projet,  mais  pour  servir  le  cas  échéant,  notre  chargé  d'af- 
faires reçut  le  20  décembre  i8y5  du  Minisire  des  Allai res 
étrangères  l'autorisation  de  s'associer  aux  démarches  de  ses 
collègues  au  sujet  de  l'audience. 

Parallèlement  h  l'enquête  Grosvenor,  avait  été  conduite 
celle  de  Li  Han-  tchang,  longue  comme  on  le  voit  : 

Décret^. 

Li  Ilan-tchang  et  autres  adressent  un  rapport  au  Trône:  dans 
ce  rapjx>rt  ils  exposent  les  motifs  tendant  à  la  dégradation  d'un 
tousse^  en  non  activité,  à  son  implication  (dans  TalTaire  Mar- 
i;arv)  et  à  son  interrogatoire.  Li  Tchcn-kono  autrefois  tousse 
intérimaire  à  ^lan-lien  ayant  été  cité,  lors  de  l'enquête  sur  l'af- 
faire Margary,  dans  la  déposition  suivante  : 

«  Les  notables  de  T'eng  Yué  ayant  appris  la  nouvelle  de  l'ar- 
«  rivée  d'étrangers  escortés  de  nombreux  soldats,  réimirent  les 
«  milices  pour  assurer  leur  protection  personnelle  et  en  avisèrent 
«  le  dit  Tousse.  » 

Il  est  de  toute  nécessité  de  savoir  au  juste  et  sans  retard  s'il  y  a 
eu  ou  non  quclqn'autrc  circonstance  aggravante. 

En  conséquence,  Li  Tchen-kouo  est  préalablement  dé^aadé, 
el  Tordre  est  donné  à  Li  Ilan-tchang  et  autres  de  lui  faire  subir 

I.  Mengdoun  Mcng  mourut  lo  i*'''  oclobrc  1878  et  fut  remplucé  par 
son  fils  Thibau.  —  Les  ambassadeurs  birmans,  venant  de  Pé-Ring,  quit- 
tèrent Kouei-yang  pour  la  Birmanie  le  a  avril  1876. 

3.   Gazette  de  Pekingy  du  3^  janvier  1876. 

3.  Mandarin  militaire  de  l\^  rang. 


•J2  L  AFFAIRE    MARGARY 

lin  interrogatoire  conlradictoiremcnt  avec  Tsiang  Tsoung-lian» 
tsong-ping  dégrade,  avec  Wou  K*i-liang,  sous-préfet  dégradé  : 
de  cette  façon  les  résultats  de  l'instruction  ne  pourront  pas  être 
mis  en  doute. 

Que  le  Tribunal  compétent  prenne  connaissance  du  présent 
décret. 

Respectez  ceci. 

Nota  :  Le  rapport  mentionné  dans  ce  décret  a  paru  dans  la 
Gazette  de  Péking,  du  35  janvier*. 

Rapport  *. 

Le  sujet  Li  Ilan-tchang,  décoré  du  bouton  de  i***  classe,  Vice- 
Roi  du  Hou-Rouang,  commissaire  exlniordinaire  au  Yun-\an. 

Le  sujet  Sié-Houan,  décoré  du  bouton  de  i"""  classe,  sous- 
directeur  de  Tribunal  honoraire,  adjoint  au  Commissaire  extra- 
ordinaire au  Yun-\an  :  agenouillés,  présentent  un  rapport  au 
Trône,  dans  lequel  ils  prient  l'Empereur  d'ordonner  la  dégrada- 
tion préalable  et  l'interrogatoire  minutieux  de  l'ancien  lou-sse 
intérimaire  que,  d'après  l'enquête,  ils  présument  avoir  été  l'ins- 
tigateur de  la  résistance  opposée  à  l'entrée  des  étrangers  dans  le 
territoire  (de  T'eng-Yué). 

On  a  commencé  par  l'interrogatoire  des  coupables  dans  l'af- 
faire du  meurtre  de  Margary.  A  cet  eflet,  l'intendant  Ting  (ibe- 
ping  et  le  préfet  Kiang  Si-chun  ont  été  immédiatement  délégués 
pour,  de  concert  avec  le  Grand  Trésorier  et  le  grand  Juge  de  la 
province,  interroger  avec  le  plus  grand  soin  chacun  des  coupa- 
bles. Il  est  résulté  de  l'interrogatoire  que,  voyant  ses  bagages 
pillés,  l'étranger  tira  un  coup  de  pistolet  qui  tua  un  des  bri- 
gands nommé  A-gong,  que  sur  le  champ  les  malfaiteurs  résolu- 
rent de  tuer  l'étranger  et  le  mirent  à  mort  ainsi  que  quatre  de 
ses  serviteurs,  mais  jamais  ils  ne  voulurent  dire  qui  leur  avait 
donné  le  conseil  de  tuer  Margary.  Wou  K'i-liang  déposa  en  ces 
termes  :  «  En  vérité,  je  n'ai  entendu  parler  de  rien  de  tout  cela, 
et  je  n'y  ai  pris  aucune  part.   » 

Li  Tchen-kouo,  qui  a  été  désigné  dans  une  dépèche  de  Wei 
To-ma  (Thomas  Wade),  nia  les  diflerents  faits  qui  lui  étaient 
reprochés  et,  dans  un  nouvel  interrogatoire,  déposa  en  ces  termes  : 

I.   L'interprète:  F.  Sciiekzer. 

a.   Gazette  de  Péking,  du  a5  janvier  187^. 


RAPPORT    DE    LI    HAN-TCHANG  7 3 

c  La  la''  lune  de  Tannée  dernière,  les  notables  de  T'cng-Yué 
«  ayant  appris  F  arrivée  d  étrangers  escortés  par  de  nombreux 
«  soldats,  dans  la  crainte  d'être  victimes  de  quelque  méfait, 
e  réunirent  les  milices  pour  assurer  leur  protection  personnelle 
a  et  m'en  avisèrent.   » 

Ce  détail  éveilla  les  soupçons  du  sujet  Li  llan-tchang  qui, 
étant  en  route  ([X)ur  le  Yun-Nan)  envoya  un  commandant 
militaire  de  Tsoui  kin  tcben  appelé  Li  cbang,  à  T'eng  \ué,  pour 
y  faire  une  enquête  secrète.  A  son  retour,  il  adressa  le  rapport 
suivant  : 

«  J'ai  fait  une  enquête  minutieuse  de  laquelle  il  résulte  que 
«  Tassassinat  de  Margary  est  du  à  la  résistance  que  ce  dernier 
«  opposa  aux  malfaiteurs  qui  voulaient  le  dévaliser,  quant  à 
c  relui  qui  a  été  secrètement  Tinsligateur  de  cette  attaque  des- 
e  linée  à  enq)èclier  l'étranger  d'entrer  sur  le  territoire  (de  T'eng 
«  Yué),  on  crie  par  les  chemins  que  c'est  Li  Tchen-kouo.  Ce- 
«  (Mandant  ce  dernier  n'était  pas  présent  lors  de  l'assassinat  et  ses 
«  sf)ldats  n'ont  pas  participé  au  meurtre.   » 

Dans  la  3*"  lune  de  cette  année,  le  sujet  Ts'cn  Vù-ying.  gou- 
verneur de  la  province,  reçut  un  rapport  de  I^i  Tchen-kouo  dans 
iMjuel  il  disait  :  a  Les  notables  de  T'eng-Yué  m'ont  envoyé  à 
deux  reprises  des  lettres  ofTicielIcs.  »  Le  dit  Tousse  ajoutait  : 
«  J'exercerai  sérieusement  ma  protection  et  je  veillerai  sur  le 
territoire  qui  m'est  confié.  »  Le  gouverneur  Ts'ên  Yu-ying  lui  ré- 
|)ondit  en  lui  donnant  pour  instructions  a  d'exhorter  la  popula- 
tion de  l'arrêter  et  de  ne  pas  lui  laisser  commettre  de  désordres  ». 
Mais  cette  lettre,  étant  arrivée  à  destination  postérieurement  à 
rallenlal,  fut  sans  effet.  Aussi  Li  Tchen-kouo,  bien  qu'il  n'ait 
pas  eu  l'intention  de  causer  la  mort  (de  Margary)  est  pourtant 
coupble  d'avoir  conseillé  la  résistance  à  l'entrée  des  étrangers. 

Les  sujets,  après  avoir  mûrement  délibéré,  ont  reconnu  qu'il 
était  dilljcile  de  laisser  Li  Tchen-kouo  arguer  de  sa  position 
oflicielle  et  de  sa  prétendue  ignorance  pour  pallier  sa  faute,  aussi 
croyent-ils  devoir  prier  S.  M.  de  dégrader  préalablement  Li 
Tchen-kouo,  Fou-kiang  honoraire*,  Tsan-kiang  ^  expectant, 
faisant  fonction  de  Tousse  h  Nan-tien,  d'ordonner  son  interro- 
|?aloire  ainsi  que  celui  de  Wou  R'i-Iiang,  sous-piéfet  dégradé, 


1.  Mandarin  militaire  de  3^  rang. 

2.  Mandarin  militaire  de  4°  rang. 


•yi  L*AIFAinK    M\Rt;ARY 

(V ordonner  la  comparution  à  jour  fixe  de  Tsiang  Tsoung-han, 
Tsoung-ping  *  dégrade.  De  l'interrogatoire  contradictoire  de  ces 
prévenus,  on  obtiendra  des  résultats  qui  ne  jwurront  pas  être 
mis  en  doute. 

Rapport  présenté  respectueusement  de  concert  avec  le  sujet 
Vice-Hoi  intérimaire  du  Yun-Nan  et  du  Kouei-tchéou.Ts*cn  Yii- 
\ing.  Les  sujets  prient  l'Empereur  et  les  deux  Impératrices  d'exa- 
miner ce  rapport  et  de  leur  donner  leurs  instructions'*. 


LI   HOUNG-TCHANG,    PLExMPOTENTlAlRE 

Le  28  juillet  1876,  un  décret  nommait  le  Grand  secré- 
taire Li  Houng-tchang,  Haut  Ministre  Plénipolentiaire,  et 
lui  ordonnait  de  se  rendre  sans  reUrd  à  Yên-tVi  (Tché-fou) 
pour  conférer  sur  toutes  les  affaires  en  discussion  avec  Wei 
T'o-ma  (Thomas  Wadc)  avec  pouvoir  d'agir  suivant  les 
circonstances.  Sir  Thomas  arriva  à  Tché-fou  le  10  août  et  Li, 
le  18  ;  les  deux  diplomates  eurent  ensemble  plusieurs  confé- 
rences ;  Tenlenlc  paraissait  suDisamment établie [)our  que  Li  of- 
frit un  grand  banquet  le  3o  août  auquel  assistaient  quatorze 
invités  :  Sir  Thomas  Wade  ;  M.  de  Butzov,  Ministre  de  Rus- 
sie ;  M.  von  Brandt,  Ministre  dWllemagne  ;  Tllon.  (ieo.  F. 
Scward,  Ministre  des  Etals-Unis;  M.  de  Espana,  Ministre 
d'Espagne  ;  le  Vicoriite  Brenicr  de  Monlmorand,  Ministre  de 
France  ;  le  Clicvalicr  de  Schacfer,  Ministre  d'Autriche- Hon- 
grie ;  le  Vice-Amiral  Ryder,  commandant  en  chef  les  forces 
navales  anglaises  en  Chine  ;  le  contre-amiral  Lambert,  com- 
mandant Tcscadrc  volante  anglaise  ;  M.  Otal,  secrétaire  de 
la  légation  d'Espagne;  \V.  F.  Mayers,  Premier  interprète 
de  la  légation  d'Vnglelerre  ;  Siu  K'ien-chèn,  ministre  de 
Chine  à  Londres;  Tong  King-sing  et  Tchan  Laï-soun,  in- 
terprètes. 


1.  Mandarin  militaire  de  2^  rang. 

2.  Pour  traduction  conforme:  Le  i®'*  interprète  p,  i.,  F.  Schf.r/kk. 


TOVST  DE  Ll  HOU.NG-TGHANG,  TCIIK-FOU,  3o  AOUT   1876  ^5 

A  la  lin  du  Banquet,  Tong  King-sing  lut  le  discours  sui- 
vant au  nom  du  Vice-Roi  : 

TOVST   DE    LI   IIOL'NG-TCHANG,    TCHÉ-FOL',    3o   AOUT    1876 

Je  dé>ire  maintenant  remercier  mes  h(Mes  de  l'iionnenr  et  du 
plaisir  qu'ils  m'ont  procurés  en  s'assemblant  pour  prendre  part 
à  ce  |>a livre  repas. 

J'ai  déjà  eu  le  plaisir  de  rencontrer  à  plusieurs  reprises  la  plu- 
part d<*s  hôtes  ici  présents,  mais  c'est  isolément  et  dans  des  en- 
droits dillérenls  que  je  les  ai  rencontrés;  le  plaisir  bien  plus 
'^raïul  de  les  voir  tous  réunis  à  la  fois  et  de  jouir  ]>erH]aiit  plu- 
sieurs heures  de  leur  agréable  compagnie,  sans  a\oir  à  subir  la 
contrainte  qu'imposent  les  affaires  publiques,  m'avait  été  refusé 
jusfju'à  ce  jour. 

Ici,  dans  ce  port  de  Yen-taï  (Tcbé-fou)  le  magnifKpie  aspect 
du  pays  charme  l'œil,  et  les  fraîches  brises  procurent  la  santé  au 
rorps.  Il  convient  donc  que  nos  esprits  soient  en  harmonie  avec 
les  beautés  de  la  nature  et  cultivent  l'amitié  et  la  sincérité,  ces 
deux  plus  nobles  traits  du  caractère  humain. 

Faisant  application  de  ce  même  principe  h  nos  devoirs  olli- 
ciels,  je  souhaite  que  les  Nations  ici  représentées  puissent  tou- 
jours vivre  en  paix  les  unes  avec  les  autres,  s'aîmant  comilie  des 
frères;  car  un  ancien  Sage  de  la  Chine  a  dit  :  «  Tous  ceux  qui 
vivent  dans  l'espace  borné  par  les  Quatre  Mers  sont  frères.  » 

C'est  dans  ce  sentiment  que  je  bois  à  la  santé  des  hôtes  illustres 
qui  m'ont  fait  l'honneur  de  s'asseoir  à  ma  table  en  ce  jour. 

Sir  T.  \V  ade  répondit  à  ce  toast  qui  fut  suivi  de  plusieurs 
autres  portés  par  les  divers  invités. 

Le  i*""  septembre,  Sir  Thomas  Wadc  rcmetlait  a  Li  une 
note  marquant  les  conditions  auxquelles  la  veille  dans  une 
conférence,  il  s'était  déclaré  prêt  à  traiter. 

Ces  laborieuses  négociations  furent  enfin  terminées  par  la 
signature  à  Tché-fou  d'une  Convention  le  i3  septembre 
1876. 


•76  i/affaire  margary 


CONVENTION    DE    TCHÉ-FOU  ',     l3    SEPTEMBRE    1876* 

Arrangement  intervenu  entre  Sir  Thomas  Wade,  K.  C.  B.^ 
Envoyé  extraordinaire  et  Ministre  Plénipotentiaire  de  Sa  Majesté 
Britannique  à  la  Cour  de  Chine,  et  Li,  Ministre  Plénipotentiaire  de 
Sa  Majesté  l Empereur  de  Chine,  premier  Grand  Secrétaire,  Gou- 
verneur-Général de  la  Province  de  Tché-li,  de  la  i^^  classe  du  S*" 
ordre  de  la  noblesse. 

La  négociation  entre  les  Ministres  sus-nommés  lire  son  ori- 
gine d'une  dépêche  reçue  au  printemps  de  Tannée  actuelle  par 
Sir  Thomas  Wade,  du  Comte  de  Derby,  principal  Secrétaire 
d'État  pour  les  AlFaires  étrangères,  en  date  du  i*"^  janvier  1876. 
Cette  dépêche  contenait  des  instructions  concernant  la  solution 
de  trois  questions  : 

1°  Un  arrangement  satisfaisant  de  ralTaire  du  Yun-Nan  ; 

2°  L'exécution  lidèle  des  engagements  de  l'année  dernière  au 
sujet  des  rap|X)rts  entre  les  Oflîciers  des  deux  Gouvernements  ; 

3°  L'adoption  d'un  système  uniforme  en  conformité  de  l'en- 
tente conclue  au  sujet  de  la  rectification  des  conditions  du  com- 
merce, au  mois  de  septembre  187;")  (8®  lune  de  la  i"  année  du 
règne  de  Kouang-Siu).  C'est  a  cette  dépêche  que  Sir  Thomas 
Wade  s'est  référé  dans  ses  discussions  sur  ces  questions  avec  le 
Tsoung-li  Yamen,  et  à  laquelle  il  est  considéré  superflu  de  se 
référer  ici. 

Skction  I 

Arrangement  au  sujet  de  Faffaire  du  Yun^an  conclu  entre  Sir 
Thomas  Wade  et  le  Grand  Secrétaire  Li,  etc. 

l.  —  Un  Mémoire  sera  présente  au  Trône  (il  est  indifTérenl 
qu'il  soit  présenté  soit  par  le  Tsoung-li  Yamen,  soit  par  le  Grand 
Secrétaire  Li),  dans  le  sens  du  mémorandum  préparé  par  Sir 

1.  Traduction. 

2.  China,  n^-  3  (1877).  Voir  p.  4i. 

—  China  y  n°  3  (1880).  —  Correspondence  respect ing  the  Agree- 
ment  between  the  Ministers  plenipotentiary  of  the  Governmeuts  of 
Great  Britain   and  China  signed  ai  Chefoo  on  seplember  i3,  1876 
(In  continuation  of  «  China,  n"  3  (1877)  »].  Présentée!...,    1880.  Ix)nd., 
in-fol.  [C.  —  3716.] 


CONVENTION  DE  TCHÉ-FOU,    l3   SEPTEMBRE    1876  77 

Thomas  Wade.  Avant  que  le  mémoire  ne  soit  présenté,  le  texte 
chinois  en  sera  montré  à  Sir  Thomas  Wade. 

II.  —  Le  Mémoire  ayant  été  présenté  au  Trône  et  le  décret 
impérial  >  répondant  ayant  été  reçu»  le  Tsoung-li  Yamen  com- 
muniquera à  Sir  Thomas  Wade  des  copies  du  mémoire  et  du 
décret  impérial,  ainsi  que  la  copie  d'une  lettre  du  Tsoung-li 
\amen  aux  Gouvernements  provinciaux,  leur  enjoignant  de  lan- 
cer une  proclamation  qui  contiendra  au  long  le  mémoire  et  le 
décret  susmentionnés.  L'ohjet  de  la  réponse  de  Sir  Thomas 
Wade  sera  alors  que  pendant  deux  ans  à  venir,  le  Ministre  an- 
glais enverra  des  Ofïiciers  en  différents  endroits  des  provinces 
|X)ur  veiller  à  ce  que  la  proclamation  soit  afTichée.  Sur  la  demande 
du  Ministre  anglais  ou  du  Consul  d'un  [)ort  quelconque  au(piol 
il  aura  donné  Tinslruction  d'en  faire  la  demande,  les  (irands 
Olïîciers  des  Provinces  députeront  des  Officiers  compétents  pour 
accompagner  aux  endroits  qu'ils  auront  à  surveiller  ceux  (pii  au- 
ront été  ainsi  envoyés. 

III.  —  Dans  le  but  de  servir  de  base  à  telles  réglementations 
qui  seront  nécessaires  pour  le  commerce  de  frontière  entre  la 
Birmanie  et  le  Yun-\an,  le  mémoire  soumettant  l'arrangement 
projeté  de  l'aflaire  du  Yun-Nan  contiendra  la  requête  (pi'un  dé- 
cret inip(*rial  soit  rendu  enjoignant  le  Gouverneur  Général  et  le 
(louverneur  de  choisir  un  Officier  compétent  de  rang  élevé  pour 
conférer  avec  les  Officiers  que  le  Gouvernement  Anglais  enverra 
dans  le  Yun-Nan  et  conclure  avec  eux  un  arrangement  satisfai- 
sant. 

IV.  —  Le  Gouvernement  anglais  sera  libre  pendant  cinq  ans,  à 
prlir  du  premier  janvier  prochain  (étant  le  17*  jour  de  la  11® 
lune  de  la  3*  année  du  régne  de  Kouang-Siu)  de  stationner  des 
OUiciers  à  Ta-Ii  fou  ou  à  quelque  autre  endroit  convenable  dans 
le  ^  un-Nan,  pour  observer  les  conditions  du  commerce,  à  telle  fin 
qu'ils  puissent  avoir  les  informations  nécessaires  pour  baser  les 
n'iîleuienls  de  commerce,  quand  ceux-ci  auront  à  ôlrc  discutés. 
Pour  ce  qui  regardera  l'investigation  et  l'arrangement  de  toute 
affaire  ayant  trait  aux  Officiers  ou  sujets  Anglais,  ces  Officiers 
stTout  libres  de  s'adresser  aux  autorités  de  la  Province. 

L'ouverture  du  Commerce  pourra  être  proposée  par  le  Gou- 
>crnement  Anglais  comme  il  le  jugera  à  propos,  à  une  époque 
quelconque  dans  le  laps  de  cinq  ans  ou  à  l'expiration  du  terme 
de  cinq  ans. 

Des  passeports  ayant  été  obtenus  l'année  dernière  pour  une 


78  L*AFFAI!IE    MARGARY 

mission  de  l'Inde  dans  le  Yun-Nan.  le  Vice-Roi  de  l'Inde  est 
libre  d'envoyer  celle  mission  lorsqu'il  le  jugera  h  propos. 

V.  —  !^e  montant  de  l'indemnité  à  payer  pour  le  comple  des 
familles  et  autres  [personnes  tuées  dans  le  Yun-Nan  ;  pour  le 
comple  des  dépenses  que  l'alTaire  du  Yun-Nan  a  occasionnées  ; 
et  pour  le  compte  des  réclamations  des  marcliands  anglais  pro- 
venant du  fait  des  Officiers  du  Gouvernement  Chinois,  jusqu'au 
commencement  de  l'année  présente  a  été  fixée  par  Sir  Thomas 
Wade,  qui  a  pris  sur  lui  cet  acle,  à  la  somme  de  deux  cent  mille 
taels  payables  sur  demande. 

\  I.  —  Quand  l'affaire  ;»era  terminée,  une  lettre  impériale  sera 
écrite  exprimant  des  regrets  pour  ce  qui  s'est  passé  dans  le  Yun- 
Nan. 

La  mission  portant  la  lettre  impériale  se  rendra  immédiate- 
ment en  Angleterre.  Sir  Thomas  Wade  sera  informé  de  la  com- 
position de  cette  mission  pour  l'instruction  de  son  Gouvernement. 
Le  lexte  de  la  lellre  impériale  sera  aussi  conununiqué  par  le 
Tsoung-li  Yamen  à  Sir  Thomas  Wade. 

Section  II 

Rela  lions  Officie  lies . 

Sous  ce  titre  sont  comprises  les  conditions  des  relations  enlrc 
les  Grands  Officiers  dans  la  Capitale  et  les  Provinces,  et  entre  les 
Officiers  consulaires  et  les  enqiloyés  officiels  chinois  dans  les 
ports  ;  aussi  la  conduite  de  la  procédure  judiciaire  dans  les  cas 
mixtes. 

I.  —  Dans  le  mémoire  du  Tsoung-li  Yamen  du  28  septembre 
1876,  le  Prince  Koung  et  les  ministres  constatèrent  que  leur 
but  en  le  présentant  n'avait  pas  été  simplement  les  transactions 
commerciales;  les  missions  à  l'Etranger  et  la  question  des  rela- 
tions diplomatiques  se  trouvaient  aussi  contenues  dans  leur 
requête. 

Pour  prévenir  des  malentendus  ultérieurs  au  sujet  des  rela- 
tions et  de  la  correspondance,  l'état  actuel  des  unes  et  de  l'autre 
ayant  donné  sujet  de  plainte  dans  la  capitale  et  dans  les  pro- 
vinces, il  est  convenu  que  le  Tsoung-li  Yamen  adressera  une 
circulaire  aux  Légations  invitant  les  Ueprésentants  étrangers  à 
étudier  avec  lui  notre  code  d'étiquette;  afin  que  les  employés 
officiels  étrangers  en  Chine,  soit  dans  les  ports,  soit  ailleurs, 
soient  traités  avec  la  même  considération  qui  leur  est  montrée 


CONVENTION   DE  TCHÉ-FOU,    l3  SEPTEMBRE   1876  79 

lorsqu'ils  servent  dans  d'autres  pays,  et  qui  serait  montrée  aux 
Agents  de  la  Chine  servant  ainsi  dans  les  pays  étrangers. 

Le  fait  que  la  Chine  est  sur  le  point  d'établir  des  missions  et 
des  consulats  dans  les  pays  étrangers  rend  essentielle  une  entente 
sur  ces  points. 

II.  —  Le  Traité  anglais  de  i858»  art.  X\L  établit  que  les 
sujets  chinois  «  qui  se  rendraient  coupables  de  quelqu'acte  cri- 
«  minel  envers  des  sujets  anglais  seront  arrêtés  et  punis  par  les 
«  autorités  chinoises  conformément  aux  lois  de  la  Chine.  » 

«  Lt*s  sujets  anglais  qui  commettraient  quelque  crime  en 
«  Chine  seraient  jugés  et  punis  par  le  Consul,  ou  tout  autre  fonc- 
«  tionnaire  public  autorisé,  conformément  aux  lois  de  la  (îrande- 
c  Bretagne.  » 

«  La  justice  sera  administrée  équilablement  et  imparliale- 
«  ment  des  deux  côtés.   » 

ï^s  mots  «  fonctionnaires  autorisés  »  sont  traduits  dans  le 
texte  chinois  par  «  Gouvernement  anglais  » . 

Afin  de  remplir  les  obligations  que  lui  impose  son  Traité,  le 
^iouvernement  Anglais  a  établi  une  Cour  Suprême  h  Chang-Ilaï 
avec  un  code  spécial  de  règlements,  qu'il  est  maintenant  sur  le 
pint  de  réviser;  le  Gouvernement  Chinois  a  établi  à  Chang- 
Ilaï  une  Cour  mixte,  mais  l'Officier  qui  la  préside,  soit  manque 
de  puissance,  soit  crainte  d'impopularité,  manque  constamment 
d'enforcer  ses  décisions.  Il  est  maintenant  entendu  que  le  Tsouni;- 
li  \amen  écrira  une  circulaire  aux  représentants  étrangers,  im- 
médiatement pour  étudier  avec  le  Tsoung-li  Yamen  les  mesures 
nécessaires  pour  assurer  une  administration  plus  efficace  de  la 
jnslice  dans  les  ports  ouverts  au  commerce. 

III.  —  Il  est  convenu  que  toutes  les  fois  qu'un  crime  sera 
commis,  attaquant  la  personne  ou  la  propriété  d'un  sujet  anglais, 
soit  dans  l'Intérieur,  soit  dans  les  ports  ouverts,  le  Ministre  an- 
glais sera  libre  d'envoyer  des  Officiers  sur  les  lieux,  pour  être 
présents  à  l'enquête. 

Afin  de  prévenir  un  malentendu  sur  ce  |ioint.  Sir  Thomas 
Hade  écrira  une  note  à  l'etTet  ci-dessus,  note  h  laquelle  le 
Tsoimg-li  Yamen  répondra  en  affirmant  que  ceci  est  la  marche 
à  suivre  dans  l'avenir. 

Il  est  en  outre  convenu  que  tant  que  les  lois  des  deux  pays 
différeront,  il  ne  pourra  exister  qu'un  principe  pour  guider  les 
procédures  judiciaires  dans  les  cas  mixtes  en  Chine,  savoir  :  que 
le  cas  est  jugé   par   l'Officier  de  la    nationalité   du   défendant; 


8o  l'affaire  margary 

l'Officier  de  la  nationalité  du  plaignant  assistant  simplement 
pour  surveiller  la  procédure  dans  l'intérêt  de  la  justice. 

Si  rOfficier  assistant  ainsi  est  mécontent  de  la  manière  d'agir, 
il  sera  en  son  pouvoir  de  protester  en  détail.  La  loi  administrée 
sera  la  loi  de  l'Officier  jugeant  le  cas.  Ceci  est  le  sens  des  mois 
Houei  Cing  indiquant  une  action  combinée  dans  la  procédure  judi- 
ciaire, dans  l'art.  XVI  du  Traité  de  Tien-Tsin.  et  ceci  est  la  lisne 
qui  doit  être  suivie  respectivement  par  les  Officiers  de  l'une  ou 
de  l'autre  nationalité. 

Section  III 

Commerce. 

I.  —  Par  rapport  à  l'étendue  en  dedans  de  laquelle  confor- 
mément aux  traités  en  vigueur,  le  Li  Kin  ne  doit  pas  être  perçu, 
dans  les  ports  ouverts,  sur  les  marchandises  étrangères.  Sir  Tho- 
mas Wade  consent  à  engager  son  Gouvernement  à  permettre 
que  le  terrain  loué  par  les  étrangers  (appelé  concession)  dans  les 
différents  ports,  soit  regardé  comme  la  zone  exemple  de  Li  Kin 
et,  en  conséquence,  le  Gouvernement  chinois  permettra  que 
I-tchang*,  dans  la  province  du  Hou-Pé,  Wou-lïou  ^,  dans  le 
Ngan-Houei,  Wen-Tchéou  ^,  dans  le  Tché  Riang  et  Pé-Haï  (Pak- 
Hoï)  *,  dans  le  Rouang-Toung,  soient  ajoutés  au  nombre  des 
ports  ouverts  au  commerce,  et  deviennent  des  postes  consulaires. 
Le  Gouvernement  anglais  sera  en  oulre  libre  d'envover  des  OlFi- 
ciers  résider  à  Tchoung-Ring  pour  surveiller  l'état  du  com- 
merce anglais  dans  le  Se-tch'ouen.  Les  négociants  anglais  ne 
seront  pas  autorisés  à  résider  à  Tchoung-Ring,  ou  d'y  ouvrir  des 
établissements  ou  des  entrepots,  tant  que  des  navires  à  vapeur 
n'auront  jjas  accès  à  ce  port.  Quand  des  navires  à  vapeur  auront 
réussi  à  remonter  la  rivière  jusqu'à  ce  point,  des  arrangements 
ultérieurs  pourront  être  pris  en  considération. 

Il  est  en  outre  proposé,  comme  mesure  de  compromis,  que, 
à  certains  points  sur  la  rive  de  la  grande  Ui>ière,  notamment 
Ta  Toung  et  Ngan-Ring,  dans  la  province  de  ^gan-Houei,  Ho- 

I.   A  clé  ouvert  le  i"  avril  1877. 

3.  Wou-Uou,  sur  le  Yanp:-lseu,  entre  Rieou-Kiang  et  Tchcn-Riang; 
ouvert  le  i*""  avril  1877. 

3.  Sur  la  rive  droite  du  Ou-Riang;  ouvert  en  avril  1877. 

4.  Sur  le  golfe  du  Tong-Ring  ;  ouvert  en  avril  1877. 


C0NVE^N10X  DE  TCIIÉ-FOU,    l3  SEPTRMBRE    1876  81 

Réou,  dans  le  Kiang-Si,  Wou  sué,  Lou  Ki  k*eou  et  Cha-Si,  dans 
le  Hou  Kouang  (ces  endroits  étant  des  lieux  de  commerce  dans 
l'intérieur,  dans  lesquels  les  négociants  étrangers  ne  sont  pas 
légalement  autorisés  à  débarquer  ou  à  embarquer  des  marcban- 
dises,  parce  que  ce  ne  sont  pas  des  ports  ouverts),  il  sera  permis 
aux  navires  à  vapeur  de  relâcher  pour  débarquer  ou  embarquer 
des  passagers  ou  des  marchandises  ;  mais  dans  tous  les  cas,  par  le 
moyen  de  navires  indigènes  seulement,  et  soumis  aux  règle- 
ments en  vigueur  qui  régissent  le  commerce  indigène. 

Les  produits  accompagnés  d'un  certificat  de  demi-taxe  pour- 
ront être  embarqués  à  ces  endroits  par  les  navires  à  vapeur,  mais 
ne  pourront  pas  être  débarqués  par  eux  pour  être  vendus. 

Et,  sur  tous  ces  points,  excepté  dans  le  cas  d'importations  ac- 
compagnées par  un  certificat  de  droit  de  transit,  ou  d'exporta- 
tions munies  de  certificats  semblables,  qui  seront  individuelle- 
ment passes  en  franchise  de  Li-Kin  sur  présentation  de  tels 
certificats,  le  Li-Kin  sera  dûment  perçu  sur  les  marchandises 
quelles  qu'elles  soient  par  les  autorités  indigènes.  Les  négociants 
étrangers  ne  seront  pas  autorisés  à  résider  ou  à  ouvrir  des  mai- 
sons de  commerce  ou  des  entrepôts  sur  les  points  énumérés 
comme  ports  de  relâche. 

U.  —  Dans  tous  les  ports  ouverts  au  commerce  en  vertu  d'un 
accord  antérieur  ou  postérieur,  où  la  zone  de  colonisation  n'a 
pas  été  préalablement  déterminée,  ce  sera  le  devoir  du  Consul 
anglais,  agissant  de  concert  avec  ses  collègues  les  Consuls  des 
autres  puissances,  d'arriver  avec  les  autorités  locales  à  une  en- 
tente sur  la  délimitation  de  la  zone  de  la  colonisation  étrangère. 

III.  —  Pour  la  question  de  l'opium.  Sir  Thomas  Wade  en- 
gagera son  gouvernement  à  sanctionner  un  arrangement  diffé- 
rent de  celui  qui  atteint  les  autres  importations.  Les  négociants 
anglais,  lorsque  l'opium  sera  apporté  dans  le  port,  seront  obligés 
d'en  faire  faire  la  reconnaissance  par  les  douanes,  et  de  le  déposer 
en  entrepôt,  soit  dans  un  magasin,  soit  dans  un  ponton,  jusqu'au 
moment  où  l'on  pourra  le  vendre.  Les  importateurs  paieront 
alors  les  droits  de  douane,  et  les  acheteurs  paieront  le  Li-Kin, 
afin  d'empêcher  que  les  droits  ne  soient  éludés.  Le  montant  du 
Li-Kin  à  percevoir  sera  décidé  par  les  différents  gouvernements 
provinciaux  et  conformément  à  la  position  de  chacun  d'eux. 

IV.  —  Le  Gouvernement  Chinois  consent  à  ce  que  les  certi- 
ficats de  droit  de  transit  soient  basés  sur  une  seule  règle  pour 
tous  le&  ports,  sans  qu'aucune  modification  ne  soit  apportée  aux 

GORDIEH.  II  —  6 


84  l'affaire  margary 

Cependant  malgré  les  critiques  dont  elle  a  été  l'objet,  on  ne 
saurait  nier  l'iraporlance  de  la  Convention  de  Tché-fou  ;  elle 
est,  on  peut  dire,  la  troisième  étape  de  rHistoire  des  rela- 
y  tions  de  l'Europe  avec  la  Chine  dans  les  temps  modernes  : 
la  première  marquée  par  le  traité  de  Nan-King  en  1842,  la 
seconde  parles  traités  de  Tien-tsin  de  i858  et  les  conven- 
tions de  Pé-King  de  1860.  En  dehors  des  réparations  exigées 
pour  l'affaire  même  du  \un-Nan,  les  ports  de  I-tch'ang, 
Wou-llou,  \\  en-tchéou  et  Pakhoï  étaient  ouverts  au  com- 
merce et  les  Anglais  avaient  le  droit  de  placer  des  fonction- 
naires à  Tchoung-King,  point  avancé  du  Haut  Yang-tseu  ; 
de  nouveaux  avantages  commerciaux  et  autres  étaient  concé- 
dés; mais  ce  qui,  à  mon  point  de  vue,  fait  le  principal  in- 
térêt de  la  convention,  c'est  l'établissement  d'agents  diplo- 
matiques chinois  dans  les  pays  étrangers.  Les  résultats  obte- 
nus par  rinstallation  des  légations  européennes  à  Pé-King, 
à  la  suite  de  la  guerre  de  1860,  se  trouvaient  complétés  par 
la  création  de  postes  chinois  hors  du  territoire  du  Céleste 
Empire. 


RAPPORT   DE   LI-HOUNG-TCHANG  * 

Le  sujet,  Li  Houng-tchang,  haut  Dignitaire,  Envoyé  Extraor- 
dinaire, Membre  du  Grand  Conseil.  ^  ice-Koi  du  ïché-li.  Comte 
de  !'■''  classe,  présente  à  genoux  un  rapport  au  Trône,  sur  Iccjuel 
il  prie  l'Empereur  de  vouloir  bien  faire  connaître  sa  décision. 
Dans  la  6®  lune  de  la  1 3*  année  du  règne  T'oung-Tchc  (juillet 
1874),  le  Ministre  d'Angleterre  en  Chine  annonce  l'envoi  de 
l'interprète  Margary  à  la  rencontre  de  la  Commission  envoyée  par 
(le  Gouverneur  de)  l'Inde  au  Yun-Nan  par  la  voie  de  Birmanie, 
il  demande  (pour  ce  dernier)  après  en  avoir  conféré  avec  le 
Tsoung-li  Yamen,  un  passcjx)rt  régulier  muni  des  sceaux  voulus 
et  l'envoi  d'instructions  à  chaque  province  située  sur  son  parcours 
ainsi  qu'au  Vice-Roi  et  au  Gouverneur  du  Yun-Nan.  Peu  après, 

I .   Ga zelte  (manuscrite)  de  Pé-King  (traduction),  1  a  septembre  1 876 . 


RAPPORT    DE    LI    HOUNG-TCHANG  85 

le  Ministre  d'Angleterre  annonça  que  dans  la  i"*  lune  (janvier 
1875),  rinlerprèle  Margary  était  arrive  après  un  long  voyage  à 
Pin  Sin,  en  Birmanie,  où  il  avait  rencontré  le  colonel  Browne 
et  autres  commissaires  envoyés  par  (le  gouverneur  de)  l'Inde, 
qu'il  allait  revenir  sur  ses  pas  et  rentrer  dans  le  Yun-Nan. 

Le  17  de  la  i"  lune  de  la  i*"*  année  du  règne  de  Kouang-Siu, 
M.  Margary  passait  àMen-Yunn,  sous  la  juridiction  de  Teng-Yué 
Ting,  y  fut  massacré.  Le  i8  de  cette  lune,  le  Colonel  Browne  et 
autres  furent  attaqués  et  arrêtés  (dans  leur  marche).  —  Dans  la 
5*  lune,  l'Empereur  envoya  le  sujet  Li  Han-lchang.  du  IIou- 
Kouang,  en  commission  extraordinaire  au  Yun-Nan  pour  y  faire 
une  enquête  et  régler  l'affaire  (Margary),  de  concert  avec  Tex 
Vice-Président  du  Ministère,  Sié-Houan.  —  En  même  temps,  le 
Ministre  d'Angleterre  désigna  et  envoya  M.  Grosvenor  (secrétaire 
de  Légation)  et  autres  pour  assister  au  jugement. 

Dans  la  3*  lune  de  la  i*"*"  année  du  règne  de  Kouang  Siu,  Li 
Han-tchang  et  autres,  après  avoir  terminé  leur  enquête,  répon- 
dirent par  un  rapport  au  Trône  dans  lequel  il  était  dit  : 

L'Interprète  Margary  a  été  massacré  pour  avoir  refusé  de  céder 
aux  exigences  des  brigands  qui  voulaient  le  rançonner.  Quant 
aux  divers  fonctionnaires  qui  accompagnaient  M.  Margary,  s'ils 
furent  arrêtés  dans  leur  marche,  ce  fut  à  l'instigation  du  capitaine 
actuellement  dégradé.  Li  Tchen-kouo. 

Cette  affaire  intéressant  les  relations  de  la  Chine  avec  les  étran- 
«rers,  il  est  délicat  d'apprécier  le  degré  de  gravité  de  son  crime. 
Aussi  avons-nous  prié  l'Empereur  de  donner  l'ordre  au  ïsoung- 
U  Yamen  de  se  mettre  d'accord  avec  le"  Ministre  de  la  Justice  et 
de  répondre  par  un  rapport  sur  ce  point. 

Nous  avons  reçu  l'ordre  suivant  :  Qu'il  soit  fait  comme  vous  le 
proposez. 

Le  Tsoung-li  Yamen  fit  faire  respectueusement  copie  des 
dépèches  du  Ministre  d'Angleterre,  des  rapports  de  Li  Ilan- 
tchang  et  autres  et  des  différents  interrogatoires  et  lettres  ;  ces 
copies  furent  communiquées  (au  Ministre  de  la  Justice)  jx)ur  son 
information.  Les  interrogatoires  de  Li  Tchen-kouo  et  des  autres 
coupables  pouvant  servir  de  preuves,  il  était  nécessaire  d'appré- 
cier avec  discernement  le  degré  de  gravité  du  crime  de  chacun  et 
d'appliquer  la  loi  chinoise  ;  —  mais  ayant  reçu  une  note  du  Ministre 
d'Angleterre  ainsi  conçue  :  Considérant  que  l'enquête  faite  par  le 
Secrétaire  est  d'accord  sur  tous  les  points  avec  l'instruction  et  les 
interrogatoires  faits  par  le  sujet  Vice-Roi  du  Ilou-Kouang,  Li 


86  l'affaire  margary 

Han-tcbang,  qui  désignent  Li  Tchen-kouo  et  autres  comme  les 
principaux  coupables  et  qui,  suivant  les  lois  chinoises,  offrent  des 
preuves  différentes  pour  établir  leur  culpabilité  ;  —  considérant 
que  l'interprétation  des  lois  anglaises  ne  permettant  pas  de  dire 
qu'on  est  arrivé  à  une  certitude  complète  (au  sujet  des  coupables)  ; 
attendu  que  si  l'on  punit  le  coupable  dont  il  a  été  parlé  plus 
haut,  l'Angleterre  ne  peut  pas  se  considérer  satisfaite  et  est  fondée 
à  craindre  qu'une  arrière-pensée  puisse  subsister  dans  l'esprit  des 
populations  ;  —  attendu  que  ce  sont  des  fonctionnaires  anglais 
qui  ont  été  massacrés  ou  arrêtés  ;  —  attendu  que  les  États  euro- 
péens ont  le  respect  du  droit,  que  plutôt  que  de  récriminer  sur 
des  faits  passés,  il  est  préférable  d'assurer  l'avenir  (en  en  empê- 
chant le  retour)  et  je  demande  l'amnistie  pour  chacun  des  cou- 
pables compromis  dans  Taffaire  (du  meurtre  de  M.  Margary)  ;  — 
Moi,  sujet,  conformément  aux  ordres  de  S.  M.,  je  me  suis  rendu 
à  Tché-fou  pour  y  Irai  ter  avec  le  Mmistre  d'Angleterre.  Les  lois 
criminelles  de  la  Chine  et  des  nations  occidentales  étant  diffé- 
rentes, ainsi  que  les  manières  de  procéder,  il  faut  Jonc,  dans  le 
cas  actuel,  arriver  à  régler  cette  affaire  en  employant  des  moyens 
exceptionnels. 

A  l'exception  du  Général  p.  i.  de  Teng  Yué,  Tsang  ïsoung* 
han,  et  du  sous-préfet  de  Teng  Yué.  VVou  K'i-liang,  qui  ont  été 
dégradés  et  dont  il  n'est  plus  nécessaire  de  parler,  le  capitaine  Li 
Tchen-kouo  qui  est  déjà  dégradé  et  les  assassins  Eur  Tong.  Oua 
La-t'ou,  etc.,  etc.,  au  nombre  de  ii,  pourront-ils  devoir  à  la 
clémence  impériale  et  à  sa  miséricorde  exct^ptionnce  la  .  mise 
du  châtiment  du  à  leurs  crimes  et  pourront-ils,  conformément 
au  désir  de  l'Envoyé  d'Angleterre,  être  amnistiés  ?  —  Je  prie  Sa 
Majesté  de  prendre  une  décision  sur  cette  question. 

Je  considère  que  l'interprète  Margary,  qui  avait  une  mission 
d'un  Empire  ami,  ayant  été  massacré,  alors  qu'il  portait  le  pas- 
seport qui  lui  avait  été  délivré  ;  —  que  les  fonctionnaires  qui 
l'accompagnaient  ayant  été  altaqu/s  et  arrêtés  (dans  leur  marche)  ; 
—  que  tous  ces  faits  ont  pu  altérer  les  rapports  des  deux  Empares 
et  que  la  Cour,  en  apprenant  la  mort  de  Margary,  a  dii  en  éprou- 
ver le  plus  grand  regret  ;  —  aussi,  je  prie  S.  M.  de  le  faire  savoir 
à  tous.  Chinois  et  Etrangers,  afm  de  dissiper  les  doutes  qui  peu- 
vent exister.  La  Chine  et  les  Ëtats  étrangers  qui  depuis  longtemps 
ont  échangé  des  traités  doivent  tous,  chacun  de  son  côté,  les 
mettre  à  exécution. 

Dans  la  g*  lune  de  la  i^*  année  du  règne  Kouang-Siu,  le 


RAPPORT    DE   LI    HOUNG-TCHANG  87 

Tsoung-lî  Yamen  ^  adressé  un  rapport  au  Trône,  expliquant  les 
articles  des  Traités  relatifs  aux  Étrangers  circulant  dans  l'intérieur 
de  la  Chine,  enjoignant  à  chaque  fonctionnaire  de  chaque  pro- 
vince d'étudier  avec  soin  Tesprit  des  traités  et  de  s'y  conformer 
a\ec  discernement.  11  est  de  mon  devoir  de  prier  Sa  Majesté  de 
donner  l'ordre  aux  Vice-Hois  et  Gouverneurs  d'obéir  respec- 
tueusement au  décret  du  1 1  de  la  9*  lune  de  l'année  dernière, 
d'envoyer  les  ordres  les  plus  sévères  aux  Officiers  sous  leur  juri- 
diction, de  se  préoccuper  de  satisfaire  le  désir  qu'a  le  gouverne- 
ment chinois  d'entretenir  la  concorde  avec  les  Étrangers.  —  A 
l'avenir,  les  autorités  devront  se  conformer  aux  stipulations  des 
Traités  dans  leur  conduite  vis-à-vis  des  Etrangers  munis  de  pas- 
seports et  circulant  dans  l'intérieur  et  ils  devront  leur  assurer  une 
protection  efficace.  Si  jamais,  au  mépris  des  traités,  un  étranger 
venait  à  être  victime  d'injures,  de  sévices,  ou  d'un  meurtre,  les 
Officiers  supérieurs  de  la  province  devront  faire  l'instruction.  En 
outre,  une  proclamation  sera  affichée  dans  chaque  préfecture, 
sous-préfecture,  canton,  afin  d'instruire  les  individus  et  leurs 
familles,  et  leur  faire  comprendre  les  rapports  d'amitié  (de  la 
Chine  et  de  l'Étranger),  de  façon  qu'à  Tavenir  il  ne  puisse  plus 
surgir  une  cause  de  désordre.  —  Si  S.  M.  voulait  bien  m'ap- 
prouver,  le  Tsoung-li  Yamen  ferait  une  proclamation  qui  serait 
envovée  dans  toutes  les  provinces  et  au  contenu  de  laquelle  tous 
devraient  conformer  leur  conduite.  Je  prie  les  Impératrices  et 
l'Empereur  de  décider  si  les  difrércnts  détails  de  la  solution  de 
l'aflaire  Margary  sont  ou  non  satisfaisants. 

Que  S.  M.  daigne  me  faire  connaître  sa  décision,  je  m'y  con- 
formerai. 

Rapport  présenté  respectueusement.  Reçu  un  décct  impérial. 
Déjà  copié  (dans  la  Gazelle) . 


Li  lloung-tchang  présente  un  placet  au  Trône  :  Lo  Tsoung-li 
Yamen  avait  déjà,  dans  la  9"  lune  de  l'année  dernière,  écrit  au 
Ministre  d'Angleterre  que  la  Ciiine  avait  envoyé  au  Yun-Nan  des 
fonctionnaires  pour  y  étudier  les  questions  relatives  au  commerce 
par  la  frontière  du  Yun-Nan  ;  mais  que  l'Angleterre  dorait  éga- 
lement envoyer  des  officiers  |>our  v  faire  de  concert  (avec  les 
commissaires  chinois)  une  enquête  et  après  elrc  tombés  d'accord 
élaborer  les  règlements.  Ceci  se  trouve  conloiui  dans  les  8  articles 
convenus  à  Pé-King  dans  la  5''  lune  de  celte  amiée. 


88 


L  AFFAIRE    MARGART 


Le  rioment  est  venu  de  mettre  à  exécution  l'article  concernant 
le  commerce  sur  la  frontière  du  Yun-Nan.  On  augmentera  ainsi 
la  confiance  ;  et  l'aflaire  du  Yun-Nan  se  trouve  avoir  une 
solution  satisfaisante.  Je  supplie  TEmpcreur  de  faire  sentir  sa 
bonté  céleste  en  envoyant  Tordre  aux  Yice-Roi  et  Gouverneur 
du  Yun-Nan  d'attendre  l'arrivée  des  Commissaires  anglais  pour 
choisir  des  fonctionnaires  expérimentés  d'un  rang  élevé.  Ces 
derniers  se  rendront  sur  la  frontière  pour  y  faire  de  concert  (avec 
les  commissaires  anglais)  une  enquête  et  y  étudier  (les  conditions 
du  commerce).  Les  règlements  qui  après  discussion  seront  arrê- 
tés, feront  en  temps  et  lieu  l'objet  d'un  rapport  au  Trône  et  mis 
à  exécution.  —  Je  prie  l'Empereur  de  vouloir  bien  examiner  le 
placet  présenté  respectueusement. 

Rapport  respectueux. 

Reçu  l'ordre  respectueux  (qui ,  déjà  a  été  copié)  (dans  la 
Gazette)  *. 

Ces  documents  sont  communiqués  aux  ministres  étran- 
gers : 

1 

Le  Prince  Koung,  Président  du  Tsoung-li  Yamen,  à  M.  le  vicomte 

de  MoNTMORAND,  Ministre  de  France. 

Communication  officielle 

Pé-King.  le  36  septembre  1876. 

Le  16  septembre  de  celle  année,  le  Vice-Roi  de  ïché-li.  Mi- 
nistre Plénipotentiaire  de  S.  M.,  adressa  un  rapport  au  Trône 
sur  la  solution  de  l'afTairedu  Yun-Nan  et  présenla  aussi  au  Trône 
les  articles  composant  l'accord  intervenu  entre  S.  Exe.  sir  Tho- 
mas Wade  et  lui.  Je  reçus  l'ordre  impérial  suivant  : 

«  Qu'il  soit  fait  ainsi  qu'il  a  été  convenu.  » 

Le  Tsoung-li  Yamen  vous  a  déjà  adressé  à  ce  sujet  des  com- 
munications contenant  la  copie  des  Décrels  impériaux,  il  vous  a 
aussi  communiqué  dans  une  lettre  le  texte  des  articles  de  l'accord 
(de  Li  Houng-tchang). 

I.   Pour  traduction  conforme:  Signé:  F,  Sciiehzer, 


COMMUNICATION    OFFICIELLE  89 

Un  des  articles  dit  : 

(Suit  la  reproduction  du  paragraphe  i  de  l'article  II  de  Tac- 
cord  de  sir  Thomas  Wade). 

Cet  article  démontre  la  sincérité  du  désir  qu'a  Sa  Majesté  d^ 
voir  s'entretenir  les  sentiments  d'amitié  (qui  unissent  la  Chine 
et  l'Étranger).  Aussi  faut-il  étudier  les  conditions  dans  lesquelles 
on  pourrait  s'entendre  pour  discuter  et  fixer  (les  hases  d'un  code) 
qui  fera  ressortir  les  liens  de  sympathie  qui  unissent  la  Chine  et 
l'Étranger. 

J'ai  cru  devoir  envoyer  à  Votre  Excellence  et  à  ses  collègues 
copie  de  cet  article  afin  que  vous  puissiez  vous  entendre  à  ce 
sujet. 

Quand  vous  vous  serez  concertés  (sur  l'adoption  d'un  code 
d'étiquette)  je  vous  prierai  de  me  le  faire  savoir  afin  que  nous 
puissions  le  discuter  dans  des  conférences  générales. 

Recevez,  etc.,  etc. 

(Le  sceau  du  Tsoung-li  Yamen.)* 


II 


Le  Prince  Koung,  Président  du  Tsoung-li  Yamen,  à  M,  le  vicomte 
Bre:«ier  de  Montmorand,  Ministre  de  France. 

COMMUNICATION  OFFICIELLE 

Pé-King,  le  26  septembre  1876. 

Le  16  septembre  de  cette  année,  le  Vice-Roi  du  Tché-li.  Mi- 
nistre plénipotentiaire  de  S.  M.,  adressa  un  rapport  au  Trône 
sur  la  solution  de  raffaire  du  Yun-Nan  :  il  présenta  aussi  au  Trône 
les  articles  composant  l'accord  intervenu  entre  S.  Exe.  sir  Tho- 
mas Wade  et  lui. 

Je  reçus  de  S.  M.  l'ordre  suivant  : 

«  Qu'il  soit  fait  ainsi  qu'il  a  été  convenu.  » 

Le  Tsoung-li  Yamen  vous  a  déjà  adressé  à  ce  sujet  des  com- 
munications contenant  la  copie  des  Décrets  impériaux,  et  il  vous 
a  aussi  communiqué  dans  une  lettre  le  texte  des  articles  de  l'accord 
(de  Li  Houng-tchang). 

I.    Pour  traduction  conforme:  Signe:  F.  Schehzeb. 


go  L  AFFAIRE    MARGARY 

Un  de  ces  articles  dit  : 

(Suit  la  reproduction  des  paragraphes  a  et  3  de  Tarticle  II  de 
l'accord  de  sir  Thomas  Wade). 

•  Outre  la  dépêche  que  j'ai  écrite  à  sir  Thomas  Wade,  confor- 
mément au  texte  de  cet  article  ainsi  conçu  :  <r  II  est  maintenant 
entendu  que  le  Tsoung-li  Yamen  adressera  sans  délai  une  cir- 
culaire aux  Représentants  Étrangers  pour  assurer  une  adminis- 
tration plus  efficace  de  la  justice  dans  les  ports  ouverts  au  com- 
merce »,  je  viens  vous  demander  s'il  vous  est  possible  ou  non 
d'adopter  un  règlement  uniforme  qui  serait  appliqué  à  l'avenir 
dans  la  conduite  des  procès  entre  Étrangers  et  Chinois.  Je  crois 
devoir  prier  Votre  Excellence  de  vouloir  bien  s'entendre  au 
préalable  à  ce  sujet  avec  ses  collègues  ;  je  vous  prie  de  me  faire 
savoir  quand  vous  serez  tombés  d'accord  sur  un  règlement  satis- 
faisant afin  que  nous  puissions  le  discuter  dans  des  conférences 
générales. 

Recevez,  etc.,  etc. 

(Le  sceau  du  Tsoung-li  Yamen.)  ^ 


III 


Le  Prince  Koung,  Président  du  Tsoung-li  Yamen,  à  M.  le  vicomte 
Brenieh  de  Montmohand,  Ministre  de  France. 

COMMUNICATION  OFFICI»="LLE 

Pé-King,  le  a8  septembre  '876. 

Le  16  septembre  de  celte  année  le  Vice-Roi  du  Tché-li,  Mi- 
nistre plénipotentiaire  de  S.  M.,  adressa  au  Trône  un  rapport  sur 
la  solution  de  l'aHaire  du  Yun-Nan  :  il  lui  présenta  aussi  les  arti- 
cles* composant  l'accord  intervenu  entre  sir  Thomas  Wade  et  lui. 

Je  reçus  de  S.  M.  l'ordre  impérial  suivant  : 

«  Qu'il  soit  fait  ainsi  qu'il  a  été  convenu.  » 

Le  Tsoung-li  Yamen  a  déjà  envoyé  à  V.  Exe.  une  copie  res- 
pectueuse des  Décrets  et  celle  des  articles  (de  cet  accord)  :  Dans 
un  de  ces  articles,  il  est  dit  :  Par  rapport  à  l'étendue  en  dedans 
de  laquelle  conformément  aux   Traités  en   vigueur,  le  Ukin  ne 

I.  Pour  traduction  conforme:  Signe:  F.  Sgiierzer. 


COMMUNICATION    OFFICIELLE  gt 

doit  pas  être  perçu  dans  les  ports  ouverts  sur  les  marchandises 
étrangères,  sir  Thomas  Wade  consent  à  engager  son  Gouverne- 
ment à  permettre  que  le  terrain  appelé  a  concession  »  dans  les 
diflërents  ports  soit  regardé  comme  la  zone  exempte  de  Likin. 

Il  est  dît  aussi  :  a (Suit  la  reproduction  du  paragraphe  3 

de  Tarticle  III  de  Taccord  de  sir  Thomas  Wade)...  »  La  Chine 
a  établi  les  droits  dits  de  ce  Li-kin  »  pour  subvenir  aux  exigences 
du  budget  de  la  guerre.  A  ces  droits  sont  sujets  non  seulement 
les  produits  chinois  mais  encore  les  marchandises  étrangères  qui 
n'ont  pas  acquitté  le  1/3  droit  (de  transit). 

Mais  les  commerçants  étrangers  disent  que  du  inoinent  qu'ils 
ont  acquitté  la  totalité  des  droits  qui  frap|)ent  les  marchandises 
étrangères,  on  ne  peut  imposer  à  ces  dernières  les  taxes  dites 
«  li'^kin  9  avant  leur  arrivée  aux  barrières  locales  ;  il  résultait  de 
la  divergence  des  deux  manières  de  voir,  des  discussions  conti- 
nuelles. *  .  Thomas  Wade  engagea  le  Gouvernement  chinois  à 
se  concerter  avec  les  Gouvernements  étrangers  pour  prohiber  la 
perception  du  li-kin  sur  les  concessions  étrangères  et  pour  éviter 
à  l'avenir  tout  sujet  de  remaniement  (des  règlent" nt»). 

On  adoptera  un  règlement  spécial |X)ur  Timporlation  de  l'opium, 
?n  vertu  duquel  les  droits  de  douane  ei  de  «  Li-kin  »  seront 
perçus  en  nnême  temps;  quant  à  l'importance  de  ces  droits,  elle 
sera  fixée  dans  chaque  province  après  étude  de  la  question  (par 
les  autorités  provinciales).  Les  deux  paragraphes  concernant  la 
prohibition  de  la  perception  du  «  li-kin  »  sur  les  marchandises 
étrangères  dans  lazoncd«»sconccssi(Mis  et  la  perception  simultanée 
des  Droits  de  Douane  et  ceux  dits  «  li-kin  »  sur  l'opium,  ne 
seront  définitifs,  qu'après  vous  être  concerté  avec  vos  collègues 
sur  les  deux  paragraphes  sus- mention  nés,  >ous  preniez  les 
instructions  de  votre  Gouvern?mcnt. 

Lorsque  les  Gouvernements  étrangers  se  seront  mis  d'accord  à 
ce  sujet.  Votre  Excellence  voudra  bien  aviser  leTsoung-li  ^amcn 
qui  prendra  une  solution  définilive  de  concert  (avec  les  Puis- 
sances Étrangères).  Telles  sont  les  affaires  dont  je  voidais  vous 
entretenir  respectueusement. 

Agréez,  etc.,  etc. 

(Le  sceau  du  Tsoung-li  Yamen.)  ' 


1.  Pour  traduction   conforme:   Le  premier  interprète  p.  1.,   Signé: 

F.  SCHERZRR. 


ga  L  AFFAIRE    MARGARY 

MM.  de  Biilzov  et  von  l^randt  se  montrèrent  fort  mécon- 
tents de  ce  que  Sir  Thomas  Wade  eût  introduit  dans  son 
traité  des  questions  d'étiquette  et  de  li-ki'n.  Les  taxes  de  li- 
kin  étaient  d'aill.eurs  en  contradiction  avec  l'article  23  du 
traité  français  de  Tien-Tsin. 

Sir  Thomas  Wade,  après  les  Chinois,  fait  part  à  ses  col- 
lègues de  la  signature  de  la  Convention  : 

LETTRE    DE    SIR    THOMAS    WADE    AU    VICOMTE    BRE>'1ER    DE   MONT- 
MORAND 

^  Pe-King,  septernber  3o,  1876. 

Monsieur  le  Mimstre  et  cher  Collègue, 

1  found  on  m  y  return  to  Peking  last  week  that  the  Chinese 
Text  of  the  agreement  between  the  Grand  secretary  Li  llung- 
changand  mysclf,  signed  at  Chcfoo  on  the  iS^*"  instant,  had  already 
been  conimunicated  to  the  Représentatives  of  the  Treaty  Powers 
and  that  copies  had  been  also  forwardcd  to  the  Provincial  Govern- 
ments.  As  I  bave  had  the  honour  to  slate  to  such  of  my  coUea- 
gues  as  are  within  rcach,  the  cnglish  text  is  being  printod  at 
Shang-Haï  and,  as  soon  as  I  rcceivc  it  in  this  form,  it  is  niy 
purpose  similarly  to  communicatc  copies  to  ail. 

Before  signing  the  Agreement,  I  declared  my  readincss  (if  on 
my  arrivai  the  mémorial  and  decrees  referred  to  in  the  Agree- 
ment should  be  immcdiately  publishcd  and  the  circulars,  for 
the  expédition  of  which  the  agreement  farther  stipulated,  immc- 
diately written)  to  telegraph  to  my  Government  that  1  had  taken 
upon  me  to  close  the  Yun-Nan  Case.  The  engagements,  above 
referred  to,  having  been  so  far  satisficd,  I  beg  to  acquaint  you. 
Monsieur  le  Ministre,  that  I  bave  this  day  informed  the  Prince 
of  Kung  that  1  hâve  sent  the  proniised  message  to  my  Government. 
I  avail,  etc. 

Signé  :  Thomas-Francis  Wade. 

RÉPONSE    DU    CORPS    DIPLOMATIQUE 

A  une  réunion  des  Ministres  de  France,  de  Russie,  des 

1 


REPOnSE    DU    CORPS    DIPLOMATIQUE  gi 

Élats-Unis,  d'Espagne  et  d'Allemagne,  M.  de  Butzov  pré- 
senta un  projet  de  lettre  au  Tsoung-li  Yamen  qu'il  avait  ré- 
digé, qui  après  quelques  modifications  proposées  par 
M.  Seward^  fut  adopté  ;  il  fut  convenu  que  cette  lettre  en- 
voyée par  chacun  des  ministres  étrangers  serait  communi- 
quée k  Sir  Thomas  Wade  par  M.  de  Butzov,  sous-doyen  du 
corps  diplomatique,  après  qu'elle  aurait  été  expédiée  au 
Tsoung-li  Yamen.  Sir  Thomas  trouva  la  lettre  tout  à  fait  de 
son  goût  et  ne  nuisant  en  aucune  manière  à  son  arrangement. 

Pe-King,  a"**  october  1876. 

The  undersîgned  has  the  honour  to  acknowledge  thc  receipt 
of  Your  Impérial  Highnessand  Your  Exc.'s  despatches  of  the  aôth 
and  aSth  seplember,  in  which,  referring  to  several  clauses 
of  the  agreement  signcd  at  Chefoo  by  the  Plenipotentiaries  of 
China  and  Great  Britain,  you  invile  me  a?  wcll  as  niy  collea- 
gues  the  Représentatives  of  others  Powers  to  consider  conjointly 
Ihe  questions  referred  to  and  to  inform  you  of  the  resuit  of  our 
délibérations. 

Whibt  thanking  Y.  I.  H.  and  Y.  E.E.  for  the  above  commu- 
nications, I  beg  to  inform  you  that  it  is,  in  my  opinion,  advi- 
sable  as  it  would  also  be  conformable  with  the  established  eus- 
tom  of  diplomatie  intercourse,  that  we  should  Qrst  of  ail  consider 
and  décide  what  question  require  a  settlement  and  are  therefore 
lobe  brought  under  discussion.  1  bave  consulled  my  colleagues 
on  this  point  and,  as  a  complète  undcrsianding  exists  betwccn 
ns  regarding  this  way  of  procédure,  1  beg  to  inform  Y.  1.  H.  and 
Y  E.  E.  that  I  shall  be  ready  whenever  you  may  lind  convenient 
lo  confer  with  you  in  view  of  the  object  above  slated  and  having 
once  determined  the  points  to  be  discussed  lo  corne  with  you  lo 
an  understanding  on  the  varions  questions  that  may  become  the 
subject  of  our  délibérations. 

In  regard,  however,  lo  likin  taxes  and  the  proposed  références 
lo  ihc  several  Governmenls  I  mustal  once  remark  that  the  négo- 
ciation should  be  pursued  in  the  usual  manner  and  that  pending 
Ihe  resuit  I  cannot  consent  to  the  abridgement  of  Ihe  existing 
ireaty  stipulations. 

I  avail,  etc. 


94  L* AFFAIRE    MAR6ART 


CIRCULAIRE    DE    M.    BRENIER  DE    MONTMORAND    AUX    COSSULS 
ET  VICE-CONSULS    DE    FRANCE    EN    CHINE 

Pé-King,  le  4  octobre  1876. 
Monsieur, 

L'article  11  de  la  section  III  de  Tarrangement  intervenu  le  ï3 
septembre  1876  entre  sir  Thomas  Wade  et  Li  Houng-tchang  est 
ainsi  conçu  : 

«  At  ail  ports  opened  to  trade  whether  by  earlier  or  la  ter  agree- 
ment,  at  which  no  settlement  area  bas  been  previously  defined, 
it  will  bc  tbe  duty  of  the  British  Consul  acting  in  concert  with 
bis  colleagues  the  Consuls  of  the  other  Powers.  to  corne  to  an 
undcrstanding  with  tbc  authorittes  regarding  tbe  définition  of 
of  tbc  foreign  settlement  area.  -» 

Au  cas  où  votre  collègue  d'Angleterre  désirerait  vous  voir  fixer 
avec  lui  rétendue  deTareaen  question,  con^forniémentà  la  teneur 
de  l'article  ci-dessus,  vous  voudrez  bien  lui  répondre  que  vous 
n'avez  pas  reçu  d'instruction  à  ce  sujet.  L'accord  n'étant  pas 
encore  coniplètement  établi  à  cet  égard  entre  les  différents  Repré- 
sentants des  Puissances  étrangères,  il  est  à  propos  que  vous  ne 
fassiez  rien  sans  m'en  avoir  préalablement  référé. 

Recevez,  etc. 

Signé  :  V"  Brënier  de  Montmorand. 


NOTE    DE    M.     VON    BRANDT 

Le  Ministre  d'Allemagne  regrette  de  ne  pas  pouvoir  en- 
trer pour  le  moment  dans  une  discussion  ayant  pour  but 
d'amener  des  pourparlers  avec  le  Gouvernement  chinois  au 
sujet  de  quelques  points  isolés  faisant  partie  du  projet  de  re- 
vision communiqué  par  le  Cabinet  de  Berlin  aux  Cabinets 
des  puissances  signataires  avec  la  Chine,  avant  qi^e  les  né- 
gociations qu'il  poursuit  avec  le  Tsoung-li  Yamen  au  sujet 
de  la  revision  du  traité  allemand-chinois  ne  lui  aient  donné 
la  conviction  qu'une  base  satisfaisante  pour  la  revision  géné- 
rale du  traité  ait  été  obtenue. 


!«OTE   DE   U.    VO.\    BRANDT  QD 

Le  Ministre  d^AUemagne  en  faisant  cette  déclaration  est 
convaincu  que  ses  collègues  ne  verront  en  elle  que  le  résul- 
tat inévitable  de  la  situation  donnée  et  ne  douteront  ni  du 
désir  de  son  Gouvernement  ni  du  sien  propre  de  maintenir 
intact  le  principe  de  IMdentité  des  intérêts  et  de  Faction 
commune  que  le  Gouvernement  allemand  regarde  comme  le 
plus  important  pour  les  relations  entre  les  puissances  signa- 
taires et  la  Chine. 


Trois  points  de  la  convention  de  Tché-fou  appartenaient 
au  domaine  commun  de  la  diplomatie  étrangère  àPé-King  :  le 
code  d'étiquette  (diplomatie  intercourse),  procédure  judi- 
ciaire et  likin.  Le  code  d'étiquette  méritait  d'être  étudié  au 
triple  point  de  vue  de  la  question  de  l'audience,  des  rapports 
entre  les  représentants  étrangers  et  les  ministres  chinois,  les 
rapports  entre  les  Consuls  et  les  autorités  locales.  Le  likin  était 
contraire  aux  stipulations  de  notre  traité  de  Ticn-Tsin  ;  l'Alle- 
magne qui  préparait  la  revision  de  son  traité  n'était  nulle- 
ment disposée  à  accepter  des  clauses  qu'elle  n'avait  pas 
discutées  elle-même.  Les  ministres  de  Russie,  d'Allemagne, 
des  États-Unis,  d'Espagne  et  de  France  s'étant  réunis  en 
novembre  1876,  décidèrent  que  pour  le  moment  il  n'y  avait 
pas  lieu  de  s'occuper  de  l'audience  et  qu'ils  n'entreraient 
pas  en  pourparlers  avec  le  Yamen  sur  les  trois  points  de  la 
Convention  de  Tché-fou. 


CHAPITRE   V 

NOUVEL  AN  CHINOIS,  1876.  -  PORTUGAL.  —  TRAITÉ  DE 
KANG-HOA.  -  WEN-SIANG.  —  H.  BRENIER  DE  MONTHO- 
RAND.  —  AFFAIRE  DE  NING-KOUO  FOU.  —  CHEMIN  DE 
FER.  —  CORPS  DIPLOMATIQUE  CHINOIS. 

NOUVEL    AN    CHINOIS,     1876 

Le  vendredi  4  février  1876,  c'est-à-dire  le  10®  jour  de  la 
i^^  lune  de  la  2®  année  Kouang-Siu,  la  population  de  Pé- 
King,  à  sa  très  grande  stupéfaction,  fut  témoin  à  l'occasion 
du  nouvel  an  chinois,  de  la  réception  solennelle  des  minis- 
tres étrangers  par  le  prince  Koung,  entouré  des  hauts  fonc- 
tionnaires de  l'Empire  :  Ying  Kouci,  grand  secrétaire  ad- 
joint, président  du  ministère  de  l'Intcrieur  ;  Peng  Kouei-yii, 
vice-président  de  ce  même  ministère  ;  le  duc  Tsai  Ling, 
président  du  ministère  des  Finances*;  Youen  Pao-hêng  et 
King  Cheng,  vice-présidents  de  ce  même  ministère  ;  Ling 
Kouei,  président,  Kouang-tcho,  Mien  I,  et  Siu  Toung, 
vice-présidents  du  ministère  des  Rites  ;  Kouang-cheou,  pré- 
sident, le  marquis  En  Sing  et  Hia  T'oung-chan,  vice-prési- 
dents du  ministère  de  la  Guerre  ;  Chou-Ki,  Houang-yù  et 
Weng  T'oung-ho,  vice-présidents  du  ministère  de  la  Justice  ; 
Li  Houng-tsao,  président.  Ho  ï'ing  Kieu,  Kouei-Ts'ing  et 
I-tchen,  vice-présidents  du  ministère  des  Travaux  ;  Tsao- 
Pao,  président,   Té-Tchoung  et  Sin-Chou,  vice-présidents 

I.  Devint  i8-ig  février  1877,  président  du  ministère  de  l'Intérieur 
et  grand  secrétaire  adjoint,  à  la  place  de  Ying  Kouci. 


I 


NOUVEL    AN    CHINOIS,     1876  97 

du  Bureau  colonial  ;  King-lien,  président',  Tang  Yên-chên, 
Houei-Sin  el  Toung-Houa,  membres  de  la  Cour  des  Cen- 
seurs; outre  ces  >ingl-six  fonctionnaires,  il  faut  ajouter  les 
membres  du  Tsoung-li  Yamen  (présidé  par  le  prince 
Koung)  :  les  grands  secrétaires  Wen-Siang  et  Pao-yiin, 
chancelier  de  TAcadémie  ilan-lin,  le  grand  secrétaire 
adjoint,  Kouei-fên,  président  du  ministère  de  la  («uerre, 
tous  membres  du  (jrand  Conseil  ;  Toung  Siun,  président  du 
ministère  des  Finances  ;  Mao  Tch'ang-hi,  président  du  mi- 
nistère de  l'Intérieur  ;  Tch'oung-Heou,  vice-président  du 
ministère  de  Tlnlérieur  ;  KouoSoung-tao,  faisant  fonctions  de 
vice-président  du  ministère  de  Tlnlérieur,  et  Envoyé  extraor- 
dinaire en  Grande-Bretagne  ;  Tch'éng-lin,  vice-président  du 
ministère  des  Travaux,  et  second  lieutenant-général  de  Gen- 
darmerie ;  Hia  Kia-hao,  vice-président  de  la  Cour  de  Irans 
mission  de  la  correspondance*. 

Le  corps  diplomatique  fut  reçu  dans  Tordre  suivant  :  1 1  heu- 
resdu  matin, Sir  Thomas Wade, Grande-Bretagne  ;  ii  h. 3o, 
M.  de  Butzov,  Russie  ;  midi,  M.  Ilolcombe,  Elats-Lnis;  12 
h.  3o,  M.  von  Brandt,  Allemagne;  i  heure,  M.  de  Schaefer, 
Autriche;  1  h.  3o,  M.  Mori',  Japon  ;  2  heures,  D'  Ehiiore, 
Pérou;  2  h.  3o,  le  comte  de  Rochechouart,  Franco*. 

Pourquoi  cette  innovation?  Affaires  de  Corée,  peut-être? 
Ou  bien  comme  conséquence  du  mémorandum  du  28  sep- 
tembre 1870  sur  les  relations  entre  les  hauts  fonctionnaires 
chinois  et  les  ministres  étrangers  ? 


1.  Devint  à  la  menic  date,  18-19  février  1877,  pf^'sidcnl  du  minislère 
<ies  Travaux  et  fut  remplacé  au  Censorat  par  Ts'iuen  K'ingqul  devint,  le 
i5a\ril  1878,  président  du  ministère  de  la  Justice. 

2.  Toung  Tchéng  Se. 

3.  M.  \fori,  le  nouveau  ministre  japonais,  était  arrivé  à  Tché-fou,  le 
13  décembre  1876,  sur  le  navire  de  guerre  japonais  Hurodaï\  il  se  rendit 
i  Pé-King,  par  terre. 

/|.  Norlh-China  Herald^  a  mars  187G,  p.  187. 

CoRDiBR.  II.  —  7 


98  ANNÉE    1876 

Les  fôles  du  nouvel  an  chinois,  écrit  M.  de  Rochechouart,  ont 
été  signalées  cette  année  par  une  innovation  ;  le  prince  Koung, 
au  lieu  de  nous  recevoir,  comme  il  le  faisait  habituellement  en 
petit  comité,  avait  convoqué  tous  les  grands  dignitaires  de  l'Etat, 
les  Princes  exceptés,  et  il  nous  a  donné  une  sorte  de  réception 
de  gala.  L'Assemblée  se  composait  des  membres  du  Grand  Conseil, 
des  Présidents  et  Vice-Présidents  des  sept  ministères,  des  gou- 
verneurs de  l'Empereur,  des  Académiciens,  du  gouverneur 
militaire  de  la  ville,  des  censeurs  et  de  deux  chefs  de  bannière, 
en  tout  vingt-six,  sans  compter  les  membres  du  Tsoung-li  Yamen. 
Le  Prince  a  été  très  aimable,  et  comme  depuis  que  je  lui  ai 
donné  un  perroc[uet  que  j'avais  rapporté  de  Singapore,  il  affecte 
chaque  fois  que  je  le  vois  de  faire  à  propos  de  cet  oiseau  un  cours 
de  géographie  assez  fantaisiste,  il  n'a  pas  perdu  cette  occasion 
de  montrer  ses  connaissances  à  un  public  aussi  lettré. 

MINISTRE    PORTUGAIS 

Au  commencement  de  1876  on  fit  courir  le  bruit  de  Ma- 
cao,  que  le  gouvernement  portugais  avait  nommé  E>om 
Lobo  d'Avila?,  ministre  plénipotentiaire,  avec  Tordre  de  se 
rendre  à  Pé-King  pour  faire  ratifier  le  traité  de  1862*.  Une 
escorte  suffisante  devait  lui  être  envoyée,  en  cas  de  besoin. 
Rien  de  sérieux,  d'ailleurs'.  Déjà,  M.  de  S.  JanuaTio  avait  eu 
celle  môme  pensée,  mais,  à  la  suite  du  scandale  causé  par 
la  traite  des  coolies,  les  circonstances  avaient  paru  peu  fa- 
vorables. 

JAPON  ET  CORÉE,  TRAITÉ  DE  RANG-HOA,  2G  FÉVRIER   1876 

Nous  disions^  que  ce  que  n'avaient  pu  faire  en  Corée  ni 
les  Français,  ni  les  Américains,  les  Japonais  Tenlreprirent 
avec  succès  en  1876.  Après  le  règlement  des  affaires  de  For- 


1.  I,  p.  1^6. 

2.  North'China  Herald^  1 3  janvier  1876. 

3.  I,  p.  394. 


MORT     DE    WEN-SIANG 


Le  grand  secrétaire  Wen-Siang  mourut  à  Po-King  le  26 
mai  1876*  ;  avec  lui  disparaissait  une  grande  figure  de  Tad- 
minislralion  chinoise.  Il  avait  passe  son  examen  de  docteur 
tsin-che  à  Pé-King  en  i845  ;  à  Tépoque  des  difficultés  avec 
la  France  cl  l'Angleterre  (i 858- 1860),  il  était  vice  président 
du  ministère  des  finances  et  fut  le  principal  conseiller  du 
prince  Koung.  Le  5  novembre  1861,  apr(*s  le  coup  d'état 
qui  avait  coûté  la  vie  à  Sou-Chouen^,  il  fut  replacé  au  Grand 


I.  Vicomte  Mori  Arinori,  assassiné   le  1 1  février  1889.  Voir  Jhe  Far 
F.ast,  1,  p.  iiQ  sq.  11  était  originaire  de  Kagoshima. 
a.  36*  jour,  2**  mois,  g"  année  Mei-dji. 
3.  Ministre  des  affaires  étrangères  en  187g. 
^i.  Ratifié  le  aQ  mars  1876,  22^  jour,  3*  mois,  9®  année  Mci-dji. 

5.  China.  —  Impérial  Maritime  Customs.  —  III.  Miscellancous  Séries: 
n"  ig.  —  Trfiaties,  Régulations,  etc.,  hetween  Corea  and  other 
Powers,  1 876-1 88g..,  Shanghaï,  i8gi,  in- 4. 

6.  I,  p.  lia,  note;  c'est, par  erreur  que  la  date  de  sa  mort  est  marquée 
1S-5,  d'après  Giles. 

7   I.  p.  lag. 


MORT   DE    WEN-SIANG  QQ 

mose  et  que  M.  Mori',  ministre  du  Japon  à  Pé-Kinp,  fut 
>ur  de  la  neutralité  de  la  Chine,  une  escadre  japonaise  com- 
mandée par  le  général  Kuroda  fut  chargée  de  faire  une  dé- 
monstration pacifique  sur  les  côtes  de  Corée  ;  elle  arriva  à 
Fou-san  le  1 5  janvier  1876;  le  mois  suivant,  le  26  février*, 
kuroda-kiyotaka  et  Inouyé-Kaoru^  pour  le  Japon,  et  Sin- 
IlOn  et  In  Jà-s\ng  pour  la  Corée,  signèrent  à  kang-hoa,  en 
chinois  et  en  japonais,  un  traité*  en  douze  articles  ex- 
trêmement important  par  lequel  l'indépendance  de  la  Corée 
était  affirmée  et  l'ouverture  de  deux  ports  au  commerce  ac- 
cordée en  plus  de  Tchoriang-hang  (Fou-san).  L'article  i*'' 
dit  en  effet  que  «  la  Corée  étant  un  état  indépendant  jouit  des 
mêmes  droits  souverains  que  le  Japon  m)*^. 


ÎOO  ANNÉE    1876 

Conseil  dont  il  avait  été  chassé  lors  de  la  fuite  de  Hien-Foung  ; 
son  avancement  est  alors  rapide:  au  commencement  de  1862, 
il  est  nommé  président  de  la  Cour  des  Censeurs  ;  quelques 
mois,  plus  tard,  il  devient  Tun  des  ministres  de  la  Maison 
Impériale,  et  président  du  ministère  de  la  Guerre,  et  à  Tau- 
tomne,  président  du  ministère  des  Travaux.  En  i863,  il  est 
à  la  tête  du  Li-fan-youen,  bureau  de  Mongolie  ;  en  i864,  il 
reçut  le  titre  honorifique  de  Premier  Tuteur  de  l'héritier  du 
trône  ;  en  1866,  il  devient  président  du  premier  des  ministè- 
res, celui  de  l'intérieur,  Li-Poiij  et  il  entre  en  1871,  au 
grand  secrétariat  comme  l'un  des  deux  Ifiep  Pan  Ta-IIio 
Cfie  (grand  secrétaire  adjoint)  ;  enfin  en  1872,  il  devenait 
Grand-Secrétaire  (^Ta-IJio-Chey. 

Depuis  1870,  il  souffrait  d'un  asthme  qui  augmentant  d'an- 
née en  année,  l'obligea  à  demander  sa  retraite  le  i3  mars 
187/1  ;  on  lui  enleva  le  fardeau  de  ses  principales  fonctions, 
ne  lui  laissant  que  celui  des  affaires  élrangères.  La  mort  de 
Wen-Siang  fut  rapide  et  inattendue  ;  il  était  moins  âgé,  il 
n'avait  pas  atteint  soixante  ans,  que  fatigué  : 

«  Agé  et  surtout  infirme,  écrit  un  diplomate,  Wen-Siang  était 
retiré  officiellement  des  affaires,  mais  ses  avis  étaient  toujours 
pris  et  suivis  dans  les  circonstances  graves  ;  ennemi  des  Euro|x»ens 
et  surtout  de  la  religion  clirélieime,  il  jouissait  d'une  grande 
réputation  dans  le  parti  conservateur  chinois  et  sa  mort  est  une 
sorte  de  deuil  public.  » 

Dès  le  début  de  sa  maladie,  l'empereur  envoya  à  Wen- 
Siang  du  gin-scng  pour  le  réconforter.  Le  lendemain  de  sa 
mort,  la  Gazette  de  Pé-Kiny  (27  mai)  renfermait  un  décret 
faisant  son  éloge  :  «  Il  avait  brillé  par  la  pureté  et  rinlégrilé 
de  sa  conduite,  non  moins  que  par  l'application  assidue  de 
son  intelligence  aux  intérêts  de  l'Etat.  »  En  vérité,  l'on  peut 

I.  ï,  p.  io4.  —  North-China  Herald^  17  juin  1876,  p.  585. 


M.    BRENIER    DE    MONTMORAND  lOI 

dire  de  Wen-Siang  qu'il  fut  le  bras  droit  de  l'Empereur  et 
la  sagesse  qui  inspirait  son  c^eur*. 


M.    BRENIER    DE    MONTMORA7ÏD 

M.  le  vicomte  Brenier  de  Montmorand*  qui  avait  été 
consul  général  à  Chang-Haï  fut  nommé  ministre  à  Pé-King, 
en  remplacement  de  M.  Louis  de  Geofroy,  par  décret  du  24 
avril  1876.  Il  quitta  Paris,  le  3  juin,  et  se  rendit  en  Chine 
par  le  Havre  et  l'Amérique,  et  il  arriva  à  Pé-King,  le  1/4 
.^plembre  1876. 

Notre  chargé  d'affaires,  M.  de  Rochechouarl  avait  quitté 
la  capitale  le  20  juin  au  soir  après  avoir  remis  le  service  à 
M.  de  Roquette  ;  celui-ci,  à  son  tour,  remit  le  service  le  i5 
septembre  à  M.  Brenier  de  Montmorand  ;  ce  dernier,  sur  le 
conseil  de  ses  collègues,  ne  demanda  pas  à  présenter  ses  let- 
tres de  créance  ;  il  se  borna  à  rendre  visite  au  prince  Koung 
el  aux  membres  du  Tsoung-li  Yamen  le  19  septembre  à  3 
heures. 


I.  Comme  conséquence  de  la  mort  de  Wen  Siang,  Pao  Yiin,  qui  était 
prand  secrétaire  (7a  Hio  Che)  du  T'i  Jen  Ko,  devint  grand  secrétaire  du 
^'ou  Ying  Tien,  à  la  place  de  Wen  Siang,  titulaire  depuis  le  9  jan- 
vier 1875;  et  Ying  Kouei  remplaça  Pao  Yûn  comme  T'i  Jen  Ko  Ta 
flio  Che;  les  deux  autres  grands  secrétaires  étaient  Tso  Tsoung-t'ang  cl 
l^i  Houng-tchang,  qui  le  9  janvier  1875,  était  devenu  IVen  Noua  Tien 
Ta  Hio  Che*  à  la  place  de  Joui- Lin. 

"i.  Né  en  t8i3,  il  était  fils  cadet  du  général  Antoine- François  Brenier; 
tn  iS'iS,  le  gouvernement  le  nomma  commissaire  général.  On  l'envoya 
ensuite  h  San  Remo,  puis  k  Soville,  où  sa  conduite  pendant  One  épidémie 
à^  choléra  fut  remarquée.  11  fut  nommé  successivement  consul  général  à 
i^iiang-Haï,  ministre  plénipotentiaire  de  3*^  classe  au  Chili,  consul  général 
en  Egypte  en  1870.  En  1876,  il  est  nommé  ministre  de  i"  classe  k  Pé- 
King  où  il  reste  jusqu'en  1879;  il  prend  définitivement  sa  retraite  Tannée 
suivante  (1880).  Il  est  mort  le  16  février  1894  à  Saint-Marcellin  (Isère), 
^n  pays  natal. 


lOa  ANNÉE    1876 


AFFAIRE    DE    WING-ROUO-FOU  * 


En  arrivant  àChang-Haï  au  mois  d'août  1876,  M.  Bre- 
nior  apprit  du  supérieur  des  Jésuites,  le  P.  Foucault*,  les 
graves  événements  qui  s'étaient  passés  le  i3  juillet  à  ^ing- 
Kouo-fou,  dans  le  Ngan-houei. 

La  résidence  de  Ning-kouo  avait  été  détruite  le  22  février 
1876  à  l'instigation  du  général  Fang  Tong-lin,  mais  le  P. 
Seckinger'  avait  pu  faire  écrire  de  Chang-Haï,  le  i5  mai 
1876: 

«  L'affaire  de  Ning-ko  fou  est  à  peu  près  terminée.  Les 
mandarins  accordent  aux  missionnaires  une  indemnité  de 
1800  piastres  (9000  fr.)  et  un  terrain  de  29  arpents  de 
terre  dans  la  ville  de  Ning-ko  fou.  De  plus,  une  proclama- 
tion favorable  au  christianisme  sera  probablement  aflichée 
dans  les  bourgs  des  six  sous-préfectures*.  » 

Mais  le  i3  juillet  1876,  le  prêtre  indigène  François 
Ilouang  Tche-chcn,  originaire  de  Hai-men,  et  son  caté- 
chiste Vang  Che-fou,  furent  massacrés  au  village  de  Ngou- 
tchen-wan  (Lou-tsen),  sous-préfecture  de  Kien-p'ing  ; 
«  quarante  chapelles  furent  ince'ndiées  ou  démolies,  et  les 
chrétiens  pillés,  puis  traqués,  comme  des  bêtes  fauves,  durent 
chercher  un  abri  au  fond  des  bois,  sur  les  montagnes  y>^. 


I.  Missions  catholif/ues,  1876,  p.  aSa,  3^i,  4i6,  5i8,  629,  SgS, 
6o4.  —  f^c  Pays  de  Ning-ko^  par  le  P.  Ravary,  Ihid.,  pass. 

a.  Foucault,  Auguste^  ne  à  Sable,  le  i*^**  mai  i8a6;  arrivé  en  Chine, 
le  8  décembre  1866;  supérieur  de  la  mission  du  Kiang-Nan  du  7  février 
1878  au  3o  octobre  1876  ;  revint  en  Europe  on  1877  ;  supérieur  de  Kouen 
et  de  Nantes;  mort  à  Paris,  la  septembre  1889. 

3.  Seckinger,  Joseph  ^  le  véritable  fondateur  de  la  mission  du  Ngan- 
Houei  ;  voir  I,  p.  3/jii  note. 

4.  Missions  catholiques^  1876,  p.  34 1. 

5.  La  Mission  du  Kiang-nan^  son  histoire,  ses  œuvres.  Paris, 
1900,  in-8,  p.  i33. 


PROCLAMATIONS  DU  TAO-TAÏ  DE  CHANG-HAI  Io3 

Le  P.  Seckinger  se  rendit  à  Nan-King  pour  obtenir  jus- 
tice des  autorités  provinciales  et  arriva  à  Wou-Hou  avec  trois 
délégués  chinois  après  avoir  terminé  ses  négociations.  D'au- 
tre part  le  mercredi,  3  août,  le  P.  Foucault  rendait  visite  à 
M.  Brenîer  qui,  le  dimanche  suivant,  partit  pour  Nan-King 
sur  le  Talisman  afin  d'appuyer  par  sa  présence  les  revendi- 
cations des  missionnaires  auprès  du  vice-roi  Chen  Pao-lcheng  ^ 
quilulfi.!  bon  accueil;  il  eut  avec  Chen  trois  entrevues  et  se 
laissa  «  circonvenir  par  les  roueries  mandarinales  et  taxa  d'exa- 
gération le  récit  fidèle  de  ces  excès  monstrueux.  Les  autorités 
chinoises  le  constatèrent  vite  et  s'enhardirent  d'autant  »*. 

D'ailleurs  Li  Houng-tchang  écrivit  au  vice-roi  Chen,  chargé 
d'instruire  le  procès  :  «  La  France  n'est  plus  qu'une  puis- 
sance de  second  ordre  ;  cette  affaire  du  Ning-kouo  fou  peut 
cire  traitée  librement  ;  il  n'y  a  rien  à  craindre  de  personne  *.  » 

«  Les  faits  ne  tardèrent  point  à  démontrer  que  le  mot  li- 
hrement  signifiait  «  çans  égard  pour  la  plus  vulgaire  équité  ». 
Los  victimes  furent  juridiquement  vilipendées,  des  innocents 
décapités,  des  scélérats  et  des  assassins  de  marque  absous 
avec  honneur.  A  la  fin  de  janvier  1877,  en  pleine  ville  de 
Nan-King,  Pé  Houei-tsing,  autre  catéchiste  du  P.  Houang, 
fui  décapité  pour  de  soi-disant  forfaits*.  » 

PROCLAMATION    DU    TAO-TAÏ    DE    CHANG-HAÏ 

A  la  suite  des  affaires  de  Ning-Kouo  fou,  M.  Brenier  de 


1.  Né  à  Fou-tchéou.  —  Ancien  commissaire  de  Tarscnal  de  Pou- 
tcbcou  ;  il  fut  envoyé  à  Formose  en  1874  (K  p.  533);  en  1862,  il  avait 
été  gouverneur  du  Kiang-Si;  en  1875,  il  remplaça  Lieou  Kouen-i,  comme 
vice-roi  des  deux  Kiang,  qu*il  eut  pour  successeur  à  sa  mort  à  Nan-King, 
le  18  décembre  1879. 

2.  Nankin  Port  ouvert...,  par  le  P.  Louis  Gaillard,  p.  a^ô. 

3.  Chinois  et  Missionnaires.  Une  persécution  dans  la  province 
df  Ning~ho  fou,  par  le  P.  Bizeul.  Limoges,  Barbou,  in  4.  p.  277. 

i.  P.  Gaillard,  /.  c,  p.  347. 


I04  ANNÉE    1876 

Montmorand  écrivit  à  Chen  Pao-tcheng,  vice-roi  de  Nanking, 
Chang-Haï,  1 5  août  1876,  pour  lui  rappeler  les  dispositions 
bienveillantes  dont  il  l'avait  entretenu,  les  promesses  qu'il  lui 
avait  faites  de  lancer  une  proclamation  en  faveur  des  chré- 
tiens. Chen  s'exécuta  de  bonne  grâce  et  fit  afficher  la  cir- 
culaire suivante  par  le  Tao-Taï  de  Chang-Haï  : 

Le  i3*  article  du  Traité  français  est  ainsi  conçu  :  «  La  reli- 
gion chrétienne  ayant  pour  objet  essentiel  d'exhorter  les  hommes 
à  la  vertu,  les  membres  des  communions  chrétiennes  jouiront 
d'une  entière  sécurité  pour  leur  personne,  leurs  propriétés,  etc. 
Aucune  entrave  ne  sera  apportée  au  droit  qui  est  reconnu  h  tout 
individu  en  Chine  d'embrasser  la  religion  chrétienne  et  d'en 
suivre  les  pratiques. 

D'un  autre  côté,  un  édit  en  date  du  3*  jour  de  la  11''  lune 
de  la  1 1°  année  du  règne  de  l'Empereur  Hicn-Foung  ordonne  : 
«  A  l'avenir,  dans  toutes  les  affaires  concernant  les  chrétiens  ou 
la  religion,  les  mandarins  locaux  devront  se  rendre  un  compte 
exact  de  la  question,  et  statuer  selon  la  justice.  Les  chrétiens  qui 
se  conduisent  comme  il  convient,  c'est-à-dire  en  honnêtes  gens, 
étant  aussi  les  Fils  de  la  Chine,  ont  droit  k  la  même  protection 
que  ceux  qui  n'ont  point  embrassé  le  Christianisme,  et  ne  sau- 
raient être  molestés  parce  qu'ils  sont  chrétiens  :  et,  dans  toutes 
leurs  décisions,  les  mandarins  locaux  devront  se  baser  sur  la 
justice,  afin  que  l'on  sache  que  la  protection  est  accordée  aux 
gens  vertueux  » . 

Respectez  ceci  » . 

Nous  nous  sommes  conformés  à  cet  édit  depuis  bon  nombre 
d'années  déjà,  ainsi  que  le  prouvent  nos  archives.  Faire  le  bien 
est  le  fondement  de  la  religion  chrétienne  ;  l'empereur  K*ang-Hi 
l'a  autorisée  et  depuis  lors,  elle  n'a  jamais  usé  de  moyens  diabo- 
liques pour  porter  préjudice  à  autrui. 

Aujourd'hui,  j'apprends  que  les  bruits  qui  circulent  dans  les 
endroits  soumis  à  ma  juridiction  relativement  aux  hommes  en 
papier',  aux  tresses  coupées,  se  tourneraient  contre  les  Chrétiens 
qu'on  accuse,  et  donneraient  naissance  à  de  mauvais  projets 
contre  eux.  Si  je  me  reporte   au  temps  passé,  je  vois  que   les 

I.  On  prétendait  que  des  lutins  de  papier  coupaient  les  nattes  des 
Chinois. 


PROCLAMATION  DU  TAO-TAÏ  DE  CHANG-HAI  Io5 

membres  de  la  Société  du  Nénuphar  blanc  ont  employé  ces 
moyens  ;  hommes  en  papier,  tresses  et  plumes  de  poulets  cou- 
pées, afin  d'arriver  en  troublant  les  esprits,  à  s'emparer  des 
valeurs  d'autrui. 

Depuis  quelque  temps  des  gens  sans  aveu  font  circuler  des 
bruits  sur  les  tresses  et  les  cheveux  coupés.  Tout  le  monde  en 
parle,  mais  personne  ne  l'a  vu  de  ses  yeux  ;  personne  ne  s'est 
assuré  du  fait.  D'un  autre  côté,  tous  ces  bruits  ridicules  n'ont 
rien  à  faire  avec  la  religion  chrétienne.  Vous  devez  donc  rester 
ailmes,  paisibles,  ne  point  prêter  attention  aux  histoires  sans 
fondement,  ne  point  vous  effrayer,  ne  point  vous  exciter. 

Maintenant,  si  vous  voulez  saisir  le  vent  ou  l'ombre,  c'est-à- 
dire  créer  du  désordre  pour  des  motifs  qui  n'existent  pas.  et 
soupçonner  le  peuple  chrétien,  c'est  que  vous  êtes  des  gens  sans 
aveu,  des  fauteurs  de  trouble.  L'autorité  locale  a  le  devoir  de 
faire  jouir  le  peuple  de  la  tranquillité  et  de  maintenir  en  consé- 
quence les  bons  rapports  entre  la  Chine  et  l'Etranger  ;  nous  ne 
saurions  donc  ne  pas  punir  les  perturbateurs.  Partout,  depuis 
longtemps  déjà,  les  églises  sont  en  paix,  et  on  n'a  jamais  appris 
qu'elles  aient  violé  la  loi,  ni  employé  des  maléfices,  etc.  ;  elles 
n'en  ont  que  mérité  davantage  notre  protection.  On  ne  doit  ni 
soupçonner  les  missions,  ni  les  accuser  injustement,  ni  les  com- 
promettre, ni  les  molester,  ni  les  attaquer.  Vous  devez  donc 
obéir  à  l'édit  impérial  et  vous  conformer  au  Traité.  Si  vous  osez 
faire  circuler  des  bruits,  attiser  les  craintes,  et  qu'on  vous 
découvre,  vous  serez  saisis  et  punis  selon  la  rigueur  des  lois. 
Votre  repentir  sera  tardif.  Ceux  qui  pour  un  motif  d'extorsion 
ou  autre  porteraient  de  fausses  accusations  contre  les  Chrétiens, 
ceux-là  seront  punis  plus  sévèrement  encore. 

D'une  part,  j'ai  ordonné  qu'on  arrêtât  les  coquins  et  qu'on 
protégeât  les  honnêtes  gens,  d'autre  part  je  fais  la  présente  pro- 
clamation pour  que  le  peuple  et  les  soldats  soumis  à  mon  anto- 
rilé  aient  à  s'y  conformer. 

J'aime  le  peuple,  je  ne  crains  donc  pas  de  me  donner  la  peine 
de  lui  prodiguer  ces  avertissements.  Obéissez  avec  respect,  ne 
désobéissez  point  * . 


I.  Pour  traduction  conforme  :  l'interprète  J.  Arène. 


I06  ANNÉE    1876 


CIRCULAIRE    DE    M.    BRENIER    DE    MONTMORAPiD 

Eu  prenant  possession  de  son  poste,  M.  Brenier  de  Mont- 
morand  envoya  une  circulaire  aux  évêques  et  aux  supérieurs 
des  différentes  missions  catholiques  en  Chine. 

Pc-King,  le  i5  septembre  1876. 
Monseigneur, 

Je  suis  arrive  hier  à  Pé-King  et  mon  premier  soin  est  d'en  in- 
former Votre  Grandeur. 

Je  suis  heureux  de  revenir  dans  un  pays  que  j*ai  déjà  habité 
pendant  cinq  ans  et  d'y  renouer  les  excellents  rapports  que  j'ai 
toujours  eus  avec  les  Missionnaires  dont  plusieurs  sont  pour  moi 
d'anciens  amis.  Je  mettrai  tous  mes  soins  à  les  protéger  de  mon 
mieux  ;  c'est  pour  moi  un  devoir  et  je  le  remplirai  avec 
plaisir  ;  je  m'empresse,  Monseigneur,  de  vous  en  donner  la  ferme 
assurance. 

Mais,  pour  que  mes  efforts  soient  couronnés  de  succès,  j'ai 
besoin  du  précieux  concours  de  Votre  Grandeur  etje  dois  compter 
sur  l'efficace  coopération  de  tous  vos  saints  missionnaires.  La 
Chine  traverse  en  ce  moment  une  crise  politique  fomentée  par 
les  sociétés  secrètes  dont  le  principal  but  est  de  créer  des  embar- 
ras au  Gouvernement  chinois.  Notre  devoir  est  certainement  de 
nous  tenir  complètement  en  dehors  de  ces  luttes  intestines,  mais 
nous  devons  également  éviter  tout  ce  qui  pourrait  fournir  l'occa- 
sion aux  fauteurs  de  désordres  de  susciter  des  troubles  dans 
l'Empire. 

Permettez-moi  donc.  Monseigneur,  de  compter  sur  votre  entier 
dévouement  aux  intérêts  généraux  de  la  France  et  de  votre  Mis- 
sion et  je  vous  prie,  en  même  temps,  de  recommander  à  lous 
vos  missionnaires  d'être  encore  plus  prudents  et  circonspects  que 
par  le  passé. 

Veuillez,  etc. 

Signé  :  V***  Brenier  de  Montmoranu. 

P.  S.  —  Par  une  lettre  en  date  du  i5  août  dernier  à  S.  Exe. 
Chcn  Pao-tcheng,  j'avais  prié  le  Vice-Roi  de  Nanking  de  lancer 
une  proclamation  en  faveur  de  nos  missionnaires  : 


CHEMIN    DE    FER    DE    WOL-SOUNG  IO7 

c  Ce  sonl  des  hommes  de  bien,  lui  disais-je,  qui  ne  cherchent 
9  qu'à  améliorer  le  peuple  et  à  faire  triompher  les  vrais  prin- 
ce cipes  delà  morale.  Que  V.  E.  daigne  le  faire  savoir  à  tous  ses 
«  administrés  et  ce  sera  un  moyen  sûr  de  calmer  Tirritation  que 
c  de  faux  bruits,  colportés  par  des  gens  intéressés,  répandent 
<  dans  le  peuple  chinois  ?  » 

Le  Vice-Roi  Chen  Pao-lcheng  vient  d'accomplir  une  partie  de 
mes  désirs  en  autorisant  le  Tao-Taï  de  Chang-llaï  à  aflicher  la 
proclamation  dont  j'ai  l'honneur  d'adresser  sous  ce  pli  une  copie 
à  V.  (i.  Je  crois  qu'après  en  avoir  pris  connaissance,  elle  se 
convaincra  que  rien  d'aussi  favorable  à  nos  missions  n'est  sorti 
jusqu'à  ce  jour  d'un  Yamcn  chinois. 


CHEMIN    DE    FER    DE    \V0U-80rNG 

A  la  suite  d'une  concession  de  route  ordinaire,  la  maison 
anglaise  de  Chang-Haï,  Jardine,  Malheson  &  C'*',  établit  du  vil- 
lage de  Wou-Soung  à  Tentrée  de  la  rivière  de  Chang-llaï, 
jusqu'à  cette  ville,  environ  i6  kilomètres,  le  premier  chemin 
de  fer  qu'on  ait  vu  dans  FEmpire  du  Milieu.  Le  3o  juin 
1876,  on  en  inaugurait  le  premier  tronçon  de  Chang-IIaï  à 
Kou-Wang.  Mais  le  22  août.  Sir  T.  Wade  fit  arrêter  la  cir- 
culation des  trains  sur  la  demande  de  Li  Houng  Ichang. 
Malgré  le  succès  que  rencontra  auprès  des  Chinois  le  nou- 
veau moyen  de  transport,  les  fonctionnaires  qui  avaient  été 
joués  se  fâchèrent  et  d'épineuses  négociations  furent  enta- 
mées ;  enfin  une  convention  signée  le  24  octobre  1876 
céda  la  nouvelle  ligne  ferrée  aux  Chinois  moyennant  une 
somme  d'argent. 

CONVENTION,  24  OCTOBRE  1876 

Entre  Foung  *,  Tao-Taï  de  Sou-tchéou,  Soung-Riang  etTaïtian, 


I.  Foung    Kiun-Kouang  était  originaire  du  Kouang-Toiing  ;  voir  la 
Gazette  de  PéKing  du  i8  juillet  et  du  a  août  1878. 


Io8  ANNÉE    1876 

intendant  de  la  Douane  de  Chang-Haï  ;  Tchou,  bouton  bleu  clair, 
Tao-laï  en  expectative  au  Hou -Pc  ;  Ciiung,  Tao-taï  en  expectative 
pour  la  première  j)lace  vacante  auïché-li,  du  grade  de  Fou-taï, 
d'une  part  ; 

Et  M.  Mayers,  secrétaire-interprète  de  la  Légation  d'Angle- 
terre, d'autre  part; 

Ont  été  convenus  les  articles  suivants  au  sujet  du  chemin  de 
fer  de  Gliang-Haï  à  Wou-Soung  : 

i*^'  Article.  —  Son  Excellence  Li  à  Tché-fou  a  discuté  avec 
S.  E.  M.  Wade  l'affaire  du  chemin  de  fer,  afin  de  sauvegarder  le 
droit  qu'a  la  Chine  d'être  seule  juge  chez  elle  en  certaines  ma- 
tières. Des  deux  côtés  ont  été  désignés  des  délégués,  ce  sont  les 
Tao-taï  Tchou  et  Chung,  qui  conjointement  à  M.  Mayers  et  au 
ïao-taï  de  Chang-llaï,  Foung,  ont  discuté  verbalement  la  solution 
à  donner.  Les  articles  convenus  à  Nan-King  ont  été  soumis  à 
l'approbation  de  S.  E.  le  Vice-Roi  des  deux  Kiang;  des  deux 
côtés  on  a  apposé  les  signatures  et  chaque  partie  a  conservé  un 
exemplaire  de  la  Convention  en  double  ;  les  Tao-taï  délégués  ont 
soumis  également  la  Convention  à  Son  Exe.  Li  et  au  Fou-taï  du 
Riang-Sou  ;  M.  Mayers  de  son  côté  a  soumis  ladite  convention  à 
M.  Wade. 

a*  Article.  —  La  Chine  acquiert  la  propriété  du  chemin  de 
fer,  c'est-à-dire  des  terrains  qu'il  occupe,  de  la  voie  ferrée,  des 
wagons  et  des  machines,  etc.  La  vente  une  fois  opérée,  la  Société 
qui  l'administrait  n'aura  plus  rien  à  voir  audit  chemin  de  fer. 

3®  Article.  —  Pour  fixer  le  prix  du  terrain,  de  la  voie  ferrée, 
des  wagons,  des  machines  et  des  remises,  etc.,  à  rembourser  à 
la  Compagnie  actuelle,  le  Tao-taï  de  Chang-Haï  et  le  Consul 
d'Angleterre  choisiront  chacun  doux  experts  qui,  après  sérieux 
examens,  fixeront  équitablement  le  prix  à  payer  par  le  Gouver- 
nement chinois,  en  tenant  compte  de  la  dépréciation  du  matériel 
pendant  un  an,  dépréciation  basée  sur  les  règlements  de  la  Con)- 
pagnie  à  cet  effet. 

i^  Article.  —  Le  paiement  s'opérera  en  trois  versements.  Le 
jour  où  le  prix  aura  été  convenu,  la  Chine  paiera  le  tiers  de  la 
somme  totale  et  la  Compagnie  remettra  les  titres  de  propriété 
au  Tao-taï  de  Chang-Haï  ;  six  mois  après,  le  Gouvernement 
chinois  paiera  le  second  tiers  et,  l'année  achevée,  il  versera  le 
dernier  tiers.  Le  Tao-taï  priera  le  Consul  d'Angleterre  d'in%iler 
la  Compagnie  à  venir  loucher  ces  trois  versements. 

5'  Article.  —  Dans  le  cours  d'une  année,  du  i5*  jour  de  la 


CHEMIN    DE   FER    DE    WOU-SOUNG  lOQ 

9*  lune  de  la  a*  année  de  Kouang-Siu  au  i5*  jour  du  g*  mois 
de  ta  3*  année  de  Kouang-Siu,  le  Gouvernement  Chinois 
aura  pavé  intégralement  le  prix  convenu  ;  les  terrains,  la  voie 
ferrée,  les  wagons,  etc.,  seront  livrés  immédiatement  au  Gouver- 
nement Chinois  qui  sera  lihre  de  faire  marcher  ou  d'arrêter  le 
chemin  de  fer  ;  Tancienne  Compagnie  n'aura  plus  à  s*en  inquié- 
ter. Dans  le  cours  de  Tannée,  c'est-à-dire  à  partir  du  i5*  jour 
de  la  9'  lune  de  la  a'  année  de  Kouang-Siu,  la  Compagnie  sera 
libre  de  faire  marcher  ou  de  suspendre  le  chemin  de  fer  selon 
son  bon  plaisir  ;  qu'elle  fasse  des  bénéfices  ou  subisse  des  pertes, 
pendant  ce  laps  de  temps,  les  Chinois  n'ont  point  h  s'en  inquié- 
ter. Pour  ce  qui  est  des  règlements  concernant  la  sécurité 
publique,  le  Tao-taï  de  Chang-lïaï  et  le  Consul  d'Angleterre  les 
détermineront  de  concert  et  Ton  s'y  conformera  quand  ils  seront 
établis. 

6*  Article.  —  La  longueur  de  la  voie  ferrée  de  W  ou-Soung 
à  Chang-Haï  est  d'environ  trente  lis  ;  jusqu'à  l'expiration  de 
l'année,  la  Compagnie  actuelle  administrera  cette  voie  :  elle  sera 
hbre  de  faire  le  transport  des  voyageurs,  mais  ne  devra  rien  faire 
de  contraire  aux  règlements  de  la  douane,  ni  acheter  de  nouveaux 
leiTains  pour  arrondir  la  voie  actuelle. 

7'  Article.  —  Une  indemnité  sera  accordée  à  la  famille  de 
l'individu  qui  a  été  écrasé  par  le  passage  d'un  train  *. 

8*  Article.  —  On  s'en  tiendra  aux  présents  articles  sans  leur 
faire  subir  d'autres  modifications  ;  toute  l'ancienne  correspon- 
dance entre  le  Tao-Taï  et  le  Consul  d'Angleterre  sera  regardée 
comme  lettre  morte  et  l'on  ne  reviendra  plus  sur  les  anciennes 
discussions. 

9*  Article.  —  La  présente  Convention  entre  deux  nations 
amies  a  pour  but  de  sauvegarder  les  droits  de  la  Chine  chez  elle  ; 
elle  est  avantageuse  pour  la  Chine  et  ne  fait  point  de  tort  aux 
négociants  étrangers  ;  c'est  pourquoi  elle  a  été  dirigée  dans  un 
^rand  esprit  de  conciliation.  Quand  le  Gouvernement  chinois 
sera  devenu  propriétaire  dudit  chemin  de  fer,  et  si  l'on  voulait 
construire  d'autres  lignes,  on  devrait  s'entendre  d'abord  avec  le 
Gouvernement  chinois  ;  le  présent  règlement  ne  saurait,  dans 
tous  les  cas,  servir  de  précédent. 

10*  Article.  —  Les  ouvriers  étrangers  et  l'Ingénieur  Morrison 

i.  Le  3  août. 


IIO  ANNÉE    1876 

seront,  après  l'achat  du  chemin  de  fer,  conservés  ou  renvoyés- 
chez  eux  par  les  Chinois,  d'après  les  clauses  stipulées  dans  leur 
contrai  avec  la  présente  Compagnie.  Si  on   les  conserve,  ils   de- 
dront  recevoir  leurs  ordres  de  l'autorité  chinoise  et  ne  point  agir 
de  leur  propre  autorité. 

Les  articles  ci-dessus  ont  été  convenus  et  revêtus  de  la 
signature  des  parties  contractantes  h  Nan-King  ;  à  Chang-Haï,  ils 
seront  revêtus  du  sceau  pour  faire  foi. 

Le  8*  jour  de  la  9*  lune  de  la  2*  année  de  Kouang-Siu  (soit  le 
24  octobre  187G). 

Ont  signé  :  Le  Tao-Taï  de  Chang-Haî, 

FoUNG. 

Le  Tao-Taï  en  expectative  au  Hou-Pé, 

Tciiou. 

Le  Tao-Taï  en  expectative  au  Tché-li  pour  la  première  vacance, 

CilUNG. 

Le  secrétaire-interprète, 
Mayers. 

Le  prix  d'acliat  du  chemin  de  fer  fut  fixé  à  285  000  taels. 
La  circulation  fut  rétablie  le  i""*  décembre  1876,  mais  les 
Chinois  avaient  décide  la  destruction  de  la  ligne  :  le  samedi, 
20  octobre  1877,  un  peu  après  midi,  le  dernier  train  partit 
de  Chang-IIaï  pour  Wou-Soung  avec  douze  wagons  et  4oo 
passagers,  et  le  lundi  suivant,  chemin  de  fer  et  matériel  fu- 
rent remis  officiellement  aux  Chinois  par  l'ingénieur  en  chef 
Morrison.  Pendant  sa  courte  existence,  le  chemin  de  fer 
avait  porté  187876  passagers  et  produit  42oi4  piastres  02, 
somme  plus  que  suffisante  pour  couvrir  les  frais*.  Le  che- 
min de  fer,  démonté,  fut  transporté  à  Formose. 

CORPS    DIPLOMATIQUE    CHINOIS 

Après   la  signature  de  la   convention   de  Tché-fou,  rien 
I.  Nortli-China  Herald,  a5  octobre  1877,  p.  867. 


CORPS  diplomatique!'  chinois  I  I  I 

n'empêchait  le  départ  des  deux  envoyés  extraordinaires 
Kouo  et  Lieoii.  Koiio  Soung-lao,  originaire  du  Hou -^an, 
compatriote  et  ami  de  Ts'êng  Kouo-fan,  était  un  lettré  dis- 
tingué, jouissant  d'une  grande  réputation  de  probité  ;  au 
moment  de  sa  nomination  comme  envoyé  à  Londres,  il  était, 
depuis  mars  1876,  juge  au  Fou-Kien  ;  un  décret  du  i**"  dé- 
cembre 1870  le  nomma,  à  la  place  de  Yin  Tchao-yong, 
pour  remplir  les  fonctions  de  vice -président  du  ministère  de 
la  Guerre  et  Tappella  au  Tsoung-li  Yamen.  Le  19  septembre 
1S76,  il  fut  désigné  pour  faire  fonction  de  vice-président  du 
ministère  des  Cérémonies  à  la  place  de  Houang-tcbo,  nommé 
HIft-Tchény,  directeur  de  Téducatien  (chancelier  littéraire)  du 
Tché-Kiang. 

«  S.  E.  Kouo,  écrivait  un  de  nos  secrétaires  d'ambassade  à 
M.  Brenier  de  Montmorand,  le  24  novembre  1876,  est  accom- 
pagné d'un  second  envoyé,  Lieou  Si-houng,  et  des  secrétaires  de 
Léf:pLtion  Tcbang  Tse-mou  du  grade  de  Fan-t'aï  (Trésorier  pro- 
^incial),  Tao-t'aïen  expectative  pour  la  province  de  Koueï-tcheou, 
et  Li  Chou-tchan.  de  grade  de  Tcbe  Tclieou  en  expectative  pour 
la  province  de  Kiang-Sou  (bouton  de  5*  rang)  ;  des  interprètes 
Té-Ming,  du  grade  de  Youen-Wei-lang  en  expectative  au  minis- 
tère de  la  Guerre,  soit  bouton  de  5"  rang  et  Foung-Yi  du  incmc 
erade  au  ministère  des  Finances  *  ;  des  cqiployés  à  la  Cbancel- 
lerie  Wang  Ghou-tang  du  grade  de  Tchou-che,  au  ministère  de 
la  Justice,  soit  bouton  de  6*  rang,  Li  Tching-men,  Tche-liicn  en 
expectative  dans  la  province  de  Canton,  soit  bouton  du  7"  rang  et 
Louo  Che-coun,  aspirant  Tche-hien,  soit  du  bouton  du  8^  rang. 

En  plus,  des  docteurs,  cuisiniers,  coiflcurs,  domestiques  ;  en 
tout  3o  personnes. 

Kouo  qui  a  été  nommé  le  38  août  1870  ^.  Envoyé  extraordi- 
naire à  la  Cour  de  Saint-James,  est  originaire  de  la  province  du 
Hou-Nan,  est  âgé  d'une  soixantaine  d'années  et  s'est  acquis  dans 
les  lettres  une  certaine  réputation. 

I.  Ils  avaient  accompagné  Burlingame  en  Europe  et  parlaient  l'anglais 
couramment. 

a.  En  réalité,  septembre  1875. 


112  •année    1876 

Il  a  occupé  diflerents  postes  adininistratifs  en  Province  et  fut 
envoyé  en  i865  à  Canton  en. qualité  de  Commissaire  judiciaire  ; 
il  fut  même  cliargé  pendant  quelques  mois  du  Gouvernement  de 
Canton.  Sa  conduite  ou  ses  remontrances  ayant  déplu,  il  fui 
destitué  et  se  retira  dans  son  pays  natal  pendant  environ  dix  ans. 
Au  commencement  de  1875,  il  vint  à  Pé-Ring  avec  le  frère  *  de 
Ts'éng  Kouo-fan,  son  ami  et  son  protecteur,  ancien  vice-roi  du 
Pc  Tché-li  et  de  Nanking  ;  fut  peu  après,  nommé  commissaire 
judiciaire  à  Fou-tcliéou  et  quelques  mois  plus  tard,  désigné 
pour  remplir  les  fonctions  de  premier  envoyé  régulier  du  Gou- 
vernement Chinois  à  l'Étranger. 

Kouo  qui  est  veuf  depuis  nombre  d'années,  emmène  cependant 
avec  lui  deux  petites  femmes  ou  concubines,  toutes  deux  d'un 
certain  âge.  Il  jouit  parmi  ses  compatriotes  d'une  réputation 
d'extrême  probité,  d'une  grande  fermeté  de  caractère  et  il  regarde 
la  simplicité  dans  la  manière  de  vivre  comme  un  des  premiers 
devoirs  d'un  fonctionnaire  public. 

Le  3"  Envoyé,  Lieou  Si-houng  est  un  personnage  complète- 
ment inconnu  et  qui,  jusqu'à  présent,  n'a  occupé  que  des  grades 
inférieurs  de  la  commission  des  Châtiments  à  Pé-King.  Il  est  doué 
de  manières  peu  engageantes  et,  bien  qu'on  le  dise  fort  instruit, 
l'amitié  que  lui  porte  le  chef  de  la  mission  parait  éti'e  son  prin- 
cipal titre  à  l'emploi  dont  il  vient  d'être  revêtu. 

Quant  aux  secrétaires  et  autres  employés  complétant  le  per- 
sonnel de  l'ambassade,  je  ne  sais  rien  à  leur  sujet.... 

L'ambassade  chinoise  quitta  Chang-Haï^  par  le  vapeur  de 
la  Péninsulaire,  le  Travancore,  le  2  décembre  1876  ;  Kouo 
était  accompagné  du  D*"  Ilalliday  Macartney,  qui  devait 
remplir  les  fonctions  de  secrétaire  anglais,  et  de  Mr.  \\  .  C. 
Hillier.  Le  Ministre  chinois  arriva  à  Londres,  le  22  jan- 
vier 1877. 

Sir  Thomas  Wade  avait  lui-même  quitte  Pé-King,  le  6  no- 
vembre 1876  et  était  arrivé  à  Chang-IIaï  le  i5  pour  s'embar- 
quer pour  l'Europe  ;  les  résidents  étrangers  du  grand  port  chi- 
nois lui  remirent  le  28  novembre  une  adresse  de  félicitations. 

I.  Ts'êng  Kouo-ts'iuen. 

a.  Kouo  partit  le  18  de  la  lo^^  lune  de  la  2*-'  année  Kouang-Siu. 


CORPS    DIPLOMATIQUE    CHINOIS  I  1 3 

Sir  Thomas  n^était  pas  rentré  en  Angleterre  depuis  sept  ans 
et  il  y  avait  trente-cinq  ans  qu'il  travaillait  en  Chine  :  il  avait 
bien  gagné  son  congé*. 

Le  D*"  S.  Wells  Williams,  secrétaire  de  la  légation  des 
Etats-Unis  quitta  Pé-King  le  20  octobre  1876;  il  était  ar- 
rivé en  Chine  en  i833  :  quarante -trois  années  de  résidence  ^  I 

L'année  précédente,  le  11  décembre  1875,  un  décret  im- 
périal nommait  Tch'ên  Lan-pin  et  Young  Wing,  envoyés 
extraordinaires  en  mission  aux  Etats-Unis,  en  Espagne  et  au 
Pérou,  c'est-à-dire  dans  les  pays  d'émigration.  On  se  rap- 
pellera que  Tch'ên  avait  été  commissaire  à  Cuba  en  1873- 
1874'.  Young  ^^ing  était  un  fonctionnaire  provincial  que 
Ton  promut  lao-taï  et  qui  reçut  à  cette  occasion  le  bouton  de 
2*  rang. 

Les  premiers  éléments  d'un  corps  diplomatique  chinois 
étaient  constitués. 

Enfin  par  un  décret  impérial  du  12  décembre  1876, 
Tch'oung-Heou*  était  nommé  gouverneur  général  de  Mand- 
chourie,  à  la  place  de  son  frère  qui  venait  de  mourir  ;  par 
suite,  il  quittait  le  Tsoung-li  Yamen,  où  il  était  remplacé 
par  Li  Houng-tsao,  président  du  ministère  des  Travaux. 


1.  Il  arriva  à  Londres,  le  4  janvier  1877. 
a.  I,  p.  a85,  note. 

3.  T,  p.  5i6. 

4.  I,  p.  366. 


CORDIER.  II.   —  8 


CHAPITRE  VI 


NOUVEL  AN  CHINOIS,  1877.  -  NOUVEAUX  PORTS  OUVERTS.  — 
DEUIL  DE  T'OUNG-TGHÉ.  —  LETTRES  DE  CRÉANCE.  —  FA- 
MINE. -  CONVENTION  D'ÉMIGRATION.  —  M.  DE  ES- 
PANA. 


NOUVEL    AN    CHINOIS,     1877 

Le  nouvel  an  chinois,  en  1877,  '^^  marqué  comme  le  pré- 
cédent par  une  innovation  : 

Un  incident  d'une  certaine  importance  ici  s*est  passé  cette  an- 
née à  Pé-King  à  roccasion  des  visites  du  premier  jour  de  l'an. 
Jusqu'à  présent  S.  A.  1.  le  Prince  Koung  et  les  Membres  du 
Tsoung-li  \amen  venaient  seuls  faire  visite  aux  Ministres  étran- 
gers et  les  titulaires  des  autres  ministères.  Secrétaires  d'État,  ou 
chefs  de  service,  s'abstenaient  complètement  de  remplir  cet  acte 
de  courtoisie.  —  L'année  dernière,  cependant,  deux  d'entre  eux 
vinrent  en  personne  faire  leur  visite,  mais  on  apprit  plus  tard 
que  c'était  par  suite  d'une  erreur  qu'ils  étaient  entrés  chez  les 
Ministres.  Les  autres  hauts  mandarins,  et  seulement  quatorze 
d'entre  eux,  —  dé|)osèrent  simplement  leur  carte  à  la  porte  des 
Légations  ;  quelques-uns  de  mes  collègues  en  firent  le  sujet 
d'une  plainte  au  Prince  Koung. 

Celte  année,  l'innovation  est  complète  et  inattendue!  Le 
Prince  Koung  s'est  fait  accompagner  des  Membres  du  Tsoung-li 
Yamen  et  de  vingt-six  grands  dignitaires  de  la  couronne,  trente- 
cinq  personnes  en  tout.  Pendant  trois  jours  nous  avons  été  en 
fête,  ces  mandarins  s'étant  divisés  en  trois  groupes...  Cet  événe- 


NOCVEL   AH    CHINOIS,     1877  Il5 

nement  qui,  en  Europe,  n'aurait  aucune  signification,  est  consi- 
déré ici  comme  un  réel  succès  pour  les  Étrangers  * . 

n  semblerait  d'ailleurs  qu'un  changeaient  favorable  se  fût 
produit  dans  les  dispositions  des  hauts  fonctionnaires  à 
l'égard  des  étrangers  et  même  des  chrétiens,  qu'un  décret 
recommande  de  traiter  avec  la  même  justice  c^ue  leurs  com- 
patriotes païens.  11  est  vTai  que  ce  décret  peut  aussi  être  re- 
gardé comme  la  rccom|)ense  du  dévouement  montré  par  les 
étrangers  lors  de  la  famine  du  Chan-Toung  dont  nous  par- 
l  .15  plus  loin. 

Décret,  i"  février  1877. 

Les  Membres  du  ïsoung-li  Yamen  apportèrent  ofliciellemcnt 
au  Ministre  de  France  le  décret  suivant  paru  dans  la  Gazette  de 
Pé-King,  du  i"  février  1877. 

[Considérations  générales  sur  les  inondations  et  la  sécheresse 
qui  ont  frappé  plusieurs  provinces,  sur  le  devoir  qu'ont  les  man- 
darins d'être  honnêtes  et  de  rendre  le  peuple  heureux,  selon  le 
désir  de  l'Empereur]... 

...  Le  Peuple  et  les  Chrétiens  étant  également  les  fils  de  l'Em- 
pereur, je  ne  les  ai  jamais  traités  de  deux  manières.  J'ordonne 
aux  Généraux-cn-Chef,  aux  Vice-Rois,  aux  Gouverneurs  de  pro- 
wnce,  aux  Gouverneurs  des  villes  (Moukden  et  Péking)  de  don- 
ner des  instructions  à  leurs  subordonnés  pour  que,  dans  les 
procès  entre  les  Chrétiens  et  le  peuple,  ils  se  conforment  à  la 
justice,  —  qu'ils  se  contentent  de  rechercher  de  quel  côté  est  le 
droit,  sans  établir  de  distinction  entre  le  peuple  et  les  Chrétiens, 
qu'ils  donnent  une  prompte  solution  à  ces  procès,  qu'ils  ne 
montrent  pas  la  moindre  partialité  et  ne  mettent  point  de 
retard  préjudiciable  aux  deux  parties.  Je  donne  ces  instructions 
à  tous.  Respectez  ceci  *. 


I.  M.  Brenicr  de  Montmorand  au  duc  Pecazes.   Péking,    i4  janvier 

a.  Pour  traduction  conforme,   le  premier   interprète,   p.  /.,   signé  : 
J.  Arèxe. 


Il6  ANNÉE    1877 


OUVERTURE  DE  NOUVEAUX  PORTS  AU  COMMERCE,   1°*"  AVRIL  1877 

Les  Chinois  tenaient  d'ailleurs  loyalement  la  promesse 
qu'ils  avaient  faite  dans  la  Convention  de  Tché-fou  d'ouvrir 
de  nouveaux  ports  : 

S.  A.  I.  le  Prince  Koung  à  S.  E.  M.  le  Ministre  de  France. 

Pé-King,  le  12  mars  1877. 

Nous  avons  Thonneur  de  porter  à  la  connaissance  de  Y.  E. 
que,  le  Tsoung-li  Yamen  ayant,  dans  un  rapport  collectif  au 
Trône,  soumis  la  date  du  i'''*  avril  1877,  pour  TouYerturc  des 
quatre  nouveaux  ports,  1-tchang,  Wou-IIou,  Wen-tchéou, 
Pakhoï  * .  et  proposé  d'attendre  que  des  règlements  aient  été  con- 
venus avant  de  fixer  l'ouverture  des  six  points  intermédiaires  sur 
le  Yang-tseu,  Sa  Majesté,  par  un  rcscrit  du  1 1  de  ce  mois  «  ap- 
prouve ce  qui  a  été  discuté.  Respectez  ceci.  » 

Et  c'est  ce  que  nous  croyons  devoir  transcrire  respectueuse- 
ment pour  l'information  de  V^.  E.  et  de  MM.  les  représentants 
des  Puissances  étrangères^. 

DEUIL    DE    t'oUNG-TCHÉ 

Le  deuil  de  l'empereur  ï'oung-ïché  devait  prendre  fin 
dans  le  courant  de  mai  1877  ;  les  impératrices  remirent  par 
décret  les  fêtes  à  plus  tard. 

La  Gazette  de  Pé-Kiny,  du  28  mars  1877,  contenait  le 
décret  suivant  des  deux  Impératrices  : 

Pé-King,  i4*  jour  de  la  2*^  lune  de  la  3*^  année  Kouang-Siu. 
Trois   années  se  sont  écoulées  comme   un  instant  depuis  que 


1.  Les  trois  premiers  p(^ls  furent  ouverts  le  i**"  avril  1877,  mais 
Pakhoi  ne  fut  ouvert  que  le  2  avril  ;  le  consul  anglais  iiissa  son  pavillon 
le  l'r  mai  1877. 

2.  Pour  traduction  conforme,  le  premier  interprète,  p.  1.,  signé: 
J.  Arène. 


DEUIL    DE    t'oUNG-TCHÉ  I  I7 

feu  TEmpereur  Toung-Tché  est  allé  sur  un  dragon  prendre  sa 
place  en  baut.  Les  années  et  les  mois  s'écoulent  avec  la  rapidité 
des  flots,  la  3*"  lune  sera  la  date  de  Texpiration  du  deuil  et  notre 
tristesse  est  profonde  encore.  Les  règles  établies  de  notre  dynas- 
tie veulent  qu'à  Tcxpiration  d'un  deuil  impérial,  les  cérémonies 
ou  félicitations  à  Sa  nouvelle  Majesté  se  pratiquent  dans  Tordre 
normal.  Toutefois,  le  cercueil  de  S.  M.  Toung-Tché  n*a  pas 
encore  été  mis  en  terre  pour  l'éternel  repos  et,  si  Ton  donnait 
cours  aux  félicitations  d'usage,  nos  cœurs  en  seraient  alîectés. 
Déplus,  S.  M.  Rouang-Siu  étant  encore  en  bas  âge.  certaines 
cérémonies  ne  sauraient  être  pratiquées  :  il  faut  donc  détermi- 
ner et  peser  ce  qui  convient. 

A  rexceplion  des  grands  levers  ou  réceptions  générales  qui  se 
tiendront  comme  à  l'ordinaire,  les  repas  de  (in  d'année  offerts 
aux  Princes  et  Ducs  Mongols  dans  la  salle  Tchin  tchong  lien,  le 
ihé  offert  aux  lamas  lors  des  exorcismes  dans  la  salle  Tchoung 
Ichong  tien  *  et  les  repas  offerts  dans  la  salle  Tse  Kouang  Ko  *  — 
à  la  r-  lune,  aux  Princes  et  Ducs  Mongols  et  aux  Envoyés  des 
pays  étrangers  seront  remisa  plus  tard. 

Pour  les  autres  cérémonies,  les  Yamens  que  cela  concerne  au- 
ront respectivement  à  se  conformer  aux  précédents  de  la  a**  année 
de  feu  Toung-Tclié.  Respectez  ceci  !  '. 

L'emploi  dans  le  décret  des  expressions  Wal  kouo  che 
irhen  était  propre  à  répandre  la  confusion  et  «  il  semblerait 
ré>nller  qu'un  des  motifs  qui  ont  dicté  la  dérision  des  Im- 
ptTalrices  Régentes  a  été  d'éviter,  sous  des  prélexlos  plausi- 
bles et  courtois,  toute  nouvelle  demande  d'audience,  à  celte 
occasion,  de  la  part  des  ministres  étrangers  ». 

A  propos  justement  de  certaines  expressions  employées 
dans  rÉclit  des  deux  Impératrices,  notre  premier  interprète 
/>.  /.,  M.  Jules  Arène,  écrivait: 

«  L'expression    «  Envoyés   de  Pays  Etrangers  »,    en    cbinois 

I.  Palais  du  Juste  Milieu,  dans  la  ville  réservée. 
3.  I,  p.  47^1. 

3.  Pour  traduction  conforme,  le  premier  interprète,  p.  1.,  signé  : 
i.  Arène. 


Il8  ANNÉE    1877 

ce  Wai-kouo-che-tchen  »,  tout  en  ne  désignant  pas  absolument 
r.IM.  les  Ministres  Plénipotentiaires  résidant  à  Pé-King,  doit  tou- 
tefois faire  naître  des  doutes  dans  l'esprit  des  lecteurs  de  la 
Gazette  de  Pé-King. 

«L'expression  «Wai-Kouo»,  «Pays  Étrangers»,  s'applique 
ordinaire  irtent  aux  Puissances  Occidentales  et  l'expression  «Ghe- 
tchen»,  «Envoyé  »,  dans  les  documents  ofliciels  chinois,  sert 
aussi  bien  à  désigner  le  Représentant  d'une  Puissance  ayant 
un  traité  avec  la  Chine  que  l'Envoyé  d'un  pays  tributaire  quel- 
conque, Corée,  Birmanie,  ou  Annam.  D'un  autre  côté,  si  l'on 
considère  que  l'Audience  impériale  accordée  en  t873  à  MM.  les 
Ministres  étrangers  s'est  tenue  dans  cette  môme  salle  Tse 
Kouang  Ko  où  sont  traités  d'habitude,  à  la  première  lune,  les 
Princes  et  Ducs  Mongols  et  les  envoyés  des  pays  tributaires,  la 
confusion  devient  d'autant  plus  facile  et  un  doute  regrettable 
subsiste.  » 

LETTRES    DE    CRÉANCE 

M.  de  Roquette  quitta  Pé-King,  le  18  avril  1877  pour 
rentrer  en  Europe  ;  il  fut  remplacé  par  le  vicomte  de  La- 
vaur  de  Sainte-Fortunade,  secrétaire  de  3®  classe*. 

La  question  si  intéressante  de  la  remise  des  lettres  de 
créance  se  posa  lors  de  Tarrivce  à  Pé-King  du  comte  Fe 
d'Ostiani,  ministre  d'Italie  en  Chine  et  au  Japon,  qui  rési- 
dait habituellement  dans  ce  dernier  pays.  Une  réunion  des 
ministres  étrangers  eut  lieu  le  4  juin,  et  le  comte  Fc  de- 
manda à  ses  collègues  «  leur  opinion  sur  la  conduite  qu'il 
devait  tenir  au  sujet  de  ses  lettres  de  créance?  ».  M.    von 

I.  Lavaur  de  Sainte-Fortunade,  Henri-Frédéric- Marie,  vicomte  de, 
né  le  a3  novembre  18/19  •  licencié  en  droit;  lieutenant  de  mobiles,  1870- 
1871  ;  attachée  Buenos-Ayres,  7  mars  1878;  à  Madrid»  1 5  décembre 
1876;  secrétaire  de  3«  classe  à  Pé-King,  28  août  1877;  à  Athènes,  lO  dé- 
cembre 1880;  secrétaire  de  3*^ classe  à  la  même  légation,  33  janvieri88i; 
officier  d'Académie,  5  juillet  i88'i  ;  secrétaire  do  i'*'-'  classe  à  Tokyo  (non 
installé),  8  c.îcrmbre  i885;  à  Rome  (Quirinal),  i"  mars  1886;  envoyé 
extraordinaire  et  ministre  plénipotentiaire  à  Rio-de-Janeiro,  39  décembre 
1897;  ^  négocié  et  signé  Taccord  commercial  entre  la  France  et  le  Bré>.i, 
relativement  aux  droits  d'entrée  sur  le  café,  juin-juillet  1900. 


FAMINE  119 

Brandi  déclara  qu'il  avait  encore  en  sa  possession  les  lettres 
de  créance  de  son  prédécesseur,  M.  von  Rehfues,  ainsi  que 
les  siennes  propres  et  qu'il  les  garderait  jusqu'à  ce  qu'il 
puisse  les  présenter  personnellement  à  l'Empereur.  Les  re- 
présentants de  Russie  et  d'Espagne,  Butzov  et  de  Espana, 
furent  du  même  avis.  M.  Brenier  suggéra  d'envoyer  des  co- 
pies des  lettres  au  prince  Koung  et  de  réserver  les  originaux 
à  l'Empereur  ;  il  se  heurta  à  l'opposition  de  ses  collègues, 
cpioique  sa  proposition  fut  fort  raisonnable. 


FAMINE 


L*année  1877  fut  marquée  par  une  terrible  famine  qui 
désola  le  Chan  Toung  ;  dans  le  vicariat  de  M'^''  Cosi,  la  sé- 
cheresse s'ajouta  à  la  misère  ;  du  mois  de  septembre  1875 
au  mois  de  juillet  1876,  il  ne  tomba  pas  une  goutte  de 
pluie  ;  des  bandes  de  voleurs  détroussaient  les  passants,  pil- 
laient les  maisons  des  gens  riches,  assassinaient  les  fonc- 
tionnaires. L'hiver  de  1876-7  fut  le  plus  rigoureux  qu'on 
eût  vu  en  Chine  depuis  1861-2.  Emus  des  souffrances  du 
peuple,  les  missionnaires  anglo-américains  firent  circuler  pour 
secourir  les  malheureux  des  listes  de  souscription  en  tête 
desquels  s'inscrivirent  les  ministres  étrangers.  Le  Tsoung-li 
Yamen  témoigna  sa  reconnaissance  par  la  lettre  suivante 
adressée  à  tous  les  ministres  souscripteurs. 

Pé-King,  le  26  mai  1877(13  de  la  4^  lune). 

Nous  venons  d'apprendre  par  les  journaux  que  les  Puissances 
Ktrangères  se  sont  cotisées  pour  subvenir  aux  besoins  des  locali- 
tés du  Chan-ïoung  éprouvées  par  la  famine.  Nous  avons  été  tou- 
chés d'un  tel  acte  de  charité  accompli  en  dépit  des  distances  et 
nous  tenons  à  vous  en  exprimer  ici  notre  reconnaissance  *. 

Une  lettre  semblable  fut  écrite  plus  tard  pour  les  secours 

i.    Pour  traduction  conforme,  le  i'''*  interprète  :  G.  Dkvéria, 


120  AKNÉE    1877 

apportés  par  les  étrangers  aux  malheureux  du  Chan-Si  et  du 
Ho-Nan,  provinces  également  dévastées  par  la  famine  : 

Pé-King,  le  1 5  janvier  1879. 

Le  Prince  Roung  et  les  Membres  du  Tsoung-li  Yamen  au 
Ministre  de  France. 

Nos  provinces  du  Chan-Si  et  du  Ho-Nan  ont  été  désolées  par 
la  famine  pendant  plusieurs  années  consécutives,  ce  qui  a  été 
pour  Votre  Gouvernement  une  occasion  de  manifester  ses  senti- 
ments de  charité.  Grâce  à  cela  des  existences  ont  été  préservées 
et  des  appétits  satisfaits.  Votre  Gouvernement  nous  a  prouvé 
dans  Cv.5  circonstances  qu'il  n'établit  pas  de  distinction  de  natio- 
nalité quand  il  s'agit  d'aider  le  prochain.  Nos  relations  de  bonne 
amitié  en  profitent  en  s' affermissant  davantage;  Nous,  Prince  et 
Ministres,  nous  ne  saurions  vous  remercier  avec  trop  d'effusion. 

Veuillez  agréer,  etc.  *. 

Des  milliers  de  malheureux  étaient  morts  pendant  cette 
famine  ;  Tincuric  du  gouvernement  chinois  fut  extrême.  Le 
22  juin  1876,  la  Gazette  de  Pé-Idng  renfermait  un  décret 
ordonnant  que  des  prières  fussent  dites,  pour  obtenir  de  la 
pluie,  dans  les  temples  de  TEtat  par  TEmpereur,  les  princes 
Toun  et  Koung. 

Les  sommes  d'argent  recueillies  par  les  étrangers  *: 'élevè- 
rent à  environ  36  000  taëis  sur  un  total  de  taëls  2  023644 
fournis  par  Fadministration  indigène  :  à  Tché-fou,  MM.  Cor- 
nabé  ramassèrent  taëls  -22  245,73  et  le  Rév.  John  L.  Ne- 
vius,  taëls  7  620,02  ;  à  Tien-Tsin,  le  Rév.  Jonathan  A.  Lees 
réunit  taëls  6  5i5,2o'. 

I.   Pour  traduction  conforme,  signé  :  G.  Devéria. 

a.  Chinât  n"  a  (1878).  —  Beport  on  ihe  Famine  in  the  Northern 
Provinces  of  China.  —  Wilh  a  Map.  —  Prescnled...,  1878.  Lond.,  in- 
fol.  (G.  -  1957J. 

Renferme  un  rapport  intéressant  de  W.  F.  Mayers,  Peking,  octobre  3o» 
1877. 

—  China t  n®  6  (1878).  —  Further  Papers  respecting  the  Famine 
in  China.  Presenled...,  1878.  Lond.,  in-fol.  (G.  —  2107]. 


cosvENTio?r  d'émigratiox  avec  l'espao'e  131 


COKVENTIO?i    d'eMIGRATIO?!    AVEC    l'eSPAO'E 


Depuis  la  mission*  envoyée  par  les  Chinois  à  Cuba  pour 
étudier  les  conditions  dans  lesquelles  se  produisait  Immigra- 
tion des  coolies,  des  négociations  avaient  été  engagées  entre 
l'Espagne  et  le  Céleste  Empire  pour  établir  les  bases  d'une 
convention  é^piitable.  (irâce  au  concours  des  ministres  étran- 
gera,  une  convention  fut  enfin  signée  à  Pé-King  par  cinq 
membres  du  Yamen,  le  ministre  d'Kspagne,  Dcn  Carlos  de 
Espaiia*,  le  17  novembre  1877.  L'article  10  du  traité  espa- 
gnol de  1864  était  abrogé;    il  était  ainsi  conçu  : 

Les  autorités  Impériales  permettront  que  les  sujets  chinois  qui 
désirent  aller  et  voyager  aux  possessions  espagnoles  d'outre-nier, 
signent  des  contrats  à  cet  eflet  avec  les  sujets  espagnols  et  s'cni- 
barqucn.  seuls  ou  avec  leurs  familles,  dans  n'importe  quel 
port  ouvert  de  Chine,  et  les  autorités  locales  établiront  les  règle- 
ments nécessaires  dans  chaque  port,  d'accord  avec  les  représen- 
tants de  S.  M.  Catholique  pour  la  protection  des  travailleurs 
susmentionnés. 

Ne  pourront  être  admis  les  déserteurs  ni  ceux  qui  auront  été 
enlevés  contre  leur  gré;  si  un  tel  cas  se  produisait,  l'autorité 
locale  préviendrait  le  Consul  Espagnol  pour  qu'ils  soient  ra- 
menés. 

Convention  relative  à  t émigration  chinoise  dans  Vile  de  Cuba  y 

17  novembre  1877. 

Sa  Majesté  le  Roi  d'Espagne  et  Sa  Majesté  l'Empereur  de  la 
Chine,  désirant  établir  sur  de  nouvelles  bases  l'émigration  des 
sujets  chinois  à  l'île  de  Cuba  et  éviter  toute  complication  qui 
pourrait  surgir  à  l'avenir,  ont  nommé  pour  leurs  pléni[)otcn- 
tiaires  respectifs,  à  savoir:  S.  M.  le  Roi  d'Espagne,  Don  Carlos 

I.  1,  p.  5o8. 

a.  M.  de  E^tpafSa  mourut  le  i'^'*  octobre  1880,  des  suites  d'une  chute 
de  cheval  qu'il  fil  à  Pé-King  dans  la  soirée  du  36  septembre  1880. 


rv»  "î 


123  AN?îÉE    1877 

Antonio  de  Espana,  son  ministre  plénipotentiaire  en  Chine, 
Annam  et  Siam,  grand-croix  de  Tordre  royal  d'Isabelle-la-Ca- 
tholique,  chevalier  des  ordres  de  Saint-Jean  de  Jérusalem  et  du 
Lion  Néerlandais,  etc.. 

Et  S.  M.  l'Empereur  de  Chine  LL.  EE.  Shen,  Mao,  Tung, 
Chéîïg  et  Hshia,  membres  du  Tsoung-li  yamen. 

Lesquels  ont  convenu  de  ce  qui  suit  : 

Article  l""".  —  Les  hautes  parties  contractantes  par  les  pré- 
sentes conviennent  qu'à  l'avenir  l'émigration  par  contrat  des 
sujets  chinois  dont  parle  l'article  X  du  traité  conclu  à  Tien-ïsin 
le  10  octobre  1864  *  reste  et  demeure  abrogé. 

La  stipulation  du  susdit  article  relative  à  la  remise  aux  auto- 
rités de  tous  ceux  qui  seront  réclamés  comme  déserteurs,  crimi- 
nels et  prévenus  reste  seule  en  vigueur. 

Art.  3.  —  Les  difficultés  auxquelles  l'application  des  disposi- 
tions du  dit  traité  de  Tien-Tsin,  relatives  à  l'émigration,  avait 
donné  lieu,  ayant  été  écartées,  les  deux  gouvernements  renoncent 
de  part  et  d'autre  à  toute  indemnité  pécuniaire. 

Art.  3.  —  Il  est  convenu  entre  les  hautes  parties  contractantes 
que  l'émigration  de  leurs  sujets  respectifs,  qu'ils  soient  ou  non 
accompagnés  de  leur  famille,  sera  à  l'avenir  libre  et  volontaire. 
Elles  désapprouvent  tout  acte  de  violence  ou  de  ruse  qui  serait 
commis  dans  les  ports  de  la  Chine  ou  partout  ailleurs  dans  le 
but  d'expatrier  des  sujets  chinois  contre  leur  gré.  Les  deux  gou- 
vernements s'engagent  à  poursuivre  avec  toute  la  rigueur  des 
lois  toute  contravention  à  la  stipulation  précédente  et  à  soumettre 
aux  peines  établies  par  leurs  législations  respectives  les  personnes 
et  les  navires  qui  violeraient  celte  stipulation. 

Le  gouvernement  de  S.  M.  le  Roi  d'Espagne  s'engage  envers 
celui  de  la  Chine  à  traiter  les  sujets  chinois  qui  se  trouvent  à 
l'île  de  Cuba  ou  qui  s'y  rendront  h  l'avenir  à  l'égal  des  étrangers 
de  la  môme  catégorie,  sujets  de  la  puissance  la  plus  favorisée. 

Art.  l\.  —  Le  gouvernement  de  Sa  Majesté  l'Empereur  de  la 
Chine  autorisera  le  départ  h  leurs  frais  d'émigranfs  des  deux 
sexe  pour  l'île  de  ^iuba,  de  tous  les  ports  de  l'Empire  ouverts  au 
commerce  étranger  ;  il  s'engage  à  n'apporter  aucune  entrave  à  la 
libre  émigration  de  ses  sujets  et  a  défendre  aux  autorités  des  dits 
ports  et  surtout  aux  Taotai  des  douanes  de  susciter  des  difficultés 
soit  à  TalTrétage  soit  à  la  habilitation  des  navires  destinés  au 

I,  1,  p.  i'|8. 


CONVENTION    D*ÉMIGRATION    AVEC    L*ESPAGNE  laS 

transport  des  passagers  chinois,  sous  quelque  pavillon  qu'ils  na- 
viguent, soit  aux  opérations  des  armateurs,  consignataires  et 
agents,  pourvu  toutefois  qu'ils  se  conforment  aux  stipulations  de 
la  présente  convention. 

Art.  5.  —  11  est  bien  entendu  que  les  Tao-taï  des  Douanes  et 
les  autres  autorités  chinoises  dans  les  ports  ouverts  auront  le 
droit  de  s'informer  par  elles-mêmes  si  l'émigration  s'effectue  con- 
formément à  l'esprit  et  aux  termes  de  la  présente  convention. 
Les  Taotaï  des  Douanes  prépareront  des  passeports  imprimés 
dont  ils  muniront  tout  émigrant  qui  aura  décidé  de  s'embarquer. 
Ces  passeports,  dûment  visés  par  le  Consul  d'Espagne  dans  le 
port  du  départ,  seront  remis  aux  Consuls  chinois  pir  les  autorités 
compétentes  de  l'île  de  Cuba,  à  l'arrivée  des  navires  amenant  les 
émîgrants. 

Le  tao-taï  de  la  Douane  du  port  de  départ  du  navire  condui- 
sant des  émigrants  aura  en  outre  le  droit  de  nommer  des  Délé- 
gués chinois  qui,  de  concert  aACC  ceux  désignés  par  le  Consul 
d*Espagne,  se  rendront  à  bord  des  navires  en  partance  pour 
s'enquérir  si  les  passagers  s'embarquent  de  leur  propre  gré. 

Les  passagers  qui,  au  moment  du  départ,  ne  se  trouveraient 
pas  munis  des  documents  nécessaires,  devront  être  immédiate- 
ment débarqués. 

Toutefois,  si,  à  l'arrivée  du  navire  à  destination,  il  se  trouvait 
quelque  passager  n'ayant  aucun  document,  les  autorités  espa- 
gnoles pourront,  d'accord  avec  les  Consuls  de  la  Chine,  adopter 
à  son  ég?»rd  les  mesures  qu'elles  jugeront  convenables. 

Afin  que  la  \isite  des  délégués  susmenliontiés  puisse  avoir  lieu 
et  s'effectuer  d'une  manière  efficace,  le  capitaine  et  l'armateur 
seront  tenus  de  déclarer  d'avance  l'heure  du  départ  du  navire. 

Si  le  capitaine  d'un  navire  conduisant  des  émigrants  ne  se 
soumettait  pas  à  cette  condition  et  s'il  déclarait  avoir  l'intention 
de  partir  «ivant  la  visite  des  délégués,  le  Consul  d'Kspagne,  après 
qu'une  communication  officielle  lui  aura  été  faite,  devra  lui 
refuser  ses  papiers  de  bord  ot  le  navire  sera  détenu  et  traité  sui- 
vant les  lois  de  son  pays  jusqu'à  ce  que  toutes  les  formalités 
prescrites  par  la  présente  convention  soit-nl  dûment  accomplies. 

Aux.  6.  —  Le  gouvernement  de  S.  M.  l'Emperenr  de  la  Chine 
nommera  un  Consul  général  à  la  Havane;  il  aura  aussi  le  droit 
de  nommer  des  agents  consulaires  dans  toutes  les  villes  où  le 
gouvernement  espagnol  admet  ceux  des  autres  nations. 

11  est  bien  entendu  que  ces  nominations  se  feront  dans  les 


124  ANNÉE    1877 

conditions  arrêtées  d'un  commun  accord  entre  les  hautes  parties 
contractantes. 

Le  gouvernement  espagnol  accordera  aux  Consuls  chinois  les 
mêmes  prérogatives  que  celles  dont  jouissent  les  Consuls  des 
autres  nations  résidant  à  Cuba. 

Les  autorités  de  Tile  de  Cuba  accorderont  au  Consul  général, 
ainsi  qu'aux  Consuls  et  Yice-Consuls  de  la  Chine,  toutes  les  faci- 
lités compatibles  avec  l'exercice  de  leurs  fonctions  pour  les  placer 
en  rapport  avec  leurs  nationaux  et  les  mettre  en  mesure  de 
don...:r  à  ceux-ci  la  protection  à  laquelle  ils  ont  droit. 

Art.  7.  —  Les  sujets  chinois  pourront  quitter  à  leur  gré  l'île 
de  Cuba,  si  toutefois  ils  ne  se  trouvent  pas  sous  le  coup  de  jx)ur- 
suites  judiciaires. 

En  outre,  en  vue  de  faciliter  la  circulation  et  l'établissement 
des  sujets  chinois  à  Cuba  et  afin  qu'ils  jouissent  des  droits  qui 
leur  sont  acquis  par  l'article  3  de  la  présente  convention,  le  gou- 
vernement espagnol,  conjointement  avec  le  représentant  chinois 
à  Madrid,  ou  les  autorités  de  la  Havane,  de  concert  avec  le 
Consul  Général  de  Chine,  établiront  des  règlements  qui,  sans 
s'écarter  des  lois  d'ordre  public  existantes  ou  qui  seraient  décré- 
tées à  l'avenir,  assureront  aux  Chinois  le  traitement  égal  aux 
étrangers  de  la  même  catégorie,  sujets  de  la  puissance  la  plus 
favorisée.  Les  autorités  espagnoles  devront  en  outre  délivrer  aux 
sujets  chinois  un  bulletin  de  circulation  pareil  à  ceux  dont  sont 
munis  les  autres  étrangers. 

Art.  8.  —  Les  sujets  chinois  auront  la  faculté  de  recourir  aux 
tribunaux  espagnols  pour  défendre  ou  poursuivre  leurs  droits  et 
jouiront  à  cet  égard  des  mêmes  droits  et  privilèges  que  les  sujets 
de  la  nation  la  plus  favorisée. 

Les  sujets  chinois  auront  la  faculté  de  se  faire  accompagner  aux 
tribunaux  par  des  avocats  et  par  des  interprêtes  espagnols  ou 
étrangers  qui  auront,  selon  la  loi  espagnole,  qualité  suflisante 
pour  être  présents  aux  audiences  des  tribunaux  et  qui  pourront 
être  désignés  par  les  Consuls  chinois  résidant  à  l'île  de  Cuba. 

Les  plaintes  que  les  sujets  chinois  résidant  actuellement  à  l'île 
de  Cuba  auraient  à  présenter  au  sujet  des  mauvais  traitements 
qu'ils  prétendraient  avoir  reçus  antérieurement  à  la  date  de 
l'échange  des  ratifications  de  la  présente  convention,  seront  exa- 
minées par  les  tribunaux  espagnols  et  jugées  équitablement  delà 
même  manière  que  cela  se  pratique  pour  les  sujets  de  la  nation 
la  plus  favorisée. 


CONVE!«TION    D* ÉMIGRATION    AVEC    L*ESPAGNE  I  a5 

Aht.  9.  —  Les  autorités  compétentes  de  Tilc  de  Cuba  et  le 
Consul  général  de  la  Chine  à  la  Havane  établiront  de  commun 
accord  et  le  plus  tùt  possible  les  règles  que  les  émigrés  chinois 
n^idant  actuellement  à  Cuba  et  ceux  qui  y  arriveront  à  Tavenir 
devront  observer  pour  obtenir  un  certificat  constatant  leur  inscri|>- 
lion  sur  un  registre  tenu  par  les  Consuls  chinois.  Ces  derniers 
leur  délivreront  un  certificat  d'immatriculation  qui  sera  visé  par 
le  commissaire  de  police  ou  toute  autre  autorité  compétente  dans 
]e  district,  ville  ou  plantation  de  l'arrondissement  où  l'émigré 
établira  sa  résidence. 

Les  autorités  cubaines  communiqueront  aux  Consuls  chinois 
des  renseignements  détaillés  concernant  le  nombre  et  le  nom  des 
sujets  chinois  qui  se  trouvent  dans  les  dilTérenles  localités  de  l'ilc 
et  leur  faciliteront  les  moyens  de  s'assurer  personnellement  de 
l'état  des  Chinois  engagés  comme  travailleurs  aux  plantations. 

Art.  10.  —  Le  trans|X>rt  des  émigrants  ne  pourra  s'elVectucr 
que  par  les  navires  qui  se  conformeront  aux  stipulations  de  la 
présente  convention,  ainsi  qu'aux  conditions  d'aménagement, 
approvisionnement  et  salubrité  exigées  par  les  lois  de  leur  pays. 

Art.  II.  —  Le  gouvernement  de  S.  M.  le  Roi  d'Espagne,  dé- 
sirant donner  au  gouvernement  de  S.  M.  TEmpereur  de  la  Chine 
une  preuve  d'amitié  et  de  bon  vouloir,  s'engage  à  rapatrier  à  ses 
frais,  aussitôt  que  la  présente  convention  sera  ratifiée,  les  per- 
sonnes qui  ont  fait  autrefois  en  Chine  leurs  études  littéraires 
ainsi  que  celles  d'un  rang  ofliciel  et  les  individus  appartenant  h 
des  familles  de  cette  catégorie  qui  j)ourraient  se  trouver  actuelle- 
ment à  l'île  de  Cuba.  Ce  rapatriement  s'elTeeluera  sur  les  rcnsei- 
g^nements  fournis  par  les  agents  consulaires  chinois  et  dûment 
vérifiés  par  les  autorités  espagnoles. 

Seront  également  rapatriés  les  vieillards  empêchés  par  Tàge  de 
travailler  et  qui  demanderaient  à  rentrer  en  Chine,  ainsi  que  les 
orphelines  chinoises  non  mariées  qui  désireraient  retourner  dans 
leur  pays. 

Art.  12.  —  Le  gouvernement  espagnol  obligera  les  patrons 
des  émigrés  chinois  dont  les  contrats  sont  échus  et  qui,  aux 
termes  de  ceux-ci,  ont  droit  au  ra[)atriement,  à  rcnq)Iir  les  obli- 
gations qu'ils  ont  contractées  envers  ces  émigrés. 

Quant  à  ceux  qui  auraient  rempli  tous  leurs  engagements 
mais  qui,  n'avant  pas  droit  au  rapatriement  aux  frais  de  leurs 
patrons,  sont  dénués  des  moyens  d'y  subvenir  eux-mêmes,  les 
autorités  locales,  d'accord  avec  les  Consuls  chinois  à  Cuba,  adop- 


134  ANNÉE    1877 

conditions  arrêtées  d'nn  commun  accord  entre  les  hautes  parties 
contractantes. 

Le  gouvernement  espagnol  accordera  auï  Consuls  chinois  les 
mi^mes  prérogatives  que  celles  dont  jouissent  les  Consuls  des 
autres  nations  résidant  à  Cuba. 

Les  auloriti^  de  l'Ile  de  Cuba  accorderont  au  Consul  général, 
ainsi  qu'aux  Consuls  et  Vice-Consuls  de  la  Chine,  toutes  les  faci— 
liti'S  compatibles  avec  l'exercice  de  leurs  fonctions  pour  les  placer 
en  rap|xirt  avec  leurs  nationaux  et  les  mettre  en  mesure  de 
don...  r  h  ceux-ci  la  protection  à  laquelle  ils  ont  droit. 

AuT.  7.  —  Les  sujets  chinois  pourront  <iuitter  à  Iciir  gré  l'ilc 
de  <:ul)a,  si  toutefois  ils  ne  selrouvenl  pas  sous  le  coup  de  pour- 
suites judiciaires. 

Kn  outre,  en  \ucde  faciliter   la  circulation  et  l'établissemcitt 
des  sujets  chinois  à  <'.ul)a  et  alin  qu'ils  jouissent  des  droits  qui 
leur  sont  acquis  [»ar  l'article  3  de  la  présente  convention,  le  goii— 
vernemenl  espagnol,  conjointement  avec  le  représentant  chinois 
Il  Madri<l,  ou  les  autorités  de  la   Havane,    de  concert  avec  Ic^ 
Consul  Général  de  Chine,  établiront  des  règlements  qui.  sar^ -^ 

s'écarter  des  lois  d'ordre  public  existantes  nu  qui  seraient  décr«!sï_ 

tt'-ca  H  l'avenir,  assureront  aux  Chinois  le  traitement  égal  ai'^^^\ 
étrangers  de  la  môme  catégorie,  sujets  de  la  puissance  la  pV.— ^^^ 
favorisée.  Les  autorités  espagnoles  devront  en  outre  délivrer  -^j^  m 
sujets  chinois  un  bulletin  de  circulation  pareil  à  ceux  dont  ^^nn^ 
munis  les  autres  élrangers. 

Abt.  8.  —  Les  sujets  chinois  auront  la  faculté  de  recouriK,—'        BM.'i 
tribunaux  espagnols  |>our  défendre  ou  (wursuivre  leurs  dr^:;;^  ~^^%  ftVi 


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laÔ  ANNÉE    1877 

teront    les   mesures   qu'ils   jugeront    nécessaires  pour    les    ra- 
patrier. 

Les  émigrés,  résidant  actuellement  à  Tilc  de  Cuba  et  dont  les 
contrats  seraient  expirés,  recevront  aussitôt  que  la  présente  con- 
vention sera  mise  en  vigueur  un  certificat  dans  lequel  il  sera 
constaté  qu'ils  ont  rempli  leurs  engagements  ;  ils  entreront  parle 
fait  dans  la  jouissance  de  tous  les  avantages  assurés  aux  autres 
Chinois  par  le  règlement  mentionné  dans  l'avlicle  7  de  la  pré- 
sente convention  et  seront  libres,  soit  de  rester  dans  Tllc  de  Cuba, 
soit  de  la  quitter. 

Art.  i3.  —  Les  autorités  de  File  de  Cuba  pourront,  si  les 
circonstances  l'exigent  et  malgré  le  règlement  dont  il  a  été  fait 
mention,  s'opposer  h  la  circulation  et  résidence  des  sujets  chi- 
nois dans  toutes  localités  où  elles  le  jugeraient  convenable,  si  par 
des  raisons  spéciales  elles  trouvaient  que  l'accumulation  d'indi- 
vidus dans  les  susdites  localités  pouvait  être  nuisible  à  l'ordre 
public.  Dans  ce  cas,  les  autorités  locales  observeront  envers  les 
sujets  chinois  les  mêmes  règles  qu'envers  les  autres  étrangers  et 
feront  part  au  Consul  de  Chine  de  la  décision  qu'elles  auraient 
prises. 

Art.  i/|.  —  Les  journaliers,  qui  ont  encore  des  obligations  à 
remplir  aux  termes  de  leur  contrat,  devront  en  tous  cas  remplir 
ces  obligations,  mais  jouiront  quant  aux  certificats,  etc.,  des 
avantages  qui  sont  accordés  à  leurs  compatriotes  nouvellement 
débarqués  ou  qui  auront  terminé  leur  engagement. 

De  même,  tous  les  sujets  chinois,  qui  pourraient  se  trouver 
détenus  dans  les  dépôts  du  gouvernement  dans  l'île  de  Cuba, 
seront  mis  en  liberté  aussitôt  que  la  présente  convention  sera  en 
vigueur  ;  ils  seront  munis  des  documents  que  le  règlement  aura 
établis  et  traités  à  l'égal  des  autres  Chinois. 

Seront  exceptés  de  la  clause  qui  précède  tous  ceux  qui  se  trou- 
veraient dans  les  prisons  du  gouvernement  sous  le  coup  d'une 
condamnation  ou  d'une  accusation. 

Art.  i5.  —  Le  gouvernement  de  S.  M.  le  Roid'Espagne  et  le 
gouvernement  de  Sa  Majesté  l'EnqKîreur  de  la  Chine  conviennent 
que  si  l'un  d'eux  jugeait  par  la  suite  convenable  d'apporter  des 
modifications  à  quelques-unes  des  clauses  de  la  présente  conven- 
tion ou  de  les  annuler,  des  négociations  ne  pourront  être  ouvertes 
à  cet  effet  qu'au  moins  un  an  après  la  notification  par  l'une  des 
hautes  parties  contractantes  de  son  désir  d'y  procéder. 

11  est  aussi  entendu  que,  si  à  l'avenir  le  gouvernement  chinois 


conye:«tion  d*émigration  avec  l^espagne*  127 

accordait  à  toute  autre  puissance  des  avantages  non-mentionnés 
dans  la  présente  convention  au  sujet  de  l'émigration  de  sujets 
chinois,  ces  avantages  seront  de  fait  acquis  au  gouvernement 
espagnol. 

Art.  16.  —  La  présente  Convention  sera  ratifiée  et  les  ratiG- 
cations  seront  échangées  à  Pé-King  dans  le  délai  de  huit  mois  ou 
plus  tôt,  si  faire  se  pourra. 

Fait  à  Pé-King  en  double  expédition  en  langues  espagnole, 
française  et  chinoise,  dont  les  copies  collationnécs  et  trouvées 
conformes,  les  Plénipotentiaires  respectifs  ont  signé  et  apposé  le 
sceau  de  leurs  armes  le  dix-sept  novembre  mil  huit  cent  soixante 
et  dix-sept. 

Sceau  et  Signatures. 

Les  articles  3,  5,  7,  8  et  11  de  la  Convention  semblaient 
justifier  la  joie  que  témoignèrent  les  Chinois  après  la  signa- 
ture; Farticle  6  était  agréable  à  TEspagne.  «  Il  est  vrai 
ainsi,  écrit  un  diplomate  au  sujet  de  la  Convention,  que  les 
rôles  liabituels  de  ceux  qui  négocient  à  Pé-king  étaient  chan- 
gés, en  ce  sens  que  TEspagne  n'a  point  d'intérêts  en  Chine 
et  que  la  Chine  en  a  de  très  importants  à  Cuba.  » 

Le  prince  Koung  s'empressa  de  remercier  les  diplomates 
étrangers  de  leur  concours  : 

Pé-Ring,  le  17  novembre  1877'. 

Grâce  au  concours  qu'ont  bien  voulu  nous  prêter  les  Repré- 
sentants étrangers  à  Pé-King  dans  ralTairc  de  Cuba,  nous  venons 
d'arrêter  définitivement  les  termes  d'une  Convention  qui  a  été 
signée  aujourd'hui  par  M.  d'Espaîïa  et  nous  pour  faire  foi. 

Nous  remercions  les  Ministres  étrangers  de  s'être  intéresses  à 
celte  question  et  nous  avons  l'honneur  de  vous  faire  tenir  ci-joint 
une  copie  de  la  susdite  convention. 

J'espère  que  V.  E.  voudra-  bien  informer  le  Gouvernement 
français  afin  qu'il  invite  son  Consul  général  à  la  Havane  à  prêter 
assistance  dans  le  sens  de  cette  Convention  au  Consul  général 
que  nous  enverrons  résider  à  Cuba.  Nous  espérons  que  vous  le 

I.   Lettre  du  prince  Roung  au  ministre  de  bVancc. 


ia8  ANNÉE   1877 

ferez  pour  resserrer  encore  davantage  les  liens  d'amitié  qui  nous 
unissent. 

Veuillez  agréer,  etc.  *. 

Les  ratifications  furent  échangées  Tannée  suivante  et  le 
prince  Koung  en  fit  part  au  corps  diplomatique  auquel  fu- 
rent remis  des  exemplaires  imprimés  du  texte  chinois  de  la 
Convention. 

Le  Prince  Koung  au  Ministre  de  France,  12  décembre  1878. 

Grâce  à  l'assistance  que  nous  ont  prêtée  les  Légations  étran- 
gères à  l'occasion  de  l'émigration  chinoise  à  la  Havane,  nous 
avions  arrêté,  signé  et  scellé,  M.  de  Espaîla  et  nous,  les  termes 
d'une  convention  dont  nous  vous  avons  communiqué  le  texte  en 
date  du  17  novembre  1877.  ^^"^  avons  ensuite  soumis  celle 
Convention  à  nos  Gouvernements  respectifs;  elle  a  été  revêtue 
du  sanctionnemcnt  de  l'Empereur. 

Le  G  décembre  1878,  notre  Yamen  a  reçu  ampliation  de  celle 
sanction  en  vertu  de  laquelle  le  texte  chinois  a  été  revêtu  du  sceau 
impérial. 

De  son  côté,  M.  de  Espaiia  avait  obtenu  ratification,  signature 
et  sceau  de  son  souverain  sur  les  textes  espagnol  et  français  de 
ladite  Convention. 

Nous  avons  donc  pu  procéder  à  l'échange  de  ces  ratifications, 
et,  dans  le  procès-verbal  rédigé  à  cette  occasion  en  chinois  et  en 
langue  étrangère,  il  a  été  bien  entendu  que  cette  convention  de 
1877  serait  perpétuellement  respectée. 

Nous  avons  l'honneur  de  transmettre  ci-joint  à  V.  Exe.  un 
exemplaire  imprimé  de  cette  Convention  (texte  chinois)  contenant 
le  procès-verbal  de  la  ratification  par  les  deux  Gouvernements. 

J'espère  que  V.  Exe.  voudra  bien  prier  le  Gouvernement  fran- 
çais d'inviter  son  Consul  à  Cuba  à  prendre  en  considération  les 
dits  règlements,  lorsqu'il  se  présentera  une  a  (Ta  ire  intéressant  l'émi- 
gration chinoise  et  à  aider  à  leur  exécution  ;  ce  sera  nous  donner 
une  marque  d'amitié.  Tel  est  ce  que  nous  espérons  vivement. 

Veuillez  agréer,  etc.  *. 


1.   Pour  traduction  conforme,  signe  :  G.  Devéria. 
li.   Pour  traduction  conforme,  signé  :  G.  Dkvéria. 


M.    BRENIER    k    M.    WADDINGTON  lùQ 


M.    DE    ESPA>A 


M.  de  Espana  était  un  homme  d'une  activité  débordante; 
personnage  agité,  fébrile,  brouillon  même,  s'attaquantàla  fois 
à  tous  les  problèmes  sans  se  préoccuper  des  inconvénients  de 
ce  rôle  de  louche-à-lout  ;  jamais  on  ne  vit  di|)lomatc  plus 
mobile,  courant  les  fners  avec  plus  de  facilite,  un  jour  à 
Pé-King,  quelque  temps  après  à  Hué,  surgissant  de  manière 
imprévue  à  Hong-Kong  et  à  Chang-Haï,  il  aurait  facilement 
brouillé  les  cartes  entre  la  France  et  TEspagne,  sans  la 
sagesse  de  nos  agents  :  la  question  de  Témigration  réglée, 
c'est  TAnnam  qui  le  préoccupe  ainsi  qu'en  témoigne  la  let- 
tre très  intéressante  suivante  ;  nous  verrons  d'ailleurs  M.  de 
Espana  se  montrer  l'un  des  diplomates  les  plus  acharnés  à 
contrecarrer  en  Indo-Chine  les  projets  de  cette  France  qui  eut 
le  tort  de  rendre,  à  Pé-King,  trop  de  services  à  des  ingrats,  aussi 
bien  étrangers  que  Chinois  :  témoin  M.  d'Eulenbourg  pour 
la  signature  du  traité  allemand,  M.  de  Espana  pour  la  ques- 
tion de  l'émigration,  le  marquis  Ts'éng  pour  le  règlement 
de  l'affaire  de  Kouldja,  pour  ne  citer  que  ceux-là.  «  Chacun 
pour  soi  et  Dieu  pour  tous  »,  doit  être  la  devise  des  diplo- 
mates dans  ce  pays  lointain  de  Chine  où  les  intérêts  se  ja- 
lousent les  uns  les  autres,  où  la  course  aux  concessions  est 
effrénée,  où  le  succès  de  l'un  est  considéré  comme  la  défaite 
de  Tautre,  où  l'appui  donné  à  un  allié,  qui  le  lendemain  se 
révélera  un  adversaire,  n'est  qu'une  arme  fournie  à  un  concur- 
rent, parfois  à  un  ennemi. 

M.  BHE?IIER   A    M.    WADDINGTO?»,    MINISTRE   DES    AFFAIRES 

ÉTRANGÈRES 

Pé-King,  le  2  décembre  1878. 

Monsieur  le  Ministre, 
Monsieur  de  Espana  était  à  Hongkong  depuis  quelque  temps 

GORDIER.  II   —   9 


l3o  ANNÉE    1877 

et  se  disposait  à  s'embarquer  pour  Hue  sur  une  canonnière  espa- 
gnole El  Marques  del  Du^ro,  lorsqu'il  a  reçu  un  télégramme  de  son 
'gouvernement,  l'invitant,  tous  soins  cessant,  à  se  rendre  à  Pé- 
Ring,  pour  ratifier  sa  convention  de  Tannée  dernière. 

Monsieur  de  Espana  est  arrivé  ici  avant-hier  et  en  repartira 
probablement  le  5  de  ce  mois,  afin  de  profiter  du  dernier  vapeur 
qui  doit  venir  à  Tien-Tsin,  avant  la  fermeture  complète  de  la 
rivière.  Je  ne  pense  pas  qu'il  éprouve  le  moindre  retard,  car  le 
gouvernement  chinois  est  depuis  longtemps  désireux  de  ratifier 
une  convention  qu'il  regarde  comme  lui  étant  favorable. 

J'ai  vu  dc^à  deux  fois  Monsieur  de  Espana  et  hier  encore  il  est 
venu  m'apporter  un  volumineux  dossier,  relatif  à  l'affaire  du 
Zamboaga,  Votre  Excellence  sait  déjà  que  le  capitaine  de  ce 
navire  espagnol,  ayant  été  accusé  de  faire  de  la  coni rebande  à 
Haï-phong,  s'est  vu  interdit  l'entrée  de  tous  les  ports  du  Tong- 
King  et  de  l'Annam.  Si  j'en  crois  les  pièces  qui  ont  passé  sous 
mes  veux,  il  serait  actuellement  difficile  aux  autorités  annamites 
et  françaises  de  prouver  le  fait  de  contrebande  reproché  au  capi- 
taine du  Zamboaga,  les  témoins  seraient  morts,  rapatriés  ou  dis- 
persés, et  je  crois  que  les  agents  français  occupant  la  douane  de 
Haï-phong  eussent  peut-élre  mieux  fait  de  régler  cette  affaire, 
moyennant  l'amende  de  cinq  cents  piastres  qu'offrait  de  payer  la 
maison  consignataire  du  Zamboaga. 

Quoi  qu'il  en  soit,  mon  collègue  m'ayant  exprimé  le  désir  do 
se  rendre  à  Hué,  en  quittant  Pé-King  afin  de  demander  des  expli- 
cations au  roi  d'Annam,  au  sujet  du  traitement  infligé  à  son 
navire,  et  m'ayant,  à  cette  occasion ,  demandé  mon  avis  sur  les 
faits  qui  s'étaient  passés  au  Tong-King,  je  ne  lui  ai  pas  caché 
que,  selon  moi,  le  fait  de  contrebande  semblait  prouvé  par  le 
refus  du  capitaine,  refus  constaté,  de  subir  la  contre-visite  or- 
donnée par  la  douane.  Que,  d'un  autre  d^té,  la  maison  consi- 
gnataire en  offrant  de  payer  une  amende  de  cinq  cents  piastres, 
qui  est  la  plus  forte  somme  imposée  en  pareille  occurence,  me 
semblait  démontrer  également  qu'elle  avouait  le  fait  reproché  à 
son  capitaine.  J'ai  ajouté  que  les  affaires  de  Cochinchine  et  du 
Tong-King  ne  me  regardaient  que  très  indirectement;  mais  que, 
puisqu'il  me  faisait  l'honneur  de  demander  mon  avis,  j'avouais 
franchement  que  je  préférerais,  a  sa  place,  aller  à  Hué.  avc»c  une 
entrée  en  matières  différente  de  celle  d'un  cas  de  contrebande 
plus  ou  moins  prouvé, 

Monsieur  de  Espana  est  andalous  de  naissance  et  de  caractère. 


M.    BRENTER    A    M.    T\*ADDINGTON  l3l 

Il  aime  le  bruit  ;  il  sait  d*ailleurs  que,  devant  les  chambres  espa- 
srnoles,  celle  croisade  entreprise  en  faveur  d'un  navire  de  com- 
merce et  du  pavillon  de  sa  nation,  fera  bien  dans  le  paysage, 
pour  me  servir  d'une  expression  triviale,  et  je  crois,  en  consé- 
quence, qu'il  persistera  dans  son  intention  d'aller  faire  du  tapa^sfe 
a  Hué  :  d'autant  plus  qu'il  est  appelé  à  se  rendre,  en  Mars  ou 
Avril,  à  Madrid,  pour  conférer  avec  ïcirên  Lan-pin,  le  Ministre 
de  Chine  aux  États-Unis  et  en  Espagne,  et  qui  doit  se  trouver 
vers  celle  époque  dans  ce  dernier  pays. 

De  Hué,  Monsieur  de  Espana  a  l'intention  de  se  rendre  à 
Manille,  où  il  a,  dit-il,  a  s'entendre  avec  le  gouverneur  des  Phi- 
lippines, au  sujet  des  îles  So-lo,  etc.  Puis  il  reviendra  en  Chine 
pour  s*occuper  des  coolies  et  c'est  Tché-fou.  qui  doit-ôtre,  dit-il, 
le  centre  des  opérations  de  l'émigration  des  coolies.  Il  sait  le 
vice-roi  de  Canton  mal  disposé  et  les  habitants  du  Sud  plus  dif- 
ficiles à  gouverner  que  ceux  du  Nord.  Il  faut  d'ailleurs  recon- 
naître que  les  habitants  du  Chan-Toung  spécialement  émigrent 
\oIontier$,  et  font  de  meilleurs  travailleurs  que  les  Cantonais. 
L'essai  fait  par  la  Russie  à  Vladivoslock  en  est  la  preuve  et  on 
assure  que  cette  année  seulement,  par  suite  de  la  famine,  plus 
de  aooooo  habitants  du  Chan-Toung  ont  émigré  en  Mandchourie. 
Monsieur  de  Es[3ana  ajoute  qu'il  ne  permettra  à  aucune  maison 
espagnole  de  faire  de  l'émigration  et  que  le  seul  et  unifjue  agent 
s<*ra  celui  de  la  Compagnie  qui  s'est  formée  à  la  Havane,  pour 
réniigration  des  coolies  et  qui,  sous  peu,  établira  une  ligne  de 
vapeurs  faisant  le  service  direct  entre  la  Chine  et  Cuba,  (ics 
\a|>eurs  seront  également  chargés  de  porter  les  lettres  des  Chi- 
nois émigrants  et  de  leurs  familles  et  de  rapatrier  immédiatement 
ceux  que  leur  santé  ou  tout  autre  motif  sérieux  empêcheraient 
de  séjourner  davantage  dans  la  reine  des  Antilles.  Il  faut  espérer 
que  ces  projets  et  ces  promesses  seront  fidèlement  tenus. 

Veuillez,  etc. 

Signé  :  V*®  Brenier  de  Montmorand. 

P.  S.  —  J'oubliais  de  dire  h  Votre  Excellence  que  M.  d'Es- 
pafia  dit  s'être  assuré  le  concours  du  gouverneur  anglais  de  Hong- 
Rong.  Toutefois,  je  crois  savoir  que  ce  dernier  lui  a  seulement 
déclaré  que  si.  Lord  Salisbury  après  avoir  eu  connaissance  de  la 
Convention  Espano-Chi noise,  lui  faisait  savoir  qu'il  l'approu- 
vait, il  se  conformerait  aux  ordres  que  son  gouvernement  lui 
ferait  parvenir.  Je  suis  d'autant  plus  porté  à  croire  à  l'exactitude 


l32 


ANNÉE    1877 


de  ce  renseignement  que  M.  d^Ëspaûa  l'avoue  lui-même  et  qu'il 
fait  en  môme  temps  grand  bruit  d'une  leçon  qu'il  aurait  donnée 
au  Gouverneur  en  question,  qui,  dans  un  diner  auquel  assistait 
M.  d'Espafîa  en  uniforme,  aurait  porté  la  santé  des  trois  grands 
Empereurs  de  l'Asie  :  l'Empereur  de  Russie,  l'Impératrice  des 
Indes  et  l'Empereur  de  la  Chine  —  sans  y  ajouter  celle  de  S.  M.^ 
le  roi  d'Espagne.  M.  d'Espaiia  se  serait  levé  immédiatement  et 
aurait  porté  la  santé  de  son  souverain  et  de  la  Reine  d'Angle- 
terre. 

Signé  :  Brenier. 


CHAPITRE  VII 

LE  MARQUIS  TSENG.  —  DISGRACE  DE  LIEOU.  —  LI  FOUNG- 
PAO.— VICARIAT  APOSTOLIQUE  DU  KAN-SOU.— AU6USTINS 
ESPAGNOLS.  —  DÉPART  DE  M.  BRENIER  DE  MONTMORAND. 
-  M.  PATENOTRE.  —  LÉGATION  D'ITALIE.  —  ARMEMENTS 
DE  U  H0UN6-TCHANG.  —  M.  BOURÉE. 

LE    MARQUIS    TS'ÊNG 

De  nombreux  chatigemenls  eurent  Heu  dans  le  corps  di- 
plomatique chinois  en  1878.  Le  22  février  1878,  un  décret' 
accrédita  le  ministre  de  Chine  en  Angleterre  également  au- 
près du  gouvernement  français.  Il  fut  reçu  le  6  mai  1878 
par  le  Président  de  la  République.  Mais  Kouo  ne  devait  pas 
occuper  longtemps  ses  nouvelles  fonctions  :  il  assista  avec  toute 
sa  Légation  à  l'inauguration  pluvieuse  de  l'Exposition 
universelle,  le  i'*"  mai  1878.  Kouo,  esprit  éclairé,  était  d'une 
grande  courtoisie,  d'un  commerce  sAr,  et  il  est  certainement 
l'un  des  hauts  fonctionnaires  chinois  que  j'ai  connus  avec 
lequel  j'ai  eu  les  plus  agréables  relations.  Desservi  par 
son  collègue,  le  second  ministre,  Lieou,  il  fut  rappelé  quoi- 
que originaire  du  pays  de  Ts'êng,  le  IIou-Nan.  Rentré  dans 
son  pays,  Kouo  subit  sa  disgrâce  avec  beaucoup  de  dignité, 
prit  sa  retraite  en  1879*  ^*  mourut  en  1887. 

Au  mois  d'août  1878,  le  fils  aîné  du  célèbre  Ts'éng 
Kouo-fan*,  Ts'êng    Ki-tseu'  remplaça    Kouo.  Le  nouveau 

I.  li  arriva  à  Chang-Haï,  par  VAnadjr,  le  36  mars  1879. 

a.   I,  p.  2o5  el  '|'|6- 

3.  Son  pore  était  mort  le  la  mars  1873;  sa  mère  mourut  le  33  sep- 


l34  DE    FÉVRIER     1878    A    JUIN     1880 

ministre,  né  dans  le  district  de  Siang-H'iang,  préfecture  do 
Tchang-Cha  [Hoii-Nan],  avait  quarante  et  un  ans,  savait 
passablement  l'anglais,  était  intelligent,  aimable  et  hospita- 
lier, et  sans  aucun  doute  il  eut  fait  une  excellente  carrière 
en  Europe,  si,  malheureusement,  il  n'avait  pas  écoute  les 
avis  de  conseillers  étrangers,  funestes  pour  lui  aussi  bien 
que  pour  son  pays.  C'est  grâce  à  ces  conseils,  plus  encore 
qu'à  l'obstination  de  Ts'êng*,  que  la  question  du  Tong-King 
a  conduit  à  une  guerre,  facilement  évi table,  avec  la  France. 

Le  Prince  Koung  au  Ministre  de  France. 

Pé-King.  le  a6  août  1878. 

Le  35  de  ce  mois,  j'ai  reçu  respectueusement  le  décret  impérial 
suivant  : 

«  Ts'êng  Ki-tseu,  Marquis  (de  1  *■"  classe)  de  Y-Yoïig,  dirccleur 
surnuméraire  de  quatrième  et  cinquième  classe,  décoré  de  la  plume 
de  paon  de  3^  classe,  est  envoyé  en  Angleterre  et  en  France  comme 
Ministre  de  Chine.  Kouo  Soung-tao  revient  à  Pé-King  reprendre 
ses  fondions.  Respectez  ceci.  » 

C'est  avec  respect  que  je  prends  copie  du  présent  décret  pour 
Tin  formation  de  V.  E. 

Veuillez,  etc.,  etc.  *^. 

Ts'éng  était  accompagné  dans  son  ambassade  d'un  nom- 
breux personnel;  il  quitta  Chang-Haï  le  22  novembre  1878. 

LÉGATION    DE    TS'ÊNG,     I9    .NOVEMBRE     1878 

Secrétaires  : 

Tchen  Yuan-ld,  secrétaire  d'ambassade  de  2"  classe  ;  secrétaire 
honoraire  de  ministère,  tao-taï  honoraire. 

tetnbre  187.^,  dans  la  capitale  du  Hou-Nan,  au  moment  où,  aérant  ter- 
miné la  période  du  deuil  paternel,  il  allait  se  mettre  en  route  pour 
Pé-King. 

I.  Nous  le  désignerons  par  le  titre  de  Marquis^  l'équivalent  du  second 
degré  de  la  noblesse  chinoise  qui  avait  été  accordé  à  son  père  pour  ses 
actions  d'éclat. 

a.   Pour  traduction  conforme,  signé  :  Devéhia. 


DISGRACE    DE    LIEOU    Sl-IIOUNG  l35 

Leoa  Han-tsing,  secrétaire  d*ambassade  de  3®  classe,  inspecteur 
honoraire  des  canaux,  aspirant  tao-taï,  préfet  suppléant. 

Interprètes  : 

Tso  Ping-long,  interprète  de  3*  classe  pour  la  langue  anglaise, 
globule  de  5'  classe,  élève-assistant  à  la  Cour  des  Censeurs. 

Tcheng  Tche-ing,  interprète  de  3*  classe  pour  la  langue  an- 
glaise, sous-préfet  suppléant  de  la  province  du  Kiang-Sou. 

Lien-hing,  interprète  de  3"  classe  pour  la  langue  française, 
secrétaire  surnuméraire  du  Grand  Conseil. 

Attachés  à  TAmbassade  : 

Yang  Wen-houei,  attaché  surnuméraire  au  Grand  Conseil. 

Ts'ao  Kin-yong,  aspirant  sous-préfet. 

Li  Kouei-tch'ao,  aspirant  de  sous-préfecture. 

Sieou  Jen-kie,  aspirant  sous-préfet. 

Tseng  Nien-tsou,  médecin,  sous-préfet  honoraire. 

Li  Pin-lin,  sous-préfet  honoraire  et  surnuméraire. 

Wang  Kouo-tche,  attaché  à  la  direction  des  prisons. 

Attachés  militaires  : 

Ting  Houo-jong,  chef  de  bataillon  hors  cadre. 

Wcuig  AV?n-A*ai,  capitaine  hors  cadre. 

]Vang  Chi-ichen,  sous-lieutenant  de  marine. 

Ma  Teng-lien  (sujet  anglais),  instructeur  d'artillerie. 

Divers  : 

Yang-tcfieou,    élève-dessinateur,   sous-préfet  honoraire   de   3" 
classe. 

Sié  Sien-jen,  élève-ingénieur,  sous-préfet  honoraire. 
Wang  Che-cheou,  élève -ingénieur  ^, 


DISGRACE    DE    LIEOU   Sl-HOUTSG 

Le  collègue  de  Kouo  Soung-tao,  Licou,  fonctionnaire  de 
3*  classe,  secrétaire-surnuméraire  de  5°  rang,  envoyé  en  An- 
gleterre comme  ministre-adjoint,  avait  été,  par  décret  du  3o 
avril  1877,  désigné  pour  remplir  les  fonctions  de  ministre  de 

I .   Liste  fournie  par  le  prince  Koung. 


136  DE    FÉVRIER     1878    A    JUIN     1880 

Chine  en  Allemagne  V  M.  von  Brandi,  alors  occupé  à  Pé-King 
de  la  révision  du  traité  allemand,  crut  (jue  cette  nomination 
était  faite  pour  contrecarrer  ses  projets  à  Berlin  ;  il  n'en  était 
rien  ;  on  voulait  tout  simplement  débarrasser  Kouo  de  ce 
personnage  obtus,  jajoux  et  acariâtre.  L'année  suivante,  on 
le  rappela  en  même  temps  que  Kouo  et  on  lui  donna  Li 
Foung-pao  comme  successeur. 

LI    FOl'>T,-PAO 

Le  Prince  Roung  au  Ministre  de  France. 

Pé-King,  le  37  août  1878. 

Le  a5  courant,  j'ai  reçu  avec  respect  le  décret  impérial  sui- 
vant : 

«  Li  Foung-pao  est  décoré  du  globule  de  seconde  classe  et  chargé 
d'affaires  de  la  Légation  de  Chine  en  Allemagne. 

Licou  Si-houng  revient  prendre  ses  fonctions  à  Pé-King. 

Respectez  ceci.   » 

C'est  avec  respect  que  je  prends  copie  du  présent  décret  pour 
en  donner  connaissance  à  Votre  Excellence. 

Agréez,  etc.,  etc.  *. 

Li  Foung-pao  était  du  Kiang-Sou  et  une  créature  de  Li 
Houng-tchang.  Il  avait  été  directeur  de  l'arsenal  de  Kao- 
tchang  Miao'*  et  il  était  venu  en  Europe  en  1877  comme 
l'un  des  directeurs  de  la  première  mission  envoyée  par  l'ar- 
senal de  Fou-tchéou,  poste  qu'il  occupait  lorsqu'il  fut  ap[Mîlé 
à  Berlin.  C'était  le  type  du  Chinois  gras,  et  la  propreté  fut 
toujours  le  moindre  de  ses  soucis  ;  il  était  commun,  peu 
lettré  dans  le  sens  chinois  du  mot,  mais  il  était  avide  de 
s'instruire  et  connaissait  les  sciences  européennes  beaucoup 
mieux  que   la   plupart  de   ses  compatriotes  ;   en  outre,    il 

1.  Lieoii  remit  ses  lettres  de  créance  à  Berlin  le  36  novembre  1877. 

2.  Pour  traduction  conforme,  signé  :  G.  Devéria. 

3.  I,  p.  "2 '18-9.  —  11  mourut  le  0  août  1887,  dans  une  petite  île,  près 
Chang-Hai,  où  il  s'était  retiré. 


VICARIAT    APOSTOLIQUE    DU    KAN-SOU.    3  1    JUIN     1878  187 

était  fort  intelligent,  sans  être  dépourvu  d'un  bon  gros  sens 
pratique  ;  il  fut  nomme- titulaire  de  l'ambassade  de  Berlin, 
en  mai  1S79,  et  les  grandes  afiaires  industrielles  qu'il 
traita  dans  celle  cajntale  ne  furent  pas  étrangères  à  sa  dis- 
grâce en  i8S5.  H  commanda  en  Allemagne  des  cuirassés,  et 
ses  envieux  prétendirent  qu'il  n'était  pas  sorti  les  mains  nettes 
de  ses  marchés.  Attaché  à  la  personne  de  Li  à  son  retour  en 
Chine,  son  protecteur,  menacé  lui-même  à  Tépoque,  ne  put 
le  défendre  plus  longtemps  contre  les  censeurs,  et  le  décret 
suivant  panit  dans  la  Gazette  de  Pë-King  du  22  novembre 
i885. 

Li  Foung-pao,  fonctionnaire  décoré  du  boulon  de  deuxième 
rang  et  dignitaire  du  troisième  degré  honoraire  dans  une  des 
cours  secondaires  de  Pé-Kiiig,  porté  sur  le  tableau  des  futurs 
Tao-taï  de  la  douane  maritime,  étant  d'un  caractère  vil  et  cor- 
rompu, quoique  habile  à  se  pousser  par  Tintrigue,  Nous  a  été 
dénoncé  à  plusieurs  reprises.  Nous  ordonnons  qu'il  soit  privé  de 
toutes  SCS  dignités  et  le  déclarons  impropre  à  exercer  aucunes 
fonctions  ultérieures.  —  Respect  à  ceci  ! 

Les  nouveaux  agents  chinois  allaient  avoir  à  traiter  la  ques- 
tion délicate  de  la  revision  des  traités  avec  la  Chine,  et  au 
mois  d'octobre  1878,  ils  reçurent  une  circulaire  du  ïsoung- 
li  Yamen  ayant  {X)ur  objet  de  préciser  le  point  de  vue  auquel 
la  Chine  entendait  se  placer  pour  discuter  avec  les  puissan- 
ces intéressées. 

VICARIAT  APOSTOLIQUE   DU   KANSOU,    21     JUIN     1878. 

Par  bref  du  21  juin  1878,  Léon  XIII  créa  au  Kan-Sou 
un  nouveau  vic^iriat  apostolique  qui  fut  confié  aux  mission- 
naires belgas  de  la  Congrégation  de  Scheutveld-lez-Bruxcl- 
les,  et  un  prêtre  hollandais  de  cette  société,  M.  Ferdinand 
Hamer,  qui  résidait  en  Mongolie  depuis  i865,  en  fut 
chargé,  avec  le  titre  d'évéque  de  Trémithe  in  partibus  infi- 


l38  DE    FÉVRIER     1 878    A    JUIN     1880 

delhini.  Le  moment  était  mal  choisi  pour  établir  une 
mission  au  Kan-Sou,  avant  que  cette  province,  reprise  par 
Tso,  ne  fut  complètement  pacifiée.  Mais  ce  qui  fut  plus  sin- 
gulier encore,  c'est  que  la  Propagande  négligea  de  préve- 
nir de  cette  création  d'un  nouveau  vicariat  apostolique,  la 
France  dont  le  représentant  à  Pé-King  devait  munir  de  pas- 
seports Tévéquc  et  ses  compagnons. 

Pé-King,  le  i5  octobre  1878. 

Monsieur  le  Ministre, 

La  mission  belgede  Mongolie  m'a  député  ces  jours-ci.  Monsieur 
Ferdinand-Hubert  Ilamer,  \icaire  apostolique,  chargé,  m'a-t-il 
dit,  par  le  Saint-Siège  de  l'Administration  spirituelle  de  la  pro- 
vince du  Ran-Sou.  11  venait  solliciter  de  moi  six  passeports  pour 
lui  et  les  cinq  missionnaires  désignés  pour  aller  évangéliser  celte 
province  qui  est  loin,  cependant,  d'être  encore  paciiiée  et  où  les 
insurgés  existent  en  grand  nombre.  Je  me  suis  donc  vu  dans  la 
nécessité  de  différer  ma  réj^nse  jusqu'à  ce  que  j'aie  consulté  le 
ïsoung-li  Yamen  à  ce  sujet. 

En  effet,  l'article  8  de  notre  traité  de  i858  s'exprime  ainsi  : 
«  Les  agents  français  en  Chine  ne  déhvreroiit  de  passeports  à 
«  leurs  nationaux  que  pour  les  lieux  où  les  rebelles  ne  seront 
«  pas  établis,  dans  le  moment  où  le  passeport  sera  demandé.  » 
Or,  le  vice-roi  Tso,  le  vainqueur  du  Turkcstan  et  qui  est  gou- 
verneur-général de  toutes  ces  provinces,  m'a  fait  prier  à  plusieurs 
reprises  de  ne  pas  délivrer  de  passeports  pour  la  province  du 
(]hen-Si  où  cependant  les  rebelles  sont  bien  plus  nombreux  que 
dans  la  province  du  Ran-Sou. 

A  cette  occasion,  peut-être,  me  sera-t-il  permis  de  demander 
respectueusement  à  Votre  Excellence,  si  elle  ne  jugeait  pas  op- 
portun, de  prier  le  Saint-Siège  de  ne  pas  établir  de  nouvelles 
missions  en  Chine,  avant  de  s'être  entendu  préalablement  avec 
le  gouvernement  français.  Rome  n'est  pas  toujours  tenue  exacte- 
ment au  courant  de  ce  qui  se  passe  dans  certaines  parties  de  la 
Chine  et  les  missionnaires,  désirant  évangéliser  le  plus  |K)ssible, 
lui  cachent  parfois  les  dangers  qu'il  peut  )  avoir  pour  leur  sécu- 
rité, à  aller  s'établir  dans  telle  ou  telle  province.  Mais  comme 
c'est  nous,  en  délinilive,  qui  supporterons  la  responsabilité  de  cet 


n-s  de  zèle,  il  m'a  st^mblû  qu'il  est  de  mon  ôe\o\ 
s  obsprtations  à  Voirp  Bxcollcnce. 
\i!iii]lez  airrc'er,  Monsieur  le  Ministre,  etc.,  elc. 


Signe 


Y'"  Bremer   de   Mo:- 


M"'  Marner  arriva  au  Kan-Sou  pu  févrior  1879  ;  il  ne  pa- 
rait pas  avdir  reçu  bon  acrueil  si  j'en  jugp  par  une  lettre 
qu'il  adressa  au  Chargé  d'affaires  de  Kiance,  de  Lan-tcliéoii , 
le  32  juin  1879.  Le  malheureux  prélat  a  été  une  des  victi- 
mes des  événements  de  1900'. 


Le  même  fait  sti  produisit  l'année  suivante  (1879)  lorsque 
M.  Palenùlre  était  Chargé  d'Airaii'es.  Peux  [)ères  augiisliniens 
esjMipnoIs,  Elias  Suarez  et  Augustin  Villanueva,  furent  eii- 
vdvésde  Manille  pour  fonder  une  nouvelle  mission  dans  la 
partie  septentrionale  du  Iloii-nan,  et  ils  demandèrent  [wir 
l'intermédiaire  du  P.  Vaiidagna,  procureur  des  Franciscains 
italiens  à  flan-Kéoii,  des  passeports  à  M.  lilancheton,  notre 
consul.  M.  Ulancheton  fit  ressortir  le  danger  qu'il  y  avait 
|>oureii\  à  aller  dans  cette  province,  refusa  les  passeiK>rlM  et 
en  référa  à  Pé-King.  Voyant  les  difficultés  de  la  situation  au 
moisd'aoïU  1879,  les  Augustiniens  décidèrent  d'aller  s'établir 
dans  la  partie  du  Ilou-^ian',  administrée  par  M"  Scmprini, 
vicaire  apostolique  franciscain.  Ils  pensaient  que,  dans  ces 
conditions,  la  Légation  ne  refuserait  plus  de  leur  donner  des 
passeports  o  en  s'abstenant  toutefois  d'y  mentionner  le  lieu 
de  leur  future  destination  pour  ne  pas  éveiller  la  suspicion 


I.  >'é  h  \itaigue,  le  11  août   l8'|o. 

1.  Le  vicariat  aposlotiquc  du  HouNan  a 
timbre  187(1;  le  Suil  ftaîl  roslc  aux  KriTcs 
aux  Au^uttins. 


1, 


1^  l/jO  DE    FÉVRIER     187S    A    JUIN     1880 

des  autorités  chinoises  ».  M.  Palenùlre  ne  se  préla  pas  à  cet 

L  arrangement;  le  Tsounp-li  Vamen  ne  devait  pas  apposer  sa 

signature  sur  une  pièce  dont  il  ne  pouvait  soupçonner  l'em- 

Les  aiigustiniens  espagnols,  découragés  parMM.Blanclielon 
et  Patenôtre,  appnnivés  par  le  Département,  s'adressèrent 
pour  les  passeports  à  la  Légation  d'Espagne  ;  !e  Cliargé  d'Af- 

(faires,  M.  Ossa,  les  leur  délivra,  mais  les  nouveaux  mission- 
naires furent  mal  accueillis  au  Hou-Nan  et  obligés  de  s'en 
aller.  Sans  être  découragés,  ils  frappèrent  à  la  [xtrtedu  con- 
sul d'Angleterre  à  llan-Kéou,  M.  Chaloner  Alabaster,  qui  les 
renvoja  à  notre  agent,  M.  Fcrnand  Scherzer.  Celui-ci  ayant 
i-eçu  un  apjwl  fort  peu  convenable  du  pro-vicairc,  le  P. 
>  (iuadilla,  mort  depuis  à  Ïa-Kou,  écrivit  à  Pé-King  et  notre 

;.  ministre,  M.  Boui-ée  (lajuillct  1880),  approuva  et  expliqua 

I  la  conduite  de  M.  Patenôtre,  et  approuve  [Mir  le  Département, 

"  il  dc*'ida  qu'on  ne  »'(jccuiM?rait  plus  des  augustiniens. 

I'  Le  P.  Suarez,  rappelé  à  Manille,   était  mort;  la  pro\ince 

I  de  ilou-Nan  était  plus  calme;  après  la  paix  entre  la  l-'rance 

f  et  la  Chine,  le  P.  F.  S.  de  la  Torrc  se  rendit  à  Pé-King,  et 

déclinant  la  protection  que  lui  oITrait  le  ministre  d'Espagne, 
;  M,  de  Alba  Salcedo,  il  écrivit  le  i3  juillet  i885,  à  noire  mi- 

nistre, M.  Patenôtre,    |K)ur  obtenir  des  passeports  pour  lui, 
i  provicairc  apostolique,  et  cinq  compagnons.    Les  circons- 

tances étant  changées,  le  ministre  de  France  accéda  à  leur 
demande. 


Cependant  M.  Brenicrsongeaità  prendre  unerelrailc  bien 
gagnée  et  M.  Patenôti-e  devait  ^eni^  à  Pé-King  comme  Chargé 
d'.ViTaires,  ayant  visite  l'Inde  avant  de  rejoindre  son  |>oste. 
M.  Brenier  de  Montmnrand  se  décida  à  partir,  et,  désireux  de 
ne  pas  retarder  son  retour  en  France,  le  i"  avril  1879,   il 


M.    PATENOTRE  I^I 

remit  le  service  à  M.  le  vicomte  de  Petiteville*,  deuxième 
secrétaire  d'ambassade. 

Le  départ  de  M.  Brenier  et  l'absence  de  Sir  T.  Wade,  fai- 
saient de  Don  Juan  Federico  Elmore,  ministre  du  Pérou, 
le  doyen  du  corps  diplomatique  à  Pé-King. 

M.  PATETIÔTRE 

M.  Patenôtre'  s'était  embarqué  le  ^4  décembre  1878  et  ar- 
rivait à  Calcutta  le  29  janvier  suivant,  puis  il  fit  escale  à 
Kangoun,  Maulmein  et  Malacca,  toucha  à  Singapour  le  [\ 
mars,  d'où  il  se  rendit  à  Siam,  puis  à  Hong-Kong  :  il  était  à 
Chang-Haï  le  6  avril,  où  il  rencontra  M.  Brenier  qui  s'em- 
barqua le  12  ^VLvVAnadyr.  M.  Pâtenôlre  quitta  Chang-Haï 


I.  Petîtcville,  Charles- Guillaume  Gouhier^  vicomte  de,  né  le  3  mai 
i8ii7:  attache  à  Saint-Pétersbourg,  10  mai  1867;  à  Vienne,  \!\  octobre 
1868;  secrétaire  de  3<^  classe  à  Constantinople,  3  juin  187/1;  à  Londres, 
3i  décembre  1870  ;  secrétaire  de  3^  classe  à  Pé-King,  3  mai  1878  ;  sccré 
lairc  de  3*^  classe  à  Constantinople,  30  avril  1880;  à  Londres,  16  mars 
1883  ;  secrétaire  de  i^**  classe,  i^'  octobre  1883  ;  consul  général  à  Bey- 
routh, 3  février  1886. 

1.  Patenôtre,  Jules^  né  le  30  avril  l845;  licencié  es  lettres;  ancien 
élève  de  TÉcole  normale  supérieure;  professeur  de  l'Université,  1867- 
1871  ;  attaché  à  Athènes,  35  juin  1873;  à  Téhéran,  35  octobre  1873; 
attaché  payé  à  la  direction  politique,  i'"'  septembre  1875  ;  rédacteur 
adjoint,  faisant  fonctions  de  deuxième  secrétaire,  k  Buenos- Ayres,  1 5  sep- 
tembre 1876;  rédacteur  à  la  direction  politique,  35  décembre  1877; 
secrétaire  de  première  classe  à  Pé-King,  7  décembre  1878;  chargé  d'af- 
faires en  Chine,  30  avril  1879;  envoyé  extraordinaire  et  ministre  pléni- 
potentiaire à  Stockholm.  16  octobre  1880;  envoyé  extraordinaire  et 
ministre  pléni|>otentiaire  à  Pé-King,  13  septembre  i883  ;  chargé  d'une 
mission  spéciale  en  Annam  et  au  Tong-king,  avril  188^1  ;  en  disponibilité, 
ic»  juin  1886;  chargé  de  travaux  particuliers,  i'-*'^  novembre  1886;  pré- 
sident de  la  délégation  française  à  la  commission  internationale  des  Pyré- 
nées et  délégué  du  Gouvernement  français  à  la  Commission  franco- 
espagnole  des  chemins  de  fer  des  Pyrénées,  30  décembre  1887;  envoyé 
extraordinaire  et  ministre  plénipotentiaire  à  Tanger,  i «^i*  décembre  1888; 
à  Washington,  13  août  1891  ;  ambassadeur  à  Washington,  35  mars  1893; 
à  Madrid,  1/1  octobre  1897. 


lia  DE  FÉVRIER  1878  K    JUIN  1880 

le  i3  avril  pour  Ticn-Tsin  et,  le  vto,  il  arriva  à  Pé-King  oii 
M.  de  Pelileville  lui  remit  le  service. 

M.  Patenôtre  avait  k  remettre  la  lettre  olïicielle  destinée  à 
notifiera  TEmpereur  de  Chine  Télévation  de  M.  Jules  Grévy 
à  la  Présidence  de  la  République. 

Après  un  retard  involontaire,  dii  à  un  deuil  privé,  le 
prince  Koung  reçut  notre  chargé  d'affaires,  qui  décrit  ainsi 
une  audience  (7  mai)  dans  sa  lettre  à  M.  Waddington,  mi- 
nistre des  Affaires  Etrangères,  8  mai  1879. 

«  L'Envoyé  européen.  Ministre  ou  Chargé  d'affaires,  est  reçu 
dans  une  sorte  de  kiosque,  d'aspect  plus  que  modeste  ;  à  peine 
en  a-t-il  franchi  le  seuil,  que  le  Prince  Koung  le  fait  asseoir  à  sa 
gauche,  devant  une  tahlc  chargée  de  sucreries,  autour  de  laquelle 
prennent  place  les  membres  du  Tsoung-H  Yamen.  La  scène  a 
plutôt  le  caractère  d'un  lunch  que  d'une  réception  officielle.  Dans 
ces  conditions,  la  remise  de  la  lettre  Présidentielle  devait  être 
forcément  déjwuillée  de  toute  espèce  de  solennité.  Le  Prince  s'est 
néanmoins  levé  pour  prendre  le  sachet  qui  la  renfermait  ;  il  en  a 
immédiatement  tiré  la  lettre,  dont  il  a  rompu  le  cachet  et  qu'il 
a  fait  mine  de  parcourir  —  curiosité  quelque  peu  enfantine, 
puisque  Son  Altesse  ne  sait  pas  un  mot  de  français.  Une  traduc- 
tion apportée  par  M.  Devéria  circulait  en  même  temps  parmi  les 
membres  du  Tsoung-li  Yamen,  qui  en  prenaient  connaissance,  — 
sans  quitter  pour  cela  leurs  bAlonnets  d'ivoire.  Le  Prince  Koung. 
après  s'être  dtVidé  à  replacer  dans  son  cn\elop|)ela  lettre  adressée 
k  son  Souverain,  s'est  tourné  vers  moi,  en  médisant  qu'il  aurait 
l'honneur  de  la  transmettre  à  son  auguste  destinataire. 

Le  prince  Koung  mit  j^eu  d'empressement  à  rendre  la  vi- 
site de  notre  Chargé  d'Affaires  ;  au  sujet  de  la  lettre  annon- 
çant la  nomination  de  M.  Grévy  à  la  présidence  de  la  Ré- 
publique, il  envoya  la  communication  suivante  : 

Pé-King,  le  6  juillet  1879. 

Le  7  mai  dernier,  V.  Exe.  est  venue  au  Tsoung-li  Yamen  nous 
remettre  une  lettre  du  Président  de  la  République  Française. 
L'ayant  fait  parvenir  h  la  Cour,   nous  en  avons  reçu  la  réponse  ; 


M.    PATENOTRE  l43 

désirant  vous  la  faire  tenir,  je  compte  me  rendre  à   la  Légation 
de  France  avec  les  membres  du  Yanien,  le  8,  à  a  heures. 

J'espère  que   V.   Exe.  pourra   nous   recevoir,    et  je   la   prie 
d'a^cer,  etc.  '. 


M.  Patenôlre  écrivait  le  9  juillet  1879  :  «  J'ai  remercié 
Son  Altesse,  en  lui  faisant  savoir,  toutefois,  que  la  Chine 
ayant  un  Ministre  à  Paris,  il  était  conforme  aux  traditions 
diplomatiques  que  la  réponse  en  question  fut  remise  par  le 
Marquis  IVéng  ». 

La  situation  était  d'ailleurs  assez  délicate  pour  M.  Pate- 
Hotre,  car  les  chargés  d'affaires  ne  pouvaient  prétendre  h  une 
audience  impériale,  non  parce  qu'ils  étaient  en  Chine,  mais 
parce  que  c'est  la  règle  commune  de  tous  les  pays,  il  n'y 
avait  pas,  d'autre  part,  de  précédent  à  Pé-king. 

«f  Je  n'ai  pu  retrouver,  dit-il,  dans  les  Archives  de  la  Légation 
trace  de  ce  qui  avait  été  fait  par  M.  de  Rochechouart,  lors  de  la 
nomination  de  M.  Thiers.  Lorsque  M.  le  Maréchal  de  Mac-Mahon 
Tut  ap])elé  à  la  Présidence  de  la  République,  M.  de  Geofroy  — 
qui,  en  sa  qualité  de  Ministre  Plénipotentiaire,  avait  le  droit  de 
roineltre  directement  au  Souverain  la  lettre  autographe  du  Chef 
de  l'État  —  prévoyant  des  difficultés  de  la  part  du  Gouverne- 
ment Chinois,  jugea  préférable  d'éluder  la  question  et  se  contenta 
de  notifier  par  écrit  au  Tsoung-li  Yamcn  la  décision  de  TAsseni- 
blée  Nationale.  Le  Prince  Koung  répondit  naturellement  dans 
la  même  forme.  Aucun  des  Représentants  accrédités  à  Pé-King 
n'a  eu  depuis  h  faire  de  notification  semblable.  » 

Le  Ministère  approuva  la  conduite  de  notre  Chargé  d'Af- 
faires et  la  réponse  du  Gouvernement  chinois  fut  remise  par 
le  Marquis  Ts'éng  au  Président  de  la  République,  suivant 
l'usage,  en  audience  privée,  le  i5  octobre  1879  ;  Ts'éng 
s'était  embarqué  exprès  de  Londres  pour  remettre  la  lettre. 

I.  Traduction  conforme,  signé  :  G.  Dkvéki 


i44 


DE    FÉVRIER    1878    A    JUIN    1880 


LÉGATION    d'iTALIE 


En  1879,  rilalie  qui  n'avait  alors  qu'un  seul  représentant 
pour  la  Chine  et  le  Japon,  accrédita  à  Pé-King  un  agent 
spécial  avec  le  titre  de  ministre  résident,  M.  de  Luca,  qui 
arriva  à  Chang-Haï,  peu  de  temps  avant  le  départ  de  M.  Bre- 
nier.  Il  descendit  à  Pé-King  à  la  Légation  d'Allemagne  et 
s'enquit  d'un  terrain  pour  s'y  établir.  Il  s'adressa  dans  ce 
but  aux  Lazaristes,  riches  propriétaires  fonciers,  qui  avaient 
déjà  cédé  des  terrains  à  M.  llart,  pour  l'hôtel  des  Douanes  et 
à  la  Belgique,  pour  l'installation  de  sa  légation. 

M.  de  Luca  se  heurta  à  un  refus  poli,  le  Pape  n'avait-il 
pas  déclaré  à  Rome  à  M^""  Delaplace  :  Nallo  modo  debes  agere 
ciim  pseudo-regis  Italiae  minlstro. 

Par  suite  de  la  Convention  de  Tché-fou  d'épineuses  né- 
gociations étaient  engagées  par  le  corps  diplomatique' tout 
entier  au  sujet  des  réformes  à  apporter  dans  les  taxes  pré- 
levées à  l'intérieur  de  Tempire  (novembre  1879)'. 

ARMEMENTS    DE   LI  HOUNG-TCHANG 


En  décembre  1879,  Li  Iloung-tchang  avait  engagé  les 
services  de  M.  von  Hanneken^  comme  aide  de  camp,  et  lui 

1.  11  était  alors  con[i|K>sé  (le  T.  F.  Wadc  (Grande-Bretagne),  M.  von 
Brandi  (Allemagne),  G.  F.  Seward  (Étals-Unis),  J.  H.  Ferguson  (Pays- 
Bas),  J.  F.  Elmore  (Pérou),  Ferd.  de  Luca  (llalie),  lloUer  dfe  Koflenfels 
(Autriche- Hongrie)  et  des  chargés  d'affaires  A.  Koyander  (Russie,  repré- 
sentant le  Danemark),  Ramon  Gulierrez  y  Ossa  (Espagne),  J,  Patenôtre 
(France),  Hub.  Serruvs  (Belgique). 

2.  China  y  n"  3  (i88a).  —   Correspond ence  respccting  the  Agree- 
ment  hetween  the  Ministers  Plenipolentiary  of  the  GoK'ernments  of 
Great   Britain   and  China,  signed  ai  Chefoo^   seplember   i3,    1876. 
fin  continuation  of  China  y  n®  -j  (1880).]  Prescnled.,.,  188a.  Lond.,  in- 
fol.  [C.  — SScjf)]. 

3.  Un  de  nos  officiers  écrivait  au  sujet  de  M.  v.  Hanneken,  âgé  alors 


1 


ARMEMENTS    DE    LI    IIOUNG-TGUANG  l/|5 

demanda    de    lui    soumettre    un   plan    de    réorganisation 
de    l'armée    chinoise    sur    la   base    du   système  du   service 
obligatoire.  A  la  fin  de  la  même  année,  Li  fil  venir  d'Angle- 
terre quatre  canonnières  qui  se  montrèrent  inférieures  à  ce 
qu'on  en  attendait,    quoiqu'elles  fussent  d'un  modèle  nou- 
veau ;  d'aulrcs  commandes,  d'au  moins  trente  millions  de 
francs,  devaient  être  faites  à  la  maison  Armstrong  en  1880. 
En  novembre  1879,  le  commandant  Fournier,  venu  avec  le 
Ly/urpour  prendre  la  station  d'hiver  à  Tien-Tsin,  fit  visite 
au  vice-roi  avec  lequel  il  établit  des  relations  assez  cordiales 
[X)ur  que  Li  lui  offrit  le  commandement  en  chef  de  la  ma- 
rine chinoise.  Fournier  déclina  celte  offre  flatteuse  pour  lui, 
aussi  bien  que  pour  un  de  ses  officiers,  mais  il  proposa  les 
ser\ices  de  M.  Paul  Mignard,  lieutenant  de  vaisseau  démis- 
sionnaire, comme  inspecteur  général  de  la  marine  militaire 
pour  les  ports  de  la  Chine  septentrionale,  qui  furent  agréés 
(mars  1880). 

Un  autre  lieutenant  de  vaisseau  français,  commandant 
d'un  paquebot  des  Messageries  depuis  quinze  ans,  M.  (iau- 
vain,  fut  engagé  l'année  suivante  (1881)  pour  trois  ans  pour 
s'employer  à  créer  dans  le  golfe  du  Pe  Tché-li  une  école 
navale  professionnelle  où  s'instruiraient  les  officiers  et  les 
matelots  destinés  à  commander  ou  à  armer  les  bâtiments  de 
la  flotte  chinoise  du  Nord*. 


d*environ  3 4  ans  (ia  décembre  1879):  «  [Il  est]  fîls  d'un  lieutenant- 
général  de  l'armée  allemande,  oiEcier  distingué,  et  Tauleur  d'un  ouvrage 
militaire  sur  le  siège  de  Metz,  qui  a  servi  de  base  au  plaidoyer  de  M» 
Lâchaud,  dans  le  procès  Bazaine.  Il  est  sorti  de  rÉcole  militaire  comme 
officier  d'artillerie  et  a  fait  un  stage  dans  Tinfanterie  et  dans  la  cavalerie; 
c'est  à  Berlin  qu'il  a  été  engagé  })ar  l'ambassade  chinoise,  sans  doute  à 
la  demande  du  gouvernement  allemand.  » 

I.  M.  Gauvain  donna  sa  démission  en  avril  i88a  ;  on  lui  donna  une 
indemnité  d'une  année  de  traitement,  qui  était  de  Taels  5oo  par  mois, 
et  Taels  1000  pour  ses  frais  de  voyage.  —  Norlh- China  Herald, 
April  3:1,  i88a. 

GoKDIÈR.  Il    10 


l46  DE  FÉVRIER  1878  A  JUIN  1880 

En  mai  i88o,  des  cuirassés  destinés  à  la  Turquie  furent 
achetés  pour  le  compte  de  la  Chine,  par  l'entremise  de 
M.  Hart,  et  Li  Iloung-tchang  demanda  à  Tien-Tsin  à  Tami- 
ral  Coote  de  lui  procurer  deux  officiers  anglais  pour  en  pren- 
dre le  commandement. 

Li  était  alors  hanté  par  la  crainte  des  Russes  et  des  Japo- 
nais ;  contre  les  premiers,  il  recrutait  une  armée  ;  contre  les 
seconds,  il  préparait  ime  flotte. 


M.  BOUREE 

Le  nouveau  ministre  de  France,  désigné  pour  Pé-King, 
était  im  diplomate  de  carrière  et  d'expérience,  sous-direc- 
teur au  ministère  des  Aflaires  Étrangères,  M.  Bourée',  fils 
de  notre  ancien  ambassadeur  à  Constantinople.  M.  Bourée 
parUait  avec  des  instructions  pour  faire  aboutir  la  question 
du  Tong-King.  Il  s'embarqua  à  Marseille  le  l\  avril  1880  et 
il  arriva  h  Chang-IIaï  le  i/|  mai,  oii  il  rencontra  l'amiral 
Duperré.  Il  fut  convenu  que  le  Champlain  porterait  le  mi- 
nistre à  Ta-Kou,  et  que  de  là,  le  Lynx  le  conduirait  à  Tien- 
Tsin.   M.    Bourée   arriva   à  Pé  Ring  le    12  juin  1880,  et 

I.  Bourse,  Frédéric-Albert^  né  le  16  août  i838;  attaché  à  Athènes, 
7  septembre  1860  ;  attaclié  payé  au  cabinet,  iG  mars  i8C4  ;  chargé  des 
fonctions  de  deuxième  secrétaire  à  Constantinople  en  1867;  rédacteur  adjoint 
au  cabinet,  i  [\  avril  1 870  ;  désigné  pour  faire  partie  de  la  Délégation  à  Tours 
et  à  Bordeaux,  10  septembre  1870;  rédacteur  à  la  direction  politique, 
36  juin  1878;  sous-directeur  adjoint,  chargé  de  la  sous-direction  de 
l'Amérique,  3i  décembre  1875;  sous- directeur  à  la  direction  politique 
(Amérique),  l'i  février  1877  »  envoyé  extraordinaire  cl  ministre  plénipo- 
tentiaire en  Chine,  23  janvier  1880;  en  disponibilité,  3i  mai  i883  ; 
ministre  plénipotentiaire  de  \^^  classe  en  disponibilité,  6  juin  i885; 
envoyé  extraordinaire  et  ministre  plénipotentiaire  à  Copenhague,  7  juillet 
i885;  à  Bruxelles,  3 0  juillet  1886;  premier  plénipotentiaire  à  la  confé- 
rence an  ti- esclavagiste  de  Bruxelles,  i5  novembre  1889;  envoyé  extraor- 
dinaire et  ministre  pléni{K>tentiaire  à  Athènes,  30  décembre  1894  ;  à  la 
disposition,  i*""  janvier  1898  ;  ambassadeur  h  la  disposition,  10  décembre 
i8q8;  en  disponibilité,  1 1  avril  1900. 


M.    BOURÉE  1^7 

M.  Palenôtre  lui  remit  le  service.  Il  fut  reçu  au  Tsoung-li 
Yamen  le  i6  juin  par  le  prince  Koung,  qui  lui  fit  un  accueil 
empressé  et  cordial. 

La  même  année  1880,  deux  princes  visitèrent  la  Chine,  le 
prince  Henri  de  Prusse  et  le  prince  Thomas  de  Savoie,  duc 
de  Gènes,  arrivés  à  IIong-Kong,  le  premier,  le  i®*"  mai,  sur 
la  corvette  Prmj  .4 (/a/ter/,  le  second,  le  11,  sur  la  corvette 
Vetlor  Pisani. 


* 


\ 


CHAPITRE  VIII 


TRAITÉ  ALLEMAND.  -  TRAITÉS  AMÉRICAINS 


Dès  Tété  de  1872,  le  Irailé  négocié  à  Ticn-Tsin,  le  2  scp- 
leiTibre  1861  par  le  comte  d'Eulenbourg  avait  été  dénoncé; 
ce  n'était  qu'un€  simple  mesnre  de  conservation.  Mais  en 
1876,  alors  que  la  Chine  n'avait  pas  encore  réglé  Taffaire 
Margary,  les  circonstances  parurent  favorables  au  gouverne- 
ment impérial  pour  commencer  les  négociations,  et  après 
s'être  assuré  le  concours  de  la  plupart  des  grandes  puis- 
sances, r Allemagne  réclama  également  les  bons  offices  de  la 
h'rance  par  la  noie  suivante  du  prince  de  Hohenlohe,  son 
ambassadeur  à  Paris  : 


AMBASSADE    IMPÉRIALE    d'aLLEMAGNE    EN    FRANCE 


NOTE  VERBALE 

Depuis  nombre  d'années,  les  diverses  puissances  européennes 
qui  ont  conclu  des  traités  de  commerce  avec  la  Chine,  ont  pris 
en  considération  la  révision  de  ces  traités.  Dès  Tété  187a,  le 
Gouvernement  Allemand  a  informé  le  Gouvernement  Chinois 
de  son  intention  de  se  prévaloir  du  droit  de  révision  prévu  i3ar 
l'article  71  du  traité  du  2  septembre  1861. 

L'ouverture  des  négociations  ayant  été  retardée  pour  difleren- 
les  causes,  le  ministre  d'Allemagne  à  Pé-king  n'a  reçu  que  tout 
récemment  les  instructions  nécessaires  à  cet  effet.  Le  Gouverne- 
ment Allemand  se  place  au  point  de  vue  qu'il  s'agit,  d'une  part 


AMBASSADE    IMPKRIALE    D  ALLEMAGNE    EN    FHANCE  IV,) 

d'inspirer  au  Gouvernement  Chinois  la  conviction  qu'on  ne 
lui  demande  pas  de  nouveaux  sacrifices,  et  d*autre  part,  de  lui 
démontrer  que,  malgré  la  divergence  de  certains  intérêts,  les  puis- 
sances européennes  sont  unies  en  ce  qui  concerne  la  question 
principale. 

Le  Gouvernement  Allemand  fera  abstraction  de  toute  récla- 
mation non  basée  sur  un  fait?  ainsi  que  de  celles  qui  n'ont 
auame  chance  d'être  accueillies  par  le  Gouvernement  Chinois. 
On  évitera  également  de  faire  des  propositions  de  nature  à  pro- 
voc|uer  des  demandes  de  réciprocité  qui  jx)urraient  être  gonaiilcs 
soit  pour  l'Allemagne,  soit  pour  une  des  autres  puissances  con- 
tractantes. Nous  nous  abstiendrons,  par  exemple,  de  formuler  des 
demandes  pour  rabaissement  du  tarif,  ou  pour  un  droit  absolu 
d  établissement  des  étrangers  à  l'intérieur  ou  pour  l'exploitation 
des  mines  par  des  étrangers. 

En  bornant  nos  réclamations  strictement  au  domaine  com- 
mercial, en  évitant  d'introduire  dès  à  présent  des  questions 
avant  une  portée  politique  et  sur  lesquelles  l'identité  d'intérêts 
n'est  pas  encore  établie  parmi  les  puissances,  nous  croyons  con- 
tribuer pour  notre  part  à  une  révision  plus  prompte. 

Malgré  ce  programme  restreint  nous  espérons  arriver  à  un  ré- 
.sullat  utile  pour  toutes  les  puissances  contractantes,  si  nous 
réussissons  à  procurer  au  commerce  étranger  quelques  ports 
nouveaux  et  quelques  voies  navigables  vers  l'intérieur,  à  assurer 
l'emploi  des  droits  de  tonnage  pour  des  travaux  utiles  à  la  navi- 
gation, mais  surtout  si  nous  |K)uvons  arriver  à  faire  mettre  fin  à 
l'arbitraire  qui  régit  actuellement  la  perception  des  droits  dits 
Likin,  et  qui  sont  considérés  par  les  commerçants  comme  l'obs- 
tacle principal  contre  le  développement  du  commerce  extérieur 
de  la  Chine. 

Nous  essaierons  également  d'obtenir  quelques-unes  des  con- 
cessions faites  à  l'Angleterre  en  rSOg.  11  est  vrai  que  cette  con- 
vention additionnelle  ^  qui  ne  fut  pas  ratifiée,  stipulait  pour  la 
Chine  des  avantages  considérables  par  rapport  à  la  perce[)tion 
des  droits  Likin. 

Quelque  modeste  que  puisse  être  le  résultat  de  nos  négociations, 
il  constituerait  un  progrès  réel,  parce  que  la  voie  se  trouverait 
ainsi  ouverte  pour  la  révision  des  Traités  des  autres  puissances. 

1.  Convention  Alcock.  —  Voir  I,  p.  3o6. 


l5o  TRAITE    ALLEMAND    —    TRAITÉS    AMÉRICAINS 

Nous  croyons  servir  les  intérêts  solidaires  de  toutes  les  puis- 
sances contractantes,  en  traitant  isolément  avec  la  Chine.  Les 
autres  puissances,  pourront,  en  procédant  subséquemment  et 
chacune  séparément  à  la  révision  des  traités  respectifs,  obtenir 
petit  à  petit  des  avantages  que  le  Gouvernement  Chinois  ne  sera 
guère  disposé  à  accorder  en  première  instance.  Mais  nous  avons 
l'espoir  que  toutes  les  puissances  intéressées  à  ce  résultat  ulté- 
rieur voudront  donner  expression  au  sentiment  de  solidarité,  en 
faisant  appuyer  à  Pé-king  le  négociateur  allemand  par  leurs  re- 
présentants respectifs. 

Après  avoir,  dans  une  phase  précédente  de  la  question,  acquis 
la  conviction  que  les  Gouvernements  de  la  Grandd*Brctagne,  de 
rAutriche-lIongrie,  de  la  Russie  et  des  États-Unis  partagent  la 
manière  de  voir  qui  vient  d'être  exposée,  le  Gouvernement  Alle- 
mand s'adresse  aujourd'hui  à  toutes  les  puissances  contractantes, 
en  les  priant  de  l'informer  si  elles  sont  disposées  à  faire  donner 
leur  appui  et  leurs  bons  conseils  au  Ministre  d'Allemagne  à 
Pé-king  dans  les  négociations  qu'il  va  entamer  en  vue  de  la  révi- 
sion du  traité  actuellement  existant  entre  l'Allemagne  et  la 
Chine. 

Le  Gouvernement  Impérial  ne  doute  pas  que  l'attitude  du 
Gouvernement  Français  correspondra  aux  bons  rapports  des 
deux  Gouvernements. 

Paris,  le  22  mars  1876. 

Rien  dans  le  projet  allemand  n'était  contraire  aux  idéos 
générales  de  notre  politique  en  Chine,  il  est  d'ailleurs  de 
rintérêl  des  puissances  étrangères  de  se  montrer  unies  autant 
que  possible  dans  rExtrème-Oricnt,  en  conséquence  des 
instructions  furent  données  à  notre  Chargé  d'Affaires  à 
Pé-King,  M.  de  Rochechouart,  de  prêter  ses  bons  offices 
au  ministre  d'Allemagne,  M.  v.  Brandt.  L'aide  de  la  France 
était  d'ailleurs  presque  indispensable.  L'article  4o  de  notre 
traite  de  Tien-Tsin  de  i858  *  a  une  importance  capitale  ;  il 
n'est  inséré  dans  aucun  autre  traité,  et  il  empêchait  toute 
négociation  sans  le  concours  de  noire  pays. 

I.  I,  p.  36. 


LE    MINISTRE    DES    AFFAIHES    ETRANGERES  IJI 


LE   Mi::«ISTRE   DES  AFFAIRES  ÉTRANGÈRES   A  M.    DE   ROCHECIIOUART 

Versailles,  le  7  avril  1876. 
Monsieur, 

M.  r Ambassadeur  d* Allemagne  m'a  annoncé  l'intention  où  se 
trouverait  le  Gouvernement  Im[)érial  d'entamer  avec  la  Chine 
des  négociations  dont  l'objet  serait  d'arriver  à  faire  modifier  dans 
un  sens  profitable  à  toutes  les  Puissances  Européennes  les  sti- 
pulations du  traité  de  1861.  Se  fondant  sur  le  caractère  d'intérêt 
général  que  présenteraient  les  démarches  dont  M.  de  Brandtdoit 
être  charge  auprès  du  Tsoung-li  Yamen,  le  Cabinet  de  Berlin 
désirerait  que  son  représentant  fût  appuyé  par  les  différents 
chefs  de  Mission  accrédités  à  Pé-king.  Le  Prince  de  riohcnlohe 
m'a  remis  à  cet  eflet  une  note  verbale  que  vous  trouverez  ci-an- 
nexée  en  copie  et  où  vous  verrez  que  le  Gouvernement  Allemand 
croit  pouvoir  compter  sur  le  concours  que  l'Angleterre,  l'Autri- 
chc-Hongrie.  la  Russie  et  les  Ktats-Unis  seraient  disposés  à  lui 
fournir  en  cette  occasion.  Je  n'ai  pour  ma  part  aucune  objection 
à  faire  aux  idées  générales  exprimées  dans  ce  document  et  je  ne 
puis  que  vous  engager  à  prêter  à  M.  de  Brandt  vos  bons  oflices 
pour  l'aider  à  réaliser  le  programme  tracé  par  son  Gouverne- 
ment. 

La  clause  du  Traité  de  Tien-ïsin  qui  nous  réserve  le  traite- 
ment de  la  nation  la  plus  favorisée  nous  assure  elTcctivement 
notre  part  dans  le  bénéfice  des  concessions  nouvelles  qui  vien- 
draient à  cire  accordées  par  le  Gouvernement  Chinois  et  la  mo- 
dération même  des  demandes  que  le  Ministre  d'Allemagne  a 
mission  de  lui  soumettre  doit  écarter  pour  nous  toute  crainte 
de  complications  embarrassantes.  Je  me  propose  toutefois,  après 
a>oir  mûrement  examiné  le  projet  qui  nous  a  été  communiqué 
dans  son  ensemfjlc*.  de  vous  adresser  sous  le  timbre  de  la  Direc- 
tion des  Consulats  et  alTairos  commerciales  des  indications  plus 
précises  sur  les  points  particuliers  au  sujet  desquels  nous  pour- 
rions avoir  des  observations  de  détail  à  présenter. 

Recevez... 

D'autre  part,  M.  v.  Brandt  recul,  au  romnioncement 
d'avril  1876,  Tordre  de  se  mettre  on  ra[)porl  avec  le  Chargé 
d'Affaires  de  France  en  vue  de  la  revision  du  traité. 


l52  TRAITÉ    ALLEMAND    TRAITÉS    AMÉRICAINS 

La  note  du  prince  de  Hohenlohc  recul  la  réponse    sui- 
vante : 

NOTE   VERDALE,    1  3  avrîl    1876 

Le  Gouvernement  français  reconnaît  l'avantage  que  peuvent 
présenter  les  négociations  que  le  Gouvernement  Allemand  pro- 
|K)se  d'ouvrir   à    Pé-king,  à  l'effet  de  provoquer  la  révision  du 
traité  conclu  en  1861  entre  le  Représentant  du  Zollverein  et  le 
Céleste  Empire  et  d'obtenir  des  concessions  dont  toutes  les  puis- 
sances seraient  appelées  à  profiter.  Les  vues  exposées  dans  la  note 
verbale  de  Son  Altesse  le   Prince  de  Hohenlohe  sont  en  com- 
plète harmonie  avec  cet  esprit  de  solidarité  dont  la  France  s'est 
inspirée  toutes  les  fois  qu'elle  a  eu  l'occasion  de  s'associer  à  des 
tentatives  ayant  pour  objet  d'étendre  en  Chine  et  au  Japon  la 
situation  faite  aux   Étrangers.  Le   Gouvernement  français   est, 
par  suite,  tout  disposé,  en  ce  qui  le  concerne,  à  concourir  à  une 
œuvre  de  progrès  pacifique  dont  la    poursuite   est  le  principal 
objet  de  sa  politique  générale  en  Chine.  Le  Chargé  d'Affaires  de 
France  appuiera  donc  les  démarches  présentes  de  M.  de  Brandt 
et    recommandera   de  concert  avec   ses  collègues,  au  Tsoung-li 
Yamen,   l'adoption  du  programme  tracé  par  le  Gouvernement 
Impérial.  Des  instructions  conçues  dans  cet  esprit  ont  été  en- 
voyées par  le  courrier  du  7  Avril   à   M.  le   Comte  de   Roche- 
chouart. 

Si  les  arrangements  projetés  doivent  avoir  pour  effet  d'accroî- 
tre les  privilèges  dont  jouissent  les  étrangers  de  toute  nationalité 
en  Chine  et  d'ajouter,  en  leur  faveur,  des  garanties  nouvelles  à 
celles  que  le  Traité  de  Tien-Tsin  a  déjà  stipulées,  le  Gouverne- 
ment français  s'estimera  heureux  d'avoir  aidé,  jM)ur  sa  part,  à 
atteindre  un  résultat  conforme  aux  intérêts  collectifs  de  toutes  les 
Puissances  maritimes. 

Paris,  le  13  avril  1876. 

M.  de  Brandi  adressa,  en  mai  187 G,  au  Gouvernement 
chinois,  un  mémorandum  dans  lequel  il  exposait  ses  deside- 
rata, peu  nombreux  d'ailleurs  cl  peu  importants  : 

«  Les  réformes  qu'il  réclame,  écrit  un  diplomate,  portent  sur 
les  droits  de  transit,  sur  la  juridiction  des  cours  mixtes,  sur  les 
délais  accordés  au  cabotage  pour  le  paiement  des  droits  de  Ion- 


MEMOUANDUM  153 

nage,  silr  l'organisation  des  drawbacks  et  des  docks,  sur  Touver- 
ture  d'un  plus  grand  nombre  de  ports,  soit  sur  la  cote,  soit  sur 
le  Yang-tseu,  que,  notamment  il  voudrait  voir  ouvert  jusqu'à 
I-tchang,  ville  située  sur  la  frontière  du  Hou-Pé  et  au-dessus 
de  laquelle  commencent  presque  immédiatement  les  rapides 
infranchissables.  » 

Entre  temps,  sir  T.  Wade  signait  la  convciilion  de  Trhé- 
fou(i7  ^n^*-  ^^7^)  ^"'  entraînait  des  pourparlers  dilTiciles 
avec  les  différentes  puissances,  en  particulier  sur  ce  qui  était 
relatif  au  likin,  douanes  intérieures.  A  ce  sujet,  le  prince 
Koung  adrcssii  la  lettre  suivante  à  tous  les  ministres  étran- 
gers : 

13  décembre  1876. 

Dans  un  précédent  entcelien  avec  le  Tsoung-li  Yamen  soit  au 
sujet  de  la  non-perception  du  Likin  sur  les  marchandises  de 
provenance  étrangère  vendues  par  des  négociants  étrangers  dans 
les  limites  des  Concessions  étrangères  de  Chang-llaï,  soit  au 
sujet  des  certificats  de  réexportation  (Drawbacks)  valables  pour 
une  période  de  trente-six  mois  et  de  la  date  où  ces  mesures 
seraient  mises  en  pratique,  S.  E.  M.  le  ministre  d'Allemagne 
nous  avait  déclaré  s'être  concerté  avec  Votre  Excellence. 

Art.  i'^''.  —  Dans  les  limites  des  Concessions  Etrangères  de 
Chang-Haï,  on  ne  percevra  plus  la  taxe  du  likin.  Quant  aux 
[K)rls  autres  que  Chang-Haï  anciennement  ou  récemment  ouverts 
au  Commerce  et  où  des  concessions  pour  tous  les  étrangers  n'ont 
point  encore  été  établies,  on  attendra  qu'après  une  entente  préa- 
lable, des  limites  aient  été  déterminées  |X)ur  fixer  l'épocpie  à  la- 
quelle la  perception  du  likin  sur  les  marchandises  étrangères  ces- 
sera d'avoir  lieu  dans  les  dites  limites. 

Dans  les  limites  établies  des  concessions  étrangères  de  Chang- 
Haï,  et  à  dater  du  i"  jour  de  la  i"*"  lune  de  la  troisième  année 
kouang  Siu,  la  taxe  du  likin  ne  sera  plus  perçue  sur  les  mar- 
chandises de  provenance  étrangère  parfaitement  autlientique, 
soit  que  le  négociant  étranger  les  vende  à  un  étranger,  soit  qu'il 
les  vende  à  un  négociant  indigène. 

Art.  3.  —  Période  pendant  laquelle  les  certificats  de  réexpor- 
tation seront  valables.  —  .\  dater  du  premier  jour  de  la  i"^  lune 


104  TKAITÉ    ALLEMAND    —    TRAITÉS    AMÉRICAINS 

(le  la  Iroisiomc  année  Kouang  Siu,  tout  négociant  étranger  qui 
voudrait  ré-cxpédicr  des  marcliandises  de  provenance  étrangère 
parfaitement  authentique,  pourra,  à  la  condition  que  Teinballage 
primitif  subsiste,  que  la  marchandise  primitive  soit  la  même  et 
qu'elle  n'ait  subi  ni  modification,  ni  substitution,  pourra,  disons- 
nous,  pendant  une  période  de  trente-six  mois,  s'étendant  du  jour 
d'entrée  dans  le  [)ort  de  la  marchandise  jusqu'au  jour  de  sa  ré- 
o\|)ortation,  adresser  des  demandes  de  certificats  de  ré-exporta- 
lion  (drawbacks)  ou  encore  en  réclamer  le  montant  à  sa 
convenance. 

Toutefois,  les  certificats  de  ré-exportation  délivrés  antérieuro- 
nient  au  i**'  jour  de  la  première  Unie  de  la  3*  année  de  Kouang- 
Siu  sans  limite  de  date,  ne  pourront  élre  employés  que  comme 
versements  pour  droits  de  douane  ;  le  montant  n'en  sera  pas 
remboursé. 

Les  deux  articles  ci-dessus  ont  été  communiqués  à  MM.  les 
Ministres  étrangers,  aux  Intendants  du  Commerce  du  Nord  et 
du  Sud  (Li  lloung-tchang  et  Chen  l*ao-tcheng),  pour  que  ces 
hautes  autorités  les  fassent  mettre  en  vigueur  et  j'ai  riionneur 
de  les  porter  à  la  connaissance  de  V.  Excellence*, 

M.  le  vicomte  Brcnier  de  Montmorand  répondit  au 
Tsoung-li-Yamea. 

Pé-Ring,   i8  décembre  1876. 

J'ai  eu  l'honneur  de  recevoir  la  Dépèche  de  V.  A.  1.  et  de  V.  V. 
E.  E.  en  date  du  12  courant,  m'annonçant  que,  en  conséquence 
d'une  entente  survenue  entre  le  Ministre  d'Allemagne  et  vous,  vous 
avez  envoyé  des  instructions  aux  autorités  comj)étenles  portant 
qu'à  partir  du  i3  féxjier  prochain,  la  perception  de  l'impôt  du 
Ukin  sur  les  importations  étrangères  à  Chang-Haï  sera  discon- 
tinuée et  qu'à  partir  delà  même  date  les  drawbacks  seront  rache- 
tables  comptant  et  [)ourront  être  obtenus  pendant  trois  ans  après 
l'importation  des  marchandises,  etc.,  etc. 

En  réponse,  j'ai  l'honneur  d'informer  V.  A.  I.  et  V.  V.  E.  E. 
que  je  regarde  les  arrangements  faits  comme  entièrement  satis- 
faisants en  ce  qui  concerne  les  drawbacks.  Pour  ce  qui  est  de 
l'abandon  de  la  perception  du  droit  de  likin  sur  les  marchandi- 

I.  Pour  traduction  conforme,  le  i«r  interprète  0.  1.  (signé):  Ark^e. 


ULTIMATUM  l'ô'ô 


ses  étrangères  à  Cliang-Haï,  je  ne  puis  que  déclarer  que  je  le 
considère  comme  une  mesure  conforme  aux  clauses  des  Traités 
existants.  Néanmoins,  relativement  aux  droits  de  Likin  en  géné- 
ral, il  est  de  mon  devoir  d'exprimer  Tespoir  que  vous  pourrez 
bientôt  abandonner   cette  taxe  partout  et   donner   ainsi   pleine 


vigueur  à  ces  clauses. 


Signé  :  V**^  Bremer  de  Montmorand. 


Le  matin  du  i*'  décembre  1876,  M.  de  Brandt,  ministre 
d'Allemagne,  écrivait  au  Tsoung-li  Yamen  que  : 

«  Si  dans  les  quarante-huit  heures,  le  Gouvernement  Chinois 
«  n'avait  pas  : 

«  i**,  aUranchi  les  marchandises  allemandes  importées  en 
(f  Chine  de  la  taxe  du  Li-kin  dans  le  ra>on  des  concessions 
«  étrangères  de  Chang-IIaï  ; 

«  2®,  levé  rinterdiction  de  l'exportation  des  sapèques  dans 
a  rintérieur  du  pays,  décrétée  par  le  ïao-taï  de  Tien-ïsin,  à  la 
a  demande  des  banques  chinoises  ; 

«  3°,  enfin,  accordé  aux  négociants  allemands  le  droit  d'échan- 
«  ger  contre  de  l'argent  comptant  ou  contre  le  paiement  de  nou- 
«  veaux  droits  de  douane,  les  drawbacks  ou  certificats  de  ré- 
«  exportation,  —  après  trente  mois  de  la  date  de  leur  déli- 
«  vrance  * , 

c  II  chargerait  le  chef  des  forces  maritimes  allemandes  en 
«  Chine  du  soin  de  faire  respecter  le  traité  allemand;  et,  dans 
c  ce  but,  une  fois  les  quarante-huit  heures  expirées,  il  se  ren- 
a  drait  de  sa  personne  à  Ghang-Haï.  Il  priait,  en  conséquence 
«  le  Tsoung-li  Yamen  de  lui  préparer  des  passe-ports  afin  (|u'il 
«  put  se  rendre  par  terre  de  Tien-Tsin  à  Chang-Haï,  si,  comme 
«  c'était  probable,  il  trouvait  la  rivière  fermée  pai*  les  glaces  à 
«  son  arrivée  dans  la  première  de  ces  villes.  » 


1  Le  Gouvernement  chinois  avait  soutenu,  bien  que  ce  droit  lui  ont 
toujours  été  conteste,  que  c'était  à  lui  de  fixer  ic  délai  après  lequel  les 
drawbacks  ne  pourraient  plus  être  réclames  en  faveur  des  marchandises 
imporlces  et  en  remplacement  de  celles  ré- exportées  et  ayant  paye  les 
droits.  Trente  mois  était  l'usage  adopté  jusc]u'alors.  La  Convention  de 
Tché-fou  avait  fixe  un  terme  de  trois  ans  après  lequel  ces  certificats  de 
ré-exportation,  ou  drawbacks,  ne  pourraient  plus  être  réclamés. 


l5G  TRAITÉ    ALLEMAND    —    TRAITÉS    AMÉRICAINS 

Il  faut  avouer  que  M.  v.  Brandi  avait  lieu  de  se  montrer 
peu  satisfait  des  tergiversations  des  Chinois  et  surtout  de 
Tinipolitessc  du  prince  Koung  : 

«  Fatigué  de  cet  état  de  choses,  dit  un  diplomate,  M.  de 
Brandt  écrivit  peu  de  temps  auparavant,  au  Prince  Koung  [wur 
lui  demander  une  entrevue.  Le  Prince  répondit  à  cette  demande 
siH*  sa  carte  de  visite  et  sans  même  la  mettre  sous  enveloppe  : 
«  qu'il  ne  traitait  pas  les  affaires  chez  lui  et  que  si  le  Min^tre 
d'Allemagne  avait  quelque  chose  de  pressé  à  lui  communiquer, 
il  devait  s'adresser  au  Tsoung-li  Yamen,  qui  lui  en  référerait.  » 

«  Le  Ministre  d'Allemagne,  blessé  avec  raison  de  ce  procédé 
un  |M3u  trop  sans  gène,  prit  la  carte  du  Prince,  la  mit  sous  enve- 
loppe avec  ces  simples  mots  écrits  sur  la  sienne  :  «  V.  A.  L 
ignore  sans  doute  ce  qui  a  été  écrit  sur  sa  carte  et  j'ai  en  consé- 
quence l'honneur  de  la  lui  renvoyer.  » 

a  Le  même  soir,  M.  de  Brandt,  reçut  du  Prince  une  lettre 
ln''s  polie  lui  disant  qu'il  le  recevrait  avec  plaisir  le  samedi 
a  décembre  à  a  heures  de  l'après-midi  au  Tsoung-li  Yamen.  » 

Le  1°"*,  à  onze  heures  du  malin,  Koung  faisait  dire  au 
Ministre  d'Allemagne  (pi'il  était  malade  et  ne  pouvait  le 
rerevoir.  D\>ù  ultimatum  de  M.  de  Brandi. 

VL  v.  Brandt  fit  ses  pré[)a  rai  ifs  de  dépari,  ne  croyant  pas 
(pie  le  Yamen  céderait  ;  il  fut  retenu  j)ar  les  Chinois  au 
moment  de  partir  : 

.    Il  décembre  1870. 

M.  de  Brandi  est  reveiui  liicr  soir  à  (i  li.  du  Tsoung-li 
Yamen,  après  Irois  heures  cl  demie  de  séance;  nous  l'attendions 
chez  M.  de  Ihitzov,  noire  doyen,  et  voici  ce  qu'il  nous  a  ra- 
conté : 

<f  A  mon  arrivée  au  Yamen,  où  je  m'étais  rendu  à  3  heures 
pour  faire  mes  adieu\  à  Leurs  Excellencos,  on  m'a  reçu  avec  un 
déjeuner  meilleur  (pie  d'habitude.  Pendant  vingt-cinq  minutes 
nous  avons  ])arlé  de  la  pluie  et  du  beau  temps,  sans  dire  un  mol 
de  l'affaire  qui  nous  préoccupait  tous.  Au  bout  de  ce  temps,  ne 
voyanl  rien  venir,  je  dis  à  Leurs  Excellences  que  je  ne  voulais 
pas  occuper  leur   temps  davantage  et  je   me  levai  pour  prendre 


VISITE    AU    YAMEK  167 

congé.  Tous  les  Membres  du  Tsoung-H  Yamcn  m'accoinpagnè- 
renl  jusqu'à  la  porte.  Là,  je  me  retournai,  et,  m'adressanl  à 
Chen,  je  le  priai  de  ne  pas  oublier  de  m'envoyer  mes  passeports 
\e  soir  même,  attendu  que  je  partais  le  lendemain  matin  |K)ur 
Tien-Tsin  et  Chang-Haï.  A  ces  mots,  Chen  devint  vert  ponnue 
(sic)  et. me  dit  en  tremblant  :  «Ne  parlez  pas  de  partir  sans 
avoir  notre  réponse  et  ne  pourrions-nous  pas  causer  amicalement 
de  celte  affaire?  » 

—  a  Volontiers  »,  répondis-je.  Nous  rentrons  et  on  se  rassied 
autour  de  la  table. 

«  Chen  prend  alors  la  parole  et  dit  :  «  Le  Prince  Koung  con- 
sent au  premier  point  de  vos  demandes,  le  Likin.  Quant  au  se- 
cond point,  nous  avons  déjà  donné  des  ordres  à  Tien-Tsin,  en 
envoyant  des  remontrances  au  Tao-taï.  Pour  le  troisième  point, 
nous  consentons  également.  Mais  pour  le  likin,  comme  il  faut 
que  nous  en  référions  au  Vice-Roi  de  Nanking,  cela  ne  pourra 
guère  être  mis  en  vigueur  avant  le  i'''  avril  prochain.  D'ailleurs 
nous  voulons  faire  ces  mêmes  avantages  à  toutes  les  Puissances 
qui  ont  des  traités  avec  la  Chine  et,  comme  nous  comptons  en 
informer  vos  collègues,  nous  vous  demandons  un  peu  de 
temps.  D 

M.  de  Brandi.  —  «  Je  le  veux  bien,  mais  je  ne  puis  vous  don- 
ner que  jusqu'à  la  fin  de  l'année  chinoise,  c'est-à-dire  jusqu'en 
février  prochain,  et,  si  vous  ne  consentez  pas,  rien  n'est  arrangé, 
cl  je  pars.  » 

Chen.  —  «  Ne  parlez  pas  de  partir:  vous  savez  bien  que  nous 
ne  le  permettrions  pas.  » 

Là-dessus,  on  se  sépara  et  M.  de  Brandi  reste  !  —  C'est  un 
succès  évidemment,  mais  le  jeu  est  dangereux  et  il  ne  serait, 
je  crois,  ni  sage  ni  prudent  de  le  recommencer  souvent*. 

Le  i/|  décembre  1876,  le  Ministre  d'Allemagne  présenta 
au   Gouvernement    chinois   un    mémorandum    en    quatorze 
articles  pour  arriver  à  trouver  une  base  du  traité  allemand 
chinois. 

Au  mois  d\ivril  1877,  M.  von  Brandi  ayant  en  vain  jus- 
qu'alors essayé  de  faire  accepter  ses  articles  par  le  Gouver- 
nement chinois,  ado|)ta  une  nouvelle  lactique  : 

I.  Lettre  de  M.  Brcnier,  1"  décembre  187G,  au  duc   Decazes. 


ITI^    ALLEMAND     TltAIT^S    AMËIIICAINS 


1 11  ne  parle  plus  de  révision,  écrit  un  diplomate,  3  avril  1877. 

refuse,  au  contraire,  tout  entretien  Ji  ce  sujet;  mais,  en  re- 
inclic,  il  fait  connaître  les  instructions  qu'il  a  reçues  de  Berlin 

qui  l'invitent  il  exiger  la  stricte  exécution  du  traité  qui  existe 
ijà  entre  les  deux  Empires.  Il  a  fnil,  dans  ce  but,  des  recher- 
les  ininuticuacs  au  sujet  des  infractions  commises  par  les 
ilorités  chinoises  de  l'inlérieur  au  traité  en  question  et  la  liste 
1  est  longue,  a 

JjC  Yamcn  ré[»ncl  ou  sujet  du  li-kin  : 

LE  TSOING-LI  VAMEN    AU    MI7IISTHE    d'aLLEMAG^E 

Pé-King,  le  8  juin  1877. 

Le  II  avril  de  celte  anni^e  nous  avons  reçu  de  V.  E.  une 
é|)iV;lie  relative  au  mode  de  |>erceplion  des  droits  de  Douane 
ir  les  marchandises  ctrangcrcs. 

Volii  Gouvernement  désire   d'accord  avec  les  autres  puissan- 

s  ilranfjircs  (.laborer  un  règlement  dans  lequel  il  sérail  qucs- 
on  des  mconvinients  de  la  perception  du  IJ-kin  (décimes 
ttiaordinaires)  V  E  nous  dit  la  satisfaction  qu'elle  éprouvera 
raiment  d  une  entente  générale  sur  ce  point. 

La  perception  des  droits  de  douanes  et  les  prélèvements  du 
I  km  mtéicssent  le  budget  du  Gou^c^^ement  de  la  Gbine. 

Quant  au   projet   que  nous  exprime  V.  E.,dans  sa  dépêche. 

tnlrer  en  conférence  a^ec  ses  collègues  et  le  Gouvernement 
limois  en  vue  de  ngler  cette  question  des  pei'ceplions  de  droits 

des  pr<le\ements  de  décimes  additionnels  (on  dehors  des  droits 
entrée  et  de  sortie)  sur  les  mai'chandises  entrant  dans  l'inté- 
eur  sans  avoir  piealablcmcnt  acquitte  le  demi-droit  (de  tran- 
t)  :  —  le  Gouvernement  Gbitiois  y  adhère  cl  nttend,  pour  en- 
er  en  conférence,  que  V.  E.  ait  fait  connaître  au  Tsoung-li 
amen  comment  et  sur  quelles  bases  il  sera  procédé  à  cette  dis- 

Agréei,  etc. 

M.   V.   Brandi  rentrait  h  Pc-King  le  3  juillet,  après  une 


LETTRE    DE    M.    DE    BRANDT  15^ 

absence,  et,  le  jour  même,  il  adressait  la  lellre  suivante  à 
M.  Brenier  de  Monlmorafid  : 

Pé-King,  le  3  juillet  1877. 

Monsieur  le  Ministre  et  cher  Collègue, 

Les  négociations,  que  d*ordre  de  mon  haut  Gouvernement,  j*ai 
piilamées  avec  le  Gouvernement  Chinois  au  sujet  de  la  révision 
du  traité  allemand-chinois  de  186 1,  négociations  qui  continuent 
encore,  ont  porté  naturellement  aussi  sur  la  question  du  li-kin. 
A  plus  d'une  reprise,  j*ai  été  à  même  de  déclarer  au  Tsoung-li 
^amen  que,  tout  en  protestant  de  la  manière  la  plus  formelle 
contre  Tétat  de  choses  actuel,  le  Gouvernement  Allemand  préfé- 
rerait un  arrangement  général,  conclu  entre  toutes  les  Puissances 
sit;nataires  des  traités  et  la  Chine,  à  une  Convention  entre  les 
deux  Puissances,  qui  par  cette  raison  môme  ne  serait  applicable 
en  première  ligne  qu'aux  administrés  ainsi  qu'aux  marchandises 
allemandes. 

Le  Tsoung-li  Yamen,  après  une  résistance  assez  longue,  fai- 
sant enfin  droit  à  mes  réclamations,  s'est  déclaré  prêt  à  entrer 
en  pourparlers  avec  les  représentants  de  toutes  les  puissances 
signataires  au  sujet  d'un  règlement  général  de  la  question  de  la 
taxation  des  marchandises  étrangères,  les  droits  d'entrée  et  de 
sortie  exceptés. 

En  ayant  l'honneur  de  transmettre  ci-joint  h  Votre  Excellence 
une  copie  du  texte  chinois  de  la  note  par  laquelle  le  Tsoung-li 
\ainen  m'a  informé  de  cette  décision,  j'ose  espérer.  Monsieur  le 
Ministre  et  cher  Collègue,  que  vos  instructions  vous  permet- 
tront de  vous  joindre  à  ces  négociations  dont  l'importance  ne 
saurait  échapper  à  votre  haute  sagacité. 

Plusieurs  des  représentants  accrédités  à  Pé-king,  ainsi  que  le 
Directeur  général  des  Douanes,  dont  le  concours  serait  proba- 
blement nécessaire  au  gouvernement  chinois  étant  absents,  il 
est  probable  que  les  négociations  au  sujet  de  cette  question  ne 
pourront  être  reprises  utilement  que  vers  le  mois  de  Novembre 
de  cette  année. 

C'est  donc  vers  cette  époque  que  j'espère  pouvoir  compter  sur 
le  concours  que  Votre  Excellence  a  bien  voulu  m'offrir  si  gra- 
cieusement il  y  a  quelque  temps. 

Je  saisis  celte  occasion,  Monsieur  le  Ministre  et  cher  Collègue, 


iGo  TRAITÉ    ALLEMAND    TRAITÉS    AMÉRICAINS 

pour  renouveler  à  Votre  Excellence,  Tassurancc  de  ma  haute 
considération. 

Signé  :  Von  Brandt. 

Au  mois  d'oclobre  1877,  noire  ministre  est  autorise  h  par- 
ticiper à  la  conférence  sur  le  Li-hi'n,  ses  instruclions  géné- 
rales étant  d'appuyer  les  néfçociations  de  T Envoyé  allemand. 
Je  ne  suivrai  pas  cette  affaire  fastidieuse  dans  toutes  ses 
phases  ;  ce  cpie  j'en  dis  esl  suffisant  pour  montrer  le  temps 
perdu,  quatre  ans,  pour  toucher  à  un  but  cpji  paraissait 
proche  en  mars  1870. 

TRAITÉ    ALLEMAND,    3l     MARS     1880* 

Enfin  le  3i  mars  1880  (21°  jour,  2**  mois,  6^  année 
Kouang-Siu)  M.  Max  Auguste  Scipio  von  Brandi,  ministre 
de  Chine,  signa  avec  Chén  Kouei-feun  et  Tching  Lien, 
membres  du  Tsoung-li  Yamen,  une  convention  supplémen- 
taire pour  assurer  l'exécution  plus  parfaite  du  traité  du 
2  septembre  1861,  en  dix  articles  relatifs  au  commerce  et 
à  la  navigation  ;  la  convention  était  accompagnée  de  neuf 
stipulations  explicatives.  Je  ne  comprends  pas  qu'il  ail  fallu 
autant  de  temps  et  d'aussi  épineuses  négociations  |X)ur 
arriver  à  un  résultat  facile  à  obtenir  en  apparence,  —  les  con- 
cessions accordées  par  les  Chinois  n'offrant  rien  de  particu- 
lièrement important  : 

«  Les  pourparlers  engagés  depuis  plusieurs  années  entre  les 
cabinets  de  Berlin  et  dcPé-king,  écrit  un  diplomate  (avril  1880), 
pour  la  révision  du  traité  de  1861,  viennent  enfin  d'aboutir. 
Une  convention  additionnelle,  dont  le  texte  n'est  pas  encore 
connu,  mais  qui,  si  j'en  crois  M.  de  Brandt,  ne  porterait  que  sur 
les  questions  commerciales  d'une  importance   secondaire,  a  été 

I.  China,  n»  a  (1881).  —  Despatch  from  Sir  John  Walsham, 
Bart.,  Her  Majestr's  Charge  d'affaires  at  Berlin,  inclosing  Copy 
of  a  supplementary  Convention  hotiveen  Germa ny  and  China  y  signed 
at  Peking,  Marchai,  1880;  mlh  Documents  reiating  thereto.  Pre- 
scnled...,  1881.  liOml.,  iii-fol.,  pp.  7  [C.  —  ag'iSJ. 


TRAITÉS    AMÉRICAINS    —    MÉMORANDUM    ANGLAIS    (1880)       161 

signée,  il  y  a  deux  ou  trois  jours,  par  le  Ministre  d'Allemagne 
avec  le  Tsoung-li-Yamen.  Ce  document,  rédigé  en  allemand  et  en 
chinois,  est  en  ce  moment  à  l'impression  et  doit  être  très  pro- 
chainement communiqué  aux  légations.  » 

Les  ratifications  de  cette  Convention  supplémentaire 
furent  échangées  le  i6  septembre  1881. 

TRAITÉS   AHERICAl^fS.    MEMORANDUM    ANGLAIS    (iSSo). 

Imitant  l'exemple  de  TEspagne  pour  Cuba,  les  États-Unis 
signèrent,  en  chinois  et  en  anglais,  avec  la  Chine,  à  Pé-King, 
un  traité  en  quatre  articles  pour  régler  Témigration  des 
Chinois  dans  le  premier  de  ces  pays,  le  17  novembre  1880. 
Les  États-Unis  étaient  représentés  par  James  B.  Angcll,  de 
Michigan,  John  F.  Swift,  de  Californie  et  William  Henry 
Trescot,  de  la  Caroline  du  Sud,  la  Chine  par  Pao  Tsiun  et 
Li  Houng-tsao,  membres  du  Conseil  Privé.  Le  même  jour, 
les  mêmes  plénipotentiaires  signèrent  un  traité  supplémen- 
taire en  quatre  articles  relatif  aux  relations  commerciales  et 
à  la  procédure  judiciaire.  Ces  deux  traités  furent  ratifiés  à 
Pé-King  le  19  juillet  1881. 

Plus  tard,  le  17  mars  1894,  une  nouvelle  Convention, 
en  six  articles,  relative  à  l'émigration  fut  signée  à  Washing- 
ton, par  Yang  Yû,  Ministre  de  Chine,  et  Waller  Q.  Gres- 
ham,  Secrétaire  d'État  ;  les  ratifications  en  furent  échangées 
à  Washington,  le  7  décembre  1894. 

Le  10  décembre  1880,  un  mémorandum  fut  rédigé  pour 
bien  établir  les  relations  personnelles  et  les  rapports  officiels 
entre  les  fonctionnaires  du  service  consulaire  anglais  et  les 
autorités  provinciales  chinoises  ^ 

I.  Treaties,  etc.,  between  Gréai  Rritain  and  China;  and  between 
China  and  Foreign  Powers  ;  and  Orders  in  Councilt  Rules^  Régu- 
lations, Acts  of  Parliament,  Decrees,  and  Notifications  afjecting 
Britisk  Inlerests  in  China,  —  in  force  on  the  ist  January,  1896.  — 
Bj  Sir  Edward  Hertslet,  K.  G.  B.  London,  Harrison,  1896,  2vol.in-8, 
pp.  v-4ai,  423  à  768. 

CORDIER.  II.     —    Il 


^ 


CHAPITRE  IX 


L'AFFAIRE  DE  KOULDJA 


Avant  que  les  évcnemenls  actuels  n'aient  relégué  au  se- 
cond plan  les  questions  qui  agitèrent  le  règne  de  Kouang- 
Siu,  quatre  grosses  affaires,  depuis  vingt-cinq  ans,  ont  occupé 
Tattention  et  troublé  de  terrible  mtinière  la  quiétude  habi- 
tuelle des  hommes  d'Etat  chinois  ;  deux  fois  ceux-ci  évitèrent 
la  guerre  :  après  l'assassinat  de  Margary  et  lors  de  la  dénon- 
ciation du  traité  de  1879,  avec  la  Russie,  relatif  à  Kouldja  ; 
ils  eurent  la  guerre  avec  la  France  pour  la  possession  du 
Tong-King  et  avec  le  Japon  pour  rinfluence  en  Corée. 
L'affaire  Margary  fut  réglée  par  la  Convention  de  Tché-fou  ; 
l'occupation  de  Kouldja  par  les  Russes  amena  de  longs  pour- 
parlers que  nous  allons  rappeler  et  de  délicates  négociations 
que  nous  devons  retracer,  mais  il  nous  faut  auparavant  in- 
diquer la  cause  d'une  prise  de  possession  temporaire  par  les 
troupes  du  tsar  de  la  partie  de  l'Empire  chinois  située  au 
Nord  des  Ï'ien-Chan. 

CONQUÊTE   DES   t'iEN-CHAN 

En  1769,  Tempereur  K'ien-Loung  annexa  à  son  empire  le 
Nord  et  le  Sud  des  T'ien-Chan  et  le  nouveau  territoire,  Sin 
Kiéing,  fut  divisé  en  Tien  Clian  Pé  Lou  (route  Nord)  et 
Tien  Clian  Nan  Lou  (route  Sud);  dès  1762  (27*  année  K'ien 
Loung),  un  gouverneur  mihtaire  fut  chargé  d'administrer  la 


CONQUÊTE    DES    t'iEN-CHAN  i63 

région  ;  une  nouvelle  ville  fortifiée,  Houeï  yuan,  fut  construite 
(1764)  près  de  Tancien  Kouldja  et  des  colons  mandchous  y 
furent  installés  ;  plus  tard  un  grand  nombre  de  Chinois  du 
kan-Sou  et  du  Chen-Si  voisins  vinrent  s'y  établir.  La  popu- 
lation se  compose  de  Chinois  musulmans,  désignés  sous  le 
nom  de  Houei  Min  (sujets  musulmans)  ou,  par  leurs  voisins 
lurks,  de  Dounganes  ou  Tounganes,  et  de  colons  musulmans 
de  Kachgarie,  appelés  Tarantchis  *,  de  langue  turke,  d'ori- 
gine turke  ou  ouïgour.  L'administration  est  confiée  à  un 
gouverneur  général,  ///  Tsiang ,Kmn,dîs^c  trois  sous-gouver- 
neurs militaires,  Ts[an  tsan  Ta  Tchen,  à  Ili,  Tarbagataï  et 
\arkand  ;  les  chefs  locaux  sont  désignés  sous  le  nom  de  begs, 
répartis  en  cinq  classes  qui  varient  du  troisième  au  septième 
degré  de  la  hiérarchie  chinoise  ;  les  gouverneurs  locaux  sont 
désignés  sous  le  nom  de  Hak'im  Beg,  et  les  sous-gouverneurs 
sous  celui  de  Ichkhan  Beg, 

La  religion  musulmane,  qui  avait  pénétré  dans  le  Turkestan 
dès  répoque  des  Souï  (58i-6i8)  et  des  T'ang  (618-907) 
sous  le  nom  de  Secte  fleurie  ÇHoa  men)^  n'avait  pas  tardé  à 
y  remplacer  complètement  le  bouddhisme  mongol.  Aussi, 
dès  la  fin  de  la  dynastie  mongole,  dans  ce  pays  qui  avait  été 
attribué  au  second  fils  de  Tchinguiz-Khan,  Djagataï,  vit-on 
détruire  les  chrétientés  florissantes  et  en  particulier  la  mis- 
sion d'Ili-bâliq  (i342).  Vers  la  fin  des  Ming,  un  descendant 
du  Prophète  à  la  vingt-sixième  génération,  Mahmoud 
(Makhdoum),  vint  s'établir  à  Kachgar  et  fut  reconnu  comme 
chef  par  tous  les  princes  de  la  contrée.  Ce  fut  alors  que  les 
Eleuthes  (Kalmouks  ou  Mongols  occidentaux)  commencèrent 
à  dominer  dans  les  T'ien-chan.  Les  tribus  mongoles  for- 
maient quatre  oïrats  (d'où  nous  avons  fait  éleiithe  par  l'in- 
termédiaire du  chinois)  :  dans  Tlli,  les  Tclioros,  qui  sont 

I.   Taran,  millet,  qui  fait  croître  le  millet,  fermier. 


i()4  l'affaire  de  kouldja 

les  Dzoungares  ;  les  Dourbet,  sur  Tlrlych  ;  les  Tourgoules, 
dans  le  Tarbagalaï  ;  les  Kochols,  dans  le  pays  d'Ouroumtsi. 
Sous  le  règne  de  K'ang  Hi,  un  chef  tchoro,  FErdeni  Baha- 
dour  K'ong-Taïchi,  fils  d' Abonda  Ablaï  Taïchî,  fortement 
établi  au  Nord  des  T'ien-chan,  avait  essayé  de  reconstituer 
l'aile  gauche  mongole  (Dzoungares)  en  attaquant  les  princes 
musulmans  :  le  khan  de  Kachgar,  Ismaël,  fut  envoyé  pri- 
sonnier à  Ili  et  l'administration  de  son  pays  fut  confiée,  sous 
la  suzeraineté  des  Kalmouks  (Eleuthes),  à  Hazrat  Afak 
(Ilidayat  Allah),  descendant  du  grand  prêtre  musulman 
Makhdoum  Azam,  qui  créa  la  dynastie  des  Khodjas(i678). 
K'ong-Taïchi  étant  mort  en  i665,  son  second  fils,  Galdan 
Boushtou,  allait  continuer  son  œuvre  lorsque  K'ang-Hi 
réussit  à  arrêter  sa  puissance  naissante.  Les  Eleuthes  mena- 
çaient de  s'avancer  jusqu'au  Kou-kou  Nor,  mais  leur  roule 
était  barrée  par  les  K'alkhas.  Les  K'alkhas  descendaient  de 
Gcrcssandsa  Jelaïr  K'ong-Taï-chi,  fils  de  Dayan  Khan,  qui 
avait  été  Khakaan  de  1^70  à  i544  et  qui,  lui-même,  avait 
pour  ancêtre  K'oubilaï.  Ces  K'alkhas  servaient  d'Etat-tampon 
entre  les  Eleuthes  et  la  Chine  ;  leur  écrasement  pouvait 
amener  Tcnvahisscment  du  Céleste  Empire;  aussi  K'ang-Hi 
n'hésita-t-il  pas  à  se  porter  à  leur  secours  dès  qu'il  eut  ré- 
duit les  dernières  révoltes  intérieures. 

Galdan,  campé  sur  TOrkhon  avec  son  armée,  chassait  les 
K'alkhas  devant  lui  ;  à  la  suite  de  quelques  succès  des  Chi- 
nois, il  fit  à  l'empereur  (en  1690)  une  soumission  plus  appa- 
rente que  réelle.  La  guerre  recommença  en  1696  :  K'ang  Hi 
s'avança  jusqu'au  Keroulen  et  mit  Galdan  en  faite.  L'année 
suivante,  l'empereur  reprit  la  campagne,  mais  les  ambassa- 
deurs ennemis  le  vinrent  trouver  sur  les  bords  du  Houang-ho 
dans  le  pays  des  Ordos.  K'ang  Hi  accordait  un  délai  de 
soixante-dix  jours  pour  la  soumission  de  Galdan,  lorsqu'il 
apprit  que  celui-ci  venait  de  mourir  (1697).  La  mort  de 
Galdan  avait  laissé  sans   grand  chef  effectif  la  nation  des 


CONQUÊTE    DES    t'iEN-CHAN  i65 

Eleuthes  ;  ses  neveux,  fils  de  son  frère  aîné  Senghe,  Tsewang 
Arablan  et  Chereng  Donduk,  assuraient  l'avenir  de  la  dy- 
nastie ;  le  pouvoir  resta  dans  la  famille  du  premier  et  il  fut 
exercé  tourà  tour  par  ses  petits-fils  Baïan  Adshanct  Dardsiia, 
puis  par  le  petit-fils  de  Chereng  Donduk,  Tawatsi,  qui  fut 
le  dixième  souverain  des  Eleuthes.  En  lySS,  un  des  chefs 
eleuthes^  Amoursana,  étant  entré  en  lutte  à  la  suite  des 
iiiules  d'Adshan,  qui  avait  remplacé  comme  huitième  souve- 
rain son  père  Galdan  Chereng  (^  1745),  fils  de  Tscwang 
Arabtan  (•{•  1727),  un  lama  nommé  Torgui  essaya  de  s'emparer 
du  pouvoir,  mais  fut  tué.  Tawatsi  fit  appel  à  Tempereur  de 
la  Chine,  qui  intervint  en  sa  faveur,  mais  laissa  la  vie  à  son 
adversaire.  Amoursana,  craignant  de  voir  Tawatsi  servir  un 
jour  d'instrument  contre  lui,  gêné  par  le  contrôle  des  fonc- 
tionnaires chinois,  leva  en  1755  l'étendard  de  la  révolte. 
Deux  frères  musulmans,  descendants  de  Ilazrat  Afak,  qui 
'avaient  longtemps  servi  d'otages  aux  Chinois,  Bourhân  ed- 
Din  (Boronitou)  et  K'odzichân  (Houo-tsitchan),  désignés 
sous  les  noms  de  Grand  et  de  Petit  Khodja,  avaient  été  remis 
en  liberté  en  1755.  Tandis  que  l'aîné  était  à  Kachgar,  le 
second  se  rendait  à  Yarkand.  Bourhân  ed-Din  embrassa  le 
parti  d' Amoursana  qui,  battu  par  le  général  chinois  Tchao- 
Houei,  fut  obligé  de  fuir  en  Sibérie,  où  il  mourut  de  la  petite 
vérole.  Bourhân  ed-Din  se  réfugia  chez  son  frère,  qui  refusa 
de  le  livrer  aux  Chinois.  C'était  recommencer  une  nouvelle 
^nierre.  Malgré  leur  bravoure  et  une  résistance  opiniâtre,  les 
Khodja,  défaits,  se  réfugièrent  dans  le  Badak'chan.  Le  sultan 
de  ce  pays  fit  l'un  prisonnier  et  tua  l'autre  dans  une  bataille 
livrée  à  la  petite  armée  fidèle  qui  les  suivait.  Lorsque  Tchao- 
llouei  les  réclama,  on  lui  livra  la  tête  du  Petit  Khodja  et  le 
cadavre  du  Grand  Khodja  V 
C'est  alors  que  le  pays  fut  annexé. 

I .  Histoire  générale.. .  Lavisse et Rambaud. . .  Henri Gordier,  passim . 


i66  l'affaire  de  kouldja 


DJIHANGHIR 

L'annexion  des  T'ien-Chan  par  Tempereur  K'ien-Loung 
ne  devait  pas  arrêter  les  révoltes  dans  ce  pays.  Le  choix  de 
mauvais  administrateurs  causa  un  nouveau  et  terrible  soulè- 
vement ;  Pi-Tsing,  gouverneur  d'Ili,  crut  pouvoir  réprimer 
un  mouvement  à  la  tête  duquel  se  mit  Djihanghir,  fils  de 
Saadct  Ali  Sarimsak  (Sa  Mou-ko)  et  petit-fils  du  grand 
Khodja,  Bourhân  ed-Din.  D'abord  malheureux,  Djihanghir 
réussit  à  obtenir  un  grand  succès  en  octobre  i825.  Les  quatre 
grandes  villes  du  T'ien-Chan  Nan-Lou,  Kachgar,  Yangi 
Hissar,  Yarkand  et  Khotan,  tombèrent  quelque  temps  après 
aux  mains  des  rebelles.  Tao-Kouang  s'aperçut  enfin  qu'il 
était  temps  d'agir  :  il  mit  Tch'ang-Ling  à  la  tête  de  ses 
troupes,  qu'il  concentra  avec  les  vivres  à  Aksou.  Celle  ville 
faillit  tomber  entre  les  mains  de  Djihanghir,  mais  en  1827,* 
les  Chinois  reprennent  l'offensive  ;  à  la  suite  de  combats  heu- 
reux, Kachgar  retombe  entre  leurs  mains,  ainsi  que  les  trois 
autres  villes  de  l'Ouest  dont  nous  venons  de  parler.  Djihanghir, 
en  fuite,  se  décida  à  repasser  la  frontière  à  la  suite  d'une 
ruse  du  général  Tch'ang-Ling.  Attaqué  à  K'artié  Kaï, 
Djihanghir  fut  battu,  fait  prisonnier  (1828),  envoyé  à  Pé- 
King  et  mis  à  mort  ^  de  la  plus  barbare  manière. 

D'autre  part,  la  fondation  d'Orenbourg  par  les  Russes, 
l'exploration  du  Syr-Daria  par  Batiakov,  la  fondation  près  de 
Tembouchure  de  ce  fleuve  de  Kazalinsk  (i848),  les  efforts 
de  Perovsky,  les  entreprises  des  Cosaques  contre  le  khanat 
de  Khokand,  devaient  forcément  entraîner  les  Russes  dans  la 
vallée  de  l'Ili. 

Le  25  juillet  i85i,  les  Russes  s'implantaient  à  Kouldjapar 
un  traité  de  commerce  signé  par  le  colonel  Kovaleski  : 

1.  Henri  Gordicr,  dans  Y  Histoire  générale. 


TRAITÉ    COMMERCIAL    DE    KOI  LDJA  iT)" 


THAITÉ  COMMERCIAL    DE  KOULDJA,    25    JUILLET  l85l 

Le  plcnipotenliaire  de  S.  M.  l'Empereur  de  toutes  les  Russies 
et  les  plénipotentiaires  de  S.  M.  le  bogdokhan  du  Ta-Tsing, 
savoir  :  le  gouverneur  générai  de  l'ili  et  d'autres  provinces,  ainsi 
que  son  adjoint,  ont,  après  avoir  conféré  ensemble,  conclu  dans 
la  ville  d'Ili  (Kouldja),  en  faveur  des  sujets  des  deux  empires, 
un  traité  de  commerce  qui  établit  un  trafic  dans  les  villes  d'il i 
(Kouldja)  et  de  Tarbagataï  (l'chougoutchak).  Ce  traité  se  com- 
pose des  articles  qui  suivent  : 

Art.  i**".  —  Le  présent  traité  de  commerce,  conclu  dans  l'in- 
térêt des  deux  puissances,  en  témoignant  de  leur  sollicitude  [K)ur 
le  maintien  de  la  paix  ainsi  que  pour  le  bien-être  de  leurs  sujets, 
doit  resserrer  encore  davantage  les  liens  d'amitié  qui  unissent 
les  deux  puissances. 

Art.  2.  —  Les  marchands  des  deux  empires  feront  entre  eux 
le  commerce  d'échange  et  régleront  les  prix  librement  et  à  leur 
gré.  Il  sera  nommé,  pour  surveiller  les  a  flaires  des  sujets  russes, 
un  consul  de  la  part  de  la  l\ussie,  et  pour  les  aflaires  des  com- 
merçants chinois,  un  fonctionnaire  de  l'administration  supé- 
rieure de  i'Ili.  En  cas  de  collision  entre  les  sujets  de  l'une  et  de 
l'autre  puissance,  chacun  de  ces  agents  décidera  selon  toute  jus- 
tice les  affaires  de  ses  nationaux. 

Art.  3.  —  Ce  commerce  étant  ouvert  en  considération  de 
l'amitié  mutuelle  des  deux  puissances,  ne  sera  passible  de  part 
ni  d'autre  d'aucun  droit  quelconque. 

Art.  /|.  —  Les  marchands  russes  allant  soit  à  Ili  (Kouldja), 
soit  à  Tarbagataï  (ïchougoutcliak),  seront  accompagnés  d'un 
syndic  (Karavan-bascha).  Lorsqu'une  caravane  allant  à  Ili  arri- 
vera au  piquet  chinois  de  Boro-Khoudjir,  et  que  celle  destinée 
pour  Tarbagataï  (Tchougoutchak)  atteindra  le  premier  piquet 
chinois,  le  syndic  présentera  à  l'officier  de  garde  le  billet  de  son 
gouvernement.  Ledit  officier,  après  avoir  pris  note  du  nombre 
d'hommes,  de  bestiaux  et  de  charges  de  marchandises,  laissera 
passer  la  caravane  en  la  faisant  escorter,  de  piquet  en  piquet,  par 
un  officier  et  des  soldats.  Pendant  la  marche,  toute  vexation  ou 
offense  sera  interdite  aux  soldats  comme  aux  marchands. 

Art.  5.  —  Pour  faciliter  le  service  des  escortes  d'officiers  et 
de  soldats,  les  marchands  russes  seront  obligés,  en  vertu  du  pré- 


i68  l'affaire  de  rouldja 

sent  traité,  de  suivre  la  route  des  corps  de  garde,  tant  en  allant 
qu'à  leur  retour. 

Art.  6.  —  Si,  pendant  que  les  caravanes  russes  suivront  leur 
route  en  dehors  de  la  ligne  des  corps  de  garde  chinois,  les  ban- 
des de  pillards  des  aoûls  extérieurs  (Kirghises)  commettaient  dos 
actes  de  brigandage,  d'agression  ou  d'autres  crimes,  le  gouver- 
nement chinois  n'aura  point  à  intervenir  dans  l'enquête  à  la- 
quelle cela  donnerait  lieu.  Lorsque  la  caravane  sera  arrivée 
sur  territoire  chinois,  de  même  que  pendant  le  séjour  dans  les 
factoreries  où  les  marchandises  seront  déposées,  les  marchands 
russes  devront  garder  et  défendre  eux-mêmes  leur  propriété  ;  ils 
seront  tenus  de  surveiller  avec  encore  plus  de  soin  leur  bétail  au 
pâturage.  Si,  contre  toute  attente,  quelque  chose  venait  à  se 
perdre,  il  en  sera  immédiatement  donné  avis  au  fonctionnaire 
chinois,  qui,  conjointement  avec  le  consul  russe,  poursuivra 
avec  toute  la  diligence  possible  les  traces  de  l'objet  perdu.  Si  ces 
traces  étaient  découvertes  dans  des  villages  de  sujets  chinois  et 
que  le  voleur  fût  saisi,  il  devra  être  jugé  sans  relard  et  sévè- 
rement. Si  Ton  retrouvait  quelques-unes  des  choses  volées,  elles 
seront  restituées  à  qui  il  appartient. 

Art.  7.  —  En  cas  de  brouilleries,  de  contestations  ou  autres 
incidents  de  peu  d'importance  entre  les  sujets  respectifs,  le  con- 
sul russe  et  le  fonctionnaire  chinois  dont  il  a  été  fait  mention 
plus  haut,  apporteront  tous  leurs  soins  h  la  décision  de  l'aflaire. 
Mais  si,  contre  toule  attente,  il  se  présentait  une  affaire  criminelle 
ou  un  cas  important  en  général,  il  sera  procédé  conformément 
aux  règles  actuellement  en  vigueur  sur  la  frontière  de  Kiakhta. 

Art.  8.  —  Les  marchands  russes  arriveront  chaque  année 
avec  leurs  marchandises,  depuis  le  ab  mars  jusqu'au  10  décem- 
bre (de  notre  style,  ou,  d'après  le  calendrier  chinois,  depuis  le 
jour  ïçing-ming  jusqu'au  jour  Tong-tchi)  ;  passé  cette  dernière 
date,  l'arrivée  des  caravanes  cessera.  Si  toutefois  les  marchan- 
dises importées  pendant  cette  période  (huit  mois  et  demi) 
n'étaient  pas  vendues,  il  sera  loisible  aux  marchands  de  rester 
plus  longtemps  en  Chine  pour  achever  la  vente,  après  quoi  le 
consul  prendra  soin  de  leur  départ.  Il  est  entendu  de  plus  que 
les  marchands  russes  n'obtiendront  une  escorte  d'officiers  et  de 
soldats,  ni  pour  aller  ni  pour  leur  retour,  s'ils  n'ont  pour  le 
moins  vingt  chameaux  avec  des  marchandises.  Au  reste,  si  un 
marchand  ou  le  consul  russe  avait  besoin,  pour  une  affaire  quel- 
conque, d'expédier  un  exprès,  il  en  aura  la  faculté. 


TRAITÉ    COMMERCIAL    DE    KOULDJA  1 69 

Mais  pour  que  le  service  des  officiers  et  soldats  fournissant  Tes- 
corte  ne  devienne  pas  trop  onéreux,  il  n*y  aura  que  deux  fois  par 
mois  de  ces  expéditions  extraordinaires  hors  de  la  ligne  des  corps 
de  garde. 

Art.  9.  —  Les  marchands  russes  et  chinois  pourront  se  voir 
librement  pour  affaires  de  commerce  :  mais  les  sujets  russes  se 
trouvant  dans  la  factorerie  sous  la  surveillance  du  consul  russe, 
ne  pourront  circuler  dans  les  faubourgs  et  les  rues  que  munis 
d  un  permis  du  consul  ;  sans  ce  permis  ils  ne  pourront  pas  sortir 
de  Fenceinte.  Quiconque  sortira  sans  permis  sera  reconduit  chez 
le  consul,  qui  procédera  contre  lui  comme  de  droit. 

Art.  10.  —  Si  un  criminel  appartenant  à  l'un  des  deux  em- 
pires se  réfugiait  dans  Tautre,  il  n'y  sera  pas  toléré  ;  mais  de  part 
et  d'autre  les  autorités  locales  prendront  les  mesures  les  plus  sé- 
vères et  les  informations  les  plus  exactes  pdur  rechercher  ses  traces. 
11  y  aura  extradition  réciproque  de  transfuges  de  celle  espèce. 

Art.  II.  —  Comme  il  est  à  prévoir  que  les  marchands  russes 
qui  \iendront  en  Chine  pour  affaires  de  commerce  auront  avec 
eux  des  montures  et  des  bèlcs  de  somme,  il  sera  assigné  a  leur 
usage,  près  de  la  ville  dlii,  des  places  sur  les  bords  de  la  rivière 
Ili,  et  près  de  la  ville  de  Tarbagataï,  des  lieux  où  il  y  a  de  Teau 
et  de  l'herbe.  Dans  ces  pâturages,  les  marchands  russes  confie- 
ront leurs  bestiaux  à  la  garde  de  leurs  gens,  qui  veilleront  à  ce 
que  les  terres  labourées  et  les  cimetières  ne  puissent  dans  aucun 
cas  être  foulés.  Les  contrevenants  seront  amenés  devant  le  consul 
pour  être  punis. 

Art.  12.  —  Dans  l'échange  de  marchandises  entre  les  com- 
merçants des  deux  empires  il  ne  sera  rien  livré  à  crédit  de  part 
ni  d'autre.  Si,  malgré  cet  article,  quelqu'un  livrait  sa  marchan- 
dise à  crédit,  les  fonctionnaires  russes  et  chinois  n'auront  point 
à  intervenir  et  n'admettront  aucune  plainte,  quand  même  il  y 
en  aurait. 

Art.  i3.  —  Comme  les  marchands  russes  arrivant  en  Chine 
pour  affaires  de  commerce  doivent  nécessairement  avoir  des  em- 
placements pour  leurs  factoreries,  le  gouvernement  chinois  leur 
assignera,  dans  les  deux  villes  de  commerce  d'Ili  et  de  Tarba- 
gataï, des  terrains  près  des  bazars,  afin  que  les  sujets  russes 
puissent  y  construire  à  leurs  frais  des  maisons  d'habitation  et  des 
magasins  d'entrepôt  pour  leurs  marchandises. 

Art.  i4.  — Le  gouvernement  chinois  ne  s'interposera  en  aucun 
cas  lorsque  les  sujets  russes  célébreront  dans  leurs  factoreries  le 


170  L  AFFAIRE    DE    KOULDJA 

service  divin  selon  le  rite  de  leur  religion.  Pour  le  cas  où  quel- 
qu'un des  sujets  russes  en  Chine  viendrait  à  mourir  à  Ili  ou  à  Tar- 
bagataï,  le  gouvernement  chinois  assignera  hors  de  Tenceinte  de 
chacune  de  ces  villes  un  terrain  vague  pour  servir  de  cimetière. 

Art.  i5.  —  Si  les  marchands  russes  amènent  à  IH  ou  à  ïar- 
bagataï  des  moutons  pour  les  y  échanger,  les  autorités  locales 
prendront  pour  compte  du  gouvernement  deux  moutons  sur  dix, 
et  livreront  en  échange  de  chaque  mouton  une  pièce  de  toile 
(da-ba,  de  la  mesure  légale)  ;  le  reste  du  bétail  et  toute  autre 
marchandise  seront  échangés  entre  les  marchands  des  deux  em- 
pires au  prix  convenu  de  gré  à  gré,  et  le  gouvernement  chinois 
ne  s'en  mêlera  d'aucune  façon. 

Anr.  16.  —  La  correspondance  oflicielle  ordinaire  entre  les 
deux  empires  se  fera,  de  la  part  du  gouvernement  russe,  par 
l'entremise  de  l'administration  supérieure  de  la  Sibérie  occiden- 
tale et  sous  le  cachet  de  cette  administration,  et  de  la  part  du 
gouvernement  chinois,  par  l'entremise  et  sous  le  cachet  de  l'admi- 
nistration supérieure  de  l'ili. 

Art.  17.  —  Le  présent  traité  sera  revêtu  des  signatures  et 
cachets  des  plénipotentiaires  respectifs.  Il  en  sera  dressé,  du  côté 
de  la  Russie,  quatre  exemplaires  en  langue  russe,  signés  par  le 
plénipotentiaire  de  la  Russie,  et  du  côté  de  la  Chine,  quatre 
exemplaires  en  langue  manlchoue,  signés  par  le  plénipotentiaire 
cliinois  et  son  adjoint.  Les  plénipotentiaires  respectifs  garderont 
chacun  un  exemplaire  en  langue  russe  et  un  exemplaire  en 
langue  mantclioue,  pour  la  mise  à  exécution  du  traité  et  pour 
servir  de  règle  constante.  Un  exemplaire  russe  et  un  exemplaire 
mantchou  seront  envoyés  au  Sénat  dirigeant  de  Russie,  et  un 
exemplaire  dans  l'une  et  l'autre  langue  au  tribunal  chinois  des 
relations  extérieures,  pour  y  être  scellés  et  gardés  après  l'échange 
des  ratifications  du  traité. 

Tous  les  articles  ci-dessus  du  présent  traité  conclu  par  les  plé- 
nipotentiaires respectifs  de  la  Russie  et  de  la  Chine  sont  signés 
et  munis  de  cachets. 

Le  vingt-cinq  Juillet  de  l'an  mil  huit  cent  cinquante  et  un, 
vingt-sixième  année  du  règne  de  Sa  Majesté  Impériale  l'Empe- 
reur et  Autocrate  de  toutes  les  Russies. 

Signé  : 
(L.  S.)  Le  colonel  au  corps  des  ingénieurs  des  mines,  Kovalevsky. 

(L.  S.)  I-CHAN. 
BoUYAKTAl. 


YAKOin    BEG  iri 


Ce  traité  a  été  présenté  au  Sénat  dirigeant  de  Russie,  et  par 
ordre  de  Sa  Majesté  l^Empereur  il  y  a  été  apposé  le  sceau  de 
Tempire  en  signe  de  confirmation. 

Saint-Pétersbourg,  le  i3  novembre  i85i. 

(L.  S.) 


YAKOUB    BEG 


La  mort  de  Djihanghir  n'avait  donné  que  quelques  années 
de  répit  aux  gouverneurs  chinois  ;  en  i846,  un  des  Khodja, 
Katli  Torah,  avec  ses  frères,  s'empara  de  Kachgar,  mais  fut 
bientôt  battu  et  chassé  par  les  Chinois  à  Kok  Robat  ;  en  1857  , 
révolte  d'un  autre  Khodja,  Wali  Khan,  et  de  Kichik  Khan, 
son  frère,  mais  ce  n'est  que  deux  ans  plus  tard  qu'il  réussit 
à  quitter  Khokand  ;  il  s'empara  successivement  de  Kachgar, 
d'Artoch  et  de  Yangi-Hissar.  Profitant  de  la  rébellion  des 
musulmans  dans  le  Kan-Sou,  le  fils  de  Djihanghir,  Bouzourk 
Khan,  se  révolta  contre  les  autorités  chinoises,  aidé  jxir  un 
soldai  de  fortune,  Yakoub  Beg. 

Mohammed  Yakoub,  fils  d'Ismet  Oulla,  naquit  vers  1820 
à  Pskent,  dans  le  khanat  de  Khokand,  et  il  fut  élevé  chez 
un  boucher  de  cette  ville  qui  avait  épousé  sa  mère  en 
secondes  noces.  Ayant  perdu  ses  parents,  il  fut  mené  à 
Khokand  cl  patronné  par  le  Hak'im  beg  de  cette  ville,  Karim 
Kachka  ;  après  la  mort  de  celui-ci,  il  passa  au  service  du 
Hak'im  de  Tachkent  qui  prit  sa  sœur  pour  femme.  Yakoub 
monta  en  grade  et  devint  capitaine,  puis  beg  ;  le  4- 16  mars 
i852,  il  lutta  à  Ak-Gerik,  près  du  fort  d'Aral,  contre  le 
major  Engman  qui  le  mit  en  fuite  avec  ses  partisans.  Son 
chef  Bouzourk,  adonné  à  tous  les  vices,  ne  tarda  pas  à  être 
déposé  par  lui  (1866).  Les  Dounganes  avaient  pris  le  fort  de 
Yarkand,  à  l'automne  de  i863.  Ce  ne  fut  que  l'année  sui 
vante  que  commence  la  guerre  ;  d'année  en  année,  Yakoub, 
homme  intelligent  et  énergique,  remporte  de  nouveaux 
succès:  hiver  de  1 864-1 865,  prise  de  Kachgar;  printemps 


I-ja  L  AFFAIRE    DE    ROULDJA 

de  i865,  prise  de  Yarkand  ;  janvier  1867,  prise  de  Khotan  ; 
été  et  automne  de  1867,  prise  d*Aksou,  de  Kou-lche,  etc.  ; 
janvier  1869,  prise  de  Sarikol,  etc.  Les  Russes  ne  pouvaient 
voir  cette  puissance  nouvelle  s'établir  au  cœur  de  l'Asie  cen- 
trale :  la  prise  (27  juin  i865)  de  la  seconde  ville  du  khanat 
de  Khokand,  Tachkent,  par  le  col.  Tchernaïev,  après  une 
première  attaque  malheureuse  (2  octobre  i864)  et  malgré 
les  ordres  de  Tempereur  Alexandre  II,  et  la  création  du  Gou- 
vernement du  Turkestan,  avec  cette  ville  pour  capitale,  leur 
créaient  des  intérêts  considérables. 

Pendant  quelque  temps,  Yakoub  fut  le  souverain  redouté 
d'un  véritable  empire  dont  la  capitale  était  Yarkand.  L'An- 
gleterre envoya  en  mission  spéciale  près  de  lui  en  1870  et 
1873,  Sir  Douglas  T.  Forsyth  ;  en  1872,  le  colonel  russe 
d'état-major  Baron  Kaulbars  signait  avec  lui  un  traité  de 
commerce. 

•  Le  l\  juillet   1871,  la  Russie  occupait  Ili,   c'est-à-dire  le 
pays  nord  des  T'ien-Chan. 

Voici,  au  point  de  vue  chinois,  l'historique  delà  question  : 

MÉMOIRE    DU    TSOUNG-LÎ    YAMBN,     20    JUILLET    1880 

Le  Tsoung-li  Yamen,  le  20  juillet  1880,  remit  confiden- 
tiellement à  Sir  Thomas  Wade  et  à  M.  Bourée,  un  résumé 
des  dtflcrentes  phases  par  lesquelles  avait  passé  la  question 
de  rili,  afin  que  ces  deux  ministres  puissent  se  rendre  compte 
de  la  situation  de  la  Chine  ;  en  voici  le  début  : 

Nous  avons  déjà  fait  savoir  à  V.  E.  par  une  dépêche  qu'en 
témoignage  des  bons  sentiments  dont  la  France  est  animée  envers 
la  Chine,  la  Cour  nous  avait  communiqué  le  texte  d'un  décret 
graciant  le  ministre  Tch'oung  [licou]. 

Voici  plus  de  200  ans  que  la  Russie  et  la  Chine  sont  liées 
d'amitié,  sans  qu'il  y  ait  jamais  eu  le  moindre  désaccord  entre 
elles. 


MÉMOIRE    DU    TSOUNG-Ll    YAMEN  I-jS 

Tch'oung-Heou  est  criminel,  car  Jcs  négociations  qu'il  a  dû 
poursui>Te  relativement  à  la  restitution  de  Tlli  ne  sont  rien 
moins  que  satisfaisantes  sur  beaucoup  de  points.  A  celte  occa- 
sion, des  appréciations  erronées  se  sont  dernièrement  donné 
carrière  au  dehors.  Craignant  les  conséquences  qui  pourraient 
s*en  suivre,  nous  croyons  devoir  faire  à  V.  E.  un  récit  détaillé  et 
complet  de  tout  ce  qui  se  rapportée  cette  affaire  depuis  son  origine. 

L'Ili  constitue  un  de  nos  points  stratégiques  les  plus  impor- 
tants au  Nord-Ouest. 

Sous  le  règne  de  TEmpereur  T'oung-Tché,  la  rébellion  mu- 
sulmane s'emparait  de  la  nouvelle  frontière  (Dzoungarie)  ;  au 
mois  de  février  1866,  aucune  ville  de  1*1  li  n'était  plus  en  notre 
possession. 

Le  28  Août  1871,  alors  que  la  Chine  n'avait  pas  encore  recou- 
vré  ce  qu'elle  avait  ainsi  perdu,  l'interprète  russe  Lenzy  nous 
adressa  inopinément  une  note  disant  en  quelques  mots  que  le 
Gouverneur  de  la  Province  des  Sept  Rivières  s'était  emparé  de  la 
ville  d'ili,  le  4  juillet.  M.  Vlangaly,  Ministre  de  Russie,  ajoutait 
que  la  Chine  devait  envoyer  un  haut  fonctionnaire  à  Ili  |X)ur  se 
la  faire  remettre. 

D'une  part,  notre  Yamen  remercia  (la  Légation  russe)  ;  d'autre 
part  nous  informâmes  la  Cour.  Celle-ci  rendit  un  décret  donnant 
l'ordre  au  maréchal  Jong  d'aller  à  Ili  s'occuper  de  la  récupéra- 
tion de  ce  territoire.  Nous  avons  entretenu  plusieurs  fois  de  ces 
faits  M.  Vlangaly.  Celui-ci  pensait  en  résumé  que,  vu  l'insufli- 
sance  des  forces  militaires  chinoises,  il  était  difficile  de  répondre 
que  la  rétrocession  de  l'Ili  ne  serait  pas  suivie  de  troubles  sur  la 
frontière.  Le  Ministre  de  Russie  nous  dit  aussi  qu'après  que  le 
maréchal  Jong  serait  arrivé  au  but  de  sa  mission  et  qu'il  aurait 
r^lé  d'une  manière  satisfaisante  avec  le  Gouverneur  Ko  (KaulT- 
mann)  les  différents  points  dont  il  avait  à  s'occuper,  ce  haut 
fonctionnaire  restituerait  l'Ili  et  retournerait  aussitôt  après  en 
Russie.  Nous  reçûmes  en  outre  une  lettre  nous  entretenant  de  la 
désignation  du  haut  fonctionnaire  Bogolavsky  comme  second 
négociateur  russe  pour  traiter  avec  le  maréchal  Jong  ;  cette 
missive  nous  parlait  aussi  de  l'entente  toute  amicale  qui  existait 
entre  eux. 

Le  20  juillet  1872,  notre  Yamen  remettait  à  M.  Vlangaly  *  une 

1.  I,  p.  322.  —  Le  général  Gporge  Vlangaly,  qui  avait  été  consul 
général  â  Belgrade  (i86a),  a  été  ministre  de  Russie  (en  remplacement  de 


I  "74  l'affaire   de   KOL'LDJA 

note  clans  laquelle  nous  disions  que  la  Chine  n'oublierai l  jamais 
ce  qu'elle  devait  de  reconnaissance  à  la  Russie,  pour  n'avoir  pas 
cherché  à  spéculer  sur  les  frais  d'expédition  et  d'occupation  de 
son  année,  ni  sur  les  pertes  subies  partout  par  son  commerce. 
Nous  ajoutions  que  rien  ne  s'opposait  à  ce  que  tous  les  points 
restés  en  suspens  fussent  réglés  équitablement  de  telle  sorte  que 
chacun  y  trouvât  avantage  sans  qu'il  en  résultât  d'inconvénient 
pour  personne. 

Peu  de  temps  après,  M.  Ylangaly  examinant  avec  nous  la  ma- 
nière dont  on  procéderait,  arrêta  que  d'une  part  on  rétrocéderait 
rili,  et  que  d'autre  part  on  préparerait  successivement  des  solu- 
tions possibles  pour  toutes  les  autres  aflaires.  Nous  en  instruisîmes 
le  maréciial  Jong  pour  sa  gouverne. 

Le  36  septembre  1873,  M.  Bogolavsky  *  étant  arrivé  à  Pé-king 

M.  Léon  de  BaUiouzck),  de  i863  à  1878  ;  à  la  retraite  pendant  plusieurs 
années,  il  a  été  successivement  adjoint  du  ministre  des  aflaires  étrangères, 
i88a;  ambassadeur  à  Rome,  1891-97;  ensuite  membre  du  Conseil  de 
TEmpire. 

I.  Au  sujet  de  la  mission  Bogolavsky,  un  diplomate  écrivait  de  Pé- 
King,  le  ai  octobre  1872  : 

«  Kachgar  et  la  Dzoungarie  étant  limitrophes  du  Khokand,  il  est  arrivé 
au  milieu  de  ces  troubles  que  des  tribus  Kirghiz  campées  des  doux  côtés 
do  la  frontière  ont  fait  des  incursions  les  unes  chez  les  autres,  ce  qui  a 
oblige  les  Russes  à  entrer  dans  le  pays  révolté  et  à  en  occuper  amicale- 
ment une  partie  en  attendant  que  le  Gouvernement  chinois  soit  en  état 
d'y  restaurer  son  autorité. 

«  Celui-ci,  il  y  a  huit  mois,  fît  marcher  un  porps  de  a  000  hommes  on 
priant  les  Russes  de  mettre  fin  à  leur  occupation  et  de  la  laisser  faire  la 
police  chez  lui.  Là-dessus,  on  a  envoyé  de  Saint-Pétersbourg  le  général 
Bogolavsky  pour  s'entendre  sur  les  lieux  avec  le  commandant  chinois  et 
lui  faire  la  remise  des  territoires  en  question,  après  avoir  constaté  qu*il 
avait  des  forces  suffisantes  pour  s'y  maintenir  et  y  maintenir  Tordre. 
Naturellement,  il  a  constaté  le  contraire,  ce  qui  d'ailleurs  est  assez  pro. 
bable,  et  à  la  suite  de  son  inspection,  il  a  reçu  l'ordre  de  pousser  jusqu'à 
Pé-king  pour  y  exposer  l'état  des  choses. 

«  Le  général  Bogolavsky  a  été  présenté  au  prince  Koung  par  M.  Ylan- 
galy. Après  quoi  ils  ont  eu  ensemble  une  conférence  avec  les  mandarins 
du  Tsoung-li  Yamen.  La  mauvaise  humeur  que  le  général  Bogola\'5ky 
n'a  pas  dissimulée  à  la  suite  de  cette  entrevue,  montre  qu'il  n'a  pas  réussi 
à  convaincre  ceux-ci  de  l'avantage  qu'il  y  aurait  pour  la  Chine  à  laisser 
ses  voisins  administrer  ses  intérêts  dans  l'Ili.  Il  est  reparti  pour  Saint- 
Pétersbourg  par  Chang-Haï,  l'Isthme   et  Constantinoplc,    laissant    à  M. 


MÉMOIRE    DU    T80UNG-LI    YAMEN  1^5 

vint  avec  M.  Vlangaly  faire  une  visite  au  Yamen.  Noua  lui  dîmes 
que  les  troupes  russes,  depuis  si  longtemps  qu'elles  occupaient 
rili,  dcvaienl  être  bien  fatiguées  et  que  leurs  frais  d'entretien 
avaient  dû  ôtre  1res  considérables.  Les  deux  personnages  russes 
répliquèrent  que  la  dépense  n'était  qu'une  cliose  tout  à  fait  acces- 
soire et  qu'ils  allaient  faire  savoir  à  leur  Gouvernement  ({u'après 
la  rétrocession  de  l'Ui  entre  les  mains  du  maréchal  Jong,  on 
pourrait  Mre  assuré  que  la  domination  de  la  Chine  sur  celte  pro- 
\ince  ne  serait  plus  ébranlée.  Nous  informâmes  la  Cour  de  ces 
choses. 

Dans  un  entretien  que  nous  avons  eu  le  aS  octobre  avec  Son 
Excellence  M.  Vlangaly,  nous  lui  fîmes  remarquer  que  puisc|u'oii 
ne  devait  nous  livrer  l'Ili  que  dans  un  avenir  indéterminé,  c'était 
comme  si  on  ne  nous  le  rendait  pas,  qu'on  pouvait  dès  lors  et 
sans  plus  tarder  passer  à  l'examen  des  autres  affaires  dont  nous 
avons  à  nous  occuper. 

S.  E.  M.  Vlangaly  nous  répéta  que  la  Russie  ne  voulait  pas 
s'emparer  indûment  d'un  territoire  chinois. 

Le  même  jour,  on  discuta  de  nouveau  la  manière  de  procéder, 
quant  à  la  rétrocession  de  l'Ili  d'une  part  et  l'examen  de  toutes 
les  autres  questions  d'autre  part. 

Un  procès- verbal  de  cette  conversation  fut  rédigé  et  commu- 
niqué au  Général  Vlangaly  pour  qu'il  l'examinât:  le  3i  octobre, 
il  nous  envoya  à  son  tour  une  note  dans  laquelle  il  disait  qu'il 
fallait  s'occuper  de  la  rétrocession  de  l'Ili  parallèlement  avec 
toutes  les  autres  alTaires. 

Plus  tard,  le  i4  janvier  1876,  nous  envoyâmes  h  M.  de  Butzov, 
Ministre  de  Russie,  une  dépêche  pour  répondre  à  la  demande 
qu'il  nous  adressait,  d'introduire  dans  la  révision  de  la  conven- 
tion du  commerce  par  terre,  un  article  relatif  au  transport  du 
thé  par  la  passe  de  Ria-yu-Kouan  :  nous  lui  disions  qu'il  fallait 
attendre  que  nous  eussions  repris  Ouroumtsi  et  que  l'Ili  nous 
eût  été  restitué  ;  que  c'était  d'ailleurs  au  Vice-Roi  Tso  qu'il  appar- 
tenait de  s'occuper  du  règlement  de  cette  affaire  et  qu'ainsi  il  n'y 

Vlangaly  le  soin  de  continuer  ses  démonstrations.  Celui-ci  a  encore  une 
fois  vu  Wcn-Siang  avant-hier.  «  Il  n*y  a  rien  à  tirer,  m'a-til  dit,  de  ces 
gens-là.  C'est  pure  question  d *a mou r- propre.  Ils  savent  bien  qu'ils  no 
seront  jamais  capables  de  reprendre  l'Ili,  mais  ils  s'cnlèteni  à  repousser 
tout  arrangement,  afin,  comme  on  dit  en  chinois,  de  ne  pas  perdre  la 
face.  » 


I7C  L*AFF.\inE    DE    KOULDJA 

avait  pas  à  la  rattacher  à  la  convention  régissant  le  transit  par 
terre  * . 


Tso  tsoung-t'ang 


Cependant  la  Chine,  débarrassée  des  musulmans  du  Yun- 
Nan  par  la  prise  de  Ta-li,  avait  pu  diriger  toutes  ses  forces 
vers  le  Nord-Ouest.  Tso  Tsoung-t'ang,  vice-roi  du  Kan-Sou  et 
du  Chen-Si  en  1867,  fut  nommé  généralissime  des  troupes 
envoyées  contre  Kachgar. 

Tso,  comme  Ts'êng  Kouo-fan  sous  les  ordres  duquel  il 
servit,  était  originaire  de  la  province  de  Hou-Nan,  où  il 
naquit  en  1812  à  Siang-yin.  En  1882,  il  passa  Texamen  de 
Kiu-jen  (licencié),  mais  il  n'atteignit  jamais  au  grade  de 
docteur,  aussi  lorsqu'il  fut  plus  tard  nommé  Grand  Secré- 
taire (Ta-Hio  Ché),  les  lettrés  firent-ils  la  remarque  qu'il 
était,  depuis  l'avènement  de  la  dynastie  actuelle,  le  seul 
homme  qui,  simple  licencié,  fut  arrivé  à  une  aussi  haute 
position.  Tso  prit  une  part  active  à  la  guerre  des  T'aï  P'ing, 
et  devenu  en  mai  i863,  gouverneur-général  du  Tché-Kiang 
et  du  Fou-Kien,  il  fut  le  fondateur  de  l'arsenal  de  Fou- 
tchéou. 

Tso  était  un  petit  homme  gras  et  jovial,  aux  traits  gros- 
siers et  aux  petits  yeux  brillants  de  malice  toujours  en  mou- 
vement. Il  était  soldat  dans  l'âme,  sévère  pour  ses  troupes, 
cruel,  vôire  féroce  ;  honnête  d'ailleurs,  vivant  simplement  et 
employant  son  argent  à  acheter  des  canons  pour  son  armée. 
Tel  l'a  connu  le  comte  Bêla  Széchenyi  à  cette  époque  (1877- 
1880). 

Tso  mit  le  siège,  en  187 1,  devant  Sou-tchéou,  dans  le 
Kan-Sou,  qui  tomba  entre  ses  mains  au  mois  d'octobre  1878  : 


I.   Voir  la  suite  de  ce  mémoire,  p.  187,  192,  2i4. 


* 


RAPPORT    DE    TSO   TSOL'NG-T  ANG    ET    DE    UN    CHOUEN  I77 


RAPPORT    DE    TSO    TSOUNG-t'aTïG    ET    DE    KIN    CHOUEN  * 

«  La  ville  de  deuxième  classe  Sou-Tchéou  est  reprise. 

a  Les  principaux  chefs  rebelles  ont  été  tués  jusqu'au  dernier. 

•t  Nous  adressons  à  l'Empereur  une  liste  de  propositions  ten- 
dant à  récompenser  ses  serviteurs  qui  se  sont  distingués. 

a  Les  Maliométans  révoltés  après  avoir  été  débusques  du  fau- 
bourg oriental  de  la  ville  se  retirèrent  au  cœur  de  la  place  où 
acculés  il  résistaient  encore. 

«  Au  mois  d'octobre,  Tso  Tsoung-t'ang  et  Sin  Tclian-piao.  à 
la  léte  de  leurs  troupes  arrivèrent  devant  Sou-tchéou.  L'armée 
fut  di\isée  en  plusieurs  colonnes.  Du  6  au  lo  octobre  beaucoup 
de  rebelles  périrent.  On  demanda  du  renfort  à  Licou  Rin-t'ang. 
Le  24  octobre,  Kin-Ghouen  lança  les  colonnes  d'assaut.  Elles 
bivouaquèrent  sur  les  remparts.  L'ennemi  subit  des  perles 
sérieuses.  Un  de  leurs  chefs  nommé  Masçcu  sachant  d'avance 
que  son  crime  le  destinait  à  une  mort  certaine  vint  demander 
merci.  Le  4  novembre  Tso  Tsoung-tang  le  fit  comparaître  devant 
lui  et  le  II  novembre  ses  crimes  lui  furent  émumérés  ainsi  que 
ceux  de  Ma  Young-fouct  autres.  Masçeu  fut  ensuite  mis  à  mort 
avec  ses  complices. 

«  Kin-Ghouen,  Soung-Teigne,  Sin  Tchan-piao,  Lieou  Rin- 
t'ang  mirent  en  môme  temps  à  mort  tous  les  prisonniers  qu'ils 
avaient  faits  parmi  le5  troupes  musulmanes  battant  la  campagne. 

«  Toutes  nos  colonnes  après  avoir  pénétré  dans  la  ville  pas- 
sèrent au  fil  de  l'épéc  tous  les  musulmans  natifs  de  Sou-Tchéou. 
Leur  crime  était  impardonnable  car  la  ville  de  Sou-tchéou  n'a 
été  reprise  qu'après  être  restée  dix  ans  entre  leurs  mains. 

«  Tso  Tsoung-t'ang  et  Rin-Ghouen  en  faisant  disparaître  les 
principaux  chefs  de  la  rébellion  ont  été  les  instruments  de  la 
vengeance  céleste  et  font  l'objet  de  l'admiration  des  hommes. 

«  Tso  Tsoung-t'ang  a  payé  de  sa  personne  et  donné  l'exemple 
à  ses  lieutenants.  Une  place  bien  fortifiée  et  bien  défendue  n'a 
pu  résister  à  sa  valeur  grâce  h  ses  moyens  tactiques  et  straté- 
giques. T.SO  Tsoung-t'ang  a  bien  mérité  de  nous. 

«  Kin-Ghouen  mérite  également  d'être  largement  récompensé. 

«  Tso  Tsoung-t'ang  est  nommé  Vice-Grand  Secrétaire  du  Grand 

I.  Décret  delà  Gazette  de  Pé  King,  du  i5  décembre  1878. 

GORDIER.  IL    —     13 


nseil  de  l'Empire  et  promu  noble  hi'râjitajre  de  troisième 
sae.  » 

Après  s'être  avancé  jusqu'à  Hanii(fin  de  187a), le  maoque 
irgenl  et  de  vivres  relarda  les  opérations  de  Tso  jusqu'en 
ril  1S76,  époque  h  laquelle  il  s'avança  au  delà  de  la  Grande 
jraille,  et  s'empara  d'Ouroumlai,  Ti-Hoa  et  Manas.  A  la 
ise  de  cette  dernière  ville  assiégée  par  k.in-Ghouen  depuis 
2  septembre  1876  et  prise  le  16  novembre  1876  après 
e  héroïque  défense,  Tso  renouvela'  les  atrocités  commises 
Yun-Nan  fou,  et  s'attira  une  protestation  indignée  du 
néral  Kautfmann,  gouverneur  général  du  Turkcstan  russe. 

LETTRE    DU    GÉNÉRAL   KAl'FFMAHN    A    TSO    TSOUHG-t'aBG 

En  ma  qualité  de  représentant  au  Turkestan  d'un  Empereur 
md,  juste  et  humain,  je  m'adresse  h  vous,  très  honorable  Tso 
3ung-l'ang,  à  votre  titre  de  général  en  chef  de  l'armée  d'une 
mde  puissance  amie  et  je  crois  devoir  attirer  votre  attention 
-  la  manière  dont  la  guerre  est  faite  par  les  troupes  impériales 
Bogdokhan  dans  le  territoire  situé  h  l'Ouest  de  Goulchéne 
f)t  la  population  se  compose  principalement  de  Doungancs. 
Vous  savez,  très-honorable  Tso  Tsoung-t'ang,  que  le  détache- 
nt qui  est  commandé  par  le  tsiang-kiun  K.in  a  assiégé  pendant 
j\  mois  l'automne  dernier  la  ville  de  Manas. 
Plusieurs  assauts  livrés  par  les  troupes  chinoises  ont  été  re- 
issés  et  ia  population  de  cette  ville,  son  chef  à  la  tête,  n'ont 
litulé  qu'fi  la  suite  de  la  promesse  faite  par  le  tsiang-kiun  qu'on 
r  accorderait  une  amnistie  complète. 

Le  chef  du  détachement  en  question  n'a  pas  tenu  sa  parole 
onnôte  guerrier  et  plus  de  t  5oo  Doungancs,  ainsi  que  des 
imes  et  des  enfants,  ont  été  trailreusement  massacrés  après 
x;upation  de  Manas  par  les  lrou[}e3  chinoises. 
I*areillc  manière  d'agir,  aussi  cruelle  que  perfide,  n'est  pas 
ne  du  chef  de  l'armée  d'une  grande  puissance  et  ne  peut  que 
•duire  une  impression  des  plus  désavantageuses  sur  l'esprit  des 
)ulations  que  le  gouvernement  chinois  se  propose  de  soumettre 

.  Gazelle  de  Pé-Kiiig,  iS  janvier  1877. 


>      FIN    DE    LA    RÉBELLIOK    MUSULMANE  I79 

à  sa  loi  ;  des  cruautés  aussi  terribles  ne  peuvent  avoir  pour  résultat 
direct  que  la  dépopulation  complète  du  pays  et  seront  certainement 
très-nuisibles  aux  intérêts  du  gouvernement  chinois  lui-même. 

En  conséquence,  je  considère  comme  un  devoir  de  vous  prier, 
Irès-honorable  Tso  Tsoung-t*ang,  de  vouloir  bien  porter  une 
attention  sérieuse  sur  les  atrocités  que  se  permettent  d'accomplir 
Yos  subordonnés  et  de  prendre  des  mesures  pour  qu'elles  ne  se 
renouvellent  pas,  car  pareille  manière  d'agir  ne  peut  certaine- 
ment pas  entrer  dans  les  vues  du  gouvernement. 

Le  devoir  du  soldat  consiste .  à  lutter  avec  l'ennemi  qui  le 
combat  les  armes  à  la  main  et  non  pas  à  tuer  des  habitants  dés- 
armés, des  femmes  et  des  enfants. 

Je  me  suis  adressé  directement  à  vous,  étant  persuadé  que, 
partageant  mon  opinion,  vous  ne  permettrez  pas  à  des  chefs  de 
détachement  de  jeter  une  ombre  défavorable  sur  la  gloire  et  la 
célébrité  que  vous  avez  si  justement  acquises  parmi  les  généraux 
du  gouvernement  chinois. 

J'espère,  très-honorable  Tso  Tsoung-t'ang,  qu'en  votre  qualité 
de  haut  fonctionnaire  ayant  une  grande  autorité  et  jouissant  de 
la  pleine  confiance  de  votre  gouvernement,  vous  trouverez  les 
moyens  d'arrêter  un  mal  aussi  contraire  aux  lois  de  Dieu,  et  à 
celles  de  l'humanité. 

FIN    DE    LA    RÉBELLION    MUSULMANE 

Tso  marchait  contre  Yakoub  lorsque  celui-ci  mourut  à 
Korla,  miné  par  la  fatigue,  après  une  maladie  de  treize  jours, 
devenu  presque  fou,  le  29  mai  1877  *.  Son  corps  fut  trans- 
porté à  Kachgar  où  il  fut  inhumé.  L'œuvre  de  Yakoub  finis- 
sait avec  lui  :  les  Chinois  contre  lesquels  ses  successeurs  ne 
pouvaient  lutter,  s'emparèrent  successivement  de  la  capitale 
de  Témir,  Aksou,  le  19  octobre  1877,  de  Yarkand,  le  21  dé- 
cembre, de  Kachgar,  sans  combat,  le  26  décembre,  et  enfin 
de  Khotan,  le  4  janvier  1878. 

I.  Kathgaria...  by  A.  N.  Kuropatkin...  Translatcd  from  the  Russian 
bj  Walter  E.  Gowan...  Calcutta,  i88a,  in-S. 

—  The  fJfe  of  Yakooh  Beg...  by  D.  C.  Boulger...  London,  W.  11. 
Allen,  1878.  in-8. 


ï8o 


L  AFFAIRE    DE    KOLLDJA 


Tso  annonça  à  la  Cour  ses  \icloires  et  on  Ten  récompensait 
magnifiquemen  t . 

Décbeï  *  rendu  sur  un  rapport  du  Vice-Roi  Tso,  de  Kin 
CiiouEN  cl  de  LiEou  Tien  (envoyé  par  courrier  de  i  200  lis 
par  jour  avec  drapeau  rouge)  *  relatif  à  la  prise  de  quatre 
villes  dans  TOuest  et  à  la  suppression  de  la  rébellion  dans  le 
Turkestan  chinois. 

Dès  Tannée  dernière,  quatre  des  places  fortes  du  Turkestan 
chinois  oriental  étaient  prises.  —  Aussitôt  après  ces  victoires 
Lieou  Rin-t'ang  fit  ses  plans  pour  s'emparer  des  quatre  places 
fortifiées  restant  à  prendre  dans  l'Ouest  du  Turkestan. 

Il  envoya  d'abord  d'Aksou  le  général  Yu  Hou-ngen  à  Barjouk 
Manarbash  avec  des  troupes  régulières,  marchant  à  découvert. 
Il  fit  partir  en  même  temps  de  Oush,  le  général  Houang  Wan- 
p'ung  avec  des  troupes  dont  la  marche  devait  être  dissimulée 
jusqu'au  moment  Gxé  pour  l'attaque  de  Kachgar.  Lieou  Kin-t'ang 
s'établit  fortement  h  Barjouk  Manarbash.  Ses  troupes  qui  s'étaient 
mises  en  marche  rapidement  le  19  décembre,  reprenaient  posses- 
sion de  Yarkand  le  ai  suivant.  Le  34»  précipitant  davantage  leur 
marcfie,  elles  entraient  dans  Yangi  liissar  et  faisaient  rentrer 
ainsi  sous  notre  domination  les  musulmans  à  Turban. 

Poussant  plus  en  avant,  elles  arrivaient  le  26  décembre  devant 
Kachgar.  Le  général  Yu  Hou-ngcn  se  trouvait  dans  le  voisinage 
de  celle  place  déjà  depuis  le  17.  On  attaqua  de  deux  côtés  à  la 
fois. 

Le  pseudo-général  rebelle  Wang  Yang-lin  et  ses  bandes  furent 
exlerminées.  Trois  ou  quatre  mille  hommes  de  cavalerie  et  d'in- 
fanterie musulmanes  venus  à  leur  secours  eurent  à  combattre  le 
général  Yu  Hou-ngen  ;  ils  furent  dispersés  ;  la  ville  fut  ouverte. 
—  Yn  Ilou-ngen  disposa  une  partie  de  ses  troupes  de  manière 
à  couper  la  retraite  à  l'ennemi,  puis  il  lança  des  colonnes  à  sa 
poursuite.  Ces  rebelles  furent  mis  hors  de  combat. 

Le  chef  rebelle  Yu  Siao-hou  fut  fait  prisonnier  ;  un  autre  chef 

1.   Gazette  de  PéKing,  du  i5  mars  1878. 

a.  Le  drapeau  rougo  désigne  les  courriers  annonçant, le  succès  définitif 
d'une  expédition  et  la  capture  du  chef  d'une  insurrection. 

A  la  réce[)tion  de  ces  courriers,  l'Empereur,  quelle  que  soit  l'heure, 
doit  immédiatement  réunir  son  conseil. 


FIN    DE    LA    RÉDELUON'    MUSULMANE  l8l 

nommé  Lan  Te-kîn  trouva  la  mort,  lui  et  ses  bandes  sur  le  cliamp 
de  bataille. 

L'infanterie  du  général  Sîao  Yuan-heng  combattit  conjointe- 
ment avec  les  troupes  du  général  liouang  Wan-p'ung  ;  le  pseudo- 
général  en  chef  Ma-yuan  fut  fait  prisonnier  vivant  et  le  pseudo- 
général rebelle  Po  Jen-long  fut  tué.  Toutes  leurs  bandes  sont 
anéanties.  Lieou  Kin-t'ang  fit  écorcher  vifs  et  lentement  le  rebelle 
musulman  King  Siang-in  et  son  fils,  Yu  Siao-hou,  Ma- Yuan  ; 
leur  tête  fut  exposée.  En  deliors  de  ceux-ci,  onze  cents  prisonniers 
faits  à  Kachgar  furent  décapités.  Kachgar  est  donc  complélement 
délivrée  des  rebelles. 

Le  général  Toung  Fou-siang  conduisit  à  marche  forcée  ses 
troupes  sur  Khotan  ;  du  a  au  4  janvier,  ce  fut  une  succession  de 
combats  et  de  soumissions,  Khotan  est  débarrassée  des  rebelles. 

Voici  dix  ans  que  les  Pourouths  s*étant  révoltés,  le  musulman 
King  Siang-in  s'empara  par  la  force  de  Kacbgar  ;  il  rongea  pro- 
gressivement les  huit  villes  qui  constituent  le  Turkestan  cliinois, 
puis  Tour  fan,  Ouroumlsi  furent  comprises  dans  ce  désastre. 
Voici  dix  ans  que  nous  sommes  les  instruments  célestes  de  la 
punition  de  ces  rebelles.  —  Nous  avions  confié  au  Vice-Roi  Tso, 
le  soin  d'agir  comme  commissaire  impérial  dans  les  limites  des 
nouvelles  frontières  (Turkestan  et  Dzoungarie).  C'est  lui  qui 
conçut  le  plan  d'opérer  d'abord  en  Dzoungarie.  11  prit  donc  Ou- 
roumtsi  comme  étant  le  point  le  plus  important  ;  de  là,  il  marcha 
sur  Manas.  11  put  ensuite  avancer  sur  Tour  fan  par  les  diverses 
routes  dont  ces  places  lui  livraient  la  clef  du  Turkestan.  Bientôt 
s'avançant  dans  l'Ouest,  il  en  fut  de  l'insurrection  comme  d'un 
bambou  qui,  une  fois  fendu,  éclate  et  se  brise  dans  toute  son 
étendue. 

Los  huit  villes  du  Turkestan  nous  sont  rendues  et  nous  le 
devons  à  la  protection  du  Ciel  et  à  la  sainte  intercession  de  nos 
aïeux . 

(Suivent  les  récompenses,  /îq  pages.) 

Le  Vice-Roi  Tso  est  fait  duc  de  a"  classe  ;  Lieou  Kin-t'ang  est 
fait  baron  *. 

Le  Turkestan  Chinois  était  débarrassé    de  la   rébellion  ; 
I.  Pour  traduction  conforme,  signé  :  G.  Devékia. 


i8a  l'affaire  de  kouldja 

le  chef  insurgé^  Po  Yen-hou  et  d'aulrcs  rebelles  se  réfugièrent 
sur  le  territoire  russe. 

(c  La  Cour  ordonna  immédiatement  au  Prince  Koung  et  aux 
membres  du  Tsoung-li  Yamen  de  rappeler  à  M.  de  Butzov  que 
le  traité  ne  permettait  pas  de  donner  asile  aux  rebelles  et  de  le 
prier,  en  conséquence,  d'aviser  le  Gouvernement  russe,  afin  que 
Po  Yen-hou  et  les  autres  insurgés  fussent  livrés  à  la  Chine  et  que 
l'amitié  qui  unit  les  deux  Gouvernements  reçut  par  là  une  nou- 
velle consécration.  Cette  question  donna  lieu  à  plusieurs  entre- 
tiens  *.  » 

I.  Mémoire  du  Yamen  du  ao  juillet  1880. 


CHAPITRE  X 

L'AFFAIRE  DE  KOULDJA 

(Suite). 


MISSION      DE      TCh'oUNG-HEOU 


L'ancien  ambassadeur  en  France,  Tch'oiing-Heou,  alors 
gouverneur-général  de  Fêng-t'ien  (Mandchourie)  fut  désigné, 
au  mois  de  juin  1878,  pour  aller  en  Russie  remplir  les 
fonctions  de  ministre  plénipotentiaire  et  traiter  de  la  restitu- 
tion de  Kouldja  à  son  gouvernement  ;  avis  de  cette  nomina- 
tion fut  donné  aux  légations  étrangères  par  le  prince  Koung  : 

Pé-king,  le  34  août  1878. 

Le  19  de  ce  mois,  j*ai  reçu  avec  respect  le  décret  impérial 
suivant  : 

Tch'oung  Heou,  décoré  de  la  plume  de  paon  à  double  œil  et 
du  globule  de  première  classe.  Tuteur  de  3"  classe  du  prince 
héritier  du  Trône,  Membre  du  Conseil  des  Affaires  étrangères. 
vice-président  de  gauche  du  Ministère  de  l'Intérieur,  déjà  nommé 
Ministre  de  Chine  près  la  Cour  de  Russie,  sera  notre  plénipo- 
tentiaire. 

Veuillez  agréer,  etc.  *. 

Tch'oung-Heou  aurait  voulu  prendre  avec  lui  comme 
interprète  M.  Devéria  qui  lui  avait  rendu  de  grands  services 
lors  de  sa  première  mission  en  Europe,  mais  il  était  impos- 

I.   Pour  traduction  conforme,  signé  :  G.  Devéria. 


r  «les  raisons  faciles  h  comprendre,  que  noire 
séparât  du  principal  fonctionnaire  de  so  légation. 
I  fnil  à  Saint-Pétcrsbourf^  h  la  nouvelle  de  la 
I  de  Tcli'oiing-Heou  ne  fut  pas  sans  rései-ve  : 

it  que  le  Cabinet  de  St.  Pétersbourg  fut  informe  par 
d'Affaires  à  Téking  de  la  nomination  d'un  ministre 
nt  pour  mission  d'installer  dans  la  capitale  russe  une 
rmanenle,  il  s'cmprcs»a  de  faire  ressortir  les  anciennes 
licalcs  qui  unissent  les  deux  pays  :  on  déclara  que 
rait  la  présence  d'un  ministre  cliinois  à  la  Cour  du 
•  une  nouvelle  marque  de  ces  bonnes  relations, 
ellcrie  impériale,  pourtant,  au  milieu  de  ces  paroles 
,  empreintes  de  l'esprit  le  plus  conciliant,  ne  manqua 
:  sentir  au  Gouvernement  chinois  que,  d'après  les 
avait  pas  le  droit  d'entretenir  une  Légation  en  Itussie. 
riction  inattendue,  sans  doute,  donna  h  réfléchir  aux 
I  Tsoung-li  Yamen  et  ils  en  viennent  à  se  demander 
I  ton  qu'il  convenait  de  prendi'e  devant  une  réponse 
i  peu  d'empressement.  Ce  fut  Tch'oung'^leou,  celui-là 
on  discutait  l'envoi  à  Si.  Pétcrsbourg  qui  prit  la  parole 
X  qui  prouve  son  esprit  de  conciliation,  que  le  mcil- 
prendrc  cette  réponse  était  de  la  regarder  comnie 
lion  pure  et  simple.  11  eut  soin  toutefois  de  faire  rc- 
l'il  convenait  de  lui  conférer  le  titre  de  Plénipolcn- 
qui  donnait  a  sa  mission  un  caractère  spécial  et  la 
me  au  droit  qu'a  tout  Pa)'s  d'envoyer  des  Anibassa- 
panL  d'.MTaires. . .  La  principale  raison,...  qui  a  décidé 
ment  chinois  ii  envoyer  pri-s  la  grande  Cour  du  Nord 
tcnliaire  a  été  son  désir  de  régler  définitivement  la 

nii'. 

lellcs  furent  les  inslruclîons  données  à  Tcii'oung- 


fonclionnaire  reçut  une  lettre  de  créance  aux  termes 
il  devait  dans  l'iiitériM  de  nos  relations  c 


Je  M.  Brcnicr  de  Monlmorand  i  M.  Waddington,  Pé-Kiog. 


MISSION    DE    TCh'oCNO-HEOU  i85 

faire  un  traité  et  négocier  la  rétrocession  de  Tlli,  ainsi  que  la 
remise  du  rebelle  Po  Yen-hou  ;  des  insf  ructions  lui  furent  données 
par  la  Cour  lui  recommandant  d*user  de  la  plus  grande  pru- 
dence, de  ne  rien  faire  sans  consulter  le  Palais  ou  sans  prévenir 
le  Tsoung-li  Yamen.  Lors  des  audiences  de  congé  qui  furent 
accordées  à  Tch'oung-Heou,  Leurs  Majestés  les  Impératrices  et 
l'Empereur  lui  réitérèrent  les  mèjnes  recommandations.  De  plus, 
enOn,  le  Prince  Koung  et  les  membres  du  Tsoung-li  Yamen  lui 
dirent  que  l'affaire  qu'il  était  chargé  de  régler  était  de  la  plus 
haute  importance,  et  qu'il  fallait  tenir  le  Tsoung-li  Yamen  au 
courant  de  ses  négociations.  * 

Le  3i  décembre  1878,  Tch'oung-Hcou  arrivait  en  Russie.  Au 
mois  de  mars,  il  eut  une  conférence  sur  la  question  de  Tlli  avec 
le  Ministre  des  Affaires  étrangères  Ko  (Gortchakov).  Pour  ce  qui 
est  du  remboursement  des  dépenses  occasionnées  par  l'occupation 
de  rili  en  notre  lieu  et  place,  la  Russie  en  admit  le  principe, 
seulement  avant  de  donner  une  réponse  définitive,  elle  voulut 
qu'une  entente  s'établît  à  cet  égard  entre  le  Ministère  de  la 
Guerre  et  celui  des  Finances.  C'est  postérieurement  à  cela  que 
nous  reçûmes  de  Tch'oung-Heou  une  lettre  disant  que  la  Russie 
consentait  à  rendre  l'Ili.  Notre  représentant  nous  envoyait  du 
même  coup  un  aperçu  de  ce  qui  s'était  passé  entre  lui  et  MM. 
Gortchakov  et  Bulzov  au  cours  de  leurs  entretiens  qui  avaient 
porté  sur  trois  points  principaux  : 

I"  Commerce.  —  2°  Frontière.  —  3°  Indemnités. 

Nous  nous  empressâmes  d'en  informer  la  Cour. 

Peu  de  jours  après,  une  nouvelle  lettre  de  Tch'oung-Heou  nous 
disant  que  comme  indemnité,  il  était  convenu  d'une  somme  de 
cinq  millions  de  roubles. 

Qu'en  ce  qui  touche  le  commerce,  la  Russie  réclamait  l'ouver- 
ture d'un  débouché  commercial  à  Kia-yu-kouan. 

Quant  aux  routes  commerciales,  la  Russie  désirait  que  le  com- 
merce de  Han-kéou  put  se  faire  par  Lan-tchéou,  lïan-tchong  cl 
Tché-ta  et  qu'on  pût  avoir  des  communications  à  travers  les  roules 
du  Sud  et  du  Nord  des  Monts  Célestes.  Elle  demandait  aussi 
qu'on  y  ajoutât  les  routes  de  Niptchou  et  de  Kobdo. 

Enfin  pour  ce  qui  est  des  frontières,  la  Russie  en  désirait  la 
rectification  et  voulait  une  ligne  passant  par  Ili,  Kachgar  et  Tar- 
bagataï  ;  elle  désirait  de  plus  retenir  une  enclave  de  la  partie  Sud 

de  riii. 

Les  6  et  a 3  juillet,  les  i4.  18  et  27  Août,  nous  avons  télégra- 


tréscnlalions  énergiques  de  la  Russie  amenèrent  une 
ti'in  de  la  Icrrible  peine  et  les  enfants  de  Yakouh 
ndaninés  h  l'emprisonnement  dans  une  pnivincc 


THAlTi:    DE 

in^-llcnu  fut  reçu  en  audience  le  8/20  janvier  1^*70 
élire  ses  lettres  de  créance  ;  il  réclamait  le  mn^r 
tdcur,  tandis  que  ses  lettres  ne  lui  donnaient  que 
ivojé  cxtraoïflinaire  et  ministre  plénipotentiaire  ;  en 
nce,  il  fut  traite  en  «  Heprésentant  »  de  l'empereur 

lîté  en  (li\'Iniil  articles  fut  signe  ii  Livadia  [tar 
;  IIe<«i,  d'ime  part,  MM.  de  Giers  cl  de  Butitov,  de 
«ici  l'analyse  des  principales  causes:  1.  La  Russie 
Ii,  à  l'exception  de  la  portion  Sud-Ouest,  dans  la 
de  la  rivière  Tekkea  ;  II.  \mnistie  aux  liabttanls 
lométans  on  non  ;  Ul.  Les  liabilants  d'Ili  sont  libres 
dans  le  pays  ou  d'émigrcr  en  territoire  russe  et 
iijets  russes  ;  IV.  Les  sujets  russes  qui  pourraient 
fié  des  propriétés  dans  l'Ili,  après  que  le  pays  aura 
,  en  conserveront  le  contrôle  ;  V.  Les  fonctionnaires 
u  transfert  se  réuniront  dans  la  ville  d'Ili  et  aginmt 
)s  ordres  dn  gouverneur  général  du  Cben-Si  et  du 
'  et  du  gouverneur  général  du  Turkestan  '.  Quand 
lura  été  approuvé  par  l'empereur  de  la  Chine,  le 
jr  général  du  Chcn-SÎ  et  du  Kan-Sou  enverra  un 
aire  à  Tachkent  pour  prévenir  le  gouverneur  général 
tstan  qui,  dans  une  période  de  deux  mois,  devra 
le  transfert  de  l'Ili  ;  VI.  L'empereur  de  la  Chine 
millions  de  roubles  à  la  Russie  dans  l'année  qui 
diange  du  traité  comme  frais  d'occupation  depuis 

'toiing-t'ang. 


TRAITÉ    DE    LIVADIA  189 

1871  el  indeinnilé  aux  marcliands  russes  pour  leurs  perles; 
VII.  Après  que  l'Ili  aura  été  repris  par  la  Chine,  TOuest  de 
rili  et  le  voisinage  de  la  rivière  Tek  Les  seront  rendus  à  la 
Russie,  afin  que  ceux  qui  deviennent  sujets  russes  puissent 
s'y  établir  ;  la  frontière  séparant  les  deux  pays  est  ainsi 
délimitée  : 

La  frontière  des  deux  pays  commencera  à  la  montagne 
Piehchentao  *  et  suivra  la  rivière  Gorchos  jusqu'à  Tendroit 
où  elle  se  jette  dans  la  rivière  Ili.  Elle  suivra  alors  la  rivière  11  i 
dans  une  direction  Sud  jusqu'au  mont  Wou  tsoung  tan,  à  TEst 
du  village  Kouo-li-cha-t'eh.  Elle  suivra  la  ligne  de  faîte  des  mon- 
tagnes Akburtash  jusqu'à  Tendroit  où  la  rivière  Ili  se  divise 
au  Nord,  et  de  là  à  FEst.  Le  mont  Ha-la-k'ai  et  le  mont  Ch'a- 
pu-ch'a-leh appartiendront  à  la  Russie.  Suivant  la  rivière  Tek- 
kes,  la  frontière  suivra  de  nouveau  la  ligne  de  faîte  de  la  mon- 
tagne Akburtash  à  la  passe  Kouo-keh-su-ta-wan.  De  là  vers  le 
Sud  au  mont  Ai-sh-ko-bash,  et  alors  dans  une  direction  Sud- 
Ouest  le  long  des  monts  suivants  des  T'ien-Chan  :  Ha-lei- 
ko-tao,  Khan-lien-ka-li  *,  Sa-lei-ya-seh-ka-chierh-te-liu-k'o- 
kouo,  et  Kara  Tekke  à  la  passe  du  mont  Panyok'eh. 

La  frontière  de  l'ancien  Khokand,  maintenant  la  province 
russe  de  Ferganah,  est  limitrophe  de  la  frontière  chinoise  de 
kachgar,  etc.,  el  les  limites  sont  fixées  de  la  manière  suivante  : 

Du  sommet  de  la  montagne  Suyok  (dont  la  passe  appar- 
tient à  la  Russie),  vers  le  Sud  le  long  de  In-a-la-kouo-leh  et 
le  pied  de  la  passe  Sa-oo-yester  jusqu'à  mi-chemin  entre  les 
deux  stations  de  Yeching  et  Nakola  Ch'alat.  De  là  à  la  ri- 
vière Ch'i  ki  lo  pan  à  l'Est  de  la  station  Irkosht'ang,  et  alors 
au  Sud  au  mont  MaUtarbar  ^. 

VIII.  Modification  de  la  frontière  de  Tarbagataï  fixée  par 
le  i*'  et  le  2®  article  du  traité  de  i864  ;  IX.  Des  bornes  fron- 

1 .  PÎDchen,  carte  de  Sohuyler. 

2.  Rhan-Tengri  (Schuyler). 

3.  Presque  tous  ces  noms  sont  méconnaissables  en  chinois. 


tf|0  L  AFFAIRE    DE    KOULDJA 

tières  seront  placées  quand  les  limites  auront  été  fixées; 
\.  Suivant  l'ancien  traite,  la  Russie  avait  des  consuls  à 
lii,  Tarbagatai,  Kachgar  et  Kouroun.  Elle  aura  en  plus  de 
ceux-ci  la  liberté  de  placer  des  consuls  à  la  passe  de  Kia  yù, 
Kobdo,Ouliasoutaï,  Hami,  Tourfan,  Ouroumtsi  et  Kouchteng. 
Elle  pourra  nommer  deux  consuls  en  tout  pour  ces  quatre 
derniers  points.  Le  consul  russe  de  kia  yU  kouan  contr61era 
le  commerce  russe  passant  par  le  Kan-Sou  et  le  Chen-Si, 
suivant  les  termes  du  traité  de  Pé-King  de  1860;  XI.  Traite- 
ment des  réciproques  ;  XII.  Les  sujets  russes  sont  autorisés 
à  faire  le  commerce  en  Mongolie  sans  payer  de  droits  ; 
XIII.  Des  boutiques  et  des  magasins  pourront  être  construits 
par  les  Russes  dans  les  endroits  oîi  se  trouvent  des  consuls 
ainsi  qu'à  Kalgan  ;  XIV.  Les  marchands  russes  apportant  des 
marchandises  par  terre  de  Russie  en  Chine  sont  autorisés  à 
passer  par  Kalgan  et  la  passe  de  Kia-yU  à  Tien-Tsin  et  à  llan- 
Kéou,  et  à  les  vendre  aussi  à  Kalgan,  Kia-yii,  Tang-lchéou,  Si- 
ngan  et  Han-tchong  fou  ;  ou  ils  peuvent  prendre  des  mar- 
cliandisesdeces  endroits  pour  les  vendre  à  l'intérieur,  comme 
ils  choisiront.  Les  négociants  russes  achetant  des  marchan- 
dises dans  les  villes  et  ports  ci-dessus,  ou  ailleurs  dans  l'in- 
térieur, ont  aussi  la  liberté  de  transporter  leurs  marchandises 
par  les  roules  ci-dessus  par  Kalgan  et  la  passe  de  Kia-yu  en 
Russie;  XV.  Ce  traite,  en  ce  qui  concerne  le  commerce, 
[Kiurra  être  revisé  cinq  ans  après  l'échange  des  ratifications  ; 
XVI.  Une  réduction  des  droits  sur  le  thé  de  qualité  inférieure 
sera  décidée  par  le  Tsoung-li  Yamen,  de  concert  avec  le  plé- 
nipotentiaire russe  à  Pé-King,  dans  l'espace  d'un  an  après 
l'échange  des  ratifications  ;  XVII.  Bétail  traversant  la  fron- 
tière ;  XVIII.  Les  ralificalions  devront  être  réhangées  & 
Saint-Pélei-sbourg  dans  l'espace  d'un  an.  Ce  traité  signé  à 
deux  exemplaires  en  mandchou,  chinois,  russe  et  français'. 

I.  Le  traité  do  LivtJia  n'ajanl  pis  ii6  promulgué,  j'ai  été  obligé  pour 
fairo  ce  résumé  de  me  servir  d'une  traduction  anglaise,  inédite  je  croii, 


DISGRACE    DE    TCH  OUNG-HEOU  IQI 

Il  faut  que  Tch'oung-Heou  ail  été  frappé  d'alicnaiion  men- 
tale pour  avoir  signe  un  traité  pareil  ;  même  vaincue,  après 
une  lutte  acharnée,  la  Chine  n'aurait  jamais  accordé  à  la 
Russie  les  avantages  qu'elle  obtenait  par  le  traité  de  Livadia. 
Non  seulement  le  Pe  Lou  était  abandonné  à  la  Russie,  mais 
aussi  les  passes,  entre  autres  celle  de  Mouzarte,  par  laquelle 
traverse  la  roule  militaire  de  K'ien-Loung,  conduisant  de 
kouidja  à  Aksou,  qui  commandent  le  Nan-Lou.  Mais  ce  qui 
était  cependant  plus  grave  aux  yeux  des  Chinois,  c'étaient  les 
privilèges  commerciaux  et  la  liberté  de  circulation  en  Chine 
concédée  aux  Russes. 

Après  avoir  expédié  son  télégramme  daté  de  la  Mer 
Noire,  Tch'oung-Heou  n'attendit  pas  en  Russie  qu'un  décret 
vint  l'autoriser  h  se  mettre  en  route  pour  la  Chine.  Il  était 
extrêmement  superstitieux  et  on  raconte  qu'une  sorcière  lui 
avait  prédit  avant  son  départ  de  Chine  qu'il  mourrait  s'il 
re>tail  au  delà  d'un  certain  temps  en  Europe.  Il  arriva  à 
Chang-Haï  au  commencement  de  décembre  1879  et  il  se 
rendit  par  terre  à  Pé-King,  où  il  parvint  le  3  janvier  1880. 
La  veille  paraissait  un  décret  le  destituant  et  déférant  son 
cas  au  jugement  du  ministre  du  Personnel. 


DISGRACE    DE    TCh'oUNG-HEOU 


DÉCRET  * 

Le  Président  de  gauche  de  la  Cour  des  Censeurs,  Tciroung- 
Hcou,  qui  avait  été  envoyé  par  nous  en  mission  à  l'étranger, 
5*esl  permis  de  se  mettre  en  route  et  de  rentrer  à  Pc-King  sans 
avoir  attendu  nos  ordres.  Que  d'abord  un  blâme  doublement 
sévère  lui  soit  infligé  au  Ministère  du  Personnel  auquel  est  dé- 
féré son  cas,  que  ses  emplois  soient  en  même  temps  déclarés  va- 
cants; —  et  qu'il  attende  le  verdict  dudit  Ministère;   que  les 

faite  par  sir  T.  VVade,  sur  le  texte  chinois.  Outre  le  traité,  des  règlements 
coocemant  le  commerce  par  terre  entre  la  Russie  et  la  Chine  furent  signés. 
I.   Gazette  de  Pé-King,  a  janvier  1880. 


la  Gronde  Chancellerie  Impériale,  les  Sii  Minis- 
ir Cours,  l'Académie  des  Han-Lin,  la  Direction  de 
Publique,  la  Cour  Métropolitaine  des  Censeurs,  la 
ialc  des  Censeurs,  nous]  adressent  un  rapport  col- 
al  sur  les  articles  de  la  Convention  élaborée  et  sur 
ri  que  nous  a   fait  |Kirvenir,  è  dilTérentes  reprises, 

1  '  prétendait  que  : 

■■  stipulations  de  la  Convention  que  Tcli'oung-lleou 
:  étant  contraires  aux  instructions  qu'il  avait  rc- 
ur,  ce  document  fut  soumis  à  l'cxanicn  d'un  ftrand 
>sé  des  Princes,  des  liauts  fonctionnaires,  des  grands 
les  douze  ministres  et  des  neufs  présidents  de  Cour. 
FIS  que  fait  cette  convention  —  quant  aux  Fronliè- 
ortdes  marchandises,  A  l'ouverture  du  Turkestan  et 
aric  au  commerce,  au  transport  des  marchandises, 
régions  jusqu'à  Ilan-kéou,  à  la  navigation  jusqu'à 
it,  à  l'unanimité,  été  reconnus  préjudiciables  et 
.  Quant  à  Tch'oung-Heou  qui  n'a  pas  su  se  confor- 
uctions  de  la  Cour,  qui  n'a  tenu  dans  ces  négocia- 
omptc  des  télégrammes  et  des  lettres  du  Tsoung-li 
'a  agi  qu'à  sa  guise  et  qui  est  revenu  à  Pé-King  sans 
préalablement  l'autorisation  qu'il  était  également 
ndcr,  il  a  été  reconnu  coupable  cl  sur  la  demande 
rivé  de  ses  emplois  par  le  Ministère  du  Personnel. 
dé>cret  ordonna  au  Ministère  de  la  Justice  de  statuer 


lalc  faisait  la  remarque  suivante  : 

ernement  chinois  se  serait  montré  beaucoup  moins 
andon  dérinitif  d'une  portion  de  l'Ili  que  du  refus 
te  Gouvernement  Russe  de  lui  livrer  l'ancien  chef 
I  ¥en~liou.  actuellement  réfugié  sur  son  territoire. 
rotection  dont  le  promoteur  de  l'insurrection  du 
t  l'objet  de  la  part  de  la   Russie,  aurait  fortement 

lucllon  conforme,  signé  :  G.  Devrai*. 

Au  30  juillet  18B0;  voir  p.  176.  187.  ai4. 


DISGRACE    DE    TCH*OUNG-HEOU  IÇ^i 

indisposé  la  Cour  de  Pé-King  et  elle  ne  pardonnerait  pas  à  son 
négociateur  de  n'avoir  pu  triompher  sur  ce  point  des  résistances 
du  Cabinet  de  Sl.-Pétersbourg.  » 

En  réalité,  les  poursuites  dirigées  contre  Tch'oung-Heou 
fiaient  le  triomphe  de  la  réaction  ;  elles  créaient  une  situa- 
tion qui  pouvait  donner  des  inquiétudes  aux  agents  étran- 
gers accrédités  près  de  la  cour  de  Pé-King  et  devait  provo- 
quer une  démarche  en  faveur  du  malheureux  ambassadeur 
chinois. 

a  Les  [joursuites  dirigées  aujourd'hui  contre  Tch'oung-Hcou, 
écrit  M.  Patenôtre.  à  M.  Waddinglon,  Pé-King,  8  février  1880, 
peuvent  donc  être  considérées  comme  une  sorte  de  manifestation 
du  parti  anti-européen,  contre  la  politique  du  Tsoung-li  Yamen. 
Cette  situation  devait  naturellement  éveiller  l'attention  dti  Corps 
diplomatique  et  elle  a  provoqué  dans  ces  derniers  temps  un 
échange  de  pourparlers  assez  fréquent  entre  les  chefs  de  mission 
présents  à  Pé-King.  Dans  une  réunion  récente,  Sir  Thomas 
Wade,  envisageant  les  conséc{uences  fâcheuses  que  pourrait  avoir 
la  condamnation  de  Tcli'oung-Heou  et  l'impression  désastreuse 
qu'elle  ne  manquerait  pas  de  produire  en  Europe,  a  proposé  à 
ses  collègues  de  tenter,  en  sa  faveur,  une  démarche  collective 
auprès  du  Gouvernement  Chinois.  Cette  ingérence,  plus  ou 
moins  directe  de  la  diplomatie  étrangère,  dans  les  alTaires  de  la 
Chine,  n'était  pas  sans  danger  dans  les  circonstances  actuelles  : 
elle  pouvait  achever  de  compromettre  celui  qu'on  voulait  sauver 
et  rendre  plus  difficile  encore  la  position  du  Prince  Koung.  Le 
Ministre  d'Allemagne  en  fit  l'observation  et  j'avoue  que  je 
n'étais  pas  éloigné  de  partager  ses  hésitations.  Sir  Thomas  ré- 
pliqua que  l'opinion  publique  en  Angleterre  lui  reprocherait  son 
abstention,  quelque  motivée  qu'elle  put  être  et  que,  de  toute 
façon,  il  était  résolu  à  intervenir.  Le  représentant  des  Etats-Unis 
obéissant  h  des  préoccupations  du  même  ordre,  déclara  se  rallier 
à  l'opinion  du  ministre  anglais.  Il  importait,  avant  tout,  de  ne 
pas  rompre  l'accord  unanime  qui  est  ici  notre  seule  sauvegarde 
vis-à-vis  du  Gouvernement  chinois,  —  nous  nous  décidâmes  donc 
M.  de  Brandt  et  moi  à  suivre  Tcxemple  de  Sir  Thomas  Wade 
et  de  M.  Seward,  —  le  chargé  d'alTaires  de  Russie  restant  natu- 
rellement en  dehors  d'une  négociation  h  laquelle  il  ne   lui  était 

CuRDlER.  II.    —   i3 


I()4  L  AFFAIRE    DE    KOULDJA 

pas  possible  de  prendre  part,  sans  être  soupçonné  de  l'avoir  pro- 
voquée. Comme  nous  diflerions,  néanmoins,  d'avis  sur  l'argu- 
menlalion  la  plus  propre  à  faire  impression  sur  le  Gouvernement 
Chinois,  il  fut  convenu  que  chacun  de  nous  resterait  libre 
d'adopter  la  rédaction  qu'il  préférerait,  mais  que  nous  nous  com- 
muniquerions réciproquement  nos  notes,  avant  de  les  envoyer 
au  Tsoung-li  Yamen... 

Dans  sa  note  : 

Le  Ministre  d'Angleterre,  après  avoir  posé  en  principe  qu'il 
n'entend  nullement  contester  à  la  Chine  le  droit  de  régler, 
comme  il  lui  plait,  les  questions  qui  touchent  à  son  administra- 
tion intérieure,  ajoute  qu'il  croit  néanmoins  de  son  devoir  de  la 
mettre  en  garde  contre  des  mesures  qui  auraient  pour  effet  de 
blesser  le  sentiment  public  dans  les  pays  étrangers.  Faisant 
allusion  aux  rigueurs  draconiennes  déployées  en  i858  contre  un 
négociateur  chinois,  on  butte  aux  mêmes  accusations  que 
Tch'oung-IIeou,  il  appelle  l'attention  du  gouvernement  impérial 
sur  les  conséquences  d'une  condamnation  capitale,  dont  la  nou- 
velle ne  manquerait  pas  d'être  accueillie  avec  une  extrême  sévé- 
rité par  les  Cabinets  européens. 

M.  Sewarda  cru  pouvoir  aller  plus  loin  encore  ;  sa  note  est  un 
véritable  plaidoyer  en  faveur  de  l'Ambassadeur  chinois  ;  les  pour- 
suites, dirigées  contre  ce  mandarin,  y  sont  dénoncées  comme  ins- 
pirées par  le  parti  hostile  aux  étrangers  et  comme  pouvant  avoir 
les  plus  regrettables  conséquences,  au  point  de  vue  des  relations 
internationales  du  Céleste  Empire. 

Le  Ministre  d'Allemagne  s'est  borné  à  signaler  au  Tsoung-li 
Yamen  les  rumeurs  fâcheuses  qui  courent  en  ce  moment  dans 
le  public  et  qui  sembleraient  l'indice  de  tendances  peu  favorables 
au  maintien  de  la  politique  inaugurée  par  la  Chine  dans  ces  der- 
nières années;  il  a  exprimé  en  même  temps  l'espoir  que  les 
Impératrices  Régentes  aviseraient  aux  moyens  de  mettre  une 
prompte  fin  aux  difficultés  de  la  situation  présente. 

Voici  la  note  '  de  noire  chargé  d'affaires  au  prince  Koung 


I.  Los  noies  des  ministres  étrangers   furent   envoyées  au  Yamen  le 
6  février  1880. 


DISOilACE   DE   TCll'oUNG-UEOU  igS 

et  aux  membres  du  Tsbung-li   Yamen  ;  la  note  est  conçue 
dans  un  esprit  analogue  h  celle  de  M.  von  Brandt. 

Pé-King,  le  6  février  1880. 

Monseigneur, 
Messieurs, 

Depuis  que  des  relations  régulières  se  sont  établies  entre  nous 
et  la  Chine,  notre  constant  espoir  a  toujours  été  de  voir  se  res- 
serrer et  s'afTermir  les  liens  d'amitié  qui  existent  actuellement 
entre  le  Céleste  Empire  cl  les  Puissances  Occidentales.  En  admet- 
tant, comme  elle  Ta  fait  dans  ces  dernières  années,  le  principe 
de  réciprocité  en  matière  de  représentation  diplomatique,  la  Cour 
de  Pé-Ring  semblait  s*ètre  placée  au  même  point  de  vue  et  avoir 
compris  les  avantages  d'une  entente  plus  intime  avec  des  gou- 
vernements qui,  tout  en  obéissant  aux  principes  d'une  ci\ilisa- 
lion  différente,  n'ont  jamais  manqué  de  témoigner  leurs  sympa- 
thies pour  la  dynastie  des  Tsing.  Nous  nous  étions  plu  de  notre 
cûté,  à  considérer  la  présence  d'envoyés  chinois  dans  les  princi- 
pales capitales  de  l'Europe,  comme  un  gage  de  ces  dispositions 
favorables  et  l'accueil  empressé  fait  en  toutes  circonstances  aux 
ambassadeurs  de  S.  M.  I.  eçt  une  preuve  suffîsante  que  les  Puis- 
sances ne  se  sont  point  montrées  insensibles  à  cette  marque  de 
bon  vouloir. 

11  nous  était  permis  d'eipérer  que  quelques-uns  des  hauts 
fonctionnaires  que  la  Cour  Impériale  avait  jugés  dignes  d'assez 
de  coVi fiance  pour  représenter  leur  pays  à  l'étranger,  pourraient 
être  un  jour  appelés  à  faire  partie  des  conseils  de  l'Empire,  et 
qu'après  avoir  contribué  à  faire  mieux  connaître  la  Chine  aux 
(jouvcrnements  européens,  ils  pourraient  plus  tard  contribuer  à 
donner  au  Gouvernement  Chinois  une  notion  plus  complète  de 
l'Europe  et  travailler  dans  un  intérêt  commun  à  dissiper  de  re- 
grettables malentendus. 

Les  événements  paraissent  malheureusement  démentir  en  par- 
tie ces  espérances.  Les  divers  personnages  que  la  Cour  de 
Pé-King  a  jusqu'ici  accrédités  auprès  des  nations  étrangères,  sem- 
blent devoir,  à  leur  retour,  rester,  pour  une  cause  ou  pour  une 
autre,  en  dehors  des  aiïaircs  publiques  et  perdre  ainsi  l'occasion 
de  mettre  au  service  du  Trône,  l'expérience  aajuise  par  leur 
séjour  au  dehors. 


I9(>  L*AFFA1RE    DE    KOULDJA 

Les  décrets  insérés  les  3  et  38  janvier  dans  la  Gazelle  de  Pé- 
kincj,  —  si  nous  en  avons  bien  compris  la  portée  et  s'il  faut  tenir 
compte  surtout  des  commentaires  dont  ils  sont  Tobjet,  —  au- 
raient pour  eflct  de  rendre  plus  précaire  que  jamais  la  situation 
des  représentants  de  la  Chine,  et  de  diminuer  par  suite  leur 
autorité  auprès  des  Gouvernements  étrangers,  au  grand  détri- 
ment des  intérêts  généraux  qu'ils  sont  appelés  à  sauvegarder. 
Convaincu  que  rien  n'est  plus  contraire  aux  intentions  du  Gou- 
vernement Impérial,  j'ai  cru  de  mon  devoir  de  l'aviser  de  l'in- 
terprétation qui  pourrait,  peut-être,  être  donnée  en  Europe  à 
des  mesures,  dont  la  rumeur  publique  dénature  certainement 
la  signification,  mais  qui  méritent  néanmoins  de  fixer  notre 
attention. 

V.  A.  I.  ne  se  méprendra  pas  sur  la  pensée  tout  amicale  qui 
m'a  dicté  celle  démarche  et  je  serais  heureux  qu'elle  voulut  bien 
y  voir  une  preuve  nouvelle  du  sincère  désir  dont  je  suis  animé, 
de  maintenir  intacts  les  bons  rapports  qui  unissent  nos  deux 


gouvernements. 


Veuillez... 

Signé  :  Patenôtre. 


Le  Yamen  répondit  : 


Pé-Kinfi;,  le  16  février  1880. 


Nous  avons  Thonneur  de  vous  accuser  réception  de  la  lettre 
(|ue  nous  a  adressée  Votre  Excellence  à  l'occasion  des  affaires 
sino-russes  et  des  délibérations  qui  ont  eu  lieu  relativement  au 
haut  fonctionnaire  Tch'oung. 

Nous  sommes  confus  des  marques  de  sollicitude  que  nous 
donne  V.  Exe.  dans  cette  circonstance,  sollicitude  qui  nous 
prouve  combien  vous  prenez  à  cœur  tout  ce  qui  serait  de  nature 
à  influer  en  bien  ou  en  mal  sur  la  prospérité  de  nos  relations 
d'amitié. 

Nous  ne  saurions  taire  combien  de  tels  sentiments  d'amitié 
nous  agréent. 

Quant  à  ce  dont  on  s'est  occupé  ces  derniers  temps,  bien  qu'on 
n'ait  encore  rien  décidé,  il  faut  es|K'rer  que  la  solution  qu'on  at- 
tend sera  à  la  satisfaction  de  tous,  telle  que  les  temps  et  les  cir- 
constances la  comjwrtent.  En  cela,  nous  sommes  du  môme  sen- 


j 


TCHANG    TCm-TOlNG  ï  ()7 

timeni  que  V.  Exe,  et  reconnaissants  de  ses  marques  d'intérél, 
nous  la  prions  d'agréer,  etc.  * . 


TCHAî«ïG    TCHI-t'oUNG 

Parmi  ceux  qui  se  montrèrent  le  plus  acharnés  à  la  porto 
de  ce  malheureux  Tch'oung-Heou,  se  trouvait  Tchang  Tchi- 
foung^,  sous-lecteur  à  TAcadémie  Han-Lin  (juin  1880),  no 
en  i835  ou  1837  h  Nan-p'i,  dans  le  Tché-li.  Juge  au  Kouang 
Toung(mars  i865),  puis  Irésorier  au  Kiang-Sou  (mai  1868), 
Tchang,  homme  fort  intelligent  et  lettré  distingué,  s'est  ton  - 
jours  montré  fort  hostile  aux  étrangers,  quoi  qu'on  en  ait 
dit.  On  pourra  juger  de  son  état  d'esprit  par  la  supplique 
dont  voici  la  fin,  qu'il  adressa  au  trône  en  décembre  1870, 
quelques  mois  après  le  massacre  de  Tien-Tsin  : 

«  Nous  supplions  donc  le  gouvernement  de  montrer  une  re- 
crudescence de  vigueur.  11  agira  ainsi  suivant  le  vœu  du  jwuple. 
Qu'on  rompe  toute  relation  avec  ces  démons  malfaisants  î  Qu'on 
cesse  de  pactiser  avec  ces  renards.  Qu'on  se  débarrasse  d'abord 
des  Barbares  à  l'intérieur.  On  avisera  ensuite  aux  moyens  de  les 
arrêter  à  l'extérieur.  Qu'on  forme  une  ligue  pour  défendre  les 
approches  du  territoire,  qu'on  répare  les  forteresses  des  ports, 
qu  on  arrête  la  circulation  des  navires  des  Barbares  !  Nos  troupes 
sont  innombrables.  Les  collines  et  les  fleuves  se  lèveront  contre 
nos  ennemis  et  quand  ces  vils  insectes,  quand  ces  jeteurs  de 
inalcfices  seront  exterminés,  le  Soleil  et  la  Lune  resplendiront 
de  nouveau  dans  tout  leur  éclat.  On  aura  lavé  la  tache  qui  pol- 
lue l'Empire;  satisfaction  sera  donnée  au  Ciel  et  à  l'indignation 
du  peuple.  Le  déshonneur  de  deux  Empereurs  sera  vengé,  l'hu- 
miliation de  deux  règnes  réparée,  la  joie  éclatera  dans  l'Empire. 
1^  Trône  sera  glorifié  ^? 

Mais  la  grande  fortune  politique  de  Tchang,  «ilors  sous- 

1.  Pour  traduction  conforme,  signé  :  Devéria. 

2.  Frère  de  Tchang  Tchi-\van,  mort  juillet  i8g8;  Fou-l'aï  du  lio-Nan, 
pais  Min-Tché  Tsong-tou. 

3.  Inédit. 


198  l'affaire  de  kouldja 

lecteur  à  rAcadémie  des  Han-Lin*,  date  du  rapport  violent 
qu'il  adressa  au  trône,  dénonçant  le  traité  signé  à  Livadia 
par  Tch*oung-Heou  ;  ce  mémoire,  véritable  acte  d'accusation, 
est  écrit  avec  une  grande  éloquence  et  il  est  bon  de  recon- 
naître que  ses  réclamations,  au  point  de  vue  chinois,  étaient 
parfaitement  justes  *  : 

A  rexception  des  plus  étourdissantes  bévues  dans  les  dix -huit 
articles  du  nouveau  traité,  je  ne  parlerai  pas  du  traité  :  Par  une 
route  de  terre  commerciale  de  Kia  Yu  Kouan  directement  à  llau 
Keou,  via  les  villes  de  Si-ngan  et  Uan-tchong,  les  points  vulné- 
rables du  Kan-Sou  et  du  Ghen-Si  et  les  parties  en  amont  de 
Tching  et  Tch*ou  (Hou-Pé,  etc.)  sont  tous  menacés.  Des  lieux 
de'  commerce,  augmentant  chaque  jour  de  nombre,  se  propage- 
ront comme  de  mauvaises  herbes,  les  nouvelles  circuleront  par- 
tout et  quoique  notre  frontière  sera  gardée,  nous  aurons  perdu 
le  vrai  cœur  de  la  nation.  Ceci  est  la  première  concession  à  re- 
fuser. 

Les  provinces  mandchouriennes  sont  le  berceau  de  la  famille 
impériale  et  la  ville  de  Petuné  '  est  le  centre  de  la  province  de 
Kirin.  Si  Votre  Majesté  autorise  l'approche  de  vaisseaux  russes, 
la  concession  équivaut  à  ouvrir  toute  la  Mandchourie  aux  Russes. 
Ils  seront  alors  tout  près  de  Pé-King,  notre  frontière  du  nord 
(littéralement  la  tête  et  les  épaules)  sera  sans  défense  et  exposée 
et  nous  nous  serons  volontairement  retirés  à  a  000  U  à  Touest  de 
Soui  Fcn*  sans  aucune  raison.  La  navigation  dans  nos  fleuves 
intérieurs  a  été  depuis  de  longues  années  recherchée  en  vain  [>ar 
les  puissances  étrangères,  et  si  nous  accordons  ce  privilège  à  la 
Russie,  les  autres  Etats  seront  guidés  dans  leurs  demandes  par 
cet  exemple.  Ceci  est  la  seconde  concession  à  refuser. 

Quand  notre  gouvernement  n'insiste  pas  sur  le  paiement  des 
droits,  c'est  comme  une  mesurer  de  soulagement  pour  les  com- 
merçants. Mais  si  en  Dzoungarie,  en  Kachgarie,  et  dans  toute  la 

1.  Che  Fou  ;  il  y  en  a  cinq  :  deux  mandchous  et  trois  chinois. 

2.  Traduit  de  l'anglais;  la  traduction  anglaise  du  rapport  entier  a  élc 
publiée  dans  le  NorthChina  Herald,  18  mai  et  i"  juin  1880. 

3.  N.-O.  de  Kirin. 

A.  Petite  rivière  se  jcttant  dans  la  Baie  de  Pierre -le-Grand,  en  face  et 
à  l'Ouest  de  Vladivostock. 


TCIIANG    TCIU-T  OUNG  199 

Mongolie,  les  Russes  sont  autorisés  à  faire  le  commerce  sans  payer 
aucun  droit,  les  marchands  chinois  seront  réduits  à  la  mendicité 
avec  le  temps.  Ceci  est  une  petite  considération  en  comparaison 
de  ce  qui  suivra.  Les  faibles  et  misérables  Mongols  existeront 
seulement  pour  être  les  victimes  des  exactions  russes  et  la  grande 
dépense  qui  résultera  de  la  soumission  de  la  Nouvelle  Frontière  * 
aura  été  perdue  pour  le  seulbénéEcc  des  Russes.  Et,  en  outre,  les 
établissements  de  commerce  qu'ils  ont  ouverts  h  Kalgan  ^  et 
autres  villes  dans  l'intérieur  s'étendront  graduellement  de  tous 
côtés,  de  telle  façon  que,  au  début  des  hostilités,  leurs  commu- 
nications seront  complètes  d'un  bout  à  l'autre,  loooo  li  en 
dedans  de  nos  frontières.  Ceci  est  la  troisième  concession  à  re- 
fuser. 

Les  dépendances  de  la  Mongolie  intérieure  et  extérieure  sont 
les  boulevards  de  la  Chine.  Le  désert  de  Gobi  ',  d'une  étendue 
de  10 000  /('  est  une  barrière  mise  par  le  Ciel  contre  les  Russes, 
et  s'ils  cherchent  à  envahir  nos  frontières,  ils  la  trouveront,  toub 
le  long  de  nos  limites  septentrionales,  difficile  et  contrariante. 
Mais  si  les  Russes  sont  autorisés  à  séduire  par  des  avantages  pécu- 
fiiaires  les  Mongols  qui  sont  déjà  à  leur  service  comme  courriers 
et  employés  dans  les  stations  postales  de  Mongolie,  et  que  la 
guerre  vienne  à  éclater  un  jour,  les  Russes  auront  une  parfaite 
et  simple  communication  par  lettre,  leur  Commissariat  et  leur 
Trésorerie  ne  seront  pas  gênés  ;  par  leur  influence,  ils  souille- 
ront la  rébellion  dans  nos  Ëtats  tributaires,  et  nos  tribus  agiront 
comme  guides  russes.  Ceci  est  la  quatrième  concession  à  refuvser. 

Le  Traité  énumère  trente-six  barrières  par  lesquelles  les  Russes 
ont  le  droit  de  passer  la  frontière.  Elles  comprennent  une  ligne 
l)eaucoup  trop  longue;  nous  rendant  également  impossible  d'exa- 
miner les  caravanes  de  commerce  en  temps  de  paix  ou  de  repousser 
une  armée  d'invasion  en  temps  de  guerre.  Ceci  est  la  cinquième 
concession  à  refuser. 

11  n'y  a  pas  de  loi  qui  permette  à  un  marchand,  de  quelque 
nationalité  qu'il  soit,  à  porter  des  armes.  Qu'est-ce  que  peut 
signifier  alors  une  déclaration  du  traité,  faite  sans  la  moindre 
raison,  que  chaque  Russe  peut  porter  un  fusil  7  A  l'entrée  sou- 
daine d'une  bande  d'une  centaine  ou  d'un  millier  de  Russes,  qui 

1.  Sin-Kîang. 

a.  Tchang  kia  k'cou. 

3.  Cba  Mo. 


a  capable  de  distinguer  les  soldats  des  marchands?  Ceci  est  lu 
iènie  concession  à  refuser. 

Dans  toutes  les  clauses  visant  le  commerce  et  les  droits,  les 
isses  obtiennent,  d'une  fa^on  détournée,  quelque  avantaf^e  ; 

autres  paijs  espéreront  des  privilèges  semblables,  et  feront  des 
mandes  similaires  et  le  revenu  de  la  douane  de  Han-keou  mon- 
ira  cliaquc  année  un  déficit  de  millions  de  taëls.   Ceci  est  la 
iliùme  concession  h  refuser. 
Quoique,  dans  la  troisième  année  T'oung-Tcbé  (i86^-i86î>}, 

frontières  du  Nouvel  Etat  (Sin-Kin/iy)  ont  été  définies  |iar 
lité,  les  Russes  désirent  maintenant  annexer  du  terrain  dans 
ntéricur  de  ces  limites  et  de  couper  nos  communications  avec 

plus  méridionale  des  huit  villes  du  Turkeslan'.  La  portion 
ird  du  Territoire  Nouveau  (^Sin-Kiang')  est  stérile  et  aride,  mais 
,  villes  du  Sud  sont  riches  et  populeuses.  Nous  luttons  pour 
1  désert  pierreux,  et  abandonnons  un  sol  fertile.  Nous  luttons 
ur  une  fausse  gloire  et  nous  nous  heurtons  à  une  vraie  cala- 
itc.  Ceci  est  la  huitième  concession  à  refuser. 
Nous  allons  autoriser  les  Russes  k  installer  des  Consuls  à  lli. 
irbagataî,  Kobdo,  Ouliasout'al,  Kacbgar,  Ouroumtsi,  Koulcbé, 
imi,  Tourfan,  Kia  Yu  Kouan,  etc.,  et  leur  donnons  ainsi  le 
nlrôle  de  la  frontière  nord-ouest  et  de  la  totalité  du  Territoire 
luvcau.  .\vec  les  fonctionnaires  étrangers  viennent  les  commer- 
nts  étrangers,  et  avec  les  commerçants  étrangers  viennent  les 
Idats  étrangers.  Ils  usurperont  noire  autorité  et  notre  influence 
pur  commencer,  et  avec  le  temps,  nos  invités  seront  devenus 
is  hôtes.  Il  arrivera  que  les  fonctionnaires  seront  Russes,  et  que 
)us  n'aurons  pas  de  fonctionnaires:  que  les  soldats  seront  russes 

que  nous  n'aurons  pas  de  soldats.  Par  une  loi  reconnue  dans 
ut  |)ays,  les  côtes  et  les  frontièresde  Chine  sont  les  scuiscndroits 
I  les  consuls  des  Ëtats  Étrangers  sont  autorisés  à  résider.  Mais 
(S  villes  comme  Ouliasout'al,  Kobdo.  Ouroumtsi,  Koutehé, 
ami  et  Kia  Yu  Kouan  sont  en  dei,'à  de  nos  frontières,  et  avec 
laque  pays,  suivant  l'exemple  donné  par  la  Russie,  tout  Tinte- 
cur  des  dix-huit  provinces  de  la  Chine  sera  inondé  de  fonction- 
aires  étrangers.  Ceci  est  la  neuvième  concession  à  refuser. 

En  autorisant  tes  Russes  à  nous  rendre  lli,  pendant  qu'ils  s'at- 
ichent  encore  fièrcuient  a  trois  côtés  des  passes  montagneuses, 

I.  Kachgar,     K'arachar,   Koutehé.   Aluou,   Kholan,    Hami,   Och   et 


TCHANG    TCHI-t'oUNG  20I 


à  leurs  barrières  intérieures  et  extérieures,  et  demeurent  sur  les 
hauteurs  qui  dominent  les  plaines,  nous  perdons  les  clefs  du 
pays.  Retranchez  de  l'Ili,  la  partie  à  l'ouest  de  la  rivière  Koksou 
cl  au  nord  de  Koerhmantou,  et  il  ne  restera  pas  d*élendue  de 
terrain  pour  labourer,  pas  de  pâturage  pour  faire  paitre  nos  trou- 
peaux et  il  ne  restera  rien  de  la  richesse  du  pays.  Kin-ling-so 
aussi,  qui  a  été  longtemps  un  marché  commercial  russe  ne  doit 
pas  nous  revenir,  et  deviendra  par  traité,  une  possession  russe. 
Ainsi  la  longue  route  principale  de  TEst  (c'est  à  dire  la  Chine 
propre)  à  Tlli,  devra  passer  à  travers  un  nid  de  Russes  et  le  pays 
$era  sans  un  débouché.  Aussi  peu  qu'il  y  a  d'habilants  laissés 
dans  cette  contrée,  eux  aussi  seront  chassés  par  les  Russes,  le 
pays  sera  abandonné  et  nous  aurons  jeté  a  800000  taëls  d'argent 
utile  pour  rentrer  en  possession  d'un  Ili  sans  défenses  niaturelles, 
sans  ressources  matérielles,  sans  population,  et  sans  un  débouché. 
El  pour  quel  bien  ?  Ceci  est  la  dixième  concession  à  refuser. 

Devenu  gouverneur  du  Chan-Si  (janvier  1882),  puis  gou- 
verneur général  des  deux  Kouang  (août  i884)  et  enfin  des 
deux  Hou  (8  août  1889),  ïchang  restera  toujours  ultra- 
conservateur;  il  a  écrit  récemment*  : 

c  Dernièrement  une  revue  anglaise  se  moquait  des  Chinois  en 
disant  :  «  Ceux-ci  ne  veulent  pas  que  la  Chine  devienne  un  em- 
pire puissant  en  changeant  ses  vieilles  méthodes  »,  et  on  donnait 
comme  raison  de  cette  déraisonnable  conduite  leur  excessif  atta- 
chement à  la  doctrine  de  Gonfucius.  Mais  en  disant  cela,  la  Revue 
se  trompait  ;  car  nos  Quatre  Classiques  que  les  Européens  ont 
traduits  ne  contiennent  que  la  doctrine  telle  qu'elle  leur  a  été 
expliquée  par  quelque  lettré  vulgaire,  ou  par  quelque  maître 
d'école  de  village  ;  en  sorle  que  le  journaliste  anglais,  ne  connais- 
sant pas  la  doctrine  de  Confucius,  est  après  tout  assez  excusable... 
En  vérité,  la  doctrine  de  Confucius  développe  grandement  la 
culture  (intellectuelle  et  morale)  de  ses  adeptes  ;  elle  façonne  et 
restreint  Fortement  leurs  mœurs  au  moyen  des  rites  :  elle  pres- 
crit de  repasser  les  connaissances  de  l'antiquité  tout  en  apprenant 
les  choses  nouvelles  ;  elle  aide  le  ciel  (et  la  terre)  dans  la  pro- 

I.  K'iuen  Hio-p'ien  (Exhortations  à  l'Etude),  traduit  parle  P.  Jérôme 
Tobar.  Shanghaï,  1898,  p.  i3. 


rliH'lion  et  le  développe menl  des  ^Ircs  et  pénètre  jusqu'au  fond 
l'inltmc  nature  des  choses.  Quant  au  gouvernement  enseigné  par 
(innrucius,  il  se  réduit  à  faire  respecter  ceux  qui  sont  dignes  de 
respect  cl  à  faire  aimer  ses  proches  ;  il  enrichit  d'abord  le  peuple, 
puis  il  s'occupe  de  son  éducation  ;  il  cultive  les  vertus  propres  au 
temps  de  la  pan  et  fait  des  préparatifs  pour  la  guerre-,  il  acco- 
uukIc  enfin  son  cnscigncnicnt  aux  besoins  du  temps  présent. 
Kn  un  mot.  Confucius.  |>ar  ses  vertus,  s'est  joint  aux  mille  saints. 
il  égale  les  cent  roi»,  il  forme  une  troisième  puissance  avec  le 
('.'k\  et  la  Terre  et  coopère  ainsi  à  la  transformation  de  toutes 
choses.  » 

Mise    EN    JUGEMENT    DE    TCn'OUNGHEOl' 

Ordre  est  donne  à  la  Haute  Cour  constituée  de  lixer  la  peine 
mérîtce  par  Tch'oung-Hcou  : 

Nous  ordonnons  au  Prïnce  Toun  de  prendre  part  aux.  Conseils 
qui  se  réuniront  pour  statuer  sur  le  cas  de  Tch'oung-Ileou  et  de 
nous  adresser  un  rapport. 

Kespoctez  ceci  ' . 

Second  décret  du  môme  jour': 

Tch'oung- licou  ajant  pris  sur  lui  de  revenir  à  Pé-King  sans 
avoir  attendu  nos  ordres  a  été  dégradé,  arrélé  et  mis  en  juge- 
ment au  Ministère  de  la  Justice,  cliargé  de  statuer  sur  son  crime. 

Ce  Ministère,  vu  la  gravité  du  cas  de  Tch'oung-lleou.  nous  a  . 
e'tprimc  le  désir  d'être  assisté  d'un  Conseil  composé  de  Princes 
et  de  hauts  fonctionnaires. 

Le  Ministère  de  la  Justice  et  le  Conseil  assesseur  nous  ont  fait 
Ihirvenir  chacun  un  rapport  établissant  que  Tch'oung-Hcou. 
chargé  d'une  mission  à  l'étranger,  a,  dans  les  alTaircs  qu'il  a 
traitées,  enfreint  les  instructions  qu'il  avait  reçues  et  outrepassé 

Ce  cas  étant  très  grave,  nous  ordonnons  aux  Princes  de  i"  et 
de  a°  rang,  aux  grands  oflîeicrs  de  la  Présence,  au  Prince  et  aux 

i.  Gazelle  de  Pé-King,  du  17  février  1880.  —  Décret  dos  deux  Impé- 
ratrice*. 

a     Gazette  de  PéKing.  du  17  février  1880. 


DÉCRET  DES  DEUX  IMPÉRATRICES  ao3 

Ministres  membres  du  Tsoung-li  Yamen,   à  la  grande  Chancel- 
lerie, aux  six  Ministères,  à  la  Cour  des  Censeurs  de  se  réunir  en 
Conseil  pour   fixer  la  peine    à   laquelle   doit    être    condamne 
Tch  oung-Heou . 
Respectez  ceci  * . 


NOMINATION!    DU    MARQUIS    Ts'Ê^G  ' 

D'autre  part  la  Chine  décrète  l'envoi  en  Russie,  du  Mar- 
quis Ts'êng,  ministre  à  Paris,  pour  remettre  une  lettre  de 
TEmpereur  au  Tsar,  et  lui  expliquer,  dit  le  Mémoire  du 
Yamen  déjà  cité,  «  de  point  en  point,  en  vue  d'affirmer  leurs 
bonnes  relations,  ce  qu'il  y  a  d'impraticable  et  de  fâcheux 
dans  les  différentes  clauses  du  traité  précédemment  négocié  ». 

DÉCRET  DES  DEUX  IMPÉRATRICES 

Nous  avons  précédemment  ordonné  que  l'on  soumette  aux 
Princes  de  i***  et  de  3*  rang,  aux  Ministres  de  la  Présence,  aux 
membres  du  Conseil  Privé,  au  Prince  et  Ministres  du  Tsoung-li 
Yamen,  aux  Six  Ministères,  aux  Neufs  Cours,  aux  Grands  Chan- 
celiers, aux  Président  de  la  Cour  des  Censeurs,  afin  qu'ils  les  exa- 
minent de  nouveau  : 

1°  Les  rapports  adressés  à  la  Cour  par  la  Grande  Chancellerie, 
les  Six  Ministères,  les  Neuf  Cours,  TAcadémie,  les  Censeurs  mé- 
tropolitains et  provinciaux,  et  dans  lesquels,  pour  se  conformer 
à  nos  ordres,  ces  administrations  exposaient  leur  manière  de  voir 
sur  les  articles  du  Traité  et  autres  affaires  négociées  par  Tch'oung- 
Hcou. 

2"  Les  rapports  et  notes  que  nous  avaient  fait  parvenir  à  dif- 
férentes reprises  des  fonctionnaires  de  rang  supérieur  ou  infé- 
rieur. 

Nous  avons  aussi  ordonné  au  Prince  Toun  de  prendre  part 
aux  délibérations  du  Conseil  (ainsi  formé). 

En  conséquence  de  ces  ordres,  les  Princes  et  hauts  fonction- 


I.  Pour  traduction  conforme,  signé:  Devéria. 
3.    Gazette  de  Pé-King,  du  17  février  1880. 


Jo4  l'affaire  de  kouldja 

naires  ont  délibéré  en  conseil  et  nous  ont  adressé  leur  rapport  ; 
le  Prince  Toun  nous  a  fait  tenir  une  note  séparée. 

Tous  ces  rapports  expriment  la  môme  manière  de  voir  : 
Tch'oung-IIeou  avait  reçu  de  la  Cour  Tordre  de  se  rendre  à 
l'étranger  ;  dans  le  Traité  et  autres  affaires  qu'il  a  négociées,  il 
a,  sur  certains  points,  enfreint  nos  instructions  et  outrepassé  ses 
pouvoirs. 

Mais,  comme  d'autre  part,  il  y  a  beaucoup  de  choses  imprati- 
cables dans  ce  dont  nous  entretiennent  les  rapports  à  nous 
adressés  par  les  fonctionnaires  de  la  capitale  et  des  provinces, 
nous  ordonnons  à  Tseng  Ki-tseu,  Marquis  de  Y-Yong,  Vice-Pré- 
sident de  la  Cour  de  Cassation,  d'aller  négocier  de  nouveau  les 
points  à  traiter  en  vue  d'un  accord  satisfaisant  et  pour  affermir 
les  relations  internationales  *. 


RAPPORT    DE    WEN-YU,    MINISTRE    DE    LA    JUSTICE* 

Tciroung-IIeou  était  un  personnage  considérable,  et  le 
Ministre  de  la  justice,  Wen-yu,  n'était  pas  sans  appréhen- 
sion sur  la  responsabilil43  qu'il  courait  et  les  vengeances  qu'il 
pouvait  attirer  sur  lui,  aussi  chercha- t-il  à  s'abriter  derrière 
quelques  collègues  : 

Le  recueil  de  nos  lois  ne  contenant  rien  d'applicable  au  cas 
très  grave  (de  Tch'oung-Heou),  je  m'agenouille  cl  prie  la  Cour 
(le  déléguer  des  Princes  et  de  hauts  fonctionnaires  pour  s'occuper 
conjointement  avec  moi  de  ce  procès  et  donner  ainsi  à  la  procé- 
dure le  caractère  sérieux  qu'elle  comporte. 

Conformément  à  un  décret,  en  date  du  iG  de  la  la''  lune  de 
l'année  dernière,  ordonnant  de  statuer  sévèrement  dans  l'aflaire 
de  Tch'oung-IIcou,  coupable  d'avoir  enfreint  les  règlements,  le 
Ministère  du  Personnel  décida  sa  destitution.  La  Cour,  jugeant 
cette  peine  insufïisante,  ordonna  que  Tch'oung-Heou  fut  arrêté  et 
conduit  au  Ministère  de  la  Justice,  chargé  de  statuer  sur  son  crime. 

En  vertu  de  ce  décret,  Tch'oung-Heou  nous  a  été  amené  par 
des  soldats  de  la  bannière  tarlare  à  laquelle  il  appartient,  et  nous 
avons  aussitôt  désigné  des  fonctionnaires   pour  procéder  à  son 

I.  Pour  traduction  conforme,  signé  :  Devéria. 
a.   Gazette  de  Pé-King,  27  février  1880. 


RAPPORT    DE    WEN-YU,    MINISTRE    DE    LA    JUSTICE  aof) 

interrogatoire.  Il  a  répondu  que,  jusqu'ici,  les  fonctionnaires  en- 
voyés en  mission  à  l'étranger  s'étaient  toujours  mis  en  route  pour 
Pé-king  après  avoir  simplement  salué  à  genoux  *  le  rapport  qu'ils 
e\[)édiaienl  en  même  temps  à  la  Cour  (pour  rendre  compte  de  leur 
Mission  et  annoncer  leur  retour)  ;  que  son  erreur  avait  été  de 
s'autoriser  de  ce  précédent  pour  partir  dans  les  mêmes  conditions. 

Tch'oung-Heou,  en  sa  qualité  de  haut  fonctionnaire,  avait  reçu 
de  la  Cour  une  mission  importante  ;  au  lieu  d'attendre  respec- 
tueusement que  la  Cour  ait  fait  connaître  si  elle  approuvait  la 
manière  dont  il  s'en  était  acquitté,  il  prit  sur  lui  de  revenir  à 
Pé-Ring,  se  mettant  ainsi  dans  un  cas  très-grave. 

Pour  me  conformer  au  décret  dans  lequel  il  est  dit  que  sa  des- 
titution est  une  peine  trop  légère,  j'ai  recherché  dans  nos  lois 
quelle  était  celle  qui  s'approprierait  le  mieux  au  cas  de  Tch'oung- 
Heou.  Je  n'ai  rien  trouvé  qui  s'y  rapportât  spécialement. 

La  8*  année  du  règne  de  Hien-Foung,  Ki-Ying  avait  commis 
le  même  crime  que  Tch'oung-Heou,  c'est-à-dire  que  lui  aussi 
a^aitpris  sur  lui  seul  de  revenir  à  Pé-King  avant  d'en  avoir  reçu 
l'autorisation.  Un  décret  spécial  enjoignit  aux  Princes  et  aux 
hauts  fonctionnaires  de  se  réunir  en  Conseil  et  de  faire  connaître 
leur  verdict  à  la  Cour. 

En  plus  de  ce  précédent,  j'ai  pu  constater  que  toutes  les  fois 
qu'il  s'est  agi  d'un  crime  commis  par  de  hauts  fonctionnaires, 
leur  peine  a  toujours  été  déterminée  par  un  Conseil  composé  de 
Princes,  de  hauts  fonctionnaires,  de  grands  Chanceliers,  etc.,  etc. 

Or,  considérant  d'une  part,  que  le  cas  de  Tch'oung-Heou,  qui 
est  haut  fonctionnaire,  est  au  Ministère  de  la  Justice  ;  considé- 
rant, d'autre  part,  que  le  cas  en  question  n'est  prévu  par  aucune 
de  nos  lois,  je  me  vois  obligé  de  prier  la  Cour  d'adjoindre  au 
Ministère  de  la  Justice  un  Conseil  composé  de  Princes  et  de  hauts 
fonctionnaTkes,  chargé  de  statuer  sur  le  sort  de  Tch'oung-Heou. 

Son  cas  étant  extrêmement  grave,  je  n'ai  pas  osé  prendre  sur 
moi  seul  de  le  juger  ;  j'explique  respectueusement  ici  pourquoi 
je  demande  l'assistance  d'un  Conseil. 

Réponse  sera  faite  au  rapport  ci-dessus  ^. 

I.  Toutes  les  fois  qu'un  fonctionnaire  chinois  expédie  une  pièce  offi- 
cielle à  la  Cour,  l'étiquette  exige  qu'il  fasse  le  simulacre  d'une  remise 
personnelle  à  l'Empereur  et  se  prosterne  devant  le  document  destine  à  son 
souverain. 

a.    Pour  traduction  conforme,  signe:  G.  Devéria, 


ao6  l'affaire  de  kouldja 

La  Chine  n'était  pas  sans  inquiétude  au  sujet  de  la  con- 
damnation probable  de  Tch'oung-Heou,  ainsi  qu'en  témoi- 
gne le  décret  impérial  suivant*  dans  lequel  le  Gouverne- 
ment fait  appel  aux  capacités  : 

Les  temps  étant  devenus  durs  et  les  circonstances  malheu- 
reuses, j'ai  le  plus  grand  besoin  du  concours  de  tous  les  talents 
supérieurs.  Maintes  fois  déjà,  j'ai  ordonné  aux  Vice-Rois  et  gou- 
verneurs provinciaux  de  me  faire  connaître  les  talents  de  cha- 
cun,  afin  de  pouvoir,   à  un  moment  donné,  recourir  à  leurs 
services.  Mais  j'ai  lieu  de  craindre  que  la  plus  grande  partie  des 
hommes  doués  de  capacités  extraordinaires  et  de  facultés  supé- 
rieures ne  soit  encore  dans  l'ombre.  Les  Vice-Rois  et  les  Gou- 
verneurs, ne  pouvant  qu'incomplètement  voir  et  s'informer,  n'ont 
pas  encore  été  à  même  de  me  les  désigner  d'une  façon  suflisante, 
et  comme  il  importe  que  des  recherches  soient  faites  sur  une  plus 
grande  échelle,  j'ordonne  aux  membres  de  la  Grande  Chancel- 
lerie, aux  Six  Ministères,  aux  Neuf  Cours,  aux  Maréchaux,  Vice- 
Rois  et  Gouverneurs  de  toutes  provinces,  aux  ex-généraux  P'ông 
Yû-lin  et  Yang  Pao-pin  de  redoubler  de  zèle  dans  les  mômes 
investigations.  Que  les  hommes  de  science  et  de  génie,  que  ceux 
qui  peuvent  répondre  aux  besoins  du  Gouvernement,  que  les 
hommes  dont  l'activité  égale  la  vigilance,  que  les  fonctionnaires 
expérimentés,  que  les  stratégistes  d'un  talent  supérieur,  que  ceux 
(jui  sont  capables  de  commander  en  chef  des  troupes,  que  les 
gens  de  bravoure  propres  au  combat,  que  ceux  qui  peuvent  être 
employés  comme  lieutenants,  que  ceux  qui  sont  versés  dans  les 
choses  concernant  à  la  fois  la  Chine  et  les   étrangers,  que  ceux 
(]ui  savent  parler  et  écrire  les  langues  étrangères,  qui  s'entendent 
en  matière  de  génie  maritime,  qui  sont  versés  en  mathématiques, 
qui  sont  capables  de  nous  approvisionner  d'armes,  que  ceux  qui 
ont  l'expérience  des  choses  navales;  que  tous,  civils  ou  militaires, 
anciens  fonctionnaires  ou  simples  particuliers,  que  tous  me  soient 
désignés  d'une  manière  précise  par  ceux  qui  les  auront  remar- 
qués. Je  veux  qu'on  y  mette  la  plus  grande  impartialité  et  qu'on 
se  garde  de  me  recommander,  pour  faire  nombre,  des  hommes 
qui  ne  seraient  pas  tels  qu'on  me  les  aurait  annoncés  ;  qu'on  se 
garde  également  de  croire  qu'on  en  serait  quitte  en   me  répon- 

I.   Gazette  de  Pé-Kins,  a  mars  1880. 


CONDAMNATION    DE    TCH  OUNG-HEOU  307 

dant  qu'on  n*a  personne  à  me  désigner.  De  la  sorte,  les  qualités 
de  chacun  seront  mises  en  lumière  et  l'on  |X)urra  y  avoir  recours 
en  temps  ordinaire,  aussi  bien  que  dans  les  cas  urgents.  Ainsi  se 
trouvera  réalisé  le  désir  qu'a  la  Cour  d'ôlre  entourée  d'hommes 
de  talent. 

Que  le  présent  décret  soit  publié  dans  tout  l'Empire. 

Respectez  ceci. 

AUTRES    DÉCRETS 

I.  —  Lieou  Kin-t'ang*,  Président  de  la  Cour  de  Transmission, 
est  nommé  administrateur  adjoint  des  affaires  militaires  dans  le 
Turkestan  et  la  Dzoungarie. 

Respectez  ceci. 

II.  —  Le  Tao-taï  (Chef  de  Circuit)  VVou  Ta-tch'eng,  Président 
de  Cour  honoraire,  a  l'ordre  de  se  rendre  dans  le  Kirin  pour 
assister  le  Général  et  Gouverneur  militaire  Ming-ngan  dans  toutes 
les  alTaires  dont  il  a  à  s'occuper. 

Respectez  ceci  *^. 


CONDAMNATION    DE    TCh'oUNG-HEOU 

EnGn  la  condamnation  à  mort  avec  sursis  fut  prononcée 
contre  l'infortuné  Tch'oung-Heou*  : 

Ghe-to,  Prince  de  Li.  et  autres  nous  rapportent  qu'après  s'être 
réunis  en  Conseil,  ils  ont  examiné  le  cas  de  Tch'oung-IIeou,  ex- 
Président  de  la  Cour  des  Censeurs.  Us  proposent,  en  vertu  des 
lois  régissant  la  matière,  que  ledit  Ïch'oung-Heou,  soit  condamné 
à  la  décapitation  avec  sursis. 

Nous  ordonnons  qu'il  soit  fait  ainsi  qu'il  est  proposé.  Le  Mi- 
nblère  de  la  Justice  est  chargé  de  l'exécution  du  présent  décret. 

Respectez  ceci  *. 

I.  Ancien  lieutenant  du  Vice-Roi  Tso,  chargé  de  diriger  l'expédilion 
qui,  en  1877,  a  abouti  à  la  reprise  du  Turkestan;  voir  p.  180. 
a.  Pour  traduction  conforme  :  signé  :  G.  Devbria. 
3.  Gazette  de  Pé-King,  3  mars  1880.  —  Décret  des  Impératrices. 
4-  Pour  traduction  conforme,  signé  :  G.  Devkkia. 


indamniilion  k  mort  de  Tch'oung-Heou  pouvait  ôtre 
i-éo  comme  une  victoire  du  parti  antî-europcen  et  das 
ES  pouvaicnlen  résulter;  une  rupture  entre  la  Russie 
line  était  à  craindre;  les  intérêts  étrangers  seraient 
e  mis  en  péril;  il  était  nécessaire  de  parer  à  toute 
lilé.  Les  légations  décid(:rcnt  rjue  deux  canonnières 
înt  en  station  à  Tien-Tsin.  Comme  les  bâtiments 
et  russe  ancres  dans  le  Pei-ho  devaient,  dès  la  dé- 
;s  glaces,  rallier  Chang-llaï,  sur  la  demande  de  ses 
!3,  notre  chargé  d'alTaires  invita  le  commandant  du 
mouillé  à  Tien-Tsin,  A  différer  son  départ  jusqu'à 
!  de  la  canonnière  allemande  mouillée  h  Tclié-fou. 
rc,  il  fut  décidé  que  les  forces  navales  de  France, 
terre,  d'Allemagne  et  des  Etals-Unis,  seraient  con- 
i  à  Chang-llaï  pour  que  leur  présence  mette  la  cour 
king  en  garde  contre  des  insinuations  funestes  qui 
;nl  lui  être  suggérées  par  l'ignorance  et  la  présomp^ 
juelques-uns  de  ses  conseillers  et,  qu'en  cas  d'urgence, 
islres  étrangers  puissent  s'entendre  avec  les  comman- 
»  escadres  pour  une  action  commune, 
juin  11S80,  le  ministre  des  affaires  étrangères  ccri- 
Paris  à  notre  ministre  à  Pé-King,  M.  Bourée  : 

crélairc  d'Ëlat  russe  a  récemment  donné  au  Chargé  d'AP- 
!  la  République  à  St.  l'élersbourg  des  indicnlions  assez 
s  sur  l'attitude  que  le  Cabinet  Impérial  entend  observer 
nce  des  difficultés  auxquelles  a  donné  lieu  la  condamna- 
Tch'oung-llcou.  D'après  les  indications  fournies  par 
icrs,  le  gouvernement  russe,  tout  en  considérant  comme 
ibles  la  rupture  du  traité  de  Livadia  et  te  chAtiment  in- 
in  négociateur,  n'a  pas  l'intention,  pour  le  moment  du 
le  relever  cette  provocation.  Il  se  contentera  de  renforcer 
isons  dans  le  territoire  contesté  de  Kouldja  et  de  garder 
sivc  sur  les  autres  points  de  la  frontière  asiatique  de 
!  qu'il  regarderait  comme  menacés  en  cas  d'boslililés  avec 
:;  il  écoutera  les  propositions  qui  lui  seront  faites  par  le 


CONDAMNATION    DE    TCII  Ol  NG-HEOL"  3O9 

Marquis  Ts'êng  et  s'efforcera  de  prolonger  la  discussion.  M.  de 
Giers  paraît  compter  que  le  temps  apaisera  les  passions  excitées 
par  les  derniers  événements  et  il  considère  l'arrivée  au  pouvoir 
d'un  cabinet  libéral  en  Angleterre,  comme  une  circonstance 
favorable  qui  permettra  à  l'action  des  Puissances  européennes  de 
s'exercer  cflicacement  auprès  du  gouvernement  chinois  dans  le 
sens  du  maintien  de  la  paix. 


CORDIEH.  H-    —    i4 


CHAPITRE  XI 

L'AFFAIRE  DE  KOULDJA 

(  Suite.) 

Les    Chinois  purent  se  rendre  compte  de   bonne  heure 
que,  seules,  la  France  et  TAngleterre  étaient  sérieusement  en 
faveur  de  la  paix  et  disposées  à  les  aider  pour  la  maintenir,  en 
cherchant  à  modérer  les  exigences  des  uns,  en  persuadant 
aux  autres  d'entrer  dans  la  voie  des  concessions.  La  France 
ne  pouvait  oublier  la  chaude  alerte  de  1875  et  craignait  de 
voir  la  Russie  se  lancer  dans  une  aventure  d'une  certaine 
durée  qui  pouvait  entraver  sa  liberté  d'action  sur  les  bords  de 
la  Baltique  ;  et  cependant,  la  France  pouvait  redouter,  et 
l'événement   a   prouvé    qu'elle    aurait   eu    raison,  de   voir 
la  Chine,  libre  du  côté  de  l'Asie  Centrale,  ingrate,  se  retour- 
ner contre  la  puissance  qui  l'avait  aidée  à  sortir  de  ses  diffi- 
cultés et  essayer  de  lui  arracher  le  Tong-King.  L'Angleterre 
guettait  le  gros  morceau  qu'était  l'Egypte  et  préparant  de 
longue  date  une  occupation,  que  nous  ne  sûmes  empêcher, 
elle  pouvait  craindre  que  pendant  qu'elle  était  immobilisée 
ailleurs,  la  Russie  eût  les  coudées  trop  franches  en  Chine  : 
en  cela,  elle  n'avait  pas  tort,  la    guerre  du  Transvaal  au 
moment  où  la  crise  de  l'année  dernière  éclatait,  a  certaine- 
ment empêché  l'Angleterre  de  prendre  dans  le  règlement  des 
affaires  d'Extrême-Orient  la  part  que  ses  antécédents  laissaient 
entrevoir    qu'elle  réclamerait  et  Ta  condamnée   h  ne  jouer 
dans  le  Céleste  Empire  qu'un  rôle  secondaire  alors  qu'elle 


l'affaire  de    KOULDJA  2Î1 


avait  tenu  jusqu'alors  la  première  place.  Koung  et  Li  étaient 
trop  éclairés  pour  ne  pas  voir  le  danger  de  la  situation  et 
n^étre  pas  disposés  à  entrer  dans  la  voie  des  concessions, 
mais  ils  avaient  à  lutter  contre  le  parti  réactionnaire  dirigé 
par  le  victorieux  Tso  Tsoung-t'ang  et  par  la  bande  des  cen- 
seurs au  milieu  de  laquelle  se  distinguait  Tchang  Tchi- 
toung.  Le  Japon  désirait  se  faire  payer  sa  neutralité.  Inouyé 
fut  envoyé  à  Pé-King  en  juin  1880.  D'après  un  journal 
japonais,  le  cabinet  du  Mikado  proposerait  au  Tsoung-li 
\amen  le  partage  de  l'archipel  des  Lieou  K'iéoû,  et  pro- 
mettrait, en  échange  de  cette  combinaison,  sa  neutralité  bien- 
veillante à  la  Chine,  dans  le  cas  où  elle  viendrait  à  engager 
la  guerre  avec  la  Russie. 

M.  Von  Brandt,  non  content  des  lauriers  qu'il  avait  rem- 
portés avec  la  revision  du  traité  allemand,  poussait  ouverte- 
ment à  la  guerre  :  «  Eh!  mon  Dieu,  nous  pécherons  bien 
quelque  chose  dans  l'eau  trouble.  »  L'Allemagne,  au  fond, 
aurait  été  satisfaite  de  voir  la  Russie  aux  prises  avec  les  diffi- 
cultés. M.  Koyander,  chargé  d'affaires  de  la  Russie,  était 
d'humeur  non  moins  belliqueuse,  mais,  heureusement  pour 
la  paix,  .son  gouvernement  ne  partageait  pas  ses  idées.  La 
Russie  prévoyant  des  éventualités  qui,  depuis,  lui  ont  fait 
chercher  une  alliance  à  l'Ouest  de  l'Europe,  désirait  non 
moins  que  la  France,  réserver  sa  liberté  d'action  dans  la 
Baltique,  elle  n'était  d'ailleurs  pas  prête  pour  une  guerre 
asiatique.  En  octobre  1880,  lorsque  j'étais  à  Saint-Péters- 
bourg, on  donnait  les  chiffres  suivants  comme  étant  ceux  des 
forces  russes  en  Asie  : 

Sibérie  Orientale,  hommes  combattants,  12  781,  c'est-à- 
dire  1 1  généraux,  62  officiers  supérieurs,  3oo  olTiciers  subal- 
ternes, 7/17  sous-officiers,  et  ii63i  soldats,  plus  16  pièces 
de  canon  ;  cosaques,  2937,  c'est-à-dire  27  officiers  supé- 
rieurs, 118  officiers  subalternes,  199  sous-ofïiciers  et  2  OgS 
soldats,  plus  2  batteries  de  8  pièces  de  canon  ;  il  faut  ajouter 


213  L*AFFAinE    DE    KOI  LDJA 


encore  6  008  cosaques  de  FAmour  et  du  Transbaikal  dispo- 
nibles. 

Sibérie  occidentale,  Combattants,  11 721,  c'est-à-dire 
8  généraux,  4?  officiers  supérieurs,  227  officiers  subalternes, 
760  sous-officiers  et  10  689  soldats,  plus  i  batterie  de  8  pièces  ; 
cosaques,  i  8/17,  c'est-à-dire  8  officiers  supérieurs,  27  officiers 
subalternes,  84  sous-officiers,  et  1228  soldats;  il  faut  ajou- 
ter encore  5554  cosaques  sibériens  disponibles;  toutes  ces 
troupes  se  trouvaient  dans  la  province  de  Semipalatinsk,  à 
l'exception  d'un  bataillon  en  garnison  à  Margbilan. 

Turkestan,  Combattants  (artillerie,  infanterie,  génie), 
3o38o,  c'est-à-dire  i3  généraux,  1 35  officiers  supérieurs, 
810  officiers  subalternes,  2  453  sous-officiers  et  26  969  sol- 
dats, plus  70  pièces  de  canon  ;  cosaques,  7828,  c'est-à-dire 
45  officiers  supérieurs,  217  officiers  subalternes,  467  sous- 
officiers  et  7  094  soldats  ;  ces  7  828  cosaques  comprenaient 
6  5oo  cavaliers  et  i  323  artilleurs  avec  2  batteries  à  clievai 
de  6  pièces  ;  il  faut  ajouter  7  ii5  recrues  disponibles  et,  en 
cas  de  besoin,  10  000  cosaques  d'Orenbourg. 

Koukija,  en  septembre  1880,  il  y  avait  à  Kouldja  7  à 
8  000  hommes  comprenant  une  brigade  de  4  bataillons  de 
tirailleurs,  3  bataillons  frontière,  la  2"  brigade  d'artillerie  du 
Turkestan,  la  5°  batterie  des  cosaques  d'Orenbourg  et  un 
demi- bataillon  du  génie. 

A  mon  humble  avis,  ces  troupes,  munies  d'armes  d*un 
modèle  arriéré,  auraient  été  insuffisantes  pour  écraser  l'armée 
victorieuse  de  ïso,  ou  tout  au  moins  il  eût  fallu  des  ren- 
forts, des  troupes  mieux  outillées  et  un  assez  long  temps  pour 
obtenir  le  succès. 

Un  placet  avait  été  remis  le  1 5  juin  1880,  par  le  ministre 
d'Angleterre,  au  palais,  pour  solliciter,  au  nom  de  la  Reine, 
de  la  clémence  impériale,  la  grâce  de  Tch'oung-Heou  ;  le  mi- 
nistre de  France  fut  autorisé  à  faire  une  démarche  semblable 
au  nom  du  président  de  la  République  ;  en  conséquence,  le 


GRACE    PnOVISOlRF.    DE    TCu'oUNG-HEOr  2l3 

26  juin,  M.  Bourée,  ministre  de  France,  était  invité  à  se 
rendre  au  Yamen  pour  y  recevoir  confidentiellement  commu- 
nication des  décrets  suivants,  rendus  par  les  impératrices,  en 
réponse  à  la  demande  officielle  de  grâce  dont  elles  étaient 
saisies.  Sur  la  demande  des  ministres  chinois,  M.  Bourée 
télégraphia  à  Paris  que  le  marquis  Ts'êng,  après  avoir  annoncé 
secrètement  aux  cabinets  français  et  anglais  la  grâce  provi- 
soire de  Tch'oung-IIeou,  en  ratifierait  le  sens  à  Saint-Pé- 
Icrsbourg  et  se  prévaudrait  de  cette  satisfaction  donnée  aux 
susceptibilités  russes  pour  demander  la  reprise  des  négocia- 
tions au  sujet  de  l'Ili. 

GRACE    PROVISOIRE    DE    TCh'ol:NG-IIEOU,     26    JUIN     1880 

Le  19°  jour  de  la  5*  lune  de  la  6**  année  du  règne  de  Kouang- 
Siu  (26  juin  1880)  le  Grand  Conseil  de  TEmpire  a  eu  rhonneur 
de  recevoir  le  décret  suivant  : 

Attendu  que  Tch'oung-Heou  n'a  pas  agi  suivant  ses  instruc- 
tions et  qu'il  a  outrepassé  ses  pouvoirs  lors  de  sa  mission  en 
Russie  ;  attendu  d'autre  part  que  le  Traité  qu'il  a  négocié  con- 
tient beaucoup  de  points  qu'on  ne  saurait  approuver  ;  vu  ces 
motifs,  Tch'oung-Heou  a  mérité  la  sentence  qu'a  prononcée  la 
Haute-Cour  appelée  ^à  le  juger,  c'est-à-dire  la  peine  de  la  déca- 
pitation avec  sursis. 

Or,  il  nous  revient  qu'une  opinion  prévaut  d'après  laquelle  la 
condamnation  de  ïch'oung-IIeou,  à  l'cncontre  de  nos  intentions, 
atteindrait  le  gouvernement  russe.  Voici  plus  de  deux  cents  ans 
que  la  Chine  et  la  Russie  entretiennent  des  relations  amicales. 
Notre  plus  sincère  désir  est  qu'elles  ne  cessent  jamais  d'être  ce 
qu'elles  ont  été  dans  le  passé. 

Tch'oung-Hoou  n'a  pas  clairement  exposé  au  Gouvernement 
russe  les  choses  dont  la  concession  était  incompatible  avec  les 
instructions  qu'il  avait  reçues  de  nous  lors  de  son  envoi  à  l'étran- 
ger. S'étant  montré  trop  peu  réserve  dans  ses  négociations,  il  est 
seul  responsable  du  châtiment  qu'il  a  encouru  et  Son  Souverain 
Ta  puni  conformément  aux  statuts  de  l'Empire. 

Ce  fait  d'un  sujet  chinois  jugé  conformément  aux  lois  de  son 
pays  ne  saurait  d'aucune  manière  affecter  le  Gouvernement  Russe. 


."  « 


21 4  i/afi'aïhj:  di:  koildja 

Cependant,  comme  il  se  pourrait  que  ceux  dont  les  rapports 
ont  circulé  ne  se  soient  pas  rendu  un  compte  exact  de  ce  qu'a 
fait  le  Gouvernement  chinois,  comme  d'autre  part  leur  méprise 
pourrait  faire  naître  des  suspicions  qui  ne  manqueraient  pas  de 
compromettre  les  relations  d'amitié  que  nous  entretenons  avec  la 
Russie,  Nous  décidons  que  la  sentence  qui  condamne  Tch'oung- 
Heou  h  la  peine  de  mort  avec  sursis  ne  sera  provisoirement  pas 
exécutée,  mais  que  toutefois  Tch'oung-IIeou  sera  maintenu  en 
prison  jusqu'à  ce  qu'on  sache,  après  l'arrivée  de  ïs'ông  Ki-tseu, 
comment  les  choses  auront  tourné,  Nous  rendrons  alors  un 
nouveau  décret. 

Que  ïs'êng  Ri-lseu,  aussitôt  qu'il  aura  connaissance  du  présent 
document,  fasse  donc  savoir  au  Gouvernement  Russe  que  pour 
le  moment  Tch'oung-Heou  ne  sera  pas  décapité  et  qu'en  cela  se 
trouve  la  preuve  des  sentiments  amicaux  qui  lient  la  Chine  à  la 
Russie. 

Quant  à  ces  négociations,  le  marquis  ïs'èng  devra  les  mener 
à  bonne  fm  dans  le  sens  de  nos  instructions  antérieures. 

Respectez  ceci. 

Le  vendredi  16  juillet,  M.  Dcvéria,  interprète  de  la  léga- 
tion, fut  convoqué  au  Yanien,  où  il  fut  reçu  par  Chen  et 
Wang,  qui  lui  déclarèrent  qu'ils  enverraient  à  Sir  Thomas 
Wade  et  à  M.  Bourée  seuls  un  historique  de  leurs  difficultés 
avec  la  Russie.  Le  Yanien  remit  en  effet,  le  20  juillet  1880, 
le  mémoire  dont  nous  avons  déjà  donné  le  commencement  et 
des  extraits  et  dont  voici  la  fin*  : 

En  résumé.  l'Ili  est  un  territoire  dépendant  du  Céleste  Em- 
pire, la  Russie  l'a  pris  et  gardé  au  lieu  et  place  de  la  Chine. 
Dans  les  entretiens  fréquents  qu'eurent  avec  nous  MM.  Vlan- 
galy  et  de  Butzov,  il  ne  semblait  pas  que  la  Russie  eût  l'inten- 
tion de  s'en  emparer  indûment,  ni  que  la  Chine  eiit  celle  de  ne 
pas  se  montrer  reconnaissante  de  ce  qui  s'était  |)assé. 

Dans  l'accomplissement  de  sa  mission,  Ïch'oung-Heou  n'a 
fidèlement  exécuté  les  ordres  de  la  Cour  ni  dans  les  questions 
de  frontières,  ni  dans  les  questions  commerciales.  De  plus 
ïch'oung-IIeou,    malgré    les    reconmianda lions    réitérées    du 

1.  Voir  p.  176,  187,  192. 


GORDON  a  I  O 

Yamen,  a  tout  conclu  sans  en  référer  à  nous.  Eniin,  il  est 
revenu  à  Pé-King  sans  y  èlre  autorisé.  D'une  part,  la  Cour  lui 
a  témoigné  combien  elle  le  désapprouvait  ;  d*autre  part  elle  a 
envoyé  en  Russie  le  Marquis  de  Ts'êng  pour  reprendre  les  négo- 
ciations du  Traité.  Telle  est  la  garantie  de  bonne  amitié  qu'oflrc 
à  la  Russie  le  Gouvernement  chinois. 

De  peur  que  les  fausses  interprétations  qui  circulent  au  dehors 
sur  notre  conduite  ne  nous  rendent  suspects  à  la  Russie,  la  Cour 
a  voulu  prouver  qu'elle  désirait  le  maintien,  comme  par  le 
liasse,  des  rapports  d'amitié  existant  entre  les  deux  Gouverne- 
ments. A  cet  effet  elle  a  rendu  un  décret  faisant  remise  à 
Tch'oung-Heou  de  sa  peine.  Dans  ce  fait  se  trouve  l'expression 
indubitablement  sincère  des  intentions  de  la  Cour  de  Chinée 

M.  Koyander,  chargé  de  la  légation  de  Russie,  en  rabsencc 
de  M.  de  Butzov,  ne  cessait  de  s'étendre  sur  les  armements 
de  la  Chine,  sur  les  acquisitions  d'engins  perfectionnés  et 
de  munitions  de  toutes  sortes  en  quantité  considérable. 
D'^ailleurs,  en  juillet  1880,  les  Russes  réunissaient  dans  les 
mers  d'Extrême-Orient  une  véritable  armée  navale,  comman- 
dée par  un  amiral  ayant  deux  contre  amiraux  sous  ses  ordres, 
et  se  composant  de  :  quatre  vaisseaux  cuirassés,  trois  croi- 
seurs à  grande  vitesse,  trois  corvettes,  six  canonnières  et 
avisos,  quatre  grands  vapeurs  de  la  marine  volontaire,  plus 
un  nombre  considérable  de  torpilleurs. 

GORDON 

L'alarme  était  extrêmement  grande  en  Chine  ;  Li  Iloung- 
Ichang  résolut  de  faire  appel  aux  lumières  d'un  vieil  ami, 
compagnon  des  heures  difficiles,  Gordon,  le  héros  de  la 
guerre  des  T'ai-P*ing. 

Gordon  était  en  route  pour  Calcutta  où  il  allait  remplir  des 
fonctions  auprès  du  vice-roi  de  l'Inde,  lorsqu'il  reçut  l'invi- 
tation pressante  de  Li  Iloung-tchang  de  venir  à  Tien-Tsin. 

I.   Pour  Iraduclion  conforme,  signe  :  G.  Devéuia. 


3l6  t/aFF4IHK    de    KOrLDJA 

Gordon  accourut  à  l'appel  de  Li,  qui  le  conjura  de  se  rendre 
à  Pé-King  pour  faire  entendre  à  la  cour  la  voix  de  la  vérité. 
Gordon,  se  faisant  précéder  par  de  nombreuses  lettres  por- 
tées par  des  courriers,  arriva  à  Pé-King  le  28  juillet  1880. 
Il  se  mit  immédiatement  en  rapports  directs  avec  les  mi- 
nistres  chinois  et  voici  ce  qu'il  leur  dit  en  substance  : 

«  La  guerre  est  devenue  la  conséquence  fatale  des  fautes  que 
vous  avez  accumulées  depuis  plusieurs  mois.  Elle  est  désormais 
imminente  et  avant  cinquante-six  jours  les  Russes  seront  en  mar- 
che sur  Pé-King  ;  (ces  cinquante-six  jours  se  rapportent  à  la  pé- 
riode de  temps  utiHsable  encore  par  des  troupes,  avant  que  les 
glaces  du  Péi  Ho  ne  soient  venues  rendre  les  opérations  mili- 
taires impossibles).  Il  faut  dès  aujourd'hui,  et  sans  perdre  une 
heure  se  préparer  à  cette  éventualité  en  évacuant  le  Trésor,  les 
archives,  tout  l'appareil  gouvernemental  et  en  transportant 
l'Empereur  dans  une  résidence  de  l'intérieur  où  sa  sécurité  ne 
soit  pas  compromise.  En  môme  temps,  afin  de  ne  pas  encourir 
des  responsabilités  de  la  nature  la  plus  lourde  vis-à-vis  des 
Représentants  des  Puissances  amies,  il  convient  d'aviser  les 
Chefs  de  Missions  établies  à  Pé-King  que  vous  ne  pouvez  plus  ré- 
pondre de  leur  sécurité,  afin  qu'ils  aient  le  temps,  eux  et  leur  per- 
sonnel, aussi  bien  que  les  Agents  fixés  à  Tien-Tsin  de  se  replier 
sur  un  point  choisi,  de  telle  sorte  qu'ils  n'aient  pas  à  craindre  le 
contre-coup  des  désordres  que  la  guerre,  une  guerre  désastreuse, 
entraînera  à  sa  suite.  » 


Gordon  adressa  ensuite  aux  minisires  d'Angleterre  et  de 
France  la  lettre  «  très  confidentielle  »  suivante  : 

Pé-King,  le  39  juillet  1880. 
Excellences, 

Quoique  je  n'ai  aucun  locus  standi  pour  vous  adresser,  j'ai 
l'honneur  de  vous  faire  savoir  que  j'ai  vu  trojs  grands  officiers 
du  Tsoung-li  Yamen  aujourd'hui,  que  ces  ministres  savent  les 
dangers  auxquels  la  Chine  est  exposée  et  que  la  Chine  est  prête 
à  faire  des  concessions  : 

I  °  De  céder  lli  complètement  à  la  Russie  ; 


GORI>OX  317 

2«  De  soumettre  à  l'arbitrage  d'une  puissance  amie  la  somme 
qui  doit  t^tre  payée  pour  les  préparatifs  de  guerre  de  la  Russie  ; 

3**  De  satisfaire  aux  réclamations  de  la  Russie,  en  tant  que  les 
négociants  dudit  j3ays  ont  souflerldu  fait  des  autorités  chinoises; 

4"  D'envoyer  Tcb'oung-Hcou  à  Tien-Tsin  pour  affaire  (un 
prétexte  seulement  pour  le  libérer). 

Serait-il  possible.  Excellences,  d'écrire  une  lettre  dans  tel  sens 
au  Gouvernement  chinois,  qu'il  nous  reconnaîtrait  les  termes 
des  concessions  qu'il  est  prêta  offrir,  et  que  V.V.  E.E.  au  reçu 
de  cette  communication,  soient  à  même  de  transmettre  les  con- 
cessions indiquées  au  Gouvernement  russe,  à  Saint-Pétersbourg. 

Signé  :  Gordon. 

Gordon  s'embarqua  à  Ticn-Tsin  le  11  aoiit  1880,  son  rôle 
étant  terminé  ;  sa  présence,  toutefois,  n'avait  pas  été  inutile 
pour  ouvrir  les  veux  aux  Chinois. 

Ln  télégramme  du  marquis  ïs'êng  acheva  d'éclairer  le  gou- 
vemenient  impérial. 

Los  membres  du  Tsoung-li  Yamen  au  ministre  de  France  en 
Chine. 

Pé-King,  13  août  1880. 

Nous  avons  reçu  du  M'*  Ts'éng  un  télégramme  daté  de  Saint- 
Pélersbourg,  dans  lequel  il  nous  dit  ce  qui  suit  : 

«  Je  m'occupe  en  ce  moment  de  ce  qui  est  relatif  aux  négo- 
ciations et  je  vous  prie  d'intercéder  auprès  de  la  Cour,  en  faveur 
deTch'oung-Heou.  » 

La  Grande  Chancellerie  de  l'Empire  a  reçu  aujourd'hui  com- 
munication d'un  décret  dont  nous  avons  l'honneur  de  vous  cn- 
\oyer  copie. 

Nous  comptons  aller  causer  avec  Votre  Excellence  le  i4  à 
4  heures  ;  nous  espérons  que  vous  pourrez  nous  recevoir. 

\euillez...  *. 


Le  décret,  envoyé  par  le  Yamen,  ordonnait  la  mise  en 
>erté  de  Tch'oi 
rcment  obtenue. 


liberté  de  Tch'oung-IIeou.  La  grâce  entière  était  donc  enliè- 


I.  Pour  traduction  conforme,  signé  :  G.  Devéuia. 


2l8 


L  VFFAIUE    DK    KOL'LDJA 


GR.iCE    DÉriMTlVE    DE    ïCh'oLNG-HEOU,     12    AOUT    1880 

Le  13  août,  la  grande  Chancellerie  de  TEmpire  a  reçu  com- 
munication du  DÉCRET  suivant  : 

Par  un  décret  précédent,  Tch'oung-Hcou  condamné  à  la  peine 
capitale  avec  sursis,  était  provisoirement  gracié,  mais  devait  être 
maintenu  en  prison  ;  ordre  était  donné  à  Ts*ông  Ki-tseu  de  s'oc- 
cuper activement  des  négociations  relatives  au  Traité. 

Le  Tsoung-li  Yamen  vient  de  nous  annoncer  qu'il  a  reçu  un 
télégramme  dans  lequel  fc  M'*  Ts*cng  s'occupant  des  négociations, 
le  supplie  d'intercéder  en  faveur  de  Tch'oung-Heou. 

Nous  ordonnons  que  par  un  effet  extraordinaire  de  notre  clé- 
mence, Ïcli'oung-Heou  soit  mis  en  liberté  et  que  les  administra- 
tions compétentes  soient  informées  de  la  présente  décision. 

Respectez  ceci  * . 

Dès  qu'ils  eurent  appris  la  grâce  définitive  de  Tch'oung 
Heou,  les  ministres  russes  déclarèrent  à  l'envoyé  chinois  que 
rien  ne  s'opposait  plus  à  la  remise  de  ses  lettres  de  créance. 
L'accueil  fait  au  marquis  Ts*êng  fut  courtois  et  aimable  et  le 
tsar  invita  le  diplomate  chinois  à  entamer  avec  le  ministre 
des  Affaires  étrangères  les  négociations  qu'il  avait  mission  de 
suivre  h  Saint-Pétersbourg.  Le  prince  Gortschakov  désigna 
MM.  de  Jomini  et  de  Giers  pour  se  mettre  en  rapportis  avec 
l'ambassadeur  du  Céleste  Empire. 

A  la  grande  consternation  de  Ts'ông,  on  lui  déclara  tout 
d'abord  qu'on  ne  reviendrait  pas  sur  des  points  du  traité  de 
Livadia,  qui*  aux  yeux  des  Russes,  étaient  formellement  et 
définitivement  réglés  ;  qu'au  surplus,  c'était  à  Pé-King  que 
seraient  bientôt  tranchées  les  questions  pendantes  entre  les 
deux  gouvernenienls,  mais  les  sentiments  pacifiques  prédo- 
minèrent; M.  de  Butzov,  qui  allait  partir  pour  Pé-King,  fut 
retenu  à  Saint-Pétersbourg  et  la  Russie,  qui  avait  notifié  à 

I.  Pour  traduction  conforme,  signe  :  G.  Devéria. 


GKVCE    DÉFINITIVE    DE    TCll  OUNG-IIEOU  QIC) 

Ts'èng  que  les  négociations  devaient  être  closes  à  Saint- 
Pétersbourg  avant  le  9  novembre,  recula  ce  terme  jusqu'à  la 
fin  de  décembre. 

La  situation  de  Ts'êng  était  d'ailleurs  rendue  plus  difficile 
encore  par  les  tiraillements  dont  il  était  l'objet  :  Li  Iloung- 
tchang  l'invitait  à  se  hâter  et  à  se  montrer  coulant  dans  les 
détails;  Chen  Kouei-feun  lui'  télégraphiait  le  contraire  et  lui 
mandait  qu'il  n'avait  à  tenir  compte  que  de  ses  avis  à  lui, 
Chen.  Cruelle  énigme  que  ne  pouvaient  aider  Ts'éng  à  ré- 
soudre, Giquel  et  Macartney  qui  se  trouvaient  près  de  lui. 

M.  Bourée  (Pé-King,  i3  août  1880)  écrivait  au  président  du 
Conseil,  Ministre  des  Affaires  étrangères,  M.  de  Freycinet  : 

a  II  me  paraîtrait  très  souhaitable  que  les  bons  offices  de  notre 
ambassade  à  Pétersbourg  vinssent  en  aide  aux  efforts  du  M'** 
Tseng  dans  la  tâche  de  conciliation  et  d*apaiscmcnt  qui  lui  a  été 
confiée. 

Le  conseil  avait  déjii  été  donné  ou  fut  suivi. 

On  ne  fut  pas  peu  surpris  dans  les  légations  de  voir  quel- 
ques jours  après  paraître  dans  la  Gazette  de  PéhiiKj  un 
décret*,  difficile  à  expliquer  dans  les  circonstances. 

Dans  la  situation  critique  où  nous  nous  trouvons,  nous  avions 
à  maintes  reprises  ordonné  aux  membres  du  Conseil  privé  de 
nous  assister  et  d'employer  tous  leurs  efforts  à  prévenir  les  moin- 
dres retards  dans  Texpédilion  des  affaires.  Récemment,  les  mem- 
bres de  ce  Conseil  ont  fait  preuve  de  négligence  dans  la  ma- 
nière dont  ils  se  sont  acquittés  de  ce  devoir  ;  ils  sont  vraiment 
dans  l'impossibilité  d'excuser  leur  conduite  ;  aussi  ordonnons- 
nous  aux  administrations  compétentes  de  statuer  sur  leur  cas. 

Respectez  ceci  '. 

I.  Chen  Kouei-feun,  membre  du  grand  Conseil  et  du  Tsoung-li  Ya- 
men.  Ministre  de  la  guerre,  mort  le  3o  janvier  1881,  veille  du  premier 
jour  de  la  nouvelle  année  chinoise. 

a.   19  août  1880. 

3.  Pour  traduction  conforme,  signe  :  G.  Dkvéria. 


220  i/affairr  de  kouldja 


Quelle  pouvait  être  la  raison  de  ce  décret,  si  inconséquent 
en  apparence,  au  lendemain  de  la  grâce  de  Tch'oung-Heou  ? 
Pourquoi  ce  blâme  aux  membres  du  Conseil  privé  ?  Six  des 
membres  de  cette  assemblée  faisaient  partie  du  Tsoung-li 
Yamen.  Était-ce  donc  une  revanche  du  septième  prince  et  des 
censeurs,  c'est-à-dire  du  parti  ultra-réactionnaire,  contre  la 
politique  libérale  du  prince  Koung  et  de  ses  collègues  ?  Peut- 
être  au  contraire  n'était-ce  qu'une  feinte  de  ce  même  Koung 
pour  se  dérober  de  la  sorte  à  des  négociations  impopulaires 
avec  la  Russie  ? 

Rien  ne  peut  donner  une  meilleure  idée  des  vues  de  l'Al- 
lemagne sur  la  question  que  la  lettre  suivante  adressée  à 
M.  Barthélémy  Saint-Hilaire,  ministre  des  Affaires  étrangères, 
par  notre  ambassadeur  à  Berlin,  le  comte  de  Saint-Vallier 
(il  novembre  1880). 

Au  mois  de  juin  dernier,  votre  prédécesseur,  M.  de  Freycinet, 
m'avait  déjà  invité  à  l'instruire  des  vues  de  la  Chancellerie  im- 
périale sur  le  différend  russo-chinois  ;  j'en  avais  entretenu  le 
Prince  de  llohenlohe  et  le  Prince  de  Bismarck  lui-même  et 
j'avais  pu  constater  chez  eux  une  intention  arrêtée  de  se  tenir 
soigneusement  à  l'écart  de  tout  pourparler  relatif  à  cette  ques- 
tion ;  non  seulement  ils  avaient  formellement  décliné  la  sug- 
gestion anglaise  d'olfrir  aux  deux  parties  les  bons  oflices  de  l'Eu- 
rope, mais  ils  avaient  manifesté  la  pensée  que  toute  tentative 
d'immixtion  de  l'Europe  et  surtout  de  l'Empire  allemand  dans 
ce  débat  aurait  [X)ur  effet  de  blesser  l'orgueil  de  la  Russie,  d'ex- 
citer ses  défiances  et  de  la  pousser  plus  encore  dans  la  voie  des 
résolutions  violentes. 

La  manière  de  voir  du  Cabinet  de  Berlin  est  demeurée  la 
même  depuis  cette  époque  et  le  Comte  de  Limburg-Stirum  m'a 
tenu  hier  un  langage  analogue  à  celui  que  les  Princes  de  Bis- 
marck et  de  llohenlohe  m'avaient  fait  entendre  il  y  a  cinq  mois. 
Le  Ministre  intérimaire  sait,  m*a-t-il  dit,  que,  dans  la  pensée 
du  Chancelier,  les  chances  de  solution  pacifique  seraient  fort 
amoindries  si  l'Allemagne  semblait  s'intéresser  à  la  question  ; 
la  Russie,  qui  n'a  réclamé  les  bons  offices  de  personne,  entend 
traiter  cette  affaire  seule  à  seule  avec  son  voisin  asiatique  comme 


GRACE    DEFINITIVE    DE    TCII  OLNG-IIEOr  331 

un  débat  particulier  absolument  étranger  à  toute  conférence 
européenne  ;  elle  a  fort  mal  accueilli  une  offre  timidement  faite 
par  l'Angleterre  ;  elle  accueillerait  plus  mal  encore  une  sugges- 
tion allemande  ;  une  complète  abstention  est  donc  regardée 
comme  indispensable  par  le  Cabinet  de  Berlin  qui  ne  se  dissimule 
pas  cependant  les  fâcheuses  conséquences  qu'aurait  pour  le  com- 
merce européen  en  général,  pour  le  commerce  allemand  en  par- 
ticulier, une  guerre  entre  la  Russie  et  la  Chine  ;  cette  dernière  a 
déjà  laissé  entendre  qu'elle  délivrerait  des  lettres  de  marque,  ce 
qui  serait  un  grand  danger,  car  des  corsaires  chinois  ne  seraient 
pas  autre  chose  que  des  pirates  qui,  sous  le  prétexte  de  surveil- 
ler les  bâtiments  neutres,  les  pilleraient  et  les  brûleraient  ;  les 
Puissances  européennes,  en  cas  de  guerre  russo-chinoise,  seront 
donc  forcées  d'envoyer  de  nombreux  navires  de  guerre  dans 
l'Océan  Pacifique  afin  d'y  protéger  par  eux-mêmes  leur  com- 
merce. Ce  sera  une  coûteuse  et  regrettable  extrémité,  mais  nous 
n'aurons  pas  d'autre  ressource  à  notre  disposition,  n'ayant  aucun 
moyen  d'empêcher  la  rupture  si  elle  doit  se  produire  entre  les 
deux  plus  grandes  Puissances  de  l'Asie  ;  le  comte  de  Limburg  a 
terminé  en  me  disant  qu'il  y  avait  encore  lieu  d'espérer  que  les 
choses  ne  prendront  pas  cette  tournure  et  qu'il  voit  un  indice 
favorable  dans  la  prorogation  du  Traité  de  Livadia. 

Voici  d'autre  part  ce  qu'écrivait  à  Paris,  le  général  Chanzy, 
nolTe  ambassadeur  à  Saint-Pétersbourg  (i  i  iiov.  1880)  : 

D'après  ce  que  [le  marquis  Ts'êngJ  a  bien  voulu  me  dire,  le 
Tsoung-li  Yaraen  voulant  affirmer  son  désir  de  conciliation,  ad- 
mettrait en  principe  la  notification  du  Traité  de  Livadia.  tout 
en  demandant  qu'on  tint  compte  dans  un  article  additionnel  des 
objections  qu'il  avait  présentées  et  qui,  sans  rien  changer  à  l'es- 
prit ou  à  la  portée  du  Traité,  garantissaient  cependant  des  inté- 
rêts qu'il  ne  pouvait  abandonner.  C'est  évidemment  un  grand 
point  obtenu,  et  qui  ne  peut  que  faciliter  l'arrangement  définitif 
que  les  deux  puissances  paraissent  également  désirer.  Il  semble 
que  la  grande  difficulté  qui  subsiste  encore  soit  la  prétention  de 
la  Russie  de  se  faire  indemniser  d'une  façon  ou  d'une  autre  des 
frais  auxquels  l'ont  entraînée  ses  préparatifs  militaires  aussi 
bien  sur  ses  frontières  que  dans  la  mer  du  Japon. 

Je  viens  de  voir  le  Baron  Jomini  sortant  d'un  long  entretien 


232  L*AFFATnE    DE    KOULDJA 


avec  le  Marquis  Ts'èng.  On  y  avait  surtout  discute  cette  question 
des  indemnités.  «  Les  Puissances  européennes,  aurait  dit  Fam- 
bassadeur  chinois,  ne  réclameront  certainement  pas  à  la  Turquie 
les  frais  de  la  démonstration  navale  dans  l'Adriatique.  Était-il 
plus  juste  pour  la  Russie  de  soulever  une  pareille  prétention  à 
l'endroit  de  la  Chine.  » 

«  L'Europe,  d'après  le  Baron  Jomini,  a  décidé  elle-même  cette 
démonstration  ;  elle  n'y  a  été  amenée  que  par  son  désir  de  hâter 
la  solution  de  l'affaire  du  Monténégro,  et  d'établir  aux  yeux  de 
la  Turquie  sa  résolution  d'assurer  l'exécution  du  traité  de  Ber- 
lin. Elle  n'a  donc  à  demander  à  la  Porte  que  la  solution  des 
questions  encore  pendantes.  Il  n'en  est  pas  de  même  pour  la 
Chine,  qui,  dans  un  conflit  personnel  avec  la  Russie,  a  été  la  pre- 
mière à  provoquer  une  rupture  et  à  donner  l'exemple  d'arme- 
ments, forçant  ainsi  cette  dernière  à  assurer  la  défense  de  ses 
droits  et  de  ses  intérêts,  aussi  bien  que  de  sa  sécurité,  par  des 
préparatifs  constituant  pour  elle  des  sacrifieras  dont  elle  deman- 
dait aujourd'hui  à  être  indemnisée.  » 


CHAPITRE  XII 

L'AFFAIRE  DE  KOULDJA 

(Fin.) 

Enfin  le  marquis  Ts'êng  réussissait  à  signer  à  Saint- 
Pétersbourg  le  12  février  1881  un  traité  qui  rendait  à  la 
Chine  la  plus  grande  partie  du  Pe-Lou,  y  compris  Kouldja 
et  la  passe  de  Mouzarte  et  modifiait  les  règlements  commer- 
ciaux : 

TRAITÉ  DE    SAINT-PÉTERSBOURG,     12    (24)    FÉVRIER    1881  ^ 

Sa  Majesté  rEmpcrcur  et  Autocrate  de  toutes  les  Russies  cl  Sa 
Majesté  rEinpcreur  de  la  Chine,  désirant  régler  quelques  ques- 
tions de  frontière  et  de  comnicrce  touchant  aux  intérêts  des  deux 
Empires,  afin  de  cimenter  les  rapports  d'amitié  entre  les  deux 
pavs,  ont  nommé  pour  leurs  plénipotentiaires,  k-  reflet  d*étahlir 
un  accord  sur  ces  questions  : 

Sa  Majesté  1* Empereur  de  toutes  les  Russies  ; 

Son  secrétaire  d'état  Nicolas  de  Giers,  sénateur,  conseiller 
privé  actuel,  dirigeant  le  Ministère  Impérial  des  Afl*aires  Étran- 
gères, et 

Son  envoyé  extraordinaire  et  ministre   plénipotentiaire  près 

I.  CkinOy  n»  i  (i88a).  —  Despatch  from  Mr.  Wyndharriy  lier 
Majesty's  chargé  d'affaires  at  -St'Petersburgh,  inclosing  copy  of  a 
Treaiy  beiween  Russia  and  China ^  signed  at  Sl-Petersburgh^  Fe- 
bruary  la,  1881  ;  wiih  Documents  relaiingthereto.  Présentée!...,  1883. 
Lond.,  in-fol.  [G. — 3i34].  ^—  Trailé  f3/a4  février  1881.  —  Le  traité 
a  éié  ratifié  à  Pé-king,  le  i5  mai  1881. 


32a  •  L  AFFVIIIE    DK    KOrLDJA 

Sa  Majesté  rEinpcreur  de  la  Chine,  Eugène  de  Butzov,  conseil- 
ler d'état  actuel  ; 

et  Sa  Majesté  l'Empereur  de  la  Chine  : 

Ts'eng,  marquis  de  Neyong,  vice-président  de  la  haute  cour 
de  justice.  Son  envoyé  extraordinaire  et  ministre  plénipoten- 
tiaire près  Sa  Majesté  IT^mpereur  de  toutes  les  Russies,  muni  de 
pouvoirs  spéciaux  pour  signer  le  présent  Traité  en  qualité  d'am- 
bassadeur extraordinaire. 

Les  susdits  plénipotentiaires,  munis  de  pleins  pouvoirs  qui  ont 
été  trouvés  suffisants,  sont  convenus  des  stipulations  suivantes  : 

Article  premier.  —  Sa  Majesté  l'Empereur  de  toutes  les' 
llussies  consent  au  rétablissement  de  l'autorité  du  gouvernement 
chinois  dans  le  pays  d'Ili,  temporairement  occupé,  depuis  1871, 
par  les  armées  russes. 

La  Russie  reste  en  possession  de  la  partie  occidentale  de  ce 
pays,  dans  les  limites  indiquées  à  l'article  7  du  présent  Traité. 

Art.  2.  —  Sa  Majesté  l'F^mpereur  de  la  Chine  s'engage  à 
décréter  les  mesures  propres  à  mettre  les  habitants  du  pays  d*Ili, 
à  quelque  race  et  à  quelque  religion  qu'ils  appartiennent,  à 
l'abri  de  toute  poursuite,  dans  leurs  biens  ou  dans  leurs  per- 
sonnes, pour  actes  commis  durant  ou  après  les  troubles  qui  ont 
eu  lieu  dans  ce  pays. 

Une  proclamation  conforme  à  cet  engagement  sera  adressée 
par  les  autorités  chinoises,  au  nom  de  Sa  Majesté  l'Empereur  de 
la  Chine,  à  la  population  du  pays  d'Ili,  avant  la  remise  de  ce 
pays  aux  dites  autorités. 

Art.  3.  —  Les  habitants  du  pays  d'Ili  seront  libres  de  rester 
sur  les  lieux  de  leur  résidence  actuelle,  comme  sujets  chinois  ou 
d'émigrer  en  Russie  et  d'adopter  la  sujétion  russe.  Us  seront 
appelés  à  se  prononcer  à  ce  sujet  avant  le  rétablissement  de  l'au- 
torité chinoise  dans  le  pays  d'Ili,  et  un  délai  d'un  an,  à  partir 
du  jour  de  la  remise  du  pays  aux  autorités  chinoises,  sera  accordé 
à  ceux  qui  témoigneront  le  désir  d'émigrer  en  Russie.  Les  auto- 
rités chinoises  n'opposeront  aucune  entrave  à  leur  émigration  et 
a  l'exportation  de  leur  propriété  mobilière. 

Art.  II.  —  Les  sujets  russes  possédant  des  terrains  dans  le 
pays  d'Ili  conserveront  leurs  droits  de  propriété,  même  après  le 
rétablissement  de  l'autorité  du  gouvernement  chinois  dans  ce  pays. 

Cette  disposition  n'est  pas  applicable  aux  habitants  du  pays 
d'Ili  qui  adopteront  la  sujétion  russe,  lors  du  rétablissement  de 
l'autorité  chinoise  dans  ce  pays. 


THAÎTÉ    DE    SAIIST-PÉTERSBOURG  335 

Les  sujets  russes  dont  les  terrains  sont  situ^  en  dehors  des 
einplaceinenls  affectés  aux  factoreries  russes,  en  vertu  de  l'ar- 
ticle i3  du  traité  de  Kouldja  de  ï8oi,  devront  acquitter  les 
mêmes  impôts  et  contributions  que  les  sujets  chinois. 

Aai.  5.  —  Les  deux  gouvernements  délégueront  à  Kouldja 
des  commissaires  qui  procéderont  à  la  remise  d'une  part,  et  à  la 
reprise  de  l'autre,  de  l'administration  de  la  province  d'Ui,  et  qui 
seront  chargés,  en  général,  de  l'exécution  des  stipulations  du 
présent  Traité  se  rapportant  au  rétablissement,  dans  ce  pays,  de 
l'autorité  du  gouvernement  chinois. 

Les  dits  commissaires  rempliront  leur  mandat,  en  se  confor- 
mant à  l'entente  qui  sera  établie  quant  au  mode  de  remise  d'une 
part  et  de  reprise  de  l'autre,  de  l'administration  du  pays  d'Ili, 
entre  le  gouverneur-général  du  ïurkestan  et  le  gouverneur-géné- 
ral des  provinces  du  Chen-si  et  du  Kan-Sou,  chargés  par  les 
deux  gouvernements  de  la  haute  direction  de  cette  affaire. 

La  remise  de  l'administration  du  pays  d'Ili  doit  être  terminée 
dans  un  délai  de  trois  mois  ou  plus  tôt,  si  faire  se  peut,  à  dater 
du  jour  de  l'arrivée  à  ïachkent  du  fonctionnaire  qui  sera  délé- 
gué par  le  gouverneur-général  du  Chen-si  et  du  Kan-Sou 
auprès  du  gouverneur-général  du  Turkestan,  pour  lui  notifier  la 
ratification  et  la  promulgation  du  présent  Traité  par  Sa  Majesté 
l'Empereur  de  la  Chine. 

Art.  VL  —  Le  gouvernement  de  Sa  Majesté  l'Empereur  de 
la  Chine  paiera  au  gouvernement  russe  la  somme  de  neuf  mil- 
lions de  roubles  métalliques  destinée  :  à  couvrir  les  frais  occasion- 
nés par  l'occupation  du  pays  d'Ili  par  les  troupes  russes  depuis 
1871,  à  satisfaire  toutes  les  réclamations  pécuniaires  auxquelles 
ont  donné  lieu,  jusqu'aujourd'hui,  les  pertes  que  les  sujets 
russes  ont  subies  dans  leurs  biens  pillés  sur  territoire  chinois,  et 
à  fournir  des  secours  aux  familles  des  sujets  russes  tués  dans  les 
attaques  armées,  dont  ils  ont  été  victimes  sur  territoire  chinois 

La  somme  sus-mention  née  de  neuf  millions  de  roubles  métal- 
liques sera  versée,  dans  le  terme  de  deux  ans  à  partir  du  jour 
de  l'échange  des  ratifications  du  présent  Traité,  suivant  l'ordre 
et  les  conditions  convenus  entre  les  deux  gouvernements  dans  le 
Protocole  spécial  annexé  au  présent  Traité. 

Art.  7.  —  La  partie  occidentale  du  pays  d'Ili  est  incorporée 
à  la  Russie,  pour  servir  de  lieu  d'établissement  aux  habitants  de 
ce  pays  qui  adopteront  la  sujétion  russe,  et  qui,  par  ce  fait, 
auront  dû  abandonner  les  terrains  qu'ils  y  possédaient. 

CoRDiEK.  n.  —     i5 


2  26  l'affaire  dp.  rouldja 

La  frontière  entre  les  possessions  de  la  Russie  et  la  province 
chinoise  d'ili  suivra,  en  partant  des  montagnes  Bédjin-taou,  le 
cours  de  la  rivière  Khorgos,  jusqu'à  l'endroit  où  celle-ci  se  jetl^ 
dans  la  rivière  Ili  et,  traversant  cette  dernière,  se  dirigera  au 
sud,  vers  les  montagnes  Ouzoun-taou,  en  laissant  à  l'ouest  le 
village  de  Koldjat.  A  partir  de  ce  point,  elle  suivra,  en  se  diri- 
geant au  sud,  le  tracé  fixé  par  le  protocole  signé  à  Tchougou- 
tcliak  en  1864. 

Art.  8.  —  Une  partie  de  la  ligne  frontière,  fixée  par  le  pro- 
tocole signé  à  Tchougoutchak  en  1864,  à  Test  du  lac  Zaîsan, 
ayant  été  trouvée  défectueuse,  les  deux  gouvernements  nomme- 
ront des  commissaires  qui  modifieront,  d'un  commun  accord, 
l'ancien  tracé,  de  manière  à  (îcarter  les  défectuosités  signalées  et 
à  établir  une  séparation  cflicaces  entre  les  tribus  Kirgbises  sou- 
mises aux  deux  Empires. 

Il  sera  donné  au  nouveau  tracé,  en  tant  que  possible,  une 
direction  intermédiaire  entre  l'ancienne  frontière  et  une  ligne 
droite  se  dirigeant  des  monts  Kouïtoun  vers  les  monts  Saour, 
en  traversant  le  Tcliern y-Irtych. 

Art.  9.  —  Des  commissaires  seront  nommés  par  les  deux 
parties  contractantes,  pour  procéder  à  la  pose  de  poteaux  de 
démarcation,  tant  sur  le  tracé  Hxé  par  les  articles  précédents  7 
et  8,  que  sur  les  parties  de  la  frontière  où  il  n'a  pas  encore  été 
posé  de  poteaux.  L'époque  et  le  lieu  de  réunion  de  ces  commis- 
saires seront  fixés  par  une  entente  entre  les  deux  gouverne- 
ments. 

Les  deux  gouvernements  nommeront  également  des  commis- 
saires pour  examiner  la  frontière  et  pour  poser  des  poteaux  de 
démarcation  entre  la  province  russe  de  Ferganah  et  la  partie 
occidentale  de  la  province  chinoise  de  Kachgar.  Ces  commis- 
saires prendront  pour  base  de  leurs  travaux  la  frontière  existante. 

Art.  10.  —  Le  droit  reconnu  au  gouvernement  russe,  par 
les  traités,  de  nommer  des  consuls  à  Ili,  à  Tarbagataï,  à  Kachgar 
et  à  Ourga,  est  étendu,  dès  à  présent,  aux  villes  de  Sou-tchéou 
(Kia-yû-Kouan)etde  Tourfan.  Dans  les  villes  suivantes  :  Kobdo. 
Ouliasoutaï,  Hami,  Ouroumtsi  et  Goutchen,  le  gouvernement 
russe  établira  des  consulats  au  fur  et  à  mesure  du  développement 
du  commerce  et  après  entente  avec  le  gouvernement  chinois. 

Les  consuls  de  Sou-tchéou  (Kia-yû-Kouan)  et  de  Tourfan 
exerceront  les  fonctions  consulaires  dans  les  districts  voisins,  où 
les  inlérels  des  sujets  russes  réclameront  leur  présence. 


TRAITÉ    DE    SAINT-PÉTERSBOURG  327 

Les  dispositions  contenues  dans  les  articles  5  et  G  du  traité 
conclu  à  Pé-King.  en  1860»  et  relatives  à  la  concession  de  terrains 
pour  les  maisons  des  consulats,  pour  les  cimetières  et  pour  les 
piturages,  s'appliqueront  également  aux  villes  de  Sou-tchéou 
(Ria->û-Rouan)  et  de  Tourfan.  Les  autorités  locales  aideront 
les  consuls  à  trouver  des  habitations  provisoires  jusqu'au  moment 
où  les  maisons  des  consulats  seront  construites. 

Les  consuls  russes  en  Mongolie  et  dans  les  arrondissements 
situés  sur  les  deux  versants  du  Ti'en-Chan  se  serviront,  pour 
leurs  voyages  et  pour  l'envoi  de  leur  correspondance,  des  insti- 
tutions postales  du  gouvernement,  conformément  aux  stipula- 
lions  de  l'article  1 1  du  traité  de  Tien-ïsin  et  de  l'article  12  du 
traité  de  Pé-King.  Les  autorités  chinoises,  auxquelles  ils  s'adres- 
seront à  ces  fins,  leur  prêteront  aide  et  assistance. 

La  ville  de  Tourfan  n'étant  pas  une  localité  ouverte  au  com- 
merce étranger,  le  droit  d'y  établir  un  consulat  ne  saurait  cMrc 
invoqué  comme  précédent  pour  obtenir  un  droit  analogue  par 
rapport  aux  ports  de  la  Chine,  aux  provinces  intérieures  et  à  la 
Mandchourîe. 

Art.  II.  —  Les  consuls  russes  en  Chine  communiqueront, 
pour  alTaires  de  service,  soit  avec  les  autorités  locales  de  la 
^ille  de  leur  résidence,  soit  avec  les  autorités  supérieures  Je 
l'arrondissement  ou  de  la  province,  suivant  que  les  intérêts  (|ui 
leur  sont  respectivement  confiés,  l'importance  des  affaires  à  traiter 
et  leur  prompte  expédition  l'exigeront.  La  correspondance  entre 
eux  se  fera  sous  forme  de  lettres  officielles.  Quant  aux  règles 
d'étiquette  à  observer  lors  de  leurs  entrevues  et,  en  général, 
dans  leurs  relations,  elles  seront  basées  sur  les  égards  que  se 
doivent  réciproquement  les  fonctionnaires  de  deux  puissances 
amies. 

Toutes  les  affaires  qui  surgiront  sur  territoire  chinois,  au 
sujet  de  transactions  commerciales  ou  autres,  entre  les  ressortis- 
sants des  deux  états,  seront  examinées  et  réglées,  d'un  commun 
accord,  par  les  consuls  et  les  autorités  chinoises. 

Dans  les  litiges  en  matière  de  commerce,  les  deux  parties 
pourront  terminer  leurs  différends  à  l'amiable,  au  moyen  d'ar- 
bitres choisis  de  part  et  d'autre.  Si  l'entente  ne  s'établit  pas  par 
cette  voie,  l'affaire  sera  examinée  et  réglée  par  les  autorités  des 
deux  états. 

Les  engagements  contractés  par  écrit,  entre  sujets  russes  et 
chinois,   relativement   h  des   commandes  de   marchandises,    au 


3q8  l'affaire  de  kouldja 

transport  de  colles-ci,  à  la  location  de  boutiques,  de  maisons  et 
d'autres  emplacements,  ou  relatifs  à  d'autres  transactions  du 
m(Mne  genre,  peuvent  être  présentés  à  la  légalisation  des  consulats 
et  des  administrations  supérieures  locales  qui  sont  tenus  de 
légaliser  les  documents  qui  leur  sont  présentés.  En  cas  de  non- 
exécution  des  engfigenients  contractés,  le  consul  et  les  autorités 
chinoises  aviseront  aux  mesures  capables  d'assurer  l'exécution  de 
ces  obligations. 

Art.  12.  —  Les  sujets  russes  sont  autorisés  à  faire,  comme 
par  le  passé,  le  commerce  en  franchise  de  droits  dans  la  Mongo- 
lie soumise  à  la  Chine,  tant  dans  les  localités  et  les  aïmaks  où  il 
se  trouve  une  administration  chinoise,  que  dans  ceux  où  il  n'en 
existe  point. 

Les  sujeU  russes  jouiront  également  de  la  faculté  de  faire  le 
commerce  en  franchise  de  droits,  dans  les  villes  et  autres  loca- 
lités des  provinces  d'ili,  de  Tarbagataï,  de  Kachgar,  d'Ourounitsi 
et  autres,  situées  sur  les  versants  nord  et  sud  de  la  chaîne  des 
T'ien-Chan,  jusqu'à  la  Grande  Muraille.  Cette  immunité  sera 
abrogée,  lorsque  le  développement  du  commerce  nécessitera 
l'établissement  d'un  tarif  douanier,  conformément  h  une  entente 
à  survenir  entre  les  deux  gouvernements. 

Les  sujets  russes  pourront  importer  dans  les  susdites  provinces 
de  la  Chine,  et  en  exporter,  toute  espèce  de  produits,  de  quelque 
provenance  qu'ils  soient.    Ils  pourront   faire  des  achats  et  des 
ventes,  soit  au  comptant,  soit  par  voie  d'échange  ;  ils  auront  le 
droit  d'effectuer  leurs  paiements  en  marchandises  de  toute  espèce. 
Art.  i3.  —  Dans  les  localités  où  le  gouvernement  russe  aura 
le  droit  d'établir  des  consulats,  ainsi  que  dans  la  ville  de  Kalgan, 
les  sujets  russes  pourront  construire  des  maisons,  des  boutiques, 
des    magasins    et    d'autres    b<^timents,    sur  les    terrains    qu'ils 
acquerront  par  voie  d'achat,  ou  qui  leur  seront  concédés  par  les 
autorités   locales,  conformément  h  ce  qui  a  été  établi  pour  l'Ili 
et  le  Tarbagataï,  par  l'article  i3  du  traité  de  Kouldja  de  i85ï. 
Les  privilèges   accordés  aux  sujets  russes,   dans   la   ville  de 
Kalgan,  où  il  n'y  aura  pas  de  consulat,  constituent  une  excep- 
tion qui  ne  saurait  être  étendue  à  aucune  autre  localité  des  pro- 
\inces  intérieures. 

Art.  i4.  —  Les  négociants  russes  qui  voudront  expédier  de 
llussie,  par  voie  de  t(»rre,  des  marchandises  dans  les  provinces 
intérieures  de  la  Chine,  pourront,  comme  autrefois,  les  diriger 
par  les  villes  de  Kalgan  et  de  Toimg-tchéou,  sur  le  port  de  Tien- 


TRAITÉ    DE    SAIMT-PÉTERSBOURG  ISQ, 

Tsin,  et  de  là.  sur  d'autres  ports  et  marchés  intérieurs,   et  les 
vendre  dans  ces  diflcrentes  localités. 

Les  marchands  se  serviront  de  cette  même  voie  pour  exporter 
en  Russie  des  marchandises  achetées,  tant  dans  les  villes  et  ports 
susnommés,  que  sur  les  marchés  intérieurs. 

Ils  auront  également  le  droit  de  se  rendre,  pour  a  (Ta  ires  de 
commerce,  h  Sou-tchéou  (Kia-yû-Kouan),  point  terminal  des 
caravanes  russes,  et  ils  y  jouiront  de  tous  les  droits  accordés  au 
commerce  russe  à  Tien-Tsin. 

Art.  i5.  —  Le  commerce  par  voie  de  terre,  exercé  par 
Ips  sujets  russes  dans  les  provinces  intérieures  et  extérieures  de 
la  Chine,  sera  régi  par  le  règlement  annexé  au  présent  Traité. 

Les  stipulations  commerciales  du  présent  Traité,  ainsi  que  le 
Règlement  qui  lui  sert  de  complément,  pourront  être  re visés 
après  un  intervalle  de  dix  ans  révolus,  à  partir  du  jour  de 
l'échange  des  ratifications  du  Traité  ;  mais  si,  dans  le  courant  de 
six  mois  avant  l'expiration  de  ce  terme,  aucune  des  parties  con- 
tractantes ne  manifeste  le  désir  de  procéder  à  la  revision,  les 
stipulations  commerciales,  ainsi  que  le  Règlement,  resteront  en 
vigueur  pour  un  nouveau  terme  de  dix  ans. 

Le  commerce  par  voie  de  mer  des  sujets  russes  en  Chine  sera 
soumis  aux  règlements  généraux,  établis  pour  le  commerce 
maritime  étranger  en  Chine. 

S'il  devient  nécessaire  d'apporter  des  modifications  h  ces 
règlements,  les  deux  gouvernements  établiront  une  entente  à  ce 
sujet. 

Abt.  i6.  —  Si  le  développement  du  commerce  russe  par  voie 
de  terre  provoque  la  nécessité  de  l'établissement,  pour  les  mar- 
cliaiidises  d'exportation  et  d'importation  en  Chine,  d'un  tarif 
douanier,  plus  en  rapport,  que  les  tarifs  actuellement  en  vigueur, 
avec  les  ntkessilés  de  ce  commerce,  les  gouvernements  russe  et 
chinois  procéderont  à  une  entente  à  ce  sujet,  en  adoptant,  pour 
base  de  la  fixation  des  droits  d'entrée  et  de  sortie,  le  taux  de 
cinq  pour  cent  de  la  valeur  des  marchandises. 

Jusqu'à  l'établissement  de  ce  tarif,  les  droits  d'exportation, 
prélevés  sur  quelques  espèces  de  thés  de  qualités  inférieures, 
actuellement  imposés  au  taux  établi  pour  le  thé  de  qualité 
supérieure,  seront  diminués  proportionnellement  à  letir  valeur. 
Il  sera  procédé  a  la  fixation  de  ces  droits,  pour  chac(ue  espèce  de 
tlH*.  par  une  entente  entre  le  gouvernement  chinois  et  l'envayé 
de  Russie  à   Pé-Ring,  dans  le  terme  d'un   an,  au  plus  tard,  à 


rechange  des  rslificalions  du  présent  Traité. 
j  divergences  d'opinion  s'élanl  produite?  jus- 
cation  de  l'article   lo  du  traite  conclu  à  Pc- 

cst  établi  par  les  présentes,  que  les  stipula- 
lusdit.  relatives  aux  répétitions  k  exercer,  en 
^tourncment  de  bétail  au  delà  de  la  fronlière, 
*,  interprétées  dans  ce  sens,  que  lors  de  4a 
'idus  coupables  do  vol  ou  de  détournement  de 
ondamnés  à  paver  la  valeur  réelle  du  bétail 
a  restitué.  Il  est  entendu  qu'en  cas  d'insoKa- 
is  coupables  de  vol  de  bétail,  rindemnilc  à 
;tre  mise  a  lu  charge  des  autorités  locales, 
rrontièrcs  des  deux  états  poursuivront,  selon 
es  lois  de  leur  pajs,  les  individus  coupables  de 
de  vol  de  bétail,  et  devront  pn-ndre  les 
endront  d'elles  pour  ta  restitution,  à  qui  de 
étourné  ou  qui  aurait  passé  la  frontière. 
Ëtail  détourné  ou  qui  aurait  passé  la  frontière 
[juées  non-seulement  aux  gardiens  des  postes 
iLssi  aux  anciens  des  villages  les  plus  proches. 
es  stipulations  du  traité  conclu  à  Aïgoun  le 
ernaiit  les  droits  de  sujets  des  deux  empires  de 
)our,  sur  le  Soungari  et  sur  l'Ousouri.  et  de 
;  avec  les  populations  des  localités  riveraines, 
l  confirmées. 

Tnements  procèileront  à  l'établissement  d'une 

it  le  mode  d'application  des  dites  stipulations. 

s  dispositions  des  anciens  traités  entre  la  Itussie 

modifiées  par   le  présent  Traité,  restent  eîi 

présent  Traité,  après  avoir  été  ratidé  yjar  les 
sera  promulgué  dans  chaque  empire,  pour  la 

gouverne  de  chacun.  L'écban^  des  ratilica- 
Saint-Pétcrsbourg.  dans  le  délai  de  six  mois  h 
Je  la  signature  du  Traité. 
;s  articles  ci-dessus,  les  plénipotentiaires  des 
Iraclantcs  ont  signe  et  scellé  de  leurs  sceaux 
du  pix'sent  Traité,  en  langues  ru.sse,  chinoise 
Irois  textes,  dûment  confrontés  et  trouvés  con- 
français  fera  foi  pour  l'interprétation  du  pré- 


PROTOCOLE  23 I 

Fait  à  Saint-Pétersbourg,  le  douze  février  mil  huit-cent 
qua  Ire-vingt-un . 

(Signé  :)  Nicolas  de  Giers. 

(L.  S.)  (Signé  :)  Tseng. 

(Signé  :)  Eugène  Butzov  (L.  S.) 

(L.  S.) 

PROTOCOLE 

En  vertu  de  l'article  6  du  Traite  signé  aujourd'hui  par  les 
plénipotentiaires  des  gouvernements  russe  et  chinois,  le  gouver- 
nement chinois  paiera  au  gouvernement  russe  la  somme  de 
neuf  millions  de  roubles  métalliques,  destinée  à  couvrir  les  frais  de 
l'occupation  d'Iii  par  les  troupes  russes,  et  à  satisfaire  diverses 
réclamations  pécuniaires  des  sujets  russes.  Cette  somme  doit  être 
payée  dans  le  délai  de  deux  ans  à  compter  du  jour  de  l'échange 
des  ratifications  du  Traité. 

Désirant  préciser  le  mode  de  paiement  de  la  somme  précitée, 
les  soussignés  sont  convenus  de  ce  qui  suit  : 

Le  gouvernement  chinois  versera  l'équivalent  de  la  somme  de 
neuf  millions  de  roubles  métalliques  en  livres  sterling,  soit  un 
million  quatre  cent  trente  et  un  mille  six  cent  soixante  quatre  livres 
sterling  deux  shillings,  chez  MM.  Baring  frères  et  C''^  à  Londres, 
en  six  parts  égales  de  deux  cent  trente-huit  mille  six  cent-dix 
livres  sterling  treize  shillings  huit  pence  chacune,  moins  les 
frais  de  banque  d'usage  qui  seront  occasionnés  par  le  transfert 
de  ces  paiements  à  Londres. 

Les  versements  seront  échelonnés  à  quatre  mois  de  distance 
l'un  de  l'autre,  le  premier  devant  être  c^flectué  quatre  mois  après 
l'échange  des  ratifications  du  Traité  signé  aujourd'hui,  et  le  der- 
nier au  terme  de  deux  ans  révolus  après  cet  échange. 

IjC  présent  protocole  aura  la  même  force  et  valeur  que  s'il  était 
insère  mot  à  mot  dans  le  Traité  signé  aujourd'hui. 

En  foi  de  quoi  les  plénipotentiaires  des  deux  gouvernements 
ont  signé  le  présent  Protocole  et  y  ont  apposé  leurs  sceaux. 

Fait  à  Saint-Pétersbourg,  le  douze  février  mil  huit  crnlquatre- 
>iiigt-un. 

(Signé:)  Nicolas  de  Giers. 

(L.  S.)  (Signé  :)  Tseng. 

(*Signé  :)  Eugène  Bctzov.  (L.  S.) 

(L.  S.) 


REGLEUE^T    POUR    LE   COMMERCE    PAR    VOIE   DE    TEHRB 

Article  i".  —  Un  commerce  de  libre  écliongc  cl  en  fraii- 
cliisc  de  droiU.  entre  sujcU  russes  et  chinois,  est  autorisa'  sur  une 
zone  limitrophe  s'étcridant  des  deux  calés  de  la  fronticrc  h  la 
distance  de  cinquante  versles  (œnl  U).  Chacun  dos  deus  gou- 
vernements se  réserve  de  surveiller  ce  commerce  conrormcmcnt 
à  SCS  règlements  fronlicres. 

Art.  3.  —  Les  sujets  russes,  se  rendant  pour  alTairesdc  com- 
merce en  Mongolie  et  dans  les  districts  situés  sur  les  versants 
nord  et  sud  des  T'ien-Clian,  peuvent  franclilr  la  frontière  seule- 
ment en  certains  points,  cnuinérés  dans  la  Liste  annexée  au  pré- 
sent Règlement. 

Us  doivent  èlrc  munis,  par  les  autorilés  russes,  de  permis  en 
langue  russe  et  chinoise,  avec  traduction  mongole  et  latarc.  Le 
nom  du  propriétaire  de  la  marchandise  ou  du  chef  de  la  cara- 
vane, la  spécilleation  des  marchandises,  le  nombre  des  colis  cl 
celui  du  bétail  peuvent  être  indiqués,  en  langue  mongole  ou  la- 
tare,  dans  le  tc.\te  chinois  de  ces  permis. 

A  leur  entrée  sur  territoire  chinois,  les  marchands  sont  tenus 
de  présenter  leurs  permis  au  poste  chinois  le  plus  proche  de  la 
frontière,  où,  après  vérification,  le. permis  devra  être  visé  par  le 
chef  du  poste. 

Les  autorités  chinoises  ont  le  droit  d'arrêter  les  marchands  qui 
auraient  franchi  la  frontière  sans  jx^rmis.  cl  de  lesremetlreentre 
les  mains  des  autorités  russes  les  plus  proches  de  la  frontière,  ou 
au  consul  russecompétenl,  pour  qu'une  punition  sévère  leur  soi) 

En  cas  de  perle  du  permis,  le  propriétaire  est  tenu  d'en  aviser 
le  consul  russe  le  plus  proche,  pour  s'en  faire  délivrer  un  nou- 
veau, et  d'en  informer  les  autorités  locales  pour  ohlenir  un  cer- 
tilicat  temporaire  lui  permettant  de  continuer  sa  route. 

Les  marchandises  imjiortées  en  Mongolie  cl  dans  les  arron- 
dissements situés  sur  les  versants  des  T'ien-chan.  qui  n'y  auraient 
)>oint  été  vendues,  peuvent  étrè.dirigées  sur  les  villes  de  T'ien- 
Tsin  et  de  Sou-lché-ou  (Kia-yii-Kouan),  pour  v  être  vendues, 
ou  pour  être  expédic'-es  plus  loin  en  Chine. 

Pour  le  prélèvement  des  droits'sur  ces  marchandises,  pour  la 
délivrance  des  permis  de  transport  et  pour  les  autres  formalités 


RÈGLEMEINT    POUR    LE    COMMERCE    PAR    VOIE    DE    TERRE  3 33 

de  douane,  il  sera  procédé  conforméinent  aux  dispositions  ci- 
dessous  détaillées. 

Art.  3.  —  Les  marchands  russes  qui  expédient  des  mar- 
chandises de  Kiakhta  et  du  pays  'de  Nertchinsk  à  Tien-Tsin, 
sont  tenus  de  les  faire  passer  par  Kalgan,  Dounba  et  Toun^»- 
tchéou.  La  même  voie  sera  prise  par  les  marchandises  dirigées 
sur  Tien-Tsin,  de  la  frontière  russe,  par  Kobdo  et  Kouëi-houa- 
Ichen. 

Les  marchands  doivent  être  munis  de  permis  de  transport 
délivrés  par  les  autorités  russes,  dûment  visés  par  les  autorités 
chinoises  compétentes,  et  portant  indication,  en  langues  russe  et 
chinoise,  du  nom  du  propriétaire  des  marchandises,  du  nombre 
des  colis  et  du  genre  de  la  marchandise  qu'ils  contiennent. 

Les  fonctionnaires  des  douanes  chinoises  situées  sur  ]a  route 
sui>ie  par  les  marchandises,  procéderont,  sans  retard,  à  la  vérifi- 
cation du  nombre  des  colis  et  à  la  visite  des  marchandises  qu'ils 
{abuseront  passer,  après  avoir  apposé  le  visa  sur  le  permis. 

Les  colis  ouverts  durant  la  visite  douanière  seront  refermés  par 
les  soins  de  la  douane,  qui  marquera  sur  le  permis  le  nombre 
des  colis  ouverts. 

La  visite  douanière  ne  doit  pas  durer  plus  de  deux  heures. 

Les  permis  devront  être  présentés,  dans  un  délai  de  six  mois, 
à  la  douane  de  Tien-Tsin,  pour  être  annulés.  Si  le  propriétaire 
des  marchandises  trouve  ce  délai  insulTîsant,  il  est  tenu  d'en  in- 
former, en  temps  et  lieu,  les  autorités  chinoises. 

En  cas  de  perte  du  permis,  le  marchand  est  tenu  d'en  aviser 
les  autorités  qui  le  lui  ont  délivré,  pour  obtenir  un  duplicata,  et 
de  déclarer  à  cet  effet  le  numéro  et  la  date  du  permis  égaré.  La 
douane  la  plus  proche,  située  sur  sa  route,  après  avoir  constaté 
l'exactitude  de  la  déclaration  du  marchand,  lui  délivre  un  certi- 
ficat provisoire,  avec  lequel  les  marchandises  peuvent  être  diri- 
gées plus  loin. 

Une  déclaration  inexacte  de  la  quantité  des  marchandises,  s'il 
<*sl  prouvé  qu'elle  a  été  faite  avec  l'intention  de  dissimuler  des 
ventes  opérées  en  route,  ou  d'échapper  au  paiement  des  droits, 
entraîne,  pour  le  marchand,  l'application  des  peines  établies  daris 
l'article  8  du  présent  Règlement. 

\rt.  4-  —  Les  marchands  russes  qui  désireraient  vendre  à 
Kalgan  une  partie  quelconque  des  marchandises  importées  de 
Russie,  doivent  en  faire  la  déclaration  à  Fautorité  locale  dans  le 
délai  de  cinq  jours.  Celle-ci,  après  acquittement  par  le  marchand 


234  l'affaire  de  kovldja 

des  droits  d'importation  entiers,  lui  délivre  un  permis  de  vente 
des  marchandises. 

Art.  5.  '■ —  JLes  marchandises  importées  de  Russie  par  voie  de 
terre,  par  les  marchands  russes,  à  Ïien-Tsin,  y  acquitteront  un 
droit  d'importation  équivalent  aux  deux  tiers  des  droits  établis 
par  le  tarif. 

Les  marchandises  importées  de  Russie  à  Sou-tchéou  (Kia-Yû- 
Kouan)  paieront,  dans  cette  ville,  les  mêmes  droits  et  seront 
soumises  aux  mômes  règlements  qu'à  Ticn-Tsin. 

Art.  6.  —  Si  les  marchandises  laissées  à  Kalgan  et  qui  y  ont 
acquitta  les  droits  d'entrée,  n'y  sont  point  vendues,  leur  proprié- 
taire pourra  les  expédier  à  Toung-tchéou,  ou  à  Ïien-Tsin,  et  la 
douane,  sans  percevoir  de  nouveaux  droits,  restituera  au  mar- 
chand un  tiers  du  droit  d'entrée  payé  à  Kalgan,  en  faisant  une 
annotation  correspondante  sur  le  permis  délivré  en  ce  cas  par  la 
douane  de  Kalgan. 

Les  négociants  russes  peuvent  expédier  sur  les  marchés  de 
l'intérieur  les  marchandises  laissées  à  Kalgan  et  qui  y  ont  ac([uitté 
les  droits  d'entrée,  en  se  conformant  aux  conditions  générales 
élablics  jwur  le  commerce  étranger  en  Chine,  après  acquittement 
d'un  droit  de  transit  (i.  e.  la  moitié  des  droits  spécifiés  dans  le 
tarif).  Il  sera  délivré  pour  ces  marchandises  un  permis  de  trans- 
port qui  doit  être  exhibé  à  toutes  les  douanes  et  barrières  situées 
sur  la  route.  Les  marchandises  non  accompagnées  de  ce  permis 
auront  à  acquitter  les  droits  aux  douanes  qu'elles  traverseront  et 
le  likin  aux  barrières. 

Art.  7.  —  Les  marchandises  importées  de  Russie  à  Sou-tchéou 
(Kia-yû-Kouan)  peuvent  être  expédiées  sur  les  marchés  de  l'in- 
térieur, aux  conditions  stipulées  dans  l'article  9  du  présent  Rè- 
glement, pour  les  marchandises  expédiées  de  Ticn-Tsin  en  desti- 
nation des  marchés  de  l'intérieur. 

\rt.  8.  —  S'il  était  constaté,  lors  de  la  visite  douanière  des 
marchandises  importées  de  Russie  à  Tien-Tsin  que  les  marchan- 
dises spécifiées  dans  le  permis  ont  été  retirées  des  colis  et  rem- 
placées par  d'autres,  ou  bien  que  leur  quantité  (déduction  faite 
do  ce  qui  en  aura  clé  laissé  à  Kalgan)  est  inférieure  au  chiffre 
indiqué  dans  le  permis,  toutes  les  marchandises  présentées  à  la 
\isite  seront  conlisquées  par  la  douane. 

Il  est  entendu  que  les  colis  avariés  en  route  et  qui,  par  suite  de 
cela,  auront  subi  un  réemballage,  ne  seront  pas  sujets  à  confis- 
cation, si  toutefois  le  fait  d'avarie  a  été  dûment  déclaré  h  la 


RÈGLEMENT    POUR    LE    COMMERCE    PAR    VOIE    DE    TERRE  3 35 

douane  Ja  plus  proche  et  si  celle  dernière,  après  consla talion  de 
l'élat  intacl  de  la  marchandise  primilivemcnt  expédiée,  a  fail 
une  annotation  correspondante  sur  le  permis. 

ScrORl  sujettes  à  confiscation  les  marchandises  dont  il  sera 
constate  qu'une  partie  a  été  vendue  en  chemin. 

Si  les  marchandises  ont  été  transportées  par  des  voies  détour- 
nées, afin  de  les  soustraire  aux  visites  des  douanes  établies  sur  la 
route  indiquée  à  Tarlicle  3,  le  propriétaire  en  sera  passible  d'une 
amende  ^ale  au  droit  d'importation  entier. 

Si  l'infraction  aux  règlements  susmentionnés  a  été  commise  à 
Finsu  et  sans  la  participation  du  propriétaire  de  la  marchandise, 
par  les  voituriers,  les  douanes,  en  iixant  l'amende,  prendront 
celte  circonstance  en  considération.  Celle  disposition  se  rapporte 
exclusivement  aux  localités  traversées  par  le  commerce  russe  par 
voie  de  terre,  et  ne  saurait  être  appliquée  à  des  cas  analogues 
qui  se  produiraient  dans  les  ports  et  dans  l'intérieur  des  pro- 
vinces. 

£n  cas  de  confiscation  des  marchandises^  le  négociant  a  le  droit 
de  libérer  celles-ci  moyennant  le  versement  d'une  somme  équi- 
valente à  leur  valeur,  dûment  déterminée  par  une  entente  avec 
les  autorités  chinoises. 

Art.  q.  —  A  l'exportation  de  Tien-Tsin,  par  mer,  en  destina- 
lion  de  quelque  autre  port  chinois,  ouvert  par  les  traités  au 
commerce  étranger,  des  marchandises  importées  de  Russie  par 
voie  de  terre,  la  douane  de  Tien-Tsin  prélève  sur  ces  marchan- 
dises un  tiers  des  droits  entiers  lixés  par  le  tarif,  en  sus  des  deux 
tiers  déjà  perçus.  Aucun  droit  ne  sera  prélevé  sur  ces  marchan- 
dises dans  les  autres  ports. 

Les  marchandises  exportées  de  Tien-Tsin,  ou  des  autres  ports, 
en  destination  des  marchés  intérieurs,  seront  frappées  du  droit 
de  transit  (i.  e.  la  moitié  des  droits  spécifiés  dans  le  tarif)  d'après 
les  dispositions  générales  établies  pour  le  commerce  étranger. 

Art.  lo.  — Les  marchandises  chinoises,  exportées  de  Tien-Tsin 
on  Russie  par  les  marchands  russes,  doivent  être  dirigées  sur 
Kalgan  par  la  voie  indiquée  à  l'article  3. 

Il  sera  prélevé  sur  ces  marchandises,  à  leur  sortie,  dos  droits 
d'exportation  entiers.  Toutefois,  les  marchandises  de  réimporta- 
tion achetées  à  Tien-Tsin,  ainsi  que  celles  achetées  dans  un  autre 
port,  et  expédiées,  en  transit,  à  Tien-Tsin,  pour  exportation  en 
Russie,  étant  accompagnées  d'un  reçu  de  la  douane  constatant  le 
paicmenl  des  droits  de  sortie,  n'en  seront  pas  frappées  une  seconde 


336 

fois,  el  le  demi-droit  do  réimportation  (droit  côlier)  versé  à  Tien- 
'Vmn,  sera  restitué  au  marchand,  si  les  marchandises  qui  auront 
acquitté  ce  droit  sont  exportées  en  Russie  dans  le  délai  d'un  an 
aprts  le  versement  de  ce  droit. 

Le  consul  de  Itussie  délivre,  pour  le  trans|>ort  des  marchan- 
dises en  Russie,  un  permis  portant  indication,  en  langues  russe 
et  chinoise,  du  nom  du  propriétaire  de  la  marchandise,  (lu 
nombre  des  colis  et  des  marchandises  qu'ils  contiennent.  Ces 
|icrmis  seront  visés  par  la  douane  du  port  el  devront  aecompa- 
(fiier  les  marchandises,  pour  être  exhibés  lots  de  la  visite  de 
celles-ci  aux  douanes  établies  sur  la  route. 

On  se  conformera  aux  rf'glcs  détaillées  h  l'article  3  quant  au 
délai  dans  lequel  le  permis  doit  élre  présenté  à  la  douane  [x>ur 
être  annulé,  el  |>our  les  cas  de  porte  du  permis. 

Les  marchandises  doivent  suivre  la  voie  indiquée  à  l'article  3 
et  ne  devront  pas  être  vendues  en  roule  ;  l'infraction  à  celle  rê^lp 
entraînera,  pour  le  marchand,  l'application  des  pénalités  indi- 
quée-i  fi  l'arlicle  8.  La  visite  des  marchandises  aux  douanes  situées 
sur  la  route  se  fera  conformément  aux  règles  indiquées  ii  l'ar- 
ticle 3, 

Les  marchandises  chinoises  que  les  marchands  russes  nchtteronl 
à  Sou-tehéon  (Kia-vû-K.ouan)  ou  qu'ils  j  amèneront  des  marchés 
de  l'intérieur  en  destination  de  la  Russie,  auront  à  acquillcr.  k 
leur  exporlation  de  Sou-tchéou  en  Russie,  les  droits  fiiiés  pour 
les  marchandises  exportées  de  Tien-Tsin.  et  seront  soumises  aux 
règlemenUs  établis  pour  ce  port. 

Art,  II,  —  Les  marchandises  achetées  k  Toung-tchéou  auront 
h  aeiiuiller,  à  leur  exportation  en  Russie  par  voie  de  terre,  1rs 
droils  de  sorlie  enliers.  selon  le  tarif. 

Les  marchandises  achetées  à  Kal<;an  ac<|uitlcront  dans  cette 
ville,  à  leur  c\|)Drtation  en  Russie,  un  droit  L^iuivalent  k  la  moi- 
tié des  droits  spécifiés  dans  le  tarif, 

(Jnanl  an\  marchandises  acheté-es  |Mr  les  négociants  russes  sur 
les  marchés  intérieurs  et  im|>ortées  à  Toung-tcliéou  et  kalgan, 
|)oiir  être  exportées  de  là  en  Russie,  elles  seront,  eu  outre,  frappées 
de  droits  de  tr-tiisit.  confornicmenl  aux  refiles  générales  établies 
|iour  le  commerce  étranger  sur  les  marchés  intérieurs. 

Les  douanes  locales  des  villes  ci-dessus  énuméri-es.  après  avoir 
prélevé  les  droits,  délivreront  au  marchand  un  |>c>rmis  |>our  le 
IraiispuL'l  des  marclinndisi-s.  I\>ur  les  marchandises  emportées  de 
Toung-tchéuu,  ce  permis  sera  délivré  par  la  douane  de  Douiiba, 


RÈGLEMENT    POUR    LE    COMMERCE    PAR    VOIE    DE    TERRE  aSy 

à  laquelle  se  feront  la  demande  de  ce  permis,  ainsi  (|iie  le  ver- 
sement des  droits  que  les  marchandises  auront  à  acquitter.  Il 
sera  fait  mention  dans  le  permis  de  la  défense  de  vendre  les  mar- 
chandises en  route. 

Les  règles  détaillées  à  l'article  3,  relatives  aux  permis,  à  la 
visite  des  marchandises,  etc.,  se  rapportent  également  aux  mar- 
chandises exportées  des  localités  énumérées  dans  le  présent 
article. 

Art.  12.  —  Les  marchandises  de  provenance  étrangère  ex- 
portées en  destination  de  la  Russie,  par  voie  de  terre,  de  Tien- 
Tsin,  de  Toung-tchéou,  de  Kalgan  et  de  Sou-tchéou  (Ria-yû- 
Kouan),  n'auront  pas  de  droits  à  acquitter,  si  le  marchand 
produit  un  reçu  de  la  douane  accusant  paiement  des  droits  d'im- 
portation et  de  transit  sur  ces  marchandises.  Si  elles  n'ont  accjuitté 
que  les  droits  d'entrée,  la  douane  compétente  réclamera,  en 
outre,  du  négociant,  le  versement  du  droit  de  transit  fixé  par  le 
tarif. 

Art.  i3.  —  Les  marchandises  importées  en  Chine  par  les 
marchandi^  russes,  ou  exportées  par  eux,  acquitteront  les  droits 
de  douane,  selon  le  tarif  général  établi  pour  le  commerce  étran- 
ger en  Chine,  et  selon  le  tarif  additionnel  établi  en  1862  pour 
le  commerce  russe. 

Les  marchandises  non  énumérées  dans  l'un  ou  l'autre  de  ces 
tarifs  seront  imposées  d'un  droit  de  cinq  pour  cent  ad  valorem. 

Art.  i4-  —  Seront  admis,  en  franchise  de  droits,  à  l'impor- 
tation et  h  l'exportation,  les  articles  suivants  :  L'or  et  l'argent  en 
lingots.  La  monnaie  étrangère.  Les  farines  de  toute  espèce.  Le 
.sagou.  Les  biscuits.  Les  viandes  et  les  légumes  en  conserves.  Le 
Iromage.  Le  beurre.  Les  produits  de  confiserie.  Les  vêtements 
étrangers.  Les  objets  de  joaillerie.  L'argenterie.  Les  parfums  et  les 
savons  de  toute  espèce.  Le  charbon  de  bois.  Le  bois  de  chauflage. 
l^-es  bougies  de  fabrication  étrangère.  Le  tabac  et  les  cigares 
étrangers.  Les  vins.  La  bière.  Les  boissons  spiritueuscs.  Les  pro- 
visions et  ustensiles  de  ménage,  employés  dans  les  maisons  et  sur 
les  na\ires.  Le  bagage  des  voyageui-s.  Les  fournitures  de  chan- 
cellerie. Les  articles  de  tapisserie.  La  coutellerie.  Les  médicaments 
étrangers.  La  verroterie  et  les  objets  en  cristal. 

Les  articles  ci-dessus  énumérés  passeront  en  franchise  de  droits, 
à  leur  entrée  et  h  leur  sortie  par  voie  de  terre  ;  mais  s'ils  sont 
expédiés,  des  villes  et  des  ports  mentionnés  dans  le  présent  Rè- 
glement, sur  les  marchés  intérieurs,  ils  seront  frappés  d'un  droit 


rr,,-- 


2/\0  L  AFFAIRE    DE    KOULDJA 

consuls  de  Russie  et  par  les  autorites  frontières  chinoises.  Ces 
modifications  porteront  sur  Texclusion  de  certains  |K)ints  qui 
seront  reconnus  superflus,  ou  sur  leur  remplacement  par  d'autres, 
plus  nécessaires  au  mouvement  du  commerce  *. 
(Signé  :)  Nicolas  de  Giërs. 

(L.  S.) 

(Signé  :)  Tseng. 
(L.  S.) 
(Signé  :)  Eugène  Butzov. 
(L.  S.) 

Le  traité  signé  par  le  marquis  T'sêng  à  Saint-Pétersbourg 
eut  pour  résultat  de  rendre  la  Chine  arrogante  ;  elle  se  mit  à 
chercher  à  faire  naître  des  complications  ;  le  revirement  des 
Kusses  avait  étonné  les  Chinois;  ils  attribuèrent  à  rinliinî- 
dation  ce  qui  n'était  qu'intérêt  et  longanimité  et,  sans  tran- 
sition, ils  passèrent  de  l'épouvante  et  de  la  panique  à  la 
jactance  la  plus  insensée.  Le  retour  du  bouillant  Tso  à  Pé- 
King,  à  la  fin  de  février  1881 ,  n'était  pas  fait  pour  calmer  les 
esprits  ;  il  fut  reçu  avec  une  grande  solennité.  On  faisait 
courir  le  bruit  que  l'impératrice  régente  allait  mourir  et  l'on 
disait  qu'un  décret  était  préparé  à  l'effet  de  faire  de  Tso 
Tsoung-t'ang  un  vice-empereur  à  côté  du  7'  prince,  régenl 
nominal.  Les  inquiétudes  de  Li  Houng-tchang,  toujours  en 
éveil,  furent  augmentées  en  voyant  grandir  l'influence  de  ce 
nouveau  et  formidable  rival. 

Tso  tenait  de  bruyants  propos  au  Tsoung-li  Yamen  : 

Si  on  voulait  tenir  compte  de  ses  avis,  il  serait  aisé  de  débar- 
rasser la  Chine  de  ces  intrus  malfaisant,  dont  la  présence  cons- 
titue pour  l'Empire  une  difliculté  capitale  et  un  danger.  Il  no 
s'agirait  que  de  le  vouloir  et  de  s'affranchir  de  scrupules  pusilla- 
nimes... La  Chine  est  un  grand  pays  puissant  et  riche  :  il  a  des 
armes  en  quantité  et  des  hommes  plus  qu'il  ne  lui  en  faut  ; 
l'arrangement  avec  la  Russie  a  été  une  lâcheté  ;  il  faut  prendre 
sa  revanche  contre  les  étrangers  d'où  qu'ils  soient  venus  et  en 
finir  une  bonne  fois  avec  eux. 

I.  Voirie  recueil  de  Traités  avec  la  Chine,  publié  en  1889,  à  Saint - 
Pélersbourg,  par  le  Ministère  des  A.ffaircs  étrangères. 


CORDIXB. 


II.    -     l6 


CHAPITRE  XIII 

L'AFFAIRE  DU  TONG-KING  :  HARQDIS  TS'ËHG.  -  LA 
FRANCE  AD  TONG-KING.  -  L'ËTÊQDE  D'ADRAN  ET  GIA- 
LONG.  —  LA  RESTADRATION  ETCHAIGNEAD.  -  CONQUÊTE 
SE  LA  BA3SE-C0CHINCHINE.  —  TRAITÉ  DE  SAIGON,  1862. 
—  EXPLORATION  DU  ME-KONG.  —  JEAN  DUPDIS.  — 
FRANCIS  GARNIER.  —  TRAITÉS  DE  SAIGON,  1874.  —  COM- 
MUNICATION DU  TRAITÉ  A  LA  CHINE. 

A  la  fin  de  1880,  la  France  employait  ses  bons  offices  à 
l'é-Kînget  à  Saint-Pélersbourg  pour  aplanir  les  difficnllés qui 
nvaicnl  surgi,  par  suile  de  l'occupation  prolongée  de  Koiildja 
[>nr  les  troupes  du  tsar,  entre  la  Oiine  et  la  Russie,  lorsque 
le  plénijxitcntiairo  chinois,  le  maixiiiis  Ts'êng,  rédigea  une 
lettre  qui  transformait  la  question  annamite  en  une  question 
chinoise,  longue,  fertile  en  incidents  et  qui  ne  fui  résohie 
[ju'aprèa  une  guen-e,  cofileusc  à  la  fois  pour  la  bourse  des 
'ontribuables  et,  parfois,  pour  l'amour-propre  de  la  France. 
\prî's  de  nombreuses  péripéties,  des  fautes  faciles  !k  éviter, 
l'avantage  nous  est  reslé,  grâce  h  un  homme  politique,  dont 
a  ténacilc  cl  le  patriotisme  clairvoyant  eurent  raison  de  l'hos- 
ilité  que  sa  [jersonne  avait  soulevée  et  de  l'impoputarilé  avec 
aqnelle  son  entreprise  était  regardée  par  la  grande  masiiic  de 
a  nation,  Jules  Ferry,  qui  n  donné  à  la  France  le  Tong-King 
linsi  que  la  Tunisie,  joyaux  de  l'empire  colonial  que  la 
République  a  construit  en  un  quart  de  siècle. 

LETTRE    DU    M\I1QUIS    Ts'ÊNG 

Ï--C  10  novembre  1880,  le  marquis  Ts'éng  adressait  la  lettre 


LETTRE    DU    MARQUIS    Ts'ÉHG  3^3 

suivante  à  M.  Barthélémy  Sainl-Hilaire,  ministre  des  Affaires 
étrangères  : 

Sainl-Pélersbourg,  le  lo  novembre  1880. 

Monsieur  le  Ministre, 

J'ai  l'honneur  d'informer  V.  E.  qu'à  la  suite  des  bruits  qui 
avaient  couru  sur  certaines  causes  de  nature  à  créer  un  conflit 
entre  le  Gouvernement  Français  et  le  Prince  du  Ïong-King,  j'ai 
eu  le  a5  janvier  une  entrevue  avec  M.  de  Freycinet,  au  Minis- 
tèrc  des  Affaires  Étrangères.  Et,  après  avoir  fait  connaître  à 
S.  E.,  lors  de  cet  entretien,  les  liens  de  vassalité  qui  unissent  le 
Tong-King  à  la  Chine,  je  lui  ai  demandé  s'il  y  avait  réellement 
des  causes  de  cette  uature.  S.  E.  a  déclaré  que  de  pareilles  causes 
n'existaient  point  et  oette  assurance  a  pu  calmer  mes  appréhen- 
sions sur  ce  sujet. 

Mais  d'après  des  informations  plus  récentes,  il  parait  que  le 
Gouvernement  Français  aurait  l'intention  d'envoyer  ou  déjà 
expédié  des  troupes  au  Tong-King,  ce  qui  m'a  fait  renaître  des 
appréhensions.  J'ai  donc  l'honneur  de  prier  V.  E.  de  vouloir 
bien  m'informer  si  ces  informations  sont  authentiques  et  si, 
depuis  l'entretien  que  j'ai  eu  avec  M.  de  Freycinet,  les  intentions 
du  Gouvernement  français  ont  subi  quelque  changement. 

J'espère  que  Y.  E.  voudra  bien  me  faire  connaître  comme 
son  prédécesseur  les  vues  de  votre  Gouvernement  relatives  à  la 
question  du  Tong-King,  car  je  n'ai  pas  besoin  de  déclarer  à 
N .  E.  que  le  Gouvernement  Chinois  ne  saurait  regarder  avec 
indifférence  des  opérations  qui  tendraient  à  changer  la  situation 
politique  d'un  pays  limitrophe  comme  le  royaume  du  Tong- 
King,  dont  le  prince  a  reçu  jusqu'à  présent  son  investiture  de 
l'Empereur  de  Chine. 

Comme  je  suis  occupé  à  des  négociations  avec  le  Gouverne- 
ment Russe,  je  n'ai  pu  à  mon  regret  présenter  mes  félicitations 
à  V.  E.  le  jour  de  votre  entrée  au  Ministère.  Dès  que  je  serai 
arrivé  à  un  arrangement  à  Pétersbourg,  je  m'empresserai  de 
>cnir  à  Paris  pour  présenter  mes  devoirs  à  V.  E.  Pour  le  mo- 
ment, je  dois  prier  V.  E.  de  vouloir  bien  me  donner  une  ré- 
ponse à  la  note  que  j'ai  l'honneur  de  lui  adresser. 


LA  FRANCE  AU  TONG-KING 

Il  noua  semble  que  ropinion  publique  avait  au  début  sin- 
gulièrement diminué  l'imporlance  de  notre  action  au  Tong- 
king.  Il  ne  s'agissait  pas  d'une  aventure  surgissant  par  hasard  ; 
il  ne  s'agissait  pas  d'un  projet  appartenant  en  propre  à  un 
ministère,  voire  à  la  République,  mais  bien  d'une  grande 
pensée  conçue  il  y  a  plus  de  cent  ans,  dont  la  réalisation  avait 
élé  retardée  par  suite  d'événements  malheureux,  mais  qui  a 
été  reprise  par  tous  les  régîmes  qui  ont  gouverné  la  France. 
L'idée  d'un  grand  établissement  colonial  sur  la  côte  de  l'Indo- 
Chine,  mise  en  avant  sous  Louis  XVI,  ajournée,  mais  non 
abandonnée  par  Napoléon  I",  ressaisie  sous  Louis  XVIH,  a 
reçu  un  commencement  d'exécution  sous  le  règne  de  Napo- 
léon 111.  La  troisième  République  a  complété  une  œuvre 
à  laquelle  ont  pris  part  aussi  bien  les  conservateurs,  puis- 
que le  traité  de  1874  a  été  négocié  par  les  agents  de 
M.  le  duc  de  Broglie,  que  les  républicains.  Nous  nous 
trouvons  donc  en  présence  d'une  grande  politique  colo- 
niale, propre  non  pas  à  un  groupe,  non  pas  A  un  parti,  mais 
à  la  France  entière:  nous  voudrions  essayer  de  retracer  les 
phases  principales  de  celle  politique  nationale  avant  d'abor- 
der le  récit  des  luttes  et  des  négociations  qui  en  ont  assuré  le 
triomphe. 


La  Compagnie  des  Indes  orientales,  créée  en  i664i  donna 
au  commerce  français,  dans  l 'Extrême-Orient,  un  débouché 
qu'il  n'avait  jmis  eu  jusqu'alors.  Les  Portugais,  les  Hollandais 
et  les  Anglais  nous  avaient  d'ailleurs  devancés.  Dès  i684,  la 
Compagnie  dos  Indes  orientales  envoyait  au  Tong-king  un 
agent  nommé  Le  CbappcHor  qui  trouva  les  habitants  bien 


L\    FRANCE    AU    TONG-UNG  3/|5 

disposés  pour  les  Européens  et  établit  un  comptoir  dans  le 
pays.  Deux  années  plus  lard,  un  autre  agent  de  la  Compa- 
gnie, nommé  Verret,  se  rendit  à  son  tour  en  Cochinchine 
pour  choisir  un  emplacement  favorable  à  la  création  d'un 
comptoir. 

Il  se  décida  pour  Poulo-Condor.  Malheureusement,  la  série 
des  guerres  qui  affligèrent  la  fin  du  règne  de  Louis  XIV  arrêta 
tous  les  projets  d'établissement  qu'avaient  pu  avoir  les  Fran- 
çais. Plus  tard,  les  rapports  de  différents  autres  agents  furent 
également  favorables  à  un  établissement,  soit  à  Poulo-Condor, 
soit  en  un  autre  point  de  la  Cochinchine,  mais  on  peut  con- 
sidérer le  voyage  de  Pierre  Poivre  à  la  Cochinchine  en  17/19 
et  1760  comme  le  vrai  point  de  départ  de  nos  relations  avec 
ce  pays. 

Son  voyage  à  bord  du  Machaidl  est  extrêmement  intéres- 
sant. Poivre  avait  pour  but  d'ouvrir  un  commerce  à  la  Cochin- 
chine, d'y  étabUr  un  comptoir  et  de  se  procurer,  par  la  voie 
de  Manille  ou  des  places  voisines,  des  plants  de  noix  muscade 
et  de  girofle  qui  devaient  être  totis  portés  aux  îles  de  France 
et  de  Bourbon.  Vers  la  même  époque,  un  missionnaire  de  la 
Société  des  Missions  étrangères,  Charles  Thomas  de  Sainl- 
Phalle,  fournissait  à  Dupleix  les  renseignements  les  plus 
précis  sur  le  Tong-King. 

Deux  occasions  d'assurer  d'une  manière  sérieuse  l'influence 
française  dans  Tlndo-Chine  nous  avaient  déjà  été  fournies  :  l'une 
sous  Louis  XIV,  par  le  ministre  du  roi  de  Siam,  Constance 
Phaulkon,  dont  la  chute  et  la  mort,  à  la  révolution  de  1688, 
amena  la  ruine  de  notre  crédit  ;  l'autre  nous  avait  été  indi- 
quée par  Dupleix  qui,  en  1 750-1 762,  cherchait  par  une 
alliance  avec  le  roi  de  Pégou  à  nous  assurer  la  possession  des 
bouches  de  l'Irawadi.  Une  troisième  occasion  allait  nous  être 
fournie  par  une  révolution  qui  éclata  en  1 77^  en  Cochinchine.. 
Un  nommé  Nguyên  van-Nhac  et  ses  frères,  réfugiés  dans  les 
montagnes  Tay-So'n  à  la  suite  d'un  vol,  avaient  réuni  autour 


a 46  l'affaire  du  tong-king 

d'eux  des  bandits  et  des  méconlcnls  à  l'aide  desquels  ils 

levèrent  l'étendard  de  la  révolte, 

l'évëque  d'adhan  et  gia-lokg 

Le  dernier  choaa  (maire  du  Palais)  de  la  Gochinchine, 
Duê-Tong  ou  Hué-vu'o'ng,  avait  éiA  cliassé  de  ses  Étals  et  mis  à 
mort  parles  rebelles Tay-son  en  1776;  son  neveuNguyén-Anh, 
plus  tard  Gîa-long,  réfugié  à  Sflïgon,  s'était  décidé,  sur  le  con- 
seil d'un  missionnaire  français,  PigneaudeBehaine',évêque  in 
partibusd'hdraa,  k  implorer  le  secours  de  la  France  pour  ren- 
trer dans  ses  États.  Il  envoya  le  prélat,  muni  de  pleins  pouvoirs 
ctacconipagnéde  l'héritîerprésomptifdn  trône,  le  prince  Canh, 
h  Pondicbéry,  dont  te  gouverneur,  n'ayant  pas  à  sa  disposition 
de  troupes  pour  faire  une  expédition,  engagea  révèqucd'A.dran 
à  passer  en  France.  Pigneau  de  Béhaine  fut  bien  reçu  à  Ver- 
sailles. On  lui  promit  un  secours  de  i  65o  hommes,  de  l'ar- 
tillerie, des  armes,  quatre  frégates  et  deux  ou  trois  bâtiments 
de  transport  nécessaires  k  l'expédition.  Par  un  traite  signé  à 
Versailles,  le  38  novembre  1787,  le  roi  de  la  Cocliîncbîne 
cédait  à  la  France  la  propriété  absolue  et  la  souveraineté  de 
l'île,  formant  le  port  principal  de  la  Cochinchine,  appelé 
a  Hoï-nan  »  et  par  les  Européens  «  Touron  »,  ainsi  que 
Poulo-Condor,  en  échange  des  secours  que  Louis  XVI  pro- 
mettait d'envoyer. 

TRAITÉ    ENTRE    LE    ROY    ET    LE    ROT    DE    LA    COCHinCHmE 

Ncitïen-Anh,  Roy  de  la  Cochinchine,  ayant  été  dcpotiillé  de 
ses  Étals,  et  se  trouvant  dans  la  nécessité  d'employer  la  force 
des  armes  pour  les  recouvrer,  a   envoyé  en  France  le  Sieur 

PtERRE-JoSEPH-GEORGES    PiGNEAU    DE   BeHAINE,     év£qUC    d'AdraU, 


Pir.NFJHi  RE  BÉHAiHE,  Pierre- Josi-ph- Ceorges.  né  »u  boiirg  d'Ori- 
n  Thiérache (Aitno),  le  a  novembre  17/1I. 


TRAITÉ  E.^TRE   LE  ROT   ET   LE  ROY   DE   LA  COCHtNClIlNE  2^7 

ààns  la  vue  de  réclamer  le  secours  et  Tassistance  de  S.  M.  le 
Roi  T.  C.  ;  cl  Sadite  Majesté  étant  convaincue  de  la  justice  de 
la  cansc  de  ce  Prince,  et  voulant  lui  donner  une  marque  signa- 
lée de  son  amitié  comme  de  son  amour  pour  la  justice»  s'est 
déterminée  à  accueillir  favorablement  la  demande  faite  en  son 
nom.  En  conséquence  Elle  a  autorisé  le  sieur  Comte  de  Mont- 
morin.  Maréchal  de  ses  camps  et  armées.  Chevalier  de  ses  ordres 
el  de  la  Toison  d'or,  son  (Conseiller  en  tous  ses  conseils.  Ministre 
et  Secrétaire  d'Klat  de  ses  commandements  et  finances,  aiant  le 
Déparlement  des  affaires  étrangères,  à  discuter  et  arrêter  avec 
ledit  sieur  évèque  d'.Vdran  la  nature,  l'étendue  et  les  conditions 
des  secours  à  fournir,  et  les  deux  Plénipotentiaires,  après  s'être 
légitimés,  savoir  :  le  Comte  de  Montmorin  en  communiquant 
son  plein  pouvoir,  et  Tévèque  d'Vdran  en  produisant  le  grand 
sceau  du  royaume  de  la  Cochinchine,  ainsi  qu'une  délibération  du 
grand  Conseil  dudit  royaume,  sont  convenus  des  points  et  arti- 
cles suivante  : 

Article  premier.  —  Le  Roy  Très-chrétien  promet  et  s'engage 
de  seconder  de  la  manière  la  plus  efficace  les  eflbrlvS  que  le  Roy 
de  la  Cochinchine  est  résolu  de  faire  pour  rentrer  dans  la  posses- 
sion et  jouissance  de  ses  Ëtats. 

\rt.  2.  —  Pour  cet  elTet  Sa  Majesté  Très-chrétienne  enverra 
incessamment  sur  les  côtes  de  la  Cochinchine  à  ses  frais  quatre 
frégates  avec  un  corps  de  troupes  de  douze  cents  hommes  d'in- 
fanterie, den\  cents  hommes  d'artillerie  et  de  deux  cent  cin- 
quante CaflFres.  Ces  troupes  seront  munies  de  tout  leur  attirail 
de  guerre  cl  nommément  d'une  artillerie  compétente  de  cam- 
pagne. 

Art.  3.  —  Le  Roy  de  la  Cochinchine,  dans  Tatlenle  du  ser- 
vice important  que  le  Roy  Très-chrélien  est  disposé  à  lui  rendre, 
lui  cède  éventuellement  ainsi  qu'à  la  couronne  de  France,  la 
propriété  absolue  et  la  souveraineté  de  l'ile  formant  le  port  prin- 
cipal de  la  Cochinchine  appelé  Hoi-nan  et  par  les  Européens 
Toaron  ;  et  celte  propriété  et  souveraineté  seront  immutablement 
acquises  dès  l'instant  où  les  troupes  françaises  auront  occupé  l'ile 
susmentionnée. 

Art.  4-  —  Il  est  convenu  en  outre  que  le  Roy  Très-chré- 
tien aura  concurremment  avec  celui  de  la  Cochinchine  la  pro- 
priété du  port  susdit  et  que  les  Français  pourront  faire  sur  le 
continent  tous  les  établissements  qu'ils  jugeront  utiles  tant  pour 
leur  navigation  et  leur  commerce,  que  pour  garder  et  caréner 


leurs  vaisseaux  et  pour  en  construire.  Quant  à  la  police  du  po.-t, 
elle  sera  réglée  sur  les  lieux  par  une  convention  particulière. 

Art.  5.  —  Le  Ro^  Très-chrétien  aura  aussi  la  propriété  ^t  la 
souveraineté  de  Pah-Condor. 

Abt.  6,  —  Les  sujets  du  Roj  Très-chrétien  jouiront  d'i«e  en- 
tière liberté  de  commerce  dans  tous  les  Étais  du  Roy  de  la  Co- 
chinchine,  à  l'exclusion  de  toutes  les  autres  nations  euroiécnnes. 
Us  pourront  pour  cet  effet  aller,  venir  et  séjourner  iiirement. 
sans  obstacle  et  sans  payer  aucun  droit  quelconque  pur  leurs 
personnes,  à  condition  toutefois  qu'ils  seront  munis  d'un  passe- 
port  du  commandant  de  l'tlc  de  Hoi-nan.  Ils  pourront  importer 
toutes  les  marchandises  d'Europe  et  des  autres  parties  du  monle. 
à  l'exception  de  celles  qui  seront  défendues  par  les  loisdu  pays  :ils 
pourront  également  emporter  toutes  les  denrées  et  marchandées 
du  païa  et  despaïs  voiains  sans  aucune  exception  ;  ils  ne  paieront 
d'autres  droits  d'entrée  et  de  sortie  que  ceux  qu'acquittent  acti«l- 
lement  les  naturels  du  pals,  et  ces  droits  ne  pourront  être  haus- 
sés en  aucun  cas  et  sous  quelque  dénomination  que  ce  puise 
.  être.  Il  est  convenu,  de  plus,  qu'aucun  bâtiment  étranger,  «mit 
marchand,  soit  de  guerre,  ne  sera  admis  dans  les  Ëtal«  du  Koy 
de  la  Cochinchinc  que  sous  pavillon  français  et  avec  un  passe- 
port français. 

Art.  7.  —  Le  gouvernement  cochinchinois  accordera  aut  su- 
jets du  Rov  Très-chrétien  la  protection  la  plus  cITicace  poar  la 
liberté  et  la  sûreté  tant  de  leurs  personnes  que  de  leurs  effets,  et 
en  cas  de  difficulté  ou  de  contestation,  il  leur  fera  rendre  la 
justice  la  plus  exacte  et  la  plus  prompte. 

Art.  8.  —  Dans -le  cas  ou  le  Roy  Très-chrétien  serait  attaqué 
ou  menacé  par  quelque  puissance  que  ce  puisse  être,  relative- 
ment à  la  jouissance  des  Iles  de  Hoi-nan  et  de  Puh-Condor  et 
dans  le  cas  où  Sa  Majesté  Très-chrétienne  serait  en  guerre  a»ec 
quelque  puissance  soit  européenne,  soit  asiatique,  le  Roy  de  la 
Cochinchine  s'engagea  lui  donner  des  ressources  en  soldats,  ma- 
telots, vivres,  vaisseaux  et  galères.  Ces  secours  seront  fournis 
trois  mois  après  la  réquisition  ;  mais  ils  ne  pourront  pas  être 
emploies  au  delà  des  ties  Molutpies  et  de  la  Sonde  et  du  détroit 
de  Malacca.  Quant  à  leur  entrelien,  il  sera  h  la  charge  du  Sou- 
verain qui  les  fournira. 

Art.  9.  —  En  échange  de  l'engagement  énoncé  dans  l'article 
précédent,  le  Roy  Très-chrétien  s'oblige  d'assister  le  Roy  de  la 
Cochinchine  lorsqu'il  sera  troublé  dans  la  possession  de  ses  Etals. 


I 


TRAITÉ  ENTRE  LE  ROY  ET  LE  ROY  DE  LA  COCHIMCHINE     3/^9 

Ces  secours  seront  proportionnés  à  la  nécessite  des  circonstances» 
cependant  ils  ne  pourront  en  aucun  cas  excéder  ceux  énoncés 
dans  Tarticle  deuxième  du  présent  traité. 

A.RT.  lo.  —  Le  présent  traité  sera  ratifié  par  les  deux  souve- 
rains contractants,  et  les  ratifications  seront  échangées  dans  l'es- 
pace d'un  an  ou  plus  tôt  si  faire  se  peut. 

En  foi  de  quoi.  Nous,  Plénipotentiaires,  avons  signé  le  présent 
traité  et  y  avons  fait  apposer  le  cachet  de  nos  armes. 

Fait  à  Versailles,  le  vingt-huit  novembre  mil  sept  cent  quatre- 
vingts-sept. 

Le  Comte  de  Montm«rin. 

(L.  S.)  •{•  P.  J.  G.,  évéque  d'Adran. 


Article  séparé 

Dans  la  vue  de  prévenir  toutes  difficultés  et  méscn tendus  rela- 
tivement aux  établissements  que  le  Roy  Très-chrétien  est  auto- 
risé à  faire  sur  le  continent  pour  Futilité  de  la  navigation  et  du 
commerce,  il  est  convenu  avec  le  Roy  de  la  Cochinchine  que  ces 
mêmes  établissements  seront  et  appartiendront  en  toute  pro- 
priété à  Sa  Majesté  Très-chrétienne  et  que  la  juridiction,  la  po- 
lice, la  garde  et  tous  actes  d'autorité  sans  exception  s'y  exerceront 
priva tivement  en  son  nom. 

Pour  prévenir  les  abus  auxquels  les  établissements  mentionnés 
ci-dessus  pourraient  donner  lieu,  il  est  convenu  expressément 
que  Ton  n'y  recevra  aucun  Cochinchinois  poursuivi  pour  crime, 
et  que  ceux  qui  pourraient  s'y  être  introduits  seront  extradés  à 
la  première  réquisition  du  gouvernement.  11  est  convenu  égale- 
ment que  tous  les  Français  transfuges  seront  extradés  à  la  pre- 
mière réquisition  du  commandant  de  Hoi-nan  ou  de  celui  de 
Pulo-Condor. 

Le  présent  article  séparé  aura  la  même  force  et  valeur  que  s'il 
était  inséré  mot  à  mot  dans  le  présent  Traité. 

En  foi  de  quoi,  Nous,  Plénipotentiaires,  avons  signé  le  présent 
article  séparé  et  y  avons  fait  apposer  le  cachet  de  nos  armes. 

Fait  à  Versailles,  le  28  novembre  1787. 

Le  comte  de  Montmorin. 
(y»-  S.)  -{-  P.  J.  G.,  évéque  d'Adran. 


'^^ 


25o  l'affaire    du    TOi\G-RING 

DÉCLAnATION    DE    L*ÉVÊQUE    d'AdUAN 

Quoique  dans  la  convention  signée  aujourd'hui,  il  ne  soit  fait 
aucune  mention  des  frais  qu'occasionneront  les  établissements 
que  Sa  Majesté  Très-chrctienne  pourra  former  soit  dans  les  îles 
de  Hoi-nan  et  Pulo-Condor,  soit  sur  le  continent  du  royaume 
de  Gochinchine,  le  soussigné,  en  vertu  de  l'autorisation  dont  il 
est  muni,  déclare  que  le  Roy  de  la  Cochincliinc  prendra  à  sa 
charge,  soit  par  fourniture  en  nature,  soit  en  argent,  d'après  Icîs 
évaluations  qui  en  seront  faites,  les  premiers  frais  de  l'établisse- 
ment à  former  pour  la  sûreté  et  la  protection,  tels  que  fortifica- 
tions, casernes,  hôpitaux,  magasins,  bâtiments  militaires  et 
logement  de  Commandant. 

En  foi  de  quoi  j'ai  signé  la  présente  déclaration  et  y  ai  apposé 
le  cachet  de  mes  armes,  avec  promesse  d'en  procurer  la  ratifica- 
tion de  la  part  du  Roy  de  la  Gochinchine. 

A  Versailles,  le  28  novembre  1787. 

(L.  S.)  -|-  P.  J.  G.,  évoque  d'Adran. 

L'évêque  d'Adran  repassa  à  Pondichéry,  dont  le  gouver- 
neur, l'Irlandais  comte  de  Conway,  devait  commander  l'expé- 
dition projetée.  L'Anglais  John  Barrow  raconte  qu'à  l'arrivée 
du  prélat  dans  la  colonie,  Conway  avait  pour  maîtresse  M"*  de 
Vienne,  la  femme  d'un  de  ses  aides  de  camp.  L'évèque  d'Adran 
lit  des  visites  aux  femmes  des  différents  fonctionnaires  de  Pon- 
dichéry à  l'exception  de  M'"°  de  Vienne  qui,  fort  irritée  d'être 
traitée  de  la  sorte,  fit  retarder  l'envoi  des  troupes  en  Gochin- 
chine. D'autre  part,  ce  qui  est  plus  vraisemblable,  le  gouverneu  r 
était  peu  favorable  à  l'expédition  parce  qu'il  ne  la  considérait 
pas  comme  avantageuse  à  la  France  et  que  les  instructions 
((u'il  avait  reçues  directement  de  France  le  laissaient  juge  de 
la  situation.  Quoi  qu'il  en  soit,  le  traité  de  Versailles  ne  recul 
pas  son  exécution  ;  les  projets  de  l'évèque  avortèrent  et,  an 
lieu  d'im  secours  important  qu'on  lui  avait  promis,  le  prélat 
n'obtint  que  l'escorte  de  la  frégate  la  Méduse,  pour  deux 
navires  de  commerce  armés  et  équipés  à  ses  frais.  Néanmoins, 


LA    RESTAURATION    ET    GHAIGNEAU  35l 

révêque  d'Adran  était  accompagné  d'un  certain  nombre  d'of- 
ficiers français,  dont  le  concours  ne  contribua  pas  peu  à 
permettre  à  Nguyen-Anh  de  remonter  sur  le  trône  de  ses 
pères.  Parmi  ces  officiers  se  trouvaient  quelques  ingénieurs 
distingués  qui  construisirent  les  citadelles  de  Saigon  et  de 
Hanoï  et  fortifièrent  la  rivière  de  Hué.  En  1801,  Nguyen-Anh 
fit  la  conquête  du  Tong-King,  en  27  jours,  et  ayant  ainsi 
réuni  sous  son  sceptre  toute  la  partie  orientale  de  Tlndo- 
Chine,  il  prit  le  nom  de  Gia-Long,  sous  lequel  il  est  plus 
connu  dans  l'histoire.  Ce  prince  témoigna  toujours  la  plus 
grande  bienveillance  aux  Français,  mais  il  exprima  à  diffé- 
rentes reprises  la  satisfaction  que  lui  causait  la  non-exécution 
du  traite  de  Versailles.  Il  redoutait  fort  les  Anglais,  et  il 
craignait  que,  s'il  eût  accordé  à  la  France  les  possessions 
jadis  promises,  il  n'attirât  sur  lui  la  colère  de  la  nation 
puissante,  maîtresse  des  Indes,  qui  méditait  déjà  la  conquête 
de  la  Birmanie. 

La  chute  de  la  royauté,  les  événements  de  la  Révolution,  les 
guerres  de  l'empire  ne  permirent  pas  à  la  France  de  s'oc- 
cuper de  l'Annam.  Ce  n'est  pas  que,  parmi  les  innombrables 
projets  que  forma  Napoléon  il  ne  s'en  trouve  peut-être  pas 
un  relatif  à  ce  royaume,  car  un  mémoire  ayant  été  écrit  le 
2  frimaire  an  X  par  le  citoyen  Cossigny,  pour  faire  ressortir 
rimportance  du  choix  d'un  évêque  en  remplacement  de 
Pigneau  de  Behaine,  mort  le  9  octobre  1799,  Bonaparte, 
alors  premier  consul,  écrivit  en  marge  de  ce  document,  con- 
servé aux  archives  des  colonies  :  «  Renvoyé  au  ministre  de 
la  marine  pour  me  faire  connaître  son  opinion  sur  ce  mé- 
moire. Paris,  le  29  frimaire  an  X.  » 

LA    RESTAURATION    ET    GHAIGNEAU 

Le  gouvernement  de  la  Restauration  reprit  la  tradition 
de  Louis  XVI  et  chercha  à  renouveler  avec   les  pays    de 


303  L  AFFAIRE    DU    TONG-KING 

rExtrême-Orient  les  relations  brisées  brusquement  à  la  fin 
du  siècle  dernier. 

De  la  brillante  pléiade  d'officiers  français  qui,  appelés  par 
révêque  d'Adran,  avaient  aidé  Gia-long  à  remonter  sur  le 
trône  de  ses  pères,  deux  seulement,  au  commencement  de 
la  Restauration,  avaient  survécu  et  étaient  restés  à  la  cour  du 
souverain  qui  leur  devait  son  trône:  Philippe  Vanieret  Jean- 
Baptiste  Chaigneau. 

Chaigneau  «  appartenait,  dit  son  fils*,  à  une  honorable 
famille  de  la  Bretagne.  Son  père,  chevalier  de  Saint-Louis, 
avait  été  capitaine  de  brûlot  et  commandant  de  vaisseau  de 
la  Compagnie  des  Indes.  Un  de  ses  frères,  Etienne,  officier 
de  marine,  embarqué  sur  la  corvette  française  la  Bacchante, 
fut  tué,  le  6  messidor  an  II,  dans4in  combat  contre  la  fré- 
gate anglaise  VEndymion,  Il  avait  encore  en  France  deux 
frères,  qui  ont  occupé,  sous  le  premier  Empire,  des  grades 
élevés  dans  Tarmée  de  terre;  un  beau-frère,  M.  de  Rosières, 
ancien  commissaire  général  ordonnateur  de  la  marine  sous 
l'empereur  Napoléon  P'';  tous  trois  étaient  décorés  de  la  croix 
de  la  Légion  d'honneur.  M.  Chaigneau  avait,  de  plus,  deux 
sœurs,  dont  l'une  était  veuve,  avec  une  fille.  Parmi  ses 
alliés,  il  avait  encore  le  vicomte  de  Chateaubriand,  l'une  des 
illustrations  du  siècle.  » 

Chaigneau  «  s'embarqua*,  à  l'âge  de  douze  ans,  comme 
volontaire,  dans  la  marine  royale,  sur  la  flûte  le  Necker,  qui 
fut  prise  par  le  vaisseau  anglais  le  Petit-Annibal,  Conduit  a 
Sainte-Hélène  comme  prisonnier  de  guerre,  M.  Chaigneau  y 
resta  quelques  mois,  et  fut  ramené  en  France  par  le  parle- 
mentaire le  Petit-Sévère,  de  Nantes.  Il  s'embarqua  de  nouveau 
sur  la  frégate  VArielle,  puis  sur  la  frégate  la  Subtile,   avec 


1.  Souvenirs  de  Hué,  par  Michel  Dù*c  Chaigneau.  Paris,  1867.  in-8. 
p.  228. 

2.  L.  c,  p.  16. 


LA    RESTAURATION    ET    CHAIGNEAU  a 53 

laquelle  il  fit  dans  Tlnde  une  station  de  plus  de  quarante-trois 

mois »   Au  retour  de  cette  station,  Ghaigneau   «  était 

parti  de  France,  en  1791,  sur  le  vaisseau  la  Flavie,  com- 
mandé par  M.  Magon  de  la  Villaumont,  qui  devait  faire  un 
voyage  autour  du  monde,  ayant  pour  but  principal  la  re- 
cherche de  La  Pérouse  ;  mais  par  suite  des  événements  poli- 
tiques, la  Flavie  n^ayant  pu  poursuivTe  son  voyage,  fut 
désarmée  à  Macao.  » 

CVst  de  Macao  que  Ghaigneau  se  rendit  en  Gochinchine 
et  offrit  ses  services  à  Gia-long  qui  les  accepta.  Lorsque 
ce  prince  eut  réuni  sous  un  même  sceptre  la  Gochinchine  et 
le  Tong-king,  Ghaigneau  acheta  à  un  kilomètre  de  Hué  une 
habitation:  il  s'était  marié,  avait  été  élevé  à  la  dignité  de 
grand  mandarin  et  il  paraissait  devoir  terminer  ses  jours 
dans  ce  pays  d\\nnam  où  s'était  passée  la  plus  grande  partie 
de  sa  vie.  quand  le  Duc  de  Richelieu,  ministre  des  Affaires 
étrangères,  lui  adressa  la  lettre  suivante  : 

Paris,  ce  17  septembre  181 7. 

Monsieur,  M.  de  La  Bissachère*  m*a  instruit  des  événements 
qui  vous  ont  conduit  dans  les  Ëtats  de  TEmpercur  de  Cochin- 
cliioc  ainsi  que  de  la  considération  que  vous  avez  obtenue  de  ce 
Prince  par  le  mérite  de  vos  qualités  personnelles  ;  je  sais  en  ou- 
tre que,  demeuré  constamment  dévoué  à  votre  souverain  et  atta- 
ché à  votre  patrie,  vous  ne  désirez  rien  tant  que  l'occasion  de 
faire  preuve  de  ces  sentiments  honorables.  C'est  dans  cette  per- 
suasion que  je  n'hésite  point  à  réclamer  le  concours  de  votre  zèle 
dans  une  conjoncture  où  il  peut  être  utile  à  la  France.  Quelques- 
uns  de  nos  armateurs  ont  fait  ou  se  proposent  de  faire  des  expé- 
ditions, pour  le  Tonquin  et  la  Gochinchine.  Le  gouvernement  a 
encouragé  ces  essais,  surtout  dans  l'espérance  qu'ils  pourraient 
nous  conduire  à  fonder  dans  ces  pays  un  commerce  permanent. 

Vous  pouvez.  M.,  vous  associer  à  ces  vues  bienfaisantes  du  gou- 

I.  Pierre  Jacques  Lemonnierde  la  Bissachère,  missionnaire  au  Tong- 
King,  des  missions  étrangères  de  Paris;  député  au  séminaire  de  Paris  par 
Ja  mission  de  Gochinchine  en  1807;  f  à  Paris,  le  i«''  mars  i83o. 


a5â 

vernemcnl,  d'abord  en  favorisant  de  tous  les  moyens  que  vous 
donne  volrc  position  acluellc  les  premières  entreprises  de  nos 
armateurs,  cl  ensuite  en  m'adressant  les  informations  propres 
h  m'Éclairersur  ce  qu'il  y  a  de  mieux  à  faire  pour  parvenir  au  but 
qu'il  voudrait  atteindre,  c'esl-à-dirc  l'établissement  d'un  com- 
merce régulier  et  permanent  avec  le  pays  où  vous  résidez. 

Ces  informations.  M.,  devraient  présenter  un  exposa  de  la 
situation  du  pays  considérée  spécialemijpt  sous  les  trois  points  de 

I*  Quels  seroient  les  moyens  de  protection  et  de  sûreté  pwir 
notre  commerce  dans  ce  pays,  tels  que  son  gouvernement,  sa 
police,  les  mœurs  des  liabitanis,  leurs  usages  en  fait  de  com- 
merce ? 

3'  Seroit-il  nécessaire  de  lui  donner  une  organisation  particu- 
lière, vu  les  circonstances  propres  au  pays  et  quelle  devroit  être 
cette  organisation  ? 

3°  Quels  sont  les  celianges  qui  peuvent  constituer  un  com- 
merce permanent  soit  en  lesupposanl  direct,  soit  en  le  combinant 
avec  le  commerce  de  l'Inde  et  de  la  Cbinc  ? 

Les  notions  que  nous  avons  sur  ces  pays  sont  trop  incertaines 
pour  que  j'ajoute  aucun  développement  au\  deux  dernières 
questions.  Quant  h  la  première,  vous  n'ignorez  pas.  M.,  qu'il  a 
existé  entre  la  France  et  le  gouvernement  de  Cocbinchine  des 
rapports  assez  intimes  dont  M.  l'ovèquc  d'Adran  a  él^  l'inter- 
médiaire et  qui  dévoient  nous  procurer  les  moyens  de  faire  le 
commerce  de  cette  contrée  avec  avantage  et  sûreté.  Les  événe- 
ments survenus  depuis,  tanl  on  Europe  qu'en  Asie,  ont  changé 
totalement  l'état  des  choses,  et  il  n'y  a  plus  à  penser  aux  arran- 
gements projetés  à  cette  époque,  mais  on  peut  supposer  que 
l'esprit  de  bienveillance  qui  avoil  rapproché  les  deux  gouver- 
nements, a  continué  de  subsister,  et  que  celui  de  Cocbinchine 
nous  a  conservé  des  dispositions  favorables,  il  y  auroil.  M.,  à 
pressentir  ces  dispositions  et  à  reconnu ttrc  jusqu'où  elles  pour- 
roicnt  s'étendre.  Rien  n'empêchera  que  vous  n'entriez  en  expli- 
cation à  ce  sujet  si  votre  position  vous  met  à  mèiue  de  le  faire, 
mais  alors  il  faudrait  considérer  quelles  espèces  de  concessions 
sont  réellement  nécessaires  pour  l'établissement  de  notre  com- 
merce et  borner  les  explications  il  ces  points  en  écartant  toute  vue 
qui  aboutiroit  à  des  intentions  politiques,  attendu  que  le  gou- 
vernement de  S.  M.  ne  se  propose  rien  autre  chose  que  de  faci- 
liter au  commerce  la  nouvelle  voie  qu'il  paroit  vouloir  s'ouvrir. 


LA    RESTAURATION    ET    CHAIGNEAU  255 

Cette  dépêche  vous  sera  remise.  M.,  par  M.  Meiiiolie  qui  di- 
rige une  expédition  faite  par  la  maison  Opperman  Mandrot.  Je 
le  recommande  à  voire  intérêt  particulier. 

M.  Mcniolle  est  neveu  de  M.  l'évêque  d'Adran  ;  les  souvenirs 
honorables  que  son  oncle  a  laissés  en  Cochinchine  doivent  lui 
procurer  dans  ce  pays  un  accueil  plus  favorable  qu'à  toute  autre  ; 
peut-être  cette  circonstance,  bien  ménagée,  est-elle  propre  h 
assurer  le  succès  de  son  entreprise  et  par  suite  des  vues  du  gou- 
vernement. Vous  en  jugerez.  M.,  et  je  vous  invite  h  lui  donner 
dans  cette  intention  tous  les  avis  que  vous  croirez  convenables 
et  qu'il  est  d'ailleurs  très  disposé  à  suivre. 

Recevez,  M.,  etc. 

C'était  le  début  de  nouvelles  relations  avec  TAnnam. 

En  1817,  deux  expéditions  faites  par  des  maisons  de  com- 
merce françaises  ne  furent  pas  très  heureuses,  mais  une  troi- 
sième, composée  des  deux  trois-mâts  le  Larose  et  le  Henri 
réussit  complètement.  La  vue  de  ces  bâtiments  inspira  ou 
raviva  dans  l'âme  de  Gbaigneau  le  désir  de  revoir  son  pays 
natal;  d'ailleurs  le  gouvernement  français  réclamait  son  con- 
cours; il  pensa  que  l'occasion  était  favorable  pour  donner  à 
la  France  les  renseignements  qu'elle  demandait,  et  pour  re- 
voir sa  famille.  Il  obtint,  non  sans  regret,  du  vieux  Gia-long 
un  congé  et  il  s'embarqua  au  mois  de  novembre  1819.  Les 
doaiments  que  j'ai  publiés  ^  disent  quel  fut  le  résultat  de  ce 
voyage.  En  1820,  Gbaigneau  était  nommé  consul. 

a  Louis,  par  la  grâce  de  Dieu,  roi  de  France  et  de  Navarre, 
à  tous  ceux  qui  ces  présentes  lettres  verront,  salut. 

«  Ayant  jugé  convenable  d'établir  un  consul  dans  les  Riais  de 
la  Cochinchine,  pour  veiller  à  la  sûreté  des  personnes  et  des  pro- 
priétés de  ceux  de  nos  sujets  qui  y  feront  le  commerce;  et  étant 
informé  de  l'intelligence,  probité,  zèle  et  fidélité  à  notre  service 
«lu  sieur  J.-B.  Chaigneau,  ofTicier  de  la  marine  et  mandarin  co- 
chinchinois,  qui,  en  outre,  a  une  connaissance  exacte  des  mœurs 


/Consulat  de  France  à  Hué  sous  la  Restauration...  par 
|/>oi*clier.  Paris,  i884,  in-8. 


L  AFFAIRE    DU    TONG-KtNQ 

de  CCS  paja,  par  la  longue  résidence  qu'il  y  a  faite, 
)s  fait  choix  de  sa  personne,  et  noua  l'avons  nommé  et 

et,  par  ces  présentes,  signées  de  notre  main,  nous  le 
i  et  constituons  notre  consul  dans  tous  les  Ëtats  de  la 
ne.  pour,  en  cette  qualité,  exercer  avec  l'autorité  né- 
s  fonctions  attachées  k  cet  olTice,  conformément  aux 

et  ordonnances  du  royaume, 
innons  h  tous  navigateurs,  commerçants  et  autres,  nos 

le  reconnaître  cl  de  lui  obéir  en  tout  ce  qu'il  leur 
era  à  raison  de  ladite  charge  de  consul  dont  ï)  nous  a 

revêtir. 
oi  de  quoi  nous  avons  fait  mettre  notre  sceau  k  ces  pré- 

lé  à  Paris,  le  douzième  jour  du  mois  d'octobre  de  l'an 
mil  huit  cent  vingt,  et  de  notre  règne  le  vingt-sixième. 

leau,  à  son  retour  b  Hué,  trouva  Gîa-long  mort  de- 
que  temps  (a5  janvier  1820).  Son  fils,  Minh-mang, 
as  les  mêmes  idées.  Chaigneau  ne  put  obtenir  de 
I  avantage  pour  la  France  et  il  quitta  Hué  le  i5  no- 
[82^  pour  Saïgon  où  il  tomba  gravement  malade; 
de  cette  ville  le  21  mars  i8a5  pour  aller  s'enibar- 
ingapore  sur  le  brick  le  Courrier  de  la  Paix  qui  le 
m  France.  Le  vice-consulat  de  Eugène-Louis  Chai- 
leveu  de  Chaigneau,  fut  également  éphémère, 
olution  de  Juillet  changea  d'ailleurs  le  cours  de 
litique  coloniale,  et  le  gouvernement  de  Louis- 
n'intervinl  en  Cochinchine  qu'accidentellement, 
sacres  de  missionnaires  ordonnés  par  Minh-Mang 
ai  janvier  iS^i),  remplacé  par  son  (ils  Tbiéu-Tri, 
le  commandant  Favin-Lévêque,  de  VHéroïne  (sS 
M3),  le  contre-amiral Cécilte(i8i4)  et  le  comnian- 
licrre  (i5  avril  18^7)  à  agir  vigoureusement  à  dif- 
reprises;  mais  il  fallait  une  occasion  et  un  prétexte 
is  faire  prendre  pied  définitivement  dans  un  pajsoù 
la  presque  séculaires  élaient  restés  sans  succès. 


•■ 


TRAITÉ    DE    SAIGON,    5    JUIN    l86a  ib'J 

CONQUÊTE    DE    LA    BASSE-COGHINCHINE 

Thieû-Tri,  furieux  de  la  destruction  de  sa  flotte  par  le 
commandant  Lapierre,  était  mort  de  la  fièvre  le  4  novembre 
1847  et  ^^  fi's  Hoang  Nhàm  (Tu-Duc)  lui  succéda. 

Ce  fui  à  Napoléon  III  qu'incomba  la  mission  de  continuer 
Tœuvre  de  Louis  XVI.  Le  16  septembre  i856,  le  comman- 
dant Lelieur  de  Ville-sur- Arce,  sur  le  Catinat,   puis  notre 
consul  à  Chang-Haï,  M.  de  Montigny,  envoyé  extraordinaire 
le  23  janvier  1857,  ne  purent  obtenir  d'être  reçus  h  Hué. 
Un  édit  fut  rendu  le  21  mars  i85i,  pour  mettre  à  mort  les 
prêtres  européens  et  indigènes  ;  Augustin  Schœfiler,  le  1°'  mai 
i85i;  Jean-Louis  Bonnard,  le  i**"  mai  1862,  des  Missions 
étrangères  furent  martyrisés.  Le  20  juillet  1807,    Tévêque 
Jose-Maria  Diaz  était  exécuté  ;  les  persécutions  redoublaient  ; 
le  prétexte  était  bon.  D'autre  part,  les  armements  pour  l'ex- 
pédition de  Chine  nous  fournissaient  l'occasion  et  nous  faci- 
litaient une  action  prompte  en  Cochinchine.  Les  victoires 
des  amiraux  Rigault  de  Genouilly  (Tourane,  i*""  septembre 
i858;  Saigon,  18  février  1869),  Charner  (Ki-Hoa,    25  fé- 
vrier 1861),  Page  (My-Tho),  i3  avril  1861),  Bonard  (Bien- 
Hoa,  9  décembre  186 1),  amenaient  la  conclusion  d'un  traité 
signé  à  Saï'gon  le  5  juin  1862  par  les  représentants  de  l'An- 
nam,  de  la  France  et  de  l'Espagne  notre  alliée,  traité  qui 
nous  assurait  la  possession  des  trois  provinces  méridionales 
de  Gia-Dinh  (Saïgon),  Dinh-Tuong  (My-Tho),  Bien-Hoaet 
de  rUe  de  Poulo-Condor. 

TRAITÉ    DE    SAÏGON,    5    JUIN     1862 

Traité  de  paix  et  d'amitié  conclu  à  Saïgon,  le  5  juin  1862, 
entre  la  France  et  rEspayne,  d'une  part,  et  le  royaume 
d'Annam,  d'autre  part. 

Leurs  Majestés  Napoléon  lll,  Empereur  des   Français,  Isa- 
CoRDiER.  11.  —  17 


TRAITÉ    DE    SÛGON,    5    JUIN     ïSÔî  269 

Art.  3.  —  Les  trois  provinces  complètes  dt  Bien^IIoay  de 
Gia-Dinh  et  de  Dinh-Tuong  (Mytho),  ainsi  que  l'Ile  de  Poulo- 
Condory  sont  cédées  entièrement  par  ce  traité  en  toute  souverai- 
neté à  S.  M.  TEmpereur  des  Français.  En  outre,  les  commer- 
çants Français  pourront  librement  commercer  et  circuler  sur  des 
bâtiments  quels  qu'ils  soient,  dans  le  grand  fleuve  du  Cambodge 
et  dans  tous  les  bras  de  ce  fleuve  ;  il  en  sera  de  même  pour  les 
bâtiments  de  guerre  français  envoyés  en  surveillance  dans  ce 
inéine  fleuve  ou  dans  ses  affluents. 

Art.  4.  —  La  paix  étant  faite,  si  une  nation  étrangère  vou- 
lait, soit  en  usant  de  provocation,  soit  par  un  Traité,  se  faire 
céder  une  partie  du  territoire  annamite,  le  Roi  d'Annam  pré- 
viendra par  un  Envoyé  l'Empereur  des  Français,  afin  de  lui 
soumettre  le  cas  qui  se  présente,  en  laissant  à  l'Empereur  pleine 
liberté  de  venir  en  aide  ou  non  au  Royaume  d'Annam;  mais  si. 
dans  ledit  Traité  avec  la  nation  étrangère,  il  est  question  de 
cession  de  territoire,  cette  cession  ne  pourra  être  sanctionnée 
qu'avec  le  consentement  de  rEm[)ercur  des  Français. 

Art.  5.  —  Les  sujets  de  l'Empire  de  France  et  du  Royaume 
d'Espagne  pourront  librement  commercer  dans  les  trois  ports  de 
Tourane,  de  Balat  et  de  Quang-An.  Les  sujets  annamites  pour- 
ront également  librement  commercer  dans  les  ports  de  France 
et  d'Espagne,  en  se  conformant  toutefois  à  la  règle  des  droits 
établis. 

Si  un  pays  étranger  fait  du  commerce  avec  le  Royaume  d'An- 
nam, les  sujets  de  ce  pays  étranger  ne  pourront  pas  jouir  d'une 
protection  plus  grande  que  ceux  de  France  ou  d'Espagne,  et  si 
cedit  pays  étranger  obtient  un  avantage  dans  le  Royaume  d'An- 
nam, ce  ne  pourra  jamais  être  un  avantage  plus  considérable 
que  ceux  accordés  à  la  France  ou  à  l'Espagne. 

Art.  6.  —  La  paix  étant  faite,  s'il  y  a  à  traiter  quelque  aiTaire 
importante,  les  trois  Souverains  pourront  envoyer  des  représen- 
tants pour  traiter  ces  aflaires  dans  une  des  trois  capitales.  Si, 
sans  affaire  importante,  l'un  des  trois  Souverains  désirait  envoyer 
des  félicitations  aux  autres,  il  pourra  également  envoyer  un 
représentant.  Le  bâtiment  de  l'envoyé  français  ou  espagnol 
mouillera  dans  le  port  de  Tourane,  et  l'envoyé  ira  de  là  à  Hué, 
par  terre  où  il  sera  reçu  par  le  Roi  d'Annam. 

Art.  7.  —  La  paix  étant  faite,  l'iniinilié  disparait  entièrement  ; 
c'est  pourquoi  l'Empereur  des  Français  accorde  une  amnistie 
générale  aux  sujets,  soit  militaires,  soit  civils,  du  Royaume  d'An- 


aôo  l'affaire  du  tong-king 

nam,  compromis  dans  la  guerre,  et  leurs  propriétés  séquestrées 
leur  seront  rendues.  Le  Roi  d'Annam  accorde  également  une 
amnistie  générale  à  ceux  de  ses  sujets  qui  se  sont  soumis  à  l'au> 
torité  Française,  et  son  amnistie  s*étend  sur  eux  et  sur  leurs 
familles. 

Art.  8.  —  Le  Roi  d*Annam  devra  payer  à  titre  d'indemnité, 
dans  un  lajjs  de  dix  ans,  la  somme  de  quatre  millions  de  dollars. 
Quatre  cent  mille  dollars  seront,  en  conséquence,  remis  chaque 
année  au  représentant  de  TEmpcreur  des  Français,  à  Saigon. 
Cette  somme  est  destincn;  h  indemniser  la  France  et  TEspagne 
de  leurs  dépenses  de  guerre.  Les  cent  mille  ligatures  déjà  payées 
seront  déduites  de  celte  somme.  Le  Royaume  d'Annam  n'ayant 
pas  de  dollars,  le  dollar  sera  représenté  par  une  valeur  de 
soixante  et  douze  centièmes  de  taël. 

Art.  9.  —  Si  quelque  brigand,  pirate  ou  fauteur  de  troubles, 
annamite,  commet  quelque  brigandage  ou  désordre  sur  le  terri- 
toire français,  ou  si  quelque  sujet  eurojjéen,  coupable  de  quelque 
délit,  s'enfuit  sur  le  territoire  annamite,  aussitôt  que  l'autorité 
française  aura  donné  connaissance  du  fait  à  l'autorité  annamite, 
celle-ci  devra  faire  ses  efforts  pour  s'emparer  du  coupable,  afin 
de  le  livrer  à  l'autorité  française.  Il  en  sera  de  même  en  ce  qui 
concerne  les  brigands,  pirates  ou  fauteurs  de  troubles  annamites 
qui,  après  s'être  rendus  coupables  de  délits,  s'enfuiraient  sur  le 
territoire  français. 

Art.  10.  —  Les  habitants  des  trois  provinces  de  Vinh-Long, 
cVAn-Gian  et  de  Ila-Tien  pourront  librement  commercer  dans  les 
trois  provinces  françaises,  en  se  soumettant  aux  droits  en  vigueur: 
mais  les  convois  de  troupes,  d'armes,  de  munitions  ou  de  vivres 
entre  les  trois  susdites  provinces  devront  se  faire  exclusivement 
par  mer.  C^lcpendant  l'Empereur  des  Français  permet  à  ces 
convois  d'entrer  dans  le  Cambodge  par  la  passe  de  Mytho  dite 
Cua-Tieû,  à  la  condition  toutefois  que  les  autorités  annamites  en 
préviendront  à  l'avance  le  représentant  de  l'Empereur,  qui  leur 
fera  délivrer  un  laisser-passer.  Si  cette  formalité  était  négligée, 
et  qu'un  envoi  pareil  entrât  sans  un  permis,  ledit  convoi  et  ce 
qui  le  compose  sera  de  bonne  prise,  et  les  objets  saisis  seront 
détruits. 

Art.  II.  —  La  citadelle  de  Vinh-Long  sera  gardée  jusqu'à 
nouvel  ordre  par  les  troupes  françaises,  sans  empêcher  pourtant 
en  aucune  façon  l'action  des  mandarins  annamites.  Cette  cita- 
delle sera  rendue  au  Roi  d'Annam  aussitôt  qu'il  aura  mis  lin  à 


EXPLORATION    DU    ME-RONG  a6l 

la  rébellion  qui  existe  aujourd'hui  par  ses  ordres  dans  les  pro- 
vinces de  Gia-Dinh  el  de  Dinh-Tuong,  et  lorsque  les  chefs  de  ces 
rébellions  seront  partis  et  le  pays  tranquille  et  soumis  comme  il 
convient  à  un  pays  en  paix. 

Art.  12.  —  Ce  Traité  étant  conclu  entre  les  trois  nations,  et 
les  ministres  plénipotentiaires  desdites  trois  nations  Tayant  signé 
Pi  revêtu  de  leurs  sceaux,  ils  en  rendront  compte,  chacun  à  son 
Souverain  ;  et,  à  partir  d'aujourd'hui,  jour  de  la  signature,  dans 
Tintervalle  d'un  an,  les  trois  Souverains  avant  examiné  et  ratifié 
ledit  Traité,  l'échange  des  ratifications  aura  lieu  dans  la  capitale 
du  Royaume  d'Annam. 

En  foi  de  quoi,  les  Plénipotentiaires  respectifs  susnommés  ont 
signé  le  présent  Traite  et  y  ont  apposé  leurs  cachets. 

A  Saigon,  l'an  1863,  le  5  juin. 

Tu-Duc,  i5®  année,  5"  mois,  9*  jour. 
Bo?iARD.  Carlos  Palanca-Gutierres. 

(Cachet  et  signatures  des  plénipotentiaires  annamites.)  ' 

En  même  temps,  un  traité  signé  avec  le  Cambodge  (ratifié 
en  1864)  substituait  notre  protectorat  sur  ce  pays  à  Tin- 
fluence  qu'exerçaient  l'Annam  et  Siam.  Les  intrigues  et  la 
mauvaise  foi  de  Tu-Duc  obligèrent,  en  juin  1867,  l'amiral 
de  la  Grandière  à  annexer  à  nos  possessions  les  trois  provinces 
occidentales  de  la  Basse-Cochinchine  :  VinhLong  (20  juin), 
Chaudoc  (22  juin)  et  Ha-Tien  (24  juin).  Notre  colonie  de 
la  Basse-Cochinchine  était  définitivement  fondée. 


EXPLORATION    DU    ME-KONG 

La  possession  de  Saigon  devait  fatalement  nous  conduire 
à  explorer  le  grand  fleuve  qui  arrose  la  péninsule  indo- 
cbinoise  sous  le  nom  de  Me-Kong  el  le  Sud  de  la  Chine  sous 
le  nom  de  Lan-tsan-kiang.  Francis  Garnier*,  sous  le  pseu- 

I.  Les  ratifications  ont  été  échangées  h  Hué,  le  i^  avril  i863. 
a.  Garnîcr,  Marie-Joseph- François  y  dit  Francis,  né  à  Saint-Etienne, 
le  25  juillet  1839. 


a62  l'affaire  du  tong-king 

donyrae  de  G.  Francis,  avait  lancé  une  brochure  faisant 
ressortir  l'importance  de  cette  grande  voie  déjà  explorée  par 
noire  compatriote  Henri  Mouhot*.  Dès  i865,  le  marquis  de 
Chasseloup-Laubat,  ministre  de  la  marine,  et  président  de 
la  Société  de  Géographie,  annonçait  son  intention  d'orga- 
niser une  mission  scientifique  en  Indo-Chine;  au  mois  de 
décembre  de  la  même  année,  Tamiral  de  la  Grandière  en 
offrait  le  commandement  au  capitaine  de  frégate  Doudarl 
de  Lagrée*.  La  commission  d'exploration  fut  déflnitivement 
constituée  le  i®**  juin  1866.  Le  lieutenant  de  vaisseau  Francis 
Garnier,  inspecteur  des  affaires  indigènes,  en  faisait  partie. 
L'expédition  quitta  Saigon  le  5  juin  1866;  elle  visita  les 
ruines  d'Angkor,  qu'elle  laissait  le  5  juillet  pour  se  rendre  à 
Siem-reap;  le  16  septembre,  elle  était  à  Bassac,  se  rendait 
dans  l'ancienne  capitale  Vieng-chan,  puis  à  Luang  Prabang  ; 
elle  répara  le  tombeau  de  Mouhotet  pénétra  dans  le  Yun-Nan 
après  avoir  constaté  la  non-navigabilité  du  Me-Kong.  On 
sait  que  de  nouveaux  voyages  ont  fait  prévaloir  d'autres 
idées.  Garnier  à  deux  reprises  se  sépara  de  l'expédition 
principale,  descendit  le  Ho-ti  Kiang,  à  partir  de  Yuen- 
Kiang  en  novembre  1867,  jusqu'à  ce  qu'il  fut  arrêté  par  les 
rapides  ;  il  devinait  la  future  route  du  Tong-King.  A  gauche, 
il  se  rendait  à  Ta-li,  capitale  du  sultan  musulman  Tou- 
Wen-sieou'*,  où  Sladen*  l'avait  précédé,  mais  il  fut  obligé 
de  revenir  en  arrière.  La  mission  arrivait  le  16  janvier  1868 
à  Tong-tchouen  ;   c'est  là  que  Lagrée,    épuisé  par   son  long 


1.  Mouhot,  Alexandre- Henri,  no  à  Montbéliard,  le  i5  mai  i8a6; 
mort  à  Luang  Prabang,  octobre  i86i.  Quand  Doudart  de  Lagrée  passa 
dans  celte  ville,  il  fît  élever  un  monument  à  notre  compatriote.  —  Tra- 
vels  in  the  Centrai  Paris  of  Indo-China...  London,  Murray,  i864. 
2  vol,  in-8. 

2.  Doudart  de  Lagrée,  Ernest-Marc- Louis-de-Gonzague,  né  le  3i 
mars  1828,  à  Saint- Vincent-dc-Mercuze,  canton  de  Touvel  (Isère). 

3.  1,  p.  553. 
4-  I,  p.  55o-i. 


JEAN    DUPUIS 


l63 


séjour  au  Cambodge  et  en  Cochinchine,  non  moins  que  par 
le  dur  voyage  qu'il  venait  d^accomplir,  mourut  le  12  mars. 
Garnier  ramena  Texpédition  au  Kiang,  où  il  s'embarqua  ;  il 
arriva  à  Ghang-Haï  le  12  juin  1868,  et  à  Saïgon  le  29  du 
même  mois.  Ainsi  se  termina  ce  voyage  mémorable',  si  con- 
sidérable au  point  de  vue  géographique,  et  qui  devait  avoir 
une  importance  énorme  au  point  de  vue  politique  ^ 


JEAN    DUPUIS 


Si  la  voie  du  Me-Kong  était  momentanément  écartée,  à 
la  suite  de  l'exploration  de  Doudart  de  Lagrée,  le  projet 
d'établir  une  route  du  Yun-Nan  à  la  mer  n'était  pas  aban- 
donné, et  l'idée  de  Francis  Garnier  de  la  chercher  par  le 
fleuve  qu'il  avait  rencontré  à  Yucn-Kiang  était  venue  égale- 
ment à  un  autre  Français  qui  devait  le  premier  la  mettre  à 
exécution:  Jean  Dupuis^. 

Dupuis,  en  1861,  remonta  le  Yang-tseu  avec  l'expédition 
anglaise  chargée  d'ouvrir  au  commerce  étranger  les  trois 
ports  du  fleuve  désignés  par  les  traités  et  il  arriva  à  Han- 
Kéou  le  II  mars  1 861,  où  il  s'établit.  Sur  un  rapport  de  Li 
Han-tchang,  il  fut  autorisé  à  établir  dans  cette  ville  un  dépôt 
d'armes  sous  la  sauvegarde  du  vice-roi  des  deux  Hou;  il 
allait  partir  pour  le  Yun-Nan,  lorsque  la  mission  de  Lagrée, 
décapitée  de  son  chef,  passa  à  Han-Kéou.  Dupuis  partit  de 
ce  |K)rt  le  18  septembre  1868,  se  rendit  à  Si-ngan  et  à  Han- 
Ichong,  dansleChen-Si,  àTchoung-King  dans  le  Se-tch'ouen, 
et  enfin  à  Yun-Nan  fou,  alors  assiégé  par  les  rebelles  mu- 

1.  Voyage  d'exploration  en  Indo-Chine...  publié...  sous  la  direc- 
tion de...  Francis  Garnier.  Paris,  Hachelto,  1873,  2  vol.  in-^. 

—  Explorations  et  missions  de  Doudart  de  Lagrée...  mis  en 
ordre  par  M.  A.-B.  de  Villemereuil.  Paris,  i883,  in-4. 

3.  Henri  Cordier,  Histoire  générale  de  Lavisso  et  Rambaud,  XI,  p. 
754-755. 

3.  Né  à  Saint-Just-la-Pendue  (Loire),  8  décembre  1839. 


L  ArFAIBE    DU    TONC-SING 

ipuis  obtint  des  hauts  fonctionnaires  de  la  pro- 
mmandes  importantes  d'armes  et  rentra  à  Han- 
nai  1869. 

«bre  1870,  Dupuis  quittait  de  nouveau  son  port 
arrivait  à  Yun-Nan-fou  le  3 1  janvier  1871  avec 
'explorer  le  Tong-King.  Il  se  rendit  k  Mong-tscu 
arte  fournie  par  le  maréchal  Ma,  continua  jusqu'à 
f  embarqua  sur  le  Fleuve  Rouge,  passa  à  Lao- 
t  le  chef  des  Pavillons-Noirs,  Lieou  Yen-fou,  et 
(qu'à  l'endroit  où  est  établi  aujourd'hui  le  poste 
où  il  s'assura  que  la  navigation  n'offrait  plus  de 
isqu'à  la  mer.  11  retourna  ensuite  au  Yun-Nan. 
des  autorités  les  pouvoirs  pour  transporter  des 
ers  le  Tong-King  jusqu'à  la  Chine,  pour  écraser 
n  musulmane,  et  pour  ouvrir  la  nouvelle  voie 
:,  en  la  protégeant  contre  les  bandits  et  les  pirates 
es  établis  selon  la  nécessité  des  lieux,  moyennant: 
ine  somme  d'argent;  2"  l'argent  étant  rare  dans 
épuisée  par  la  guerre,  10000  piculs  d'élain  soit 
ogrammcs',  calculés  à  forfait,  sur  le  pied  de 
e  picul.  En  outre,  il  avait  commission  de  vendre 
pte  des  mandarins,  h  valoir  sur  les  frais  de  l'ex- 
000  piculs  de  cuivre.  Dupuis  quitta  Yun-Nan 
lobre   1871,   et  rentra   à  Han-Kéou  te    i5  dé- 

,  ni  Dupuis  ni  Garnier  n'avaient  découvert  la 
uve  Rouge,  car  elle  était  fort  bien  connue  des  Chi- 
missionnaires  d'autrefois.  Si  l'on  jette  les  yeux 
innecartedu  Tong-King,  on  remarquera  un  grand 
uéFou-liangKlang  qui  se  jette  dans  la  mer  par  des 
ibreuscs:  en  remontant  vers  la  Chine,  le  cours 


ri'nes   dr   la  question  du    Tong-Kiu,   par  JeiD  Dupuii 
lel,  1896,  2  vol.  [ri'ia. 


FRANCIS    GARNIER  a65 

d'eau  prend  les  noms  de  Li-houa  Kiang,  Li-houa  t'an  et  Ho-li- 
Kiang.  Le  Fou-liang  Kiang  reçoit  plusieurs  affluents  dont 
Tun  de  droite,  le  Li  sien  Kiang,  qui  prend  le  nom  de  He-ho, 
ou  Hac-ho,  rivière  noire,  l'autre  de  gauche,  le  Tsin-ho,  ri- 
vière claire.  Le  fleuve  du  Tong-King  est  désigné  aujourd'hui 
sous  le  nom  chinois  de  IIoung-Kiang,  rivière  rouge,  et 
annamite  de  S'ong-Koy.  Du  Yun-Nan,  il  y  a  deux  routes 
pour  se  rendre  au  Tong-King,  l'une  par  la  rive  gauche,  l'autre 
par  la  rive  droite  du  fleuve,  celle-ci  grande  et  plate,  tandis 
que  la  première  est  difliciie  à  cause  des  sentiers  étroits  de  la 
montagne.  Les  deux  routes  se  rejoignent  à  Bach-hac-huyèn, 
entre  Houng  hoa  et  Ha-noï. 

FRANCIS    GARNIER 

Au  commencement  de  1872,  le  contre-amiral  Dupré,  alors 
gouverneur  de  la  Basse-Cochinchinc,  demanda  aux  autoril<'s 
annamites  d'envoyer  des  ambassadeurs  à  Saigon,  pour 
donner  des  explications  au  sujet  des  mauvais  traitements 
infligés  aux  chrétiens  et  il  les  menaça,  en  cas  de  refus,  de 
faire  lui-même  par  la  force,  exécuter  le  traité.  Il  fut  averti 
que  deux  ambassadeurs  seraient  bientôt  nommés,  mais  trois 
mois  après,  les  ministres  de  Tu- Duc  annoncèrent  à  l'amiral 
que  le  Surintendant  du  Commerce,  l'un  des  envoyés  choisis, 
était  très  malade  et  que  l'ambassade  serait  reculée  à  cause  de 
ce  fait.  Pressé  de  nouveau  par  l'amiral  Dupré,  le  Gouverne- 
ment annamite  répliqua  enfin  qu'il  avait  choisi  comme  re- 
présentant à  Saigon  un  homme  qui  ne  pourrait  manquer  d'(*trc 
agréable  au  gouverneur,  car  il  n'était  autre  que  le  haut  com- 
missaire royal  Li,  de  Quang-Yen,  qui  avait  eu  déjà  des  rela- 
tions avec  les  autorités  françaises.  Naturellement,  le  déport 
de  Li  fut  aussi  remis. 

D'autre  part,  en  février  1872,  Dupuis  et  son  associe,  Ernest 
Millot,  obtinrent  du  ministre  de  la  marine,  que  l'aviso  à  va- 


266  l'affaire    du    TONG-RING 

peur  Bourayne,  commandant  Senez,  les  protégerait  pour  se 
rendre  au  Tong-King,  d'où  ils  devaient  passer  au  Yun-Nan, 
pour  aller  exécuter  le  marché  qui  leur  avait  été  confié  par  les 
autorités  chinoises.  Dupuis  arriva  à  Yun-Nan  fou  le  16  mars 
1878,  deux  mois  après  que  Ta-li  s'était  rendu  aux  autorités 
impériales;  il  redescendit  à  Hanoï*,  où  pendant  son  absence. 
Millot  avait  eu  des  difficultés  avec  les  Annamites.  Au  mois 
d'août  1873,  Tu-Duc  envoya  deux  agents  à  l'amiral  Dupré 
pour  lui  dire  que  Dupuis  refusait  de  quitter  le  Tong-King  ; 
il  priait  le  Gouverneur  de  la  Cochinchine  d'envoyer  un  na- 
vire de  guerre  pour  aider  les  Annamites  à  expulser  de  leur 
territoire  cet  audacieux  Français. 

Il  est  évident  qu'alors  la  première  idée  de  l'expédition 
dirigée  ensuite  au  Tong-King  avait  été  suggérée  à  l'amiral 
Dupré  et  qu'il  envoya  chercher  Garnier. 

Quel  qu'ait  été  alors  le  but  réel  du  Gouverneur  de  la 
Cochinchine,  le  résultat  semble  en  avoir  été  que,  par  les 
Annamites,  l'expédition  préparée  par  l'amiral  pouvait  être 
considérée  comme  étant  envoyée  à  leur  requête  pour  expulser 
Dupuis  ;  par  Dupuis,  elle  pouvait  être  regardée  comme  une 
aide  tardivd  pour  lui-même. 

L'amiral  Dupré  rappela  de  Chang-Haï,  où  il  revenait  d'une 
exploration  du  haut  Yang-tseu,  Francis  Garnier,  qui  quitta, 
dolinitivement  la  Chine  le  i5  septembre  1873.  L'expédition 
devait  rétablir  Vordre  au  Tong-King,  mais  de  quelle  manière, 
personne  ne  le  savait.  Dupuis  devait-il  être  expulsé  comme 
un  malfaiteur?  devait-on  soutenir  les  Annamites?  devait-on 
au  contraire  s'emparer  d'une  partie  de  leurs  possessions  ? 
chacun  l'ignorait.  L'ordre  devait  être  rétabli.  La  vérité  est 
que  l'amiral  Dupré,  sous  des  apparences  extrêmement  éner- 
giques, était  un  homme  d'un  caractère  irrésolu  et  il  ne  savait 
pas  exactement  ce  qu'il  voulait. 

I.  Il  arriva  le  3o  avril  1873. 


FBANGIS    GARNIER  267 

Nous  ne  raconterons  pas  encore  une  fois  l'épopée  de  celle 
poi^ée  d'hommes  qui  fit,  en  un  mois,  la  conquête  du  Delta 
du  Tong-King.  Gamier  arriva  à  Hanoï  le  5  novembre  1878, 
s'emparait  de  la  citadelle  le  20;  Hai-du'o'ng,  Ninh-binh, 
Nam-dinh,  tombaient  entre  nos  mains  le  4?  le  5,  le  lo  dé- 
cembre. Mais  l'orage  s'amoncelait  derrière  nos  braves  com- 
patriotes ;  les  Pavillons-Noirs,  appelés  par  les  Annamites, 
descendaient  le  Fleuve  Rouge,  et  Garnier  périssait  dans  une 
embuscade,  le  dimanche  21  décembre  1873.  Le  commandant 
Esmez,  qui  remplaçait  Garnier  dans  le  commandement, 
signait  avec  deux  envoyés  de  Tu  Duc,  Tran-dinh-tuc,  et 
Nguyên-trong-hiep,  une  convention  qui  sauvegardait  notre 
situation  et  stipulait  que  les  garnisons  françaises  seraient 
maintenues  dans  les  citadelles  jusqu'à  la  ratification  d'un 
traité  définitif.  Malheureusement,  un  commissaire,  M.  Phi- 
lastre,  était  envoyé  au  Tong-King;  le  6  février  1874,  il 
signait  une  nouvelle  convention,  qui  ordonnait  l'évacuation 
du  Fleuve  Rouge  :  le  drapeau  français,  arraché  et  mis  en 
pièces  à  Hanoï  rendu  aux  Annamites,  Dupuis  expulsé,  le 
seul  souvenir  laissé  des  efforts  de  Garnier  et  de  Dupuis  était 
des  villages  incendiés,  des  chrétiens  matyrisés  et  quarante 
hommes,  à  peine  en  sécurité,  tenant  garnison  à  Haï-phong, 
avec  M.  Rheinart*,  successeur  de  M.  Philastre*. 


I.  Rheinart,  Pierre-Paul^  capitaine  d'infanterie  de  marine,  inspecteur 
des  affaires  indigènes,  ne  le  i®*"  novembre  i8/|0. 

a.  A  Narrative  of  ike  Récent  Events  in  Tong-King^  by  Henri  Cor- 
dicr...  Shanghaï,  1875,  gr.  in-8. 

—  Pétition  adressée  à  MM.  les  Députés.  Mémoire  et  Documents 
à  iappui  de  la  pétition  présentée  à  l'Assemblée  nationale.  Par 
M.  J.  Dupuis.  Paris,  juin  f876,  br.  in-4. 

—  Histoire  de  l'Intervention  française  au  Tong-King  de  1872  à 
1874.  Par  F.  Romanet  du  Gaiilaud.  Paris,  Challaniel,  1880,  in-8. 

—  Les  Français  au  Tonkin,  1 787-1 883,  par  Hippoljle  (iaulicr. 
Paris,  i884t  in- 13. 

—  Henri  Cordier,  Bibliotheca  Sinica^  col.  157-161,  i^QI-i^qS. 


308  L*AFFAIKE    DU    TONG-KING 

Le  i5  mars   1874^    Tamiral  Krantz  signait  à  Saigon  un 
traité  dont  voici  le  texte  : 


TRAITÉ    DE    SAÏGON,     l5    MARS    iSyA 

Traité  de  paix  et  d'alliance  conclu  à  Saigon,  fe  i5  mars  1874. 
entre  la  France  et  le  Royaume  dAnnam\ 

S.  Exe.  le  Président  de  la  République  Française  et  S.  M.  le 
Roi  de  l'Annam.  voulant  unir  leurs  deux  pays  par  les  liens  d'une 
amitié  durable,  ont  résolu  de  conclure  un  traité  de  paix  et  d'al- 
liance remplaçant  celui  du  5  juin  1862,  et  ils  ont  en  consé- 
(juence  nommé  leurs  plénipotentiaires  à  cet  effet,  savoir  : 

S.  Exe.  le  Président  de  la  République  Française;  le  Contre- 
Amiral  DuPRÉ,  gouverneur  et  commandant  en  chef  de  la  Basse- 
Cochinchine,  Grand-Oflîcier  de  l'ordre  national  de  la  Légion 
d'Honneur,  officier  de  l'Instruction  Publique,  etc.,  etc.; 

Et  S.  M.  le  Roi  de  l'Annam  :  Le  Tuan,  Ministre  de  la  Justice, 
premier  Ambassadeur,  et  Nguyen  Van-Tuong,  premier  conseiller 
du  Ministre  des  Rites,  deuxième  Ambassadeur,  qui,  après  com- 
munication de  leurs  pouvoirs  respectifs,  trouvés  en  bonne  et  due 
forme,  sont  convenus  des  articles  suivants  : 

Article  premier.  —  11  y  aura  paix,  amitié  et  alliance  perpé- 
turlles  entre  la  France  et  le  royaume  d'Annam. 

Art.  3.  —  S.  Exe.  le  Président  de  la  République  Française, 
reconnaissant  la  souveraineté  du  Roi  de  l'Annam  et  son  entière 
indépendance  vis-à-vis  de  toute  puissance  étrangère,  quelle  qu'elle 
soil,  lui  promet  aide  et  assistance  et  s'engage  à  lui  donner,  sur 
sa  demande,  et  gratuitement,  l'appui  nécessaire  pour  maintenir 
dans  ses  États  l'ordre  et  la  tranquillité,  pour  le  défendre  contre 
toute  attaque,  et  pour  détruire  la  piraterie  qui  désole  une  partie 
des  côtes  du  royaume. 

Art.  3.  —  En  reconnaissance  de  cette  protection.  Sa  Majesté 
le  Roi  de  l'Annam  s'engage  à  conformer  sa  politique  extérieure 
à  celle  de  la  France  et  à  ne  rien  changer  à  ses  relations  diplo- 
matiques actuelles. 

Cet  engagement  politique  ne  s'étend  pas  aux  traités  de  com- 

I.  Les  ratifications  ont  été  échangées  à  Hué-Saigon,   le  26  août  1875. 


TRAITÉ    DE    SAÎGON,     l5    MARS    1874  269 

merce.  Mais,  dans  aucun  cas.  Sa  Majesté  le  Roi  de  rx\nnam  ne 
pourra  faire  avec  une  nation,  quelle  qu'elle  soit,  de  traité  de 
commerce  en  désaccord  avec  celui  conclu  entre  la  France  et  le 
Royaume  d'Annam,  et  sans  en  avoir  préalablement  informé  le 
Gouvernement  Français. 

Art.  4-  —  S.  Exe.  le  Président  de  la  République  Française 
s'engage  à  faire  à  Sa  Majesté  le  Roi  d'Annam  don  gratuit  : 

I®  De  cinq  bâtiments  à  vapeur  d'une  force  réunie  de  cinq 
cents  chevaux,  en  parfait  état,  ainsi  que  leurs  chaudières  et  ma- 
chines, armés  et  équipés,  conformément  aux  prescriptions  du 
règlement  d'armement; 

3®  De  cent  canons  de  sept  à  seize  centimètres  de  diamètre  ap- 
provisionnés à  deux  cents  coups  par  pièce  ; 

3*  De  mille  fusils  à  tabatière  et  de  cinq  cent  mille  cartou- 
ches; 

Ces  bâtiments  et  armes  seront  rendus  en  Cochinchine  et  livrés 
dans  le  délai  maximum  d'un  an  h  partir  de  la  date  de  l'échange 
des  ratifications. 

S.  Exe.  le  Président  de  la  République  Française  promet  en 
outre  de  mettre  à  la  disposition  du  Roi  des  instructeurs  militai- 
res et  marins  en  nombre  su  (lisant  pour  reconstituer  son  armée  et 
sa  flotte;  a®  des  ingénieurs  et  chefs  d'ateliers  capables  de  diriger 
les  travaux  qu'il  plaira  à  Sa  Majesté  de  faire  entreprendre  ;  des 
hommes  experts  en  matière  de  finances  pour  organiser  le  service 
des  impôts  et  des  douanes  dans  le  royaume  ;  des  professeurs  pour 
fonder  un  collège  à  Hué.  Il  promet  en  outre  de  fournir  au  Roi 
les  bâtiments  de  guerre,  les  armes  et  les  munitions  que  Sa  Ma- 
jesté jugera  nécessaires  à  son  service. 

La  rémunération  équitable  des  services  ainsi  rendus  sera  fixve 
d'un  commun  accord  entre  les  Fiantes  Parties  Contractantes. 

Art.  5.  —  S.  M.  le  Roi  de  TAnnam  reconnaît  la  pleine  et 
entière  souveraineté  de  la  France  sur  tout  le  territoire  actuelle- 
ment occupé  par  elle  et  compris  entre  les  frontières  suivantes  : 

A  Test,  la  mer  de  Chine  et  le  Royaume  d'Annam  (province 
de  Binh-Thûan)  ; 

A  l'ouest,  le  golfe  de  Siam  ; 

Au  sud,  la  mer  de  Chine; 

Au  nord,  le  Royaume  du  Cambodge  et  le  Royaume  d'Annam 
(province  de  Binh-Thûan). 

Les  onze  tombeaux  de  la  famille  Pham  situés  sur  le  territoire 
des  villages  de  Tannien  Dong  et  de  Tanquan-Dong  (province 


Ii<  Snigon)  d  les  trois  Inmbos  de  la  l'amillc  Hô.  silu^  sur  l*^ 
crriloires  des  villages  de  l.inh-Cliun  Taj  et  de  Tan  Maj  (pro- 
iLDCo  de  Uten-Jioa)  ne  pourront  6trc  ouvvrls.  creusés,  violés  ni 
lélruils. 

Il  sera  assigné  un  lot  de  terrain  de  cent  maos  d'étendue  aux 
.oinbes  de  la  famiUc  Pham  et  un  lot  d'égale  étendue  à  celtes  de 
ia  famille  HA.  Les  revenus  de  ces  terres  seront  consacrés  à  l'cn- 
Irelien  de^  lombes  et  è  la  subsistance  des  familles  cbargées  de 
leur  conservalion.  Les  terres  seront  exemptes  d'impâts  et  les 
linmmes  de  ces  familles  seront  également  exempts  des  impôts 
[XM-sonncls,  du  service  militaire  et  des  corvées. 

Art.  g.  —  Il  est  fait  remise  au  Uoi  par  la  France  de  tout  ce 
jui  lui  reste  dû  de  l'ancienne  indemnité  de  guerre. 

Art,  7.  —  S.  M.  s'engage  formellement  h  rembourser,  par 
l'entremise  du  Gouvernement  Français  le  restant  de  l'indcmiiilé 
lue  h  l'Espagne  s'élevanl  à  un  million  de  dollars  (k  0,7a  de  taêl 
le  dollar),  et  à  aiïecter  à  ce  remboursement  la  moitié  du  revenu 
net  des  douanes  des  poris  ouverts  au  commerce  Europét-n  et 
\méricain,  quel  qu'en  soit  d'ailleurs  le  produit.  Le  montant  en 
jera  versé  cbaque  année  au  Trésor  public  de  Saigon,  chargé  d'en 
faire  la  remise  au  Gouvernement  espagnol,  d'en  tirer  reçu  et  de 
Iransmetti-e  ce  reçu  au  Gouvernement  Annamite. 

Art.  8.  —  S.  E\c.  le  Président  de  la  Uépubliquc  Française 
?lS.  M.  le  Roi  accordent  une  amnistie  générale,  pleine  et  entière, 
jvec  levée  de  tous  séquestres  mis  sur  les  biens,  à  ceux  de  leurs 
iiujels  respectifs  (jui,  jusqu'il  la  conclusion  du  traité  cl  aupara- 
sant.  se  sont  compromis  j>our  le  service  de  l'autre  Partie  Con- 
tractante. 

Art.  9,  —  S.  M.  le  IW  de  l'Annam,  reconnaissant  que  la 
religion  catholique  enseigne  aux  hommes  à  faire  le  bien,  révo- 
que et  annule  toutes  les  pi'ohibilions  portées  contre  cette  reli- 
gion et  accorde  à  tous  ses  sujets  la  permission  de  l'embrasser  et 
de  la  pratiquer  librement. 

En  conséquence,  les  chrétiens  du  Royaume  d'Annam  pourront 
se  réunir  dans  les  églises  en  nombre  illimité  pour  les  exercices 
de  leur  culte.  Ils  ne  seront  plus  obligés,  sous  aucun  pi-éte\le.  à 
di<s  actes  contraires  à  leur  religion,  ni  soumis  h  des  recensements 
|)arlicu liera.  Ils  seront  admis  h  tous  les  concours  et  aux  emplois 
publics  sans  être  tenus  pour  cela  à  aucun  acte  prohibé  par  la 
religion . 

S,  M.  s'engage  k  faire  détruire  les  registres  de  dénombrement 


F-» - 


TRAITÉ    DE    SAIGON,     l5    MARS    1874  S?! 

des  chr<?tiens  faits  depuis  quinze  ans  et  à  les  traiter,  quant  aux 
recensements  et  impôts,  exactement  comme  tous  ses  autres  sujets. 
Elle  s'engage  en  outre  à  renouveler  la  défense,  si  sagement  jx)r- 
lée  par  elle,  d'employer  dans  le  langage  ou  dans  les  écrits  des 
termes  injurieux  pour  la  religion  et  à  faire  corriger  les  articles 
du  Thâp  Dieu  dans  lesquels  de  semblables  termes  sont  employés. 

Les  évèques  et  missionnaires  pourront  librement  entrer  dans 
le  royaume  et  circuler  dans  leurs  diocèses  avec  un  passeport  du 
gou\erneur  de  la  Gocliincbine  visé  par  le  Ministre  des  Rites  ou 
par  le  gouverneur  de  la  province.  Ils  jx)urront  prêcher  en  tous 
lieux  la  doctrine  catholique.  Us  ne  seront  soumis  à  aucune  sur- 
>eillance  particulière  et  les  villages  ne  seront  plus  tenus  de  dé- 
clarer aux  mandarins  ni  leur  arrivée,  ni  leur  présence,  ni  leur 
départ. 

Les  prêtres  annamites  exerceront  librement,  comme  les  mis- 
sionnaires, leur  ministère.  Si  leur  conduite  est  repréhensible,  et 
si,  aux  termes  de  la  loi,  la  faute  par  eux  commise  est  passible  de 
la  jieine  du  bâton  ou  du  rotin,  cette  peine  sera  commuée  en  une 
punition  équivalente. 

Les  évêques,  les  missionnaires  et  les  prêtres  annamites  auront 
le  droit  d'acheter  et  de  louer  des  terres  et  des  maisons,  de  bâtir 
des  églises,  hôpitaux,  écoles,  orphelinats  et  tous  autres  édifices 
destinés  au  service  de  leur  culte. 

Les  biens  enlevés  aux  chrétiens  pour  fait  de  religion,  qui  se 
trouvent  encore  sous  séquestre,  leur  seront  restitués. 

Toutes  les  dispositions  précédentes  sans  exception  s'appliquent 
aux  missionnaires  espagnols  aussi  bien  qu'aux  français. 

\]n  édit  royal,  publié  aussitôt  après  l'échange  des  ratifications, 
proclamera  dans  toutes  les  communes  la  liberté  accordée  par 
S.  M.  aux  chrétiens  de  son  royaume. 

Art.  10.  —  Le  gouvernement  annamite  aura  la  faculté  d'ou- 
mr  à  Saïgon  un  collège  placé  sous  la  surveillance  du  directeur 
de  l'intérieur  et  dans  lequel  rien  de  contraire  à  la  morale  et  à 
Texercice  de  l'autorité  française  ne  pourra  être  enseigné.  Le  culte 
V  sera  entièrement  libre. 

En  cas  de  contravention ,  le  professeur  c|ui  aura  enfreint  ces 
prescriptions  sera  renvoyé  dans  son  pays,  et  môme,  si  la  gravité 
du  cas  l'exige,  le  collège  pourra  être  fermé. 

Art.  II.  —  Le  Gouvernement  Annamite  s'engage  à  ouvrir  au 
commerce  les  ports  de  Thin-Naï  dans  la  province  de  Binh-Dinh, 
de  Ninh-Haï,  dans  la  province  de  Haï-Du'ong,  la  ville  de  Hanoï 


a^a  L  AFFAIRE 

cl  le  passage  par  le  fleuve  du  Nliï-HiV,  depuis  la  mer  jusqu'au 
Vun-Nan. 

Une  convention  addilionncllp  au  Iraiié.  ayant  même  force  que 
lui.  fixera  les  conditions  auxquelles  ce  commerce  pourra  être  exerce. 

Le  porl  de  Ninli-IIal.  celui  de  Hanoi  el  le  Iransil  par  le  Douve 
seront  ouverla  aussitôt  aprf-s  l'ccliange  des  ratifications  et  m^ine 
plus  tôt  si  faire  se  peut;  celui  de  Thin-N'aï  un  an  après. 

D'autres  ports  ou  rivières  pourront  être  ultérieurement  ou- 
verts au  commerce,  si  le  nombre  et  l'importance  des  relations 
établies  montrent  l'utilité  de  colle  mesure. 

Art.  la.  —  1.^^  sujets  Français  ou  Annamites  de  la  Franco  et 
ii-s  f.tranprs  en  général  pourront,  en  respcclanl  les  lois  du  pava, 
s'établir,  posséder,  et  se  livrer  librement  à  toutes  opérations 
commerciales  et  industrielles  dans  les  villes  ci-dt-ssus  désignées. 
Ia'  Gouvernement  de  S.  M.  mettra  à  leur  disposition  les  terrains 
né-cessaires  à  leur  établissement. 

Ils  pourront  de  u)éme  naviguer  cl  commercer  entre  la  rnrr  ot 
la  province  du  Yun-Nan  et  par  la  voie  du  Nfii-Ilâ.  moyonnaiil 
l'acquitlemenl  des  droits  fixés,  et  à  la  condition  de  s'interdire 
tout  trafic  sur  les  rives  du  fleuve  entre  la  mer  et  Hanoï  et  entre 
Hanoi  et  la  frontière  de  Chine. 

Ils  (lonrront  librement  choisir  et  engager  h  leur  service  des  com- 
jirndnrs,  interprètes,  écrivains,  ouvriers,  bateliers  et  domestiques. 

Art.  i3.  ~  La  France  nommera  dans  cliacun  des  |>orts  ou- 
verts au  commerce  un  Consul  ou  Agent  assisté  d'une  force  sufTi- 
sante  dont  le  chiffre  ne  devra  pas  dé|Msser  le  nombre  de  cent 
bommes,  pour  assurer  sa  sécurité  et  faire  respecter  son  autorité. 
)>oiir  faire  la  police  des  étrangers  jusqu'à  ce  que  toute  crainte  à 
ce  sujet  soit  dissl[H^  par  l'établissement  des  Imns  rapfKirls  que  no 
peut  manquer  de  faire  naître  la  loyale  exécution  du  traité. 

Art.  i^.  —  Les  sujets  du  lloi  pourront,  de  leur  coté,  libro- 
ment  voyager,  résider,  posséder  et  commercer  en  France  el  dans 
les  colonies  françaises  en  se  conformant  aux  lois.  Pour  assurer 
leur  protection,  S.  M.  aura  la  faculté  de  faire  résider  des  agents 
dans  les  ports  ou  villes  dont  elle  fera  choix. 

Aht.  i5.  —  Lorsque  des  sujets  Français.  Européens  ou  Co- 
rliinchinois  ou  d'autres  étrangers  désireront  s'établir  dans  un 
des  lieux  ci-dessus  spécifiés,  ils  devront  se  faire  inscrire  cher  le 
Ui'-sidenl  français  qui  en  avisera  l'autorité  locale. 

Les  sujets  Annamites  voulant  s'établir  en  territoire  français 
seront  soumis  aux  mêmes  dispositions. 


TRAITÉ    DE    SAIGON,     l5    MARS    1874  ^'jS 

Les  Français  ou  Étrangers  qui  voudront  voyager  dans  l'inté- 
rieur du  pays,  ne  pourront  le  faire  que  s'ils  sont  munis  d*un 
pasae-port  délivré  par  un  agent  français  et  avec  le  consentement 
pI  le  visa  des  autorités  annamites.  Tout  commerce  leur  sera  in- 
terdit sous  peine  de  confiscation  de  leurs  marchandises. 

Cette  faculté  de  voyager  pouvant  présenter  des  dangers  dans 
I  état  actuel  du  pays,  les  Étrangers  n'en  jouiront  qu'après  que 
le  Gouvernement  annamite,  d'accord  avec  le  représentant  de  la 
trance  à  Hué,  jugera  le  pays  sullisamment  calmé. 

Si  des  voyageurs  français  doivent  parcourir  le  pays  en  qualité 
de  savants,  déclaration  en  sera  également  faite;  ils  jouiront  à  ce 
litre  de  la  protection  du  Gouvernement  qui  leur  délivrera  les 
passc-prts  nécessaires,  les  aidera  dans  l'accomplissement  de  leur 
mission  et  facilitera  leurs  études. 

Art.  16.  —  Toutes  contestations  entre  Français  ou  entre 
Français  et  Étrangers  seront  jugées  par  le  Résident  Français. 

Lorsque  des  sujets  Français  ou  Étrangers  auront  quelque  con- 
testation avec  des  Annamites  ou  quelque  plainte  ou  réclamation 
à' formuler,  ils  devront  d'abord  exposer  l'affaire  au  Résident  qui 
s'efforcera  de  l'arranger  à  l'amiable. 

Si  l'arrangement  est  impossible,  le  Résident  requerra  l'assis- 
tance d'un  juge  annamite  commissionné  à  cet  elTet,  et  tous  deux, 
après  avoir  examiné  l'affaire  conjointement,  statueront  d'après 
les  règles  de  l'équité. 

11  en  sera  de  même  en  cas  de  contestation  d'un  Annamite  avec 
un  Français  ou  un  Étranger  :  le  premier  s'adressera  au  Magis- 
trat qui,  s'il  ne  peut  concilier  les  parties,  requerra  l'assistance 
du  Résident  Français  et  jugera  avec  lui. 

Mais  toutes  les  contestations  entre  Français  ou  entre  Français 
et  Étrangers  seront  jugées  par  le  Résident  Français  seul. 

Art.  17.  —  Les  crimes  et  délits  commis  par  des  Français  ou 
(iw  Étrangers  sur  le  territoire  de  l'Annam  seront  connus  et  jugés 
à  Saigon  par  les  tribunaux  compétents.  Sur  la  réquisition  du 
R(^ident  Français,  les  autorités  locales  feront  tous  leurs  elTorts 
pour  arrêter  le  ou  les  coupables  et  les  lui  livrer. 

Si  un  crime  ou  délit  est  commis  sur  le  territoire  Français 
par  un  sujet  de  Sa  Majesté,  le  Consul  ou  Agent  de  Sa  Majesté 
dnTa  être  officiellement  informé  des  poursuites  dirigées  contre 
l'accusé  et  mis  en  mesure  de  s'assurer  que  toutes  les  formes  légales 
sont  bien  observées. 
Art.  18.  —  Si  quelque  malfaiteur  coupable  de  désordres  ou 

GORDIEH.  H  —    18 


hrif^aiidagos  sur  Ip  Icrriloirc 
Annamilc.  l'autorilé  locale  : 
donner  avis,  de  s'eniparor  di 
rili'S  françaisTs. 

Il  en  sera  de  mftmc  si  des 
conqii<-s  siijcU  du  Roi  se  rélugicm  sui  rc  k-hiiuiiv  i  lanvois .  i» 
d[>vront  ^Ire  poursuivis  aussitôt  qu'avis  en  sera  donné,  et,  ai  fairp 
sf  |>oul.  arrêtas  et  livri^s  aux  autorités  de  leur  Pays. 

Abt.  ig.  —  En  cas  de  déc^s  d'un  sujet  Trançais  ou  élronf^er 
sur  le  territoire  annamite,  ou  d'un  sujet  annamile  sur  le  terri- 
toire français,  les  biens  du  décédé  seront  remis  h  ses  héritiers  ; 
en  leur  absence  ou  à  leur  défaut,  au  Résident  qui  sera  chargé  de 
les  faire  jMirvenîr  auï  ayants-droit, 

Abt.  ao.  —  Pour  assurer  et  faciliter  l'exécution  des  clauseset 
slipulalions  du  présent  traité,  un  an  aprè^  sa  sif^nalurr.  ï>.  Exe. 
le  Pn'-sident  de  la  République  Française  nommera  un  Késidenl 
ayant  le  ran){  de  Ministre  auprès  de  Sa  Majesté  le  Roi  de  l'.\n- 
nam.  Le  Résident  sera  chargé  de  maintenir  les  relations  nnii- 
caUs  entre  les  Hautes  Parties  Contractantes  et  de  veiller  à  *la 
ctuisciencieuse  exécution  des  articles  du  traité. 

Le  rang  de  cet  Envoyé,  les  honneurs  et  prérogatives  auxquels 
il  a  droit  seront  ulti''rieurement  l'églés  d'un  commun  accord  et 
sur  le  pied  d'une  parfaite  réciprocité  entre  les  Hautes  Parties 
Conlraclanles. 

S.  M.  le  Roi" de  l'Annam  aura  la  faculté  de  nommer  des  Ré- 
sidents Il  Paris  et  à  Saîgon. 

Les  dépenses  de  toute  espèce,  occasionnées  par  le  séjour  de  ces 
Résidents  auprès  du  (lOuvernemenl  allié,  seront  supportées  par 
le  Gouvernement  de  chacun  d'eux. 

Art.  ai.  ^  Ce  traité  remplace  le  traité  de  i86a  et  le  Gou- 
vernement Français  se  charj^'e  d'obtenir  l'assenlimenl  du  Gou- 
veniemenl  Espagnol.  Dans  le  cas  où  l'Espagne  n'accepterait  pas 
c<-s  modil'iealions  au  traité  de  1863,  le  présent  traité  n'aurait 
d'effet  qu'entre  la  France  et  l'Annam,  et  les  anciennes  stipula- 
tions concernant  rEs[tagne  continueraient  h  être  exécutoires.  La 
France,  dans  ce  cas,  se  chargerait  du  remboursement  de  l'in- 
demnité es|)agnolc  et  se  substituerait  à  l'Espagne,  comme  créan- 
cière de  l'.Annam.  [wur  élre  remboursée  conforniéinent  aux  dis- 
|iosilioiis  de  l'arltcle  7  du  présent  traité. 

Aht.  aa.  —  Le  pn'seni  traité  est  fait  à  perpétuité,  il  sera 
raltlié  et  les  ralilicalions  en  seront  échangées  i  Hué  dans  le  délai 


TRAITÉ    DE   COMMERCE,    il    AOUT    1^74  37^ 

d'un  an  et  moins,  si  faire  se  peut.  Il  sera  publié  et  mis  en  vi- 
f|iueur  aussitôt  que  cet  échange  aura  eu  lieu. 

En  foi  de  quoi  les  Plénipotentiaires  respectifs  ont  signé  le  pré- 
sent traité  et  y  ont  apposé  leurs  cachets. 

Fait  à  Saigon,  au  palais  du  Gouvernement  de  la  Gochinchine 
française,  en  quatre  expéditions,  le  Dimanche,  quinzième  jour 
du  mois  de  Mars  de  Tan  de  grâce  1874,  correspondant  au  viugl- 
seplième  jour  du  premier  mois  de  la  vingt-septième  année  de 
Tu-Duc. 

C.  Am**  Dupré.Le  Tuan  et  Nguyen-var  Tu'o'ng. 

Le  traité  de  1874  n'était  pas  un  point  de  départ;  il  n'était 
que  le  résultat  d'opinions  contradictoires;  il  ne  marquait  pas 
nettement  notre  suzeraineté  ;  il  nous  apportait  toutes  les  dif- 
ficultés d'un  protectorat  qui  n'était  pas  clairement  stipulé, 
sans  nous  en  donner  les  avantages;  nous  acceptions  les  res- 
ponsabilités, sans  obtenir  le  bénéCce  de  la  situation  acquise. 
Ce  traité  portait  en  lui  les  germes  de  toutes  nos  difficultés 
futures  et  il  ne  fait  guère  honneur  à  la  clairvoyance  de  notre 
ministre  des  affaires  étrangères,  le  duc  de  Broglie,  qui  s'est, 
dans  la  circonstance,  montré  aussi  pusillanime  que  le  marquis 
de  Moustier  lors  du  traité  avec  le  Siarn  en  1867. 

TRAITÉ    DE    COMMERCE,    3l    AOUT    187^ 

Comme  complément  au  traité  du  i5  mars  187^,  un  traité 
de  commerce'  fut  conclu  à  Saïgon  le  3i  août  187^  par 
l'amiral  Lrantz  et  Nguyen  van  Tu'o'ng  et  Nguyen  tang  Doan  ; 
il  comprend  29  articles  avec  les  clauses  additionnelles  sui- 
vantes: 

Afin  d'éviter  les  difficultés  dans  l'interprétation  de  quelques 
[Kiasages  des  nouveaux  traités»  les  plénipotentiaires  des  deux 
hautes  parties  contractantes  sont  convenus  d'ajouter  au  présent 

I.  Voir  le  texte  dans  le  Recueil  de  M.  de  Clercq,  X.I,  p.  337. 


I 


'276  l'affaire  du  tong-ring 

Irai  lé  un  article  additionnel  qui  sera  considéré  comme  en  faisant 
partie  intégrante. 

Article  additionnel.  —  Il  est  entendu  que  la  ville  même  de 
Hanoï  est  ouverte  au  commerce  étranger  et  qu'il  y  aura  dans 
cette  ville  un  consul  avec  son  escorte,  une  douane,  et  que  les 
Européens  pourront  y  avoir  des  magasins  et  des  maisons  d'habi- 
tation aussi  bien  qu'à  Ninli-Haï  et  à  Thi-Naï. 

Si  par  la  suite  on  reconnaissait  que  la  douane  de  Hanoï  est 
inutile  et  que  celle  de  Ninh-Haï  suflit,  la  douane  de  Hanoï  pour- 
rait être  supprimée,  mais  il  y  aurait  toujours  dans  celte  ville 
un  consul  et  son  escorte,  et  les  Européens  continueraient  à  y 
avoir  des  magasins  et  des  maisons  d'habitation. 

Les  terrains  nécessaires  pour  bâtir  les  habitations  des  consuls 
et  de  leurs  escortes  seront  cédés  gratuitement  au  Gouvernement 
Français  par  le  gouvernement  annamite. 

L'étendue  de  ces  terrains  sera  dans  chacune  des  villes  ou  ports 
ouverts,  de  5  maus,  mesure  Annamite  (environ  a  hectares  cl 
demi).  Les  terrains  nécessaires  aux  Européens  pour  élever  leurs 
maisons  d'habitation  ou  leurs  magasins  seront  achetés  par  eux 
aux  propriéUires  ;  les  consuls  et  les  autorités  annamites  inter- 
viendront dans  ces  achats,  de  façon  à  ce  que  tout  se  passe  avec 
équité.  Les  magasins  et  les  habitations  des  commerçants  seront 
aussi  rapprochés  que  possible  de  la  demeure  des  consuls. 

A  Ninh-Haï,  le  consul  et  son  escorte  continueront  à  occuper 
les  forts,  tant  que  cela  sera  jngé  nécessaire  pour  assurer  la  police 
et  la  sécurité  du  commerce.  Il  habitera  plus  tard  sur  le  terrain 
de  5  maus  qui  lui  aura  été  concédé. 

On  respectera  les  pagodes  et  les  sépultures,  et  les  Européens 
ne  pourront  acheter  les  terrains  sur  lesquels  il  existe  des  habita- 
tions, qu'avec  le  consentement  des  propriétaires  et  en  payant 
une  juste  indemnité. 

Les  commerçants  Européens  payeront  l'impôt  foncier  d'apri^ 
les  tarifs  en  usage  dans  la  localité  où  ils  habiteront,  mais  ils  ne 
payeront  aucun  autre  impùt. 

A  Saigon,  le  trente  et  un  août  mil  huit  cent  soixante-qua- 
torze. 

Signé  :  Krantz,  etc.,  etc. 

Convention  annexe  au  traité  de  commerce  du  3r  août  1874. 
Le  contre-amiral  Krant/,  commandant  en  chef  la  division  na- 


TRAITÉ    DE    COMMERCE,     3l     AOUT     187/4  377 

vale  dos  mers  de  Chine  et  du  Japon,  gouverneur  par  intérim  et 
commandant  en  chef  en  Cochinchîne,  commandeur  de  Tordre 
national  de  la  Légion  d'honneur,  etc.,  muni  des  pleins  pouvoirs 
de  Son  Excellence  le  Président  de  la  Republique  française. 

Et  le  haut  fonctionnaire  Nguyen  Van  Tu'o'ng,  ministre  dv  la 
justice,  décore  du  litre  de  Ki  vi  Bu,  muni  des  pleins  pouvoirs 
de  Sa  Majesté  le  roi  d'Annam,  sont  convenus  d\ip|)orter  au 
traite  de  commerce,  signé  le  3i  août  1874»  les  modiiications 
suivantes  : 

«  Est  et  demeure  supprimé  le  dernier  paragraphe  de  l'article  :à 
du  susdit  traité  ainsi  conçu  : 

«  11  est  entendu  que  les  marchandises  importées  ou  exportées 
par  les  bâtiments  Chinois  ou  appartenant  à  l'Annain,  seront  sou- 
mises aux  mêmes  interdictions,  et  que  celles  importées  ou  expor- 
tées sous  pavillon  Chinois  seront  soumises  au  mêmes  droite  (pic 
les  marchandises  importées  ou  exportées  sous  pavillon  Européen 
ou  Américain  (ce  que  Ton  entend,  dans  ces  deux  traités,  par 
pvillon  étranger).  Mais  ces  droits  seront  j>erçus  séparément  par 
les  mandarins  Annamites  du  service  de  la  douane,  et  versés  dans 
une  caisse  spéciale,  à  l'entière  disposition  du  gouvernement  An- 
namite.  » 

Ledit  paragraphe  supprimé  est  remplacé  par  le  texte  suivant  : 

a  II  est  entendu  que  les  marchandises  importées  de  l'étranger 
dans  les  ports  ouverts,  ou  exportées  des  ports  ouverts  à  l'étranger 
par  des  bâtiments  Chinois  ou  appartenant  à  l'Annam,  seront  sou- 
mises aux  mêmes  interdictions  et  aux  mêmes  droits  que  celles 
importées  de  l'étranger  ou  exportées  à  l'étranger  sous  tout  autre 
pavillon;  et  que  ces  droits  seront  perçus  par  les  mêmes  employés 
et  versés  dans  les  mêmes  caisses  que  ceux  perçus  sur  les  mar- 
chandises importées  de  l'étranger  ou  exportées  à  l'étranger  sous 
les  pavillons  dits  étrangers.   » 

La  présente  convention  sera  rattachée  au  traité  du  3 1  août  187^1 , 
lors  de  l'échange  des  actes  de  ratitication  et  en  fera  partie  inté- 
grante. 

En  foi  de  quoi  les  plénipotentiaires  ont  signé  aujourd'hui 
33  novembre  1874,  correspondant  au  lô''  jour  du  10"  mois  de  la 
27*  année  de  Tu  Duc. 

Signé  :  Contre-amiral  Rrantz,  etc.,  etc. 
Ce  traité  de  commerce  fut   sanctionné  par   une   loi   du 


1 

\ 


COMMUNICATION    DC    TII\1TÉ    A    LA    CHINE  ^79 

Lettre  de  M.  de  Rochechouart  au  Prince  Koung. 

Monseigneur, 

J*ai  l'honneur  de  vous  adresser  ci-joinl  une  copie  du  traité 
conclu  entre  le  Gouvernement  français  et  S.  M.  le  Roi  de  TAn- 
nam  le  i5  mars  1874.  Ce  traité,  après  avoir  été  approuvé  par 
rAssemblce  a  été  définitivement  ratifié  k  Hué  le  i4  avril  der- 
nier. 

Votre  Altesse  Impériale  verra  que  dorénavant  c'est  à  la  France 
qu'il  appartient  de  veiller  à  la  sécurité  et  à  l'indépendance  de 
S.  M.  Tu-Duc  et  le  gouvernement  chinois  comprendra,  je  n'en 
doute  pas,  combien  il  est  nécessaire  pour  le  maintien  des  bonnes 
relations  qui  existent  entre  la  France  et  la  Chine  de  donner  les 
ordres  les  plus  sévères  aux  autorités  du  Yun-Nan  pour  les  enga- 
ger, non  seulement  à  empêcher  de  nouvelles  bandes  chinoises 
d'entrer  dans  le  royaume  d'Annam,  mais  même  à  rappeler  celles 
qui  s'y  livrent  actuellement  à  toutes  sortes  de  sévices. 

Le  Gouvernement  Français  est  décidé  à  remplir  les  engage- 
ments qu'il  a  contractés  vis-à-vis  du  roi  Tu-Duc  et  à  assurer  la 
tranquillité  dans  les  états  de  ce  souverain.  Son  premier  soin  sera 
donc  de  disperser  et  de  détruire  ces  bandes  qui  entretiennent  le 
Irouhlc  et  la  guerre  civile,  et  il  serait  à  désirer,  je  le  répète,  que 
^ot^c  Altesse  impériale  prît  les  mesures  nécessaires  pour  faciliter 
cette  tâche  dont  la  province  du  Yun-Nan,  si  troublée  elle  aussi, 
ne  peut  que  profiter. 

il  est  un  second  point  sur  lequel  je  désire  également  appeler 
l'attention  de  Votre  Altesse  Impériale,  je  veux  parler  de  l'ouver- 
ture à  la  Navigation  du  Fleuve  Rouge  ou  So'ng-Koy  depuis  son 
embouchure  jusqu'aux  frontières  de  la  Chine.  11  n'existe  dans  les 
traités  de  Tien-Tsin  et  de  Pé-King  aucune  clause  relative  à  cette 
éventualité  qu'on  ne  pouvait  pas  prévoir  à  l'époque  où  ils  furent 
conclus,  mais  aujourd'hui  qu'elle  se  présente  elle  doit  être  réglée 
cl  il  faut  le  faire  de  suite  afin  d'empêcher  des  complications  qui 
ne  manqueraient  pas  de  se  produire  des  le  début.  Le  Gouverne- 
w^ent  français  a  longtemps  réfléchi  avant  de  conclure  ce  traité  et 
s  est  parfaitement  rendu  compte  et  de  ses  charges  et  de  ses  avan- 
tages et  il  est  aussi  décidé  à  remplir  ses  engagements  qu'à  user 
^cses  privilèges,  aussi  ai-je  été  chargé  de  m'entendre  avec  Votre 
Altesse  Impériale  sur  ces  deux  questions  :    i**  la  suppression  des 


hinoises  qui  d<^solpn(  l'Arninm  ;  a'  l'ouveHure  d'un  point 
Nan  où  nos  bfltimcnls  puissent  alterrir  et  se  livrn-  aux 
ons  commerciales  régulières.  Je  ne  doute  pas  que  Volt» 
mpcrialc  ne  comprenne  clic  aussi  la  nécessilÉ  de  régler 
^n  pratique  ces  doux  questions  et  ne  préfère  rétablisse- 
rapports  réguliers  à  un  étAt  de  trouble  qui  pourrait  avoir 
'qucDces  les  plus  graves  en  forçant  le  roi  d'Annam  à 
des  résolutions  énergiques  pour  sauvegarder  la  sécurité 
als  et  la  prospérité  de  son  commerce, 
lis,  etc..  etc. 

Signé  :  RocnECHOL'.tRT. 
ng,  le  ai  '  mai  1875. 

rince  Koung,  dans  sa  i-éponsc  au  Comte  de  Roche- 
,  constate  qu'en  effet  rien  ne  marque  dans  les  traités 
Yun-Nan  doive  être  ouvert  au  commerce  étranger; 
troupes  ctiinoises  entrées  au  Tong-King  ont  clé  ap- 
lar  le  gouvernement  de  ce  pays,  depuis  longtemps 
:c  la  Chine,  pour  supprimer  le  brigandage;  aucune 
tion  d'ailleurs  contre  le  traité  de  1874. 

Pc-King.  le  iSjuin  1875. 

eçn  la  lettre  que  vous  m'avez  fait  l'honneur  de  m'écrire 
c  du  a5  mai.  et  dans  laquelle  vous  me  faisiez  part  de  la 
ion  du  traité  entre  l'Annam  et  la  France.  En  me  don- 
nmiinication  de  en  traité,  vous  exprimiez  le  déair  de  voir 
ornement  chinois  envoyer  de»  ordres  précis  aux  autorités 
-Nan,  leur  enjoignant  d'empêcher  les  bandes  chinoises 

sur  le  territoire  annamite,  et  de  rappeler  les  bandes  qui 
introduites.  «  De  cette  façon,  dites-vous,  nos  bonnes 
9  seront  maintenues  et  alTermies.  s 

m'entretenez  également  de  la  communication  qui  existe 
Annam  et  la  Chine  par  le  moyen  du  So'ng-Kov.  qui, 
'oir  traversé  le  Tong-Ring,  pénètre  dans  la  province  du 
in.  Ce  point,  me  dites-vous,   ne  se  trouve  pas  indiqué 

traité  parce  qu'on  ne  pouvait  prévoir  alors  la  situation 


COMMUNICATION    DU    TRAITÉ    A    LA    CHINE  sSl 

acliiplle;  mais  maintenant  que  cette  question  se  présente  il  im- 
porte qu'elle  soit  réglée  dans  le  plus  bref  délai.  Le  gouvernement 
français  vous  a  chargé  de  vous  entendre  avec  nous  sur  ces  deux 
questions  :  i*  Tanéantissement  des  bandes  chinoises  qui  désolent 
TAnnam  ;  2°  Touverlure  d*un  port  du  Yun-Nan  où  vos  steamers 
puissent  atterrir  et  se  livrer  à  des  transactions  commerciales  ré- 
gulières. 

Dans  la  ii*  lune  de  la  12*  année  du  règne  de  T'oung-Tché, 
j'ai  reçu  une  lettre  de  M.  de  Geofroy  contenant  la  copie  d\ine 
lettre  adressée  par  ce  dernier  au  gouverneur  du  Yun-Nan,  dans 
laquelle  il  était  question  des  avantages  que  recueillerait  le  com- 
merce de  l'ouverture  de  cette  province.  J'ai  répondu  à  M.  de 
Geofroy  que  le  Yun-Nan  n'était  pas  ouvert  au  commerce  étran- 
ger, et  j'ai  écrit  au  gouverneur  de  cette  province  de  conformer 
sa  conduite  aux  stipulations  du  traité.  Maintenant  que  voire 
gouvernement  réclame  l'ouverture  d'un  port  sur  le  Song-Roy, 
je  suis  obligé  de  répondre  également  que  le  Yun-Nan  est  fermé 
au  commerce  étranger,  et  que  dès  lors,  dans  votre  traité,  ni  dans 
celui  d'aucune  autre  nation,  il  ne  saurait  y  avoir  de  stipidation 
relative  à  l'ouverture  d'un  port  de  commerce  dans  le  Yun-Nan. 

L'Annam  est  la  contrée  appelée  également  Yué-Nan  ;  elle  a 
clé*  tributaire  de  la  Chine,  et  les  habitants  de  la  frontière  chi- 
noise ont  eu  de  tout  temps  avec  les  habitants  des  états  tributaires 
voisins  des  rapports  commerciaux  dont  la  nature  varie  suivant 
les  provinces.  Il  est  nécessaire  que  j'envoie  une  dépêche  pour 
ordonner  une  enquête  au  Yun-Nan  h  ce  sujet  ;  dès  que  la  réponse 
me  sera  parvenue,  nous  nous  occuperons  de  délibérer  sur  cette 
affaire. 

D'un  autre  côté,  l'Annam  était  jadis  infesté  de  brigands,  et 
son  gouvernement  a,  à  plusieurs  reprises,  demandé  du  secours 
à  la  Chine.  La  Chine  ne  pouvait  refuser  aide  et  protection  à  un 
pays  tributaire,  aussi  envoya-t-ellc  des  troupes  pour  poursuivre 
ces  brigands  ;  les  troupes  qui  se  trouvent  dans  l'Annam  y  sont 
donc  sur  la  demande  du  gouvernement  annamite,  et  dans  le  but 
de  protéger  la  frontière:  ce  but,  une  fois  atteint,  leur  présence 
sur  le  territoire  annamite  n'avait  plus  de  raison  d'être  et  on  les 
a  rappelées. 
Dans  le  douzième  mois  de  la  la"  année  du  règne  de  T'oung- 


X*  C*est  une  erreur  de  traduction  ;  lire  :  «  elle  est  depuis  longtemps.  » 


nois  de  l'nnnée  dernière,  j'ni  écrit  ii 
:  rapport  présenté  par  le  gouverneur 
e,  sur  la  frontière  qui  sépare  le  Yun- 
de  brigands  Houang  Tsoung-yn  '  et 
profondémcnl  l'Aiinam  qu'ils  vou- 
en  comble.'  qu'il  avait  envoyé  des 
:lte  dévastation,  et  que  le  plan  dp 
ien  exécuté:  il  priait  le  Tsoung-lî 
français  résidant  dans  l'Annain  pour 
Yun-Nan  qui  ont  paasé  la  frontière 
n  que  d'arrêter  les  dévastations  des 
I  à  voir  avee  les  troupes  françaises. 
B  au  Tsoung-li  Yamen  de  se  conFor- 

lupcs  dans  l'Annam,  sur  la  demande 
s,  et  dans  le  but  de  détruire  le  bri- 
,  qui  se  trouvent  sur  la  frontière  du 
but  de  protéger  l'Annam  contre  les 
1  même  temps,  d'assurer  ta  sécurité 
landes  qui  passent  la  frontière,  les 
uvent  les  laisser  faire  sans  manquer 
les  poursuivre  et  les  punir.  Après  ce 
s  nous  crojons  tenu  d'écrire  de  nou- 
n-Nan  poiir  l'engager  à  arrêter  sévè- 
raient  de  pénétrer  dans  l'Annam. 
lunicalion  spéciale'. 


ndc  que  lit  M.  de  Rochechouarl,  le 
l'ouverlufc  au  commerce  de  Man- 
,  au  Yun-Nan,  notre  Chargé  d'Af- 
vantc  du  Prince  Koung  : 

l'é-King,  le  6  septembre  1875. 
ous  m'avez  écrite  h  la  date  du  4  août 


1  Gouvernement  de  de- 


COMMUNICATION    DU    TRAITÉ    A    LA    CHINE  283 

o  mander  Touverlure  dans  la  province  du  Yun-Nan  d'un  nou- 
«  veau  port  de  commerce  à  Man-Hao  sur  les  bords  du  So'ng- 
«  Kov.   » 

Dans  le  courant  du  mois  de  mai,  j'ai  reçu  la  d(^i)^hc  dans 
laquelle  vous  m'entreteniez  de  rétablissement  dans  le  Yun-Nan 
d'un  port  sur  les  bords  du  fleuve,  où  les  bateaux  puissent  at~ 
lerrir. 

J'ai  répondu  à  cette  dépèche  que  le  Yun-Nan  n'était  pas  ouvert 
au  commerce,  que,  devant  votre  désir,  je  croyais  devoir  écrire 
aux  autorités  du  Yun-Nan  à  ce  sujet  et  que  dès  l'arrivée  de  leur 
réponse,  je  m'empresserais  de  régler  cette  affaire. 

Maintenant  que  votre  Gouvernement  veut  l'ouverture  d'un 
nouveau  port  de  commerce,  je  dois  vous  faire  observer  que  la 
province  du  Yun-Nan  est  très  éloignée  de  Pé-King,  qu'il  est  ur- 
gent d'aviser  aux  moyens  de  régler  tout  ce  qui  touche  aux  fron- 
tières de  cette  province  et  que  dès  lors  je  ne  puis  rien  préjuger 
ni  décider. 

S.  Exe.  Li  [Han-tchang]  ayant  été  envoyé  par  S.  M.  pour  pro- 
céder à  une  enquête  sur  l'affaire  Margary  et  la  régler,  il  lui  sera 
possible  dès  que  ce  règlement  aura  eu  lieu,  de  faire  une  cncpiélc 
sur  la  situation  des  différents  points  de  la  province  et  des  fron  - 
tières,  d'étudier  et  de  régler  cette  question.  J'écris  à  S.  Exe.  Li 
de  faire  immédiatement  après  le  règlement  de  l'affaire  Margary 
une  enquête  minutieuse  sur  la  possibilité  de  donner  suite  (à  voire 
projet).  Dès  que  j'aurai  reçu  la  réponse  de  ce  fonctionnaire,  je 
m'empresserai  de  vous  la  communiquer. 

Telle  est  la  communication  que  j'ai  cru  devoir  vous  envoyer 
en  réponse. 

(Le  sceau  du  Tsoung-li  Yamen  *.) 

La  réponse  était  dilatoire  ;  la  Chine  était  dans  la  périodo 
aiguë  de  ses  négociations  avec  T  Angleterre  au  sujet  du  meurtre 
de  Margary.   M.  de  Rochechouart  pouvait  écrire  le  i5  sep 
lembrc  1875,  au  Duc  Decazes  : 

A  mon  avis,  le  gouvernement  chinois  attend  le  résultat  de  ses 
négociations  avec  M.  Wade  pour  prendre   une  décision,  et  je 

I.  Traduction  certifiée eonforme  :  le  i^^'  interprète/?.  /.,  F.  Scherzer. 


CHAPITRE  XIV 

L'AFFAIRE  DU  T0N6-KING  (Suite). 

MISSION    DE    M.    DE    KERGARADEC,     1 876- 1 877 

Le  18  juillet  1876,  l'amiral  Victor  Duperré  adressait  au 
Ministre  de  France  à  Pé-king  une  demande  de  renseigne- 
ments sur  le  sud  du  Yun-Nan  et  le  priait  de  solliciter  du 
Tsoung-li  Yamen  des  lettres  de  recommandation  et  des  passe 
ports  pour  M.  de  Kergaradec,  consul  à  Ha-noï',  et  quinze 
soldats  ou  marins  qui  devaient  raccompagner  dans  une  mis- 
sion d'exploration  dans  le  So'ng-Koy  et  le  Yun-Nan  méri- 
dional que  l'amiral  désirait  confier  à  ce  fonctionnaire. 
M.  Brenier  en  référa  à  Paris,  car  il  craignait  d'essuyer  un 
refus  :  la  Chine  sachant  que  sa  responsabilité  était  engagée 
dès  qu'elle  avait  remis  des  passeports,  —  l'affaire  Margary 
lui  avait  servi  de  leçon,  —  et  que  son  autorité  dans  le  Sud 


I.  Kergaradec,  AUxandre-Camille- Jules- Marie  Le  Jumeau,  comte 
de.  né  le  i®' janvier  i84i  ;  élève  à  l'École  navale,  i""  octobre  1857; 
aspirant  de  a«  classe,  i*^  août  xSSg  ;  de  i^^  classe,  i^^  septembre  1861  ; 
enseigne  de  vaisseau,  i"*  septembre  i863  ;  lieutenant  de  vaisseau,  7  mars 
1868;  attaché  à  Tétat-major  du  ministre  de  la  marine,  2  juin  1874*. 
charge  du  consulat  de  France  à  Ha-noï,  16  mai  1875  ;  administrateur 
principal  des  afTairos  indigènes,  i^r  janvier  i88a  ;  capitaine  de  frégate, 
i3  avril  i883;  en  mission  k  Hué,  i3  avril  i883  ;  consul  de  i^*'  classe  et 
commissaire  du  gouvernement  à  Bang-Kok,  5  juillet  i883  ;  consul  général 
et  chargé  d'aflaires,  5  août  1887;  consul  général  à  Moscou,  5  janvier 
1891  ;  mort  3  octobre  1894,  ^  Berlin,  où  il  était  de  passage. 


TRIBUT    ANNAMITE  287 

M.  de  Kergcaradec  se  mit  en  route  de  Ha-noï,  le  23  no- 
vembre 1876,  accompagné  de  douze  soldats  d'infanterie  de 
marine,  commandés  par  un  sergent,  et  il  arriva  à  Lao-kay, 
le  I***  janvier  après  un  voyage  de  quarante  jours;  revenu  à 
Ha-noï,  sans  avoir  pénétré  au  Yun-Nan,  il  en  repartit  le 
18  février,  et  plus  heureux  que  la  première  fois,  il  entra  en 
Chine,  passa  à  Man~hao,  remonta  à  Mong-tseu,  et  visita  les 
mines  de  Ko-kieou.  M.  de  Kergaradec  était  de  retour  à  Ha-noï 
le  18  avril,  après  un  voyage  do  deux  mois.  Il  résumait  ainsi 
son  rapport  : 

Au  point  de  vue  politique,  la  paix  est  partout  rétablie.  Le 
Yun-Nan  est  parfaitement  tranquille.  Les  provinces  annamites 
du  haut  du  fleuve  le  sont  également  ;  seulement,  la  présence  des 
drapeaux  noirs,  formant  à  Lao-kay  un  petit  Ëtat,  indépendant 
de  fait,  rend  le  passage  incertain  et  dangereux.  D'un  autre  côté, 
la  navigation,  facile  jusqu'au  pied  des  rapides,  est  possible  juscpi'à 
la  frontière  de  Chine,  c'est-à-dire  jusqu'à  Lao-kay  pour  des  ba- 
teaux à  vapeur  d'un  très  faible  tirant  d'eau  et  d'une  construction 
spéciale.  Mais  au-dessus  de  ce  point,  les  rapides  deviennent  trop 
difficiles  pour  qu'on  puisse  espérer  de  les  faire  jamais  franchir  à 
des  bateaux  à  vapeur.  A  Man-Hao  s'arrête  toute  navigation  du 
fleuve.  Quant  au  commerce,  il  semble  qu'on  se  soit  singulière- 
ment exagéré,  non  pas  certes  les  ressources  naturelles  du  Yun- 
Nan,  mais  le  mouvement  auquel  elles  pourraient  actuellement 
donner  lieu...  *. 

TRIBUT    ANNAMITE,    1877 

Les  Annamites  dans  leurs  relations  avec  la  Chine  tenaient 
le  traité  de  187^  comme  non  avenu.  En  1877,  ils  envoyèrent 
Pei  Wcn-i,  avec  une  mission,  porter  le  tribut  ordinaire*  à 
Pé-king.  La  mission  annamite  passa  la  frontière  le  18  sep- 

I.  Rapport  sur  la  reconnaissance  du  fleuve  du  Tonkiny  par  M.  de 
Kergaradec...  Paris,  1877,  in-8.  —  (Ext.  de  la  Revue  maritime  et 
coloniale,) 

a.  En  1873,  le  tribut  annamite  avait  passé  la  frontière  le  37  avril. 


L  APPArRE 

elle  quilUi  la  capiL 

passage  à  Kouei-lîi 
;laralîon  suivante  à  1 
-Si: 

13  a  fait  savoir  qu'ayant  eu  ta  faveur  d'être  reçu  &  la 
'olr€  Majesté  a  daigné  accoi-der,  comme  une  faveur  à 
inc  lettre  patente,  du  satin,  de  la  pelleterie  et  d'autres 
j'il  i^tait  cliar^  d'emporter  respectueusement  dans  son 
ir  les  remettre  à  son  maître,  comme  la  marque  d'une 
ont  un  |)etit  l^.tat  n'est  pas  ordinairement  l'objet.  Il  a 
u'il  avait  fait  bon  voyage,  et  il  remercie  du  fond  du 
Cour  Céleste  de  la  misciicorde  avec  laquelle  elle  traite 
ncs  venus  de  loin'. 

esclianel  remarque'  :  <i  En  1877,  M.  de  Kergaradec 
I  soin  de  demander  au\  ambassadeurs  annamites, 
iir  départ,  si,  une  fois  arrivés  à  Pé-king,  iU  iraient 
ministre  de  France.  Ils  repondirent  qu'ils  avaient 
*  instructions  à  cet  égard;  qu'une  fois  leur  mission 
,  ils  feraient  cette  visite,  mais  seulement  après  avoir 
l'agrément  des   mandarins    chinois  chargés    de   les 

nvoyés  annamites  ne  mirent  pas  le  pied  à  la  légation 
ne  à  Pé  king:  la  conclusion  est  facile  à  tirer. 


RÉVOLTE    DE    LI    IANG-Ts'aÏ    (1878) 

grave  encore  fut  de  laisser  TAnnam  demander  Tinter- 
de  la  Chine  pour  supprimer  les  rébellions  de  sa 
t.  Vers  la  fin  de  septembre  1878,  nn  général  de  bri- 
inois,  Li  Yang-ts'aï  (Ly   Yung-lchoï),  originaire  de 


EVÉHIA,     p.    7S. 

1 87! .  d^mbre 


RÉVOLTE    DE    LI    TANG-TS'aÏ  389 

Lin-Chan  h'ién,  mécontent  de  ne  pas  obtenir  ravancement 
auquel  il  avait  droit,  réalisa  sa  fortune,  qui  était  considérable, 
leva  des  troupes,  et  envahit  FAnnam  avec  quelques  milliers 
d'hommes.  De  Tsin-tchéou,  du  Kouang-Toung,  il  passa  dans 
la  province  du  Kouang-Si,  puis  sur  le  territoire  des  tribus 
autochtones  semi-indépendantes  et   pénétra  dans  le   Tong- 
King;    il  s^empara  d'une    place  appelée  Tsieou-Lô,  et  de 
là,  attaqua  le  chef-lieu  de  la  province  tongkinoise  de  Lang- 
S'on.  Le  8  octobre,   les   troupes  auxiliaires  chinoises  ayant 
repris  de  force  Tsieou-Lô,  obligèrent  Li  Yang-ts'aï  à  battre 
en  retraite.   Un  décret  impérial  qui  avait  destitué  Li  Yang- 
ts'ai,  ordonnait  en  même  temps  à  Lieou  Kouen-I,  gouverneur 
des  deux  Kouang  et  à  Yang  Tchong-ya,  ancien  gouverneur 
du  Kouang-Si,  d'envoyer  des  troupes  pour  barrer  le  passage 
au  rebelle.  Le  général  Feung  Tseu-ts'aï  recevait  également 
Vordre  spécial  de  passer  la  frontière  avec  un  corps  d'armée 
pour  aller  lui  livrer  bataille.  Le  chef  rebelle  fut  cerné  et  pris 
sur  la  montagne  Long-teng,  près  de  la  préfecture  de  Tcho- 
yèn.  Un  décret  impérial  du  ii  décembre  1879,  parlant  des 
troupes  chinoises,  dit  «  qu'elles  s'acquittèrent  promptement 
et  avec  succès  de  la  tâche  qui  leur  était  dévolue  ;  elles  s'em- 
parèrent du  coupable  vivant,  force  reste  donc  ainsi  aux  lois 
de  la  Chine;  de  plus,   le  calme  est   du  même  coup  rétabli 
chez  ceux  que  notre  investiture  rend  nos  vassaux  » .  Li  Yang- 
Is'aï  fut  amené  à  Kouei-lin,  capitale  du  Kouang-Si,  où  il  fut 
interrogé  le  i3  novembre  :  un  décret  du  19  décembre  1879 
le  condamna  à  être  décapité  dans  cette  ville  le  27  de   la 
II*  lune  (8  janvier  1880)  et  décida  «  que  sa  tête  sera  en- 
voyée en  Annam  (Viêt-nam)  pour  y  être  exposée  aux  yeux 
de  tous  et  montrer  de  quelle  peine  est  puni  un  crime  pareil 
au  sien  ». 

Dans  son  rapport  au  Trône  (4  janvier  1880)  le  gouverneur 
du  Kouang-Si,  Tchang  Chou-cheun,  faisait  cette  remarque 
très  caractéristique  :   «  Son  crime  n'est  digne  d'aucune  in- 

CORDIEB.  Il    19 


DU    TONC-KINC 

mais,  consulcrant  que  Li  Vang-ls'aï  a  eu  pour 
sa  lévoile,  le  toniloire  (rim  i<assal  Inpcslî  par 
:as  est  diflëi-enl  de  celui  de  rebelles  qui  auraient 
erritoire  chinois,  n 

ilro  de  la  Marine,  au  sujet  de  l'envoi  de  la  tête  de 
ai  au  Tong-Ring  écrivait  à  M.  Le  Mjre  de  Vilers, 
■de  la  Cochincliinc  (ai  février  1880): 

s  doute  fort  regrellabli?,  mais  il  n'est  \ia» 
ention  militaire  cliiiioiso  cjuc  nous  avons 
ïnt  it  n'est,  à  vrai  dire,  que  la  conséquence... 
outefois  que  vous  pouvez  saisir  cette  occasion  pour 
quer  au  Gouvernement  d'Annam  que  l'intervention 
licilée  par  lui  a  porté  une  atteinte  grave  aux  droits 
it  |>our  nous  des  traita  de  1874  et  constitue  de  sa  part 
m  des  engagements  qu'il  avait  pris  vis^-vis  de  nous. 

CODVËnNEUHS   DE    LA    CCX:ir[NCHINE 

Viclor  Dnperré,  gouverneur  de  la  Cochinchine, 
?s  alTaircs  du  Tong-King  des  idées  peirsonncUes  ; 
ilonliers  abandonné  le  pays  el  l'aurait  replacé  sous 
été  (le  Pé-King;  il  ne  considérait  l'envoi  du  tribut 

Ciel  que  comme  un  simple  acte  de  courtoisie, 
lur  ainsi  dire,  qu'une  iniport<ince  purement  bisto- 
epoliliquedevaitnalurellenient  trauvcr  de  la  rt-sis- 
parldc  la  Marine  où  l'on  méditait  des  entreprises  ra- 
l'a  toujours  eu  malheureusement  pour  nous  dualité 
itique  des  amiraux-gouverneurs  de  la  Cochinchine 

nos  ministres  en  Chine;  les  premiers  faisaient  à 
es  concessions  impolitiques,  telle  que  la  licence 
un  ambassadeur  i  Pé-King,  ce  qui  contrecarrait 
lent  notre  Légation  dans  la  capitale  de  l'Empire 
serait  injuste  de  ne  pas  reconnaître  que  semblable 
c  le  gouvernement  de  l'Inde  britannique  a  gôné 
s  Wade  pour  le  règlement  de  l'afTaire  Margary. 


GOUVEKNEUBS   DE    LA    GOCHINCHIXE  3g T 

Le  contre-amiral  Lafont*,  nommé  gouverneur  et  com- 
mandant en  chef  de  la  Cochinchine  le  5  juillet  1877,  ^^^^c 
en  fonctions  le  16  octobre  suivant,  pas  plus  que  son  prédé- 
cesseur, ne  parait  avoir  eu  un  sentiment  exact  du  pays  qu'il 
était  appelé  à  administrer;  et,  pas  plus  que  Duperré  ne  s'in- 
quiétait des  rapports  de  Hué  avec  Pé-King,  il  ne  parut  se 
troubler  des  efforts  de  Tu-Duc  pour  renouer  des  relations 
avec  le  Siam. 

Le  i3  mai  1879,  M.  Le  Myre  de  Vilers*  était  nommé 
gouverneur  de  la  Cochinchine;  la  nomination  d'un  fonction- 
naire civil  marquait  la  fin  de  la  politique  préconisée  par  les 
derniers  amiraux  dont  l'ignorance  des  affaires  chinoises  au- 
rait pu  porter  un  coup  fatal  à  notre  influence  dans  l'Annam. 
M.  Le  Myre  de  Vilers  arriva  à  Saïgon,  le  5  juillet  1879,  et 
il  prenait  le  service  le  surlendemain.  Le  gouverneur  de  la 
Cochinchine  était  accompagné  d'un  fonctionnaire  des  Affaires 
Etrangères,  M.  Raindre,  second  secrétaire  d^ambassade,  dont 
les  talents  de  diplomate  devaient  lui  être  fort  utiles  pour  les 
relations  de  son  chef  avec  la  Légation  de  Pé-King. 

1.  Lafont,  Louis- Charles-Georges-J aies t  né  le  a5  avril  i8a5,  à  Fort- 
de- France  (Martinique). 

2.  LeMjre  de  Vilers,  Charles- Marie  y  né  le  17  février  i833  ;  élève 
à  rÉcole  navale,  i^'  octobre  1849;  inspirant  de  a"  classe,  i^i*  août  i85i  ; 
aspirant  de  i**'  classe,  i^^  septembre  i853  ;  enseigne  de  vaisseau,  3  fé- 
vrier i855  ;  chevalier  de  la  Légion  d'honneur,  i3  août  1869  ;  démission- 
naire, 8  mai  18&1  ;  sous-préfet  de  Joigny,  i^  mars  i863  ;  de  Bergerac, 
3o  octobre  1867  >  P^^^t  d* Alger,  11  novembre  1869  ;  admis  à  servir  avec 
son  ancien  grade,  i3  septembre  1870  ;  lieutenant  de  vaisseau,  8  décembre 
1870;  officier  de  la  Légion  d*honneur,  a6  janvier  1871  ;  licencié,  16  fé- 
vrier 1871  ;  préfet  de  la  Haute-Vienne,  a6  mai  1873  ;  directeur  général 
des  affaires  civiles  et  financières  de  l'Algérie,  conseiller  d'État,  as  février 
1877  >  gouverneur  de  la  Cochinchine,  ministre  plénipotentiaire  près  la 
coardeHué,  i3  mai  1879;  commandeur  de  la  Légion  d'honneur,  i4 
juillet  i88a  ;  admis  à  faire  valoir  ses  droits  à  la  retraite,  a5  mai  i883  ; 
ministre  plénipotentiaire  de  i^^  classe,  chargé  des  fonctions  de  résident 
général  à  Madagascar,  9  mars  1886  ;  grand  officier  de  la  Légion  d'hon- 
neur, aa  août  1888;  député  de  la  Cochinchine,  la  décembre  1889;  en 
disponibilité,  la  décembre  1889;  ambassadeur  honoraire,  la  fév.  1895. 


*  ''•n?:'s*3  *• 


393 


L^FFAIRE    DU    TONG-RING 


RAPPORT    DE    M.    RAI?iDRE,     1879 

M.  Raindre*  fut  envoyé  en  nnission  près  de  M.  Rheinart  à 
Hue,  par  M.  Le  Myre  de  Vilers  à  la  fin  de  juillet  1879.  A 
son  retour  il  Saigon  il  rédigea  (19  août  1879)  un  rapport 
qui,  écrit  le  gouverneur  de  la  Cochincbine',  «  fait  ressortir 
rimportance  de  deux  questions  sur  lesquelles  mon  attention 
s'était  déjà  portée:  Tabsence  de  communications  directes 
onlre  le  Roi  et  notre  Chargé  d'Affaires  et  la  tendance  de  la 
Cour  de  Hué  à  chercher  dans  ses  anciennes  relations  avec 
la  Chine  un  moyen  d'échapper  à  notre  prépondérance  ex- 
clusive ». 

M.  Raindre  se  mettait  en  rapport  avec  notre  Légation  de 
Clïine  et  y  adressait  à  notre  Chargé  d'Affaires,  M.  Pale- 
nôtre,  un  véritable  mémoire  dans  lequel  il  marquait  claire- 
ment la  situation  au  Tong-King: 

Saigon,  le        novembre  1879. 

Monsieur  le  Chargé  d'Affaires, 

Permet Icz-moi,  comme  entrée  en  matières,  de  Vous  présenter 
à  f>rands  traits  notre  situation  en  Indo-Chine,  telle  qu'elle,  m'est 

1.  Raindre,  Gaston,  né  le  10  janvier  i848;  licencié  en  droit,  élève  à 
TËcole  navale,  du  i*-'**  octobre  i864  au  7  décembre  i865  ;  attaché  k  la 
direction  des  consulats,  4  juin  1870;  élève-consul,  i»'  avril  1875;  à  Bu- 
carest, 3o  septembre  1875  ;  gérant  du  consulat  de  France  au  Caire,  puis 
de  l'agence  et  consulat  général  en  Egypte,  1 3  novembre  1876-1  a  décembre 
1878  ;  attaché  payé  à  la  direction  politique  à  la  disposition  de  Tagcnt  et 
consul  général  en  Egypte,  21  novembre  1877;  secrétaire  de  aidasse 
(hors  cadre)  k  la  disposition  du  gouverneur  général  de  la  Cochinchine, 
27  mai  1879  ;  chevalier  de  la  Légion  d'honneur,  la  juillet  1880;  rédac- 
teur à  la  direction  politique,  18  septembre  1880;  chargé  par  intérim  de 
l'agence  et  consulat  général  en  Egypte  du  a5  septembre  i88a  au  5  no- 
vembre i883;  conseiller  d'ambassade  &  Berlin,  4  novembre  i883  ;  secré- 
taire de  la  conférence  africaine  de  Berlin,  1 884-85  ;  officier  de  la  Légion 
d'honneur,  3  janvier  1888;  chargé  des  fonctions  de  ministre  résident  de 
France  à  Luxembourg,  10  décembre  1890;  etc.,  directeur  des  Affaires 
politiques,  23  déc,  1898. 

2.  Lettre  de  Saïgon,  24  août  1879,  *"  ministre  de  la  marine. 


RAPPORT    DE    M.    R  A  INDRE  QqS 

apparue  depuis  mon  arrivée  à  Saigon.  Cela  m'entraînera  pour 
aujourd'hui  à  être  un  peu  long,  mais  je  n'aurai  plus  ainsi  à  re- 
venir sur  tout  ce  qui  concerne  le  passe. 

Ainsi  que  vous  le  savez,  nos  relations  avec  TAnnam  sont  ré- 
glées par  deux  Traités,  Tun  politique,  du  i5  mars  187/1,  Tantrc 
commercial,  du  3i  août  de  la  même  année.  Eût-on  pu  obtenir 
à  celle  époque  des  conditions  plus  favorables  que  celles  inscriles 
dans  ces  conventions?  Au  commencement  de  1874,  à  la  suite  do 
Texpédition  de  M.  Garnier,  les  Annamites  étaient  épouvantés 
des  résultats  inouïs  obtenus  par  une  poignée  de  Français,  et  ce 
coup  de  force  avait  ravivé  le  souvenir  de  notre  supériorité  qui, 
depuis  la  conquête  des  protinces  méridionales,  était  allé  s*alTai- 
blLssanl.  L'heure  semblait  donc  propice  pour  demander  beaucoup 
et  assurer  définitivement  notre  position  en  Extrême-Orient  ; 
bien  des  gens  affirment  qu'on  pouvait  le  faire  et  que  l'amiral 
Dupré  a  été  conduit,  par  un  trop  vif  désir  de  conclure,  à  concé- 
der plus  qu'il  n'était  nécessaire.  Je  n'ai  point  qualité  pour  me 
prononcer  à  cet  égard,  mais  ce  qui  est  certain,  c'est  qu'une  fois 
la  convention  signée,  il  semble  que  tout  le  monde  se  soit  donné 
le  mot  pour  en  abandonner,  sous  un  prétexte  et  sous  ime  forme 
quelconque,  ce  qu'elle  contenait  de  meilleur,  et  j'ajouterai  que 
c'est  parfois  dans  les  milieux  mêmes  où  on  a  abandonné  le  plus 
que  j'ai  entendu  critiquer  comme  insuiïisant  l'acte  de  1874- 

Dès  1870,  on  entrait  dans  la  voie  des  concessions  ;  l'Angleterre 
réclamait  :  1°  contre  la  clause  du  traité  qui  a  pour  objet  de  con- 
sacrer la  juridiction  de  nos  consuls  sur  tous  les  Européens  en 
Annam  ;  2^  contre  les  droits  différentiels  prévus  à  l'avantage  des 
produits  importés  du  port  de  Saigon  dans  les  porls  Annamites. 
On  a  voulu  alors  donner  une  satisfaction  au  Gouvernement  Bri- 
tannique et  on  a  cherché  un  terrain  de  conciliation.  Gomment 
les  choses  se  sont-elles  passées  à  Paris,  à  cette  époque,  je  l'ignore  ; 
mais  je  ne  puis  oublier  que,  d'une  part,  le  Ministère  des  Affaires 
Etrangères  a  dû  se  sentir  moins  attaché  à  un  Traité  politique 
conclu  en  dehors  de  son  action  par  un  Gouverneur  de  Gochin- 
chine,  et  que,  d'autre  part,  lœ  sentiments  coloniaux  du  Ministère 
de  la  Marine  ont  dû  lui  rendre  bien  sensible  celle  des  réclama- 
tions qui  visait  le  port  de  Saigon.  Quoi  qu'il  en  soit,  on  a  tenu 
ferme  pour  les  droits  différentiels,  et  on  a  abandonné,  par  voie 
d'interprétation,  ce  droit  exclusif  de  juridiction  qui  était  la  ca- 
ractéristique du  protectorat  plus  ou  moins  déguisé  conféré  à  la 
France  par  le  Traité  du  i5  mars.  Les  Anglais,  après  avoir  forcé 


RAPPORT    DE    M.    RAINDRE  396 

des  Annamiles  ?  Pour  ma  part,  je  serais  peu  dispose  à  le  croire 
et  telle  semble  avoir  été,  d'ailleurs,  tout  d'abord  l'opinion  du 
Gouvernement  Français.  Nous  avons,  en  effet,  notifie  les  traités 
de  1874  à  Pé-King,  et  nous  avons  insisté  pour  que  la  Cour  de 
Hué  fasse  une  notilication  semblable,  impliquant  la  rupture  des 
liens  de  vassalité  qui  la  rattachaient  à  la  Chine.  Je  n'ai  rien 
trouvé  dans  nos  Archives  qui  me  fasse  supposer  que  nous  avons 
réussi  à  celle  époque.  Depuis,  les  Gouverneurs  de  la  Cochinchine 
paraissent  avoir  abandonné  ce  point  de  vue  et  s'être  laissé  per- 
suader de  comprendre  le  Traité  comme  suit  :  l'art.  2  ne  procla- 
merait l'indépendance  de  l'Annam  qu'au  profit  du  seul  Gouver- 
nement de  Hué  qui  resterait  libre  de  donner  sur  ce  point  au 
Traité  le  sens  qu'il  considérerait  comme  le  plus  conforme  à  ses 
intérêts.  D'autre  port,  le  §  1**'  de  l'art.  111,  malgré  sa  forme  im- 
[)éralive,  aurait  le  caractère  d'un  engagement  bilatéral  et  devrait 
(Hre  entendu  en  ce  sens,  qu'en  nous  donnant  le  droit  d'interdire 
à  rx\nnam  de  rien  changer  à  ses  relations,  il  aurait  en  même 
temps  consacré  implicitement  l'état  de  choses  existant  avant  187^ 
et  permis  à  la  Cour  de  Hué  de  nous  opposer,  comme  autant  de 
droits  acquis,  tous  ses  précédents  diplomatiques. 

On  a  trouvé  bon  dès  lors  que  la  Cour  de  Hué  continuât  à  se 
considérer  comme  vassale  de  la  Chine  et  à  lui  envover  des  A  m- 
I>assadeurs,  de  sorte  qu'un  beau  jour,  quand  des  troubles  ont 
oclatc  au  Tong-King,  c'est  une  armée  chinoise  qui  est  entrée 
dans  la  province  pour  battre  les  rebelles  sous  les  yeux  de  nos 
garnisons  de  Ha-Noï  et  de  Haï-Phong,  pendant  que  les  canon- 
nières chinoises  faisaient  la  police  des  côtes  et  brûlaient  des 
villages  et  des  jonques  en  vue  des  navires  de  notre  station  du 
Tong-King. 

Un  semblable  état  de  choses  est  ruineux  pour  notre  influence  : 
doit-on  et  peut-on  y  remédier  ?  Je  crois  que  oui.  Le  Gouverneur 
semble  disposé  à  accepter  cette  opinion,  mais  sera-t-elle  aussi 
facile  à  faire  partager  à  Paris  et  à  Pé-King  ?  Sur  ce  dernier 
jwint,  je  serais  très  heureux  d'avoir  votre  avis.  La  prise  de  Li 
Yung-tchoy  va  probablement  faire  rentrer  en  Chine  les  troupes 
impériales  ;  le  terrain  sera  ainsi  déblayé  ;  ne  jugerez-vous  pas 
opportun  que  nous  prissions  nos  mesures  pour  qu'il  ne  nous  fut 
plus  jamais  disputé  ? 

Je  ne  saurais,  d'ailleurs,  nierqu'il  faut  s'attendre  à  trouver  le 
Gouvernement  Annamite  peu  disposé  à  nous  donner  des  garan- 
ties de  ce  côté.  On  a  fort  bien  compris  à  Hué  que  le  voisin  du 


296  l'affaire  du  tong-ung 

Sud  est  aujourd'hui  le  seul  vraiment  redoutable  ;  c'est,  de  plus, 
relui  dont  Faction  est  la  plus  désastreuse  au  point  de  vue  des 
lettrés  et  des  classes  dirigeantes,  dont  les  prévarications  et  le» 
abus  seraient  tout  au  moins  fort  menacés  par  le  triomphe  de 
notre  influence.  Aussi  la  Cour  et  les  Mandarins  s*attachent-îls  à 
conserver  au  dehors  un  point  d'appui  contre  nous,  et,  en  l'élal 
présent  des  choses,  ce  n'est  guère  que  sur  la  Chine  qu'ils  peuvenl 
tenter  d'étayer  quelque  résistance. 

Je  passe  à  une  question  sur  laquelle  j'aurai  peut-être  l'occa- 
sion de  revenir  dans  mes  conversations  épistolaires  avec  vous. 
L'ouverture  du  Yun-Nan  donnerait  aux  ports  du  Tong-King  un 
développement  incalculable  ;  elle  ferait  dévier  une  partie  impor- 
tante du  commerce  de  la  Chine  vers  des  établissements  qui, 
malgré  nos  fautes,  garderont  encore,  pendant  quelque  temps  du 
moins,  comme  une  attache  française.  Croiriez-vous  le  niomenl 
propice  pour  reprendre  des  négociations  à  Pé-King.  en  vue  d'ob- 
tenir l'ouverture  au  commerce  européen  d'un  point  de  la  fron- 
tière situé  sur  le  Fleuve  Rouge?  Si  des  pourparlers  devaient 
avoir  aujourd'hui  quelque  chance  d'aboutir,  le  Gouverneur  de  la 
Cochinchine  serait  certainement  disposé  à  réveiller  la  question, 
et  une  action  combinée  entraînerait  peut-être,  de  ce  côté,  des 
résultats  importants.  Ces  résultats  eussent  été  sans  doute  plus 
désirables  encore  à  une  autre  époque,  ne  fût-ce  que  pour  nous 
amener  à  ne  rien  abandonner  dans  ce^î  pays  des  avantages  |>oli- 
tiques  si  péniblement  conquis  ;  mais  à  quoi  bon  des  regrets  ré- 
trospectifs ? 

Peut-être,  en  obligeant  l'Annam  à  se  dégager  de  la  suzeraineté 
chinoise,  rendrions-nous  plus  difficile  le  succès  de  négociations 
pour  l'ouverture  du  Yun-Nan.  Dans  l'alternative,  la  question 
politique  ne  serait-elle  pas  la  plus  urgente  ?  L'autre  viendra  fata- 
lement à  maturité  dans  un  avenir  quelconque,  alors  surtout  que 
nous  ne  serons  pas  les  seuls  intéressés. 

Signé  :  Raindre. 


ATTITUDE    DE    l'aNNAM 


L'Annam  cherchait  par  tous  les  moyens  possibles  à 
échapper  à  la  France  et,  dans  ce  but,  il  s'clTorçait  de  nouer 
des  relations  avec  ses  voisins  et  avec   les  puissances   euro- 


m 

I 


ATTITUDE    DE    L  ANNAM  297 

péennes.  Nous  avons  vu  que  Tu  Duc  avait  envoyé  en  1877 
le  tribut  à  Pé-King;  il  fit  ensuite  des  avances  au  Siam.  Le 
Siam,  1res  coTrectement,  exprima  à  TamiralLafont,  alors  gou- 
verneur de  la  Cochinchine,  le  désir  de  savoir  si  à  raison  des 
conventions  qui  liaient  TAnnam  vis-à-vis  de  la  France,  nous 
n'élèverions  pas  d'objections  à  ce  que  le  gouvernement  de 
Bang-Kok  envoyât  une  ambassade  à  Hué  pour  répondre  k 
une  démarche  analogue  dont  le  roi  Tu-Duc  avait  pris  ré- 
cemment riniliative.  L'amiral  Lafont,  tout  en  demandant  les 
instructions  au  gouvernement  français  au  sujet  de  Tlnterpré- 
tation  à  donner  h  l'article  3  du  traité  de  i87i5,  déclarait  qu'il 
ne  voyait  personnellement  aucun  inconvénient  au  rétablis- 
sement des  relations  directes  entre  le  Siam  et  TAnnam.  M.  Le 
Myre  de  Vilers  se  montra  d'un  avis    totalement  opposé  et, 
sans  redouter  un  danger  quelconque,  pour  la  sécurité  de  notre 
colonie  par  suit€  d'un  rapprochement  entre  les  deux  royaumes 
asiatiques,  il  trouvait  nécessaire  d'arrêter  les  velléités  d'éman- 
cipation de    Tu-Duc    désireux    de  restreindre  autant  qu'il 
était  en   son  pouvoir  les  effets   d'un  traité  que  lui  avaient 
imposé  ses  défaites. 

Le  ministre  de  la  Marine  écrivait  au  gouverneur  le  9  sep- 
lerabre  1879: 

M.  Waddinglon  pense,  comme  moi,  qu'il  n'y  a  pas  lieu  de 
prendre  ombrage  d'un  fait  qui  ne  porte  pas  directement  atteinte 
à  l'influence  prépondérante  que  les  traités  de  187/4  nous  ont 
assurée.  Toutefois,  il  est  d'avis  qu'il  y  a  lieu  d'écarter  par  avance 
toute  occasion  d'intervention  du  gouvernement  siamois  dans  les 
Affaires  de  TAnnam  dont,  seuls,  nous  devons  connaître,  et  pour 
lesquelles  notre  compétence  exclusive  a  été  consacrée  par  la  Con- 
vention précitée. 

En  réponse  à  la  lettre  que  lui  adressait  M.  Le  Myre  de 
Vilers  le  20  septembre,  et  dans  laquelle  le  gouverneur  ex- 
posait les  vues  que  j'indique  plus  haut,  le  ministre  de  la 
Marine  répondait  le  5  novembre  1879  : 


398  l'affaire   du    TONG-KING 

La  politique  annamite,  enserrée  par  le  traité  de  1874.  cherche 
à  échapper  aux  conséquences  de  sa  situation  dépendante  vis-^-\is 
de  nous,  en  renouant  les  liens  qui  l'unissaient  aux  autres  puis- 
sances de  rExtréme-Orienl.  Il  ne  peut  entrer  dans  nos  vues  cl 
nos  intérêts  d'encourager  ces  tentatives  par  notre  laisser-aller  et, 
puisque  le  Gouvernement  Siamois  nous  a  demandé  si  nous  voyons 
des  objections  à  cette  reprise  de  rapports,  je  pense  que  nous 
devons  en  profiter  pour  aîïirmer  de  nouveau  notre  situation  pré- 
pondérante sur  TAnnam  en  déconseillant  au  cabinet  de  Bangkok 
l'envoi  d'une  x\mbassade  Siamoise  à  Hué. 

L'attitude  correcte  du  gouvernement  siamois  évita  toulo 
dilliculté;  c'est  par  notre  intermédiaire  qu'il  envoie  ses  ca- 
deaux au  roi  d'Annam  : 

Paris,  le  28  février  1882. 

Monsieur  le  Gouverneur  *, 

Par  lettre  en  date  du  4  janvier  dernier,  vous  m'avez  fait 
connaître  que  le  Gouvernement  de  Siam,  désireux  de  se  délier 
des  obligations  qu'il  a  contractées  vis-à-vis  du  gouvernement 
annamite  par  la  réception  des  présents  portés  par  l'ambassade  de 
1879,  sollicite  notre  concours  pour  faire  parvenir  h  son  tour,  à 
Sa  Majesté  Ïu-I)uc  par  notre  intermédiaire  et  à  ses  frais,  ses 
présents  et  une  lettre  autographe  du  Roi. 

En  nous  choisissant  pour  intermédiaire,  le  gouvernement  sia- 
mois se  conforme  aux  traités  conclus  en  1874,  qui  interdisent 
à  l'Annam  d'entretenir  des  relations  directes  avec  toute  autre 
puissance  que  la  France. 

Je  ne  puis  que  vous  féliciter  d'avoir  réussi  à  amener  la  Cour 
de  Bangkok  à  employer  notre  intermédiaire  auprès  du  Gouver- 
nement de  Hué,  et  à  renoncer  définitivement  à  la  reprise  de  re- 
lations interrompues  entre  les  deux  pays  depuis  i83o. 

Ainsi  que  vous  le  dites,  celte  solution  vient  terminer  très  favo- 
rablement pour  nos  intérêts  la  ligne  de  conduite  que  vous  vous 
étiez  vous-même  tracée  dans  la  lettre  adressée  par  vous  au  Dé- 
partement le  19  mai  1880. 

I.  Lettre  du  ministre  de  la  marine  à  M.  Le  M^rre  de  Vilers. 


L  ESPAGNE  399 


LES    PUlSSA^iCES    EUROPEENNES 

La  question  était  plus  grave  avec  les  puissances  euro- 
péennes. 

Nous  eûmes  le  plus  grand  tort  à  la  suite  du  traité  du 
i5  mai  187^  d'écouter  les  criailleries  du  gouvernement  an- 
glais et,  en  cédant  aux  réclamations  de  ce  pays,  en  ce  (|ui 
concerne  Tinterdiction  au  gouvernement  annamite  de  rien 
changer  à  Tétat  de  ses  relations  avec  les  puissances  étrangères 
(Article  16  du  traité),  nous  amoindrissions  encore  les  eflets 
d'une  convention  déjà  défectueuse,  et  nous  renoncions  taci- 
tement au  principe  du  protectorat. 

Vers  le  mois  d'août  1878,  le  Chargé  d'Affaires  d'Alle- 
magne faisait  part  à  la  France  de  l'intention  de  son  gouver- 
nement d'établir  des  consuls  au  Tong-King,  à  Haï-phong 
notamment.  Le  précédent  créé  pour  l'Angleterre  ne  nous 
permettait  pas  de  refuser  la  demande  de  l'Allemagne. 

l'espagne 

Avec  l'Espagne,  l'affaire  se  compliqua.  L'Espagne  envoya 
une  mission  spéciale,  dirigée  par  le  colonel  Ordonez,  chargée 
de  signer  un  traité  avec  l'Annam  : 

Le  Colonel  Ordonez,  écrit  M.  Le  Mvre  de  Vilers  ',  sVsl  cm- 
barque  à  Singaporc  sur  l'aviso  espagnol  Marquez  del  Duero  qui 
•est  venu  mouiller  le  19  août  en  rade  de  Saigon.  Le  personnel  do 
la  mission  de  M.  Ordonez  se  compose  d'un  attaché  an  Ministère 
des  Affaires  Étrangères  et  de  deux  otiîciers  de  Marine.  J'ai  fait  le 
meilleur  accueil  à  l'envoyé,  à  son  personnel  et  à  rElat-niajor  de 
l'aviso.  M.  Ordonez  a  témoigné  d'ailleurs  très  visiblement  de  son 
désir  de  se  faire  bien  venir,  non  seulement  au  palais  du  Gou- 
vernement, mais  encore  dans  la  colonie.  C'est  ainsi  que,  dès  le 

I.  Au  ministre  de  la  marine,  Saigon,  34  août  1879. 


m  <l(;  son  arrivée,  il  a  TaiL  des  visites  à  tous  les  prinri- 
LctîonTiaires  de  Saigon. 

(«niions  que  le  plt^nipotcntinirc  espagnol  m'a  exprimées 
iuivanlcs  :  il  comptait  pasiser  quatre  mois  on  Indo-Chine, 
rc.  pendant  ce  tcm|>s,  la  direction  provisoire  du  Consulat 
ic  à  Saigon,  confiée  en  ce  moment  au  consul  d'Italie  en 
d'un  titulaire.  De  Saîgon  considéré  comme  son  point 
■■  l'agent  espagnol  voulait  se  rendre  successivement  » 
r  négocier  le  traité  de  commerce  qui  forme  l'objet  prin- 
sa  mission,  Ji  liangkok  et  à  Phnotn-Penl)  pour  saluer  les 
is  de  Siam  et  du  Cambodge  et  leur  porter  des  présents. 

jclara  à  M.  Ordoilcz  qu'il  trouverait  auprès  des  auln- 
concours  nécessaire  pour  signer  un  traité  avec  l'Aii- 
.  Ordorlex  expliquait  ainsi  les  motifs  de  sa  mission 
isons  pour  lesquelles  l'Espagne  désirait  conclure  une 
on  commerciale  avec  r.\nnam  ;  o  Le  jeune  roi 
c  aurait  été  flatté  de  la  visite  des  ambassadeurs  de 
à  Madrid  et  il  l'a  témoigné,  parait-il,  en  leur  faisant 
eil  hors  de  proportion  avec  leur  importance  et  celle 
souverain,  il  compte  le  reconnaître  encore  par  de 
résents  dont  .M.  Ordofle/.  est  porteur  pour  la  cmir  de 
aulrc  part,  M.  Martine;'.  Campos  a  été  vivement  sol- 
r  les  Cubains,  ses  anciens  administrés,  de  trou%er 
lillcurs  asiatiques  pour  remplacer  les  nègres  qui  font 
ant  défaut  à  Cuba,  et  le  président  du  Conseil  aurait 
la  conclusion  d'un  traité  autorisant  les  Annamites  à 
er,  donnerait  à  la  colonie  les  coolies  qu'elle  réclanio  ; 
lat  parait  toutefois  fort  doulcu.i  quand  on  connaît  le 
3  des  indigènes.  » 

à  ces  motifs  s'ajoutait  peul-élre  le  souvenir  de   la 
ïe  de  1860  faite  avec  la  France  et  le  désir  de  ne  pas 
ntièrenient  prescrire  l'influence  acquise  alors. 
7  janvier   1880,   un  traité  était  signé  à  Hué  entre 
le  et  r.\nnam. 
;  qui  concernait  le  \oyago  an  Cambodge,  on  Gt  ob- 


L*ESPAGNE  Soi 

sener  à  M.  Ordoîiez  qu'il  présenterait  de  grands  inconvé- 
nients et  qu'il  était  difficile  à  la  France  de  Tautoriser.  D'autre 
part,  en  juin  1880,  M.  de  Freycinet  chargea  notre  ambassa- 
deur à  Madrid  d'appeler  l'attention  du  gouvernement  espagnol 
sur  les  objections  que  devaient  nécessairement  rencontrer  les 
démarches  de  M.  Ordofiez.  Le  2  juillet,  le  ministre  de  la 
Marine  pouvait  écrire  au  gouverneur  de  la  Cochinchine  que 
le  Marquis  del  Pazzo  de  la  Merced  avait  accepté  la  déclara- 
tion de  notre  ambassadeur  et  la  décision  du  gouvernement 
de  la  Cochinchine. 

La  lettre  suivante  clôt  l'incident,  qui  n'a  été  rendu  im- 
portant que  par  l'excès  de  zèle  de  l'envoyé  espagnol. 

En  effet  le  vicomte  de  Bresson,  Chargé  d'Affaires  de  France 
à  Madrid,  écrivait  (Madrid,  i4  août  1880)  au  Président  du 
Conseil,  Ministre  des  Affaires  étrangères  : 

Jai  rappelé  à  M.  le  Ministre  d'État  que,  dans  son  entretien 
avec  M.  rÂniiral  Jaurès*  au  commencement  de  juin,  il  avait  paru 
admettre  complètement  la  légitimité  des  motifs  invoqués  par 
M.  le  Gouverneur  de  la  Cochinchine  pour  s'opposer  au  voyage 
de  M.  le  Colonel  Ordonez  à  la  Cour  du  Roi  du  Cambodge,  et 
qu'en  conséquence  le  Gouvernement  de  la  République  avait  lieu 
d'espérer  que  des  instructions  avaient  été  envoyées  dans  ce  sens 
au  plénipotentiaire  espagnol. 

M.  Elduayen  m'a  répondu  qu'il  n'avait  rien  à  retirer  des  assu- 
rances qu'il  avait  données  à  ce  sujet  à  M.  l'Amiral  Jaurès,  et 
qu'en  effet,  peu  de  jours  après  avoir  traité  la  question  avec  lui, 
il  avait  adressé  lui-même  une  lettre  particulière  à  M.  le  Colonel 
Ordonez,  pour  l'inviter  h  renoncer  à  son  projet.  Il  avait  dit  que, 
pur  sa.  part,  il  n'avait  jamais  attaché  d'importance  à  cette  vi- 
site qui,  en  tout  état  de  cause,  ne  devait  avoir  d'autre  caractère 
cfue  celui  d'une  démarche  de  pure  courtoisie  vis-à-vis  du  roi 
N'orodom,  et  que  par  suite,  il  n'avait  éprouvé  aucune  difficulté  à 
acquiescer  à  notre  désir  de  ne  pas  la  voir  se  réaliser.  Enfm  M.  le 
Ministre  d'Ëtat  a  ajouté  que  la  mission  du  Colonel  Ordonez  se 
trouvant  terminée  par  la  signature  du  Traité  avec  l'Annam,  il 

1.  Ambassadeur  de  France  à  Madrid,  depuis  le  13  décembre  1878. 


LETTRE  DU  MINISTRE  ANNAMITE  DES  AFFAIRES  ÉTRANGÈRES     3o3 

a  /honneur  d'adresser  la  présente  lellrc  respectueuse  h  Son  Kx- 
celkncc  M.  le  Gouverneur  de  la  Cochinchine  Française. 

Alors  que  Monsieur   Philastre,  chargé  d*afTaires  de  France  à 

Hué,  était  encore  ici,  il  m*a  informé  de  l'abdication  de  l'ex-em- 

pereur  des  Français*  et  de  ravènement  de  son  successeur;  celte 

nouyelle  ma  été  confirmée  par  M.  Rheinart,  Chargé  d'aflaires 

actuel. 

J'ai  fait  part  de  cet  avènement  à  mon  Souverain  qui,  pour 
témoigner  manifestement  ses  sentiments  de  cordialité,  a  décidé 
qu'une  ambassade  partirait  pour  Paris  Tannée  prochaine,  afin  de 
présenter  ses  félicitations  au  nouveau  souverain  et  donner  ainsi 
un  f*clatant  témoignage  de  sinc^re  amitié. 

Sa  Majesté  fait  parvenir  à  ce  sujet  une  lettre  à  Sa  Majesté 
r  Empereur  des  Français  ^. 

J'ai  l'honneur  de  prier  votre  Excellence,  aussitôt  qu'il  aura 
été  statué  sur  la  date  à  laquelle  l'Ambassade  pourra  se  mettre  en 
route,  de  vouloir  bien  m'en  informer. 

Conformément  aux  ordres  de  mon  Souverain,  la  Dépêche  de 
Sa  Majesté  est  scellée  et  recouverte  d'une  enveloppe  sur  laquelle 
une  adresse  très  lisible  a  été  écrite,  la  dite  dépêche  est  en  outre 
renfermée  dans  une  boite  et  elle  parviendra  à  votre  Excellence 
par  l'intermédiaire  du  Gouverneur  du  Binh-Thuan  à  qui  elle  a 
été  envoyée. 

J'ai  adressé  une  lettre  à  Monsieur  le  Chargé  d'aflaires  de  France 
à  Hué,  pour  lui  faire  part  de  l'envoi  de  la  I)é[3éche  de  Sa  Ma- 
jesté. 

C'est  aussi  pour  faire  part  de  cet  envoi  h  Votre  Excellence  que 
ai  l'honneur  de  lui  adresser  la  présente  lettre,  La  priant  de  vou- 
oir  bien  se  charger  de  faire  parvenir  avec  sûreté  à  son  adresse  la 
dépêche  précitée,  et  l'envoi  terminé,  de  m'honorer  d'une  réponse, 
afin  d'être  fixé. 

Tel  est  mon  désir, 
ao*  jour  8*  mois,  32"  année  de  Tu-Duc 
(5  octobre  1879). 


1.  Le  Président  de  la  République,  maréchal  de  Mac-Mahon,  qui  donna 
sa  démission,  le  3o  janvier  1879. 
a.  M.  Jules  Grévj, 


.»  • 


i 


LETTRE    DU    flOI    TU-DUC    AU    PRÉSIDENT    DE    LA    RÉPUBLIQUE 

Hué,  le  5  octobre  1879. 

Sa  Majpïlf^  l'Empereur  d'Annam  a  l'honneur  d'adresser  la 
présenlcd6[>felieh  Sa  "Majesté  l'Empereur  des  Français,  La  priant 
de  l'examiner  de  son  Palais. 

Notre  Ministre  des  AlTaires  Etrangères  nous  a  informé  que 
Monsieur  Pliilaslre,  ex-cliargé  d'aiïairea  de  France  h  Hué,  lui 
avait  annoncé  l'abdication  de  l'ex-Empcreur  cl  l'avènement  do 
Votre  Majesté  :  cette  nouvelle  nous  a  été  confirmée  par  Monsieur 
Rheinart,  Cliar^  d'affaires  actuel. 

L'intimité  réciproque  des  deux  Gouvernements  étant  une  choao 
sacrée  (religion)  il  faut  pour  la  maintenir  être  pénétré  de  sincé- 
rité et  de  confiance  en  se  faisant  parfois  des  visitcj  de  réciprocité 
pour  donner  plus  de  témoignage  aux  bons  rapports. 

Un  traité  de  paix  a  été  conclu  entre  les  deux  nations  il  n'v  a 
guère  plus  de  dix  années,  mais  des  liens  d'amitié  dataient  déjà 
depuis  près  d'un  siècle.  Des  navires,  des  armes  nous  ont  été  gra- 
cieusement donnés.  Tout  cela  prouve  indubitablement  de  l'amicié 
et  le  désir  do  nous  être  utile  (nous  secourir). 

Indépendamment  de  cela,  les  récentes  nouvelles  que  nous  ont 
apportées  nos  Ambassadeurs  (l'échange  des  présents)  n'ont  fait 
qu'ajouter  aux  sentiments  d'intimité  :  aussi,  quoique  séparé  ]Mr 
les  mers  de  plusieurs  milliers  de  lieues,  notre  souvenir  d'un  seul 
jour  est  égal  h  trois  automnes. 

Maintenant  que  votre  Majesté  est  sur  le  Inine,  nous  ne  dou- 
tons pas  un  seul  instant  qu'Ellc  fera,  en  toutes  circonstances, 
tous  ses  cITorts  pour  maintenir  une  cordiale  amitié,  en  la  rendant 
plus  vivifiante  encore. 

Nous  venons  de  décider  qu'une  ambassade  de  courtoisie  se 
rendrait  l'année  procliaine  k  Paris  pour  féliciter  votre  Majesté, 
afin  de  manifester  les  seutimenU  de  cordialité  dont  nous  sommes 
animés  et  témoigner  de  notre  éternel  atlacliement. 

Noua  ne  cessons  de  former  des  vœux  jKJur  la  prospérité  et  la 
jouissance  de  la  France,  de  même  que  nous  comptons  sur  l'irré- 
vocable bouté  de  cœur  de  Votre  Majesté  pour  la  prospérité  et  le 
bonheur  commun  des  deux  nations. 

Les  clforts  de  Voire  Majesté  en  ces  diverses  circonstances  con- 


M.    PATENÔTRE    A    PÉ-KING  3o5 

tribueront  à  la  perpétuelle  harmonie  des  deux  nations,  ce  qui  est 
de  la  plus  haute  importance. 

Tel  est  mon  fervent  désir. 

Nous  adressons  les  présentes  dépêches  à  Votre  Majesté  La  priant 
de  vouloir  bien  en  prendre  clairement  connaissance. 

Pour  ce  qui  concerne  le  départ  de  l'ambassade,  je  prie  Voire 
Majesté  de  vouloir  bien  me  faire  connaître  l'époque  convenable 
à  laquelle  elle  pourra  partir  d'ici. 

32*  année  de  Tu-Duc,  8*  mois,  ao*  jour 
(5  octobre  1879). 

M.  Le  Myre  de  Vilers,  dans  sa  lettre  au  Ministre  Anna- 
mite, évita  de  préjuger  l'accueil  qui  serait  fait  par  le  Gou- 
vernement de  la  République  au  projet  du  roi  Tu-Duc. 

M.    PATENÔTRE    A    PÉ-KING 

Pendant  ce  temps,  la  Légation  de  France  à  Pé-King  restait 
dans  rignorance  la  plus  complète  de  ce  qui  se  passait  dans 
TAnnam.  Les  journaux  de  Chang-Haï  annonçaient  comme 
imminentes  l'occupation  du  Tong-King  par  les  Français  et 
la  nomination  de  l'amiral  Charles  Duperré  comme  futur 
commandant  en  chef  chargé  de  s'entendre  avec  M.  Le  Myre 
de  Vilers. 

M.  Patenôtre  se  plaint  amèrement  de  la  situation  qui  lui 
est  faite  à  Pé-King,  à  M.  Waddington,  ministre  des  Affaires 
Étrangères  (28  février  1880): 

J'ai  déjà  pris  la  liberté  de  signaler  à  plusieurs  reprises  les  sérieux 
inconvénients,  résultant  de  l'ignorance  où  l'on  est  presque  toujours 
à  Pé-King  de  la  ligne  politique  suivie  par  le  Département  dos  Co- 
lonies, vis-à-vis  de  l'Annam.  J'ai  montré  les  contradictions  inévi- 
tables qui  en  sont  la  conséquence,  —  l'envoi  en  Chine,  par  exemple, 
d'une  ambassade  annamite,  considérée  à  Saigon  comme  sans  im- 
portance, alors  que  la  Légation  la  dénonçait  comme  un  acte  do 
>assalité  parfaitement  caractérise'',  —  les  troupes  impériales,  laissées 
libres  de  faire  la  police  du  Tong-King,  alors  que  M.  de  Ro- 
chechouart  était  invité  par  le  Département  à  notifier  au  Tsoung-li 

CoRDiER.  II.  —  20 


notre  rcrme  r^solulion  v  de  ne  pas  reconnaître  à  d'autres 
<u-mimet  U  droit  de  rélahlir  l'ordre  »  dans  les  étals  de  Tu 
»  rappelé  à  ce  propos  que  M.  Itrenier  de  Montmorand, 

conslatanl  l'opporlunilé  qu'il  y  aurait  à  demander  des 
ions  catégoriques  au  Cabinet  de  Pé-King  pour  la  ^iola- 
la  rrontiî're  annamite,  avait  cru  devoir  s'abstenir  de  toute 
l)e  de  ce  genre,  vu  la  presque  certitude  où  il  était  de 
loint  soutenu  dans  ses  i-éc  la  mations  par  l'Administration 
le.  J'ai  dû,  pour  les  mêmes  raisons,  —  ainsi  que  je  l'ni 
^'otre  F^xcctlence,  laisser  passer  sans  protcslalions  les  difTé- 
L'crels,  insérés  récemment  à  la  Ciozelte  de  Pé-King  el 
.  à  réveiller  le  souvenir  d'une  suïierainelé.  dont  le  traité 
iiars  187;!,  avait  pi-écisi'-ment  jiour  objet  d'effacer  les  dcr- 

jtais  que  noti'c  inaction  prolongée  ne  pouvait  manquer 
rager  la  Chine  dans  une  voie  de  revendication  où  elle  ne 
rait  aucun  obstacle  el  qu'il  était  assez  naturel  qu'elle  eût 
:  peine  fi  croire  à  la  réalité  d'un  protectorat  qui,  jusqu'ici, 
lit  allirmé  que  dans  des  protocoles.  Un  incident,  qu'il 
t  de  réduire  à  de  justes  proportioiis,  mais  sur  le(|uel  je 
anmoins  utile  d'appeler  l'attention  de  Votre  Eicetlcnce. 
ait  prouver  que.  dans  cet  ordre  d'idées,  les  illusions  du 
icnicnt  Im|M'rial  sont  peut-être  plus  grandes  encore  qu'on 

)  février,  le  corps  diplomatique  s'était  rendu  au  Tsourig-li 
pour  présenter  ses  complinients  au  Prince  Koung,  a 
m  du  jour  de  l'an  chinoiii.  .\u  moment  où  nous  prenions 
!>  Son  Altesse,  un  des  membres  du  Yamen  s'approcha  de 
5ria  et  le  pria  de  différer  son  du|>art  de  quelques  instants, 
Lan!  qu'onavaitune  communication  h  lui  faire  :  la  môme 
jt  adressée  à  M.  Areiidt,  premier  interprète  de  la  Léga- 
Ucmagne.  M.  Arendt  et  M.  Devéria  ayant  été  conduilsà 
ordinaire  des  Conférences,  un  des  Secrétaires  du  Ynmen 
cnt  alors  au  nombre  de  quatre)  remit  k  l'interprète  allc- 
n  pli  sans  suscrlption  en  lui  disant  :  «  Voici  la  note 
que  vous  nous  avez  demandée.  »  M,  Arendt  semblait 
ce  dont  il  s'agissait  :  il  prit  la  pièce  qu'on  lui  tendait  et 
n  devoir  de  la  parcourir.  Un  des  autres  mandarins,  se 
l  alors  vers  M.  Devéria,  lui  dit  h  liButc  vois  :  «  Les 
\  [larlcnt  de  vos  projets  sur  le  Tong-King.  Avcz-vous  lu 
dans  le  Cken-Pao  ?»  Il  lui  pré- 


M.    PATETI^RE    A    PÉ-RING  3o7 

sentait  en  même  temps  un  papier  sur  lequel  étaient  transcrites 
quelques  lignes,  dont  je  donne  ci-après  la  traduction  : 

«  Le  Chen-Pao  du  a*  jour  de  la  la"  lune  (i 3  janvier  î88o) 
publie  les  détails  suivants,  extraits  d*un  journal  français  : 

t  La  France  désire  Touverture  du  Song-Koy  à  la  navigation  ; 
ce  fleuve  est  en  communication  avec  le  Yun-Nan. 

<  Le  Gouvernement  Annamite  n'y  a  pas  encore  consenti,  mais 
ia  France  Vy  contraindra  certainement.  Si  la  France  n'obtenait 
pas  ce  qu'elle  désire,  les  deux  Ëtats  cesseraient  d'être  d'accord  et 
une  guerre  ne  manquerait  pas  de  s'ensuivre.  » 

M.  Devcria,  assez  surpris  de  voir  la  conversation  s'engager  sur 
ce  terrain,  en  présence  de  l'interprète  alleman4«  répondit  qu'il 
ignorait  ce  qui  avait  pu  motiver  l'article  mentionné  par  le 
Chen  Pao,  que  le  rédacteur  de  celte  note  était  vraisemblablement 
a«»ez  mal  renseigné,  puisqu'il  paraissait  ne  pas  savoir  que  la  libre 
navigation  du  Song-Koy  était  spécifiée  dans  notre  traité  avec 
r.Vnnam,  que  l'acte  de  1874  ayant  été  communiqué  ofliciellemcnt 
au  gouvernement  chinois,  le  Tsoung-li  Yamen  devait,  d'ailleurs, 
èlre  depuis  longtemps  fixé  à  cet  égard,  et  qu'il  ne  comprenait 
pas  trop  pourquoi  une  semblable  question  lui  était  posée.  » 

Le  Secrétaire  chinois  répondit  d'un  ton  assez  embarrassé  «  que 
a  cet  article  avait  été  signalé  à  l'attention  du  Yamen  par  le 
«  D'  Martin  (Directeur  du  Collège  de  Pé-Ring)  et  qu'en  raison 
c  des  liens  de  vassalité  qui  rattachaient  l'Annam  à  la  Chine,  le 
«  Gouvernement  Impérial  ne  pouvait  manquer  de  s'intéresser  à 
«  ce  qui  concernait  le  Tong-King.  » 

Le  premier  Interprète  de  la  Légation  jugea  prudent  de  couper 
court  à  une  discussion  qui  s'ouvrait  dans  des  conditions  aussi 
délicates  et  se  contenta  de  renvoyer  encore  une  fois  son  interlo- 
cuteur au  traité  de  1874.  L'entretien  en  resta  là  et  M.  Devéria 
partit  avec  M.  Arendt  sans  qu'un  seul  mot  fût  échangé  entre  eux 
au  sujet  de  cet  incident. 

Mais  le  fardeau  des  afTaires  de  Chine  allait  passer  sur  les 
épaules  de  M.  Bourée  qui  arrivait  avec  un  plan  arrêté  à 
Paris, 


r*^^'^ 


CHAPITRE  XV 

L'AFFAIRE  DU  T0N6-KIN6 

(Suite.) 

M.  Bourée  était  arrivé  à  Pé-King  le  12  juin  1880*;  avant 
son  départ,  à  la  fin  du  ministère  Waddington,  un  plan  de 
conduite  lui  avait  été  tracé  par  la  direction  politique.  Il 
était  convenu  que,  dès  que  les  circonstances  le  permettraient, 
une  démonstration  aurait  lieu  à  Tcntrée  de  la  rivière  de 
Hué,  au  moment  où  la  Chine  était  occupée  ailleurs  (affaire 
de  Kouldja),  qu'un  envoyé  se  rendrait  à  la  cour  de  Tu-Duc 
et  que  par  un  coup  de  main,  la  vallée  du  Fleuve-Rouge 
serait  occupée  par  nos  troupes  au  nom  de  TAnnam.  L'ordre, 
rétabli  par  la  France,  au  Tong-King,  rendrait  dorénavant 
inutile  le  recours  du  souverain  de  Hué  à  la  Chine  :  c'était  le 
plan  de  l'amiral  Jauréguiberry,  ministre  de  la  Marine. 
M.  Waddington  se  relirait  le  27  décembre  1879  et  était 
remplacé  par  M.  de  Freycinet. 

M.    DE    FREYCINET. 

Le  nouveau  ministre  des  affaires  étrangères,  M.  de  Frey- 
cinet, écrivait  en  janvier  1880  à  M.  Patenôtre  : 

«  Il  faut  surtout,  disait-il  en  substance,  ne  rien  faire  qui  puisse 
nous  exposer  à  un  conflit  avec  le  Céleste  Empire,  car  si  le  fait 

T.  Voir  p.  i46. 


NOUVEAU    TRI  BIT    ANNAMITE  3o() 

devait  se  produire,  la  somme  des  dangers  et  des  sacrifices  aux- 
quels nous  pourrions  être  entraînés,  dépasserait  tellement  les 
avantages  qu^il  y  aurait  à  attendre  de  notre  entreprise,  au  Tong- 
King,  que  le  plus  sage  serait  peut-être  d*y  renoncer  tout  à  fait.  » 

Cependant,  M.  de  Freycinel  ne  tardait  pas  à  se  rallier 
aux  idées  de  Painiral  Jauréguiberry  auquel  il  écrivait  : 

Paris,  le  36  juillet  1880. 

D'après  rétude'de  nouveaux  documents  sur  le  Tong-King,  je 
crois  que  votre  première  idée  d'occupation  de  ce  pays  était  plus 
juste  que  celle  d'une  simple  police  des  embouchures  du  ileuvo, 
à  laquelle  s'est  rallié  le  Conseil  des  Ministres.  A  mon  sens,  il 
faudrait  en  revenir  à  la  pensée  d'une  véritable  expédition  abou- 
tissant à  une  solide  occupation  du  fleuve  jusque  dans  sa  partie 
supérieure.  D'après  les  derniers  témoignages  qui  m'ont  été  four- 
nis, 3  000  hommes  sufliraient,  et  l'on  serait  largement  rémunéré 
des  frais  par  le  produit  de  la  douane  sur  les  ports  de  commerce 
sur  le  fleuve.  Il  n'y  aurait  aucune  complication  à  redouter  du 
côté  de  la  Chine,  qui  peut-être  même  verrait  volontiers  qu'on  la 
soulageât  de  la  police  intermittente  qu'elle  fait  actuellement  aux 
embouchures  pour  protéger  son  commerce  de  Canton  * . 

M.  Bouréc,  en  passant  à  Saigon,  vit  M.  Le  Myre  de  Vi- 
lers,  qui  avait  d'ailleurs  ses  idées  personnelles  sur  la  poli- 
tique à  suivre  au  Tong-King  ;  il  était  partisan  de  l'annexion 
de  portions  successives  de  territoire,  mais  non  d'une  conquête 
en  bloc.  Ce  plan  a  admirablement  réussi  aux  Russes  en 
Transcaspie,  mais  dans  cette  région,  rien  ne  pouvait  contre- 
carrer les  projets  de  l'envahisseur,  tandis  que  dans  l'Annam, 
nous  avions  à  craindre,  nous  avions  même  subi,  l'ingérence 
de  puissances  étrangères. 

NOUVEAU    TRIBUT    ANNAMITE ,     1880-I 

Le  roi  Tu-Duc  continuait  à  resserrer  de  plus  en  plus  ses 
I.  Livre  jaune.  Affaire  du  Tonkin^  18741  décembre  1882,  p.  i56. 


issalité  envers  la  Chine  cl  nous  avons  vu  que 
s  efforts,  il  avait  envoyé  le  tribut  en  1877:  en 
cril  au  Gouverneur  du  Kouang-SÏ  pour  savoir  à 
que  le  tribut  devra  franchir  la  frontière. 

^liou-Chcnj^'.  gouverneur  delà  province  du  Kouang- 
lent  nommé  Vicc-rol  du  Kouang-Si  et  du  Kouang- 
igenouille  pour  rapporter  à  la  Cour  ijuc  le  roi  de  Vîcl- 
linchine),  devait  faire  parvenir  son  tribut  l'année  du 
■se',  demande  qu'on  lui  fasse  savoir  h  quelle  époque 
Icvra  franchir  la  fronliérc.  En  conséquence  de  celte 
Tchang  Chou-Cheng  lève  les  yeux  vers  Leurs  Majestés 
[nandant  dos  instructions  : 

lang  Chou-Clicng,  j'ai  reçu  du  roi  Ngujèn-phuoc-lhi  ' 
une  missive',  dans  laquelle  ce  prince  me  dit  qu'à 
laquelle  il  doit  faire  parvenir  (&  Pé-King)  le  tribut 
ire  tombe  la  septième  année  du  règne  de  l'Empereur 
u,  c'est-ù-dirc  l'année  du  cycle  Hing-se,  que  les  régle- 
imposcnt  de  choisir  des  fonctionnaires  assislanU  ',  pour 
'spcctuciisement  les  objets  détermines  par  l'Etiquette  ; 

■  savoir  en  quel  mois  et  quel  jour,  il  leur  sera  permis 

■  la  frontière,  il  me  demande  une  réponse  h  la  teneur 
il  se  conformera. 

.la  communication  que  m'a  faite  ce  prince, 
ements  établissent  que  lous  les  quatre  ans.  le  Viet- 
lochinchine)  doit  apporter  son  tribut;  c'est  l'anuée 
:iue  tombe  celte  échéance,  aussi  le  roi  alteiid-il  i\t!s 
s.  Je  me  fais  tin  devoir  de  rapporter  ces  faits  a  la  Cour 
andant  h  quelle  époque,  l'année  prochaine,  elle  vou- 

te  de  Pé-King.  5  mai  18R0. 

e  du  cycle  Hing-se  ne  commencera  que  lo  3o  janvier  1881. 

oua  lequel  Tu  Duc  a  reçu  de  U  Chine  ron  investiture  i,  Hué 

me  do  eorreipondancc  dont  s'est  servi  le  roi  Tu-Duc,  en  écri- 
lemeur  du  Kouang-Si,  est  em|<loj6o  en  Chine  par  un  intérieiir 
son  supérieur.  La  coDimunicalion  que  doit  lui  adresser  le 
et  à  laquelle  il  est  fail  allusion  plus  loin,  Tchao  Houei.  esl 
a  correspondance  dVgal  à  égal. 

s  lequel  le  gouvornenient  chinois  désigne  d'une  manière 
is  des  Ëlats  vassaui. 


NOUVEAU    TRIBUT    ANNAMITE  3ll 

dra  bien  permettre  aux  fonctionnaires  de  ce  royaume  d'entrer  à 
Pé-King.  De  la  sorte  je  pourrai  déterminer  la  date  à  laquelle  ils 
devront  passer  la  frontière  et  en  donner  communication  *  au 
roi,  pour  sa  gouverne. 

C'est  conjointement  avec  Yu-Kouan,  vice-roi  intérimaire  des 
deux  Kouang,  que  nous  venons  nous  adresser  respectueusement 
à  la  Cour  et  conformément  aux  Rites  le  présent  rapport  auquel 
noii:$  annexons  la  copie  de  la  lettre  originale  que  m'a  écrite  le 
dit  roi,  afin  que  Vos  Majestés  daignent  y  jeter  les  yeux. 

Nous  supplions  Leurs  Majestés  les  Impératrices  et  l'Empereur  de 
vouloir  bien  prendre  en  considération  notre  respectueuse  requête. 

Les  Membres  du  Conseil  Privé  ont  reçu  le  décret  suivant  : 
«  Nous  ordonnons  qu'il  soit  adressé  une  communication  au  dit 
roi,  en  lui  enjoignant  d'observer  ce  qui  s'est  pratiqué  jusqu'ici^, 
quant  à  l'époque  fixée  pour  le  passage  de  la  frontière. 

Respectez  ceci  '. 

Le  ministre  de  la  marine  et  des  colonies,  se  rendant  compte 
de  l'importance  de  cette  démarche,  écrivait  (5  juin  1880) 
au  gouverneur  de  la  Cochinchine  : 

«  J'estime  que  nous  devons  faire  tous  nos  eflForts  pour  détour- 
ner indirectement  le  Gouvernement  annamite  de  son  projet  : 
dans  ce  but,  vous  inviterez  M.  Rheinart  à  représenter  à  la  Cour 
de  Hué  que  la  France,  sans  y  opposer  d'objection  formelle,  ver- 
rait d'un  mauvais  œil  l'envoi  d'une  mission  à  Pé-King.  Il  est  très 
probable  que  si  notre  Chargé  d'Affaires  s'exprime  en  ce  sens  avec 
l'énergie  et  la  prudence  nécessaires,  les  Ministres  de  Tu-Duc 
réfléchiront  plus  mûrement  à  la  démarche  qu'ils  médilent  et 
mettront,  dans  son  exécution,  des  lenteurs  et  des  délais  qui  ne 
peuvent  que  tourner  à  notre  avantage,  en  nous  permettant  de 
gagner  le  moment  où  nous  pourrons  nous  occuper  sérieusement 
de  la  revision  des  traites  de  iS']ii*  » 

« 

M.  Le  Myre  de  Vilers  se  procm'ait  les  lettres  que  les  en- 

I.  Tchao  Houei,  forme  de  correspondance  usitée  d'égal  à  égal. 

3.  En  1873,  le  tribut  annamite  a  passé  la  frontière  le  27  avril  ;   en 
1877,  il  Ta  passée  le  18  septembre. 

3.  Pour  traduction  certifiée  conforme  :  le  i*!!*  interprète  de  la  légation, 
signé:  G.  Devéria. 


lamites  étaient  chargés  de  porter  à  l'Empereur  de 

Saigon,  le  i5  Octobre  iSSo. 

inncur  de  votis  adresser  cî-joînt.  copie  de  deux  leUrcs 
le  Roi  d'Annam  à  l'Empereur  do  Chine,  à  qui  elles 
re  présentées  par  une  ambassade  en  roule  pour  Pé-Kin(-. 
ouïons  constater  en  lisant  ces  pièces  que  la  cour  de 
ic  ses  regards  et  ses  espérances  du  côté  de  la  Chine  et 
i  Tu-Duc  atlend  de  son  suzerain,  le  Céleste  Empereur, 
■rotection  demandée  par  les  cirsconslances  pour  le  pré- 
ns  ro>enir.  Je  crois  devoir  signaler  ce  fait  à  l'attention 
1  Département. 

ticle  111  du  traité  du  i5  Mars  1874,  le  Boi  d'Annam 
çé  à  ne  rien  changer  aux  relations  diplomatiques  cxis- 
;nvoi  des  ambassades  triennales  étant  un  usage  ancien, 
ions  pas  eu  h  nous  occuper  d'un  acte  politique,  qui 
^nd'inquiélantpour  nous. 

ns  l'article  11  du  même  traité,  en  promettant  notre  pro- 
Lous  avons  reconnu  l'cnliére  indépendance  de  notre 
s-à-\is  de  toute  Puissance  étrangère.  Tout  acte  de  ^as- 
inc  violation  de  cet  article,  qui  lie  le  souverain  d'An- 


res  oflicielles  portées  par  les  ambassadeurs  mcscmblent 
pinte  au  trailé.  car  elles  présentent  un  caractère  de 
tance  de  la  suzeraineté  de  la  Chine  ;  de  plus,  l'inlerten- 
[uellc  elles  font  appel,  pourrait  nous  créer  de  gra>es 
.  Une  armée  chinoise  a  été  chargée  l'année  dernière  de 

une  insurrection  au  Tong-King  et  je  vous  ai  rendu 
lans  mes  dépêches  aniérieures,  des  eompliealions  qui 

en'  résulter. 
larait  donc  nécessaire.  M.  le  Ministre,  de  soumettre  ces 
tions  et  ces  documents  k  tolre  haute  appréciation,  afin 
ivern  cm  ont  français  puisse  faire  connaître  ses  inlenlious. 
re  y  aurait-il  lieu  de  prévoir  les  mesures  qu'il  faudrait 
our  éviter  l'envoi  futur  de  semblables  ambassades  qui 
■gation  de  notre  Protectorat. 

le  texte  du  Mémoire  adressé  par  le  roî  d'Annam  à 
ur  de  Chine  : 


GAZETTE    DE    PÊRING,    26    DÉCEMBRE     1 880  3l3 

GAZETTE    DE    PEKING,    25    DÉCEMBRE    1 880 

JouAN  Fou-cheu*,  roi  d'Annam,  se  prosterne  humblement  cl 
adresse  le  mémoire  suivant  à  l'Empereur  au  sujet  de  Tenvoi 
prochain  du  Tribut  et  des  préparatifs  qui  sont  respectueusement 
faits  pour  réunir  les  caisses  qui  doivent  les  contenir, 

V.  M.  a  toujours  daigné  accorder  Tinvestiture  des  grâces  par- 
ticulières aux  souverains  de  mon  pays  qui  depuis  longtemps  fait 
partie  des  royaumes  tributaires  de  la  Chine.  Nous  avons  reçu  autre- 
fois l'ordre  impérial  d'apporter  le  tribut,  une  fois  tous  les  quatre 
ans  :  c'est  une  règle  établie  pour  l éternité  :  aussi  lorsque  l'époque 
d  offrir  ce  tribut  arrive  nous  devons  respectueusement  nous  con- 
former aux  règlements. 

Comme  Tannée  prochaine  est  l'époque  fixée  pour  offrir  le  tri- 
but, j'ai  écrit  le  8  du  i*'  mois  de  la  6*'  année  de  Kouang-Siu 
(17  février  1880)  au  Gouverneur  de  la  province  du  Kouang-Si,  en 
le  priant  de  vouloir  bien  faire  part  à  V.  M.  de  ma  communication. 

J'ai  reçu  dans  la  suite  l'avis  que  les  passes  de  la  frontière  (chi- 
noise) seraient  ouvertes  le  i""  du  9®  mois  de  cette  année  (4  octo- 
bre 1880). 

Ayant  appris  la  volonté  de  V.  M.  je  me  suis  respectueusement 
inclinée. 

Les  montagnes  et  les  cours  d'eau  de  l'Annam  sont  immobiles 
et  reçoivent  les  ordres  de  Votre  Dynastie  ;  tous  les  royaumes  tribu- 
taires nedemandcnt  qu'à  aller  vous  offrir  tribut  continuellement. 

L'épocjue  du  tribut  étant  arrivée,  j'éprouve  le  plus  vif  désir  de 
me  conformer  aux  règlements  et  d'aller  vous  l'offrir,  afin  que 
V.  M.  daigne  s'apercevoir  de  la  sincérité  de  mon  respect  et  de  mon 
obéissance,  et  pour  que  mon  humble  pays  puisse  mettre  au  jour 
les  sentiments  de  respectueuse  amitié  qu'il  a  pour  elle. 

Je  me  suis  conformé  avec  respect  aux  régies  que  doivent  suivre 
les  princes  vassaux  et,  de  loin,  j'ai  les  yeux  fixés  sur  Votre  Cour. 
Je  remets  diligemment  les  objets  du  tribut  de  188 1  âmes  minis- 
tres Jouan-chou  et  autres  qui  iront  les  offrir  et  j'attends  hum- 
blement que  V.  M.  daigne  les  recevoir. 

Outre  que  j'adresse  ce  mémoire  à  V.  M.  je  prends  la  liberté 
de  lui  présenter  un  placet.  J'attends  avec  respect  les  ordres  de 
V.  M.  et  espère  qu'elle  voudra  bien  y  jeter  les  regards. 

1.  Nom  chinois  de  Tu-Duc. 


3l4  l'affaire    du    TONG-KING 

J'envoie  trois  de  mes  Officiers,  les  nommes  Jouan-chou,  Tchen 
Tching-lien  et  Jouan-tchouan,  et  présente  la  liste  suivante  des 
objets  composant  le  tribut  : 

2  dents  d'éléphant. 

3  cornes  de  rhinocéros. 
45  livres  de  noix  d'arec. 

/|5  livres  de  graines  de  Paradis. 

()00  onces  de  Sou-chiang  (parfum"  provenant  d'un  arbre  rési- 
neux). 

3oo  onces  de  bois  d'aloès. 

100  pièces  de  satin  indigène. 

100  pièces  de  soie  indigène. 

100  pièces  de  lafletas  indigène. 

100  pièces  de  toile  indigène. 

Les  Membres  du  Conseil  Privé  ont  reçu  un  Décret  acquiesçant 
à  ce  Mémoire  * . 

Le  ministre  de  France  écrivait  (Pé-King,  27  décembre 
1880)  : 

«  Des  renseignements  que  je  tiens  d'une  source  confidentielle 
mais  sûre,  m'autorisent  d'ailleurs  à  penser  que  le  roi  Tu-Duc  ne 
s'est  pas  borné  à  des  démonstrations  purement  platoniques  et  que 
la  mission  de  ses  ambassadeurs  ne  se  rapporte  pas  uniquement  à 
de.s  questions  de  cérémonial  et  d'étiquette.  Il  me  revient,  en 
edet,  qu'outre  le  mémoire  publié  dans  les  journaux  officiels,  il 
on  existe  un  autre  d'une  nature  très-confidentielle,  destiné  à  sol- 
liciter l'appui  matériel  de  la  Chine  contre  les  vues  envahissantes 
que  l'on  nous  attribue,  dont  ferait  foi  la  canifmgne  ouverte 
depuis  plusieurs  mois  dans  la  presse  française,  et  qui  mettrait  en 
péril  l'intégi'ité  de  l'Annam.  » 

Le  ministre  de  la  Marine  et  des  Colonies  télégraphiait 
tardivement  le  28  décembre  1880  au  Gouvernement  de  la 
Cochinchine  : 

Exercer  pression  sur  cour  Hué  pour  empêcher  départ  ambas- 
sade pour  Chine. 

t.  Pour  traduction  conforme:  le  i'^'"  interprète /i.  i.,  P.  Ristbliiusber. 
—  Livre  jaune t  p.  180-181. 


LE    MARQUIS    TS*ÊNG  3l5 

Rien  ne  put  arrêter  [^ambassade  annamite.  M.  Boiiréc 
(Pé-King,  13  juillet  i88i)  en  annonça  rarrivée  dans  la 
capitale  de  la  Chine  «  sans  grand  bruit  »  le  3o  juin  1881. 
Elle  avait  franchi  la  frontière  du  Kouang-Si  le  [\  octobre 
1 880,  mettant  neuf  mois  pour  faire  le  voyage  ;  elle  se  com- 
posait de  Jouan-chou,  Jouan-tchouan,  Tchen  Tching-lien, 
de  huit  officiers  subalternes  et  neuf  gens  de  service. 

LE    BiARQUIS    TS'ÊNG 

Nous  avons  lu  au  commencement  du  récit  de  cette  aflaire' 
la  lettre  adressée,  le  lo  novembre  1880,  par  le  marquis 
Ts'êng  à  M.  Barthélémy  Saint-Hilaire*,  ministre  des  Affaires 
étrangères. 

Le  ministre  des  Affaires  étrangères  écrivit  (Paris,  26' no- 
vembre 1880)  à  M.  Bourée  : 

J'ai  reçu  du  M**Ts*êng  une  communication  dont  je  crois  devoir 
vous  adresser  la  copie  sous  ce  pli.  Elle  est  relative  aux  rapports 
de  la  France  avec  le  royaume  d'Anna  m  et  annonce,  au  sujet  des 
prétentions  de  la  Chine  à  la  suzeraineté  de  ce  dernier  état,  une 
théorie  qu'il  nous  est  impossible  d'admettre,  vous  le  savez. 

Notre  traité  du  i5  mars  1874  avec  le  Roi  d'Annam,  en  pro- 
mettant h  ce  souverain  notre  Protection,  a  reconnu  son  entière 
indépendance  vis-à-vis  de  toute  Puissance  étrangère.  Tout  acte 
de  vassalité  de  sa  part,  toute  prétention  à  la  suzeraineté  de  l'An- 
nam  de  la  part  d'une  tierce  Puissance  serait  donc  en  contradic- 
tion directe  avec  notre  Traité,  et,  par  conséquent,  avec  les  droits 
en  découlant  pour  nous. 

Cette  observation  me  paraît  d'autant  plus  opportune  que  le 
Ministre  de  la  Marine  vient  de  recevoir  du  Gouverneur  de  la 
Cochînchine  le  texte  de  deux  lettres  adressées  à  l'Empereur  de  la 
Chine  par  le  roi  Tu-Duc,  destinées  à  être  présentées  à  la  Cour 
de  Pé-King  par  une  solennelle  ambassade  annamite,  et  contenant 

1.  Voir  p.  a4a- 

3.  M.  Barthélémy- Saint  Hilaire  avait  remplacé  M.  de  Freycinet,  le 
a3  septembre  1880,  comme  ministre  dos  aiTairos  étrangères. 


3i6  l'affaire  du  tong-king 

des  expressions  qui  impliquent  de  la  pari  du  Roi,  noire  protégé, 
en  dépit  de  ses  obligations  formelles  envers  nous,  la  reconnais- 
sance des  prétendues  prérogatives  du  Céleste  Empire...  *. 

D'accord  avec  ramiral  Cloue,  ministre  de  la  Marine, 
M.  Barthélémy  Saint-IIilaire  fit  celle  réponse  au  marquis 
iseng. 

Paris,  le  27  décembre  1880. 

Monsieur  le  Ministre,  vous  m'avez  fait  l'honneur  de  m'écriro 
de  Si.  Péicrsbourg  sous  la  date  du  10  Novembre  pour  nie 
demander  des  renseignements  sur  l'état  actuel  des  rapports  de 
la  France  avec  le  Tong-Ring  et  vous  avez  bien  voulu  me  rappeler 
les  termes  d'une  conversation  qui  a  eu  lieu,  sur  le  même  sujet, 
en  Ire  mon  prédécesseur  et  vous  dans  les  premiers  jours  de  l'an- 
née courante, 

Nos  rapports  avec  le  Tong-King  sont  réglés  par  le  Traité  conclu 
le  i5  Mars  1874,  enlre  la  République  Française  et  l'empire 
d'Annam,  dont  le  Tong-King,  vous  ne  l'ignorez  pas  est  une  dépen- 
dance. 

En  vertu  de  l'art,  a  de  cet  acte  solennel,  la  France  a  reconnu 
l'entière  indépendance  du  souverain  de  l'Annam  vis-à-vis  de 
toute  puissance  étrangère,  quelle  qu'elle  soit,  lui  a  promis  aide 
cl  assistance  et  s'est  engagée  à  lui  donner  tout  l'appui  nécessairt* 
|K)ur  maintenir  dans  ses  états  l'ordre  et  la  tranquillité  :  enfin 
pour  le  défendre  contre  toute  attaque.  Je  dois  ajouter  que  le 
même  traité  a  placé  sous  la  protection  de  la  France  les  intérêts 
européens  en  Anna  m. 

L'acte  dont  je  viens  d'indiquer  les  principales  clauses  a  été 
communiqué  en  son  temps  aux  différents  Gouvernements  qu'il 
pouvait  intéresser.  La  Cour  de  Chine  en  particulier  en  a  reçu 
notification  par  l'entremise  de  la  Légation  de  France  à  Pé-King; 
les  relations  du  Gouvernement  de  la  République  avec  l'Annam 
et  ses  différentes  provinces  se  trouvent  depuis  lors  définies  avec 
une  précision  sullisanle  et  je  ne  doute  pas  que  M.  de  Freycinel  à 
l'entretien  amical  de  qui  vous  vous  êtes  référé,  ne  vous  ait  donné 
avant  moi,  des  explications  parfaitement  concordantes  avec  le 
texte  du  traité  qui  détermine  les  droits  et  les  obligations  de  la 

I.  Livre  jaune,  p.  161. 


LE    MARQUIS    TS*ÊNG  Si'] 

France.  Je  ne  fais  pas  difficulté  de  vous  assurer  à  mon  tour  que 
le  Gouvernement  de  la  République  a  Tintent  ion  de  se  confor- 
mer aux  stipulations  du  Traité  de   1874  et  de  remplir  les  obli- 
gations qui  peuvent  en  découler  pour  lui. 

11  comprend  sans  peine  Tintérêt  que  la  Cour  de  Pé-King  attaclio, 
comme  nous-mêmes,  au  maintien  du  bon  ordre  dans  une  con- 
trée voisine  de  la  frontière  du  Céleste  Empire,  et  il  appliquera 
tousses  efforts  à  empêcher  qu'aucune  difficulté  ou  aucun  malen- 
tendu ne  s'élève  de  ce  chef  entre  la  France  et  le  Gouvernement 
Impérial  Chinois  * . 

A  la  suite  d'une  conversation  du  marquis  Ts'êng  avec  le 
général  Chanzy,  ambassadeur  de  France  à  Saint-Pétersbourg, 
M.  Barthélémy  Saint-Hilaire,  minisire  des  Affaires  étran- 
gères, écrivait  (Paris,  21  janvier  1881)  à  ce  dernier  : 

Je  constate,  d'ailleurs,  avec  satisfaction  que  le  Marquis  Ts'êng 
est  convenu  des  avantages  que  doit  assurer  à  la  Chine  elle-même 
le  maintien  du  bon  ordre  sur  sa  frontière  méridionale,  grâce  à 
la  sécurité  que  l'exercice  du  Protectorat  français  est  destiné  à 
garantir  dans  la  péninsule  annamite. 

L'heure  des  résolutions  énergiques  est  proche,  l'amiral 
Cloué,  ministre  de  la  Marine  et  des  Colonies,  adresse  la  lettre 
suivante  à  M.  le  Myre  de  Vilers,  gouverneur  de  la  Cochin- 
chine  : 

Paris,  3i  avril  1881. 

Monsieur  le  Gouverneur, 

Le  moment  est  venu,  vous  le  savez,  d'introduire  dans  nos  re- 
lations avec  la  cour  de  Hué  les  modifications  importantes  qu'a 
eues  en  vue  le  Parlement  lorsqu'il  a  mis  à  la  disposition  du 
Dt'îparlement  les  crédits  nécessaires  à  cette  intervention. 

Les  récentes  corresjwndances  de  M.  le  Gouverneur  p.  i.  de  la 
Cochinchine  apportent  chaque  jour  de  nouvelles  preuves  do  la 
mauvaise  volonté  avec  laquelle  le  Gouvernement  annamite  ac- 
cueille sans  cesse  nos  réclamations  justifiées  et  basées  sur  les 
ternies  des  traités  de  187^.  Il  convient  donc  de  couper  court  aux 

I.   Livre  jaune t  ^.  i64-i65 


1  j 


•5 


3i8  l'affaire  du  tong-king 

(Jiffîcultés  nouvelles  qui  pourraient  surgir  de  ce  chef,  on  plaçant 
la  cour  de  Hué  plus  directement  et  plus  complètement  sous 
notre  influence. 

L'établissement  d'un  protectorat  nettement  défini  me  parait 
devoir  être  l'objectif  principal  que  nous  devons  nous  efforcer 
i  d'atteindre  :  le  règlement  définitif  de  la  question  des  relations 

î'  extérieures  de  la  cour  de  Hué  en  sera  la  conséquence  naturelle, 

f._  c'est-à-dire  qu'à  l'avenir  ces  relations  devront  être  exclusivement 

*;  et  expressément  soumises  à  notre  contrôle  et  à  notre  inlermé- 

^i  ^  diaire.  Il  est  nécessaire,  en  effet,  d'éviter  le  retour  des  incidents 

qui  se  sont  produits  lors  de  l'envoi  à  Pé-Ring  d'une  ambassade 
annamite,  de  la  tentative  qui  a  été  faite  par  le  cabinet  de  Ma- 
drid pour  accréditer  auprès  du  roi  Tu-Duc  un  représentant,  etc. 
De  plus,  le  Gouvernement  Espagnol  étant  complètement  désin- 
téressé par  suite  du  paiement  par  anticipation  des  dettes  de 
l'Annam,  le  produit  des  Douanes  pourra  nous  être  totalement 
acquis  au  Tong-King.  Il  y  aura  également  lieu  de  se  préoccuper 
de  la  mesure  dans  laquelle  l'administration  générale  du  pays 
pourra  être  placée  sous  le  haut  contrôle  d'agents  commissionnés 
par  le  gouvernement  français.  En  un  mot  il  conviendra  que  la 
cour  de  Hué  soit  tenue  de  remplir  vis-à-vis  de  nous  toutes  les 
obligations  d'une  puissance  vassale  envers  son  Suzerain. 

Je  vous  communique  ci-joint  une  lettre  dans  laquelle  M.  le 
Ministre  des  Affaires  Éltrangcres  exprime  le  désir  de  connaître 
votre  avis  sur  la  marche  générale  à  suivre  pour  arriver  plus 
facilement  au  but  que  nous  poursuivons.  Je  ne  puis,  par  suite,  I 

que  vo^s  prier  de  me  faire  parvenir  un  plan  exposant  les  modi- 
fications que  vous  croirez  utiles  d'introduire  dans  nos  relations 
avec  l'Annam. 

Je    m'empresserai    de    m'entendre    avec   M.   le  Ministre  des  j 

Affaires  étrangères  sur  la  ligne  de  conduite  qu'il  conviendra 
d'adopter,  de  manière  à  préparer  des  instructions  précises  qui 
vous  permettront  d'appliquer  en  toute  connaissance  de  cause  les 
nouveaux  principes  qui  régiront  notre  protectorat. 

LE    MINISTRE    D^ESPAGNE 

Un  nouvel  incident  espagnol  surgit  tout  à  coup.  Don  Ti- 
burcio  Rodrlguez  notiGe  à  M.  Bourée  qu'il  est  nommé 
minisire  plénipotentiaire  en  Chine,  Siam  et  Annain. 


I 

I 


/ 

1 


LE    MINISTRE    D* ESPAGNE  SfQ 

LEG\C10N  DE  ESPASA 

EX 
CHINA,  SIAH   Y  AISNAM 

Shang-haï,  le  9  juillet  1881. 

Monsieur  le  Ministre, 

J'ai  rhonncur  d'informer  Votre  Excellence  que  Sa  Majesté  lo 
roi  d'Espagne,  mon  Auguste  Souverain,  ayant  daigné  me  nom- 
mer son  Ministre  piénijjotentiaire  en  Chine,  Siam  et  Annam,  je 
>iens  de  prendre,  à  mon  arrivée  d'Europe,  la  gestion  de  la  Lé- 
galion  d'EIspagne,  M.  Agar  ayant  pour  tant  cesse  dans  ses  fonc- 
tions de  Chargé  d'Affaires. 

Je  me  félicite  des  excellents  rapports  officiels  qui  heureuse- 
ment existent  entre  nos  deux  pays,  et  dans  l'espoir  que  Votre 
Excellence  voudra  me  prêter  sa  bienveillante  coopération  pour 
ceux  que  j'aurai  à  entretenir  avec  Elle,  je  saisis  avec  empresse- 
ment cette  occasion  pour  vous  offrir.  Monsieur  le  Ministre,  les 
assurances  de  ma  considération  la  plus  distinguée. 

Signé  :  Tiburcio  Rodriguez. 

Son  Excellence  M.  A.  Bourée, 
Ministre  plénipotentiaire  de  France. 

M.  Bourée  n'élève  pas  d'objection,. mais  il  prévient  du 
fait  le  gouverneur  intérimaire  de  la  Cochinchine*. 

Notre  ambassade  à  Madrid  fut  chargée  d'interroger  le 
gouvernement  espagnol  au  sujet  de  la  mission  de  M.  Rodri- 
guez en  Annam. 

Notre  Chargé  d'Affaires  à  Madrid,  le  vicomte  de  Bresson, 
écrivait  à  M.  Barthélémy  Saint-Hilaire,  ministre  des  Affaires 
étrangères  de  Madrid,  le  24  octobre  1881  : 

«  M.  le  Ministre  d'État  [Marquis  de  la  Vega  de  Armijo]  s'est 
lrou>é  en  mesure  de  m'autoriser  à  adresser  le  i4  de  ce  mois  à 
^otre  Excellence  le  télégramme  dans  lequel  je  lui  annonçais  que 

I.  M.  Le  Myrc  do  Vilers  était  parti  le  4  mars  1881   pour  la  France, 
en  mission  ;  l'intérim  du  gouvernement  avait  été  fait  par  le  général  de 
bn'gade  d'infanterie  de  marine,  de  Trentinian,  jusqu'au  3i  octobre  1881, 
époque  du  retour  de  M.  Le  Myrc  de  Vilers. 


'Tk^ 


820  l'affaire  du  tong-king 

le  représentant  espagnol  en  Chine  n'avait  ni  la  mission,  ni  l'in- 
lenlion  de  se  rendre  à  Hue.  —  Je  sais  en  outre  que  des  ordres 
ont  été  donnés  au  même  moment  à  M.  Rodriguez  pour  le  con- 
firmer dans  le  projet  de  limiter  son  voyage  à  une  visite  à 
Bangkok.  11  n'y  a  donc  plus  à  redouter  aujourd'hui  aucune  des 
dillicultés  auxquelles  aurait  pu  donner  lieu  l'arrivée  inopinée 
du  Ministre  d'Espagne,  à  la  Cour  du  roi  Ïu-Duc.  Mais  la  ques- 
tion se  trouvant  posée  par  suite  de  notre  intervention,  M.  le 
Ministre  d'État  n'a  pas  cru  pouvoir  abandonner  tout-à-coup  la 
thèse  qu'il  avait  précédemment  soutenue  avec  moi,  à  savoir  qu'il 
ne  voit  dans  le  traité  de  1874  aucun  article  qui  interdise  à  l'Es- 
pagne de  se  faire  représenter  à  Hué,  et  qu'il  ne  peut  de  son 
propre  mouvement  aliéner  un  droit  qui  lui  paraît  exister  pour 
son  Gouvernement,  bien  qu'il  n'ait  pas  été  exercé  depuis  1874* 
Quant  à  l'assentiment  de  son  prédécesseur,  M.  Ulloa,  au  traité 
de  1874,  formulé  dans  une  lettre  du  !•*"  juin  de  la  môme  année 
à  M.  de  Vernouillet,  M.  de  la  Yega  de  Armijo  soutient  qu'il 
n'a  été  précisément  accordé  que  parce  que  la  renonciation  de 
r£spagne  au  droit  d'avoir  une  représentation  diplomatique  en 
Annam  ne  résultait  nullement  des  dispositions  de  cet  acte  inler- 
nationaL  II  a  ajouté  d'ailleura  que  M.  Ulloa  avait  donné  cette 
approbation  sans  consulter  les  Gortès,  ce  qui  constituait  une 
irrégularité  qui  pourrait  avoir*  des  conséquences  graves  pour  cet 
homme  d'État  s'il  vivait  encore.  J'ai  fait  observer  à  M.  V  ega  de 
Armijo  que  c'était  là  un  détail  d'ordre  intérieur  dans  lequel 
nous  n'avions  pas  à  entrer  et  qui  ne  pouvait  avoir  aucun  poids 
à  nos  yeux  pour  infirmer  la  signature  de  M.  Ulloa.  —  M.  le 
Ministre  d'État  a  répété  aussi  que  le  fait  relevé  par  M.  Bourée  à 
l'égard  de  M.  Rodriguez  n'était  pas  une  innovation,  car  de  tout 
temps  les  Ministres  d'Espagne  en  Chine  avaient  été  munis  de 
lettres  de  créance  qui  les  accréditaient  à  la  fois  à  Siam  et  en 
Annam,  môme  depuis  1874.  Tel  était,  paraît-il,  le  cas  des  deux 
agents  qui  ont  précédé  M.  Rodriguez  à  Péking,  MM.  Faraldo  et 
Espana,  à  l'égard  desfjuels  nous  n'avions  élevé  cependant  aucune 
réclamation. 

En  résumé,  malgré  les  réserves  que  M.  le  Ministre  d'Etat  a 
cru  de  son  devoir  de  formuler  pour  dégager  sa  responsabilité, 
je  ne  pense  pas  qu'en  présence  de  l'espèce  de  veto  que  j'ai  nette- 
ment prononcé  au  nom  du  Gouvernement  français,  il  puisse 
sérieusement  entrer  dans  les  intentions  du  cabinet  de  Madrid  de 
revendiquer  au  sujet  de   sa   représentation   en  Annam  un  pré- 


DÉCLARATION    DE    LA    CHINE  3a  I 

tendu  droit   qui    restera  sans   doute  pour   Tavenir  à   l'état  de 
lettre-morte,  ainsi  que  cela  a  eu  lieu  depuis  1874. 

L'effet  de  notre  démarche  ne  tarda  pas  à  se  faire  sentir  à 
Pé-King  et  le  28  novembre  1881,  M.  Bourée,  alors  à  Chang- 
Ha!,  jput  écrire  au  ministre  des  Affaires  étrangères  : 

Depuis  huit  jours/  M.  Rodriguez  est  en  possession  d'un  télé- 
gramme de  son  gouvernement  qui  lui  défend  de  se  rendre  à 
Hué  jusqu'à  nouvel  ordre.  Ce  fait  seul  m'a  prouvé  très  claire- 
ment que  le  Cabinet  de  Madrid  avait  été  saisi  de  notre  réclama- 
lion.  Je  n'en  ai  pas  moins  demandé  à  M.  Rodriguez  s'il  savait 
à  quoi  attribuer  un  aussi  étrange  malentendu.  Son  explication 
a  été  fort  simple  et  je  la  crois  parfaitement  sincère.  Bien  avant 
nos  traités  de  1874  avec  l'Annam  et  depuis  l'installation  même 
d'un  agent  diplomatique  espagnol  en  Chine,  le  représentant  de 
Sa  Majesté  Catholique  près  la  Cour  de  Péking,  a  toujours  porté 
le  titre  de  a  Ministre  en  Chine,  en  Annam  et  à  Siam  ».  Cette 
désignation  a  été  conservée  par  une  pure  inadvertance,  quand 
la  Direction  du  Protocole  à  Madrid  a  préparé  les  lettres  de 
créance  de  M.  Rodriguez  :  on  aurait  recopié,  dans  un  bureau 
mal  renseigné,  de  vieilles  formules  qui  n'étaient  plus  de  saison. 
De  là  l'imbroglio  que  Votre  Excellence  connaît  et  qui  évidem- 
ment n'aura  pas  d'autre  suite. 


DÉCLARATION    DE    LA    CHINE 


Le  29  septembre  1881,  le  ministre  des  Affaires  étran- 
gères transmettait  à  M.  Bourée  la  lettre  du  marquis  Ts'êng 
(24  sept.)  dont  l'objet  était  de  faire  savoir  que  le  gouverne- 
ment chinois  ne  reconnaissait  pas  le  traité  conclu  en  187 4 
entre  la  République  française  et  le  roi  d'Ànnam. 

Dans  la  séance  du  21  juiUet  1881,  fut  discuté  à  la  Cham- 
bre des  Députés  le  projet  de  loi  portant  ouverture  d'un 
crédit  supplémentaire  de  2  4oo  000  francs  au  ministre  de  la 
Marine  et  des  Colonies,  sur  Texercice  1881,  pour  le  ren- 
forcement des  forces  navales  au  Tong-King,  qui,  malgré  une 
vive  opposition  de  M.  George  Périn,  fut  adopté  par  890  vo- 
tants contre  82. 

GoRDiER.  II.  —  ai 


CHAPITRE  XVI 

MORT  DE  L'IMPÉRATRICE  DE  L'EST  (1881).  -  TRAITÉ  BRÉ- 
SILIEN. —  DISGRACE  DE  TSO.  —  LE  P.  GRIMAUD 

MORT    DE  L^IMPÉRATRICE    DE    L^EST 

L'impératrice  de  l'Est,  Ts'eu-ngan*,  mourut  le  9  avril 
1881,  presque  subitement,  dans  sa  quarante-cinquième 
année  ;  cette  mort  était  due  sans  doute  à  une  maladie  de 
cœur,  mais  l'amour  du  scandale  fit  courir  le  bruit  de  la 
maladie  et  de  la  grossesse  de  l'impératrice  de  l'Ouest,  d'où 
émotion  mortelle  chez  l'impératrice  de  l'Est;  le  mot  de 
poison  lut  même  prononcé;  il  n'avait  rien  de  surprenant 
dans  celte  cour  qui  rappelait  Byzance  par  beaucoup  de 
cotés  ^ 

Le  Prince  Koung  fit  part  de  la  mort  de  Ts'eu-ngan  à 
M.  Bourée  par  la  lettre  suivante: 

Le  II  avril  1881. 

(i 3  de  la  3*  lune  de  la  7*  année  Kouang  Siu). 

Le  g  avril  (11  de  la  3*  lune)  la  Chancellerie  Impériale  a  eu 
rhonneur  de  recevoir  le  Décret  suivant  dont  nous  crovons  de- 
voir  donner  communication  à  Votre  Excellence  : 


I.  I,  p.  i3o;  II,  p.  9. 

a.  Sur  le  titre  canonique  de  Timpératrice,  voir  la  Gazette  de  Pé-King, 
19  avril  1881. 


MORT    DE    L*IMPÉRATRICE    DE    l'eST  3^3 

c  Dq)uis  que  nous  avons   recueilli  l'héritage   de  TEmpire, 
rimpératrice  défunte  Nous  a  traité  comme  si  nous  avions  été 
son  propre  (Ils  ;   aussi  notre  reconnaissance  pour   Elle  est   si 
grande  que  nous  ne  pouvons   l'exprimer  avec  assez  de   force. 
Voilà  sept  années  que  nous  sommes  sur  le  Trône  :  nous  nous 
sommes  toujours  efforcé  d'être  agréable  et  d'obéir  à  notre  Mère 
et  nous  aimons  à  croire  que  nous  ne  lui   avons  jamais  donné 
que  de  la  satisfaction.  Elle  paraissait  jouir  d'une  parfaite  santé 
et  s'occupait  activement  des  Affaires  de  l'Ëtat  :   nous  nous  en 
réjouissions  dans  notre  cœur  et  espérions  qu'EUe  parviendrait  à 
un  âge  fort  avancé.  Tout  à  coup,  le  7  avril  elle  fut  prise  d'une 
légère  indisposition.  Nous  lui  donnâmes  aussitôt  les  soins  que 
nécessitait  son  état  et  nous  n'avions  aucun  doute  quant  à  son 
prompt  rétablissement.   Malheureusement,   le  8,   le  mal  s'ag- 
grava, les  humeurs   remontèrent  à  la  gorge,  la  respiration  fut 
obstruée  et  le  danger  apparût.  Vers  onze  heures  du  soir,  Elle 
expira  (mot  à  moi  elle  fut  transportée  vers  la  contrée  lointaine 
dans  le  char  du  Génie).  Nous  sommes  plongé  dans  la  plus  pro- 
fonde désolation  :  quel  plus  grand  malheur  pouvait  nous  ar- 
river ! 

Nous  avons  reçu  avec  respect  les  dernières  volontés  de  l'Im- 
pératrice défunte  :  Elle  veut  que  nous  ne  portions  que  pendant 
vingt-sept  jours  les  vêtements  de  deuil.  Mais  il  nous  serait  par 
trop  pénible  de  nous  rendre  à  un  tel  désir.  Nous  porterons  les 
habits  de  grand  deuil  pendant  cent  jours  et  les  habits  de  demi- 
deuil  pendant  vingt-sept  mois,  et  en  agissant  ainsi  nous  ne  ma- 
nifestons que  bien  faiblement  tout  le  chagrin  que  nous  éprou- 
vons. 

Notre  mère  nous  recommande  de  surmonter  notre  douleur 
afin  de  ne  pas  laisser  péricliter  les  affaires  de  l'Ëtat,  tout  en 
continuant  à  l'Impératrice  qui  nous  élève  et  prend  soin  de  nous 
les  égards  qui  lui  sont  dus. 

Nous  ne  pouvons  pas  ne  pas  nous  conformer  à  ces  volontés 
dernières  et  nous  tâcherons  de  prendre  sur  nous  afm  de  ne  pas 
nous  laisser  abattre  par  le  chagrin. 

Pour  tout  ce  qui  est  relatif  aux  funérailles,  nous  chargeons 
les  princes  Toun  Ts'ing-wang,  et  Koung  Ts'ing-wang,  le  beilô 
Yi-kouang,  le  Grand  Chambellan  Ting-tcho,  le  Grand  Chance- 
lier Pao-tiun,  le  Président  et  Vice-Chancelier  Ling-Kouei,  les 
Présidents  Ngerv-tchang  et  Wang  T'oung-ho  de  prendre  avec  dili- 
gence et  le  plus  grand  soin  les  dispositions  nécessaires   en  se 


iionT  PE  l'iupératrice  de  l'est 
]I  aux  coutumes  ^labli»  et  en  reclicrchanl  les  précé- 
tba  s'Mre  consultés,  ils  devront  sans  relard  nous  adres- 
iport. 
i  soit  connu  de  tous  dans  la  capitale  et  dans  les  pro- 


iratrice  de  l'Estqui  était  morte  au  mois  d'avril  1881 
■réc  au  Mausolée  impérial  le  1 9  de  la  9*  lune  (3 1  oc- 
[.  Bonrée  écrivait  (Pé-King,  16  novembre  1881)  : 

aine  dernière,  un  décret  impérial  en  a  prescrit  la 
L  dans  la  sépulture  ordinaire  deâ  souverains  de  la  dy- 
Tsing.  - —  Di's  que  cet  oi-dre  eut  été  rendu,  les  Léga- 
)t  olliciellcmcnt  informées  du  jour  où  la  cérémonie 
I  et  les  chefs  de  mission  furent  priés  d'inviter  \ci 
le  leur  personnel,  aussi  bien  que  leurs  nationaux 
à  ne  (Miint  se  trouver  sui-  le  ]jarcours  du  corlpge. 
catafalque  sortirait  du  Palais  pour  traverser  la  ville. 


LE    BRESIL 

sil  qui  n'avait  pas  encore  de  traité  avec  la  Chine 
)mine  plénipotentiaire  M.  Eduardo  Galiado  qui 
long-Kong  le  28  mai  1880,  avec  l'amiral  daMota, 
velte  brésilienne  Vital  d'Oliveira;  de  Ilong-Kong, 
lit  à  Chang-Haï  sur  IMca,  accompagné,  comme 
de  M.  Arnold  Vissière*,  aujourd'hui   mon   col- 

raducLion  conforme  :   lo  l"  interprète  p.  i.  de  la  légation, 

e,  Arnold-Jacqiies'Amoine,  ni  le  3  août  i858;  élève  di- 
colc  des  langues  orienUioa,  ï5  novembre  1879  ;  élève>inter- 
:adres)  détaché  â  la  mission  brc^Hîenno  en  Chine.  iG  janvier 
>ri'tc-adjoinl  ï  Pé-King,  ai  février  18S3  ;  necond  interprète, 
3  ;  interprMe  de  seconde  cUsse,  1"' n^aï  i8S^:  premier  in- 
1  légation.  ï8  mai  188G:  interprèle  de  première  claue,  g 
I87  :   consul  de   sccondo  cUise,   1:1  mars  189!;    géraut  du 


I 


TRAITÉ    BRÉSILIEN,    5    SEPTEMBRE     1880  3'j5 

lègue  à  l'École  des  Langues    Orientales,  dont  c'était    les 
débuts  en  Chine. 


TRAITÉ    BRÉSILIEN,    3    SEPTEMBRE     1880 

Le  5  septembre  1880,  sans  avoir  voulu  demander  de  con- 
seils, M.  Callado  signait  en  chinois  et  en  français  avec  Li 
Houng-tchang,  un  traité  d'amitié,  de  commerce  et  de  na- 
vigation, en  quinze  articles,  trahissant  une  rare  inexpérience 
des  aflaires  de  Chine  et  plaçant  les  consuls  ou  les  agents 
consulaires  dans  une  situation  d'infériorité  des  plus  marquées. 

Je  note  quelques-uns  des  articles  avec  les  remarques  qu'ils 
suggérèrent  à  un  diplomate  de  Pé-King  : 

Art.  m.  —  Chacune  des  Hautes  Parties  contractantes  pourra 
nommer  dans  les  ports  et  villes  de  l'intérieur  ouverts  au  com- 
merce, où  ses  intérêts  Tcxigeront,  un  Consul  Général,  des  Con- 
suls, Vice-Consuls  et  Agents  Consulaires. 

Ceux-ci  n'entreront  pas  en  fonctions  avant  d'avoir  reçu  Vexe- 
tjaatur  du  gouvernement  du  pays  oà  ils  devront  résider. 

Ces  consuls  ne  pourront  être  choisis  parmi  les  commerçants  ;  ils 
devront  être  de  véritables  fonctionnaires  et  il  leur  sera  défendu 
de  faire  le  Commerce. 

Dans  les  ports  où  il  n'aura  pas  été  nommé  de  Consul,  on 
))ourra  charger  un  consul  étranger  d'en  remplir  les  fonctions, 
pourvu  que  celui-^i  ne  soit  pas  un  commerçant^.  Les  autorités  lo- 


consulat  deTien-Tsin,  5  avril  1897-38  mai  1898  ;  consul  de  première  classe 
à  Canton  (non  inslallc),  10  février  1899  ;  secrétaire -interprète  à  Paris, 
16  octobre  1899;  professeur  à  TÉcole  des  langues  orientales  vivantes. 

I.  Ceci  constitue  une  innovation  des  plus  regrettables.  Pourquoi  avoir 
reconnu  ainsi  au  gouvernement  chinois  la  faculté  très  dangereuse  de  re- 
pousser des  agents  que  le  Brésil  aurait  juge  dignes  de  le  représenter  ?  Et 
pourquoi  avoir  admis  celte  distinction  entre  les  agents  de  carrière  et  les 
négociants  commissionnés  ?  C'est  avoir  limité  ses  choix  d'une  façon  em- 
barrassante et  n*est-il  pas  à  craindre  d'autre  part  que  le  gouvernement 
chinois  n'y  trouve  un  motif  tout  au  moins  un  prétexte  pour  créer  plus 
tard  des  tracasseries  aux  agents,  dos  autres  puissances  qui  auraient  été 
désignés  parmi  des  commerçants  ? 


TRAITÉ    BRÉSILIEN,    3    OCTOBRE    1881  837 

Ce  traité  ne  fut  pas  ratifié  par  le  gouvernement  brésilien. 
M.  Callado  revint  brusquement  à  Tien-Tsin  au  mois  d'avril 
1881,  sous  le  prétexte  d'ajouter  à  son  traité  une  clause  ana- 
logue à  celle  du  dernier  traité  américain  sur  Topium. 

TRAITÉ    BRÉSILIEN,    3    OCTOBRE    1881 

Un  nouveau  traité  en  17  articles  fut  signé  au  Tai-Wang- 
Miao,  à  Tien-Tsin,  le  3  octobre  1881  (11®  jour,  8*  lune, 
7*  année  Kouang-Siu)  par  M.  Eduardo  Callado  et  Li  Houng- 
tchang. 

«  La  résistance  opposée  par  le  Cabinet  de  Rio  en  cette  occa- 
sion aux  vues  de  son  représentant  en  Chine,  les  changements 
qu'il  a  fait  introduire  dans  celles  des  clauses  qui  avaient  soulevé 
de  justes  critiques,  prouvent  que  Ton  a  tenu  compte  des  obser- 
vations qui  s'étaient  attachées  à  l'œuvre  des  négociateurs  brési- 
liens et,  dans  l'instrument  définitif,  plusieurs  des  concessions 
qu'on  devait  regretter  de  voir  faites  aux  Chinois  ont  été  sensi- 
blement atténuées.  Quelques  passages  ont  également  reçu  une 
nouvelle  rédaction  plus  favorable  aux  intérêts  brésiliens. 

«  L'article  I  a  subi  une  modification  de  forme  qui  substitue 
à  «  tous  les  droits,  avantages  et  privilèges  concédés  aux  sujets 
de  toutes  les  autres  nations  »,  la  garantie  de  «  tous  les  droits, 
avantages  et  privilèges  concédés  aux  sujets  de  la  nation  la  plus 
favorisée  ». 

«  L'exequatur  est  toujours  nécessaire  pour  qu'un  Consul  de 
l'une  des  deux  Parties  Contractantes  puisse  exercer  ses  fonctions 
sur  un  point  du  territoire  de  l'autre,  mais  il  est  spécifié  désor- 
mais que  la  délivrance  de  cet  Exequatur  se  fera  gi-atuitement 
(Art.  III). 

«  Le  mode  de  juridiction  qui  soumet  tout  procès,  civil  ou 
criminel,  entre  Chinois  et  Brésiliens  en  Chine  à  la  décision  des 
autorités  dont  dépend  le  défendeur  ou  l'accusé,  demeure  con- 
sacré dans  le  nouveau  Traité  ;  toutefois,  —  et  c'est  en  cela  que 
consiste  la  modification  la  plus  importante  qui  y  ait  été  intro- 
duite, —  les  arrestations  de  sujets  chinois  coupables,  dans  les 
résidences,  les  magasins  ou  les  navires  de  Commerce  des  sujets 
brésiliens  en  Chine  ne  pourront  plus  se  faire  sans  que  le  Consul 


■*^f  • 


3a8  MORT  DE  l'impératrice  de  l'est 

du  Brésil  en  ait  élc  prévenu  officicUemenl  par  les  autorités  lo- 
cales et  sans  l'intervention  de  sa  police,  qui  devra  agir  de  con- 
cert avec  la  police  chinoise  (Art.  X)*. 

En  échange  des  changements  apportés  au  Traité  à  la  de- 
mande du  Gouvernement  du  Brésil,  celui-ci  à  l'exemple  des 
États-Unis,  quelques  mois  auparavant,  consentit  à  la  prohi- 
bition absolue  du  transport  et  du  commerce  de  Topium  par 
les  sujets  de  l'un  des  deux  pays  sur  tout  le  territoire  de 
l'autre;  les  Anglais  se  montrèrent  ennuyés  de  cette  clause 
des  traités  qui  paraissait  un  blâme  à  leur  adresse  : 

Art.  XIV.  —  Les  Hautes  Parties  contractantes  sont  convenues 
d'interdire  aux  sujets  de  chacune  d'elles  l'importation  de  l'opium 
dans  les  ports  de  l'autre  ouverts  au  commerce,  et  le  transport 
de  l'opium  d'un  port  à  l'autre  de  l'autre  pays,  soit  pour  leur 
propre  compte,  soit  pour  le  compte  de  sujets  ou  citoyens  de 
toute  autre  nation,  aussi  bien  dans  les  navires  appartenant  aux 
sujets  des  deux  Hautes  Parties  Contractantes,  que  dans  des^  na- 
vires appartenant  à  sujets  ou  citoyens  d'une  tierce  nation. 

Il  ne  sera  pas  permis  non  plus  aux  sujets  de  l'une  des  Hautes 
Parties  Contractantes  de  se  livrer  au  commerce  de  l'opium,  dans 
les  ports  de  l'autre  ouverts  au  commerce. 

La  clause  de  la  nation  la  plus  favorisée  ne  pourra  être  invo- 
quée contre  les  dispositions  de  cet  article. 

L'ancien  article  XIV  devient  l'article  XV  ;  et  l'article  XV 
ancien  devient  l'article  XVL 

Art.  XVI.  —  Si,  par  la  suite,  les  Hautes  Parties  Contrac- 
tantes désirent  apporter  quelques  modifications  aux  stipulations 
de  ce  Traité,  elles  auront,  après  un  laps  de  temps  de  dix  an- 
nées, à  dater  du  jour  de  l'échange  des  ratifications,  à  ouvrir  des 
négociations  dans  ce  but. 

La  notification  oflicielle  des  modifications  qu'on  désirera  pro- 
poser sera  toujours  faite  six  mois  à  l'avance. 

Si  pareille  notification  n'est  point  faite,  le  Traité  restera  en 
vigueur. 

I.  Lettre  de  M.  Bourée  au  Département,  Pé-King,  35  juin  i88a. 


DISGKACE    DE    TSO  3a9 

Enfin  le  dernier  article  (XVII)  est  relatif  aux  ratifications 
qui  devront  être  échangées  dans  le  plus  bref  délai  possible 
soit  à  Chang-Haï,  soit  à  Tien-tsin. 

Les  ratifications  furent  échangées  à  Chang-Haï  le  3  juin 
1882  (i 8®  jour,  4'lune,  8®  année  Kouang-Siu)  par  M .  Eduardo 
Callado  et  Tang,  Commissaire  et  Trésorier  du  Kiang-Sou  et 
un  procès-verbal  fut  dressé  en  six  exemplaires,  dont  deux  en 
Portugais,  deux  en  Chinois  et  deux  en  Français. 

Le  traité  brésilien  est  malgré  tout,  même  avec  ses  atté- 
nuations, le  plus  mauvais  qu'on  eût  signé  jusqu'alors  avec 
la  Chine  ;  Texpérience  de  ses  prédécesseurs  n'avait  nulle- 
ment servi  à  M.  Callado,  personnage  infatué  de  son  mérite, 
qui  devait  tristement  terminer  à  Rome  sa  carrière  diplo- 
matique. 

■ 

DISGRACE  DE    TSO 

En  novembre  1881,  Tso  Tsoung-t'ang,  qui  avait  fatigué 
tout  le  monde  à  la  Cour  par  ses  violences,  fut  disgracié,  mais 
au  lieu  de  le  faire  rentrer  dans  la  vie  privée,  on  l'envoya  à 
Nan-King  remplacer  Lieou  Kouen-i  dont  Li  Houng-tchang, 
plus  puissant  que  jamais,  avait  deux  mois  auparavant  ré- 
clamé la  destitution  pour  le  punir  d'avoir  manqué  aux  enga- 
gements pris  envers  lui,  quand  il  s'était  agi  de  recommander 
à  la  Cour  la  construction  de  chemins  de  fer  en  Chine.  En 
effet,  le  général  Lieou  Ming-tchouan  ayant  adressé  au  Trône 
un  mémoire  pour  demander  l'installation  des  chemins  de 
fer,  un  décret  impérial  avait,  le  3  décembre  1880,  chargé 
Li  de  faire  un  rapport  à  ce  sujet.  Li  s'était  réconcilié  avec 
Tso  et  c'est  lui  qui  avait  fait  nommer  ce  dernier  à  Nan-King. 
Le  nouveau  vice-roi  des  deux  Kiang  quitta  Pé-king,  le  9  dé- 
cembre 1881,  pour  se  rendre  par  terre  au  Hou-Nan  puis  à 
^an-King  où  il  arriva  le  22*  jour  de  la  12*  lune.  On  avait 
d'abord   offert  la    vice-royauté  des   Liang-Kiang  à  Ts'êng 


CHAPITRE  XVII 

L'AFFAIRE  DU  TONG-KING 

(Suite.) 

M.  Gambetta  avait  été  nommé  le  i4  novembre  1881,  mî- 
nislre  des  Affaires  étrangères,  en  remplacement  de  M.  Bar- 
thélémy Saint-Hilaire  ;  pendant  son  court  passage  aux  af- 
faires*, il  eut  à  reprendre  les  négociations*  avec  le  marquis 
Ts'êng  : 

Paris,  I®' janvier  1882. 

Je  me  suis  fait  représenter  dernièrement  une  lettre  que  vous 
avez  adressée,  sous  la  date  du  ai  septembre  1881,  à  M.  Barthé- 
lémy Saint-Hilaire,  mon  prédécesseur  au  Département  des 
Affaires  étrangères,  en  réponse  à  sa  communication  du  27  Dé- 
cembre 1880,  concernant  les  affaires  de  la  Colonie  française  de 
Cochinchine.  Vous  développiez  dans  cette  lettre  différentes  con- 
sidérations relatives  à  la  situation  internationale  de  l'Empire 
d'Annam,  et  j*ai  regretté  de  constater  une  certaine  différence 
entre  vos  appréciations  à  cet  égard  et  celles  que  M.  Barthélémy 
Saint-Hilaire  vous  avait  exposées  au  nom  du  Gouvernement  de 
la  République.  Je  croirais  inopportun  d'engager  ici  une  discus- 
sion de  principe;  je  préfère  me  borner  à  mentionner  que  la 
communication  qui  vous  a  été  transmise  à  la  date  du  27  dé- 


I.  Il  fut  remplacé  le  3o  janvier  1882,  par  M.  de  Freycincl. 

3.  Ministère  des  affaires  étrangères.  —  Documents  diplomatiques.  — 
Affaires  du  Tonkin.  Première  partie,  1874-décembre  1883.  Paris,  i883, 
in-fol. 

—  Deaiième  partie,  décembre  i883-i883.  Paris,  i883,  in-fol. 


332  L* AFFAIRE    DU    TONG-KING 

cembre  1880,  coatient  l'indication  exacte  des  faits  auxquels  le 
Gouvernement  français  a  le  devoir  de  se  tenir. 

Il  est  toutefois  un  point  dans  votre  lettre  que  je  ne  saurais 
laisser  passer  sans  une  observation  particulière.  Le  Gouverne- 
nement  Impérial  cliinois,  écriviez-vous,  ne  peut  pas  reconnaître 
le  traité  de  1874  conclu  entre  la  France  et  TAnnam.  Or,  ce 
traité  qui  règle  précisément  nos  rapports  avec  l'Annam,  a  été 
olFiciellemcnt  communiqué  au  Gouvernement  Chinois,  le  ab  Mai 
1876,  par  le  Comte  de  Rochechouart,  Chargé  d'affaires  de  France 
à  Pé-King,  et  dans  la  réponse  en  date  du  i5  juin  suivant,  que  le 
Prince  Koung  a  envoyée  à  M.  de  Ilocliechouart,  il  n'a  été  élevé 
aucune  objection  contre  la  conclusion  du  traité,  ni  contre  aucune 
de  ses  clauses;  l'Annam  est  mentionné  simplement  comme 
ayant  été  autrefois  '  un  pays  tributaire  de  la  Chine,  ce  qui  iic 
présente,  à  vrai  dire,  qu'un  intérêt  historique. 

Vous  comprendrez  sans  peine  que,  dans  ces  conditions,  il 
nous  soit  malaisé  d'admettre  que  le  Gouvernement  chinois 
vienne  contester  aujourd'hui  un  traité  existant  et  déjà  entré 
dans  la  période  d'application  depuis  près  de  huit  années;  nous 
ne  saurions  nous  arrêter  en  tout  cas  à  une  réclamation  aussi 
tardive,  et  le  Gouvernement  de  la  République  hésite  d'autant 
moins  à  revendiquer  l'entière  liberté  de  ses  actes  en  ce  qui  con- 
cerne l'exécution  de  ses  conventions  avec  l'Annam,  qu'il  ne 
nourrit,  ainsi  que  M.  de  Freycinet  et  M.  Barthélémy  Sainl- 
Hilaire  vous  en  ont  successivement  donné  l'assurance,  aucun 
dessein  qui  puisse  porter  ombrage  à  la  Chine  ou  qui  soit  préju- 
diciable à  ses  intérêts  '. 

Copie  de  cette  lettre  fut  envoyée  à  Pé-King  à  M.  Bourée 
(4  janvier  1882). 

LA    CHINE    ET    l'aNNAM 

En  réalité,  quels  étaient  les  droits  de  la  Chine  sur  l'An- 
nam ? 

La  légende  annamite  fait  remonter  Torigine  de  ses  rois  à 
un  parent  de  l'empereur  de  la  Chine.  Placés  l'un  à  côté  de 

I.  Voir  p.  381,  rcrrcur  d'un  traducteur, 
a.  Livre  jaune t  p.  igS-ô. 


LA    CHINE    ET    L*AKNAM  333 

raiilre,  le  Céleste-Empire  et  son  voisin  moins  puissant, 
l'Ânnam,  ont  été  en  relations  constantes  depuis  un  temps 
immémorial.  Ces  relations  ont  été  de  natures  diverses.  Nous 
voyons  les  deux  pays,  tantôt  s^en voyant  des  ambassades 
réciproques,  tantôt  en  guerre  ;  parfois  FAnnam,  victorieux 
de  la  Chine,  repousse  Tenvahisseur  dans  son  pays,  tantôt 
Ini-même,  vaincu,  est  réduit  en  province  chinoise.  Finale- 
ment, TAnnam  accepte  une  sorte  d'investiture  de  son  for- 
midable voisin  qui  donne  à  ce  dernier  une  supériorité  hono- 
rifiqwe  sur  son  faible  adversaire. 

\oicien  quelques  lignes  l'histoire  des  principales  relations 
de  la  Chine  avec  TAnnam,  dont  les  limites  n'ont  pas  tou- 
jours été  aussi  nettement  définies  qu'elles  le  sont  aujourd'hui. 
Il  est  convenu,  en  effet,  actuellement  que  l'empire  d'An- 
nam  se  compose  de  trois  parties  ;  le  Tong-King  au  nord,  Pé- 
ky,  ou  Bac-ky  ;  la  Cochinchine  ou  Annam  proprement  dit  au 
centre,  Hué-ky  ;  et,  au  sud,  la  basse  Cochinchine  ou  Cochin- 
chine française,  Nam-ky,  En  réalité,  l'Annam  était  jadis  le 
pays  que  nous  appelons  aujourd'hui  le  Tong-King,  qui  s'est 
étendu  à  certaines  époques  de  l'histoire  jusqu'à  Canton. 

L'Annam  s'est  trouvé  cinq  fois  réduit  en  province  chi- 
noise :  de  1 1 1  avant  J.-C.  à  89  après  J.-C.  ;  de  4^  à  186  ; 
pour  la  troisième  fois,  de  226  à  54o,  pendant  une  période 
de  trois  cent  quatorze  années  ;  une  quatrième  fois,  pendant 
trois  cent  trente-six  ans,  de  6o3  à  989  ;  la  Chine  s'empare 
une  dernière  fois  de  l'Annam  en  1^07,  et  cette  occupation 
dure  une  vingtaine  d'années. 

Ces  différentes  conquêtes  de  l'Annam  par  la  Chine  n'ont 
pas  été  sans  laisser  dans  le  pays  une  trace  profonde.  Dès 
J  année  186  de  notre  ère,  la  littérature  chinoise  était  intro- 
duite dans  l'Annam  et  les  préceptes  de  Confucius  y  étaient 
enseignés,  mais  c'est  surtout  à  l'époque  de  leur  dernière  do- 
mination que  les  Chinois,  sur  lesquels  régnait  alors  la  dy- 
nastie des  Ming,  imposèrent  aux  vaincus  un  grand  nombre 


-^^-f^ 


334  L* AFFAIRE   DU    TON6-K1NG  1 

de  leurs  coutumes  :  le  tatouage,  en  usage  dans  TAnnam,  fut 
défendu  ;  les  femmes  furent  obligées  de  porter  des  vêtements 
courts  à  manches  larges  et  les  hommes  de  porter  les  che- 
veux longs.  On  n'ignore  pas  que  Tusage  de  se  raser  le  haut 
de  la  tète  et  de  réunir  les  cheveux  en  une  longue  tresse  qui 
tomhe  dans  le  dos  ne  date,  chez  les  Chinois,  que  de  la  con- 
quête tartare  au  milieu  du  xvn°  siècle. 

Les  Chinois  établirent  une  nouvelle  administration,  intro- 
duisirent les  cinq  livres  canoniques  et  les  quatre  livres  classi- 
ques de  Confucius  et  de  ses  disciples,  et  construisirent  des 
écoles  dans  lesquelles  on  enseigna  les  caractères  chinois. 

A  différentes  reprises,  des  aventuriers  ou  des  descendants 
d'anciennes  familles  régnantes  secouèrent  le  joug  chinois  et 
régnèrent  sur  FAnnam,  tantôt  sous  le  nom  de  princes,  tan- 
tôt sous  le  nom  de  rois  ou  d'empereurs.  Depuis  le  x"  siècle 
de  notre  ère,  on  ne  compte  pas  moins  de  six  dynasties  qui 
ont  gouverné  ce  pays  :  i®  les  Dinh  (968);  2®  les  Le  anté- 
rieurs (980)  ;  3**  les  Ly  postérieurs  (1010)  ;  4"  les  Trân 
(1225);  5**  les  Le  postérieurs  (1428),  et  6^  les  Nguyen 
(1802).  Cette  dernière  dynastie  est  celle  qui  a  été  fondée  par 
Gia-Long  après  qu'il  eut  réuni  le  Tong-King  à  l'Annam. 
Elle  a  donné  depuis  lui  les  souverains  :  Ming-Mang,  Thiëu- 
Tri,  Tu-Duc,  jusqu'à  leur  successeur  actuel,  Thanh  Thaï. 

Les  différentes  dynasties  chinoises  ont  accordé  aux  princes 
annamites,  depuis  plusieurs  siècles,  une  investiture  qui  n'a 
d'ailleurs  jamais  eu  un  effet  pratique  sérieux,  car  elle  n'im- 
pliquait pas  de  concessions  mutuelles,  d'alliance  offensive  ou 
défensive,  mais  simplement  la  remise  d'un  sceau  au  chef  de 
la  dynastie,  sceau  dont  le  souverain  de  l'Annam  ne  faisait 
usage  que  dans  sa  correspondance  avec  le  Fils  du  Ciel,  l'en- 
voi d'ambassades,  et  le  payement  d'un  tribut  de  médiocre 
importance. 

Cette  investiture  et  ce  tribut  laissent  subsister  entièrement 
la  souveraineté  de  l'Annam,  ainsi  que  nous  avons  déjà  eu 


LA    CHINE    BT    L*ANNAM  335 

ailleurs  l'occasion  de  le  démontrer*.  En  effet,  «  dans  une 
alliance  entre  deux  pays  de  force  inégale,  quand  Tallié  infé- 
rieur se  réserve  la  souveraineté  ou  le  droit  de  gouverner  lui- 
même,  il  doit  être,  dit  Vattel,  regardé  comme  indépendant. 
Le  payement  d'un  tribut,  qui  enlève  de  la  dignité  au  pays 
qui  le  paye,  n'enlève  rien  à  la  souveraineté  de  ce  pays  ». 
Dans  le  cas  présent,  l'Annam  rentre  bien  dans  la  catégorie 
des  États  souverains;  car  depuis  1407,  c'est-à-dire  depuis 
Toccupation  des  Ming,  la  Chine  n'est  jamais  intervenue  dans 
les  aflaires  intérieures  du  royaume  :  la  succession  au  trône, 
Tadministration,  la  promulgation  des  lois,  se  sont  faites  sans 
que  la  Chine  fût  consultée. 

Quand  la  Chine  a  été  en  guerre  avec  des  puissances  euro- 
péennes, en  1842  et  en  1860,  nous  ne  l'avons  pas  vue  re- 
quérir l'aide  des  troupes  de  son  soi-disant  vassal.  Si,  à  des 
reprises  différentes,  dans  les  dernières  années,  les  Chinois 
ont  fait  passer  k  leurs  troupes  la  frontière  annamite,  moins 
à  la  suite  d'un  appel  de  Tu-Duc  que  dans  leur  intérêt  pro- 
pre: en  1864,  ils  poursuivaient  les  débris  des  rebelles  Taï- 
pings,  devenus  Pavillons  jaunes  et  PaviUons  noirs  pour  les 
écraser  ;  en  1879,  ils  pourchassaient  Li  Yang-ts'sai,  qui  avait 
levé  l'étendard  de  la  révolte  dans  le  Kouang-Si.  Admettons 
qu'il  y  avait  là  l'acte  d'un  suzerain  appelé  par  un  vassal  à 
son  secours,  et  non  le  fait  d'une  puissance  qui,  sachant 
qu'on  n'aura  pas  la  force  de  la  repousser,  pénètre  chez  son 
voisin  pour  se  faire  justice  elle-même. 

Cet  argument  que  prétendait  fournir  la  Chine  à  l'appui  de 
ses  prétentions  retourne  contre  elle,  car,  si  le  simple  fait 
d'une  invasion  d'un  territoire  constitue  une  suzeraineté  ou 
une  prise  de  possession  de  ce  territoire,  l'histoire  nous  four- 
nit plusieurs  exemples  de  l'invasion  du  territoire  chinois  par 
les  Annamites  et,  pour  n'en  citer  qu'un  :  au  xv®  siècle,  nous 

I.  Cercle  Saint-Simon,  décembre  i88a. 


336  l'affaire  du  To^(:-K1^-G 

rappellerons  que  le  roi  d'Annam,  Le  Thanh-Tong,  fit  une 
campagne  contre  les  Bat-Ba-Tuc-Phu,  tribus  sauvages  tribu- 
taires de  la  Chine,  qui  furent  plus  tard  incorporées  à  la  Bir- 
manie, et  que  le  Céleste-Empire  ne  put  empêcher  la  cam- 
pagne du  souverain  annamite. 


D'ailleurs,  il  est  impossible  de  traiter  de  la  soi-disant  sou- 
veraineté de  la  Chine  sur  l'Annam  sans  traiter  également 
des  prétendus  droits  qu'elle  a  sur  les  autres  pays  de  l'Indo- 
Chine,  pays  qui,  comme  l'Annam,  ont  reçu  du  Céleste-Em- 
pire l'investiture  et  le  sceau.  Ainsi  Siam  a  reçu  l'investiture 
trois  fois  sous  les  empereurs  Kang-Hi,  k'ien-Ixiung  et  Kia- 
K'ing,  en  iSyS,  1786  et  1810.  En  1780,  le  Laos  eut  à 
payer  le  tribut  tous  les  cinq  ans  ;  le  tribut  fut  renouvelé  avec 
l'investiture  et  le  sceau  en  1795.  Quant  à  la  Birmanie, 
elle  paya  le  tribut  en  17&1  ;  en  1790,  le  sceau  et  l'in- 
vestiture lui  ayant  été  accordés,  elle  eut  k  payer  le  tribut 
tous  les  dix  ans.  Quelle  a  été  la  politique  de  la  Chine 
vis-à-vis  de  ces  puissances  et  en  particulier  vis-à-vis  de 
la  Birmanie,  sa  voisine,  comme  l'Annam  ?  Elle  a  laissé 
l'Angleterre  s'emparer  successivement  de  l'Assam,  de  l'Arn- 
kan,  du  Pégou,  du  Tenasserim,  la  Birmanie  restant  de  la 
sorte  isolée  du  reste  du  monde,  sans  qu'une  protestation  se 
soit  fait  entendre  de  la  cour  de  Pé-King.  Bien  plus,  les  Chinois 
laissant  sans  secours  les  Birmans,  qui,  depuis  1876,  récla- 
maient leur  aide  contre  les  Anglais,  ont  laissé  ceux-ci  détrôner 
le  roi  Thibau  en  1886  !  Si  de  la  Birmanie  nous  passons  au 
Laos,  nous  verrons  que  la  Chine,  malgré  l'investiture  qu'elle 
lui  avait  accordée,  ne  s'est  nullement  préoccupée  du  partage 
de  ce  pays,  jadis  indépendant,  en  1839,  entre  la  Birmanie, 
le  Siam  et  l'Annam.  Enfin,  en  1879,  puis  en  1882,  le 
royaume  de  Siam  a  refusé  catégoriquement  de  répondre  aux 


LA    CHINE    ET    l'aNNAM  337 

avances  des  envoyés  du  Fils  du  Ciel.  Ainsi  donc  une  poli- 
tique bonne  pour  TAnnam  ne  Test  plus  ni  pour  le  Siam  ni 
pour  la  Birmanie  :  deux  poids,  deux  mesures  ;  absence  com- 
plète de  logique. 


* 
*  * 


Nous  avons  vu  que  la  Chine  n'était  jamais  intervenue  en- 
tre les  différents  pays  de  l'Indo-Chine,  ni  dans  leurs  rela- 
Gons  entre  eux,  ni  dans  leurs  relations  avec  l'Angleterre. 
Nous  pouvons  ajouter  que  jusqu'en  1880  la  Chine  n'avait 
nuUement  songé  à  protester  contre  notre  action  diplomatique 
ou  militaire  en  Annam.  Ni  le  traité  de  1787  avec  Gia-Long, 
ni   la   nomination    d'un    consul   de   France    à    Hué    sous 
Louis  XVIII,  ni  les  divers  exploits  de  nos  marins  sous  le 
règne  de  Louis-Philippe  pour  punir  les  autorités  annamites 
du  massacre  des  missionnaires  espagnols,  n'ont  amené  l'in- 
tervention de  la  Chine.  Enfin,  l'occupation  de  la  basse  Co- 
chinchine,  résultant  de  la  guerre   de  1860  et  du  traité  de 
Saigon  de  1862,  n'est-elle  pas  aujourd'hui  un  fait  acquis  P 
Enfin,  le  dernier  traité  de  1874,  conséquence  de  l'expédi- 
tion de  Garnier,  n'avait  été  à  aucune  époque  l'objet  d'une 
réclamation  de  la  cour  de  Péking  à  la  cour  de  Hué.  Tu-Duc 
lui-même  n'a  songé  à  faire  part  de  ce  traité  à  la  Chine  que 
six  ans  plus  tard,  lorsque,  se  sentant  trop  faible  pour  résister 
à  la  France,  il  demanda  du  secours  à  son  puissant  voisin. 


* 
*  * 


Il  ne  nous  suffit  pas  de  montrer  l'inanité  des  prétentions 
(le  la  Chine  au  point  de  vue  chinois  même  et  au  point  de 
yne  du  droit  des  gens  :  l'attitude  même  de  son  prétendu 
vassal  montre  que  la  Chine  n'a  jamais  eu  de  véritable  suze- 
mineté,  qu'il  n'y  a  jamais  eu  entré  les  deux  pays  que  des 
relations  traditionnelles. 

GoRDiBR.  II.  —  a  3 


338  l'affaire  du  tong-king 

En  eflel,  nous  avons  déjà  vu  que  Tu-Duc  avait  attendu 
six  ans  pour  faire  part  du  traité  de  1874  à  la  Chine,  et  cela, 
non  pas  par  devoir,  mais  simplement  pour  demander  du 
secours.  Le  droit  de  suzeraineté  implique  voix  délibéra live 
dans  le  choix  du  prince,  et  dans  aucun  temps  la  Chine  n'a 
été  consultée  lorsqu'il  s'est  agi  de  régler  la  succession  au 
trône  d'Annam.  L'investiture  même  était  considérée  comme 
chose  si  peu  importante,  que  les  princes  cochinchinois  ne  la 
demandaient  souvent  qu'au  bout  de  trois  ans,  de  cinq  ans 
et  même  plus,  de  règne. 

Ïu-Duc,  qui  a  reçu  l'investiture  à  Hué  au  lieu  de  Hanoï, 
était  disposé  à  s'en  passer  si  les  envoyés  chinois  ne  venaient 
pas  jusqu'à  sa  capitale. 

Ce  fameux  sceau  que  la  Chine  remettait  au  chef  de  cha- 
que nouvelle  dynastie,  quel  usage  en  faisait  le  souverain 
annamite  ?  Il  s'en  servait  par  courtoisie,  dans  sa  correspon- 
dance avec  la  Chine  exclusivement  ;  mais  pour  tous  ses  au- 
tres actes,  et  en  particulier  pour  ses  actes  avec  les  puissances 
étrangères,  il  se  servait  du  grand  sceau  dont  nous  donnons 
la  reproduction  ci-contre,  dans  lequel  il  prenait  un  titre 
égal  à  celui  de  l'empereur  de  la  Chine.  Le  sceau  jK)rle  en 
effet  les  caractères  :  Ta  nam  Iloang  ti  Tche  si,  c'est-à-diire  : 
«  Le  grand  sceau  des  empereurs  du  Grand-Sud.  »  Les 
commissaires  impériaux  annamites  ne  se  considèrent  pas 
non  plus  comme  inférieurs  à  leurs  collègues  de  Chine,  ainsi 
qu'on  en  pourra  juger  par  le  sceau  que  nous  reproduisons 
également  ci-contre  et  qui  porte  les  caractères  :  Kin  che  ta 
tchen  Koiian  fang,  qui  veulent  dire  :  «  Sceau  du  ministre 
envoyé  impérial.  » 

Enfin,  les  Annamites  se  sont  eux-mêmes  chargés  de  dis- 
siper nos  derniers  doutes  sur  la  nature  de  leurs  relations  avec 
la  Chine.  Dans  le  cours  d'une  conversation  entre  Tamiral 
Dupré  et  les  ambassadeurs  annamites  en  1874,  à  Saigon, 
l'amiral  remarqua  que,    suivant   les  annales  de  leur  pays, 


J 


l'Annam  avait  été  pendant  longtemps  sous  la  proteclion  de 
la  Chine,  le  mot  protection  impliquant,  suivant  l'interpréta- 
tion annamite  du  terme,  le  droit  absolument  deR{>olique  d'un 
père  sur  son  Cls.  Les  ambassadeurs  annamites  protestèrent 
énergiquement  contre  cette  interprétation  et  déclarèrent  que 
la  cour  de  Hué  n'avait  jamais  reconnu  la  suzeraineté  de  la 


ScMD  de  l'ampanur  d'AnDam. 

Chine.  L'amiral  leur  rappela  les  tributs  envoyés  à  Pé-King  ; 
les  ambassadeurs  répondirent  que  l'Annam,  étant  beaucoup 
plus  petit  que  la  Chine,  sa  voisine,  avait  été  envahi  fréquem- 
meol  par  les  armées  chinoises  et  obligé  de  se  soumettre  con- 
tre sa  volonté;  qu'à  des  intervalles  irréguliers  et  éloignés, 
les  Annamites  avaient  envoyé  des  présents  à  Pé-King  pour 
s'éviter  des  ennuis,   mais  qu'ils   n'avaient  jamais   commis 


34o 

d'acte  qui  pût  fitre  interprété  comme  une  reconnaissance  de 

leur  soumission. 

C'est  exactement  la  définition  que  donne  Valtel  de  l'État 
tributaire:  «  Il  n'y  a  pas  plus  de  dilïculté  h  l'égard  des 
États  Iribuloires,  car,  bien  qu'un  tribut  payé  à  une  puissance 


Sce*u  d'uD  eaToyiS  Impérial  aniumlle. 

étrangère  diminue  quelque  chose  de  la  dignité  de  ces  États, 
étant  un  aveu  de  leur  faiblesse,  il  laisse  subsister  entière- 
ment leur  souveraineté.  L'usage  de  payer  tribut  était  autre- 
fois très  fréquent  ;  les  plus  faibles  se  raclielaient  jKir  là  des 
vexations  du  plus  fort,  en  se  ménaj^eant  ii  ce  prix  sa  pro-  . 
loclion,  sans  cesser  d'être  souverains.  » 


I-A    CHINE    RT    L  VNXVM  3^1 

Mais,  nous  dira-t-on,  puisque  cette  soi-disant  suzeraineté 
n'est  que  platonique,  qu'elle  n'est  qu'une  tradition  sans  im- 
portance pratique,  pourquoi  tout  en  traitant  directement 
avec  FAnnam  et  en  lui  imposant  notre  protectorat,  ne  pas 
laisser  à  la  Chine  la  légère  satisfaction  de  voir  reconnaître 
la  coutume?  Simplement  parce  que  d'un  privilège  purement 
honorifique,  la  Chine  prétendait  faire  un  droit  absolu  et  que, 
s  appuyant  sur  une  fiction,  elle  aurait  voulu  obtenir  une 
suzeraineté  réelle.  Comme  l'a  fort  bien  dit  le  marquis  Tseng, 
dans  une  conversation  reproduite  par  le  Temps,  du  28  juin 
i883  :  «  La  question  à  débattre  à  Chang-Haï  comme  h  Paris 
est  celle  des  droits  de  suzeraineté  de  la  Chine  sur  l'Annam, 
et  c'est  de  l'accord  qui  interviendra  entre  les  deux  gouver- 
nements sur  ce  premier  point  que  dépendra  l'issue  de  toutes 
les  négociations  ultérieures.  » 

Or,  nous  venons  d'examiner  quelle  était  la  valeur  de  la 
soi-disant  suzeraineté  de  la  Chine,  quelles  étaient  les  pré- 
tentions chimériqpies  du  Céleste-Empire.  La  base  même  des 
négociations  du  marquis  Ts'êng  n'existait  pas.  C'est  ce  que 
nous  voulions  démontrer*. 

La  lettre  de  Ts'êng  était  son  œuvre  personnelle,  moins 
toutefois  que  celle  de  conseillers  étrangers  qu'il  avait  près  de 
lui.  Au  mois  de  janvier  1882,  ni  l'Angleterre,  ni  l'Alle- 
magne ne  poussaient  le  diplomate  chinois.  M.  de  Brandt  ré- 
pétait à  satiété  à  M.  Bourée  que  non  seulement  son  gouver- 
nement verrait  sans  déplaisir  la  France  aller  au  Tong-King, 
mais  qu'il  appelait  même  de  tous  ses  vœux  une  expédition 
destinée  à  ouvrir  au  commerce  allemand  de  nouveaux  et 
précieux  débouchés,  en  laissant  à  d'autres  les  difficultés  et 
les  frais  d'une  entreprise  profitable  pour  tous.  Li  Houng- 
tchang  lui-même  n'apportait  pas  dans  les  négociations,  l'âpreté 


I.  Le  conflit  entre  la  France  et  la  Chine...  par  Henri  Cordier. 
Paris,  i883,  br.  in-8. 


343  i/affaire  du  tong-ring 

de  Ts'êng  en  qui,  il  redoutait  avec  raison  un  rival.  Toute- 
fois, il  ne  fallait  plus  se  bercer  d'illusions  :  Tentente  était 
nouée  entre  la  cour  de  Hué  et  celle  de  Pé-King  dans  une 
pensée  de  résistance  contre  nous  ;  toute  la  contrée  où  nous 
voulions  nous  établir  était  envahie  par  les  forces  chinoises. 

LES    PAVILLONS    NOIRS 

Deux  Français,  MM.  Courtin  et  Villeroi,  en  route  pour  le 
Yun-Nan,  insultés  au  sortir  de  Bao-hâ,  le  8  octobre,  furent 
attaqués  par  les  Pavillons  Noirs  le  i5  octobre  au  petit  fort 
de  Lu,  situé  sur  la  rive  gauche  du  fleuve  en  face  de  Ngoi 
Nu,  à  4o  milles  environ  de  Lao-kay,  et  un  Malais  à  leur 
service  fut  blessé  ;  obligés  de  redescendre  le  fleuve,  les 
voyageurs  arrivèrent  le  17  à  Houng  Hoa,  où  précisément  le 
Chef  des  Pavillons  Noirs  venait  d'arriver  avec  une  troupe 
assez  nombreuse  pour  assister  à  une  fête  en  Thonneur  du 
roi  ;  insultés  là  encore,  ils  furent  obligés  de  fuir  jusqu'à 
l'embouchure  de  la  Rivière  Noire  d'où  ils  expédièrent  leur 
blessé  à  Ha-noï. 

J*ai  demandé  au  Thuong-Bac,  écrivait  au  Gouverneur  notre 
chargé  d'afTaircs  à  Hué,  le  3i  déc.  1881,...  quelle  décision  avait 
été  prise  rolativcincnt  aux  «  Pavillons  Noirs  ».  Il  m'a  répondu 
qu'on  allait  écrire,  pour  dire  de  les  renvoyer,  mais  que  le  délai 
fixé  par  nous  était  trop  court ,  qu'il  fallait  deux  mois ,  au 
moins,  jX)ur  régler  cette  aflaire.  11  a  entrepris  ensuite  de  justi- 
fier la  présence  de  ces  bandes  au  Tong-King,  disant  que  depuis 
longtemps,  bien  avant  le  traité,  il  y  avait  des  rebelles  dans  cette 
région.  Ses  explications  furent  aussi  vagues,  aussi  confuses 
qu'inintelligibles. 

Plus  tard,   M.    Rheinart  disait  encore  (Hué,   4  janvier 

1882)  : 

Les  slatisti(|ues  de  la  Douane,  et  la  connaissance  que  nous  avons 
des  tarifs  douaniers  de  Luu   Vinh-phuoc,   nous  permettraient 


LES    PAVILLO^S    NOIRS  S/lS 

dVlablir  à  peu  près  le  relevé  des  sommes  indûment  perçues  par 
ce  chef  de  bande,  avec  les  noms  des  commerçants  qui  ont  payé. 
Si  nous  désirons  embarrasser  le  Gouvernement  annamite,  nous 
pourrions  le  mettre  en  demeure  de  rembourser  ces  sommes,  en 
faisant  valoir  que  Luu  Vinh-phuoc  était  fonctionnaire  anna- 
mite. 

Dans  une  entrevue  de  M.  Rheinart  avec  le  Thuong  Bâo, 
celui-ci  vient  à  prendre  ouvertement  la  défense  des  Pavillons 
Noirs  *  :  . 

Le  Tliuong-Bàc  «  représente  d'abord  Luu  Vinh-phuoc  et  sa 
l)ande  comme  étant  de  trop  mince  valeur  pour  que  nous  nous 
ima'^înions  devoir  intervenir  :  Tautorité  annamite  saurait  vite, 
si  nous  le  souhaitions,  les  faire  disparaître.  Il  contesta  ensuite 
qu'il  Y  eût  jamais  eu  de  droits  perçus  sur  les  marchandises  par  ces 
fîens  :  ce  sont  les  commerçants,  prétend-on,  qui  ont  imaginé  ces 
fables  auxquelles  on  ne  doit  pas  ajouter  foi.  Peu  à  peu  le  discours 
changea.  Luu  Vinh-phuoc  ayant  rendu  des  services  et  fait  sa 
soumission  avait  été  chargé  de  garder  le  haut  du  fleuve  sans  cesse 
exposé,  sans  secours,  aux  incursions  de  bandes  de  brigands.  Si 
on  le  chassait,  le  pays  serait  sans  défense  contre  eux  :  que  devien- 
draient aussi  ces  «  Pavillons  Noirs  »  débandés  et  pourchassés  ;  ils 
susciteraient  des  désordres  dont  nous  serions  la  cause  première, 
dont  nous  aurions  en  quelque  sorte  la  responsabilité.  Luu  Vinh- 
phuoc  n'a  jamais  pu  se  permettre  de  nous  insulter,  et,  enfin, 
pourquoi  nous  imposer  inutilement  de  grosses  dépenses.  Le 
Irailé  nous  oblige  à  secourir  l'Annam  en  cas  de  besoin,  et  cepen- 
dant on  ne  nous  a  jamais  adressé  aucune  demande  pour  nous 
causer  de  dérangements  que  l'on  peut  éviter. 

Au  mois  de  février  1882,  il  est  question  d'envoyer  en 
France  une  ambassade  dont  le  chef  serait  le  Tong-Doc  de 
Binh-Dinh,  ancien  Tham-Bien  du  Thuong  Bac,  puis  Tuan 
Phu,  au  Quang-Binh  ;  le  second  amba«adeur  serait  le  bien 
Ly  trân.  A  ce  sujet,  M.  Rheinart  écrivait  au  Gouverneur 
(Hué,  18  février  1882)  :  «  J'espère  que  Ton  demeurera 
rigoureusement  fidèle  à  la  résolution  adoptée,  de  ne  laisser 

I.  M.  Rheinart  au  Gouverneur,  la  avril  1S82. 


ï^Ti 


LE    COMMANDANT    RIVIÈRE    A    HA-KOÏ  3^5 

prendre  avant  rarrivée  de  Tamiral  Pierre,  nommé  comman- 
dant supérieur  des  forces  de  terre  et  de  mer.  Le  i*^*"  février, 
on  apprend  h  Saigon  la  chute  du  ministère  Gambetta, 
M.  Gougeard  suit  le  premier  ministre  dans  sa  retraite  ^  » 

Saigon,  17  janvier  1882*. 

A  la  suite  de  Taltaque  dont  ont  clé  victimes  MM.  Courlin  et  Vil- 
leroi,  voyageurs  Français  munis  de  passeports  réguliers.  j*ai  dû 
faire  des  représentations  au  Gouvernement  Annamite  et  Tengager 
à  expulser  de  son  territoire  les  mercenaires  chinois  h  sa  solde 
connus  sous  le  nom  de  «  Pavillons  Noirs  ».  Sans  repousser  ma 
demande,  la  Cour  de  Hué.  sous  le  prétexte  que  ces  irréguliers  lui 
avaient  rendu  des  services,  mais  en  réalité  par  impuissance,  n*a 
pu  me  donner  satisfaction  ;  elle  s'est  contentée  de  me  répondre 
qu'elle  éloignerait  ces  bandes. 

D'un  autre  côté,  j'apprends  que  Luu  Vinh-phuoc  vient  de  se 
rendre  en  Chine,  salué  sur  son  passage  comme  un  chef  d'ar- 
mée, et  emportant  des  sommes  considérables  destinées  sans  aucun 
doute,  à  recruter  de  nouveaux  soldats.  En  même  temps,  dos 
saisies  opérées  par  les  t>ouanes  ont  prouvé  qu'il  se  faisait  un 
approvisionnement  considérable  d'armes  à  tir  rapide  et  de  mu- 
nitions de  guerre. 

Dans  ces  conditions,  il  me  parait  nécessaire  de  mettre  nos 
troupes  à  l'abri  d'une  surprise  et  j'ai  décidé  que  la  garnison 
de  Hanoï  serait  doublée. 

Vous  voudrez  bien  donner  des  instructions  pour  que  le  «  Drac  » 
appareille  Jeudi  soir  et  porte  au  Tong-King  deux  compagnies  de 
renfort. 

Je  désire  que  vous  présidiez  à  cette  opération.  Vous  connaissez, 
mon  cher  Commandant,  les  vues  du  Gouvernement  de  la  Répu- 
blique, il  ne  veut  à  aucun  prix  faire,  à  4  mille  lieues  de  la 
France,  une  guerre  de  conquête  qui  entraînerait  le  pays  dans  de 
graves  complications. 

C'est  politiquement,  pacifiquement,  administrativement  que 

I.  I^  commandant  Bivière  et  l'expédition  du  Tonkin^  par  Charles 
Baude  de  Maurcelej,  avec  une  préface  de  Alexandre  Dumas  fils.  Paris, 
Paul  OliendorfT,  i884.  gr.  in-i8;  voir  p.  107. 

a.  M.  Le  Mjre  de  Vilers  au  commandant  Rivière.  —  Livre  jaune, 
p.  aoa. 


-•«»-^  •" 


3^6  l'affaire  du  tong-e^ing 

nous  devons  étendre  et  affermir  notre  influence  au  Tong-Ring  et 
en  Annam  :  aussi  la  mesure  que  nous  prenons,  aujourd'hui,  csl- 
ellc  essentiellement  préventive. 

Vous  devrez  donc  n'avoir  recours  à  la  force  qu'en  cas  d'abso- 
lue nécessité,  et  je  compte  sur  votre  prudence  pour  éviter  celte 
éventualité  peu  probable  d'ailleurs. 

Nous  n'avons  pas  à  Hanoï  le  casernement  nécessaire  pour  loger 
45o  hommes.  Vous  aurez  à  créer  une  installation  provisoire  ;  je 
vous  recommande  de  la  faire  aussi  salubre  que  possible,  car 
avant  tout  il  faut  ménager  la  vie  et  la  santé  de  nos  soldats. 

Gomme  vous  le  savez,  des  Douanes  intérieures  ont  été  placées 
par  les  Pavillons  Noirs  sur  le  cours  du  Song-Koy  et  de  ses  affluents, 
contrairement  aux  traités.  Vous  aurez  à  surveiller  le  Fleuve,  et  je 
considère  comme  très  utile  d'établir  un  poste  fortifié  à  l'embou- 
chure de  la  Rivière  Glaire.  Vous  ferez  étudier  le  projet  par  l'ofli- 
cier  du  génie  que  je  mets  h  votre  disposition  et  vous  commen  - 
cercz  les  travaux  lorsque  vous  jugerez  pouvoir  le  faire  sans  sortir 
du  programme  pacifique  que  je  vous  ai  indiqué. 

Incontestablement  les  autorités  annamites  auxquelles  nous 
nous  adresserons  pour  obtenir  la  cession  du  terrain,  feront  des 
observations ,  demanderont  à  en  référer  à  Hué  et  chercheront  à 
gagner  du  temps  ;  vous  passerez  outre,  lorsque  le  moment  vous 
paraîtra  venu.  J'ai,  du  reste,  tout  lieu  de  croire  que  vous  ne 
rencontrerez  aucune  opposition  sérieuse.  Vous  ne  devez  avoir 
aucun  rapport  direct  ou  indirect  avec  les  Pavillons  Noirs;  pour 
nous  ce  sont  des  pirates  et  vous  les  traiterez  comme  tels,  s'ils  se 
mettent  sur  votre  route;  seulement  comme  nous  devons  nous 
montrer  ménager  de  la  vie  humaine,  au  lieu  de  les  passer  par 
les  armes,  vous  les  expédieriez  à  Saigon  et  je  les  ferais  interner  à 
Poulo-Gondor. 

Dans  le  cas  peu  probable  où  vous  rencontreriez  des  troupes 
impériales  chinoises,  vous  éviterez  soigneusement  un  conflit. 

11  est  possible  que  votre  présence  seule  provoque  un  mouve- 
ment insurrectionnel  de  la  part  de  la  population  :  vous  aurez 
grand  soin  de  ne  pas  vous  y  associer  sans  m'en  avoir  référé. 

Les  fonds  nécessaires  à  la  première  installation  seront  mis  à 
votre  disposition  par  M.  le  Ghef  du  service  administratif;  ulté- 
rieurement, je  prendrai  les  mesures  nécessaires  pour  que  les  tra- 
vaux d'établissement  soient  payés  sur  les  Douanes. 

Si  vous  aviez  besoin  de  forces  supplémentaires,  vous  m'en 
feriez  la  demande  et  j'y  satisferais  immédiatement. 


LE    COMMANDANT    RIVIÈRE    A    HA-NOÏ  347 

Je  ne  crois  pas  devoir  vous  donner  d'instructions  plus  détail- 
lées, elles  ne  feraient  que  vous  entraver,  car  probablement  il  se 
produira  des  incidents  et  des  nécessités  que  je  ne  puis  prévoir, 
mais  je  compte  sur  votre  patriotisme  et  votre  sagesse  pour  ne 
pas  engager  le  Gouvernement  de  la  République  dans  une  voie 
qu'il  ne  veut  pas  suivre. 

Toute  ma  pensée  peut  se  résumer  en  cette  phrase  :  évitez  les 
coups  de  fusil,  ils  ne  serviraient  à  rien  qu'à  nous  créer  des 
embarras. 

L^amiral  Jauréguiberry,  ministre  de   la  Marine,    donna 

son  approbation  à  ces  instructions  (Paris,  4  mars  1882)  et 

ajoutait  dans  sa  lettre  au   gouverneur  de  la  Cochinchine  : 

«  J'ai  tout  lieu  d'espérer  que  M .  Rivière  saura  faire  face  à 

la  situation  délicate  que  nous  crée  au  Tong-King  la  présence 

de  nombreuses  bandes   armées  qui  occupent  ce  pays  sous 

divers  pavillons.  »  De  son  côté,  M.  de  Freycinet,  ministre 

des  Affaires  étrangères,  écrivait  à  son  collègue  de  la  Marine 

(16  mars  1882)  qu'il   ne   pouvait  qu'approuver  les  ordres 

écrits  de  M.  Le  Myre  de  Vilers.  D'ailleurs,  le  gouvernement 

français  était  déterminé  à  donner  un  caractère  plus  accentué 

à  notre  protectorat  sur  le  royaume  d'Annam. 

Enfin,  Rivière  quitte  Ha-noï  le  25  mars  en  qualité  de 
commandant  supérieur  avec  le  Drac  et  le  Primauguet,  por- 
tant deux  compagnies  d'infanterie  de  marine,  commandées 
par  le  chef  de  bataillon  Chanu,  vingt  tirailleurs  annamites, 
M.  Dupommier,  capitaine  du  génie,  trente  marins  du  Tilsitt 
sous  les  ordres  du  lieutenant  de  vaisseau  Thesmar,  quelques 
artilleurs  et  le  D*"  Maget.  En  arrivant.  Rivière  trouvait 
M.  Berthe  de  Villers,  deux  compagnies  et  trois  canons*. 

Notre  consul,  à  Ha-noï,  écrivait  le  16  avril  au  gouver- 
neur : 

L'arrivée  de  nos  troupes  a  produit  un  grand  cflet  dans  lo 
pays.    Les  mandarins    de  Hanoï    surtout   ont   été  très  émus. 

I.  Baude  do  Maurcelcj,  p.  lai. 


348  i/affaike  du  tong-king 

Malgré  les  assurances  toutes  pacifiques  que  leur  a  données  dès 
son  arrivée  M.  le  Commandant  Rivière,  ils  ont  commencé  aus- 
si tM  à  mettre  la  citadelle  en  état  de  défense  et  nous  en  ont 
interdit  Tentrée,  sauf  pour  les  visites  officielles,  qui  doivent  èlre 
chaque  fois  l'objet  d'un  accord  spécial;  encore  le  Tong-Doc. 
Gouverneur  général  de  Ha-noï  et  Ninh-Binh,  refuse-t-il  de  les 
rendre  en  personne,  ne  voulant  plus  sortir  un  seul  instant  de  la 
place  qui  lui  est  confiée.  Tous  les  soldats  en  congé  ont  été  raj)- 
pelés;  d'autres  arrivent  des  provinces  voisines  et  on  ordonne 
partout  de  nouvelles  levées.  Enfin,  sauf  l'apjx?!  aux  Chinois,  qui 
serait  une  provocation  trop  directe  à  notre  endroit,  les  autorités 
de  Ha-noï  rassemblent  toutes  les  forces  à  leur  disposition.  Quant 
à  la  population,  elle  n'a  pas  cessé  de  nous  témoigner  de  la  bien- 
veillance, mais,  en  général,  on  croit  peu  à  la  paix.  11  ne  m*csl 
pas  possible  de  vous  le  cacher,  M.  le  Gouverneur,  je  pense  moi- 
même  que  les  circonstances  amèneront  fatalement  la  rupture 
que  nous  aurions  voulu  éviter. 

De  Hué,  le  même  jour,  i6  avril,  notre  chargé  d'Affaires 
écrivait  au  gouverneur  : 

Cet  envoi  de  troupes  a  causé  ici  une  grande  émotion  ;  on  se 
demande  quels  sont  nos  projets,  on  craint  que  nous  regrettions 
d'avoir  rendu  les  quatre  provinces  dont  les  citadelles  avaient  été 
enlevées  en  1873  par  M.  Garnier,  et  que  nous  nous  disposions 
à  les  reprendre.  S.  M.  est.  dit-on,  en  proie  à  une  grande  agita- 
tion, qui  se  traduit  par  de  généreuses  distributions  de  coups  de 
rotins  à  ses  femmes  innocentes,  victimes  de  la  politique. 

Les  mandarins  de  Ha-noï  accumulant  soldats  et  munitions 
dans  la  citadelle  qu'ils  entouraient  de  nouvelles  fortifications, 
le  danger  pouvait  devenir  grand  pour  la  petite  armée  fran- 
çaise. Les  mêmes  causes  engendrent  les  mêmes  effets,  et  ce 
qui  provoqua  la  prise  de  la  citadelle  de  Ha-noï  par  Francis 
Garnier  en  1878,  devait  forcer  Rivière  à  Faction  en  1882. 
Voyant  ses  remontrances  restées  sans  effet,  Rivière  se  décide 
à  adresser  l'ultimatum  suivant  au  Tong-Doc'  : 

1.  Livre  jaune,  p.  a^a. 


LE    COMMANDANT    RIVIÈRE    A    HA-NOÏ  3^9 

Hanoï,  le  25  avril  1882. 
Monsieur  le  Gouverneur, 

Dès  mon  arrivée,  je  vous  ai  fait  dire  et  je  vous  ai  écrit  dans 
quelles  intentions  la  France  envoyait  dos  troupes  à  Hanoï.  Elle 
voulait  être  en  situation  meilleure  pour  protéger  ses  nationaux 
et  ses  voyageurs  contre  les  Drapeaux  Noirs,  11  n*y  avait  dans  cet 
acte  rien  que  d'amical  et  de  conforme  avec  son  alliance  avec  le 
Gouvernement  Annamite. 

Comment  avez-vous  répondu  à  mes  communications  ?  Par  la 
défiance  et  par  l'hostilité. 

Le  lendemain  même  de  notre  arrivée,  vous  faisiez  fermer 
devant  nos  officiers,  qui  la  traversaient  librement  la  veille,  les 
portes  de  la  citadelle.  Dans  la  visite  que  je  vous  ai  faite,  je  récla- 
mais avec  courtoisie  contre  cette  mesure  et  néanmoins  vous  y 
persévériez. 

Vous  ne  m'avez  pas  rendu  la  visite  que  je  vous  ai  faite. 

Vous  avez  commencé  immédiatement  des  travaux  de  défense 
et  vous  les  avez  poussés  plus  vivement  chaque  jour  de  la  façon  la 
moins  déguisée  et  la  plus  apparente  à  nos  yeux. 

A  deux  reprises  et  à  quelques  jours  de  distance,  quand  le 
Quan-anel  le  Tuan-Phu  m'ont  fait  visite,  je  les  ai  priés  de  vous 
dire  que  je  ne  voyais  pas  avec  satisfaction  ces  travaux  de  la  cita- 
delle. 

C'était  un  avertissement  amical  que  je  vous  donnais.  Vous 
n'en  avez  pas  tenu  compte  et  les  travaux  ont  été  continués  avec 
plus  d'activité  que  jamais. 

Cet  état  de  choses.  Monsieur  le  Gouverneur,  ne  peut  pas  se 
prolonger.  La  citadelle  serait  désormais  pour  nos  troupes  un 
danger  qui  doit  disparaître. 

Or,  écoutez  maintenant  ce  que  je  vais  vous  dire. 

La  proposition  que  je  vais  vous  faire  est  un  moyen  de  conci- 
liation pour  que  le  différend  actuel  ne  s'aggrave  pas  entre  les 
doux  gouvernements. 

Je  vous  propose,  aux  conditions  que  je  vais  dire,  de  me  rendre 
la  citadelle. 

Dans  ce  but,  aujourd'hui,  et  aussitôt  avoir  reçu  cette  lettre, 
vous  donnerez  à  vos  troupes  l'ordre  d'évacuer  la  citadelle  après 
y  avoir  déposé  leurs  armes  et  d'en  ouvrir  les  portes  ;  et  pour 
gage  que  ces  ordres  seront  exécutés,  vous  vous  remettrez  de 
votre  personne  entre   mes  mains,  ainsi  que  le  Tuan-Phu ,  le 


J»    -faj.  ». 


35o  l'affaire  du  tong-king 

Quan-bô,  le  Quan-an,  le  Dé>Doc,   le  Chànli  Lânh-binh    et   le 
Pho  Lành-binh  à  huit  heures  précises  du  matin. 

Le  délai  est  court,  mais  il  y  a  assez  longtemps  que  vous  pouvez 
prévoir  toutes  les  conséquences  de  ce  qui  se  passe  pour  que  vous 
n'en  soyez  pas  étonné. 

Je  vous  attendrai  donc  chez  moi  à  huit  heures  du  matin.  Mes 
soldats  prendront  alors,  de  votre  aveu  et  sans]  qu'aucune  résis- 
tance leur  soit  opposée,  possession  de  la  citadelle. 

Je  me  réserve  de  prendre  dans  la  citadelle  Tes  dispositions  qui 
nie  paraîtront  convenables  pour  la  rendre  désormais  hors  d*élat 
de  nuire  à  nos  troupes. 

Mais  après  avoir  pris  ces  dis|)osi lions,  ce  qui  nécessitera  un 
espace  de  trois  jours,  je  m'engage  à  vous  remettre  la  citadelle 
avec  ses  magasins,  établissements  cl  logements,  ainsi  que  la  plus 
grande  partie  de  son  enceinte. 

Rien  ne  sera  changé  dans  l'administration  intérieure  de  la 
province,  qui  continuera  à  appartenir  au  gouvernement  de 
S.  M.  le  Roi  d'Annam. 

La  citadelle  seule  sans  cesser  de  vous  appartenir,  aura  cessé 
d'être  pour  nous  un  sujet  de  défiance. 

Si  vous  acceptez  ces  conditions,  la  bonne  harmonie  sera  réta- 
blie enlre  nous  et  votre  arrivée  à  huit  heures  au  Consulat  prou- 
vera que  vous  voulez  la  paix  et  la  concorde. 

Mais  si  à  huit  heures  précises  vous  n'êtes  pas  venu  vous-même 
au  Consulat  avec  tous  les  mandarins  ci-dessus  dénommés  pour 
me  faire  savoir  que  vous  avez  accepté  mes  conditions,  l'attaque 
de  la  citadelle  par  mes  troupes  commencera  immédiatement. 

Le  Tong-Doc  n'ayant  rien  répondu  à  cet  ultimatum,  Tal- 
taque  de  la  citadelle  par  les  troupes  françaises  commença  : 

PRISE    DE    LA    CITADELLE    DE    HA->'OÏ 

Hanoï,  le  a5  avril  1882*. 

Monsieur  le  Gouverneur, 
Ainsi  que  ma  lettre  du  10-18  avril  vous  le  faisait  pressentir, 

1.  LeUre  du  commandant  Rivière  à  M.  Le  Myre  de  Viicrs.  —  Livre 
jaune ^  p  'jt\i.  —  Voir  le  rapport  de  Rivière  au  ministre  de  la  marine, 
ibid.,  p.  246. 


PRISE    DE    LA  CITADELLE    DE    HA-NOÏ  35 1 

j'ai  dû  prendre  la  citadelle  de  Hanoï.  Cela  ne  pouvait  pas  durer. 
Je  TOUS  envoie  ma  lettre  au  Tong-Doc,  qui  vous  mettra  provi- 
soirement au  courant. 

A  8  heures  i5,  la  «  Fanfare  ».  la  a  Massue  »  et  la  «  Cara- 
bine »  ont  commencé  le  bombardement.  A  lo  heures  45.  on  a 
donné  l'assaut  par  escalade  et  en  attaquant  directement  les  portes 
Nord  et  Est  et  à  1 1  heures  i5  la  citadelle  était  prise.  Nous  avons 
quatre  blessés,  non  grièvement,  dont  Monsieur  le  Chef  de  Ba- 
taillon de  Villers  (contusion  d*un  biscaïen  au  genou).  J'ai  fait 
aussitôt  prendre  les  douanes  à  Kergaradec. 

Je  pense  que  nous  pourrons  laisser  l'administration  civile  aux 
mandarins.  J'ai  négocié  et  négocié  pour  cela.  Il  y  aura  tout 
profit  pour  nous  et  aucune  peine.  Je  crois  que  notre  occupation 
au  Tong-king  doit  se  résumer  en  une  occupation  militaire.  On 
tourne  doucement  la  vis  et  l'argent,  comme  l'influence,  nous 
restent  acquis.  Je  m'empresse  de  rendre  la  citadelle  inolTensive 
à  l'avenir.  J'ai  fait  jeter  dès  aujourd'hui  la  moitié  de  ses  canons 
dans  les  fossés.  Demain  on  fera  le  reste,  sauter  les  portes,  et  des 
brèches.  Notre  concession  fortifiée,  et  je  vais  y  aviser,  en  com- 
munication par  eau,  avec  Ilaï-Phong,  est  notre  seul  point  d'oc- 
cupation vrai.  Tout  au  plus  un  bon  {)etit  blockhaus  dans  la  cita- 
delle, avec  un  chemin  libre  qui  la  relie  à  la  concession.  Avec 
un  poste  sur  la  rivière  Claire,  la  navigation  du  fleuve  Rouge  est 
déjà  assurée.  On  verra  après.  J'attends  vos  ordres. 

Quand  Rivière  entra  dans  la  citadelle,  le  Tong-Doc  s'était 
pendu.  Les  mesures  prises  par  le  Commandant  furent  com- 
plètement approuvées  par  le  gouverneur  de  la  Cochinchine 
et  le  Ministre  de  la  Marine. 

Paris,  le  20  juin  1882. 

Monsieur  le  Gouverneur, 

Votre  lettre  du  37  Avril  dernier  concernant  l'état  de  nos  rela- 
tions avec  TAnnam  faisait  prévoir  les  événements  qui  se  sont 
produits  depuis  lors  au  Tong-king  et  dont  m'informe  votre  dé- 
pêche du  2  Mai,  confirma tive  du  télégramme  du  !•'  du  même 
mois.  La  facilité  du  succès  m'était  démontrée  par  les  événements 
précédents  et  j'applaudis  à  la  vigueur  et  à  l'entrain  avec  lequel 
cette  affaire  a  été  menée. 


35  a  l'affaire  du  tomg-king 

Ce  qui  me  préoccupe  est  la  pensée  au  devant  de  laquelle, 
d'ailleurs,  vous  allez  vous-même  :  la  nécessité  de  rendre  nos 
succès  efficaces  en  bornant  notre  occupation. 

Comme  vous  le  dites  :  ce  La  seule  éventualité  qui  me  parait  à 
redouter  serait  de  trop  nous  étendre  ;  en  disséminant  nos  forces, 
nous  les  rendrions  inefficaces  et  nous  nous  exposerions  à  des 
échecs  de  détail  qui  ruineraient  notre  prestige.  » 

Votre  préoccupation  est  sage  et  je  donne  ma  pleine  adhésion 
à  l'intention  que  vous  manifestez  de  faire  administrer  provisoi- 
rement la  province  de  Hanoï  au  nom  du  roi  Tu-Duc,  en  ne 
conservant  en  nos  mains  que  la  haute  police  et  la  gestion  des 
Douanes.  Cette  attitude  est  d'ailleurs  conforme  au  Traité  de  1874. 

Vous  vous  proposez  d'assurer  la  libre  navigation  du  Song-Koy 
et  de  tenir  en  respect  les  <c  Pavillons  Noirs  »  en  créant  un  poste 
fortifié  au  confluent  de  la  rivière  Claire.  L'emplacement  est  bien 
choisi  :  en  nous  établissant  sur  quelques  points  où  nous  con- 
centrerons nos  ressources  militaires  et  où  nous  pourrons  faire 
rayonner  notre  action,  nous  arriverons  au  but  sans  exagérer  nos 
effectifs.  Vous  pensez  que  les  fonds  trouvés  dans  la  citadelle  suf- 
firont à  payer  les  frais  de  cet  établissement. 

Vous  prévoyez,  en  outre,  que  l'ouverture  du  port  de  Nam- 
Dinh  vous  procurera  une  augmentation  de  droits  d'environ 
100  000  piastres  et  qu'aucun  crédit  ne  vous  sera  nécessaire.  Je 
prends  acte  avec  plaisir  de  cette  double  déclaration. 

Le  Gouvernement  de  Hué  peut  se  convaincre  à  cette  heure 
que  nous  sommes  décidés  à  faire  respecter  les  traités  et  à  em- 
ployer les  moyens  nécessaires  pour  les  exécuter;  en  un  mot  à 
assurer  la  libre  navigation  du  Song-Koy  que  ce  gouvernement  se 
montrait  impuissant  à  garantir,  si,  toutefois,  il  le  désirait.  Main- 
tenant il  s'aperçoit  que  les  mesures  dilatoires  ne  sauraient  pré- 
valoir contre  notre  ferme  volonté. 

Je  donne  donc  mon  approbation  aux  premières  mesures  que 
vous  avez  prises. 

J'approuve  également  les  nouvelles  instructions  par  vous 
données  le  a  Mai  à  M.  le  Commandant  Rivière  et  la  recomman- 
dation que  vous  lui  adressez  d'éviter  des  complications  inutiles, 
l'état  de  l'Europe  '  ne  permettant  pas  à  la  France  de  s'engager 
dans  des  entreprises  longues  et  coûteuses. 


I.  Alexandrie  fut  bombardée  en  juillet  1882. 


PRISE    DE    LA    CITADELLE    DE    HA-NOÏ  353 

Je  constate  avec  plaisir  que  sagement  vous  ne  voulez  rien 
laisser  à  Taventurc  et  à  rentrainement  du  succès,  et  que  votre 
politique  tracée  par  votre  dépêche  du  5  Mai  est  conforme  à 
celle  du  Département  :  «  Profiter  du  terrain  actjuis  par  noire 
acte  de  vigueur  pour  asseoir  d'une  manière  plus  complète  notre 
autorité  et  notre  influence  dans  le  bassin  du  Song-Koy,  sans 
avoir  recours  à  l'occupation  effective  du  pays.  » 

Nos  relations  avec  la  cour  de  Hué,  pouvait  écrire  M.  Le 
Myre  de  Vîlers  au  ministre  de  la  Marine,  le  ii  juin  1882, 
trop  tendues  à  la  suite  de  la  prise  de  la  citadelle,  ont  été 
maintenues  grâce  à  la  modération  dans  le  succès  de  M.  le 
commandant  de  la  station  navale,  à  la  prudence  de  notre 
chargé  d'Affaires  et  au  désir  de  S.  M.  le  roi  Tu -Duc  de  con- 
server la  paix  pendant  la  fin  de  son  règne. 

Le  marquis  Ts'êng  s'émut  de  la  nouvelle,  parvenue  à 
Paris,  de  la  prise  de  la  citadelle  de  Hanoï,  et  présenta  par 
écrit  et  de  vive  voix  à  M.  de  Freycinet  des  observations 
fondées  sur  le  prétendu  droit  de  suzeraineté  de  la  Chine  sur 
r.Vnnam  ;  il  demandait  même  le  rappel  de  nos  troupes  du 
Tong-King  (6  mai  1882).  M.  de  Freycinet  lui  répondit 
(3i  mai)  «  que  le  gouvernement  de  la  République,  soucieux 
de  faire  respecter  un  acte  qu'il  a  signé,  avait  donné  aux 
autorités  coloniales  en  Cochincbine  l'ordre  d'assurer  l'exc- 
cution  du  traité  conclu  entre  la  France  et  l'empire  annamite 
en  1874  ». 

Le  9  mai,  les  ministres  du  Tsoung-li  Yamen  se  rendirent 
à  Pé-King  à  notre  légation,  pour  avoir  des  renseignements 
sur  ce  qui  se  passait  au  Tong-King,  et  demander  à  notre 
ministre  d'aviser  le  gouvernement  français  pour  «  rappeler 
que  l'Annam  est  placé  sous  la  suzeraineté  de  la  Chine  et 
jKJur  demander  que  le  fait  soit  ainsi  constaté  ». 

Suivant  une  habitude  trop  répandue  dans  notre  pays,  les 
diverses  administrations  ne  se  concertaient  pas  entre  elles, 
aussi  l'action  manquait-elle  d'unité. 

CORDIER.  II.    —    2  3 


354  l'affah 

M.  Bourée,  ministre  de 
Freycinel,  président  du  ce 
gères  à  Paris. 

P6-King.  le  a6juin  iSSa. 

Jo  continue  d'être  sans  nouvelle  aucune  de  ce  qui  se  passe  au 
Tong-King  autrement  que  par  quelques  rares  corrcs|Kindancrs 
publiées  dans  les  journaux  de  Cdiang-Hai.  Le  ton  nous  en  est  d'ail- 
leurs, très  »)'iiipalliique.  J'ai  écrit  la  semaine  dernière  à  M.  Le 
Vivre  de  Vîlers  pour  faire  ressortir  k  ses  yeux  les  évidents  incon- 
vénients qu'il  y  a  à  laisser  ainsi  la  Légation  démunie  de  toute 
inTornialion  sur  les  événements  qui  l'intéreasent  h  un  si  haut 
degré,  et  au  sujet  desquels  je  puis,  d'un  instant  i  l'autre,  avoir 
à  répondre,  connue  je  me  suis  ti'ouvé  dans  le  cas  de  le  faire,  à  des 
interpellation!!  qui  ne  devraient  jamais  me  prcndi'c  au  dépourvu. 
J<-  serais  reconnaissant  h  votre  Evcellcncc  de  vouloir  bien  insister 
auprès  de  son  collègue,  M.  l'annral  Jauréguiberry  pour  que 
M.  le  Gouverneur  de  la  Cocliincliine  reçoive  des  instructions 
dans  ce  sens.  De  mon  càté  je  ne  manquerai  |>as  de  faire  tenir  k 
M.  Le  Myre  de  Vilers.  tous  les  renseignements  se  rapportant  aux 
allaires  de  l'Annam  que  je  parviendrais  k  recueillir  et  qui  me 
pi  rai  Iraient  de  nature  à  l'intéresser. 

J'ai  reçu  liier  de  M. 'l'amiral  Meyer,  actuellement  au  Japon, 
un  lélégramnM^  m'aniionçant  qu'il  venaitd'étrc  invité  à  envover 
deux  des  navires  de  sa  division  à  ilaïphong.  Le  Conuuandnnl 
de  notre  station  navale  n'est  jias  plus  au  courant  que  moi-même 
do  ce  qui  a  pu  pro>0(]uer  cette  décision  et  I)  me  demande  si  j'ai 
entendu  parler  de  n  l'apparition  d'une  escadrille  de  canonnièrft* 
elilnoiscs  dans  le  golfe  du  Tong-King  s.  Les  journaux  chinois 
avalent  il  y  a  trois  semaines,  parlé  de  quelque  chose  de  semhla- 
lilo,  mais  je  n'y  avais  attaché  aucune  importance.  La  commu- 
nication de  l'Amiral  me  ht  supposer  que  nous  nous  trouvions 
en  présence  d'une  manifestation  plus  sérieuse  que  je  ne  l'avais 
pensé.  Je  me  suis  hâté  de  demander  des  éclaircissements  au 
Vamon.  Les  Ministres  m'ont  donné  l'assurance  formelle  n  que 
B  cette  nouvelle  était  dénuée  de  tout  fondement  et  qu'aucun 
u  olliclcr  général,  ni  aucun  Lâtiincnt  de  guerre  chinois,  n'avait 
e  été  envoyé  dans  cette  direction  ». 

Car  conlrc,  des  troupes  Impériales  en  assez  grand  nonibre, 
auraient  élé  é(.-heloi niées  tout  le  long  de  la  frontière  sur  le  terri- 
toire annamile. 


PRISE    DE    LA    CITADELLE   DE    HA-NOÏ  355 

«  Ces  dispositions  ont  été  prises,  a-l-il  été  dit  à  mon  premier 
«  interprète,  uniquement  en  vue  d'interdire  l'accès  du  terri- 
(t  toirc  chinois  aux  bandes  des  insurgés  qui  parcourent  les  dis- 
«  tricls  septentrionaux  du  Tonkin  et  que  vous  poursuivez  vous- 
«  même  :  mais  elles  ne  sauraient  avoir  aucune  influence  sur 
Œ  rien  de  ce  qui  a  trait  à  notre  police  fluviale  du  Song-Koy. 

«  Du  Teste,  ont  ajouté  en  terminant,  les  membres  du  Yamon, 
nous  avons  chargé  le  Marquis  Tseng  de  traiter  celte  alTairc  à 
Paris,  et  c'est  pourquoi  nous  avons  évité  d'y  revenir  dans  nos 
entretiens  avec  M.  Bourée.  » 


Voici  la  réponse  du  gouverneur  de  la  Cochinchine  à  la 
lettre  de  notre  ministre  à  Pé-King  : 

Saigon,  le  8  juillet  1883. 

Monsieur  le  Ministre, 

J'ai  l'honneur  de  vous  accuser  réception  de  votre  dépt'fche, 
en  date  du  9  juin,  et  de  la  lettre  particulière  que  vous  avez  bien 
voulu  me  communiquer. 

Notre  situation  au  Tong-King  est  aussi  bonne  que  possible  et 
nos  relations  avec  la  Cour  de  Hué  sont  devenues  plus  cordiales 
qil'elles  ne  l'ont  jamais  été. 

La  prise  de  la  citadelle  d'Hanoï  n'a  été  qu'un  incident  fâ- 
cheux causé  par  la  maladresse  et  le  zèle  intempestif  du  long 
Doc  ;  le  Gouvernement  Annamite  l'a  reconnu  lui-même  et  a, 
depuis,  par  de  judicieuses  instructions  données  à  dos  gouver- 
neurs de  province,  prévenu  le  retour  de  semblables  nécessités. 

Mes  instructions  du  i  et  t4  Janvier  sont  tellement  catégori- 
ques que  je  ne  crois  pas  avoir  à  me  préoccuper  des  observations 
que  peut  présenter  la  Cour  de  Pé-king  ;  M.  le  Ministre  des  Af- 
faires étrangères  a  d'ailleurs  prévenu  M.  le  Marquis  de  Ts'èng 
que  les  réclamations  de  Son  Gouvernement  ne  pourraient  être 
accueillies  et  que  nous  gardions  notre  liberté  d'action. 

Veuillez  agréer.  Monsieur  le  Ministre,  les  assurances  de  ma 
haute  considération. 

Le  Gouverneur  : 

Le  Myre  de  Yilers. 


i 


356  L  AFFAIRE    DU    TONG-KING 

Le  Ministre  de  la  Marine  semble  partager  la  manière  de 
voir  de  M.  Bourée  : 

Paris,  le  6  Septembre  1882. 

Monsieur  le  Gouverneur, 

M.  le  Ministre  des  Aflaires  Étrangères  m'ayant  fait  part  der- 
nièrement d'une  dcpôche  de  notre  consul  à  Canton,  qui  signa- 
lait le  bruit  de  l'envoi  de  canonnières  chinoises  dans  les  eaux 
du  ïonkin,  j*ai  fait  connaître  à  mon  collègue  les  doutes  que 
m'inspirait  ce  renseignement. 

Sur  ces  entrefaites,  M.  Duclerc*  recevait  de  noire  Ministre  en 
Chine  la  lettre  du  26  Juin,  dont  une  copie  est  ci-jointe,  et  do 
laquelle  il  résulte  que  la  nouvelle  en  question  a  été  efTectivc- 
mciit  répandue  dans  rExtrème-Orient.  Mais,  lorsque  M.  Bourée, 
avisé  par  M.  le  Contre-Amiral  Meyer,  a  interrogé  à  ce  sujet  le 
Tsong-li  Yamen,  les  membres  du  Conseil  des  Affaires  élrangères 
lui  ont  formellement  déclaré  qu'aucun  bAtiment  de  guerre  chinois 
n'avait  reçu  l'ordre  de  se  rendre  dans  le  golfe  duTonkin. 

Comme  vous  le  verrez,  notre  ministre  en  Chine  signale  les 
avantages  qu'il  y  aurait  à  ce  que  la  légation  fût  tenue,  pr 
vous,  au  courant  des  principaux  événements  du  Tonquin.  De 
son  côté,  M.  Bourée  se  propose  de  vous  faire  parvenir  toutes  les 
informations  se  rapportant  aux  affaires  de  l'Annam  et  qui  se- 
raient de  nature  à  vous  intéresser. 

Le  service  ne  peut,  en  effet,  que  gagner  à  l'échange  de  ces 
communications  réciproques,  entre  le  Couverneur  de  Cochin- 
chine  d'une  part,  et  le  Ministre  de  France,  ainsi  que  le  Contre- 
Amiral,  Conunandant  en  Chef  de  la  Division  des  Mers  de 
Chine,  d'autre  part. 

J'ai  l'honneur  de  vous  prier,  en  conséquence  de  vouloir  bien 
échanger,  avec  M.  Bourée  et  avec  M.  le  Contre-Amiral  Meyer, 
d(»s  communications  aussi  fréquentes  que  les  circonstances  vous 
paraîtront  l'exiger,  pour  les  tenir  au  courant  des  faits  les  plus 
importants  qui  se  produisent  au  Tong-King.  J'écris,  en  même 
temps,  à  M.  le  Contre-Amiral  Commandant  en  Chef  la  division 
de  Chine,  pour  qu'il  ne  manque  pas  non  plus  de  vous  fournir, 
dans  le  même  ordre  d'idées,  les  indications  qu'il  jwurrait  re- 
cueillir et  (ju'il  croirait  devoir  vous  intéresser. 

I.   M.  Duclerc  avait  remplacé  M.  de  Freycinet,  le  7  août  1882. 


PRISE    DE    LA    CITADKU.K    DK    II\->OÏ  ^'^J 

Il  y  avait  une  grande  différence  entre  le  langage  tenu  par 
Ts'êng  à  Paris,  et  celui  du  Tsoung-li  Yamen  à  Pé-King.  Le 
Miaislre  de  la  Marine  écrivait  à  M.  Le  Myre  de  Vilers  : 

Paris,  le  29  Septembre  1882. 

MoKsiEUR  LE  Gouverneur, 

J'allais  saisir  M.  le  Ministre  des  Affaires  Etrangrres  du  projet 
de  convention  additionnelle  au  traité  de  187/i  avec  TAnnani 
joint  à  votre  comunuiicalion  du  3  Juillet  dernier ,  lors(pie  m'est 
parvenu  votre  télégramme  ainsi  conçu  : 

«  Ne  déposez  pas  convention  au  Parlement,  situation  cliaii- 
gce.  » 

Depuis  lors,  vos  deux  lettres  des  6,  7  et  ï3  Août  dernier, 
mont  fait  connaître  le  revirement  complet  qui  s'est  produit 
dans  votre  esprit  au  sujet  des  Affaires  du  Tong-Ki ng  et  de  la 
politique  à  suivre  avec  la  Cour  de  Hué.  J'ai  peine  à  m'expliquer, 
je  l'avoue,  en  m'en  tenant  aux  termes  de  vos  dernières  corres- 
pondances, les  causes  qui  ont  pu  produire  une  moditicatioii, 
aussi  complète  de  votre  attitude.  De  vos  communications  anté- 
rieures, de  celles  de  notre  chargé  d'affaires  à  Hué,  il  résultait  ce 
fait  que  la  prise  de  la  citadelle  d'Hanoï  avait  produit  sur  S.  M. 
Tu-Duc  et  sur  son  entourage  un  effet  considérable  et  dout  il 
était  important  de  profiter  immédiatement.  Se  soumettant  au 
fait  accompli,  le  Gouvernement  annamite  avait  désavoué  ceux 
de  ses  agents  dont  la  résistance  avait  motivé  de  notre  part  cet 
acte  d'énergie  et  les  avait  remplacés  par  des  Gonmiissaires  plus 
raisonnables  et  manifestement  sympathiques  h  notre  influence. 
Tout  en  prévoyant  la  nécessité  d'une  action  plus  énergique  de 
notre  part  contre  les  chinois  du  pavillon  noir  et  en  manifestant 
quelque  doute  sur  les  ouvertures  de  soumission  faites  par  leiu' 
chef,  vous  considériez  comme  possible  d'asseoir  d'une  manière 
plus  complète  notre  autorité  et  notre  influence  sur  le  bassin  du 
Song  Koy  sans  avoir  recours  à  l'occupation  effective.  Le  soin  de 
l'administration  et  de  la  distribution  de  la  Justice  devait  rester 
confié  aux  mandarins  annamites  :  nous  ne  nous  réservions  que 
la  haute  police  sur  toute  la  région  et  la  gérance  directe  des 
Douanes  en  tenant  les  autorités  annamites  au  courant  de  nos 
opérations.  Vous  estimiez  que,  pour  prendre  dans  le  pays  celte 
altitude  plus  accentuée  et  plus  conforme  à  nos  intérêts  et  à  notre 


358  i/affaire  du  tong-king 

dignité,  vous  possédiez  des  ressoiirœs  suffisantes  en  hommes  et 
en  argent. 

Enfm,  vous  exprimiez  Ta  vis  qu'il  convenait  de  profiler  de 
l'émotion  profonde  produite  sur  la  cour  de  Hué  pour  obtenir 
de  S.  M.  Tu-Duc  la  signature  d'un  traité  additionnel  plaçant 
nettement  l'Annam  sous  notre  protectorat.  Cette  disposition  nie 
paraissait  emprunter  un  caractère  particulier  d'urgence  à  l'inci- 
dent fâcheux  qui  a  eu  pour  dénouement  l'exécution  du  fermier 
d'opium,  Nai  Dzong.  Ce  chinois  étant  un  sujet  anglais  de  Sîn- 
gaporc,  le  Gouvernement  britannique  pouvait  profiter  de  Tin- 
suffisance  du  traité  de  1874  pour  demander  directement  satis- 
faction au  Gouvernement  de  Hué  et  mettre  ainsi  en  échec  notre 
situation  vis-à-vis  de  l'Annam. 

Cette  politique,  si  nettement  accusée  et  à  laquelle  j'avais 
adhéré  en  donnant  mon  approbation  aux  instructions  par  vous 
adressées  en  ce  sens  à  M.  Rheinart  et  à  M.  le  Commandant 
Rivière,  se  trouve  aujourd'hui  presque  complètement  infirmée. 
D'une  part,  prenant  texte  des  événements  survenus  en  Égvple 
et  de  mes  recommandations  de  ne  nous  engager  dans  aucune 
complication  nouvelle,  vous  limitez  notre  action  au  Tonkin  à 
l'occupation  de  la  pagode  royale  d'Hanoï  et  à  la  gérance  directe 
dos  Douanes  ;  de  l'autre,  vous  êtes  d'avis  de  n'apporl«r  aucune 
amélioration  au  traité  de  1874  dont  l'insuflisance  vous  paraissait 
si  nettement  démontrée. 

Quels  sont  les  incidents  locaux  qui  ont  motivé  ces  change- 
ments ?  J'en  cherche  en  vain  la  trace  dans  votre  corresjX)ndanre. 
Je  ne  saurais,  en  efTct,  considérer  comme  sérieusement  menaçant 
l'article  du  Chen  pao.  Gazette  de  Chang-Haî,  que  vous  a  adresse 
notre  consul  général  et  dans  lequel  on  prête  à  la  Chine  des  in- 
tentions hostiles  à  notre  endroit.  Déjà,  on  avait  fait  courir  le 
bruit  que  le  Céleste  Empire  avait  envoyé  ou  se  disposait  à  en- 
voyer des  canonnières  dans  le  Tong-King  pour  nous  en  expulser, 
vérification  faite,  ces  nouvelles  ont  été  reconnues  dénuées  do 
fondement.  Nous  sommes  bien  résolus,  d'autre  part,  à  repousser 
énergiquemcnt,  le  traité  de  1874  en  main,  l'intervention  de  la 
Chine  dans  les  aflaires  de  l'Annam,  et  j'ai  lieu  de  |)enser  que 
celle  attitude  bien  nette  de  notre  part,  suffira'à  faire  disparaître 
toute  démonstration  sérieuse  de  ce  côté.  Quant  aux  alTaires 
d'Egypte,  elles  sont  maintenant  entrées  dans  une  phase  qui  ne 
pont  avoir  aucune  influenre  directe  sur  notre  politique  au  Tong- 
King  et  vis-à-vis  de  l'Annam.  A  moins  de  difficultcs  que  je  ne 


PRISK    DE    LA    CITADELLE    DE    HA-NOÏ  35 () 

connais  pas,  je  ne  vois  guère,  je  le  répèle,  les  raisons  qui  ont 
pu  vous  conduire  à  modifier  la  ligne  politique  par  vous-même 
Iracëe  et  que  j'avais  acceptée  dans  la  mesure  de  prudence  et  de 
réserve  dont  vous  ne  devez  jamais  vous  départir. 

J'aime  à  penser  que  vous  trouverez  l'occasion  de  renouer  avec 
l'Annam  les  négociations  nécessaires  pour  apporter  au  traité  du 
1 5  mars  1874  des  modifications  qui  nous  assurent,  sans  con- 
teste, le  protectorat  de  ce  pays  et  une  action  prépondérante  dans 
le  Tong-King. 

P.  S.  La  Dépêche  télégraphique  que  vous  m'avez  adressée  lo 
24  de  ce  mois  et  à  laquelle  je  réponds  spécialement  ne  me  pa- 
raît pas  de  nature  à  modifier  la  ligne  de  conduite  que  j'ai  tracée 
plus  haut. 

Un  revirement,  en  effet,  s'était  produit  dans  Tesprit  des 
conseillers  de  Tu-Duc,  probablement  sous  rinflucncc  des 
nouvelles  de  Chine  :  on  faisait  courir  le  bruit  que  5oo  hom- 
mes de  l'armée  chinoise  avaient  débarqué  à  Pak-hoi  et  qu'un 
vice-roi  hostile  était  nommé  à  Canton.  Il  fallait  absolument 
mettre  un  terme  à  la  situation  qui  nous  était  faite  au  Tong- 
King,  aussi  M.  Duclerc,  ministre  des  Affaires  étrangères, 
écrivait-il  le  i4  novembre  1882  à  l'amiral  Jauréguiberry  : 

Le  résultat  que  vous  avez  en  vtie  n'est  pas,  quant  à  présent, 
l'exercice  de  la  souveraineté  sur  cette  province,  mais  l'établisse- 
ment d'un  protectorat  complet,  avec  prélèvement  d'une  partie 
des  impôts  en  vue  de  diminuer  les  charges  de  notre  occupa- 
lion. 

Vous  proposez  à  cet  effet  d'envoyer  h  Hué  un  Envoyé  extraor- 
dinaire qui  recevrait  pour  mission  de  représenter  au  (iouverne- 
ment  annamite  l'impossibilité  où  il  se  trouve  de  maintenir 
Tordre  dans  le  Tong-King,  et  qui  s'efforcerait  de  lui  faire  ac- 
cepter formellement  notre  protectorat.  Nous  nous  engagerions, 
de  notre  côté,  à  rétablir  l'ordre  dans  la  province  vassale  sur 
laquelle  l'Annam  n'exerce  en  ce  moment  qu'une  souveraineté 
nominale. 

Une  double  démonstration  militaire  appuierait,  à  Hué  et 
même  au   Tong-King,   les  démarches   de    notre   Représentant, 


36o  L* AFFAIRE    DU    TONG-KING 

tandis  qiio  notre  Ministre  à  Pé-King  s'appliquerait  à  désinti^rcs- 
ser  le  Tsoung-li  Yamen  de  la  question. 

Je  donne,  en  ce  qui  me  concerne,  ma  pleine  approbation  au 
projet  que  vous  avez  bien  voulu  ni*exposer.  Je  désirerais  toute- 
fois connaître,  en  temps  utile,  la  teneur  des  dispositions  con- 
ventionnelles que  vous  proposez  d*ajoutcr  au  traité  de  1874» 
afin  d'en  examiner  les  termes  de  concert  avec  vous. 

Je  suis  tout  prêt  à  me  joindre  à  vous  à  Tefict  de  demander 
aux  Chambres  les  crédits  nécessaires  pour  subvenir  aux  frais 
d'expédition  et  d'occupation,  et  je  ne  doute  pas  que  le  Parle- 
ment ne  consente  aisément  h  une  dépense  annuelle  de  10  mil- 
lions, qui  paraît  d'ailleurs  devoir  être  couverte,  dans  un  avenir 
prochain,  par  les  ressources  des  contrées  sur  lescjuelles  nous  au- 
rons étendu  notre  protectorat. 

Mais  une  dépêche  de  M.  Bourée  annonce  le  rappel  des 
troupes  chinoises  du  Tong-King  : 

Ghang-IIaï,  5  Décembre  1882. 

La  guerre  avec  la  Chine  semblait  inévitable  ;  je  crois  mainte- 
nant que  le  danger  est  écarté  ;  après  une  résistance  opiniâtre,  le 
Gouvernement  chinois  consent  à  rappeler  ses  troupes  du  Tong- 
King.  L'ordre  de  retraite  a  été  expédié  par  courrier  rapide  au 
Kouang-Si  et  au  Yun-Nan.  En  attendant,  il  est  urgent  de  télé- 
graphier en  Cochinchinc,  afin  de  prévenir  l'ouverture  des  hosti- 
lités contre  les  trou|)es  impériales.  Nous  sommes  convenus  que 
pendant  le  délai  nécessaire  pour  exécuter  les  instructions  de  Pé- 
King,  la  responsabilité  d'aucun  des  deux  Gouvernements  ne 
serait  engagée  par  une  collision. 

Je  discute  et  je  vous  soumettrai  bientôt  les  bases  d'un  arran- 
gement pour  l'ouverture  du  Yun-Nan. 

M.  Duclerc  s'empresse  d'annoncer  à  notre  agent  qu'il 
donne  l'ordre  d'éviter  tout  conflit  armé  : 

Paris,  le  6  Décembre  188a. 

Dès  le  reçu  de  votre  télégramme  d'hier,  le  Ministre  de  la 
Marine  a  invité  le  Gonverneur  de  la  Cochinchine  à  donner  des 
ordres  précis  pour  que,  k  moins  d'attaque  à  repousser,  on  n'en- 
gage au  Tong-King  aucune  action  contre  les  troupes  chinoises. 


PHISR    DE    L\    CITADBLLK    DE    ll\-NOÏ  36 1 

M.  Le  .Vivre  de  Vilers  vient  de  répondre  que  celles-ci  paraissiMit 
s'être  retirées  sur  la  frontière,  et  qu'aucun  engagement  ne  sem- 
ble possible.  Il  envoie  néanmoins  des  instructions  au  comman- 
dant des  forces  françaises  au  Tong-King. 

Enfin  un  nouveau  télégramme  de  notre  agent  à  Pé-King 
annonçait  l'envoi  d'un  projet  de  Convention  : 

Ghang-Haï,  le  29  Décembre  1883. 

Le  prochain  courrier  portera  un  projet  de  convention  com- 
biné avec  le  Vice-Roi  du  Pe  Tché-li  et  agréé  par  le  Tsoung-li 
Yamen  ;  ouverture  du  Yun-Nan  ;  reconnaissance  de  la  protec- 
tion française  au  Tong-King  sauf  sur  une  zone  à  délimiter  sui- 
vant la  frontière  chinoise  ;  garantie  réciproque  de  cet  état  de 
choses  contre  toute  entreprise  extérieure.  Des  télégrammes  re- 
présentent nos  préparatifs  pour  le  Tong-King  comme  hostiles  à 
la  Chine.  Si  vous  ne  m'aidez  pas  à  les  démentir,  l'accord  paci- 
fique sur  les  bases  indiquées  pourrait  être  compromis.  Les  forces 
militaires  chinoises  dépassent  beaucoup  les  appréciations  du 
Ministre  de  la  Marine,  Détails  par  la  poste. 

Les  bases  de  l'arrangement  négocié  à  Chang-Haï  étaient 
formulées  dans  un  acte  que  M.  Bourée  qualifie  lui-même  de 
mémorandum  (Chang-Haï  du  20  décembre  1882)*  : 

1°  Il  est  stipulé,  en  premier  lieu,  que  les  troupes  chinoises 
évacueront  le  Tong-King,  à  condition  que  M.  Bourée  écrive 
au  Tsoung-li  Yamen  une  lettre  dans  laquelle  il  déclarera 
que  la  France  ne  poursuit  aucun  projet  de  conquête,  aucune 
entreprise  contre  la  souveraineté  territoriale  de  TAnnam. 
Cette  lettre  a  été  remise  par  M,  Bourée  (même  dépêche)  ; 

2"  En  second  lieu,  il  est  convenu  que  la  ville  de  Lao- 
Kay  sera  cédée  à  la  Chine,  qui  y  établira  un  poste  de  douane, 
«  de  telle  sorte  que  les  produits  étrangers  ayant  franchi 
«  cette  barrière  se  trouveraient  placés  au  delà  sous  le  régime 
«  ordinaire  de  tous  les  produits  qui  ont  pénétré  dans  Tinté- 

I.  Livre  jaune,  p.  3o-i. 


362 


L  AFFAIRE    DU    TONG-KING 


«  rieur  de  la  Chine  par  les  ports  ouverts  ».  —  Dans  la  pen- 
sée de  M.  Bource,  cette  clause  impliquerait  à  notre  avantage 
Fouverture  du  Yun-Nan  (télégramme  de  Chang-Haï  du 
29  décembre)  ; 

3"  Enfin,  une  dernière  clause  divise  le  Tong-King  en  deuiL 
zones  placées  sous  la  surveillance  respective  de  la  Chine  cl 
de  la  France,  et  consacre  pour  les  deux  Etals  Tobligation  de 
garantir  le  Tong-King  ainsi  organisé. 

Des  trois  clauses  qui  constituent  rarrangemenl,  Tune,  la 
première,  a  été  immédiatement  exécutée  par  les  parties  ; 
quant  aux  deux  dernières,  elles  ne  pouvaient  naturellement 
être  acceptées  que  ad  référendum. 

M.  Duclerc  donna  son  adhésion  au  principe  de  ces  né- 
gociations ;  il  ne  se  rendait  peut-être  pas  compte  de  leur 
portée. 

Aussi  bien  la  question  du  Tong-King  était  alors  reléguée 
au  second  plan  :  les  yeux  étaient  fixés  sur  l'Egypte  que 
l'Angleterre  avait  occupée  grâce  à  la  faiblesse  de  nos  gou- 
vernants. Sans  adopter  un  plan  grandiose  proposé  par 
l'amiral  Jauréguiberry,  qui  était  d'ailleurs  le  seul  qui  vît 
juste,  on  envoyait  au  Tong-King  la  Corrèze  avec  700  hom- 
mes pour  soutenir  le  commandant  Rivière  dont  la  position 
pouvait  être  difficile  sans  renforts. 

DISGRACE    DE    M.    BOUREE 

Le  21  février  i883,  un  cabinet  était  constitué  sous  la 
présidence  de  M.  Jules  Ferry  qui  prenait  l'instruction  pu- 
blique ;  M.  Challemel-Lacour  assumait  la  direction  des 
Affaires  étrangères  ^ 

Le  23  février  i883,  M.  Bourée  télégraphiait  à  M.  Chal- 
lemel-Lacour: 

I.  M.  Ducicrc  élant  lombc  malade,  M.  Falli^res  avait  ëté  chargé  de 
rinlériin  des  aiïaircs  clrangcrcs,  du  29  janvier  au  31  février  i883. 


\  DISGRACE    DK    M.    DOL'RKE  363 

i  Le  \ice-roî  de  Tché-li  est  très  impatient  de  connaître  l'accueil 

fait  aux  propositions  que  vous  savez.  L'ajournement  de  notre 
réponse  nous  expose  à  perdre  le  bénéfice  de  circonstances  favo- 
rables, et  à  laisser  surgir  des  complications  nouvelles  ;  je  vous 
prie  de  me  télégraphier  le  plus  tôt  possible. 

On  lui  répondit  par  un  télégramme  le  rappelant  en  France 
et  mettant  fin  à  sa  mission. 

«  Le  4  mars,  M.  Challemel-Lacour,  d*accord  avec  M.  Jules 
Ferr)',  arrêtait  ses  vues.  Le  5,  à  midi,  il  rapportait  de  TÉlysée 
un  plan  délibéré  en  Conseil.  Le  Gouvernement  était  d'avis  que 
M.  Bourée  avait  fait  fausse  route,  en  se  laissant  entraîner  dans 
la  voie  de  négociations  avec  la  Chine  ;  qu'il  n'avait  pas  obtenu 
l'adhésion  du  Gouvernement  chinois  aux  propositions  combinées 
avec  Li  Houng-tchang  ;  que  ces  propositions  mêmes  n'étaient 
\  pas' acceptables,  qu'enfin  les  pourparlers  suivis  à  Ïien-Tsin  et  à 

Chang-Haï  avaient  le  grave  inconvénient  de  nous  faire  perdre  la 
position  acquise  depuis  1874»  en  reconnaissant  à  la  Chine  le 
droit  de  s'ingérer  dans  le  règlement  de  nos  rapports  avec  l'An- 
nain.  Il  fallait  revenir  sur  cette  tentative  malheureuse  et  réta- 
blir les  choses  en  l'état  où  elles  se  trouvaient  antérieurement. 
Le  seul  moyen  était  de  faire  connaître  à  la  Chine  que  le  Gou- 
vernement de  la  République  ne  pouvait  acquiescer  à  des  combi- 
naisons impliquant  un  partage  d'influence  au  Tong-King,  mais 
qu'il  restait  prêt,  comme  auparavant,  à  traiter  amicalement 
pour  le  règlement  des  relations  de  commerce  et  de  bon  voisi- 
nage entre  les  deux  pays.  ' 

Une  pareille  décision  impliquait  un  désaveu  de  l'agent  fran- 
çais, qui  avait  pris  l'initiative  des  pourparlers  ;  elle  devait,  en 
même  temps,  lui  enlever,  au  regard  du  Gouvernement  chinois, 
l'autorité  convenable  pour  relever  des  droits  dont  il  avait  fait 
bon  marché,  et  pour  négocier  utilement  sur  d'autres  bases.  La 
conclusion  nécessaire  était  donc  le  rappel  de  M.  Bourée*.  » 

I.  Billot,  p.  35.  —  Nous  citerons  de  ce  nom  qui  est  celui  de  l'ancien 
directeur  des  affaires  politiques  l'ouvrage  suivant  qui  est  son  œuvre  : 
^affaire  du  Tonkin,  —  Histoire  diplomatique  de  l'établissement 
de  notre  protectorat  sur  VAnnam  et  de  notre  conflit  avec  la  Chine, 
1883-1885,  par  un  diplomate.  Paris,  J.  Hctzcl,  s.  d.,  in-8. 


Le  lendemain,  5  mars,  le  tclpgrainmc  suivant  élail  cxpcMlié 
à  Chang-Haï  : 

Il  n'est  pas  Ipnu,  dans  l'ar  angrmcnt  dont  vous  avez  pris 
l'initiative  au  sujet  du  Tong-k.  ng  un  con  ptc  suiFtsanl  de  noire 
situation  convention  ne!  te.  Cet  arra  ge  ent  consacrerait,  au 
prolit  de  la  Cliine.  des  concess  o  s  au\q  elles  il  ne  nous  appar- 
tient pas  de  souscrire.  Pour  bien  n  arquer  notre  sentiment  à  cel 
égard,  je  me  vois,  fi  regret,  dn  s  la  cccss  t  de  mettre  lin  à 
votre  mission.  En  attendant  vos  lettres  de  rappel,  vous  vou^  ap- 
pliquere/  a  étoblir  que  noire  décisioti  n'impli<|ue  aucvine  i>ensi^ 
d'hostililé  contre  In  Ciiinc.  notre  seul  but  élanl  d'assurer  l'ordre 
RU  Tong-King  dans  les  conditions  du  traité  de  187^  '. 

M.  Bource  répondît  le  7  mars'  : 

Votre  refus  de  souscrire  aux  arrangements  dont  le  Déparle- 
mciit  avait,  à  deux  reprises,  admis  le  principe,  nous  rejette  dans 
l'inconnu  le  plus  inquiétant  ;  votre  éclatant  désaveu  réduit, 
d'ailleurs,  ici  mon  rùle  à  néant,  je  doute  que  l'on  ait  pu  pe.->er 
h  Paris  toutes  les  conséquences  de  la  déterminalion  que  vous  me 
notinez  et  dans  laquelle  je  Tais  abstraction  des  considérations  qui 
me  sont  personnel  les. 


CAUSES    DE    I.A    DISGRACE    RE    M.    KOl'HEE 

J'ai  quelque,  raison  de  penser  que  le  ruppol  de  M.  Ikmréi' 
ne  fut  pus  di*!  entièrement  à  la  |>olitique  qu'il  avait  suivie 
dans  les  alTnires  du  Touff-King.  Autant  peut-être  que  les 
ni5gociations  avec  In  Chine,  rhostilîté  d'une  clique  locale 
causa  la  disgrAco  de  M.  lïource. 

La  concession  française  de  Cliang-Haï  est  régie  par  un 
règlement  d'organisalion  municipale  établi  le  i'(  avril  iSOS 
par  \l,  Brenier  de  Monlmorand,  alors  Consul  général.  Quel- 
ques Français,  et  à  leur  tète,  M.  Ernest  Miilot,  ancien  pré- 


CAUSES    DE    LA    DISGRACE    DE    M.    BOURÉE  365 

sident  du  Conseil  d'administration  municipale  de  la  conces- 
sion française,  second  de  l'expédition  de  Jean  Dupuis, 
trouvaient  que  Tinfluence  étrangère  était  trop  grande  dans 
un  Conseil  municipal,  composé  de  huit  membres  dont  la 
moitié  étaient  étrangers*.  Ils  oubliaient  que  la  concession 
n'est  pas  une  colonie  et  que,  outre  M.  Millot  dont  le  com- 
merce était  insignifiant,  mais  qui  représentait  les  intérêts  de 
MM.  Rémi  de  Montigny,  J.  S.  Baron  et  A.  Grenot,  pro- 
priétaires fonciers,  il  y  avait  d'autres  Français  et  des  étrîin- 
gers  possédant  des  intérêts  autrement  considérables  que  les 
siens.  Le  21  mars  1879,  M.  Brenier  de  Montmorand,  au 
milieu  de  ses  préparatifs  de  départ,  reçut  une  lettre  de 
M.  Millot,  président  du  Conseil  municipal  de  Chang-Haï 
(Chang-Haï,  12  mars  1879)  pour  le  «  prier  de  vouloir  bien 
demeurer  quelcjues  jours  parmi  nous,  pour  donner  votre 
attention  à  des  questions  de  la  plus  haute  importance  pour 
l'avenir  de  notre  concession  et  sur  lesquelles  le  Conseil  désire 
vous  consulter  à  votre  passage  à  Chang-Haï  ». 

M.  Brenier,  pressé  de  rentrer^,  laissa  la  gérance  de  la  lé- 
galion  à  M.  Patenôtre  avec  le  soin  de  s'occuper  de  la  ques- 
tion municipale.  M.  Patenôtre,  qui  sentait  fort  bien  que  le 
but  de  la  Municipalité  était  apparemment  de  s'aiîranchir  du 
contrôle  du  consul  de  France,  déclara  que  la  discussion  ne 
pouvait  être  mieux  conduite  qu'à  Paris,  par  M.  Millot,  qui 
rentrait  avec  M.  Brenier. 

M.  Bourée  hérita  de  la  situation.  A  une  lettre  de  M.  Millot, 
il  répondait  (Pé-King,  17  juillet  1882): 

Vous  insistez  de  nouveau  auprès  de  moi  sur  la  nécessité  d*in- 
Jrcxliiire  dos  modificalions  dans  nos  rcglonients  municipaux  à 
Chang-Haï.  Je  suis  tout  prêt  à  admettre  qu'il  y  aurait  beaucoup 

1.  La  France  dans  V Extrême-Orient  et  la  concession  française 
de  Chang-Haï.  Conférence  faite  à  la  Société  académique  indo-chinoise, 
le  3i  mars  1881»  par  Ernest  Millot.  I^aris,  Challamel,  br.  in-8. 

2.  Voir  p.  i/Jo. 


± 


.\ 


366 


L  AFFAIRE    DU    TOxNG-RING 


à  critiquer  dans  Télat  de  choses  existant.  Mais  est-il  aussi  simple 
de  Taméliorer  que  vous  paraissez  le  croire  ?  N'oubliez  pas  qu'à 
Chang-Haï,  sur  les  concessions,  nous  ne  sommes  pas  dans  une 
colonie  française,  dont  nous  puissions  à  notre  seul  gré  modifier 
la  législation.  Nous  avons  à  y  compter  avec  les  gouvernements 
étrangers,  qui  ne  se  prêteront  à  aucune  innovation  défavorable 
aux  intérêts  de  leurs  nationaux.  Or,  malheureusement,  nos  na- 
tionaux, si  nous  en  défalquons  surtout  les  missionnaires,  ne 
contribuent  que  d'une  manière  très-médiocre,  à  remplir  la 
caisse  municipale.  Les  agents  d'Allemagne,  d'Angleterre  et 
d'Amérique  admettront  dès  lors  ditlicilcment  que  la  prépondé- 
rance dans  l'administration  soit  attribuée,  plus  qu'elle  ne  Tesl 
déjà,  à  l'élément  le  moins  imposé,  à  celui  qui  se  compose  de  ce 
qu'on  peut  appeler  la  menue  monnaie  des  électeurs.  Or,  ces 
gouvernements  repoussant  nos  règlements  nouveaux,  comment 
serions-nous  en  état  de  les  faire  admettre,  appliquer?  et  que  de- 
viendrait alors  notre  situation  à  Chang-Haï  *  ? 

D'ailleurs,  il  y  avait  une  manière  très  simple  de  savoir 
l'opinion  des  intéressés,  c'est-à-dire  les  contribuables  de  la 
concession  française,  c'était  de  la  leur  demander.  M.  Bou- 
rée  et  M.  Flescli,  consul  général  à  Chang-Haï,  s'y  décidèrent; 
un  référendum  donna  cent  dix  voix  pour  le  rejet  du  projet 
de  re vision  du  règlement,  contre  une,  celle  de  M.  Teillol, 
associé  de  M.  Millot.  Le  projet  était  enterré.  Il  y  avait  encore 
quelques  petits  griefs  locaux  contre  M.  Bourée,  par  exemple, 
la  propriété  du  foreshore  de  la  concession  française,  question 
qui  causa  en  partie  la  révocation  du  consul  général,  M.  Be  - 
noît  Garnier,  et  son  remplacement  (i6  mars  1882)  par 
M.  Flesch.  M.  Millot  comptait  des  appuis  puissants  dans  le 
Parlement  et  ce  fut  par  eux  qu'il  arracha  de  M.  Challemel- 
Lacour  le  rappel  de  M.  Bourée,  sans  doute  déjà  arrêté  en 
principe.  11  est  surprenant  de  voir  quelle  importance  pren- 
nent à  Paris  certaines  personnes  qui  n'occupent  à  l'étranger 
qu'une  médiocre  position  dans  Téchelle  sociale. 


I     Document  particulier. 


RÉHABILITATION    DE    M.    BOURÉE  36'] 


REHABILITATION    DE    M.    BOUREE 


Les  attaques  dont  M.  Bourée  fut  l'objet  lui  firent  réclamer 
de  M.  de  Freycinet  la  réunion  d'une  commission  pour  que 
les  actes  dont  il  était  incriminé  fussent  soumis  à  son  appré- 
ciation. La  commission,  composée  du  comte  de  Chaudordy, 
de  M.  Henri  Fournier,  tous  les  deux  anciens  ambassadeurs, 
et  du  baron  de  Ring,  ministre  plénipotentiaire,  directeur  des 
Affaires  politiques,  après  s'être  réunie  et  avoir  entendu 
M.  Bourée,  délivra  l'attestation  suivante  (22  avril  i885)  : 

Après  avoir  pris  connaissance  des  pièces  et  documents  qui 
nous  ont  été  communiques  par  le  Ministre,  et  nous  référant  aux 
considérations  confidentielles  que  nous  avons  consignées  dans  les 
notes  annexées  à  la  présente  déclaration, 

Attestons  que  M.  Bourée  n'a  manqué  dans  le  cours  de  sa 
mi>»ion  en  Chine,  ni  aux  devoirs  qu'impose  le  patriotisme,  ni 
aux  règles  professionnelles  et  qu'il  n'y  a  pas  lieu,  par  conséquent, 
do  s'arrêter  aux  accusations  dirigées  contre  lui*. 

Trois  jours  après,  M.  de  Freycinet  faisait  un  rappel  du 
traitement  en  disponibilité  de  M.  Bourée,  qui  était  nommé 
ministre  plénipotentiaire  de  i""®  classe  le  6  juin  et  envoyé 
extraordinaire  et  ministre  plénipotentiaire  de  France  auprès 
du  roi  de  Danemark,  le  7  juillet.  En  annonçant  à  M.  Bou- 
rée celte  dernière  nomination,  M.  de  Freycinet  lui  écrivait 
(8  juillet  i885): 

«  Je  me  félicite  d'avoir  pu  provoquer  une  décision  qui  vous 
témoignera  du  prix  que  le  Dé|)arlement  des  AlTaires  Étrangères 
attache  à  vos  services  et  de  sa  reconnaissance  pour  ceux  que  vous 
lui  avez  déjà  rendus*.  » 

1.  Document  particulier. 

2.  Document  particulier. 


CHAPITRE  XVIII 

[.■AFFAIRE  DD  TONG-KING  {Suite).  -  DÉPART  DE  M-  BODRÉE 
(1883)  ^ 

M.  Boiiréc  reslail  en  Chine,  atlcndant  un  successeur; 
ignorant  les  causes  exacles  de  son  rappel,  il  chcrcliait  à  ex- 
pliquer sa  conduite;  il  (.écrivait  à  M.  Challemel-Lacour  : 


Chang'Ha'i,  le  3i  i 


Mo^siELR  I.F.  Min 


Je  reçois  à  rinslaiil,  avec  la  dépêche  politique  du  Diparte- 
meul.  en  dale  du  3i  Janvier  dernier  (N»  3).  des  lettres  parti- 
culières de  France  qui  inc  donnent  lieu  de  croire  k  l'evislence 
de  bien  des  tnalcnlcndus  (flntrc  le  Dt^pariemenl  et  la  Léifalion. 
Ou  j'ai  éti'  inliabile  à  expliquer  clairement  toutes  les  phases  qu  a 
Iraversik's  cette  malheureuse  question  du  Tong-King.  ou  Votre 
Excellence  n'a  ]>as  eu  sous  les  veux  toutes  les  indications  que 
j'ai  adressées  à  la  Direction  Politique  et  qui  me  paraissent  de 
nature  à  reiracer  avec  une  suffisante  prfeision  le  vcritabBf  étal 
des  choses.  On  me  i-eproclierait,  parait-il,  d'avoir  dans  me* 
pourparlers  été  ornent  à  reconnaître  ou  à  toUrer  la  sazeraineté  de 
la  Chine  sur  TAnnam  ;  c'est  exactement  le  contraire  qui  est  arrivé, 
puisque  je  n'oi  pas  voulu  admettre  que  le  vice-roi  Li  lloun^'- 
trliang  pi'il  m'en  parler  ;  o  Nous  elierchons,  lui  ai-je  dit  à  la 
c  première  insinuation  qu'il  m'a  faite  à  cet  é<(ard,  a  un  arraii- 
«  Rcment  pratique,  un  terrain  de  conciliation  qui  rende  pos- 
"  sible  entre  nous  l'accoixl  évidemment  conseillé  par  nos  intérêts 
«  communs.  Lais.-iOMs  donc  de  coté  les  questions  de  principequi 
«  nous  diviseraient:  votre  su/erainelé  est  incompatible  avec 
o   noire  prolwlorat  ;  maïs  je  ne  ^ ois  aucune  utilité  à  entrer  dans 


DÉFAUT    DE    M.    BOURÉE  869 

«  une  discussion  qui  porterait  sur  un  tel  objet.  »  (Voir  le  procès- 
verbal  de  ma  conversation  avec  le  vice-roi  Li  Houng-tchang,  Dép. 
Pol.,  N*  III.) 

C'est  alors  que  nous  avons  cberché  les  éléments  d'une  entente 
dans  la  combinaison  que  vous  connaissez,  laquelle  n'impliquait, 
à  aucun  degré,  de  notre  part,  la  reconnaissance  des  prétentions 
de  la  Cbinc  et  eût  laissé  subsister,  dans  son  intégralité,  noire 
droit  de  les  combattre,  le  jour  où  elles  nous  auraient  troublés 
dans  le  libre  exercice  de  nos  droits  conventionnels.  Mais  cette 
éventualité  n'eût  guères  été  à  redouter,  après  que  nous  nous 
serions  mis  en  possession  dans  toute  la  partie  du  Tong-King  que 
nous  avions  intérêt  à  dominer.  La  Chine  n'aurait  eu  garde  de 
venir  nous  y  troubler,  une  fois  que  nous  nous  serions  cantonnés 
solidement  dans  les  positions  militaires  que  nous  n'aurions  pas 
manqué  d'occuper. 

D'ailleurs,  l'Annam,  une  fois  séparé  de  la  Chine  par  les  ter- 
ritoires placés  sous  notre  autorité,  aurait  été  facilement  amené  à 
renoncer  à  ses  ambassades  à  Pé-King  qui  ont,  justju'ici,  constitué 
pour  nous  un  danger  permanent.  Les  liens  entre  les  deux  pays 
se  fussent  relâchés  par  la  force  même  des  choses,  sans  secousse, 
sans  éclat  inquiétant  pour  l'amour  propre  chinois  ;  et,  de  plus 
en  plus  absorbée  dans  notre  sphère  d'action,  la  royauté  anna- 
mite en  eût  vite  été  réduite  à  ne  vivre  que  de  la  vie  que  nous 
lui  eussions  mesurée.  En  attendant,  nous  avions  gain  de  cause 
dans  tout  ce  qui  touchait  à  nos  intérêts  et  h  nos  desiderata 
actuels  et  nous  recueillions  les  fruits  de  notre  attitude  modérée 
et  conciliante,  en  obtenant  du  Gouvernement  Impérial  qu'il 
nous  laissât  nos  contrées  entièrement  franches,  dans  la  presque 
totalité  du  ïong-king  et  qu'il  nous  accordât,  avec  l'ouverture  du 
Yun-Nan,  les  facilités  dont  nous  avons  besoin  pour  utiliser  la 
nouvelle  route  fluviale  que  nous  entendons  ouvrir  au  commerce. 

Aujourd'hui,  tous  ces  résultats  vont  se  trouver  remis  en 
question.  Nous  les  obtenions  sans  coup  férir  et  en  échange  de 
concessions  illusoires.  Désormais,  il  va  s'agir  de  les  conquérir  les 
armes  à  la  main.  En  admettant  que  nous  sortions  à  notre  hon- 
neur des  embarras  que  nous  prenons  ainsi  à  notre  compte,  ne 
reste-t-il  pas  vrai  que,  dans  les  relations  entre  les  Gouverne- 
ments, comme  dans  les  rapports  entre  individus,  une  bonne 
transaction  vaut  mieux  qu'un  procès,  surtout  quand  ce  procès 
doit  se  plaider  au  bout  du  monde,  à  coups  de  canon  et  dans  un 
pays  à  peine  connu  P. . . 

CoBDiBR.  II.  —  a  4 


Bourse  se  défendit  également  sur  un  autre  point  qui 
lit  été  anièremenl  reproché: 

!  vous  {larlcriii,  écrîvait-il,  de  la  zone  neutre  que  je  préco- 
lans  mon  arrangement  de  Tien-Tsin  et  que  je  reprochais 
;  mauvais,  quelques  semaines  auparavant  à  Pé-King,  dans 
ipoit  dont  un  passage  a  même  élu  lu  à  la  tribune  par 
ilIcmel-Lacour  et  dont  on  m'a  opposé  les  termes.  C'est, 
écrivant  ma  lettre  du  4  novembre,  on  a  aflecté  de  l'igno- 
raisonnais  dans  l'hypothèse  où  tout  pourrait  se  régler 
l'il  y  eût  i  craindre  une  guerre  avec  la  Chine:  landisquo. 
rd,  la  question  qui  s'est  posée  fut  celle  de  savoir  si  l'in- 
ui  s'attachait  ù  ne  pas  avoir  de  zone  neutre  valait  ce  que 
opterait  une  guerre  avec  la  Chine  !  La  question  ainsi 
changeait  considérablement  d'aspect,  on  en  conviendra, 
lomcnt,  les  inconvénients  de  la  zone  neutre,  si  réels  qu'ils 
,  devenaient  minimes  quand  on  les  comparait  h  eeui  d'un 
avec  le  Céleslp  Empire.  C'est  ce  qui  explique  comment  la 
laison  qui  inb  paraissait  détestable  le  A  novembre,  a  pu 
ibler  désirable  le  5  décembre,  a 

nouvelles  qu'envoyait  M.  Bouréo  devenaient  de  plus 
s  inquiétantes  : 

s  une  lettre  du  3o  mars,  adressée  au  Ministre  des 
s  étrangères,  il  rapport^iit  l'entretien  qu'il  venait  d'avoir 
,i  Houng-tcliang  et  dont  il  se  dégageait,  d'après  notre 
re,  deux  choses  saillantes  : 

Jue  la  Chine  est  décidée  à  ne  jîas  admettre  qu'on  la 
de  côté  et  que  nous  fassions  nos  affaires  sans  tenir 
;  de  sa  volonté  ou  de  ses  désirs  ;  a"  que  dans  le  cas  où 
oudrions  reprendre  les  pourparlers  interrompus,  on 
sentirait  plus  à  traiter  sur  les  mt^mes  bases  qu'aulre- 
qu'enfm  le  projet  d'arrangement  formulé  à  Ïien-Tsin 
lilli  échouer  devant  les  résistances  du  Conseil  privé  et 
uls  fonctionnaires  provinciaux,  lorsque  nous  avons 
in  de  le  déchirer  de  nos  propres  mains. 
I  bien,  i-ciit  M.  Kourée.  ce  qu'il  vous  importe  de  connaître 


DÉPART    DC    M.    BOURÉE  871 

désormais,  c'est  non  pas  ce  que  je  puis  dire,  mais  ce  que  l'on  ma 
dit. 

Le  Vice-Roi  poursuivit:  «  Mais  ce  Traité  savez-vous  ce  que 
«  TAnnam  en  pense  et  ce  qu'il  nous  répMc  sur  tous  les  tons  ? 
«  il  déclare  qu'il  l'a  signé  sous  le  couteau  et  qu'il  proteste  contre 
«  Je  parti  qu'on  prétend  tirer  contre  lui  d'engagements  arrachés 
«  par  la  violence.  Dans  ce  moment-çi  même,  il  y  a  ici  le  mi- 
«  nistre  des  Finances  du  roi  Tu-Duc,  qui  est  venu  tout  expres- 
«  sèment  après  bien  d'autres,  pour  nous  tenir  le  même  langage 
«  et  pour  revendiquer  auprès  de  nous  et  contre  vous  l'appui 
«  inhérent  à  la  vassalité  dont  il  n'a  jamais  répudié  les  devoirs 
«  et  dont  il  réclame  le  bénéfice!  Ainsi,  reprit-il,  après  une 
«  pause,  vous  ne  voulez  pas  reconnaître  notre  suzeraineté  et  le 
a  droit  qu'elle  nous  constitue  de  nous  mêler  des  aiïaires  du 
«  Tong-King?  » 

Je  me  bornai  à  répondre  par  un  geste  d'incrédulité. 

Alors  le  Vice-Roi  agitant  ses  poings,  comme  pour  rendre  la 
mimique  d'un  boxeur  anglais,  me  dit  :  —  «  En  ce  cas,  c'est 
«  comme  cela  qu'il  faudra  faire  !...  » 

Je  repoussai  cette  supposition,  je  dis  qu'une  guerre  entre  nos 
deux  pays  me  paraissait  une  extrémité  déplorable  et  absurde  ; 
que  nous  arriverions  d'une  façon  ou  d'une  autre  à  nous  accor- 
der. «  Ainsi,  lui  fis-jc  observer,  dans  l'arrangement  que  nous 
«  avions  combiné,  nous  n'avions  pas  parlé  de  votre  droit  de  suze- 
«  raineté  ce  qui  ne  nous  avait  pas  empêché  de  trouver  une  for- 
te mule  qui  vous  avait  paru  acceptable...  » 

—  «  C'est  vrai,  il  n'avait  pas  été  fait  mention  de  notre  droit 
«  de  suzeraineté,  mais  de  votre  côté,  vous  ne  deviez  rien  dire  qui 
«  en  impliquât  la  méconnaissance  formelle.  Nous  arrivions  à  une 
«  entente  sur  le  terrain  des  choses  pratiques  et  les  questions  de 
«  principe  étaient  soigneusement  écartées.  —  La  situation  devient 
«  tout  autre  aujourd'hui.  —  Au  surplus,  continua-t-il,  notez 
«  bien  ce  que  je  vais  vous  dire  :  Mon  Gouvernement  était,  au 
«  fond,  très-défavorable  au  projet  d'arrangement  que  nous  avions 
«  préparé  et  quoi  qu'il  puisse  arriver  désormais,  pénétrez-vous 
«  bien  de  ceci,  c'est  que  nous  n'accepterons  plus  les  mêmes 
«  termes.   » 

Comme  je  marquais  mon  étonnement  et  que  je  repoussais 
l'idée  que  des  exigences  nouvelles  pussent  être  présentées  à  Tave- 
nir,  par  le  Vice-Roi  lui-même,  qui  se  déjugerait  s'il  voulait 
revenir  sur  des  propositions  dont,   en   fin   de  compte,   il  était 


872  l'affaihe  du  tong-king 

beaucoup  plus  que  moi  Tautcur,  il  répliqua  :  ce  D*abord,  je  ne 
a  sais  pas  si  en  cas  de  pourparlers  nouveaux,  c'est  moi  que  mon 
«  Gouvernement  choisirait  pour  négocier.  Mais,  si  même  cela 
a  était,  j'aurais,  non  pas  à  faire  prévaloir  mes  vues  personnelles, 
«  mais  à  les  combiner  avec  celles  des  membres  du  Conseil  Prive, 
«  comme  des  Vice-Rois  des  provinces  méridionales.  Or  ceux-ci 
oc  ont  réclamé  avec  la  plus  grande  énergie  contre  ce  que  j'avais 
«  fait.  Tenez  donc  pour  certain  qu'il  faudra  trouver  autre 
«  chose...  »  A  ce  propos,  le  Vice-Roi  me  fit  quelques  réflexions 
très  a  mères  sur  ce  que  la  Chine  avait  été  mal  récompensée  de  la 
modération  et  du  bon  vouloir  dont  elle  avait  fait  preuve  en  re- 
tirant ses  troupes  du  Tong-King... 

Comme  je  demandai  si  le  Gouvernement  avait  réellement  fait 
rentrer  ses  soldats  dans  l'Annam,  ainsi  qu'on  me  l'avait  donné  à 
entendre,...  il  parut  embarrassé  et  me  dit  en  homme  qui  ne 
veut  pas  s'expliquer...  —  «  Je  le  crois.  »  —  S'il  le  croit,  c'est 
que  c'est  certain,  bien  évidemment. 

La  lettre  de  M.  Bourée  finissait  par  ce  renseignement  que 
venait  de  lui  donner  l'un  des  familiers  de  Li,  sans  doute 
Ma  Kien-tchong  : 

Quand  je  pris  congé  du  Vice-Roi,  un  des  mandarins  présents, 
qui  n'est  autre  que  le  Directeur  de  la  puissante  Compagnie  des 
ec  China  Morchants  »  m'a  pris  à  part  et  me  dit  :  «  Le  Vice-Roi 
«  n'a  pas  voulu  vous  donner  une  information  que  je  puis,  moi, 
«  vous  livrer  confidentiellement.  Le  Gouvernement  est  décidé  à 
a  agir  très  vigoureusement  et  le  M'*  Ts'éng,  faisant  allusion, 
«  dans  un  de  ses  derniers  télégrammes,  à  la  nécessité  de  réoc- 
«  cuper  les  parties  évacuées  du  Tong-King,  a  écrit  :  «  Surtout 
a  n'envoyez  pas  des  foules  mal  organisées,  il  faut  diriger  de  ce 
«  côté  des  soldats  bien  armés,  bien  instruits,  bien  conduits,  pour 
«  ne  pas  s'exposer  à  des  échecs. . .  Le  conseil  sera  pris  en  sérieuse 
ce  considération.  » 


QUESTION    DU    MARQUIS    Ts'ÊNG 

Les  Chinois,  dont  la  convention  avait  été   acceptée  par 


QUESTION    DU    MARQUIS    Ts'ÊNG  S']3 

M.  Duclerc  et  qui  en  avaient  exécuté  la  première  partie,  se 
montraient  étonnés  du  rappel  de  M.  Bourée. 

Le  télégramme  suivant,  dont  voici  la  traduction,  fut  adressé 
le  2  avril  i883  par  le  Gouvernement  de  Pé-king  au  marquis 
Ts'êng  qui  le  communiqua  à  M.  Tissot,  notre  ambassadeur 
à  Londres,  le  7  ou  le  8  avril  suivant  : 

L'année  dernière,  où  la  situation  qui  existait  entre  vous  et  les 
ministres  Gambctta  et  de  Freycinct  au  sujet  du  Tong-King, 
Monsieur  Duclerc  a  cru  mieux  de  transférer  la  venue  des  négo- 
ciations de  Paris  à  Pé-Ring,  et  le  Gouvernement  Im|)érial, 
répondant  à  Tin  Y  itation  que  Monsieur  Bourée  était  chargé  de  faire 
au(jrès  de  lui,  donna  son  assentiment  à  cet  arrangement.  Nous 
avions  plusieurs  entretiens  avec  Monsieur  Bourée  que  nous  avons 
espéré  ne  seraient  pas  infructueux. 

Maintenant  Monsieur  Bourée  nous  a  fait  connaître  qu'il  a  reçu 
des  ordres  de  son  Gouvernement  de  retourner  en  France,  et 
comme  il  court  des  bruits  de  préparatifs  que  venait  faire  le  Gou- 
>ernement  français  de  renforcer  ses  troupes  en  Gochinchine,  le 
Gouvernement  impérial  s'inquiète. 

Le  Yamen  vous  charge  donc  de  vous  rendre  chez  l'Ambassa- 
deur de  France  à  Londres  pour  prier  qu'il  demande  à  son  (jou- 
vernement  s'il  peut  nous  donner  des  renseignements  sur  la  cause 
du  rappel  de  son  ministre,  ainsi,  s'il  y  a  de  fondement  pour  les 
bruits  sus-mentionnés. 

Vous  exprimerez,  à  Son  Excellence,  l'espoir  du  Gouvernement 
Impérial  que  la  réponse  de  son  Gouvernement  serait  d'une  na- 
ture rassurante,  car  après  la  preuve  de  conciliation  qu'il  a  donnée 
en  consentant  de  faire  retirer  ses  troupes,  tandis  que  les  négo- 
ciations de  M.  Bourée  avaient  lieu,  il  éprouverait  de  la  mortifi- 
cation, si  au  lieu  de  retirer  ses  troupes,  le  Gouvernement  de  la 
République  leur  enverrait  des  renforts.  Vous  devez  lire  cette 
dépêche  à  Monsieur  l'Ambassadeur,  cl,  s'il  le  veut,  lui  en  donner 
une  copie. 

En  conséquence,  M.  Challemel-Lacour  télégraphia  à 
M.  Bourée,  le  1 1  avril  i883  : 

Conformément  aux  instructions  contenues  dans  un  télégramme 
de  Pé-King  du  2  avril,  le  M'*  Ts'êng  a  prié  M.  Tissot  de  s'en- 


'^T**: 


374  l'affaire    du    TONG-KING 

quérir  si  nous  pouvions  donner  au  Gouvernement  chinois  des 
renseignements  sur  la  cause  de  votre  rappel  et  sur  rintentiou 
qu'on  nous  attribue  de  renforcer  nos  troupes  en  Cochincliînc. 
Mon  télégramme  du  5  mars  et  ma  lettre  du  i4  vous  fourni- 
ront les  éléments  d'une  réponse  précise  sur  ces  deux  |K>Jnts. 
Il  est  vrai  que,  depuis  lors,  les  actes  de  quelques  mandarins 
annamites  ont  obligé  le  Commandant  Rivière  k  occuper  certaines 
positions  nouvelles  au  Tong-King,  pour  maintenir  ses  commu- 
nications avec  la  mer.  Mais  vous  pouvez  alTirmer  de  nouveau 
que  les  mesures  prises  pour  consolider  la  situation  consacrée  par 
notre  traité  de  187/4  n'impliquent  aucune  jjensée  d'hostilité 
contre  la  Chine. 


INQUIÉTUDES    DE    M.    BOURÉ^ 

M.  lîourée  craint  de  plus  en  plus  que  Ton  ne  se  rende 
pas  un  compte  exact  de  la  situation  à  Paris  et  il  jette  un  cri 
d'alarme  : 

Chang-Haï,  le  16  avril  i883. 

Je  crains  que  l'on  ne  comprenne  pas  la  gravité  de  la  situation 
à  Paris.  Je  me  suis  efforcé  par  ma  correspondance,  d'expliquer 
que  si  nous  n'arrivions  pas  à  une  entente  avec  la  Chine  au  sujet 
du  Ïong-King  elle  nous  y  devancerait,  et  nous  en  disputerait  la 
possession  par  les  armes.  On  a  jugé  devoir  passer  outre. 

Le  retrait  des  troupes  n'avait  eu  lieu  que  difficilement.  Le 
Gouvernement  de  l'Empereur  croyait  à  la  possibilité  d'un  arran- 
gement; mais  maintenant  que  nous  refusons  de  traiter,  les 
troupes  repassent  la  frontière.  On  ne  s'arrête  pas  aux  protesta- 
tions pacifiques  que  je  prodigue,  non  plus  qu'à  nos  droits  con- 
ventionnels avec  l'Annam  que  la  Chine  n'a  jamais  reconnus. 
On  veut  des  garanties  effectives,  et  pour  se  les  assurer,  plus  de 
10  000  hommes  du  Yun-Nan  comprenant  le  détachement  des 
troupes  de  Li  Iloung-tchang  sont  déjà  rentrées  au  Tong-King. 
C'est  l'avant-garde  d'une  autre  armée  d'invasion,  et  nous  aurons 
bientôt  devant  nous  des  masses  considérables  avec  un  fort  appoint 
de  soldats  exercés,  bien  armés  et  d'officiers  étrangers. 

On  assure  que  la  mise  sur  le  pied  de  guerre  de  toutes  les 
forces  de  l'Empire  vient  d'être  ordonnée  par  la  Cour.  Si  vous 
persistez  dans  la  ligne  adoptée,   préparez-vous  à   une  lutte  des 


i 


INQUIÉTUDES    DE    M.    BOURÉE  ^']b 

plus  sérieuses  qu'aucune  assurance  amicale  ne  saurait  plus  con- 
jurer. Je  serais  un  agent  déloyal,  si  je  ne  vous  tenais  ce  lan- 
gage. 

Le  Gouvernement  chinois  intriguait  auprès  des  ministres 
étrangers  à  Pé-king;  toutefois  M.  von  Brandt  était  en  congé 
en  Europe  et  le  service  de  la  Légation  d'Allemagne  était  entre 
les  mains  du  comte  de  Tattenbach,  ce  qui  enlevait  beaucoup 
d'importance  aux  agissements  du  Yamen. 

Une  dernière  dépêche  de  M.  Bourée,  accompagnant  deux 
lettres  que  lui  adressait  M.  Frandin,  premier  interprète  delà 
Légation,  chargé  provisoirement  du  Consulat  de  Tien-Tsin, 
peignait  la  situation  sous  les  couleurs  les  plus  sombres  : 

Pé-King,  le  i8  mai  i883. 

Monsieur  le  Ministre, 

Je  viens  de  vous  expédier  la  valise  hier  soir  et  je  reçois  ce 
matin,  par  un  exprès  de  Tien-Tsin,  une  lettre  que  je  vous 
envoie  ci-jointe  immédiatement  et  qui  pourra,  je  l'espère,  re- 
joindre encore  la  malle.  La  lecture  vous  en  apprendra  plus  long 
que  tout  ce  que  je  pourrais  vous  en  dire  sur  la  gravité  de  la 
crise  et  sur  l'état  d'intensité  auquel  elle  CvSt  parvenue. 

M.  Frandin  m'avait  adressé  la  veille  une  autre  communica- 
tion, dont  je  vous  transmets  également  copie  et  qu'il  est  néces- 
saire de  placer  sous  vos  yeux  pour  éclairer  et  compléter  le  sens 
des  nouvelles  de  ce  matin.  Au  point  où  nous  en  sommes,  je  crois 
qu'il  n'y  a  plus  aucune  illusion  à  se  faire  :  nous  n'avons  pas 
d'autre  alternative  que  d'entrer  en  hostilité  avec  la  Chine  ou  de 
négocier.  Si  le  Gouvernement  de  la  République  est  décidé  à  s'en 
tenir  strictement  aux  termes  du  traité  de  1874,  je  crois  que  le 
moment  serait  venu  de  le  notifier  à  la  Cour  de  Pé-King,  dans 
la  forn\p  d'un  ultimatum.  Si,  comme  j'ai  tout  lieu  de  le  sup- 
poser, le  Gouvernement  Impérial  se  refusait  a  tenir  compte  de 
notre  intimation,  mon  départ  pourrait  alors  alTecter  un  autre 
caractère  et  impliquer  le  retrait  de  la  Légation  tout  entière.  Les 
événements  m'amèneront  bientôt  sans  doute  à  vous  soumettre 
celte  suggestion  par  le  télégraphe.  Mais  si,  par  impossible,  aucun 
incident  nouveau  ne  survenait  d'ici  au  moment  où  Votre  Ex- 
cellence   recevra  ces   lignes,  je  lui    serais  reconnaissant  de  me 


acer  par  cette  voie  la  conduite  que  j'aurais  à  tenir.  )e  cas 
héant  :  car  ce  n<?  sont  pas  là  des  circonstances  ordinaires,  dans 
iqnelles  un  agent  puisse  rien  prendre  sur  lui  et  s'arrêter  à  un 
irti  quelconque,  sans  avoir  reçu  les  («dres  positiTsde  son  Gou- 
rnement. 

I 
Ticn-Tsin.  le  i6  mai  i883. 

Li  Houng-tcliang  a  envoyé  dans  le  Sud,  le  ^néral  Pan  Ting- 
n,  celui  qui  a  déjà  commandé  les  armées  chinoises  dans  le 
iirkestan,  lors  du  conflit  russe.  Je  liens  ce  renseignement  du 
msul  Japonais. 

Une  grande  aciivilé  r^gne  depuis  quelque  tempsdanslesarse- 
m%  qui  avoisinent  Tien-Tsin  ;  les  heures  de  travail  qui  étaient 
itrcfois  de  8  li.  du  matin  à  ^  h.  du  soir,  xoni  aciuellement  de 
h.  du  matin  h  7  1).  et  demie  du  soir.  Les  travaux  ne  sont 
mais  suspendus,  pas  même  tes  jours  de  ff  le. 

Le  Vice-Roi  Li  lloung-lchang  a  télégrapliié  à  la  Cour  pour  lui 
re  ce  ()ui  suit  :  «  Je  suis  opposé  à  la  guerre;  $i  vous  i^ule:  m'en- 
•yer  dans  le  Suii,  donnez-moi  des  ordres  formels  pour  que  je  eom- 
ence  les  opérations.  »  —  Paroles  textuelles  de  Ma  Kicn-lcliong. 

Le  Vice-Koi  croyant  ce  dernier  à  Cliang-llaï.  lui  avait  télé- 

apliié  de  venir  le  recevoir.  Ma  Kien-lclion;-  a  réjiondu  qu'il 
ail  à  Tien-Tsin  et  a  ajouté  que  si  le  Vicr-Koi  ne  lui  rrjmndail 
is,  il  s'emliarqurrail  aujourd'lrnî  même  à  11  heures  du  soir. 
ins  ce  ciis,  il  faudrait  en  conclure,  d'après  mes  autres  retiseiijne- 
enls  que  vous  connaisse:,  que  le  Vicc-lioi  aurait  re^u  Conlre  de  se 
mire  dans  le  Sud. 

Iji  siluntuin  esl  Irès-crilique. 

Ma  Kien-lchon^,  pour  sa  pari,  est  partisan  de  la  guerre.  Le 
>néral  Licou,  et  non  le  général  Pan  Ting-sin,  sera  a  la  Iflc  de 
irmée.  C'est  un  acni  du  Vice-Boi  qui  a  coinbaitu  avec  lui 
mire  les  relM-iles  Nien-fei  et  quand  Li  Iloung-tciiang  a  élé 
■gradé  («r  la  Cour,  il  a  proposé  de  marcher  sur  Pi-King- 
'est  donc  une  créature  du  Vice-Koi... 

11 
Tien-Tsin.  le  17  mai  i883  (a  h.  du  malin). 
I,es  hostilités  vont  commencer  ;  c'est  un  fait  certain  actuolle- 
lent,  à  moins  que  l'on  ne  prenne  des  mesures  immédiates. 


DUPLICITÉ    DES    CHINOIS  877 

Ma  Kîen-tchong  part  pour  Chang-Haï,  à  dix  heures.  Il  m'a 
dit  que  les  Censeurs  voulaient  la  guerre  et  que  Li  Houng- 
tdiang  avait  reçu  Tordre  de  se  rendre  dans  le  Sud.  Je  lui  ai 
demandé  si  le  Commissaire  Impérial  reviendrait  à  Ïien-Tsin, 
avant  de  partir  pour  Canton  ;  il  m*a  répondu  que  c'était  peu 
probable,  dans  l'état  actuel  des  choses.  Il  m'a  expliqué  que 
0  l'intention  de  la  Chine  était  de  nous  tenir  en  échec  pendant 
«  trois  ans,  comme  nous  l'avons  été  au  Mexiqne,  et  qu'elle  atten- 
«  drait  patiemment  que  les  Allemands  nous  tombent  sur  le  dos  ; 
«  que,  du  reste,  nous  ne  pouvions,  pour  le  moment,  disposer 
«  ni  de  toute  notre  flotte,  ni  de  notre  armée  ;  que  Li  Iloung- 
Œ  tchang  disposait  d'un  corps  de  troupes  parfaitement  exercé  et 
«  solide  de  soixante  mille  hommes  ;  (jue  nos  soldats  seraient 
«  décimés  par  les  maladies  avant  même  de  pouvoir  livrer  com- 
«  bat  ;  que,  pendant  le  temps  dos  hastililés,  on  construirait  des 
«  chemins  de  fer  stratégiques  |)Our  le  transport  rapide  des  sol- 
«f  dats,  du  matériel  do  guerre  et  dos  approvisionnements.  Enfin 
«  de  compte,  —  me  dit-il,  —  que  pouvez- vous  contre  nous? 
«  Du  reste,  à  en  juger  par  les  apparences,  c'est  vous  qui  désirez 
«  la  guerre.  Si  vous  ne  la  vouliez  pas,  M.  Bourée  aurait  déjà 
a  parlé,  se  rendrait  maintenant  à  Canton  et  irait  traiter  avec 
«  S.  E.  Li.  Si  M.  Bourée  n'entre  pas  en  pourparlers,  c'est  qu'il 
«  se  trouve  dans  une  fausse  position,  contraire  aux  intérêts  des 
«  deux  pavs,  etc.,  etc.  » 

\ous  vovez.  Monsieur  le  Ministre,  que  la  situation  est  arrivée 
à  son  étal  le  plus  aigu.  11  serait  temps  que  le  Gouvornoment 
prit  une  décision,  car  nous  riscpions  fort  d'otre  jetés  à  la  mer, 
lorsque  Li  et  son  armée  seront  entrés   en  ligne  au  Tong-King. 

J'ai  vu  Feindel  *  qui  m'a  dit  que  la  guerre  était  maintenant 
un  fait  inévitable.  J'ai  vu  également  SchnclP,  commandant- 
instructeur  des  troupes  chinoises  qui  m'a  aflirmé  la  mémo  chose. 
(-0  dernier  est,  comme  vous  le  savez,  payé  pour  savoir  à  quoi 
s'en  tenir. 

DUPLICITÉ    DES    CHINOIS 

La  duplicité  des  Chinois  et  leur  mauvaise  volonté  ne  pou- 


i.  Interprète  du  Consulat  d'Allemagne  h  Tien-ïsin. 
2.  De  nationalité  allemande. 


I- 


378  l'affaire  du  tong-kixg 

valent  faire  Tombre  d'un  doute.  La  publication,  le  16  juin 
i883,  dans  le  Standard,  d'une  lettre  du  roi  d'Annam  au 
vice-roi  de  Canton  nous  apprenait  en  effet  les  choses  sui- 
vantes : 

I*»  C'est  à  la  date  du  3o  novembre  1882,  c'est-à-dire  deux 
jours  après  l'entrée  en  négociation  de  M.  Bourée  avec  le 
Tsoung-li  Yamcn,  que  le  gouvernement  chinois,  par  Tinler- 
médiaire  du  vice-roi  de  Canton,  a  songé  à  demander  à  la  cour 
de  Hué  quelle  était  la  cause  du  différend  qui  divisait  l'Annam 
et  la  France,  point  sur  lequel  le  cabinet  de  Pé-King  n'avait 
trouvé  jusqu'alors  aucun  renseignement  dans  les  communi- 
cations du  souverain  annamite. 

2*^  Une  ambassade  chinoise  se  rendait  à  Hué  au  mois  de 
janvier  i883  pour  reprocher  à  l'empereur  d'Annam  d'avoir 
totalement  négligé  de  faire  appel  aux  bons  offices  de  la  Chine 
et  d'avoir  ainsi  contribué  par  cette  abstention  peu  amicale  à 
faire  douter  des  droits  que  le  Céleste-Empire  prétend  avoir  de 
s'immiscer  dans  les  affaires  annamites.  Cette  mission  était  en 
même  temps  chargée  de  mettre  le  roi  d'Annam  au  courant 
de  la  conduite  du  gouvernement  chinois  dans  les  affaires  ja- 
ponaises en  Corée,  et  de  faire  briller  à  ses  yeux  les  avan- 
tages qui  résulteraient  pour  lui  d'une  intervention  analogue 
et  pacifique  de  la  part  de  la  Chine,  ainsi  que  de  l'ouverture  de 
l'Annam  à  toutes  les  nationalités  indistinctement  et  au  même 
titre.  Cette  mission  était  en  même  temps  chargée  d'obtenir 
de  la  cour  de  Hué  non  pas  une  demande  explicite  d'interven- 
tion armée,  ce  qui  eût  embarrassé  la  Chine,  mais  des  décla- 
rations de  telle  nature,  qu'elles  puissent  suppléer  aux  titres 
que  la  Cliinc  n'a  pu  produire,  vu  leur  absence,  à  l'appui  de 
ses  prétentions  de  puissance  suzeraine. 

Les  envoyés  chinois  étaient  également  chargés  de  protester 
à  Hué  (neuf  ans  trop  tard)  contre  le  traité  de  187/i  et  de 
reproclier  à  l'empereur  d'Annam  d'avoir,  dans  l'article  2  de 
cet  acte  diplomatique,  fait  reconnaître  son  entière  indépen- 


MORT    DU    COMMANDANT    RIVIÈRE  879 

dance  vis-à-vis  de  toute  puissance  étrangère,  quelle  qu'elle 
soit,  et  de  s'être  engagé  dans  l'article  3  du  même  traité  à 
conformer  sa  politique  extérieure  exclusivement  à  celle  de  la 
France.  Ces  mêmes  envoyés  devaient  enfin,  soit  par  des  pro- 
messes, soit  par  des  menaces,  obtenir  de  la  cour  de  Hué 
renvoi  à  Pé-King  d'un  fonctionnaire  annamite,  mannequin 
que  la  cour  de  Chine  avait  besoin  d'habiller  à  ses  couleurs 
j)0ur  le  faire  jKirader  aux  yeux  des  étrangers. 

3**  Le  i6  janvier  i883,  l'empereur  d'Annam  écrivait  une 
lettre  au  vice- roi  de  Canton  (c'est  celle  qui  fut  publiée  par  le 
Standard)  dans  laquelle  il  s'excuse  avec  aussi  peu  de  spon- 
tanéité que  possible  de  ne  pas  avoir  plus  tôt  exposé  ses  plaintes 
au  gouvernement  chinois  et  annonce  que  le  fonctionnaire  de- 
mandé allait  se  mettre  en  route,  emmené  ou  plutôt  traîné  à 
Pé-Ring  par  la  mission  que  la  Chine  avait  envoyée  à  Hué. 

MORT    DU    COMMANDANT    RIVIERE,     IQ    MAI    l883 

l^n  triste  événement  allait  redoubler  l'anxiété  du  ministère 
français. 

Le  26  avril  i883,  le  Gouvernement  déposait  sur  le  bu- 
reau de  la  Chambre  un  projet  de  loi  portant  ouverture  d'un 
crédit  supplémentaire  de  cinq  millions  et  demi  de  francs, 
destiné  au  Ministre  de  la  Marine,  pour  le  service  du  ïong- 
King;  il  fut  voté  le  10  mai  par  35 1  voix  contre  48.  Onze  jours 
plus  tard  on  recevait  la  nouvelle  de  la  mort  du  commandant 
Rivière. 

La  fin  de  ce  brillant  officier  rappelle  celle  de  Francis  Garnier 
dix  années  auparavant:  les  Pavillons-Noirs,  aidés  de  troupes 
régulières  annamites,  menaçaient  les  communications  de 
Hanoï:  le  19  mai,  Rivière  fit  une  sortie;  blessé  d'une  balle  à 
l'épaule  gauche,  il  tomba  ;  les  Chinois  se  précipitèrent  sur  leur 
proie  dont  ils  coupèrent  la  tête  ;  avec  lui  périrent  le  comman- 
dant Berthe  de  Villers,  le  capitaine  Jacquin,   le  lieutenant 


rai  de  Brisis,  l'aspirant  Moulun  ;  le  lieutenant  de  v 
MaroUes',  chef  d'état-major,  que  nous  retrouverons  en 
)o  à  bord  du  A^ Enlrecasleawr ,  fut  blessé  au  bras  gauche, 
immédiatement,  le  projet  de  crédit  qui  revenait  amendé 
Sénat  était  voté.  M.  Jules  Harmand,  ancien  compagnon 
Francis  Garnier,  consul  &  Bang-kok,  était  nommé  Com- 
isaire  général  civil  (7  juin  i883)  et  le  général  Bouët, 
nmandant  militaire  de  la  Cochincbine,  prenait  la  direction 
troupes  au  Tong-King. 
L'n  successeur,  quelques  jours  auparavant,  avaitélédonné 
i.  Bourée,  en  la  personne  de  M.  Trîcou,  ministre  de 
mce  an  Japon.  M.  Bourée  remît  le  service  de  la  Légation 
Pé-King  le  i*''  juin  à  M.  le  vicomte  de  Semallé,  sccré- 
:e  d'ambassade,  suivant  les  instructions  de  M.  Challemel- 
:our  du  16  mai  : 

?our  éviter,  disait  le  Ministre,  les  suppositions  erronées  au\- 
■llcs  le  départ  du  Ministre  de  Krance  pourrait  donner  lieu, 
pour  bien  marquer  notre  dessein  de  conlinuer  régulièrement 
\  relations  amicales  avec  la  Chine,  j'ai  invité  M.  Tricou  à  $c 
idre  immédialenient  à  Pé-King  comme  Envoyé  extraordinaire, 
attendant  votre  successeur.  Prévcnei  le  Gouvernement  chî- 
s  de  l'arrivée  prochaine  de  votre  collègue,  en  insistant  sur  le 
actère  et  le  motif  de  sa  mission  temporaire. 

Le  tort  de  M.  Bourée,  surtout  à  la  fin  de  son  séjour  en 
line,  était  d'avoir  voulu  faire  de  la  politique  personnelle  ; 
ne  se  rendait  pas  compte  que  le  plan  primitif  arrêté  à 
ris  avant  son  départ  se  trouvait  faussé  et  que  la  situation 
ivait  plus  rien  de  commun  avec  celle  que  nous  devions 
ier  et  prévoir.  Il  était  en  retard  sur  les  événements;  il  ne 
perçut  qu'en  188a,  à  Tien-Tsin,  du  changement  de  front 

I.  Marollcs,  Louis- Roger-Gérard  de,  né  le  5  nui  i85i  :  aipirant, 
ictobre  iSOg;  onseign*  de  vaisseau,  i5  octobre  1871  1  lioulcnant  de 
Meau,  3a  décembre  1879  ;  capitaine  de  fré^te,  19  septembre  1891  ; 
itaine  do  vaiueau,  ag  octobre  iSijS. 


MORT    DU    COMMANDANT    RIVIÈRE  38 1 

des  autorités  chinoises,  et  ce  ne  fiit  que  le  ai  octobre  de  cette 
année  qu'il  connut  tardivement  la  situation  de  la  Cochinchinc. 
Il  s^exagérait  la  puissance  militaire  de  la  Chine,  et  la  direction 
qu'il  voulait  donner  aux  aiTaires  pendant  les  derniers  temps 
de  son  séjour  dans  F  Extrême-Orient  permit  à  ses  nombreux 
ennemis  de  dire  qu'il  était  l'auxiliaire  de  notre  adversaire. 
Il  montra  de  l'intelligence,  alors  qu'il  fallait  surtout  du  juge- 
ment. Il  pensait  que  personne  ne  comprenait  la  question  à 
Paris,  que  lorsqu'on  le  verrait,  les  choses  s'éclairciraient  et 
que  d'ailleurs  lui  seul  pouvait  régler  l'affairé. 


CHAPITRE  XIX 

L'AFFAIRE  DU  TONG-KING  (Suite).  —  TRAITÉ  DE  HUÉ 

(HARMAND),  25  AOUT  1883 

LE    GÉNÉRAL    BOUËT 

En  même  temps  que  le  général  Bouët*  prenait  le  comman- 
dement en  chef  des  troupes  à  Hanoï,  où  il  arrivait  le  16  juin , 
—  pour  rendre  libre  l'escadre  de  Chine,  commandée  par 
l'amiral  Meyer,  une  nouvelle  escadre,  dite  du  Tong-King, 
fut  placée  sous  les  ordres  de  l'amiral  Courbet*,  ancien  direc- 
teur de  l'Ecole  des  torpilles  de  Boyardville,  et  gouverneur 
de  la  nouvelle  Calédonie.  L'amiral  Courbet  commandait  en 
ce  moment  la  division  navale  d'essais  qui  venait  d'être  con- 
stituée à  Cherbourg  et  il  avait  arboré  son  pavillon  sur  le 
Bayard  (28  avril),  commandé  par  le  capitaine  de  vaisseau 
Parrayon,  avec  un  état-major  composé  du  «capitaine  de  fré- 
gate de  Maigret,  chef,  et  des  lieutenants  de  vaisseau  Ravel  et 
de  Jonquières.  La  division  du  Tong-King  se  composait ^des 


I.  Né  le  6  décembre  i833  ;  entré  à  Saint-Cyr,  26  novembre  iSSa  ; 
dans  Tinfanlerie  de  marine,  6  octobre  i854  ;  colonel,  36  octobre  1870  ; 
général  de  brigade,  19  juin  1883. 

3.  Courbet,  Àmédée- Anatole- Prosper,  né  à  Abbeville,  le  aC  juin 
1837  ;  entré  à  l'École  Polytechnique  en  1847;  octobre  18^9,  aspirant  de 
!»"«••  classe  sur  V Océan  ;  enseigne,  19  avril  i854  ;  lieutenant  de  vaisseau, 
29  novembre  i856;  capitaine  de  frégate,  i4  août  1866  ;  11  août  1873. 
capitaine  de  vaisseau  ;  36  mai  1880,  gouverneur  de  la  Nouvelle-Calé- 
donie ;  18  septembre  1880,  contre-amiral. 


Le  général  bouêt  383 

cuirassés  Bayard  et  Atalante]  des  avisos  le  Château^Renaiid, 
le  Kersaint,  VHamelin,  le  Parseval,  le  Drac^  des  deux  canon- 
nières la  Vipère  et  le  Lynx  et  de  deux  torpilleurs.  Le  Bayard, 
avec  Tamiral,  arriva  le  20  juillet  à  la  baie  d'Halong. 

Le  5  juillet,  une  attaque  des  Annamites  avait  été  repoussée 
à  Haî-phong;  le  19,  à  Nam-dinh,  où  le  P.  Béchet*  avait  été 
misa  mort  le  20  mai,  le  lieutenant-colonel  Pierre  Badens* 
faisait  une  sortie  victorieuse'. 

M.  Harmand^  arrivait  le  25  juin  à  Saigon,  s'y  arrêtait 
|X)ur  conférer  avec  le  gouverneur,  M.  Thomson,  et  Tarn  irai 
Courbet  avec  lequel  il  se  rencontrait  le  1 5  juillet.  Le  com- 
missaire français  partait  le  19  [)our  Hanoï  et  il  lançait  une 
proclamation  aux  ïongkinois. 

Le  i5  août,  le  général  Bouët,  pour  dégager  la  route  de 
So'n-tay,  livrait  à  Vong,  près  de  Hanoï,  un  combat  inutile  où 
nous  eûmes  81  blessés  ou  tués.  Les  Chinois  perdirent  plus 
de  I  200  des  leurs.  Haï-du'o'ng  tombait  entre  nos  mains  le 
19  août;  le  i®*"  et  le  2  septembre,  nos  troupes  enlevaient  la 
position  de  Palan,  au  confluent  du  Fleuve  Rouge  et  du  Day. 


I.  Béchct,  Gaspard-Claude  y  ne  en  i85()  ;  de  Lyon  ;  des  Missions  étran- 
gères de  Paris;  parti  pour  la  Chine,  4  mai  1881. 

3.  Lieutenant- colonel,  8  juin  i883. 

3.  Is'Indo-Chine  française  contemporaine... ,  par  A.  Boulnais  et  A. 
Paulus.  H.  Tonkin-Annam.  Paris,  Challamel,  août  i883,  in-8. 

f\.  Harmand,  François- Jules ^  né  à  Saumur,  le  a3  octobre  i8/|5  ; 
élève  du  siervice  de  santé  militaire,  39  octobre  i803;  aide-médecin, 
)o  octobre  1866  ;  médecin  auxiliaire  de  2^  classe,  3  aoiU  1870;  médecin 
(ic  2^  classe,  4  novembre  187/1  ;  charge  d'une  mission  scientifique  en 
Indo-Cliine,  1875-1877;  conservateur-adjoint  de  l'exposition  des  colo- 
nies, janvier  1881  ;  consul  de  2^  classe  à  Bang-Kok,  7  octobre  1881  ; 
commissaire  général  du  Gouvernement  au  Tong-King,  7  juin  i883  ; 
consul  général,  4  août  i884  ;  à  Calcutta,  aojuin  i885  ;  ministre  pléni- 
potentiaire de  a*^  classe,  hors  cadres,  charge  du  consulat  général,  3i  dé- 
cembre 1887  ;  gérant  la  légation  de  Santiago,  a6  juillet  1890-36  dé- 
cembre 1890  ;  à  la  disposition,  i5  mars  189a  ;  en  mission,  i4  mars  189/)  ; 
envoyé  extraordinaire  et  ministre  pléni[3otcntiaire  àTokio,  19  avril  189^  ; 
ministre  de  i***  classe,  i4  août  1896. 


V 


384  L*AFFAIRE    DU    TONG-KIJÏG 

MORT    DE    TL-DLC    (jUlLLET    l883) 

Sur  ces  entrefaites,  notre  ennemi  acharné  Tu-Duc  mourait, 
17  juillet  i883.  Il  n'avait  pas  d'enfants,  mais  il  avîiit  trois 
neveux:  Nguycn  ung  Dieu,  âgé  de  32  ans,  Nguvèn  ungThi, 
3o  ans,  et  Nguyên  ung  Lich,  1/4  ans.  Thi,  fds  du  frère  préféré 
de  Tu-Duc,  Nguyèn  hong  Cai,  fut  choisi  par  le  roi  pour  élre 
élevé  au  palais  royal,  mais  ce  n'était  pas  une  véritable  adop- 
tion dont  Thi  put  concevoir  aucune  prétention  au  Trône. 
C'était  une  marque  de  préférence  du  monarque  pour  un  ne^eu 
qui  pouvait  néanmoins  faire  supposer  qu'il  eût  désiré  le 
voir  lui  succéder,  mais  qui  n'engageait  en  rien  son  gouverne- 
ment s'il  fût  mort  intestat*. 

Après  la  prise  des  trois  provinces  de  TOuest  (1867)  le  Roi, 
toujours  dirigé  par  la  superstition  la  plus  obstinée,  songea  à  faire 
l'éducation  d'un  nouveau  neveu  qui  n'eût  point  été  auprès  de 
lui  au  moment  du  malheur  qui  venait  de  le  frap|jer. 

Il  choisit  Nguyèn  ufig  Ai  ou  Dieu,  fds  de  Nguvèn  Hoîïg-y,  son 
quatrième  frère,  et  le  combla  de  toutes  les  faveurs  relatées  dans 
le  décret  ci-joint. 

La  reine-mère  dont  l'influence  est  très  grande  sur  le  Roi  et 
pour  laquelle  la  Cour  a  infiniment  plus  de  respect  que  pour  Sa 
Majesté,  ignorait  encore  en  1870  la  prise  de  la  Bassc-Cochin- 
chine  par  les  Français.  Pour  excuser  son  nouveau  choix,  le  Roi 
ne  pouvait  donc  mettre  en  avant  le  sentiment  superstitieux  qui 
l'y  avait  poussé.  11  prétexta  son  grand  âge,  sa  faiblesse,  la  crainte 
de  sa  mort  et  la  nécessité  de  donner  à  son  pays  un  successeur 
en  âge  de  gouverner.  C'est  ainsi  qu'il  y  eut  deux  neveux  du  Roi, 
élevés  au  Palais.  Le  dernier  adopté,  Nguyèn  ufig  Ai  ou  Dieu, 
ne  sut  pas  se  rendre  digne  de  la  faveur  dont  il  était  l'objet  et  se 
jeta  dans  la  vie  de  débauches  et  de  crimes  assez  habituelle  aux 
proches  parents  de  Tu-Duc.  Dans  un  moment  de  colère,  il  alla 
jusqu'à  frapper  la  femme  que  son  oncle  lui  avait  donnée  et  lui 
crever  un  œil. 

I.  Lettre  de  M.  Rheinart,   à  M.  Le  Myre  de  Vilers,   Hué,  6  février 
1881. 


MORT    DE   TU-DUC  385 

Il  tomba  en  disgrâce.  Il  y  est  depuis  sans  cependant  avoir 
perdu  son  titre   (Guip  Duc)    ni   aucun  de   ses  privilèges.  Mais 

F  Dur  tout  le  monde  il  n'entre  plus  dans  l'idée  du  monarque  de 
appeler  à  lui  succéder. 

Son  préféré  redevint  momentanément  Thi.  Mais  en  1878, 
Nguyen  hotlg  Gai,  père  de  Thi,  frère  préféré  de  Tu-Duc,  se 
coupa  la  gorge  dans  un  accès  de  fièvre  chaude.  Le  Roi,  fort  im- 
pressionné de  cette  mort,  adopta  le  2*  fils  de  son  malheureux 
frère,  Nguyen  Van  Lich.  Il  chargea  de  leur  éducation  le  Lai  Bo 
Thuong  Thô,  ministre  de  l'intérieur,  et  leur  fait  construire  en 
ce  moment  un  petit  palais  dans  l'enceinte  Royale.  Ibid. 

Voici  la  traduction  d'un  décret  royal  en  date  du  9*  mois 
de  la  22®  année  du  règne  (1870)  qui  mentionne  ces  faveurs  : 

Ëtant  de  peu  de  vertu  et  d'années  nous  avons  été  élevés  de 
bonne  heure  au  trône  ;  faibles  depuis  naissance  et  malade,  au 
milieu  des  nombreuses  affaires  qui  nous  entourent,  nous  ne  sa- 
vons où  trouver  de  bon  remède  pour  nous  guérir.  C'est  pour  ce 
motif,  nous  sommes  lent  pour  avoir  un  enfant  successeur,  ce 
qui  ne  nous  contente  pas  et  ne  fait  pas  de  plaisir  à  notre  mère  ; 
cl  c'est  une  grande  ingratitude  pour  nous,  une  énorme  inquié- 
tude et  honte.  Le  temps  passe  vile  et  la  vieillesse  approche,  et 
les  alTaires  de  l'État  sont  importantes,  nous  n'osons  pas  y  mettre 
des  négligences  ;  il  faut  d'un  autre  côté  suivre  les  anciens  règle- 
ments. 

A'  la  18*  année  de  notre  règne  (i865)  nous  avons  choisi 
Nguyôn  uïïg  Thi,  enfant  de  Nguyên  hông  Caï  de  Kicn  quaï 
Cong,  notre  36''  Irère.  Cet  enfant  était  âgé  de  3  ans  ;  il  est  élevé 
au  palais  royal  même,  il  a  aujourd'hui  6  ans  et  continue  son 
éducation.  —  Plus  notre  âge  s'avance,  plus  noire  santé  s'affai- 
blit, quoique  ce  soit  un  bonheur  pour  le  gouvernement,  quand 
le  souverain  est  avancé  en  âge. 

L'année  dernière  nous  avons  choisi  encore  Nguyôn  ung  Ai, 
Q*  enfant  de  notre  4'  frère  Nguyèn  Hong-y  de  Kicn  Thoai  Gong. 
Xous  le  logeons  à  gauche  du  Palais  royal  et  nous  lui  faisons 
donner  de  l'éducation  :  cette  année  il  a  18  ans,  fait  des  progrès 
dans  les  études,  jouit  des  audiences  royales  et  reçoit  beaucoup  de 
récompenses  honorifiques.  —  Nous  lui  avons  fait  construire  un 
palais  appelé  Duc-Duc  à  côté  de  la  porte  gauche  de  la  3®  enceinte, 
et  nous  avons  mis  des  mandarins  et  des  soldats  pour  sa  garde, 

GORDIER.  II  —   35 


386  L*àFFAIRE    DU    TONG-KING 

espérant  qu'il  deviendra  un  homme  parfait.  Qu*il  ne  soit  pas 
ingrat  envers  nos  grâces  d'élection  et  d'éducation.  De  plus,  nous 
avons  fait  choisir  pour  sa  concubine  une  fille  d'une  famille  noble 
afin  qu'il  puisse  en  avoir  de  bonne  heure  des  postérités.  Qu'il 
persiste  donc  dans  la  voie  de  gratitude  et  de  destination,  il  est 
haut  placé,  il  doit  se  faire  du  nom. 

Nous  avons  rapporté  tout  cela  à  notre  mère  et  elle  y  a  con- 
senti. De  plus,  suivant  l'habitude  de  nos  ancêtres,  nous  avons 
désigné  un  nom  propre  à  lui  et  à  ses  parents,  et  lui  avons  donné 
le  nom  de  Nguyên  ung  Dieu  ;  c'est  pour  affirmer  son  nom  et  sa 
destination  et  pour  tranquilliser  le  cœur  du  peuple. 

Quant  à  jNguyén  ung  ïhi,  nous  verrons  de  lui,  quand  il 
grandira. 

Par  la  grâce  du  Ciel  et  de  la  Terre,  ainsi  que  par  les  bien- 
faits de  notre  mère,  si  plus  tard  nous  avons  un  garçon  pour 
nous  succéder,  nous  donnerons  de  grandes  dignités  et  de  grands 
appointements  à  nos  deux  présents  neveux  qui  seront  remis  au 
nombre  de  Rim  chi  ngoc  Diep  (princes). 

Le  présent  décret  est  promulgué,  etc.,  etc. 

Ce  fut  Duc- Duc  (Dieu)  qui  fut  choisi  comme  successeur 
de  Tu-Duc,  mais  ce  malheureux  prince,  père  du  roi  actuel, 
Thành  Thâi,  fut  dépossédé  au  bout  de  quelques  jours  par 
les  intrigues  du  premier  ministre,  Nguyôn  van  Tu'o'ng,  et 
remplacé  par  Iliép  Hoà,  frère  cadet  utérin  de  Tu-Duc. 


PRISE    DE    TIIUAN-AN 

Cependant  l'amiral  Courbet,  accompagné  de  M.  Harmand, 
quittait  la  baie  d'IIa-long  le  i4  août,  se  présentait  deux 
jours  plus  lard  à  l'entrée  de  la  rivière  de  Hué,  devant  les 
forts  de  Thuan-An.  Le  commissaire  français  était  porteur 
d'un  ultimatum  et  d'un  projet  de  traité;  les  forts  ayant  re- 
fusé de  se  rendre,  l'escadre  ouvrait  le  feu  le  i8  à  cinq  heures 
du  soir;  le  transport  Annamite  arrivait  de  Saigon,  amenant 
Goo  hommes  d'infanterie  de  marine,  loo  tirailleurs  anna- 
mites, loo  coolies  et  une  batterie  d'artillerie.  Le  19,  le  feu 


TRAITÉ    DE    HUÉ  387 

recommença;  le  20,  les  troupes  étaient  débarquées  et  les  forts 
tombaient  entre  nos  mains.  Immédiatement  le  Lynx  et  la 
Vipère  francbissaient  la  barre  \  Le  ministre  annamite  des 
affaires  étrangères  arrivait  en  toute  hâte  en  parlementaire  et 
M.  Harmand,  avec  M.  de  Champeaux,  ancien  chargé  d'af- 
faires de  France,  remontait  avec  lui,  à  Hué,  le  22,  sur  une 
chaloupe  à  vapeur.  Après  avoir  stipulé  l'évacuation  des  douze 
forts  défendant  la  capitale,  l'enlèvement  des  barages,  la  des- 
truction des  munitions,  etc.,  M.  Harmand  signait  le  25 août 
le  traité  suivant. 

TRAITÉ    DE    HUÉ,    25    AOUT    l883 

Entre  les  soussignés, 
D'une  part, 
J.  T.  Harhand»  Commissaire  général  et  Plénipotentiaire  de  la 
République  française,  agissant  au  nom  de  la  France, 
Assisté  de  : 
MM.  Palasne  de  CnABfPKAUx,  Administrateur  général  des  affaires 
indigènes  de  Cochinchine.  ex-chargé  d'affaires  de  France  à  Hué  ; 
Ory,  chef  de  cabinet  du  Commissaire  général  ;  De  la  Bastide, 
capitaine  du  génie,   aide  de   camp   du   Commissaire   général  ; 
Masse.  Administrateur  des  Affaires  Indigènes  de  Cochinchine  ; 
Haitce,  interprète  du  Gouvernement  français  en  Chine,  secré- 
taire particuhér  du  Commissaire  général  ; 
D'autre  part. 
Leurs  Excellences  Tran-Dinh-Tuc,  premier  Plénipotentiaire 
(Hiep-Bien-Dai-Hoc-Si)   grand   censeur  ;    Nguyèn-Trong-Hiep. 
deuxième  Plénipotentiaire  (Lai-Bo-Thuong-ïho),   Ministre   de 
rintérieur  et  des  Affaires  étrangères  de  S.  M.  le  Roi  d'Annam, 
agissant  au  nom  du  Gouvernement  annamite. 
Assistées  de  : 
Huiwh-Kien-Thuong  (Song-Bien-Noi-Cac),  membre  du  Conseil 
privé, 

I.  L'amiral  Courbet  d'après  les  papiers  de  la  Marine  et  de  la 
famille^  par  Emile  Ganneron,  secrétaire -rédacteur  au  Sénat.  Paris,  L. 
Cerf,  i885,  iniS. 


ï. 


388  L* AFFAIRE   DU    TONG>KING 

Il  a  éié  convenu  ce  qui  suit  : 

Article  premier.  —  L'Annam  reconnaît  et  accepte  le  protec- 
torat de  la  France,  avec  les  conséquences  de  ce  mode  de  rapports 
au  point  de  vue  du  droit  diplomatique  européen,  c'est-à-dire 
que  la  France  présidera  aux  relations  de  toutes  les  Puissances 
étrangères,  y  compris  la  Chine,  avec  le  Gouvernement  annamite, 
qui  ne  pourra  communiquer  diplomatiquement  avec  lesdites 
Puissances  que  par  Tintermédiairc  de  la  France  seulement. 

Art.  2.  —  La  province  de  Binh-Tliuan  est  annexée  aux  pos- 
sessions françaises  de  la  Basse-Cochinchine. 

Art.  3.  —  Une  force  militaire  française  occupera  d'une  façon 
permanente  la  chaîne  de  montagnes  Deo-lNgang,  qui  aboutit  au 
cap  Ving-Kuia,  ainsi  que  les  forts  de  Thuan-An.  et  ceux  de  l'en- 
trée de  la  rivière  de  Hué,  qui  seront  reconstruits  au  gré  des 
autorités  françaises. 

Les  forts  s'appellent  en  langue  annamite  :  Ha-duon,  Tran-Haï, 
Thay-Duong,  Trang-Lang,  Hap-Chau,  Lo-Thau  et  Luy-Moï. 

Art.  4-  —  Le  Gouvernement  annamite  rappellera  immédia- 
tement les  troupes  envoyées  au  Tong-King,  dont  les  garnisons 
seront  remises  sur  le  pied  de  paix. 

Art.  5.  —  Le  Gouvernement  annamite  donnera  Tordre  aux 
mandarins  du  Tong-King  d'aller  reprendre  leurs  postes,  nommera 
de  nouveaux  fonctionnaires,  aux  postes  vacants,  et  confirmera 
évenluellcmenl,  après  entente  commune,  les  nominations  faites 
par  les  autorités  françaises. 

Art.  ().  —  Les  fonctionnaires  provinciaux  depuis  la  frontière 
Nord  du  Hinh-Tlman  jus(|u'ù  celle  du  Tong-King  —  et  par  cette 
dernière  nous  entendons  la  chaîne  Deo-Ngang  qui  servira  do 
limite  —  administreront,  comme  par  le  passé,  sans  aucun  con- 
trôle de  la  France,  sauf  en  ce  qui  concerne  les  douanes  ou  bien 
les  travaux  publics,  et  en  général,  tout  ce  qui  exige  une  direction 
unique  et  la  compétence  de  techniciens  européens. 

Art.  7.  —  Dans  les  limites  ci-dessus,  le  Gouvernement  anna- 
mite déclarera  ouverts  au  commerce  de  toutes  les  nations  — 
outre  le  port  de  Quin-Mion  —  ceux  de  Tourane  et  de  \uanday. 
On  discutera  ultérieurement  s'il  n'est  pas  avantageux  aux  deux 
Etats  d'en  ouvrir  d'autres,  et  l'on  fixera  également  les  limites 
des  concessions  françaises  dans  les  ports  ouverts.  La  France  y 
entretiendra  des  agents,  sous  les  ordres  du  Résident  de  France 
à  Hué. 

Art.  8.  —  La  France  pourra  éle>er  un  phare,  soit  au  cap 


TRAITÉ    DE    HUÉ  889 

Varela,  soit  au  cap  Padaran  ou  à  Poulo-Cecir  de  mer,  suivant 
les  conclusions  d*un  rapport  qui  sera  fait  par  des  ofliciers  et 
ingénieurs  français. 

Abt,  9.  —  Le  Gouvernement  de  S.  M.  le  Roi  d*Annam  s'en- 
gage à  réparer,  à  frais  communs  et  après  entente,  entre  les  deux 
Hautes  Parties  contractantes,  la  grande  route  d'Hanoï  à  Saigon, 
et  à  l'entretenir  en  bon  état,  de  façon  à  y  permettre  le  passage 
des  voitures.  La  France  fournira  des  ingénieurs  pour  faire  exé- 
cuter les  travaux  d'art,  tels  que  ponts  et  tunnels. 

Art.  10.  ^  Une  ligne  télégraphique  sera  établie  sur  ce  trajet 
et  exploitée  par  des  employés  français.  Une  partie  des  taxes  sera 
attribuée  au  Gouvernement  annamite  qui  concédera,  en  outre, 
le  terrain  nécessaire  aux.  stations. 

Art.  II.  —  H  Y  aura  à  Hué  un  Résident,  fonctionnaire  d'un 
rang  très  élevé,  il  ne  s'immiscera  pas  dans  les  affaires  intérieures 
de  la  province  de  Hué,  mais  il  sera  le  représentant  du  protec- 
torat français,  sous  le  contrôle  du  Commissaire  général  du  Gou- 
vernement de  la  République  française,  lequel  présidera  aux  rela- 
lions  extérieures  du  royaume  d'Annam,  mais  pourra  déléguer 
son  autorité  et  tout  ou  partie  de  ses  pouvoirs  au  résident  de  Hué. 

Le  Résident  de  France  h  Hué  aura  droit  d'audience  privée  et 
personnelle  auprès  de  S.  M.  le  Roi  d'Annam,  qui  ne  pourra 
refuser  de  le  recevoir,  sans  motif  valable. 

Art.  13.  —  Auïong-King,  il  y  aura  un  Résident  à  Hanoï,  un  à 
Ilalphong,  un  dans  les  >illes  maritimes  qui  pourraient  ultérieu- 
rement se  fonder,  un  au  chef-lieu  do  chaque  grande  province. 
Aussitôt  que  le  besoin  s'en  fera  sentir,  les  chefs-lieux  des  pro- 
^inces  secondaires  recevront  aussi  des  fonctionnaires  français  ([ui 
seront  placés  sous  l'autorité  des  Résidents  de  la  grande  province 
de  laquelle  ils  relèvent,  suivant  le  système  des  divisions  admi- 
nistratives du  pays. 

Art.  i3.  —  Les  Résidents  et  les  Résidents-adjoints  seront 
assistés  des  aides  et  collaborateurs  qui  leur  seront  nécessaires,  et 
protégés  par  une  garnison  française  ou  indigène,  suflisantc  pour 
assurer  leur  pleine  sécurité. 

Art.  14.  —  Les  Résidents  éviteront  de  s'occuper  des  détails  de 
l'administration  intérieure  des  provinces.  Les  mandarins  indi- 
gènes de  toute  catégorie  continueront  à  gouverner  et  à  admi- 
nistrer sous  leur  contrôle  ;  mais  ils  pourront  être  changés  sur  la 
demande  des  autorités  françaises,  s'ils  manifestaient  de  mauvaises 
dispositions  à  leur  égard. 


-'^"'wm'' 


Art.  i5.  —  C'pst  par  l'intermédiaire  des  Résidents  seuls  que 
k<s  rnnclionnairrs  ri  oiiipiojés  français  de  toute  catégorie,  appar- 
tenant aux  services  généraux,  tels  que  postes  et  télégraplt»'. 
trésor,  douanes,  travaux  publics,  écoles  françaises,  etc.,  etc.. 
pourront  avoir  des  rapporta  oITiciels  avec  les  autorités  annamites. 

AnT.  16.  —  Les  Itésidents  rendront  la  justice  dans  toutes  les 
afTaircs  civiles,  correctionnelles  ou  commerciales  entre  les  Euro- 
péens de  toutes  nationalités  et  les  indigènes,  entre  ceux-ci  et 
ceui  des  Asiatiques  étrangers  qui  voudront  jouir  des  avantages 
de  la  protection  française. 

Les  appels  des  jugements  des  Itésidcnts  seront  porté»  à  Saigon. 

\iiT.  17.  —  Les  Résidents  contrôleront  la  police  dans  les 
agglomérations  urbaines,  et  leur  droit  de  contrôle  sur  les  fonc- 
tionnaires indigènes  s*étendra  suivant  Iesdévelop[>cmenls  desdites 
agglomérations. 

AiiT.  18.  —  Les  Résidents  centraliseront,  avec  le  concours  des 
Quan-Bo,  le  service  des  impils,  dont  ils  snrveilleront  la  j)ercep- 
tion  et  l'emploi. 

Aht.  19.  —  Les  douanes,  réorganisées,  seront  entièrement 
confiées  à  des  administrateurs  français.  Il  n'y  aura  que  des 
douanes  maritimes  et  des  frontières,  placées  partout  où  le  besoin 
s'en  fera  sentir.  Aucune  réclamation  ne  sera  admise  relativement 
aux  douanes  pour  les  mesures  prises  par  les  autorités  militaires 
au  Tong-K.ing. 

.\iiT.  ao.  —  Les  citoyens  ou  sujets  français  jouiront,  dans 
toute  l'étendue  du  Tong-Ring  et  dans  les  ports  ouverts  de  l'Annam. 
d'une  entière  liberté  pour  leurs  personnes  et  leurs  propriétés.  Au 
Tong-KIng,  et  dans  les  limites  des  |xirts  ouverts  de  l'.\nnam.  ils 
pourront  circuler,  s'établir  et  posséder  librement.  Il  en  sera  de 
même  de  tous  les  étrangers  qui  réclameront  le  bénéîice  de  la  pro- 
tection française  d'une  façon  jwrmanente  ou  temporaire. 

Aht.  ai.  —  Les  personnes  qui,  pour  des  motifs  d'ordre  scien- 
tilîque  ou  autres,  voudront  voyager  dans  l'intérieur  de  l'Annam, 
ne  pourront  en  obtenir  l'autorisation  que  pir  l'intermédiaire  du 
Résident  de  France  à  Hué,  du  Gouverneur  de  la  Cncliinchine  ou 
du  Commissaire  général  de  la  République  au  Tong-King.  Ces 
autorités  leur  délivreront  des  passeports  (|ui  seront  présentés  an 
visa  du  Gouvernement  annamite. 

Abt.  sa,  —  La  France  entretiendra,  tant  qucceltc  précaution 
lui  paraîtra  nécessaire,  des  postes  militaires  le  long  du  Fleuve- 
Rouge,  de  façon  !»  en  garantir  la  libre  circulation.  Elle  pourra 


r*  -  p— - 


TRAITÉ    DE    HUÉ  89 1 

également  élever  des  fortifications  permanentes  où  elle  le  jugera 
utile. 

Art.  a3.  —  La  France  s'engage  à  garantir  désormais  Tintc- 
grité  complète  des  Ltats  de  S.  M.  le  Roi  d*Annam,  à  défendre 
ce  Souvet*ain  contre  toutes  les  agressions  du  dehors  et  contre 
toutes  les  rébellions  du  dedans,  et  à  soutenir  ses  justes  revendi- 
cations contre  les  étrangers. 

La  France  se  charge  à  elle  seule  de  chasser  du  Tong-King  les 
bandes  connues  sous  le  nom  de  Pavillons-Noirs  et  d'assurer  par 
ses  moyens  la  sécurité  et  la  liberté  du  commerce  du  Fleuve-Rouge. 

Sa  Majesté  le  Roi  d'Anna  m  continue,  comme  par  le  passé,  à 
diriger  l'administration  intérieure  de  ses  États,  sauf  les  restric- 
tions qui  résultent  de  la  présente  convention. 

Art.  24.  — La  France  s'engage  également  à  fournir  h  S.  M.  le 
Roi  d'Annam  tous  les  instructeurs,  ingénieurs,  savants,  oflfi- 
ciers,  etc.,  dont  elle  aura  besoin. 

Art.  35.  —  La  France  considérera  en  tous  lieux,  au  dedans 
comme  au  dehors,  tous  les  Annamites  comme  ses  vrais  protégés. 

Art.  36.  —  Les  dettes  actuelles  de  l'Annam  vis-à-vis  de  la 
France  seront  considérées  comme  acquittées  par  le  fait  de  la 
cession  de  Binh-Thuan. 

Art.  37.  —  Des  conférences  ultérieures  fixeront  la  quotité  à 
attribuer  au  Gouvernement  annamite  sur  le  produit  des  douanes, 
des  taxes  télégraphiques,  etc.,  etc.,  du  royaume,  des  impôts  et 
douanes  du  Tong-King  et  des  monopoles  ou  entreprises  indus- 
trielles qui  seront  concédées  au  Tong-King. 

Les  sommes  prélevées  sur  ces  recettes  ne  pourront  pas  être 
inférieures  à  3  millions  de  francs. 

La  piastre  .mexicaine  et  les  monnaies  d'argent  de  la  Cochin- 
chine  française  auront  cours  forcé  dans  toute  l'étendue  du 
royaume,  concurremment  avec  les  monnaies  nationales  anna- 
mites. 

La  présente  convention  sera  soumise  à  l'approbation  du  Prési- 
dent de  la  République  française  et  de  S.  M.  le  Roi  d'Annam,  et 
les  ratifications  en  seront  échangées  aussitôt  que  possible. 

La  France  et  l'Annam  nommeront  alors  des  Plénipotentiaires 
qui  se  réuniront  à  Hué  pour  examiner  et  régler  tous  les  points 
de  détails. 

Les  Plénipotentiaires  nommés  par  le  Président  de  la  République 
française  et  S.  M.  le  Roi  d'Annam  étudieront,  dans  une  confé- 
rence, le  régime  commercial  le  plus  avantageux  aux  deux  Ëtats, 


892  L*AFFAIRE    DU    TONG-KING 

ainsi  que  le  règlement  du  système  douanier,  sur  les  bases  indi- 
quées à  rarticle  19  ci-dessus.  Ils  étudieront  aussi  toutes  les 
questions  relatives  aux  monopoles  du  Ïong-King,  aux  concessions 
de  mines,  de  forêts,  de  salines  et  d'industries  généralement 
quelconques. 

Fait  à  Hué,  en  la  légation  de  France,  le  26*  jour  du  mois 
d'août  i883  (28®  jour  du  7*  mois  annamite). 

Ce  traité  reconnaissait  notre  protectorat,  la  province  de 
Blnh-Thuan  était  annexée  à  nos  possessions  de  Cochinchine, 
une  force  militaire  devait  occuper  constamment  la  chaîne  de 
montagnes  Deo-Ngang,  qui  aboutit  au  cap  Vong-chua, 
ainsi  que  les  forts  de  Thuan-An  et  ceux  de  Tentrée  de  la  ri- 
vière de  Hué,  qui  seraient  reconstruits  au  gré  des  autorités 
françaises.  De  plus,  le  gouvernement  annamite  devait  rappeler 
immédiatement  les  troupes  envoyées  au  Ïong-King,  dont  les 
garnisons  devaient  être  remises  sur  le  pied  de  paix.  M.  Har- 
mand  partait  le  lendemain  pour  Hanoï,  laissant  M.  deCham- 
peaux  comme  résident  général  à  Hué. 

«  Ce  traité  posait  les  bases  de  Torganisation  actuelle, 
malgré  la  revision  dont  il  devait  être  Tobjet,  dix  mois  plus 
tard.  C'est  l'œuvre  personnelle  de  M.  Harmand  et  Thonncur 
de  sa  carrière  diplomatique*.   » 

I.  V affaire  du  Tonkin^  p.  80. 


I 


CHAPITRE  XX 
L'AFFAIRE  DU  TONG-KING  (Suite).  —  M.  TRIGOU  (1883)  < 

nSTRUCTlÔiNS    DE    M.    TRICOU 

Le  i4  mai  i883,  M.  Challemel-L<icour  télégraphiait  à 
M.  Tricou',  ministre  de  France  au  Japon  : 

Très  Urgent.  Faites-moi  savoir  d'urgence  si  vous  êtes  à  Tokio. 
J'attends  votre  réjionsc  pour  vous  envoyer  des  instructions  en 
vue  d'une  mission  très  importante. 

M.  Tricou  répondit  le  lendemain: 

Je  suis  a  Yedo  entièrement  aux  ordres  de  Votre  Excellence. 


I.  Ministère  des  Affaires  étrangères.  —  Documents  diploma- 
tiques. —  Affaires  du  Tomki?i.  —  Deuxième  partie,  décembre  1882- 
i883.  Paris.  Imp.  Nat.,  i883.  in -fol. 

a.  Tricou,  Arthur,  né  le  17  septembre  1887  ;  licencie  en  droit;  atta- 
ché à  la  direction  des  consulats,  18  décembre  1807  ;  élève- consul  à 
Alexandrie,  3a  janvier  1863;  consul  de  seconde  classe  (hors  cadre),  i!x 
avril  1866  ;  à  la  Ganée,  17  mars  1867  ;  au  Caire,  18  mars  18O8  ;  chargé 
de  la  gestion  du  consulat  général  à  Alexandrie,  du  8  juillet  1869  au  37 
[  avril  1870;   consul  do  i*"®  classe,  13  octobre  1870;  consul   à  Constanli- 

I  nople,  33  mai   1873  ;  consul  général  à  Beyrouth,    17  décombro  1874  ; 

l  membre  de  la  commission  financière  ottomane,  novembre  1878  ;  agent  et 

consul  général  en  Egypte,  30  mai  1879  '  c"vo)<5  extraordinaire  et  mi- 
nistre plénipotentiaire  à  Téhéran,  3^  septembre  1879;  ministre  plénipo- 
tentiaire de  i'**  classe,  i*'  mars  1883  ;  envoyé  extraordinaire  et  ministre 
plénipotentiaire  au  Japon,  3  mars  1883  ;  chargé,  comme  envoyé  extra- 
ordinaire, d'une  mission  en  Chine,  i5  mai  i883  ;  en  disponibilité,  3o 
avril  i885;  chargé  de  travaux  particuliers,  V^  mars  1889. 


394  L*AFFA1RE    DU    TONG-KING 

Ce  même  jour,  le  Ministre  des  Affaires  Etrangères  en- 
voyait par  télégraphe  les  instructions  suivantes  à  notre  agent 
à  Tokio  : 

Je  vous  prie  de  vous  rendre  immédiatement  à  Pé-King  comme 
Envoyé  extraordinaire,  en  attendant  le  successeur  de  M.  Bourée. 
jNotre  refus  d'accepter  le  traité  préparé  par  M.  Bourée  relative- 
ment au  Tong-King  a  donné  lieu  à  un  malentendu  qui  a  refroidi 
nos  rapports  avec  la  Chine. 

Deux  buis  sont  assignes  à  votre  mission  provisoire  :  1°  établir 
que  le  rappel  de  M.  Bourée  n'implique  aucune  pensée  de 
rupture  ;  que  nous  sommes  prêts  à  traiter  sur  d*autres  bases,  et 
que  notre  protectorat  au  Tong-King  ne  change  rien  à  la  situation 
créée  dès  1874  ;  2°  nous  renseigner  exactement  sur  les  intentions 
et  préparatifs  de  la  Chine.  D'après  M.  Bourée,  le  Gouvernement 
chinois  serait  résolu  à  s'opposer  à  notre  action  au  Tong-King,  où 
il  dirigerait  contre  nous  des  forces  considérables. 

Il  importe  que  nous  soyons  fixés  sur  ce  point.  Nous  comp- 
tons sur  votre  tact,  non  seulement  pour  juger  sans  prévention  de 
l'état  réel  des  choses,  mais  pour  faciliter  un  rapprochement  entre 
les  deux  pays. 

Votre  arrivée  est  annoncée  à  Pé-King,  où  vos  lettres  de  créance 
vous  seront  adressées. 

M.  Tricou  arriva  dans  Taprès-midi  le  6  juin*  àChang- 
Haï,  où  se  trouvait  Li  Houng-tchang,  de  passage,  se  rendant 
à  Canton,  ou  le  laissant  entendre. 

«  M.  Tricou,  à  son  arrivée  à  Chang-Haï,  trouva  Li  Houng- 
tchang  entouré  d'un  appareil  militaire  assez  tapageur  et  fai- 
sant grand  bruit  lui-même,  de  sa  marche  annoncée  vers  le 
Sud  où  il  allait  pour  prendre  le  commandement  en  chef  des 
forces  méridionales  de  la  Chine*.  » 


1.  Curieuse  coïncidence,  le  soir  même,  M.  Bourée  arrivait  de  Pé-King 
dans  ce  port  pour  s'y  embarquer;  ce  fut  sa  présence  qui  motiva  le  télé- 
gramme du  10  juin  du  Gouvernement  français. 

2.  Rapport  do  M.  Fournier,  capitaine  de  frégate,  commandant  le 
Voilât  h  Tamiral  Pcjron,  ministre  de  la  marine,  Nagasaki,  6  décembre 
j883. 


LE  JAPON  SgS 

Lî  ne  partit  pas;  «  la  fermeté  de  notre  attitude,  écrit 
M.  Tricou  le  20  juillet  i883,  a  suffi  pour  le  retenir  un  mois 
k  Chang-Haï  et  pour  l'empêcher  d'aller  prendre  le  gouver- 
nement des  provinces  du  Sud  qui  lui  avait  été  confié  avant 
mon  arrivée  ». 

Li,  réintégré  à  cette  époque,  dans  ses  fonctions  de  vice-roi 
de  la  province  du  Tché-li,  resta  donc  dans  le  Nord.  D'autre 
part,  pour  éviter  tout  malentendu,  le  marquis  Ts'éng  était 
prié  de  prévenir  télégraphiquement  son  gouvernement  que 
M.  Tricou  avait  seul  qualité  pour  parler  au  nom  du  Gouver- 
nement français  (10  juin). 

Du  5  juillet  au  i3  septembre,  M.  Tricou  resta  à  Chang- 
Haï,  n'entretenant  aucune  relation  diplomatique  avec  la 
Chine;  ses  télégrammes  à  Paris  demandaient  Tenvoi  de 
renforts  au  Tong-King,  qu'on  agisse  à  Hué  et  qu'on  fasse  le 
blocus  des  côtes  d'Annam. 

Des  troubles  à  Canton  fournirent  à  M.  Tricou  l'occasion 
de  sortir  de  son  isolement  et  le  prétexte  de  voir  Li  sans  avoir 
l'air  de  courir  après  lui. 

LE    JAPON 

A  cette  époque',  il  nous  aurait  été  peut  être  possible  de 
profiter  des  mauvaises  dispositions  du  Gouvernement  japo- 
nais à  cause  des  affaires  des  îles  Lieou-Kieou  et  de  la  Corée; 
M.  Tricou  télégraphiait  de  Chang-Haï  au  Département  le 
19  juin  i883  : 

Je  connaissais  les  dispositions  du  Gouvernement  Japonais. 
Nous  pouvons  en  tirer  un  très  grand  parti,  dans  le  cas  d'une 

I.  En  juin  i883,  on  eslimait  que  les  forces  placées  sous  le  comman- 
dement de  Li,  dans  le  Nord,  s'élevaient  à  29000  hommes  répartis  dans 
58  camps  placés  à  Chan-Haï  Kouan,  Lou-laï,  Pc-T'ang,  Ta-Kou,  Pao- 
Img,  rien-isin,  etc. 


1»-     ^  •.,■■ 


396  l'affaire  du  tong-king 

rupture  qui  semble  inévitable  si  nous  ne  voulons  pas  paraître 
reculer. 

Vingt  mille  Japonais  suffiraient  pour  mettre  en  déroute  toute 
l'armée  chinoise.  Ce  qui  manque  aux  Japonais,  ce  sont  des 
bateaux  de  transport  et  une  marine  pour  défendre  ses  côtes.  La 
nôtre  pourrait  trouver  à  Nagasaki  tout  le  charbon  et  les  ravi- 
taillements qui  lui  seraient  nécessaires,  et  qui,  je  le  crains,  pour- 
raient lui  faire  défaut  à  Saigon. 

La  situation  du  Japon  vis-à-vis  de  la  Chine  ressemble  beau- 
coup à  la  nôtre.  Par  le  traité  de  1876,  la  Cour  de  Tokio  a 
reconnu  Tindépendancc  de  la  Corée  sans  que  la  Chine  élevât  à 
cette  époque  la  moindre  protestation. 

Nous  n'avons  qu'à  dire  un  mot,  et  nous  pouvons  être  assurés 
du  concours  du  Gouvernement  Japonais. 

Je  sais  que  la  Chine  redoute  fort  cette  évenlualité. 

Les  dispositions  des  Japonais  à  notre  égard  changèrent 
d'ailleurs  rapidement,  soit  sous  la  pression  de  FAUemagne, 
soit  à  la  suite  d'avances  secrètes  de  la  Cour  de  Pé-King.  Le 
commandant  Fournier  écrivait  dans  son  rapport  à  l'amiral 
Peyron  que  M.  Tricou,  après  avoir  quitté  la  Chine,  traver- 
sant le  Japon  en  novembre  :  «  a  constaté  et  j'ai  pu  constater 
moi-même  qu'une  évolution  manifeste  s'était  produite  dans 
les  dispositions  de  la  Cour  de  Tokio.  Loin  de  rechercher, 
comme  naguère,  un  rapprochement  avec  la  France,  elle 
parait  vouloir  aujourd'hui  se  dégager  d'une  compromission 
qui  pourrait  lui  devenir  gônante  ». 

M.  Billot  dit  qu'il  y  a  une  énigme  dans  le  changement 
survenu,  au  mois  de  juin  i883,  dans  l'attitude  du  gouverne- 
ment chinois,  et  que  ce  changement  fut  opéré  «  sous  des 
influences  »  qui  n'ont  pas  été  déterminées.  La  vérité  est  que 
les  Chinois  n'ont  jamais  eu  l'intention  de  céder  ;  seul,  Li 
désirait  la  paix;  Ts'êng,  au  contraire,  sous  l'influence  bien 
connue  d'un  agent  étranger,  était  belliqueux.  Suivant  que  Li 
ou  Ts'êng  était  écoulé,  le  gouvernement  de  Pé-King,  favo- 
rable d'ailleurs  au  second,  inclinait  vers  la  soumission  ou  la 
résistance;  quand  il  se  fut  assure  de  la  non-intervention  des 


VUES    DE   M.    TRICOU  897 

Japonais,  il  se  montra  intransigeant*.  Toute  notre  diplo- 
matie ne  pouvait  que  nous  faire  perdre  du  temps  ;  le  canon 
seul  devait  avoir  raison  de  Tobstination  de  la  Cour  de  Pé- 
king,  et  encore  fallait-il  que  ce  canon  fût  libre  de  son  feu  ; 
nous  verrons,  plus  loin,  que  les  obstacles  mis  constamment 
par  le  ministère  à  Faction  militaire,  ont  retardé  refifet  de 
celle-ci  presque  aussi  longtemps  que  des  négociations  pour- 
suivies par  trop  de  personnes  dans  trop  d'endroits  différents. 


VUES    DE    M.    TRICOU 

M.  Tricou  exposait  sa  manière  de  voir  dans  le  télé- 
gramme suivant  qu'il  adressait  de  Chang-llaï  au  ministère  le 
4  juillet  : 

Chang-Iiaï,  le  4  juillet  i883. 
(Confidentielle .  ) 

Votre  Excellence  me  permet-elle  de  lui  exprimer  en  toute 
franchise  mon  sentiment  personnel  P 

La  Convention  Bourée  nous  a  entraînés  sur  un  déplorable 
terrain,  en  provoquant,  en  sollicitant  presque  Tingérence  de  la 
Chine  dans  une  question  que,  depuis  1870,  nous  ne  Tavions  pas 
conviée  à  examiner  avec  nous. 

Voulons-nous  aujourd'hui  rentrer  dans  la  \oie  des  traditions 
que  nous  a  fait  malheureusement  abandonner  une  politique  per- 
sonnelle, ou  persistons-nous  à  rechercher  un  accommodement 
qui  ne  sera,  après  tout,  qu'une  entente  boiteuse  sur  le  terrain 
des  faits  P 

Dans  la  première  hypothèse,  il  conviendrait  d'adresser  une 
note  à  la  Chine  pour  lui  déclarer  qu'en  présence  de  ses  agisse- 
ments nous  reprenons  toute  notre  liberté  d'action,  et  que  nous 
sommes  résolus  à  faire  prévaloir  les  droits  qui  nous  sont  conférés 
par  le  traité  de  1874.  Je  peux  vous  assurer  que  la  Chine  ne  nous 
déclarera  pas  ouvertement  la  guerre  :  elle  ne  peut  pas  nous  la 
faire,  et  n'est  pas  en  état  de  nous  la  faire.  Mais  il  faudrait  alors 

1.  L'affaire  du  Tonkin,  p.  47  ©t  48. 


SgS  L* AFFAIRE    DU    TOKG-KING 

frapper,  sans  relard,  un  grand  coup  à  Hué,  ce  que  nous  aurions 
dû  faire  depuis  longtemps.  Ce  serait,  d'après  moi,  la  solution  la 
meilleure,  la  plus  honorable  et  la  moins  compromettante. 

Dans  la  seconde  hypothèse,  il  ne  nous  reste  qu*à  pousser  aclî- 
vement  les  négociations,  si  nous' ne  voulons  paà  permettre  à  Li 
de  nous  discréditer  par  ses  atermoiements.  Je  dois  avouer  qu'un 
arrangement,  quels  qu*en  soient  les  termes,  n'empêchera  pas  la 
Chine  de  continuer  à  nous  susciter  secrètement  les  plus  graves 
embarras  au  Tong-King. 

Que  si.  croyant  notre  honneur  engagé,  nous  voulions  forcer  la 
Cour  de  Pé-King  à  reconnaître  formellement  le  Traité  de  1874  et 
à  renoncer  à  ses  prétentions  de  suzeraineté,  nous  nous  verrions, 
dans  ce  dernier  cas,  obligés  de  recourir  résolument  à  la  force  : 
une  action  navale,  comme  je  l'ai  déjà  dit,  suflirait  pour  réduire 
le  Céleste  Empire  à  discrétion. 

Depuis  deux  jours,  Li  fait  le  malade,  il  se  réserve  ;  heure  par 
heure,  il  est  renseigne  par  le  M**  ïs'êng  sur  les  dispositions  de  la 
presse  et  des  deux  Chambres,  qui  lui  sont  représentées  comme 
pacifiques,  froides  même. 

Tricou. 

Ce  jour  même  (4  juillet),  au  reçu  d'un  télégramme  du 
Tsoung-li  Yamen,  Li  quittait  Chang-Haï  brusquement  et 
remontait  à  Tien-Tsin,  laissant  M.  Tricou  derrière  lui. 

Notre  ministre  se  trouvait  malheureusement  dans  un  état 
de  santé  qui  lui  rendait  fort  difficile  sa  tâche  ;  il  télégraphiait 
le  5  juillet  : 

Très  malade,  constamment  alité,  il  m*est  impossible  de  rendre 
aucun  service  à  mon  pays.  Je  sollicite  respectueusement  un  congé 
ou  ma  mise  en  disponibilité. 

Il  était  impossible  au  Ministère  d'autoriser  notre  agent  à 
quitter  son  poste  à  ce  moment.  Les  négociations  étaient 
d'ailleurs  pénibles.  Li  Houng-tchang,  qui  craignait  pour  sa 
tête,  désirait  qu'elles  fussent  poursuivies  à  Paris;  il  était 
d'ailleurs  reparti  pour  Tien-Tsin,  comme  nous  venons  de  le 
voir.  Il  est  fort  possible  que  de  son  côté,  le  marquis  T'sêng 


VUES    DU    MARQUIS   TS*ÉNG  899 

eût  la  même  crainte.  Cependant  la  Chambre  des  Députés 
appuyait  la  politique  du  Couverncment  et  j>ar  862  voix 
ronlre  78,  dans  la  séance  du  10  juillet,  Tordre  du  jour 
suivant  était  adopté  : 

La  Chambre,  après  avoir  entendu  les  explications  du  Gou>er- 
ncmcnt,  confiante  dans  sa  politique  ferme  et  prudente,  passe  à 
Tordre  du  jour. 

Éconduit  courtoisement  par  les  cabinets  de  Londres  et  de 
Berlin,  le  Tsoung-li  Yamen  tourna  ses  regards  vers  les  États- 
Unis  (17  juillet).  M.  Young*,  ministre  américain  àPé-king, 
alors  doyen  du  Corps  diplomatique,  ancien  reporter  du  New 
York  Herald,  et  ami  intime  de  Li,  très  désireux  d'offrir  sa 
médiation,  menait  la  campage;  le  Cabinet  de  Washington 
aux  bons  offices  duquel  la  Chine  faisait  appel,  pour  sou- 
mettre à  son  arbitrage  les  difficultés  survenues  avec  la  France 
relativement  au  Tong-King,  faisait  pressentir  nos  disposi- 
tions par  son  représentant  à  Paris.  L'intervention  d'une  puis- 
sance tierce  ne  pouvait  qu'entraver  notre  action  dans  T  Annam 
comme  au  Tong-King,  et  compliquer,  en  outre,  notre  dif- 
férend avec  la  Chine,  permettant  à  la  Cour  de  Pé-King  de 
poser  la  question  de  suzeraineté,  qu'il  était  prudent  d'écarter. 
Plus  tard  (20  août)  Li  Houng-tchang  faisait  publier  par  les 
journaux  à  sa  dévotion  que  le  Gouvernement  français  avait 
accepté  la  médiation  américaine.  Ce  même  jour,  M.  Challe- 
mel-Lacour  télégraphiait  à  M.  Tricou  : 

Le  Gouvernement  des  États-Unis  nous  a  sur  la  demande  de 
la  Chine  fait  offrir  ses  bons  offices.  Nous  les  avons  déclinés. 


I.  Young,  James-RusselL  de  Ne w- York. ^  nommé  le  i5  mars  188a,  à 
la  place  de  James  B.  Angell,  de  Michigan,  successeur  le  16  août  1880,  de 
Geo.  F.  Seward;  Young  prit  charge  de  la  légation,  le  17  août  i88a  ;  il 
donna  sa  démission  le  37  janvier  i885,  et  quitta  Pc-King,  le  8  avril  i885  ; 
il  fui  remplacé  par  Charles  Denby. 


fffiî>' 


4oO  L* AFFAIRE   DU    TONG-KING 


VUES    DU    MARQUIS    TS'ÊNG 


Le  marquis  Ts*êng  ne  parait  pas  avoir  eu  jusqu'au  lo  août 
la  compréhension  très  nette  de  la  situation,  ainsi  qu'il  ré- 
sulte de  la  note  suivante,  due  à  une  personne  en  relations 
avec  le  diplomate  chinois  : 


NOTE 


C'est  seulement  depuis  hier  (lo  août)  que  le  marquis  IVc^ng 
se  rend  compte  de  la  gravité  de  raftirmatiou  que  lui  a  arrachée 
M.  Ghallemel-Lacour,  relativement  à  la  présence  au  Tong-Ring 
de  troupes  impériales  chinoises,  destinées  à  combattre  les  Fran- 
çais. Auparavant,  cette  mesure  lui  paraissait  toute  naturelle  î 
Mais  il  est  elTrayé  maintenant  du  parti  que  l'on  peut  tirer  contre 
la  Chine  et  contre  lui  d'une  déclaration  qui  prend,  dans  sa 
bouche,  une  gravité  particulière. 

11  faut  donc  s'attendre  à  le  voir  se  rétracter,  à  atténuer  la 
portée  de  ce  qu'il  a  dit,  car  il  comprend  que  la  Chine  mettant 
ainsi  les  torts  de  son  côté,  ne  pourra  pas  obtenir  la  médiation 
d'une  puissance  étrangère  ;  et  c'est  au  fond  l'espoir  de  voir  les 
États-Unis,  par  exemple,  s'interposer  entre  la  France  et  leur 
pays,  qui  rend  les  Chinois  si  audacieux  ! 

Le  Gouvernement  français  fera  bien  toutefois  de  ne  pas  se 
contenter  de  vaines  déclarations  et  d'exiger  des  actes. 

Parmi  les  mesures  que  l'on  pourrait  exiger,  en  témoignage  de 
la  sincérité  de  la  Chine  sont  les  suivantes  : 

1°  La  publication  dans  la  Gazette  de  Péking  et  l'aflichage  dans 
toutes  les  villes  des  trois  provinces  limitrophes  du  Ïong-King  d'un 
Décret  impérial  (Chancj-yu)  rapportant  celui  qui  a  pr<krédemment 
ordonné  l'envoi  de  troupes  chinoises  dans  le  Sud  et  au  Tong- 
King.  On  pourrait  môme  discuter  les  termes  de  ce  décret,  qui 
devrait  éloigner  du  tliéatre  de  nos  opérations  tous  les  contingents 
cbinois  qui  y  ont  été  envoyés  dans  ces  derniers  temps,  et  faire 
sortir  du  Tong-King  tous  les  soldats  chinois  qui  s'y  trouvent. 

3"  Le  maintien  dans  la  Yicc-Koyauté  de  Canton  de  ïs'èng*, 
oncle  du  Marquis  et  frère  du  célèbre  Ts'éng  Kouo-fan,  qui  est, 

I.  Ts'èng  Kouo-ts'iuan. 


BLOCUS    DES    PORTS    DE    l'iNDO-CIIINE  4oI 

dit-on,  déplacé  parce  qu'il  n*a  pas  montré  suffisamment  de  zèle 
à  prendre  des  mesures  hostiles  aux  Français. 

3"*  Le  déplacement  de  Tsen  Yû-ying  actuellement  Vice-Roi  du 
Yûn-Rouei  (formé  par  les  deux  provinces  du  Yun-Nan  et  du 
Kouci-tcheou),  qui  était  précédemment  Gouverneur  du  Yûn-\an 
cl  dont  la  nomination  récente  à  son  poste  actuel  a  été  interprétée 
par  les  Chinois  comme  une  mesure  hostile  à  la  France  (sa  nomi- 
nation comme  Vice-Roi  date  du  3o  mai  i883). 

Ce  Tsen  Yû-ying  est  tristement  célèbre  par  le  massacre  de  la 
population  inofiensive  de  Ta-li  fou  qu'il  ordonna  en  1873,  après 
la  capitulation  de  cette  ville  au  mépris  de  la  foi  jurée  (Consulter 
au  besoin  le  livre  de  Rocher  sur  la  province  du  Yun-Nan). 

Observation.  —  Les  trois  mesures  qui  précèdent  sont  de  nature 
à  soulever  une  vive  opposition  de  la  part  du  parti  de  la  guerre 
chinois,  aussi  ne  faudrait-il  formuler  ces  propositions  que  si  l'on 
est  bien  décidé  à  obtenir  satisfaction  sur  ces  divers  points. 

D'autres  garanties  à  exiger  pourraient  naturellement  être  indi- 
quées par  des  personnes  connaissant  bien  la  Chine. 

Le  II  août  i883. 


BLOCUS    DES    PORTS    DE    l'iNDO-CHOE 

■ 

A  la  suite  d'un  télégramme  du  ministre  des  Affaires  étran- 
gères du  9  août,  M.  Tricou  remettait  le  20  août  au  prince 
Koung,  président  du  Tsoung-li  Yamen,  une  note  lui  notifiant 
que  les  ports  du  Ïong-King  et  de  l'Annam  étaient  mis  en 
état  de  blocus. 

Le  soussigné.  Envoyé  Extraordinaire  de  France  en  Chine,  a 
l'honneur,  conformément  aux  ordres  de  son  Gouvernement, 
d'informer  S.  A.  L  le  Prince  Koung  que  le  Gouvernement  de  la 
République,  avisé  de  plusieurs  points  de  la  Chine  du  départ  de 
navires  chargés  d'armes  et  de  munitions  à  destination  de  l'Annam 
se  voit  forcé,  vu  les  circonstances,  de  s'opposer  à  ce  trafic  qui 
est,  d'ailleurs,  interdit  par  l'article  2  du  traité  de  commerce 
conclu  avec  la  Cour  de  Hué  en  1874. 

En  conséquence,  les  ports  du  Tong-King  et  de  l'Annam  sont 
mis  en  état  de  «  Blocus  ».  Une  surveillance  rigoureuse  sera 
exercée  sur  les  côtes.  Les  navires  suspects  seront  visités  dans  ces 

CoRDiER.  II.  —  2O 


^oa  l'affaire  du  tong-king 

parages  et  ceux  qui,  après  notification  individuelle,  tenteraient  de 
franchir  les  lignes  du  blocus,  seraient  saisis. 

Le  soussigné  s'empresse  de  porter  cette  décision  à  la  connais- 
sance du  Gouvernement  Chinois  pour  qu'il  prévienne  sa  marine 
de  Commerce  et  empêche  toute  expédition  de  ce  genre. 

Il  saisit  cette  occasion  pour  renouveler  à  S.  A.  1.  Mgr.  le 
Prince  Koung  les  assurances  de  sa  très  haute  considération. 

Sig.  :  Tricx)U. 
Le  prince  Koung  fit  la  réponse  suivante  à  M.  Tricou  : 


COMMUNICATION    OFFICIELLE 


J'ai  reçu  le  i8*  jour  de  la  7*^  lune  de  la  9*  année  Kouang^Siu 
(20  août  i883)  la  dépêche  que  Votre  Excellence  m'a  fait  l'honneur 
de  m'adresscr  et  dans  laquelle  Elle  me  dit  :  (Suit  la  reproduction 
presque  in  extenso  de  la  note  relative  au  blocus  des  côtes  de 
ï'Annam  et  du  Tong-King).  Or,  pendant  la  i*"*  année  Kouang- 
Siu  (1874-1870)  le  Représentant  de  la  France,  S.  E.  M.  le  Comte 
de  Rochechtouar,  avant  adressé  au  Tsoung-li  Yamen  une  commu- 
nication officielle  relative  aux  négociations  et  aux  affaires  inter- 
venues entre  votre  pays  et  Ï'Annam,  le  Tsoung-li  Yamen  lui  ré- 
pondit que  Ï'Annam  étant,  de  fondation,  un  pays  vassal  de  la 
Chine,  toutes  les  questions  relatives  aux  rapports  entre  les  popu- 
lations situées  sur  les  frontières  de  la  Chine  avec  celles  des  pays 
vassaux,  soit  que  ces  relations  existent  ou  non,  ou  ayant  trait  à 
la  manière  et  aux  époques  fixées  pour  leurs  rapports  commer- 
ciaux, devaient  faire  l'objet,  de  la  part  du  Y'^amen,  par  la  voie 
officielle  (auprès  des  autorités  provinciales),  d'une  enquête  minu- 
tieuse, vu  les  circonstances  particulières  à  chaque  province  et,  dès 
que  les  réponses  seraient  parvenues  au  Tsoung-li  Yamen,  il  dé- 
terminerait, d'après  leur  examen,  la  manière  dont  on  devrait 
procéder  à  ce  sujet,  etc.,  etc.  Nous  avons  celte  réponse  dans  nos 
archives. 

Après  avoir  reçu  la  dernière  communication  de  Votre  Ex- 
cellence, il  est  de  notre  devoir  de  faire  comme  précédemment 
et  d'envoyer  des  dépêches  pour  nous  enquérir  s'il  y  a  bien  dans 
les  provinces  de  notre  littoral  des  navires  de  commerce  de  difîé- 
renles  descriptions  transportant  actuellement  des  armes  et  des  mu- 
nitions de  guerre  dans  les  ports  de  Ï'Annam  pour  en  faire  le  trafic. 


SIR    HABRT    PARKES  4o3 

Dès  que  les  réponses  nous  seront  parvenues,  le  Tsoung-li  Yamen 
déterminera,  après  examen,  de  quelle  façon  on  devra  procéder  et 
vous  adressera,  à  ce  sujet,  une  nouvelle  réponse  officielle.  Nous 
vous  adressons,  dès  à  présent,  cette  première  réponse  dont  nous 
prions  Votre  Excellence  de  vouloir  bien  prendre  connaissance  * . 

SIR    HARRT    PARKES 

Sir  Harry  Parkes'  était  nommé  ministre  à  Pé-King,  le 
i3  juillet  i883,  en  remplacement  de  Sir  Thomas  Wade. 
Jamais  choix  ne  fut  aussi  chaudement  applaudi  par  la  colonie 
anglaise  de  Chine  que  celui  de  Parkes  qui  venait  de  repré- 
senter son  pays  avec  distinction  à  Tokio.  On  attendait  mer- 
veille de  cet  homme  d'action  dont  le  nom  était  resté  légen- 
daire depuis  la  campagne  de  1860;  la  diplomatie  anglaise 
allait  sortir  de  la  léthargie  où  elle  était  plongée  depuis  son 
départ  pour  Tokio  !  mais  les  circonstances  étaient  si'^c^^ulicro- 
inent  changées,  et  pendant  les  dix-huit  mois  qu'il  avait 
encore  à  vivre,  on  ne  peut  dve  que  Parkes  retrouva  ses  suc- 
cès d'antan;  il  est  vrai  d'ajouter  qu'il  eut  à  peine  le  temps 
de  se  remettre  au  courant  des  affaires,  «  gettmg  into  the 
saddle»,  comme  il  disait.  Il  débarqua  à  Cbang-Haï  le  6  sep- 
tembre i883  au  milieu  de  l'enthousiasme  général,  quitta 
cette  ville  pour  Pé-King  le  i3;  et  arriva  dans  la  capitale  le 
27  septembre,  avec  le  gouverneur  de  Ilong-Kong,  Sir  George 
F.  Bovven,  successeur  de  l'impopulaire  Sir  John  Pope  Hen- 
nessy. 

M.  Tricou  télégraphiait  au  Déparlement  le  9  septembre 
lors  de  l'arrivée  de  Sir  Harry  Parkes  : 

1.  Pour  traduction  conforme,  le  2^  interprète  de  la  légation,  [sig.]  : 
Arnold  Vissière. 

2.  Parkes,  Harry- Smith,  né  le  24  février  1828  à  Birchills  Hall,  pa- 
roisse de  Bloxwîch,  près  Walsall,  dans  le  StafTordshire  ;  il  partit  de  Ports- 
monih  sur  le  Foam,  le  i3  juin  i84i  et  arriva  h  Macao,  le  8  octobre.  — 
The  Life  ofsir  Harry  Parles...  by  Stanley  Lane-Poole.  London,  189/j, 
a  vol.  in-8. 


4o4  L*AFFA1RE    DU    TONG-KING 

Sir  Harry  Parkos,  récemment  nommé  Minisire  de  la  Reine  en 
Chine,  vient  d'arriver  à  Chang-Haï.  Nous  avons  noue  à  Tokio 
de  cordiales  relations.  Il  m*a  assuré,  sans  y  être  provoqué,  que 
dans  le  cas  où  le  Tsoung-li  Yamcn  lui  parlerait  des  affaires  de 
l'Annam  et  du  Tong-King,  il  l'engagerait  vivement  à  accepter 
les  bases  d'arrangement  que  nous  croirions  devoir  proposer.  Sir 
Harry  s'est  toujours  montré  particulièrement  hostile  aux  préten- 
tions de  la  Chine  en  matière  de  suzeraineté.  Il  re|)artira  le  i  a 
pour  Ïien-Tsin  sur  le  croiseur  le  Vigilant... 

Le  soir  du  même  jour,  M.  Tricou  télégraphiait  encore  : 

Je  viens  d'avoir  avec  Sir  Harry  Parkes  un  entretien  tout  in- 
time. Il  pense,  comme  moi,  que  le  M'*  Ts'éng  est  chargé  de  nous 
amuser  à  Paris  par  des  négociations  illusoires  ;  il  est  convaincu 
que  nous  n'arriverons  à  un  résultat  pratique  qu'en  exerçant  à 
Pé-King  une  forte  pression. 


M.    TRICOU   A    TIEN-TSIÎS'    ET    A    PÉ-KÎNG 

Le  lo  septembre,  M.  Tricou  télégraphiait  au  Départe- 
ment: 

Votre  Excellence  m'autorise-t-elle  à  partir  immédiatement 
pour  Pé-King  ?  J'espcM-e  encore,  avec  le  concours  de\  .  E.,  en  dépit 
de  bien  des  difficultés  pouvoir  obtenir  ime  solution  satisfaisante. 

Le  ministre  lui  répondait  le  même  jour  : 

Je  crois  préférable  (jue  vous  restiez  à  Chang-Haï  jusqu'à  ce 
que  j'aie  pu  vous  communiquer  le  texte  des  propositions  destinées 
à  servir  de  base  aux  nou>eaux  j>ourparlers. 

Cependant,  notre  ministre  se  met  en  route  pour  le  nord 
et  le  19.  septeniibre,  avant  son  départ,  M.  Tricou  télégraphie 
encore  de  Chang-Haï: 

Je  crois  devoir  retenir  M.  Dillon  à  Tien-Tsin.  Nous  avons 
aciiiellemont  nos  concessions  à  protéger.  Je  pars  ce  soir  pour 
IV'-King.  Je  m'arrêterai  à  Tien-Tsin. 


M.    TRICOU    A    TIEN-TSIN    ET    A    PÉ-RING  4o5 

Le  i3  septembre,  M.  Tricon  quittait  Chang-IIaï  sur  le 
Volia  qui  mouilla  devant  Ta-kou  le  i6  à  7  heures  du  soir; 
le  lendemain  malin,  il  débarquait  à  Tien-Tsin  avec  le  com- 
mandant Fournier.  Le  18,  il  se  rendait  chez  Li,  avec 
MM.  Vissière  et  Frandin,  interprètes,  et  le  commandant 
Fournier;  l'accueil  du  vice-roi  fut  aimable. 

Au  cours  de  la  conversation,  Li  fit  les  déclarations  sui- 
vantes : 

11  était  impossible  à  la  Chine  de  renoncer  à  des  droits  de 
suzerainelé  sur  TAnnam,  consacrés  par  l'histoire»  mais  qu'il  espé- 
rait cependant  que  Ton  pourrait  trouver  un  modus  vivendi  de 
nature  à  satisfaire  les  deux  pays  et  que,  du  reste,  il  était  auto- 
risé par  le  Tsoung-li  Yamen  à  en  conférer  avec  M.  Tricou... 

A-l-on  bien  constaté  la  présence  des  soldais  impériaux  dans  les 
rangs  des  Pavillons  Noirs,  demanda  Li,  avec  embarras.  —  Oui, 
répliqua  M.  Tricou,  le  doute  n'est  plus  permis  aujourd'hui 
d'après  les  informations  que  j'ai  reçues  du  Tong-King.  —  Ce 
sont  alors  des  déserteurs,  riposta  le  Vice- Roi  d'un  air  dégagé... 

S'il  advenait,  dit  Li,  qu'un  choc  eût  lieu  entre  les  soldats  ini- 
|)ériaux  et  les  vôtres,  cela  n'entraînerait  pas  forcément  la  guerre, 
car,  ajoula-t-il,  en  jouant  sur  les  mots,  ces  soldats  n'appartien- 
nent pas  h  proprement  parler  à  l'armée  impériale,  mais  relèvent 
directement  des  Vice-Rois  administrant  les  provinces  du  Sud. 

Le  surlendemain,  Li,  avec  ses  secrétaires  et  le  tao-taï  de 
Tien-Tsin,  rendit  la  visite  de  .\L  Tricou  au  consulat  de 
France,  et  le  soir,  il  donna  un  grand  dîner  auquel  assistèrent, 
outre  notre  envoyé,  Sir  Ilarry  Parkcs,  ministre  d'Angleterre, 
et  Sir  George  Bowen,  gouverneur  de  Hong-Kong.  Le  len- 
demain du  dîner,  il  y  eut  une  troisième  entrevue  entre  Li 
et  M.  Tricou.  Li,  en  examinant  une  carte  du  Tong-King, 
laissa  voir  que  de  petites  étiquettes  rouges,  couvrant  les  places 
de  Bac-Ninh  et  de  So'n-Tay,  portaient  les  noms  des  généraux 
chinois  commandant  les  troupes  impériales  sur  ces  points; 
des  étiquettes  semblables  étaient  collées  sur  Lang-so'n  et 
Cao-Bang.   Sur  une  question  de  Li,  M.  Tricou   répondit  à 


'■'■  -'#T' 


■îf*" 


4o6  L*AFFAIRE    DU    TONG-KI.NG 

propos  de  Ts'êng,  «  que  pour  un  diplomate,  ce  personnage 
faisait  bien  du  tapage  dans  la  presse  et  que  le  tapage  était 
mauvais  en  diplomatie  ».  a  C'est  vrai  »,  répliqua  Li,  et  il 
pria  M.  Tricon  de  ne  pas  cacher  au  Tsoung-li  Yamen  les 
agissements  bruyants  de  Ts'éng. 

Dès  son  arrivée  à  Pé-King,  M.  Tricou  reçut  du  prince 
Koung  un  accueil  des  plus  courtois  ;  il  partit  ensuite  pour 
des  excursions  pendant  cinq  jours,  et  à  son  retour  le  Tsoung-li 
Yamen,  au  grand  complet,  lui  rendit  sa  visite.  M.  Tricou 
n'entretint  pas  les  ministres  chinois  des  affaires  du  Tong- 
King  et  repartit  pour  Tien-Tsin. 

Cependant  les  Chinois  se  préparaient  à  la  lutte,  et  en  pré- 
vision d'une  expédition  française,  un  décret  secret  (23  sep- 
tembre i883)  organisait  la  défense  des  côtes  de  l'Empire. 
D'autre  part,  la  nomination  de  l'amiral  Courbet  et  l'envoi  de 
3ooo  hommes  au  Tong-King  produisaient  une  excellente  ira- 
pression;  mais  ce  n'était  pas  suffisant*. 

Le  6  octobre  i883,  le  commandant  Fournier  déclarait  : 

Après  avoir  assiste  aux  cnlrclionsdii  Minislroavcc  lo  Vico-I\oi 
aucune  iiéj^ociatiou  iio  peut  a))oulir  qu'après  dcroulo  éclata iito 
des  l^a\illoiis  Noirs.  Le  (jouvcrnenient  chinois  considère  rcii>oi 
d'un  Ministre  titulaire  à  Pé-Kinr  connue  Tindicalion  de  notre 
désir  de  traiter.  I.e  Marquis  Ts'èng  renlretienl  dans  cro\aiice 
et  conseils  du  \ice-roi  Li  ne  sont  pas  écoulés:  il  faudrait,  s(»!on 
i.ioi,  prendre  les  mesures  sui\anles,  ur^MMiles  :  en>oi  puissants 
renforis  Toui^-Kint:  ;  imiter  manœu\re  Angleterre  Canton,  si 
non \ eaux  troublés  s'\  produisent  ;  suspendre  toute  né'^ocialion 
a>ec  le  Marquis  ;  retenir  M.  Patenôlre  et  rap»»eler  inimédiateiuent 
M.  Tricoii. 

Je  ne  doute  pas  que  ces  mesures  concordant  et  n'entraînant 
pas  étal  (le  f^uerre,  n'amènent  (^liine  à  composition.  Le  monde 
diplomatique  s'étonne,  ici,  que  lé  Gouvernement  français  hésite 
encore  h  prendre  ces  mesures  indispcnsiibles  j>our  sauvegarder 
notre  dignité  nationale. 

I.  Commandaiil  Fournier,  3o  septembre  i883. 


DÉPART    DE    M.    TRICOU  t^O'] 

A  Tien-Tsin,  les  relations  entre  M.  Tricou  et  Li  furent 
des  plus  cordiales  ;  ce  dernier  disait  à  notre  ministre  que 
Ts'êng  encourageait  les  résistances  de  Tsoung-li  Yamen,  lui 
laissant  entrevoir  la  chute  du  ministère  français  à  la  rentrée 
des  Chambres.  Li  était  d'ailleurs  animé  personnellement  des 
intentions  les  plus  conciliantes.  M.  Tricou,  à  son  retour  de 
Pé-King,  avait  fait  à  Li  une  première  visite  le  si  octobre: 
«  Pourquoi  donc,  lui  dit  Li,  n'avez-vous  pas  signalé  les 
agissements  de  Ts'êng  au  Tsoung-li  Yamen?  »  —  «  Parce 
que  les  affaires  du  Tong-King  n'ont  pas  été  abordées  »,  lui 
répondit  M.  Tricou.  Le  25  octobre,  M.  Tricou  venait  de  re- 
œvoir  un  télégramme  du  Département  lui  faisant  connaître 
les  dernières  propositions  de  Ts'êng,  il  fit  une  seconde  visite 
à  Li. 

DÉPART    DE    M.    TRICOU 

M.  Tricou  avait  quitté  Pé-Klng  le  19  octobre  pour  Tien- 
Tsin  d'où  il  mandait  le  26  à  M.  de  Semallé  de  venir  le  re- 
joindre  ;  il  lui  remettait  le  3o  la  direction  de  la  légation  de 
la  République  en  Chine.  Dès  le  3i,  M.  de  Semallé  retour- 
nait dans  la  capitale. 

Le  25  octobre,  M.  Tricou  télégraphiait  à  M.  Challemel- 
Lacour  : 

Li  Houng-tchang,  que  j*ai  revu,  se  désintéresse  des  affaires  de 
TAnnam  et  en  abandonne  désormais  la  conduite  au  Tsoung-li 
Yamen.  Certaines  défaillances  d'altitude  et  de  langage  trahissent 
son  découragement.  Bien  qu'il  ne  Ta  voue  pas,  il  est  trop  intelli- 
gent pour  ne  pas  comprendre  que  la  soumission  de  la  Cour  de 
Hué  doit,  à  la  longue,  frap|)cr  d'impuissance  toutes  les  manœuvres 
de  la  Cour  de  Pé-King.  Mais  il  laisse  entendre  très  clairement 
que  le  Gouvernement  chinois  ne  saurait,  sans  perdre  la  face, 
apposer,  pour  l'instant,  du  moins,  sa  signature  au  bas  d'un 
arrangement  qui  décèlerait  sa  déconvenue.  Déjà  la  Chine  est 
anxieuse  ;  elle  appréhende  que  les  Pavillons  Noirs  et  les  bandes 


/|o8  l'affaire  du  toxg-king 

cbinoises,  refoulés  par  nos  troupes,  ne  viennent  jeter  le  désordre 
dans  la  province  du  Yun-Nan. 

M.  Tricou  télégraphiait  de  Tlen-Tsin  le  29  octobre  au 
Déparlement  : 

Li  Houng-tcliang  est  venu  nie  trouver  à  la  dernière  heure  pour 
nie  prier  instamment  de  rester.  Je  lui  ai  réjwndu  que  l'état  de 
ma  santé  m'oblitreait  à  quitter  la  Chine.  Je  pars  ce  soir  sur  le 
Volta.  I^c  \  Ice-lioi  est  1res  inquiet.  11  désavoue  hautement  le 
M'*  Ts'éng. 

Dans  cette  visite  le  vice-roi  paraissait  fort  abattu  ;  il  re- 
connut que  c'était  M.  Tricou  qui,  par  la  fermeté  de  son  lan- 
gage, Tavait  arrêté  à  Chang-Haï,  quand  il  était  en  roule 
pour  le  Sud  :  «  Vous  m'avez  dit  à  cette  époque,  ajouta  Li, 
que  mon  départ  pouvait  être  considéré  comme  une  menace, 
et  ami  de  la  paix,  j'ai  mieux  aimé  retourner  à  Tien-Tsin  ». 

Le  lendemain  de  cette  visite,  au  matin,  M.  Tricou  partait 
sur  le  Volta  pour  \okoliama. 

Le  marquis  Ts'éng  contredit  naturellement  les  assertions 

de  Li,  et  M.  Jules  Ferry  télégraphiait  à  M.  Tricou,  à  T(»kio, 

par  l'intermédiaire   de  M.    Sienkiewicz,    notre  ministre  au 

Japon  : 

1 1  novembre  i883. 

\  otre  télégramme  du  39  octobre  annonçait  que  Li  lloung- 
trhang  s'était  elTorcé  de  vous  retenir  et  désapprouvait  le  Marquis 
Ts'èng.  Celui-ci  se  dit  autorisé  officiellement  à  contredire  ces 
deux  déclarations.  Transmettez  des  informations  détaillées  sur  les 
démarches  et  les  paroles  du  Vice-Roi  auxquelles  se  référait  voln* 
télégramme. 

M.  Tricou  répondit  le  17  novembre  i883  par  le  télé- 
graphe : 

Voici  le  langage  que  m'a  tenu  Li  lloimg-tchang  au  moment 
de  mon  départ  de  Tien-Tsin.  Il  m'était  venu  trouver  au  Consu- 
lat. —  Le  Commandant  Fournicr,    M.    de  Semallé  et  tous  les 


DÉPART    DE    M.    TRICÔU  ^09 

interprètes  de  la  Légation  assistaient  à  l'entrevue.  Comme  le 
Vice-Iloi  me  demandait  instanmienl  de  rester,  j'ai  réplique  ami- 
calement que  l'état  de  ma  santé  m'oblige  à  partir.  «  Je  le  regrette 
fort  ;  mais  ne  pourriez- vous  pas  téU^graphier  à  votre  Gouverne- 
ment pour  provoc[uer  l'envoi  d'un  nouveau  Ministre  ?  »  J'ai  ré- 
pondu que  celte  démarche  serait  plus  correctement  faîte  par  le 
M'*  Ts'èng,  représentant  du  Gouvernement  chinois  à  Paris.  Ce 
jour-là,  Li  Iloung-tchang  blâmait  ouvertement  le  Tsoung-li 
\amen  et  le  M'®  Ts'éng.  Il  taxait  les  dernières  propositions  d'ex- 
tTssives  ;  il  n'avait  pu  s'empêcher  en  les  transmettant  de  s'écrier  : 
«  Le  Tsoung-li  \amen  vit  dans  la  lune  ».  Il  prétend,  du  reste, 
que  le  M*^  Ts'èng  encourage  toutes  les  illusions  à  Pé-King.  Ce 
langage  ne  surprendra  pis  Votre  Excellence  quand  Elle  saura 
que  Li,  actuellement  battu  en  brèche  par  le  Tsoung-li  Yamen  et 
le  M'*  Ts'éng,  est  devenu  l'ennemi  du  M'"  Ts'éng  et  du  Tsoimg-li 
Yamen.  Je  dois  ajouter  qu'il  est  le  s<nd  homme  d'Rlat  de  l'Em- 
pire qui  puisse,  le  moment  venu,  imposer  sa  volonté.  En  termi- 
nant renlrelien,  le  Vice-Roi  m'a  demandé  si  je  ne  pou\ais  pas 
télégraphier  à  M.  llarmand  de  ne  point  laisser  attaquer  les 
troupes  chinoises  que  notre  corps  expéditionnaire  rencontrerait 
au  Tong-King.  —  J'ai  répliqué  que  nous  trouvant  en  paix  avec 
la  Chine,  nous  ne  saurions  faire  de  distinction  entre  les  Pavillons 
Noirs  et  les  bandes,  qu'elles  fussent  revêtues  ou  non  de  l'uniforme 
de  l'armée  régulière  ;  qu'au  surplus,  le  M'*  Ts'èiig  avait,  il  y  a 
trois  mois,  très  nettement  déclaré  au  Gouvernement  delà  Répu- 
blique que  nous  ne  trouverions  les  troupes  de  l'armée  régulière, 
ni  dans  notre  sphère  d'action,  ni  dans  notre  champ  d'opérations. 
—  «  Vous  ne  voulez  donc  me  rendre  aucun  service,  me  dit  Li 
a  Houng-tchang,  en  plaisantant  ?  Si  vous  passez  par  Hanoï, 
a  n'oubliez  pas  l'indenmité  qui  nous  est  due  pour  embargo  mis 
«  naguères  sur  les  riz  de  la  China  Merchants.   » 

«  J'y  penserai,  lui  dis-je  en  riant,  et  je  passerai  tout  exprès  à 
c  Flanoï.  » 

Tricol'. 


CHAPITFŒ  XXI 

t 

L'AFFAIRE  DU  T0N6-KIN6  (suite):  H.  DE  SEMALLÉ 

(1883-1884) 

INSTRUCTIONS    DE    M.    DE    SEMA.LLÉ 

M.  de  Semallé*  avait,  nous  Pavons  vu,  pris  la  direction 
de  la  légation  de  la  République  à  Pé-King,  le  3o  octobre 
i883,  au  départ  de  M.  Tricou  pour  le  Japon.  Le  poids  des 
affaires  allait  retomber  sur  lui,  alors  qu'on  le  laissait  systé- 
matiquement sans  instructions,  obligé  de  répondre  aux  ques- 
tions du  Tsoung-li  Yamen,  sans  ôtre  muni  de  pouvoirs  suiR- 
sants,  alors  qu'on  lui  laissait  ignorer  ce  qui  se  passait  à  Paris, 
où  les  négociations  devaient  se  continuer. 

M.  Challemol-Lacour,  à  cause  du  mauvais  état  de  sa 
santé,  avait  donné  sa  démission  le  20  novembre  i883,  et 
]\I.  Jules  Ferry,  qui  faisait  l'intérim  depuis  le  8,  le  remplaça 
au  ministère  des  Affaires  étrangères.  Il  était  d'ailleurs  l'àme 
de  notre  politique  extérieure. 

Le  i"|iovembre,  M.  Challemel-Lacour  télégraphiait  à  M.  de 

I.  Scmallé,  Marie  Josepk-Claude-Edouard-Bobert,  vicomte,  puis 
comte  de,  né  le  3i  mai  1849  •  attaché  &  Berne,  7Jan\ier  1878;  à  Madrid, 
0  juin  1874;  à  la  Ha^c,  ii  août  1876;  à  la  direction  politique,  3o  aoàl 
1877  ;  attaché  payé  au  cabinet,  i «^^  décembre  1877  ;  secrétairede  a*  classe 
à  Pé-King,  i*"*  février  1880;  inscrit  dans  la  première  section  des  scîcré- 
taires  de  là^  classe,  18  mars  1883  ;  secrétaire  de  i*"*  classe,  a  janvier  i884  ; 
chevalier  do  la  Légion  d'honneur,  7  juillet  i885;  secrétaire  de  !■*«  classe 
à  Rome  (Quirinal)  (non  installé),  33  septembre  i885;  en  disponibilité 
9Mr  sa  demande,  la  octobre  i885  ;  a  pris  sa  retraite. 


MÉMORANDUM    DU     l5    SEPTEMBRE    l883  4ll 

Semalléque  la  Chambre  des  députés,  à  la  suite  d'une  dis- 
cussion qui  avait  rempli  deux  séances,  avait  voté  le  3i  octobre 
Tordre  du  jour  suivant,  par  325  voix  contre  i55  : 

La  Chambre,  approuvant  les  mesures  prises  par  le  Gouverne- 
ment pour  sauvegarder  au  Tong-King  les  intérêts,  les  droits  et 
rhonneur  de  la  France  et  confiante  dans  sa  fermeté  et  sa  pru- 
dence pour  faire  exécuter  les  traités  existants,  passe  à  l'ordre  du 
jour. 

Le  ministre  ajoutait  : 

Vous  vous  appliquerez  à  faire  comprendre  que  notre  établisse- 
ment au  Tong-King  doit  être  tenu  pour  définitif,  mais  que 
nous  n'en  restons  pas  moins  disposés  à  un  arrangement  sur  les 
liases  de  notre  Mémorandum  du  i5  septembre. 

MÉMORA!IDLM    DU    10    SEPTEMBRE    l883 

Le  ministre  des  AfTaires  étrangères  avait  formulé  dans  les 
deux  articles  suivants  les  propositions  auxquelles  il  sufTirait, 
dans  son  opinion,  que  les  deux  Hautes  Parties  donnassent 
leur  acquiescement  pour  amener  le  résultat  qu'elles  avaient 
en  vue  : 

1.  —  Le  Cjou\ ornement  fraii^*ais  s'engagerait  à  n'occuper 
aucun  point  et  à  n'exercer  aucune  action  dans  la  région  déli- 
mitée au  nord  par  la  frontière  de  la  (]hine  et  au  sud  par  luie 
liirne  à  déterminer,  partant  d'un  point  sur  la  côlc  entre  le  21'' 
rt  le  2^/  degré  de  latitude,  pour  aboutir  au  Fleuve  Rouge  en 
amont  de  Lao-Kay.  Le  Gouvernement  chinois  s'<Migagerail.  de 
son  côté,  à  n'occuper  aucun  point  et  à  n'exercer  aucune  action 
dans  la  même  région. 

L'administration  continuerait  d'être  exercée  dans  celle  zone 
par  les  fonctionnaires  annamites.  Il  ne  pourrait  pas  y  être  élevé 
de  fortifications. 

Si  des  bandes  arnjées  v  venaient  chercher  un  refuge  ou  s'il  s'y 
produisait  des  désordres  incompatibles  avec  la  sécurité  des  terri- 
toires voisins,  les  Gouvernements  français  et  chinois  pourraient 
soit  ensemble,  soit  séparément,  y  faire  pénétrer  des  forces  mili- 


ai  3  L  AFFAIRE    DU    TONG-RING 

taires,  après  s'dtrc  nus  d'accord  sur  l'objet  et  sur  réiendue 
de  l'opération,  (.es  forces  devraient  être  retirées  dès  qu'elles 
auraient  atteint  le  but  pour  lequel  elles  auraient  clé  envoyées. 
11.  —  La  ville  de  Man-hao  sur  le  Fleuve  llouge,  dans  la  pro- 
vince du  Yun-Nan,  serait  ouverte  au  commerce  étranger,  dans 
les  mômes  conditions  que  les  autres  villes  ou  ports  de  l'Empire 
chinois  où  ce  commerce  est  déjà  permis. 

«  L'élément  essentiel  et  nouveau,  dit  M.  Billot,  de  la  pro- 
position était  la  constitution  d'une  zone  neutre  entre  TEmpire 
chinois  et  les  territoires  occupés  par  la  France.  »  Si  la  zone 
neutre  n'eût  été  une  uto[)ie,  elle  eût  été  une  absurdité. 

M.    DE    SEMAIXÉ    AU    Y  AU  EN 

A  la  suit(î  (lu  télégramme  du  ministre  des  Affaires  étran- 
gères lui  annonç4Tnt  le  vote  de  confiance  obtenu  le  3i  octobre 
et  hii  précisant  la  ligne  de  conduite  qu'il  devrait  tenir  à  Pé- 
King,  notre  chargé  d'affaires,  M.  de  Semallé,  accompagné 
(le  rinterprète  de  la  légation,  M.  Vissière,  se  rendit  au 
Tsoimg  li  ^amen,  le  i5,  à  a  luMires,  où  il  fut  re(;u  en  au- 
dien(^e  par  le  prince  Koimg  et  tous  les  membres  du  >amen  : 
Li  lloung  tsao,  King-Lien,  Lin  (Uiou,  Tch'^n  Lan-p*ïn, 
Tcheou  Kia-ni(M' et  Wcm  T'ing-len.  M.  de  Semallé  leur  dit 
que  :  «  Le  (Gouvernement  fran(;ais,  en  le  nommant  son  chargé 
d'affaires  à  Pé  King,  lui  laissait  tous  les  pouvoirs  afférents  à 
ses  fonctions,  mais  qu'il  l'a  informe  qu'il  devait  s'abstenir  de 
toute  négociation  avec  le  Gouvernement  chinois  au  sujet  des 
affaires  de  TAnnam.  Il  avait  été  chargé  de  leur  dire,  en 
outre,  qu'il  était  disposé  à  s'entendre  à  Paris,  avec  le  M** 
ïs'éng,  pour  conclure  im  arrangement  ayant  pour  base  le 
Mémorandum  en  deux  articles  communiqué  au  M'''  Ts'éng, 
le  10  septembre  dernier  ;  mais  que,  dans  tous  les  cas,  c'est 
à  Paris  seulement  que  pourront  se  produire  des  négociations 
dans  ce  sens.   » 

M.    de   Semallé  communiqua  ensuite  aux  membres   du 


COMMUNTCATION    OFFICIELLE  4l3 

Yamen  le  vote  de  confiance  de  la  Chambre  ;  le  prince  Koung 
répondit  que  «  le  Gouvernennent  chinois  avait  aussi  des  opi- 
nions sur  la  question  et  qu'il  était  de  son  devoir  de  les  expo- 
ser clairement.  C'est  ce  que  nous  comptons  faire  dans  la 
Dépêche  qui  vous  sera  adressée,  ainsi  qu'au  M*"  ïs'éng  ». 
M.  de  Semallé  ayant  fait  remarquer  qu'une  note  adressée, 
comme  on  le  lui  dit,  à  toutes  les  puissances  aurait  un  caractère 
tout  particulier,  Li  Houng-tsao  et  Tcheou  Kia-mèï  répon- 
dirent qu'ils  «  la  faisaient  dans  un  esprit  de  conciliation, 
nullement  pour  chercher  querelle  à  la  France.  Nous  voulons 
une  solution  pacifique  ».  L'entretien  se  termina  par  cette 
déclaration  de  M.  de  Semallé  :  «  La  ligne  de  conduite  du 
Gouvernement  français  est  bien  arrêtée.  Elle  ne  saurait  chan- 
ger. Avant  de  m'envoyer  votre  note,  il  importe  que  vous  en 
teniez  compte.  C'est  à  Paris  que  vous  devrez  rechercher  une 
entente  pacifique.  » 

Le  lendemain,  en  effet,  M.  le  vicx^mte  de  Semallé  recevait  du 
prince  Koung  la  communication  officielle  suivante  : 


COMMUNICATION    OFFICIELLE,    PÉ-KI>'G,     l6    NOVEMBRE     l883 

L'Annam  est  un  pays  vassal  de  la  Chine.  Depuis  plus  de 
deux  cents  ans.  il  a  sans  cesse  reçu  d'elle  rinvestituro,  et  il  a 
envoyé  sans  interruption  un  tribut  à  la  Cour  de  Chine.  Ces  faits 
sont  connus  de  toutes  les  nations  du  monde. 

Pendant  les  règnes  Toung-Tché  et  Kouang-Siu,  des  rebelles  et 
des  bandits  ayant  ravagé  le  Tong-Ring,  qui  est  une  partie  de 
l'Annam,  ce  pays  nous  a  priés,  à  plusieurs  reprises,  d'employer 
nos  troupes  pour  les  exterminer.  Aussi  la  Chine  a-t-elle  à  diffé- 
rentes époques,  expédié  des  soldats  liors  des  défilés  de  la  frontière 
et  détruit,  au  Tong-King,  les  bandes  de  brigands  commandées 
par  Wou  Ya-tchong,  Houang  Tch'ong-ying,  Tchao  Hiong-ts'aï, 
Ts'êng  Ya-tche,  Sou  Kouo-han.  Li  Yang-ts'aï,  Lou  Tche-p'ïng, 
etc..  etc.  Elle  a  dépensé  des  sommes  considérables  pour  l'entre- 
tien de  ces  troupes,  pendant  plus  de  dix  ans,  par  la  raison  que 
l'Annam  étant  rangé  parmi  les  pays  feudataircs  qui  servent  de 


4i4  l'affaire  du  tong-king 

barruTC  à  l'Empire,  la  Chine  devait  s'employer  à  le  protéger. 
Ces  faits  sont  également  connus  de  toutes  les  nations  de  l'Univers. 

Or,  sans  aucmi  molif,  Votre  Gouvernement  a  rassemblé  des 
troupes,  qui  se  sont  emparées  de  vive  force  des  villes  de  Ha-noï, 
de  Nam-dinli  et  autres,  situées  dans  TAnnam  et  le  Tong-King. 
La  Chine  n'a  pas  voulu,  soucieuse  des  graves  intérêts  qui  se  rat- 
tachent au  commerce  international,  rompre  à  la  légère  ses  rela- 
tions pacifiques  avec  la  France.  Mais  qui  eût  pu  prévoir  que  votre 
Gouvernement  poursuivrait  sans  (in  ses  conquêtes  et  que  proGtant 
d'un  deuil  immense  dont  fut  frappé  .tout  l'Annam  et  de  roccasion 
que  lui  offrait  l'avènement  d'un  nouveau  sou\erain,  il  contrain- 
drait celui-ci  à  concUire  un  traité  qui  porte  que  a  la  Chine  ne 
pourra  se  mêler  du  Gouvernement  du  royalime  d'Annam  »? 

Si  un  État  qui,  depuis  plus  de  deux  cents  ans,  reçoit  rinvesti- 
ture  de  la  Chine  et  lui  paie  tribut,  et  qui  a  été  sans  cesse  pro- 
tégé par  elle,  n'est  pas  reconnu  (par  vous)  comme  un  pays 
vassal  de  la  Chine,  le  tort  et  l'injustice  d'une  telle  conduite 
éclatent  aux  veux  de  tous.  Toutes  les  nations  de  l'Univers  ne 
peuvent  avoir  qu'un  jugement  à  cet  égard.  De  toutes  celles  qui 
ont  des  pays  vassaux,  quelle  est  donc  celle  qui  pourrait  sup- 
porter un  pareil  manque  d'égards? 

La  Chine  attache  un  grand  prix  à  ses  relations  avec  les  autres 
Puissances.  Si  la  France  veut  observer  envers  nous  les  devoirs  de 
l'amitié,  nous  pourrions  encore  négocier  ensemble  d'une  façon 
pacifique,  et  nous  ne  parlerons  plus  que  de  paix.  Mais  si  vous 
méconnaissez  nos  obligations  mutuelles,  si  vous  agissez  unique- 
ment suivant  vos  convenances,  et  si  vous  envahissez  le  territoire 
occupé  par  nos  soldats  cantonnés  dans  le  Tong-King,  c'est  que 
l'intention  de  la  France  est  de  rompre  la  paix  qui  nous  unit. 
Nos  troupes  du  Tong-King  ne  pourront  vous  regarder  impassi- 
bles et  on  en  arrivera  infailliblement  à  se  battre. 

Ne  serait-il  pas  regrettable  qu'une  atteinte  fût  ainsi  portée  à 
la  paix  et  h  l'amitié  existantes  entre  nous?  En  ouvrant  les  hosti- 
lités et  en  ren\ersant  nos  traités,  votre  pays  sera  le  seul  à  en  en- 
courir la  responsabilité  :  La  Chine  sera  exempte  de  tout  reproche. 

En  vous  faisant  cette  communication  oflicielle.  Monsieur  le 
Chargé  d'affaires,  je  \ous  prie  de  vouloir  bien  reporter,  sur  son 
contenu,  toute  votre  attention*. 


I.  Pour  traduction  conforme,  le  premier  interprète,  p.  t.,  A.  VissikRE. 


COMMUNICATION    OFFICIELLE  ^l5 

Les  exemplaires  de  ce  manifeste  envoyés,  le  même  jour,  à 
tous  les  représentants  étrangers  à  Pé-King,  portaient  à  la 
place  du  dernier  paragraphe  ci-dessus  le  suivant  : 

«  Votre  Excellence  ne  peut  manquer,  daps  son  amour  de  la 
paix,  d*avoir  le  même  sentiment  que  la  Chine  sur  cette  aiTaîre. 
Nous  lui  avons  adressé  cette  note  pour  lui  montrer  que  la  Chine 
n'a  aucune  pensée  de  rompre  ses  relations  pacifiques  avec  la 
France.  » 

Ce  manifeste  du  i6  novembre,  lancé  par  le  Tsoung-li 
Yamen,  ouvrait  officiellement  la  campagne. 

Siu  Yen-sin,  gouverneur  du  Kouang-Si,  dans  une  lettre  du 
22  novembre,  fixait  le  2  décembre  comme  date  des  premières 
opérations  ;  il  avait  déjà  donné  l'ordre  au  chef  des  Pavillons 
Noirs,  Luu,  de  recouvrer  Phu-haï  et  Tang-foung,  et  à  un  autre 
général  d'attaquer  Haï-du'o'ng  et  de  faire  occuper  Thuan 
Thanh  et  Thang-son.  Le  27  novembre,  M.  de  Semallé  re- 
mettait au  Tsoung-li  Yamen  (Tch'èn  Lan-pin,  Tcheou  Kia- 
mei  et  Wou  Ting-fên)  la  réponse  du  ministre  des  Affaires 
étrangères  au  manifeste.  Le  3o,  M.  Ferry  adressait  une.  dé- 
pêche au  marquis  Ts'êng  pour  lui  rappeler  «  qu'au  mois 
d'août  il  avait  déclaré  officiellement  qu'il  n'y  avait  pas  de 
troupes  chinoises  au  Tong-King,  près  des  villes  qui  sont  notre 
objectif.  La  responsabilité  d'un  conflit,  s'il  y  a  lieu,  ne  nous 
sera  donc  pas  imputable,  les  troupes  chinoises  n'ayant  qu'à 
reprendre  leurs  positions  antérieures.   » 

Cette  dépêche  transmise  par  M.  de  Semallé  fut  remise  le 
6  décembre  au  Yamen.  Les  ministres  déclarèrent  que  Ts'éng 
n'avait  pu  faire  une  semblable  affirmation  ;  que  s'il  avait  tenu 
le  langage  qu'on  lui  prétait,  il  avait  eu  tort,  qu'il  n'en  a  pas 
prévenu  son  gouvernement  et  qu'il  y  avait  depuis  plus  de 
dix  ans  des  troupes  chinoises  dans  les  trois  villes. 

D'ailleurs  le  prince  Koung  adressait  à  M.  le  vicomte  de  Se- 
mallé la  communication  officielle  suivante  trois  jours  plus  tard  : 


^-^^J^ 


4l6  L*AFFAmE    DU    TONG-KmG 

Pé-King,  le  9  décembre  i883. 

Le  17''  jour  de  la  10"^  lune  de  la  9*^  année  Koiiang-Siu  (  =:  le 
ïC  Novembre  i883),  noire  Yamen  a  déjà  eu  Thonneur  de  vous 
adresser.  Monsieur  le  Chargé  d'AITaires,  une  DépMie  oiricielle 
au  sujet  de  la  vassalité  de  TAnnam  vis-à-vis  de  la  Chine  et  aussi 
au  sujet  des  localités  du  Tong-King  où  se  trouvent  cantonnées 
les  troupes  chinoises.  En  même  temps.  S.  Exe.  (M.  le  M'"*) 
IVéng  envoyait  à  Votre  Ministre  des  Affaires  Etrangères  une 
Dépêche  de  la  même  teneur.  Le  tout  se  trouve  consigné  dans 
nos  archives. 

Depuis,  à  la  date  du  7  de  la  ii**  lune  (le  G  décembre  i883) 
vous  avez  bien  voulu  venir  nous  voir  au  \amen  et  nous  renie  tire 
persormellement  le  texte  d'un  télégramme  de  Votre  Minisire  dc»s 
Affaires  Etrangères,  portant  que  «  le  M'*  Ts'eng  avait  dit  qu'il 
n'y  avait  pas  de  troupes  impériales  chinoises  dans  le  voisinage 
des  villes  du  Tong-King  S  et  que,  en  conséquence,  la  France 
repoussait  toute  responsabilité  d'un  conflit,  s'il  s'élevait  par 
suite  de  la  rencontre  des  deux  armées  dans  les  dites  localités  ». 
Nous  vous  avons  déjà  déclaré  verbalement  que  notre  Conseil 
n'avait  jamais  appris  du  M*'  ïs'éng  qu'il  eût  tenu  ce  langage. 

L'Annam,  d'ailleurs,  est  vassal  de  la  Chine  depuis  plus  de 
deux  cents  ans  ;  la  Chine  peut  donc  considérer  tout  le  territoire 
de  l'Annam  comme  une  des  dépendances  de  Son  Empire.  Des 
brigands  ayant,  autrefois,  et  à  plusieurs  reprises,  ravagé  des 
parties  du  Ïong-King  (qui  appartient  à  l'Annam),  la  Chine  a 
envoyé  des  troupes  au  delà  des  défilés  de  ses  frontières  pour 
détruire  les  rebelles  et  protéger  le  pays.  C'est  ainsi  que,  depuis 
plus  de  dix  années,  la  Chine  a  dû  envoyer  des  expéditions  mili- 
taires dans  les  provinces  suivantes,  pour  leur  défense  :  Lang- 
Son,  Cao-bang,  Quang-yen,  Haï-du'o'ng,  Hong-yen,  Ninh-binh, 
Nghé-an,  lia-tinh,  Thanh-hoa,  Tuyen-quang,  Thai-nguven, 
Houng-lioa,  Son-tay,  Bac-ninh,  Ha-noï,  Sam-dinh,  etc.  —  Si 
les  troupes  impériales  se  trouvent  aujourd'hui  cantonnées  dans 
les  localités  du  Tong-  King  qu'elles  ont  choisies  comme  les  plus 
importantes,  elles  n'>  ont  pas  été  envoyées  dans  le  but  de  créer 
des  difficultés  avec  la  France. 


t .   Lacune  :   le  texte  chinois  remis  au  Yamen    portait  cette    mention 
<(  qui  sont  noire  objectifs). 


l'affaire  axzeh  /ir7 

Puisque  votre  pays  n'a  pas  retiré  ses  troupes  de  Ha-noi,  \ani- 
dinh  et  autres  lieux,  et  qu'il  veut,  en  outre,  aller  attaquer  les 
places  où  sont  cantonnées  des  troupes  chinoises,  c'est  à  lui  qu'in- 
combera la  responsabilité  d'un  conflit,  si  nos  armées  se  rencon- 
trent, dans  quelque  endroit  que  ce  soit  du  Tong-King. 

Ce  point  est  de  la  plus  haute  importance.  \ous  vous  en  avons 
déjà  entretenu,  l'autre  jour,  M.  le  Chargé  d'Affaires,  mais  il 
convient  que  nous  vous  adressions,  en  outre  une  Dépèche,  pour 
vous  en  informer  officiellement.  Tel  est  le  but  de  la  présente 
communication,  dont  nous  vous  prions  de  télégraphier  prompte- 
ment  le  contenu  à  S.  Exe.  M.  le  Ministre  des  Affaires  Etran- 
gères de  France  ' . 

Au  commencement  de  décombrQ  i883,  ïs'èng  télégra- 
phiait au  \amen  :  «  L'Angleterre,  rAllcinagno,  la  Kussio  et  • 
les  Etats-Unis  se  sont  entendus  secrètement  pour  empêcher 
la  France  de  bloquer  et  d'attaquer  les  ports  chinois.  »  La 
situation  était  d'ailleurs  aussi  diflicile  pour  Ts'éng  que  pour 
Li.  Si,  à  Pé-King,  celui-ci  était  traité  de  lâche,  de  traître,  de 
français,  Ts'éng  disait  à  Paris  à  l'un  de  ses  amis  (28  dé- 
cembre) :  c(  Que  les  Français  fassent  ce  qu'ils  voudront.  Je 
ne  puis  rien  à  Pé-Riiig.  Je  n'y  suis  plus  écouté  et  je  ne  puis 
rien  conseiller.  » 


l'affaire  a?ïzer 

Le  3  décembre  i883,  un  décret  nommait  membre  du 
Tsoung-Ii  Yamen,  Tchang  Pei-loun,  connu  comme  hostile 
aux  étrangers  et  ennemi  de  Li  Iloung-tchang.  Tchang  était 
un  jeune  censeur,  né  vers  i85o  dans  le  Tché-li,  district  de 
Fong-joun.  11  faisait  partie  de  l'Académie  des  Han-lin  depuis 
187 1  ;  il  s'était  montré  un  des  plus  ardents  accusateurs  de 
Tch'oung-Heou  et  l'année  précédente,  par  ses  rapports,  il  avait 
fait  exclure  Wang  Wen-chao  du  Tsoung-li  Yamen.  Sir  Harry 

I.  Pour  traduction  conforme  :  A.  Vissière. 

CoRDiER.  II.  —  27 


4l8  L*AFFAIRE    DU    TONG-KING 

Parkes  et  M.  de  Semallé  ne  tardèrent  pas  à  souffrir  des  Incar- 
tades du  nouveau  venu. 

Le  7  janvier!  884,  malgré  la  nouvelle  de  la  prise  de  So'n-tay, 
le  prince  Koung  et  les  membres  du  Tsoung-li  Yamen  firent 
leur  visite  du  nouvel  an  à  M.  de  Semallé  comme  aux  autres 
représentants  étrangers. 

Le  5  février  i884,  il  y  avait  eu  ré^^eption  au  Yamen  pour 
le  nouvel  an  chinois.  Le  corps  diplomatique,  à  une  heure  ; 
Sir  Robert  Hart,  les  fonctionnaires  des  douanes,  à  deux 
heures  ;  M^^  Delaplace,  à  trois  heures,  furent  reçus  successi- 
vement ;  le  prince  Koung  se  montra  fort  aimable  et  présenta 
aux  ministres  étrangers, 'le  vieux  Ts'éng  Kouo-ts'iuan,  vice-roi 
des  deux  Kouang,  oncle  du  marquis  Ts'êng,  qui  arrivait  de 
Canton.  Avant  de  sortir,  M.  de  Semallé  recommanda  aux 
membres  du  Yamen  l'affaire  du  P.  Anzer,  missionnaire  alle- 
mand, attaqué  au  Chan-Toung.  D'ailleurs  la  lettre  suivante 
adressée  deux  jours  plus  tard  par  M.  de  Semallé  aux  membres 
du  Tsoung-li  Yamen,  exposait  l'agression  dont  avait  été  vic- 
time l'abbé  Anzer  pendant  un  court  séjour  à  Ts'ao-lchéou. 

Pé-king,  7  Février  i884. 
Excellences, 

Je  crois  devoir  porter  à  Votre  Connaissance  certains  faits 
regrettables  dont  s*est  trouvé  victime  un  des  missionnaires  catholi- 
ques du  Chan-Toung,  Monsieur  J.  B.  Anzer,  lors  d'un  court 
séjour  qu'il  fit  à  Ts*ao-tchdou  fou,  au  mois  de  mai  de  Tannée 
dernière. 

D'ap^^s  des  lettres  qui  viennent  de  me  parvenir  du  supérieur 
de  celte  mission  et  de  M.  l'abbé  Anzer  lui-même,  ce  dernier  se 
serait  rendu,  à  l'époque  précitée,  dans  la  ville  de  Tsao-tchéou. 
appelé  par  des  Chrétiens  du  lieu,  et  il  y  aurait  été  publiquement 
en  butte  aux  insultes  d'une  bande  de  gens  mal  intentionnés,  qui 
auraient  même  poussé  l'audace  justju'à  le  jx>ursuivre  à  coups  de 
pierres,  sans  que  les  autorités  fissent  rien  pour  sa  protection. 
Voyant  cette  indifférence  de  la  part  des  fonctionnaires,  les  émeu- 
ticrs  ne  craignirent  pas  de   traîner  M.   Anzer  et  trois  personnes 


TCHANG    PEI-LOUN  4 '9 

de  sa  suite  hors  de  la  ville,  et  là  de  les  dépouiller  et  de  les 
frapper,  si  biei>  que  le  Missionnaire,  laisse  pour  mort,  dut  ôtrc 
porlé  par  des  Chrétiens  à  un  village  voisin,  nommé  Tchang- 
kia-tse. 

Ce  n*esl  que  lorsqu'il  apprit  cette  agression,  que  le  sous-préfet 
se  décida  à  faire  venir  M .  Anzer  et  à  le  faire  soigner  dans  son 
tribunal. 

Le  Gouverneur  de  Chan-ïoung  a  depuis-  longtemps  donné 
l'ordre  de  faire  une  enquête  sur  les  faits  qui  précèdent,  et  de 
poursuivre  les  coupables.  Malheureusement,  fort  peu  de  chose  a 
été  fait  jusqu'à  ce  jour;  je  viens,  en  conséquence  prier  \  V.  EE. 
de  vouloir  bien  écrire  au  Gouverneur  pour  qu'il  fasse  donner  à 
celte  affaire  une  solution  prompte  et  équitable,  et  qu'il  assure 
par  là  la  tranquillité  entre  les  habitants  païens  et  chrétiens,  et 
la  protection  des   missionnaires  contre  le  retour  de  semblables 


agressions. 


J'apprends  également  que  des  placards  contre  le  (Christianisme 
ont  été  aflichés  dans  les  déparlements  de  ïs'ao-tchéou  et  de  Yen- 
Ichéou.  Je  serais  reconnaissant  à  VV^.  EE.  si  des  ordres  étaient 
donnés  pour  que  ces  excitations  à  la  haine  contre  les  Chrétiens 
fussent  rigoureusement  prohibées  et  si  une  énergi([ue  proclama- 
tion des  autorités,  rappelant  les  F^dits  Impériaux  rendus  i  fa>eur 
dos  Chrétiens  et  les  dispositions  similaires  du  traité,  venait 
garantir  aux  Chinois  catholiques  le  paisible  accomplissement  de 
leurs  devoirs. 

TCHANG    PEI-LOUTV 

Le  8  février  i884,  M.  de  oemallé,  accompagné  de  M.  Vis- 
sière,  eut  une  nouvelle  entrevue  avec  les  membres  du  Yanien 
au  sujet  du  P.  Anzer  et  pour  leur  remettre  une  note  relative 
à  la  protection  des  câbles  sous-marins.  Le  P.  Anzer  était 
porteur  d'un  passeport  français  et  M.  de  S  email  é  était  d'au- 
tant mieux  fondé  à  croire  qu'il  serait  bien  reçu,  que  M.  Hol- 
combe,  secrétaire  de  la  légation  des  États-Unis,  revenait  du 
Chan-Toung,  où  il  avait  reçu  dans  la  capitale,  Tsi-nan, 
satisfaction  de  réclamations  de  missionnaires  protestants. 
Notre  chargé  d'affaires  fut  invective  de  la  façon  la  plus  gros- 
sière par  Tchang  Peï-loun,  qui,  joignant  le  geste  à  la  parole, 


^20  L* AFFAIRE    DU    TONG-KING 

frappa  la  table  à  coups  de  poing.  M.  de  Semallë  apprit  que 
Tchang  était  coutuniier  du  fait  ;  M.  Young,  le  ministre 
américain,  avait  eu  également  à  se  plaindre  de  la  façon  dont 
M.  Holcorabe  avait  été  reçu,  alors  qu41  faisait  au  Yamenunc 
visite  de  courtoisie  en  remerciement  de  Taccueil  qui  lui  avait 
été  fait  dans  le  Chan-Toung,  mais,  chose  extraordinaire, 
Parkes,  lui-même,  avait  été  reçu  d'une  façon  extrêmement 
impolie  par  les  ministres,  dont  deux  tartares,  Pao-yun  et 
King-lien,  cpii,  seuls,  avaient  été  bien.  Il  est  à  remarquer 
que  M.  de  Semai  lé  avait  été  reçu  par  Tch'en  Lan-pin,  Wou 
T'ing-fen  et  Tchang  Pei-loun,  qui  n'avaient  aucun,  le  rang 
voulu  par  Tarticle  5  du  Traité  anglais.  Ce  furent  les  Irois 
mêmes  ministres,  avec  Li  Houng-tsao  en  plus,  qui  firent 
mauvais  accueil  à  Sir  Harry  Parkes  ;  celui-ci  cacha  avec  soin 
sa  mésaventure  à  ses  collègues,  qui  ne  la  connurent  que  plus 
tard.  Le  prince  Koung  réconcilia  Parkes  avec  trois  des  mi- 
nistres, mais  Tchang  Pei-loun  s'était  retiré  à  Tien-Tsin  sous 
un  prétexte  futile.  Le  12  février,  M.  de  Semallé  reçut  du 
Département,  un  télégramme  lui  défendant  de  se  rendre  auprès 
des  ministres  jusqu'à  nouvel  avis,  et  l'autorisant  à  correspondre 
avec  eux  par  lettre  dans  les  cas  urgents. 

Le  ministre  des  Etats-Unis,  comme  doyen,  demanda  une 
audience  au  prince  Koung  pour  obtenir  l'assurance  que  les 
représentants  étrangers  ne  seraient  plus  exposés  aux  mêmes 
avanies  ;  l'audience  lui  fut  refusée.  Sir  Harry  Parkes  fit  alors 
rédiger  une  note  collective  au  nom  du  corps  diplomatique 
pour  demander  le  retour  à  la  règle  formulée  dans  l'article  3 
du  Traité  anglais,  qui  veut  que  les  représentants  étrangers 
soient  reçus  par  les  fonctionnaires  ayant  rang  de  grand- 
secrétaire  (V  État  ou  tout  au  moins  de  président  d'un  ministère. 
Une  première  réunion,  sans  résultat,  eut  lieu  le  20  février  à 
la  légation  d'Angleterre  ;  une  seconde  réunion  se  tint  le  26  à 
la  légation  de  Russie  ;  après  une  discussion  à  laquelle  prirent 
part  Sir  Harry  Parkes,    MM.  Popov,  de  Tatlenbach  et  de 


TCHANG    PBI-LOUN  ^21 

Semallé,  il  fut  décidé  que,  pour  le  moment  du  moins,  il  n'y 
avait  pas  lieu  à  une  action  commune,  mais  que  séparément 
chaque  légation  devait  chercher  à  établir  de  la  manière  la 
plus  convenable  ses  rapports  avec  le  Tsoung-li  Yamen. 

Quelques  jours  plus  tard,  le  comte  de  Tattenbach,  charge 
d'affaires  d'Allemagne,  qui  avait  été  le  plus  opposé  à  la  note 
collective,  —  à  sa  grande  surprise,  —  car  il  se  croyait  cer- 
tain d'être  reçu  toutes  les  fois  qu'il  en  ferait  la  demande  au 
prince  Koung,  se  vil,  le  5  mars  188/1,  refusé  d'être  reçu  par 
un  grand  secrétaire,  comme  il  le  demandait.  Il  fut  très  heu- 
reux que  Tchang  P'ei-loun  fiit  nommé  au  mois  de  mai  sui- 
vant commissaire  du  Fou-Kien,  car  il  fut  ainsi  obligé  de 
quitter  le  Tsoung  li  Yamen. 

Le  i4  février,  le  Yamen  faisait  à  M.  de  Semallé  la  réponse 
suivante  à  sa  lettre  du  7  : 

18*'  jour  de  la  i*"*^  lune 
(le  i4  Février  i884) 

Nous  avons  reçu  le  1 1*  jour  de  la  r*  lune  (le  7  février  1884), 
la  lettre  dans  laquelle  vous  nous  dites»  M.  le  Chargé  d'Affaires, 
cjue  Vi.  Anzer,  Missionnaire  de  la  Proince  du  Chan-Toung, 
s'étant  rendu  à  ïs'ao-tchéou,  pendant  le  mois  de  Mai  de  l'année 
dernière,  y  a  été  insulté  et  battu;  que,  plus  lard,  le  Gouverneur 
du  Chan-Toung  a  désigné  des  fonctionnaires  pour  faire  une 
enquête  sur  cette  affaire  et  jx>ursuivre  les  coupables;  que  vous 
nous  priez  d'écrire  au  Gouverneur  de  ladite  province,  pour  qu'il 
fasse  donner  promptement  à  cette  affaire,  une  solution  équita- 
ble; que  vous  avez  appris,  en  outre,  que  des  placards  contre  les 
Chrétiens  avaient  élé  adicliés  dans  les  deux  départements  de 
Ts'ao-tchéou  et  de  Yen-tchéou  et  que  vous  nous  priez  de  faire 
donner  des  ordres  pour  que  ceux-ci  soient  rigoureusement  pro- 
hibes et  pour  qu'une  proclamation  des  autorités,  rappelant  les 
Èdits  Impériaux  rendus  en  faveur  des  Chrétiens  et  les  disposi- 
tions similaires  des  traités,  soit  lancée  pour  l'information  de 
tous. 

Or,  notre  Yamen  n'a  encore  reçu  des  hautes  autorités  de  la 
province,  aucun  rapport  sur  cette  affaire  et  sur  les  circonstances 
qui  ont  donné  lieu  à  la  rixe.  Cependant,   nous  lisons  dans  votre 


42 n  l'affaire  du  tong-rixg 

lettre  que  le  Sous-Préfet  a  fait  transporter  le  blessé  dans  son  tri- 
bunal pour  l'y  soigner  et  que  le  Gouverneur  du  Ghan-Toung  a 
désigné  des  délégués  pour  punir  les  coupables,  c'est  donc  que  les 
autorités  locales  ont  déjà  donné  (au  missionnaire)  une  protec- 
tion effective. 

Notre  Yamen  fera  connaître  au  Gouverneur  de  Clian-ïoung 
le  contenu  de  votre  lettre,  pour  qu'il  donne  ordre  aux  fonction- 
naires du  lieu  de  faire  une  enquête  scrupuleuse  sur  cette  affaire 
et  de  la  terminer  promptemcnt  et  suivant  l'équité,  et  pour  qu'il 
nous  réponde,  afin  que  nous  puissions  examiner.  En  ce  qui  con- 
cerne les  placards  anonymes,  nous  lui  disons  en  même  temps, 
de  faire  une  enquête,  et,  si  ces  faits  sont  exacts,  de  les  interdire 
aussitôt  rigoureusement,  en  lançant  des  proclamations. 

Telle  est  notre  réponse  à  Votre  Lettre,  Monsieur  le  Chargé 
d'Affaires.  Nous  vous  prions  d'en  prendre  connaissance. 

Cartes  de  Pao,  Li,  King,  Lin,  Tch'én,  Tcbeou,  Wou  et 
Tchang  * . 

Enfin,  le  i*""  avril  i884,  le  Yamon  écrivait  à  M.  de  Semallé 
que  le  gouverneur  du  Clian-Toung  s'était  entendu  avec  le 
supérieur  de  la  mission  pour  le  règlement  de  l'afTaire  Anzer. 

Le  i6  mars,  le  Chargé  d'affaires  d'Alleniagnc  se  rendit  au 
Yamen,  où  il  trouva  les  niinislrt-s  fort  afTeclés  par  la  nouvelle 
(le  la  prise  do  Bac-Ninh  ;  ils  diront  que  leurs  troupes  avaient 
(\À  coinballre,  puisqu'elles  on  avaient  Tordre,  mais  qu'ils 
n'avaient  encore  reçu  aucun  dolail  sur  cet  échec  qui  ne  clian 
gorail  pas  leiu*  ligne  dv  conduite. 

Au  n  Ms  d'aNril  i88'i,  le  corps  (lipluuiah(|ue  étranger  à 
Pé  King  se  Ircnnait  on  complet  dosarr(»i  ;  le  5,  Sir  llarry 
Parkos,  minislrc  d'Angleterre,  et  M.  "^oung,  ministre  des 
Klats-Lnis,  quittaient  Pé  King  pour  le  Sud;  le  comte  de 
Noidans,  ministre  de  Belgique,  nommé  au  Maroc,  parUiit 
pour  l'Europe  quelques  jours  plus  tard  ;  il  devait  être  rem- 
placé par  M.  de  Groot,  alors  au  Japon  ;  le  comte  de  Tatlen- 


I.   Pour  traduction  conforme,  le  i*"""  inlcrjirctc,  p.  /.,  signé  :  A.  A  is- 

SIÈRE. 


TFT^ 


DISGRACK    DU    PRINCE    ROLNG  /{S 3 

bach.  Chargé  d'affaires  d'Allemagne,  allait  être  remplacé 
par  M.  Zembsch,  ancien  capitaine  de  vaisseau  et  consul  géné- 
ral à  Apia  (îles  Samoa),  qui  arriva  à  Pé-King  vers  le  20  avril, 
quinze  jours  avant  l'arrivée  de  M.  von  Brandt',  ce  qui  étonna 
tout  le  monde;  le  ministre  d'Italie,  M.  de  Luca,  était  arrivé 
à  Chang-Haï  peu  de  jours  auparavant  avec  Tordre  de  son 
gouvernement  d'établir  définitivement  la  légation  d'Italie  à 
Pé-King;  le  ministre  de  Russie,  âgé,  se  tenait  sur  une  grande 
réserve. 

DISGRACE    DU    PRINCE    KOUNG 

Le  8  a\Til  i884,  un  décret  de  l'impératrice  douairière  pa- 
raissait dans  la  Gazette  de  PéKing,  annonçant  la  disgrâce  du 
prince  Koung  et  de  plusieurs  de  ses  collègues  : 

«  Le  Prince  Koung  Yi  Sin  et  Pao-Yun,  qui  ont  été  depuis 
ie  plus  longtemjM  à  notre  service,  devraient  Aire  sévèrement 
punis.  Cependant,  en  réfléchissant  aux  infirmités  de  l'un  et 
au  grand  âge  de  Taiilre,  nous  ne  voudrons  rappeler  ici  que 
leurs  mérites  passés,  afin  de  pouvoir  préserver  la  fin  de  leur 
carrière.  Nous  ordonnons,  en  conséquence,  par  faveur  que  Yi  Sin 
conserve  son  litre  de  Prince  du  sang  héréditaire  du  premier 
rang,  dont  nous  lui  donnons  la  solde  complète.  Qu*il  quitte  tou- 
tes ses  fonctions  et  soit  privé  du  redoublement  de  solde  qui  lui 
avait  été  accordé.  Qu'il  reste  chez  lui  pour  s*y  soigner.  —  Que 
Pao-Yun  se  démette  en  conservant  le  rang  qu'il  possède. 

«  Que  Li  Houng-tsao,  Grand  Secrétaire  d'État  auxiliaire  et 
Président  au  Ministère  de  l'Intérieur,  qui  a  occupé  pendant  des 
années  des  fonctions  dans  l'intérieur  du  Palais,  mais  dont  les 
talents  comme  le  jugement  sont  également  bornés,  ce  qui  Ta 
rendu  inférieur  à  sa  tâche,  et  que  King-liên,  Président  au  Minis- 
tère de  la  Guerre,  qui  n'a  su  que  remplir  strictement  les 
devoirs  de  sa  charge,  sans  se  distinguer  par  aucun  autre  service, 

I.  M.  de  Brandt  arriva  d'Europe  à  Chang-Haï,  le  27  avril  188A.  — 
Le  premier  interprète  de  la  légation  de  France,  M.  Vissière,  quiUa  Pç- 
Ring  pour  Saigon,  le  37  avril. 


1\qlI\  l'affaire  du  tong-ring 

quittent  toutes  leurs  fonctions  et  soient  dégradés  de  deux  degrés, 
pour  être  employés  ailleurs. 

«  Que  Weng  Toung-ho,  Président  au  Ministère  des  Travaux 
publics,  entré  tout  dernièrement  dans  le  Conseil,  au  moment 
oïl  les  afîaires  y  étaient  fort  compliquées,  mais  qui  a  mérité  des 
reproches  pour  n'avoir  pas  porté  remède  aux  maux  qu'il  a  trou- 
vés, soit,  par  bienveillance,  destitué" tout  en  gardant  son  poste; 
qu'il  sorte  du  Grand  Conseil,  mais  continue  à  avoir  accès  dans 
le  Palais  Yu  K'ing-kong  (salle  d'études  de  l'Empereur  régnant). 
Ainsi,  marquerons-nous  des  distinctions  entre  les  châtiments 
encourus  » . 

Le  même  jour,  un  autre  décret  nommait  quatre  autres 
membres  du  Grand  Conseil,  choisis  parmi  des  fonctionnaires 
peu  connus  et  qui  ne  s'étaient  jamais  occupés  d'une  façon 
spéciale  des  questions  extérieures  : 

«  Que  Che-lOy  Prince  du  premier  rang  Li,  fasse  |>artic  des 
Ministres  du  Grand  Conseil  de  l'Empire,  sans  y  faire  de  stage 
d'études  et  sans  continuer  ses  fonctions  de  Ministre  de  la  Pré- 
sence et  de  «  Porteur  de  la  lance  à  queue  de  panthère  »  (Offi- 
cier des  Gardes  du  corps  Che-ivei), 

«  Que  les  Présidents  au  Ministère  des  Finances  Ngo-lo-hD-jKni 
el  Yen  Kin(j-niln(j  ci  le  Président  au  Ministère  de  la  justice  Tchamj 
fi'he-wan  de>iennent  Ministres  du  Grand  Conseil  de  l'Enipire  ». 

«  Que  lo  Vire- Président  de  gauche  au  Ministère  des  Tra\aii\ 
publics  Sonen  Yu-iven  entre  au  Grand  CouscmI  en  staj^e  d'études 
(comme  Auditeur). 

«   Uespect  à  ceci  '  »  ! 

Mais  ce  qui  fut  caractéristique  fut  le  décret  paru  le  lende- 
main, 9  avril,  dans  la  Gazelle,  appelant  le  père  de  Tempereur, 
le  septième  prince,  notoirement  hostile  aux  étrangers  cl  prin 
cipal  appui  du  parti  militaire,  à  prendre  part,  pour  les  ques 
lions  importantes,  aux  délibérations  du  Grand  Conseil  : 

«  S'il  arrive  qu'il  y  ait  des  affaires  importantes  à  traiter  au 
Grand  Conseil  de  l'Empire,  nous  ordonnons  au  dit  Conseil  de 

I.  Trad.  de  A.  Vissière. 


DISGRACE    DU    PRINCE    ROO'G  4^5 

les  discuter  et  de  les  régler  de  concert  avec  le  Prince  Tch*ouen, 
Vi-Aoua/i.  Quand  FEmpereur  prendra  la  direction  personnelle  du 
gouvernement,    nous  publierons   de   nouveaux    «    Commande- 
ments »,  à  ce  sujet. 
«  Respect  à  ceci  *  »  ! 

Ce  décret  souleva  les  réclamations  des  censeurs,  mais  Tim- 
pératrice  passa  outre  (voir  plus  loin). 

Le  lo  avril,  un  décret  ordonne  que  Lin-Chou  porte  sur  lui 
provisoirement  la  clef  du  sceau  du  Conseil  des  affaires  étran- 
gères, comme  président  en  remplacement  du  prince  Koung. 

Le  12,  un  décret  appelle  Tchang  Tchi-toung  à  Pé-King 
et  ordonne  que  K'oui-Pin  prenne  charge  (à  sa  place)  du  gou- 
vernement du  Chan-Si*.  Le  même  jour,  la  Gazette  annonce 
que  le  prince  Yi  est  placé  à  la  tête  du  Tsoung-li  Yamen  et  que 
Tcheou  To-joun  est  désigné  pour  faire  partie  de  ce  Conseil  : 

«r  Que  le  Bcilé  Yi  fCouang,  Prince  du  second  rang  honoraire 
prenne  la  direction  du  Conseil  des  Affaires  Étrangères.  » 

«  Que  Tcheou  To-joun,  Docleurau  Grand  Secrétariat,  et  Vice- 
Président  au  Ministère  des  Rites,  fasse  désormais  partie  du  Con- 
seil des  Affaires  Etrangères.  » 

a  Respect  à  ceci.  » 

Ce  décret,  communicpié  aux  légations  étrangères  le  iT)  avril 
i88^  (^îo*^  jour  de  la  IV  lune  de  la  lo*  année  Kouang-Siu), 
sans  qu'on  leur  ont  fait  part  de  la  disgrâce  du  prince  Koung 
et  de  ses  collègues,  complétait  le  Tsoung  li  Yamen,  qui  se 
trouva  ainsi  composé  :  Yi,  ministre  de  la  présence,  Beilé  ou 
prince  du  3°  rang,  prince  honoraire  du  2''  rang,  Premier 
Président  du  Tsoung  Jen  fou  (Cour  du  Clan)  ;  Lin-Chou, 
président  au  ministère  des  travaux  publics  ;  Tcheou  To-joun, 

t.  Trad.  de  A.  Vissicre. 

3.  Tchang  avait  élé  nommé,  le  3  janvier  1883,  gouverneur  du  Chan- 
Si.  à  ia  place  de  Wei  Young-kouang,  nommé  au  Kiang-Sou.  (À'iui-ci 
avait  élé  précédé  au  (^han-Si,  par  Pao-Hcng,  pendant  peu  de  temps,  et 
parTs'êng  Kouo-ts*iuan. 


f^tj 


426  l'affaire    du    TOXG-kING 

docteur  au  grand  secrétariat  d'Etat  et  vice-président  hono- 
raire au  ministère  des  rites  ;  Tch'ên  Lan-pin,  fonctionnaire 
du  3'  rang,  vice-président  de  gauche  par  intérim  au  ministère 
des  rites,  vice- président  de  gauche  au  censorat  ;  Tcheou  Kia- 
meiy  fonctionnaire  du  2''  rang,  >ice -président  de  gauche  par 
intérim  au  ministère  des  finances,  préfet  de  Pé-King  ;  Woa 
Ting-fen,  du  2®  rang  lionoraire,  vice-président  de  gauche 
par  intérim  au  ministère  des  travaux  publics,  vice-président 
du  département  de  la  famille  impériale  ;  Tcliang  Pei-loun, 
vice-président  de  gauche  par  intérim  du  censorat,  académi- 
cien explicateur. 

On  prétendait  que  la  disgrâce  de  Koung  était  due  à  la 
faiblesse  de  ce  prince  et  à  ses  tendances  pacifiques,  con- 
traires aux  idées  de  l'impératrice. 

No(re  chargé  d'affaires  remarque  que  dans  le  \amen  «  il 
n'existe  plus,  à  l'heure  présente,  aucun  grand  secrétaire  d'Etat 
et  où  ne  se  trouve  pkis  qu'une  seule  personne,  Lin-Chou, 
ayant,  comme  président  du  ministère  des  travaux  publics,  le 
rang  voulu  par  l'article  V  du  traité  anglais,  pour  entretenir 
des  relations  ofiicielles  avec  les  représentants  étrangers.  La 
charge  de  lu  Ts'ien  Ta-Tclien  (ministre  de  la  présence  imj)é 
riale),  donné  au  Beilé  Kouang,  prince  honoraire  de  2'*  rang, 
ne  reproduit  qu'une  charge  de  cour  et  ne  peut  être  comparée 
dans  les  cours  européennes  qu'à  celle  de  chambellan.  » 

C'était  un  nouveau  défi  lancé  aux  puissances  étrangères. 
En  avril,  les  ministres  déclaraient  à  M.  Everard',  interprète 
de  la  légation  d'Angleterre,  que  les  circonstances  étaient 
changées  de  ce  qu'elles  étaient  lors  de  l'inauguration  du 
Tsoung-li  Yamen. 

Un  décret  du  19  avril  augmenta  le  Yamen  de  deux  mem- 

I.  Evcrard,  Charles  JValler,  élève  interprùle,  3  août  1867;  il  était 
alors  premier  interprèlro  p.  i.  (acting  Chinese  Secretarv)  à  Pé-King. 
18  novembre  1882.  —  \!\  mars  1886;  vice-consul  et  consul  dans  difTérents 
poris,  en  dernier  lieu  à  I-tchanç;  a  pris  sa  retraite  le  V^  octobre  i8(j4. 


TTÎ?'^ 


DÉCRETS    HOSTILES  4^7 

bres:  Yen  K^mg-ming^  président  au  ministère  des  finances, 
et  Siii  Kenrj-chin,  vice-président  de  droite  au  ministère  de 
la  justice  ;  le  i3  un  décret  avait  ordonné  à  ce  dernier  d'en- 
trer au  grand  Conseil  deTEmpire,  en  st^ge  d'études.  Quoique 
ces  deux  fonctionnaires,  peu  connus  des  légations,  n'eussent 
encore  eu  avec  elles  aucun  rapport,  leur  nomination  fut  con- 
sidérée comme  une  concession  faite  aux  représentants  étrangers. 

DÉCRETS    HOSTILES 

Deux  décrets,  l'un  relatif  à  la  prise  de  So'n-lay,  l'autre  à 
la  prise  de  Bac-ninh,  parus  dans  la  Gazette  du  12,  devaient 
ouvrir  les  veux  aux  moins  crédules.  «  La  mise  en  accusation 
du  gouverneur  du  Yun-Nan,  pour  n'avoir  pas  pu  secourir 
So'n-tay,  du  gouverneur  et  du  général  du  Kouang-Si,  pour 
n'avoir  pas  osé  défendre  Bac-jSinh,  l'ordre  de  mettre  à  mort 
les  deux  infortunés  officiers  qui  ont  reculé  devant  notre 
attaque,  sont,  écrit  notre  chargé  d'atTaires,  un  véritable  défi 
jeté  à  la  France.  Tout  le  monde  l'aflirme  et  ceux-là  même  qui, 
la  veille  encore,  plaidaient  en  faveur  de  la  Chine,  des  cir- 
constances allénuanles,  qui  exprimaient  le  désir  de  nous  voir 
renoncer  à  la  totalité  ou  à  partie  de,  l'indenHiité  que  nous 
passions  pour  avoir  réclamée,  avouent  hautement  que,  désor- 
mais, nous  serions  fondés  à  réclamer  frais  et  dépenses, 
dommages  et  intérêts  sans  merci.  «  C'est  la  déclaration 
oUicielle  que  la  guerre  existe  entre  la  France  et  la  (^hine,  » 
a  télégraphié  le  ministre  de  Russie  a  son  gouvernement,  et 
«  elle  vaut  pour  vous  quatre  cent  millions  si  vous  >oulcz  les 
prendre,  »  a-t-il  ajouté  en  me  parlant. 

Décret. 

La  guerre  entre  la  France  et  TAnnam  ayant  donné  une 
grande  importance  à  la  défense  de  nos  frontières  du  Yun-x\an, 
nous  avons,  à  plusieurs  reprises,  ordonné  à  Tang  Kiong  de 
conduire   hors  dçs  défilée   l'armée  destinée  à  la   protection  de 


428  l/ AFFAIRE    DU    TONG-KING 

la  province  et  de  tenir  solidement  les  voies  conduisant  à  nos  con- 
lins.  Cependant,  ce  gouverneur,  sans  avoir  reçu  aucun  ordre 
de  Nous,  est  retourne  dans  la  province,  sans  se  préoccuper  aucu- 
nement des  frontières,  et,  les  troupes  Impériales  s*étant  retirées, 
la  ville  de  So*ntay  a  été  prise. 

Une  telle  méconnaissance  des  nécessités  de  la  situation,  de  la 
part  de  T*ang  Kiong  et  sa  retraite  h  l'approche  du  danger,  sont 
dignes  de  toute  notre  indignation.  Nous  avons  déjà  ordonné 
secrètement  à  Tchang  Kai-song  *  de  se  rendre  sans  délai  dans  le 
Vun-Nan  pour  y  porter  nos  commandements  destituant  Tang 
ICiong  et  ordonnant  qu'il  soit  arrêté  et  mis  en  jugement.  Tchang 
K'ai-song  doit  déjà  être  arrivé  dans  le  Yun-Nan,  nous  lui  enjoi- 
gnons, en  conséquence,  de  désigner  des  l'onction naires  pour  ame- 
ner à  Pé-King,  aussi  promptement  que  possible,  Follicier  desti- 
tué, et  le  livrer  au  Ministère  de  la  Justice,  qui  statuera  sur  son 
châtiment. 

Les  fonctions  de  gouverneur  du  Yun-Nan  seront  remplies  par 
Tchang  Kal-song,  tandis  que  Li  Yong-tsing  prendra  la  gérance 
de  celles  de  gouverneur  du  Koueï-ichéou^. 


à  ceci! 


Décret. 

La  guerre  entre  la  France  et  TAnnam  ayant  donné  une  grande 
importance  à  la  défense  de  nos  frontières  du  Kouang-Si,  Nous 
avons  ordonné  à  Siu  Yèn-sin  de  conduire,  hors  des  défilés,  l'ar- 
mée destinée  à  la  protection  de  la  province  et  de  s'y  maintenir 
solidement,  afin  de  garantir  les  voies  conduisant  à  nos  confins. 
Néanmoins,  ce  (iouverneur  a  sans  cesse  retardé  son  entrée  en 
campagne,  et  s'est  retranché  dans  Lang-So'n,  se  bornant  à 
envoyer  le  (iénércd  Houang  Kouî-lan  et  le  ïao-taï  Tchao-Wo 
avec  des  troupes  pour  occuper  la  ville  annamite  de  Bac-iiinh. 
Quand  les  Français  se  sont  lancés  contre  cette  place,  le  Général  et 
son  collègue  ne  l'ont  pas  défendue  vigoureusement;  puis  ont 
battu  en  retraite;  si  bien  que  Hac-ninh  a  été  pris.  Ces  faits  sont 
bien  dignes  de  noire  indignation.  Sia  Yèn-Sin  et  Tchang  Chou- 
chi'ng'^  nous  ont,  l'un  après  l'autre  informé  par  des  Rapports  des 
circonstances  dans  lesquelles  la  ville  avait  été  perdue,  le  premier 

1.  Cionverneur  du  Koueï-lchéou. 

2.  Trésorier  du  Koueï-lchéou. 

3.  Vice-Koi  des  deux  Kouang  ;  à  Cantoo,  26  octobre  i864. 


DÉCRETS    HOSTILES  i^Qq 

Nous  priant  de  lui  infliger  un  châtiment  sévère,  et  Tchang  Chou- 
ehéng  Nous  demandant  d'user  de  rigueur  avec  lui.  Aussi  avons 
Nous  secrètement  enjoint  à  P'aa  Ting-sin  de  se  rendre  sans  délai 
au-delà  de  la  passe  Tchén-nan  Kouan,  au  Kouang-Si,  pour  y 
porter  nos  ordres  destituant  Siu  Yèn-sin  et  le  faisant  arrêter  pour 
être  jugé,  et  à  Wang  To-pang  de  transmettre  Nos  Volontés  à 
Hoaang  Koui-lan  et  à  Tchao-Wo  destitués  aussi,  et  mis  en  état 
d'arrestation  pour  être  jugés. 

Calculant  que  P*an  Tlng-sin  doit  être  présentement  arrivé 
dans  le  Kouang-Si,  nous  commandons  à  ce  gouverneur  de  dési- 
gner des  délégués  pour  conduire  Siu  Yèn-sin  h  Pé-King,  et  le 
livrer  au  Ministère  de  la  Justice,  chargé  de  le  punir.  Nous 
ordonnons,  de  plus,  au  même  P'an  Ting-sin  et  à  Wang  To-pang 
d'examiner  de  la  façon  la  plus  sérieuse  dans  quelles  conditions 
se  sont  eflectuées  la  retraite  et  la  défaite  de  Houang  Koui-lan  et 
de  Tekao-Wo  et,  s'il  s'agit  d'un  abandon  du  pays  et  d'une  fuite, 
de  Nous  le  rapporter  aussitôt,  nous  priant  de  rendre  un  Décret 
châtiant  les  coupables,  qu'il  est  inutile  d'envoyer  au  Ministère 
de  la  Justice. 

Le  Général  de  brigade  déjà  dégradé  Tchèn  To-Koui  qui  avait 
la  garde  du  fort  de  Fou-leang  pris  le  premier,  et  le  Colonel  Tang 
Min-hiuan,  qui,  après  s'être  retiré  avec  ses  hommes,  ne  s'est 
pas  reporté  en  avant,  doivent  être  aussitôt  décapités  devant  l'ar- 
mée. Que  l'on  recherche  aussi  tous  les  autres  officiers  qui  ont 
fui,  et  qu'ils  soient  l'objet  de  sentences  proportionnées  à  leurs 
fautes,  en  demandant  un  Décret  qui  les  rende  exécutoires.  Que 
rien  ne  Nous  soit  caché. 

Tchang  Chou-chêng  ayant  autorité  sur  les  deux  provinces  a 
mérité  nos  reproches.  Il  ne  nous  semble  pas  capable  de  gouver- 
ner une  région  aussi  vaste.  Par  grâce,  cependant.  Nous  ordon- 
nons que  son  châtiment  soit  atténué  en  une  simple  décision  du 
Ministère  contre  lui. 

Que  les  fonctions  de  gouverneur  du  Kouang-Si  soient  rem- 
plies par  P*an  Ting-sin,  et  que  P*ang  Tsi-yun  prenne  la  gérance 
de  celle  du  Hou-Nan. 

Que  Wang  To-pang  devienne,  en  outre,  par  intérim,  Général 
du  Rouang-Si. 

«  Respect  à  ceci  *  »  î 

I.  Trad.  de  M.  A.  Vissière. 


43o  l'affaire  du  tong-king 

Un  décret  du  28  avril  i884  (4"  jour,  4*  lune,  10*  année 
Kouang-Siu)  nommait  Siù  King-tch'êng*  ministre  en  France, 
en  Allemagne,  en  Italie,  en  Hollande  et  en  Autriche.  Pen- 
dant  son  voyage,  Li  Foung-pao  était  chargé  provisoirement 
de  l'intérim  de  la  légation  de  Chine  en  France.  Siù,  qui  rem- 
plaçait le  marquis  Ts'êng,  quitta  Chang-Haï  sur  le  pa- 
quebot du  7  septembre  i884. 

Le  8  mai  188/4  (i4*jour,  4**  lune,  10"  année  Kouang-Siu), 
un  décret  impérial  réparlissait  Tadministration  des  côtes 
entre  les  trois  commissaires  suivants  : 

Le  (iraiid  Uéférendairc  près  la  Cour  de  Cassation  Ou  Ta-lch'en 
est  désigné  poiu'  collaborer  (avec  Li  lïoung-tchang)  à  l'admi- 
nistration des  AiTaires  du  Commissariat  Général  des  ports  du 
Nord; 

Le  docteur  au  Grand  Secrétariat  Tchen  Pao-chen  est  désigné 
pour  collaborer  (avec  Ts'éng  Kouo-ts'iuan)  à  Tadministration  des 
AlFaircs  du  Commissariat  Général  des  ports  du  Sud; 

Le  Docteur  expliquant  à  l'Académie  Impériale,  Tchang  Pei- 
loun  est  désigné  pour  collaborer  (avec  les  hautes  autorités  de  la 
province)  à  l'administration  des  AQaircs  relatives  au  littoral  du 
Fou-Kien. 

Ces  fonctionnaires  sont  autorisés  h  adresser  directement  des 
rapports  au  Trône. 

Respectez  ceci  ! 

La  nomination  de  Tchang  Peï-loun  faisait  sortir  du 
Tsoung-li  Yamen  ce  personnage  agité  dont  les  légations,  à 
leur  grande  joie,  ^se  trouvaient  débarrassées. 

I.  Ne  pas  le  confondre  avec  Siù  Kcng-cliên,  membre  du  Tsoung-li 
Yamen  (supra)^  qi"  est  mort  en  janvier  1894  ;  tous  les  deux  étaient  du 
Tché-Kiang. 

Siù  King-tch*èng,  trois  ans  auparavant,  avait  été  nommé  ministre 
au  Japon,  mais  la  mort  de  sa  mère  survenue  inopinément  alors  qu'il 
attendait  à  Chang-Haï  son  ordre  d'embarquement,  Tavait  oblige  do  rentrer 
dans  la  vie  privée  pour  passer  la  période  de  deuil  réglementaire  de  trois  ans. 


»    Vr- 


CHAPITRE  XXII 

L'AFFAIRE  DU  T0NG-KIN6  (5<£i/e).  -  CONVENTION  FOURNIER, 

11  mai  1884'. 

Le  26  mars  i884,  M.  Fournier',  commandant  du  Yolia, 
rencontrait  à  Hong-Kong,  M.  Detring*,  des  Douanes  chi- 
noises, grand  ami  de  Li,  qui  rentrait  d'Europe.  M.  Detring 
reconnaissait  que  Ts'éng  était  poussé  par  son  conseiller 
anglais  qui  parlait  des  grandes  forces  chinoises  et  d'une  coali- 
tion européenne  inspirée  par  T Allemagne  ;  nous  serions  aban- 
donnés par  l'Angleterre  ;  dès  son  premier  entrelien,  avec  le 
commandant  Fournier,  M.  Detring  aborda  la  question  d'un 
arrangement  possible  avec  Li. 

M.  Detring  remonta  vers  le  Nord,  tandis  que  le  comman- 
dant Fournier  visitait,  avec  le  Volia,  Swatow,  Amoy,  Ki-loung, 
et  arrivait  enfin  à  Chang-Haï;  là,  Ma  Kien-tchong  lui  remit 
une  dépêche  de  Li  le  priant  d'aller  à  Tien-Tsin  conférer  en 

1.  Ministère  des  Affaires  étrangères.  —  Documents  diploma- 
tiques. —  Affaires  du  .Tokkin.  —  Convention  de  Tien-Tsin  du 
II  mai  1884.  Incident  de  Lang-Son.  Paris,  ïmp.  Nat.,  188/1,  in-fol. 

—  Diplomatie  chinoise.  Li-Hung-Chang  et  le  commandant  Four- 
nier. Par  A.  Gervais  (Hevue  pot.  et  titt.f  11  octobre  188/1,  p.  /|/»9-457). 

2.  Fournier,  françois-Ernest,  né  le  a3  mai  18/42;  entré  au  service, 
1859  ;  aspirant,  i"*  août  18O1  ;  enseigne  de  vaii»seau,  i^i*  septembre  i865  ; 
lieutenant  de  vaisseau,  aa  mai  1869;  capitaine  de  frégate,  i^^i*  octobre 
1879;  capitaine  de  vaisseau,  a.^  mai  i884  ;  contre-amiral,  27  mai  1891- 
aa  juillet  1891  ;  vice-amiral,  16  septembre  1897. 

3.  G.  Detring,  allemand,  entré  en  avril  i865  dans  les  Douanes  ;  com- 
missaire depuis  mars  1872. 


/jSa  L  AFFAIRE    DU    TONG-KINC 

ami  avec  hii,  et  comme  gage  de  sa  sincérité,  il  lui  annonçait 
le  rappel  de  Ts'éng.  L\aniiral  Lespès,  commandant  l'escadre 
d'Extrême-Orient,  autorisa  le  commandant  Fournier  k  se 
rendre  à  Tien-Tsin,  en  informa  le  Gouvernement  (29  avril) 
qui  l'approuva  (3o  avril),  et  lui  donna  carte  blanche  pour 
conduire  des  négociations  officieuses  sur  les  bases  suivantes  : 

AiiT.  I.  —  La  France  s'engage  à  respecter  et  à  protéger  dans 
le  présent  et  dans  l'avenir  contre  toute  agi*ession  et  dans  toutes 
circonstances,  les  frontières  du  Tong-Ring  limitrophes  de  la 
Cil  i  ne. 

Art.  II.  —  Le  Céleste  Empire,  rassuré  par  les  garanties  for- 
melles de  bon  voisinage  qui  hii  sont  données  ])ar  la  France, 
quant  à  l'intégrité  et  à  la  sécurité  des  frontières  méridionales 
de  la  Chine  s'engage  : 

i**  A  retirer  immédiatement  toutes  les  garnisons  chinoises  du 
Tong-King  ; 

2°  A  respecter  dans  le  présent  et  dans  Favenir  les  traités  directe- 
ment intervenus  ou  à  intervenir  entre  le  Gouvernement  Français  et 
la  Cour  de  Hué  ; 

3°  A  admettre  sur  toutes  les  frontières  du  Tong-Ring,  le  libre 
trafic  entre  l'Annam  et  la  France,  d'une  part,  et  la  Chine,  de 
l'autre,  dans  les  conditions  d'un  traité  de  commerce  assurant 
aux  deux  parties  des  avantages  réciproques'. 

Le  commandant  Fournier  quitta  Chang-HaY,  le  i®'  mai, 
sur  le  Volta  et  il  retrouva  M.  Detring  à  Tché-fou.  Sur  l'invi- 
tation de  rimpéralrice,  Li  conviait  M.  Fournier  à  venir  con- 
férer avec  lui. 

«  Ma  mission  a  un  caractère  tout-k-fait  officieux,  écrivait 
M.  Fournier^,  qui  me  laisse  d'autant  plus  de  liberté  et  de  lati- 
tude que  je  ne  puis  m'engager  ni  compromettre  le  gouverne- 
ment. » 


I.  Lettre  à  M.  de  Sematlé  du  commandant  Fournier,  6  mai  i884- 
a.  A  M.  de  Semallé,  Tien-Tsin,  6  mai  i884. 


CONVENTION    FOURNIEB  433 

Mais  le  8  mai,  le  commandant  Fournier  télégraphiait  au 
ministre  de  la  Marine  : 

Envoyez-moi  vos  pleins  pouvoirs  provisoirement  jusqu'à  arrivée 
Contre- Amiral  Lespcs  Tien-Tsin;  Vice-Roi  désire  cela,  dans 
craintes  que  Ministres  anglais  et  autres  à  Pé-King  intriguent,  à 
cause  affaires  Egypte,  pour  faire  remettre  tout  en  question,  si 
gouvernement  français  tarde  à  notifier  acceptation. 

Télégraphiez-moi  directement  T^en-Tsin  pour  éviter  retard  ; 
ee  serait  grave  faute  ne  pas  profiter  résolutions  amicales  pour 
France  du  Vice-Roi  et  des  neutres  :  terrain  politique  Pé-King 
mobile. 

Les  pouvoirs  qui  furent  par  suite  donnés  au  commandant 
Fournier,  n^avaient  d'ailleurs  qu'un  caractère  provisoire  et, 
le  lo  mai,  M.  Ferry  les  transmettait  à  l'amiral  Lespès  : 

Le  Gouvernement  vous  donne  pleins  pouvoirs  pour  signer  à 
Tien-Tsin  avec  Li  Houng-tchang,  muni  lui-même  des  pleins  pou- 
voirs du  gouvernement  impérial,  les  quatre  articles  de  la  Con- 
vention préliminaire  formulés  dans  votre  Dépêche  du  9  mai. 

Ces  pleins  pouvoirs  se  substituent  à  ceux  que  j'avais  expédiés 
le  8  mai  au  Commandant  Fournier  sur  une  dépêche  très-pres- 
sante, et  qui  n'avaient  qu'un  caractère  provisoire  en  attendant 
votre  arrivée.  Fournier  ne  me  faisait  d'ailleurs  connaître  que  les 
lignes  générales  de  la  Convention  qui  me  paraît  bonne  de  tous 
points.  Faut  seulement  aucune  équivoque  sur  la  frontière  qui 
doit  être  entendue  frontière  actuelle  avec  Lang-So'n,  Cao-Bang 
et  Lao-Kay.  La  Convention  que  vous  allez  signer  n'aura  pas 
besoin  de  ratiGcation  parlementaire,  le  traité  de  commerce  défi- 
nitif seul  devra  être  soumis  à  la  ratification  des  Chambres. 

Conformément  à  ce  télégramme,  l'amiral  Lespès  quitta 
Wou-soung  le  12  mai  à  midi;  mouilla  à  Tché-fou  le  1 5  au 
matin,  et  le  16,  à  8  heures,  il  s'embarquait  sur  le  steamer 
Woochang  pour  se  rendre  à  Tien-Tsin. 

De  son  côté,  Li  avait  reçu  le  décret  impérial  suivant  lui 
donnant  de  pleins  pouvoirs  le  lô**  jour  de  la  4®  lune  de  la 
lo*'  année  Kouang-Siu: 

GORDIER.  !*•  ^° 


/|34  L* AFFAIRE    DU    TONG-RING 

«  Li-Houng-lchang,  ancien  Grand-Chancelier,  Vice-Roi  in- 
t^^rimaire  de  la  province  du  TcW^-li,  est  chargé  des  fonctions  de 
Plénipotentiaire  pour  négocier  un  Traité  avec  l'Envoyé  du  Gou- 
vernement français.   » 

Respectez  ceci. 

Un  ordre  impérial  secret  (lo  mai  i884)  approuvait  le 
rapport  de  Li  sur  les  propositions  de  M.  Fournier: 

«  Après  avoir  pris  pleine  connaissance  de  votre  rapport,  nous 
ne  trouvons  rien  qui  y  soit  en  contradiction  avec  notre  Consti- 
tution. Que  Taflairc  soit  donc  accordée  et  réglée  suivant  ce  dont 
vous  nous  faites  part.  » 

Pendant  que  Tarairal  Lespès  était  en  route,  le  comman- 
dant Fournier,  utilisant  ses  propres  pouvoirs,  signait  une 
Convention  avec  Li  Houng-tchang. 

Le  1 1  mai,  à  5  heures,  le  commandant  Fournier,  en  chaise 
officielle,  accompagné  de  M.  Frandin*,  Consul  de  France  à 
Tien-Tsin,  faisant  fonction  d'interprète,  et  de  M.  Brière, 
aide-commissaire,  officier  d'administration  du  Voila  comme 
secréuirc,  se  rendit  au  Yamen  du  vice-roi  du  Tché-li  ;  les 
chaises  étaient  escortées  par  le  chef  de  la  police  française,  ses 

1  Frandin,  Joseph-IIippolyte,  né  le  a  janvier  i852  ;  élève  de  Ttcolc 
des  Langues  orientales;  élève -interprète,  i®»"  avril  1876;  h  Pc-King,  a^ 
mai  187G  ;  interprète-chancelier  à  Tien-Tsin,  6  mars  1880;  inscrit  dans 
la  troisième  classe  des  interprètes,  18  septembre  1880  ;  interprèle  à  Chanç- 
Haï,  21  février  1882  ;  interprète  de  seconde  classe,  4  avril  i88a;  premier 
interprète  à  Pé-King,  10  mars  i883  ;  gérant  du  consulat  de  Tien-Tsin, 
24  septembre  1883-17  juillet  i88/i  ;  interprète  de  première  classe,  !«'»' 
mai  1884  ;  gérant  du  consulat  de  (Canton,  26  octobre  i885  ;  vice-consul 
de  première  classe  à  Fou-tchéou,  4  i^&i  1886  ;  consul  de  seconde  classe 
chargé  du  vice-consulat,  1 4  juillet  1887;  chevalier  de  la  Légion  d'hon- 
neur, 3o  décembre  1888;  secrétaire  de  !''«  classée  Pé-King,  28  juin  i88€); 
officier  d'Académie,  17  juillet  1889;  consul  et  commissaire  du  Gouver- 
nement à  Séoul,  12  juillet  1890;  président  de  la  commission  de  délimi- 
tation du  Tong-King,  9  septembre  1890;  consul  et  chargé  d'affaires  à 
Bogota,  23  décembre  1896  ;  consul  général,  21  aoiït  1896  ;  consul  général 
et  chargé  d'affaires  à  Quito,  6  avril  1897. 


CONVENTION    FOURNIER  435 

agents  et  une  escouade  de  cavaliers  ;  une  garde  militaire  ren- 
dait les  honneurs  au  Plénipotentiaire  et  l'accompagna  au 
Yamen.  La  convention  suivante  fut  signée  par  le  comman- 
dant Foumier  et  Li  Houng-tchang. 

CONVENTION    FOURNIER,     II    MAI    l884 

Gwoention  préliminaire  (Tamiiié  et  de  bon  voisinage  signée  à  Tien- 
Tsin  le  II  mai  1884  enlre  la  France  et  la  Chine  *. 

Le  Gouycrnement  de  la  République* française  et  S.  M.  TEm- 
pereur  de  Chine,  voulant  au  moyen  d'une  convention  prélimi- 
Daire  dont  les  dispositions  serviront  de  bases  à  un  traité  définitif, 
mettre  un  terme  à  la  crise  qui  affecte  gravement  aujourd'hui  la 
tranquillité  publique  et  le  mouvement  général  des  affaires,  réta- 
blir sans  retard  et  assurer  à  jamais  les  relations  de  bon  voisinage 
et  d'amitié  qui  doivent  exister  entre  les  deux  nations,  ont  nommé 
pour  leurs  Plénipotentiaires  respectifs,  savoir  : 

S.  M.  l'Empereur  de  Chine: 

S.  E.  Li  HouxG-TciiAxNG,  grand  tuteur  présomptif  du  fds  de 
S.  M.  l'Empereur,  premier  secrétaire  d'État,  vice-roi  du  Tchéli, 
noble  héréditaire  de  première  classe,  du  troisième  rang  : 

Le  Gouvernement  de  la  République  française  : 

M.  Ernest-François  Fourmer,  capitaine  de  frégate,  comman- 
dant l'éclaireur  d'escadre  le  Voila,  of&cier  de  la  Légion  d'honneur. 

Lesquels,  après  avoir  échangé  leurs  pleins-pouvoirs,  trouvés 
en  bonne  et  due  forme,  sont  convenus  des  articles  suivants  : 

Art.  I .  —  La  France  s'engage  à  respecter  et  à  protéger  contre 
toute  agression  d'une  nation  quelconque  et  en  toutes  circonstances 
les  frontières  méridionales  de  la  Chine  limitrophes  du  Tong-Ring. 

Art.  2.  —  Le  Céleste  Empire,  rassuré  par  les  garanties  for- 
melles de  bon  voisinage  qui  lui  sont  données  par  la  France,  quant 
à  l'intégrité  et  à  la  sécurité  des  frontières  méridionales  de  la 
Chine,  s'engage  :  i**  à  retirer  immédiatement,  sur  ses  frontières, 
les  garnisons  chinoises  du  Tong-Ki ng;  3**  à  respecter,  dans  le  pré- 
sent et  dans  l'avenir,  les  traités  directement  intervenus  ou  à  in- 
tervenir entre  la  France  et  la  Cour  de  Hué. 

I.  Ceci  est  le  texte  authentique;  il  diffère  seulement  légèrement  dans 
k  rédaction  du  texte  télégraphique  communiqué  aux  Chambres,  le  ao 
mai  1884. 


•  . 


436  L*AFFAIRE    DU    TONG-RING 

Art.  3.  —  En  reconnaissance  de  rallilude  conciliante  du  Gou- 
vernement du  Céleste  Empire,  et  pour  rendre  hommage  à  la 
sagesse  patriotique  de  Son  Excellence  Li  Houng-Tchang,  négo- 
ciateur de  cette  Convention,  la  France  renonce  à  demander  une 
indemnité  à  la  Chine.  En  retour,  la  Chine  s'engage  à  admettre, 
sur  toute  Tétendue  de  ses  frontières  méridionales  limitrophes  du 
Tong-King  le  libre  trafic  des  marchandises  entre  TAnnam  et  la 
France,  d'une  part,  et  la  Chine,  de  Tautre,  réglé  par  un  traité 
de  commerce  et  de  tarifs  à  intervenir,  dans  Tesprit  le  plus  con- 
ciliant, de  la  part  des  négociateurs  chinois,  et  dans  des  conditions 
aussi  avantageuses  que  possible  pour  le  commerce  français. 

Art.  4.  —  Le  Gouvemenient  français  s'engage  à  n'employer 
aucune  expression  de  nature  à  porter  atteinte  au  prestige  du 
Céleste  Empire,  dans  la  rédaction  du  Traité  définitif  qu'il  va 
contracter  avec  l'Annam  et  qui  abrogera  les  traités  antérieurs 
relatifs  au  Tong-Ring. 

Art.  5.  —  Dès  que  la  présente  Convention  aura  été  signée, 
les  deux  Gouvernements  nommeront  leurs  Plénipotentiaires,  qui 
se  réuniront,  dans  un  délai  de  trois  mois,  pour  élaborer  un 
Traité  définitif  sur  les  bases  fixées  par  les  articles  précédents. 

Conformément  aux  usages  diplomatiques,  le  texte  françab  fera 
foi. 

Fait  à  Tien-Tsin,  le  onze  mai  i884.  le  dix-septième  jour  de 
la  quatrième  lune  de  la  dixième  année  de  Rouang-Siu  en  quatre 
expéditions  (deux  en  langue  française  et  deux  en  langue  chi- 
noise), sur  lesquelles  les  Plénipotentiaires  respectifs  ont  signé  et 
apposé  le  sceau  de  leurs  armes. 

Chacun  des  Plénipotentiaires  a  gardé  un  exemplaire  de  chaque 
texte. 

Le  Plénipotentiaire 
pour  le  Céleste  Empire, 

(L.  S.)    Li    IIOUNG-TCHANG. 

Le  Plénipotentiaire  pour  le  Gouverneinenl 
de  la  République  française, 

(L.    S.)   FoURNIER. 
COMMUNICATION    DE    JULES    FERRY,     20    MAI    l884 

Le  Président  du  Conseil  faisait  au  Sénat  et  à  la  Chambre 


COMMUNICATION    DE    JULES    FERRY  ^87 

des  députés,  le  20  mai  i884,  la  communication  suivante  en 
présentant  le  texte  télégraphique  de  la  convention  Fournier  : 

Messieurs, 

Vous  connaissez  déjà  les  clauses  principales  de  la  convention 
signée  à  Tien-Tsin,  le  11  mai  i884t  qui  a  mis  fin  au  difTérend 
existant  entre  la  France  et  la  Chine,  au  sujet  de  FAnnam  et  du 
Tong-King. 

En  attendant  que  Tinstrument  même  du  traité  soit  entre  nos 
mains  et  qu'il  puisse  être  régulièrement  soumis  à  la  sanction  du 
Parlement,  nous  vous  devons  compte  des  circonstances  qui  ont 
amené  ce  rapide  dénouement  et  des  motifs  qui  nous  ont  portés 
à  engager  dans  cette  négociation  décisive  la  responsabilité  du 
Gouvernement. 

Vous  veniez  à  peine  de  vous  séparer,  que  la  prise  de  Houng-Hoa, 
couronnant  les  brillants  efforts  du  corps  expéditionnaire,  mar- 
quait le  terme  de  cette  belle  campagne,  dont  les  noms  de  So'n- 
Tay  et  de  Bac-Ninh  conserveront  le  glorieux  souvenir. 

Les  opérations  militaires  étaient  terminées  ;  nous  étions  les 
maîtres  duïong-King:  contre  des  ennemis  bien  supérieurs  en  nom- 
bre et  pourvus  de  tous  les  moyens  de  défense  de  la  guerre  mo- 
derne, les  troupes  de  la  marine  et  de  l'armée,  rivalisant  de  vertus 
militaires,  d'entrain  et  de  patience,  de  tactique  et  de  valeur, 
avaient  porté  plus  haut  que  jamais,  dans  l'Extrême-Orient,  le 
prestige  de  nos  armes. 

Au  point  de  vue  diplomatique,  la  situation  restait  obscure. 
Les  relations  avec  la  cour  de  Pé-King  étaient,  en  Chine,  rares  et 
tendues  ;  à  Paris,  sans  être  officiellement  suspendues,  elles  étaient 
nulles  depuis  le  départ  du  ministre  de  Chine  pour  l'Angleterre. 
A  Pé-King  même,  le  terrain  politique  semblait  disputé  entre  l'esprit 
de  sagesse  et  l'esprit  d'aventure.  L'esprit  de  sagesse  devait  l'em- 
porter. 

Le  39  avril,  le  contre-amiral  Lespès,  qui  arrivait  à  Chang-llaï 
avec  son  escadre,  après  avoir  visité  les  ports  d'Amoy  et  de  Fou- 
Tchéou,  recevait  l'avis  que  le  vice-roi  du  ïchcli  venait  d'obtenir 
du  gouvernement  chinois  le  rappel  du  marquis  Ts'cng  comme 
première  satisfaction  donnée  à  la  France.  L'amiral  était  chargé 
de  transmettre  celte  nouvelle  au  gouvernement  français.  Le  vice- 
roi  exprimait  en  môme  temps  le  désir  de  voir  à  Tien-Tsin,  le 
capitaine  de  frégate  Fournier,  commandant  du  Volta,  avec  lequel 


/j38  L*AFFAIRB    DU    TONG-KING 

il  était,  depuis  plusieurs  années,  en  relations  amicales,  pour  con- 
férer avec  lui  de  la  situation. 

Le  commandant  du  Volta  partait  aussitôt  pour  Tché-Fou  ;  le 
I*'  mai,  le  ïsoung-li  Yamen  annonçait  officiellement  à  notre 
chargé  d'affaires  à  Pé-King  la  nomination  d*un  nouveau  ministre 
auprès  des  cabinets  de  Paris,  Berlin,  Vienne,  Rome  et  La  Haye; 
on  attendant  son  arrivée,  Li'Foung-pao,  ministre  de  Chine  à 
Berlin,  venait  représenter  la  Chine  à  titre  intérimaire  auprès  du 
gouvernement  français. 

Les  8  et  9  mai,  le  commandant  Fournier,  de  Tien-Tsin,  et 
Tamiral  Lespès,  de  Chang-IIaï,  nous  faisaient  connaître  les  ré- 
sultats des  pourparlers  officieusement  ouverts  par  le  vice-roi  du 
Tché-li  ;  les  deux  négociateurs  avaient  arrêté  les  termes  d'une 
convention  préliminaire  en  cinq  articles,  destinés  à  servir  de  base 
au  traité  définitif;  le  vice-roi  désirait  que  cette  convention  pût 
recevoir  sans  retard,  l'approbation  des  deux  Gouvernements;  le 
commandant  Fournier  demandait  à  cet  effet  des  pleins-pouvoirs. 

La  question  se  posait  devant  nous  dans  les  termes  les  plus 
clairs  et  les  plus  catégoriques  ;  de  la  part  de  la  Chine,  l'évacua- 
tion immédiate  du  Tong-Kingdans  toute  l'étendue  de  ses  frontières 
naturelles  ;  la  promesse  de  respecter  dans  le  présent  et  dans 
l'avenir  les  traités  directement  faits  ou  à  faire  entre  la  France 
et  la  cour  d'Annam  ;  l'engagement  solennel  d'ouvrir  au  libre 
trafic  entre  l'Annam  et  la  France  d'un  côté,  et  la  Chine  do 
l'autre,  toute  la  frontière  méridionale  de  la  Chine,  limitrophe 
du  Tong-King,  c'ost-a-dire  les  trois  provinces  du  Yun-Nan,  du 
Konang-Si  et  du  Kouang-Toung,  et  de  régler  sur  cotte  frontière 
la  liberté  des  échanges  et  les  tarifs  des  douanes  dans  les  conditions 
les  plus  profitables  au  commerce  français. 

Ces  avantages  considérables  seraient-ils  trop  chèrement  achetés 
de  la  part  de  la  France  par  la  renonciation  à  une  indemnité 
pécuniaire,  dont  le  principe  n'était  d'ailleurs  ni  contestable  ni 
contesté  ?  Une  satisfaction  on  argent  aurai L-elIe,  aux  yeux  du 
pays,  plus  de  prix  qu'un  traité  de  bon  voisinage,  une  allianœ 
commerciale  et  politique,  ne  laissant  derrière  elle  ni  humiliation 
ni  amertume,  et  ouvrant  à  nos  producteurs,  à  l'étroit  dans 
l'ancien  monde,  des  débouchés  inattendus  ? 

Nous  ne  ra\ons  pas  pensé,  et  sur  l'heure,  nous  envoyions  au 
commandant  Fournier  les  pleins  pouvoirs  de  la  République,  sous 
la  seule  condition  do  s'assurer,  avant  d'en  faire  usage,  de  la  rati- 
fication préalable  du  gouvernement  chinois. 


COMMUNICATION    DE    JULES    FERRT  439 

Le  9  mai,  le  commandant  Fournier  télégraphie  deTien-Tsin, 
à  cinq  heures  quarante-cinq  du  soir  : 

a  Je  remercie  le  Gouvernement  de  la  confiance  qu'il  me  té- 
moigne. Le  vice-roi  me  charge  de  vous  transmettre  ses  remercie- 
ments pour  Tempressement  que  Votre  Excellence  a  mis  à  approuver 
la  convention  dans  les  termes  mêmes  où  elle  avait  été  arrêtée 
entre  nous.  Nous  avons  immédiatement  demandé,  en  termes 
pressanU),  par  courrier  extraordinaire,  à  la  cour  de  Pé-King,  son 
approbation  définitive,  en  la  priant  de  nous  autoriser  à  signer 
dans  le  plus  bref  délai  possible.  » 

Le  lo  mai,  à  onze  heures  vingt-cinq  du  matin,  M.  Fournier 
écrit  : 

a  Tout  sera  terminé  demain  soir  à  quatre  heures...  » 

Et,  en  effet,  le  1 1  mai,  à  cinq  heures  du  soir,  les  plénipoten- 
tiaires signaient  la  convention,  après  s'être  réciproquement  com- 
muniqué leui-s  pleins  pouvoirs. 

Voici  cet  acte  avec  son  préambule  et  dans  toute  sa  teneur,  telle 
que  le  télégraphe  nous  Ta  transmis. 

Voir  le  texte  ci-dessus. 

Tel  est  le  traité  de  Tien-Tsin.  C'est  une  convention  prépara- 
toire, à  compléter  par  des  négociations  ultérieures,  mais  ferme 
dans  toutes  ses  clauses,  exécutoire  et,  nous  pouvons  le  dire  des 
h  présent,  en  voie  d'exécution. 

Nous  avons  trouvé,  en  effet,  chez  l'homme  d'Etat  éniincnt  qui 
exerce  actuellement  sur  Jcs  destinées  de  la  Chine  une  inOuencc 
prépondérante,  et  qui  a  porté  dans  cette  négociation  une  netteté 
de  vues  et  de  résolution  si  remarquables,  la  volonté  bien  arrêtée 
d'exécuter  promptement  et  loyalement  ce  qui  avait  été  si  vite  et 
si  bien  conclu. 

Une  dépêche  du  commandant  Fournier,  datée  du  18  mai, 
nous  fait  connaitre  que  lé  retrait  des  garnisons  chinoises  du  Tong- 
King  s'opérera,  en  vertu  d'un  accord  passé  avec  le  vice-roi,  du  6 
au  26  juin  prochain,  dans  les  ternies  suivants,  dont  le  comman- 
dant en  chef  du  corps  expéditionnaire  a  reçu  communication  : 

«  Après  le  délai  de  vingt  jours,  c'est-à-dire  le  6  juin,  évacua- 
lion  de  Lang-So'n,  Cao-Bang,  That-Khe,  et  de  toutes  les  places 
du  territoire  du  Tong-King,  adossées  aux  frontières  du  Kouang- 
Toung  et  du  K.ouang-Si  ;  après  le  délai  de  quarante  jours,  c'est- 


/i4o 


L  AFFAIRE    DU    TONG-EING 


à-dire  le  26  juin,  évacuation  de  Lao  Kay  et  de  toutes  les  places 
du  territoire  du  Tong-King  adossées  à  la  frontière  du  Yun-Nan.  » 

De  notre  côté,  nous  avons  déjà  désigne,  conformément  à  l'ar- 
ticle final  de  la  convention,  nos  plénipotentiaires  définitifs,  et 
nous  avons  envoyé  à  M.  Patenôtre,  qui  doit  se  trouver  à  Hué  à 
la  fin  de  ce  mois  les  instructions  nécessaires  pour  donner  satis- 
faction aux  préoccupations  particulières  qui  ont  inspiré  l'article  4» 
La  rédaction  définitive  du  traité  de  Hué  ne  contiendra,  cela  va 
de  soi,  «  aucune  expression  »  dont  puissent  s'émouvoir  les  sus- 
ceptibilités de  l'Empire  du  Milieu. 

Nous  soumettons  avec  confiance  toute  cette  négociation  au 
jugement  des  Chambres  et  du  pays.  La  France  s'est  toujours  fait 
honneur  de  ne  pas  pousser  à  l'extrême  les  conséquences  de  ses 
victoires.  Notre  modération,  hautement  appréciée  par  l'opinion 
européenne,  nous  assure  la  meilleure  solution  pour  le  présent, 
la  plus  grande  somme  de  sécurité  pour  l'avenir. 

Douce  illusion! 

Au  dîner  qui  suivit  la  signature  de  la  convention ,  au  toast 
porté  par  le  commandant  Fournier  aux  souverains  de  la 
Chine,  Li  répondit  : 


Au  nom  de  Leurs  Majestés  Impériales,  je  porte  un  toast  au 
Président  de  la  République  française,  M.  Jules  Grévy,  et  je  vous 
prie  de  l'assurer  que  la  Chine,  aussi,  souhaitera  maintenant  à  la 
France  grandeur  et  prospérité. 

«  Le  lendemain  la  mai,  écrit  le  Commandant  Fournier  dans 
son  rapport  au  Ministre  de  la  Marine,  le  Vice-Roi  dinait  au  Con- 
sulat de  France  où  j'a>ais  réuni  les  représentants  des  nations 
étrangères  ;  MM.  de  Luca,  Ministre  d'Italie  et  son  secrétaire, 
M.  d'Albenga.  M.  Uribari,  Chargé  d'Affaires  d'Espagne.  M.  le 
Marquis  de  Médina,  son  secrétaire,  les  Consuls  d'Allemagne, 
d'Angleterre,  de  Russie  et  du  Japon,  le  Commander  Lang.  de 
la  marine  anglaise,  amiral  de  la  flotte  chinoise  du  Nord,  les 
Commandants  des  navires  russes  et  anglais  cl  toutes  les  [x*rsonnes 
présentes,  la  veille,  au  dîner  du  Vice-Roi.  La  stupéfaction  était 
générale  parmi  mes  invités  qui  avaient  appris  seulement  dans  la 
journée  même,  comme  par  un  coup  de  théâtre  qu'une  conven- 
tion diplomatique  venait  d'être  signée  et  ratifiée  à  Ïien-Tsin, 


<'3*"«li7 


COMMUKICATION    DE    JULES    FERRY  /|4l 

entre  la  France  et  la  Chine  par  rintermédiairc  d'un  plénipo- 
tentiaire mYstérieux  qui  n*élait  autre  que  le  capitaine  de  frégate 
que  chacun  croyait  occupé  uniquement  à  observer  les  préparatifs 
militaires  du  Vice-Roi. 

M.  Jules  Ferry  télégraphia  au  commandant  Foumier,  le 
12  mai  i884  : 

Je  suis  heurçux  de  vous  féliciter  chaudement  pour  le  prompt 
dénouement  du  conflit  avec  la  Chine.  Dites  à  Li  que  nous  nous 
félicitons  ici  des  liens  étroits  que  les  nouveaux  arrangements  ne 
manqueront  pas  d'établir  entre  la  France  et  la  Chine.  J*ai  con- 
staté avec  plaisir  que  l'homme  d'État  chinois  considère  au  même 
point  de  vue  que  nous-mêmes  l'intérêt  des  deux  Pays. 

Li  Houng-tchang  répondit  le  i5  mai  : 

Le  Commandant  Fournier  m'a  communiqué  votre  télégramme. 
Je  suis  très  touché.  Je  savais  depuis  longtemps  que  vous  traitiez 
les  affaires  d'une  façon  résolue  et  très  nette  et  que  vos  vues  sont 
larges  et  lointaines.  J'espère  donc  que  dans  l'avenir,  les  relations 
entre  nos  deux  pays  seront  plus  intimes  et  durables  et  que  tout 
malentendu  sera  dissipé  entre  nous.  Les  didicultés  que  chacun  de 
nous  éprouve  en  traitant  les  aflaires  de  l'État  seront  certainement 
comprises  de  nos  deux  pays  si  éloignés.  Ce  qui  me  reste  à  vous 
dire,  je  le  confierai  au  Commandant  Fournier,  mon  ami  intime, 
qui  vous  le  dira. 

Le  17  mai,  le  commandant  Fournier  eut  un  long  entre- 
tien avec  Li  Houng-tchang  qui  dura  trois  heures  ;  il  avait 
pour  but  de  : 

Régler  d'une  façon  précise  les  conditions  de  l'exécution  de  la 
Convention  concernant  le  retrait  des  troupes  cliinoises  et  les 
articles  IV  et  V  qui  comportaient  une  application  immédiate. 

Relativement  aux  troupes  chinoises,  je  (Fournier)  fis  observer 
au  Vice-Roi  qu'il  importait  de  fixer  des  dates  précises  pour  l'éva- 
cuation des  places  qu'elles  occupaient  dans  le  Tong-King,  et  je 
hii  proposai  30  jours  de  délai  pour  la  région  avoisinant  le  Kouang- 
ïoung  et  le  Kouang-Si  et  t\0  jours  de  délai  pour  la  région  avoi- 
sinant le  Yun-Nan.  Il  trouvait  ces  délais  très-courts  et  paraissait 
craindre  que  la  fixation  de  ces  dates  précises  ne  prit  aux  yeux  de 


/lia  L'AFPAtttE  DU  TONG-KIKG 

la  Goiir  de  Pé-Kîng  le  caractère  blessa  ni  d'un  ultimatum  ;  mais 
je  lins  bon  en  lui  faisant  observer  qu'avec  les  movcns  de  com- 
inuuicalions  rapides  distant  actuellement  par  le  télégraphe  en 
cours  de  conslrnclion  dans  le  Kouang-Si  et  par  le  nôtre  dans  le 
Tong-K.ing,  ces  délais  étaient  parraitement  suffisants  pour  la 
transmission  des  ordres  du  Gouvernement  Impérial  sur  les  fn>n- 
liëres  dn  Kouang-Si  et  du  Yun-Nan.  «  Je  n'ai  pas  la  moindre 
a  conGance.    ajoutai-je,   dans  la  façon  dont   ces  ordres  seront 

0  transmis  de  la  Cour  de  Pé-King  pour  parvenir  à  une  desli- 
a  nation  aussi  lointaine,  ils  jtasseront  par  tant  de  mains  et  il  y  a 

1  tant  de  raisons  de  craindre  que  la  mauvaise  volonté  de  certains 
0  mandarins  ne  cherche  à  en  relai-der  l'arrivée,  que  je  me  vois 
«  dans  l'obligation  de  vous  adresser  olTicicUement  la  notiricalion 
«  suivante,  immédiulemenl  transmise  au  Général  Millot  :  Après 
H  les  délais  fi-rès  expirés,  eoas  pourrez  procéder  sommairemeni  à 
e  l'expulsion  de  loates  les  fjarnisons  chinoises  attardées  sur  te  terri- 
ls loire  Tonkinois  \olre  Excellence  comprendra  certainement 
<c  comme  moi  combien  il  est  miportant  de  fixer  ainsi  des  datw 
ce  précises  pour  couper  court  a  tout  malentendu  et  au  mauvais 
a  voulou  même  de  se^  ad\Lrsaires  et  d'emp^her  aussi  que  des 
«  conllits  sanglants  n  éclatent  entre  nos  troupes  et  les  troupes 
n   chinoises     a 

Li  Houng-lchang  m  allirma  qu  d  assurerait  la  transmission 
(les  ordres  de  telle  sorte  qu  un  si  rrgreltnble  accident  ne  pût  pas 
•■e  prodnire  Je  I  iieilis  alor*  au  sujet  de  l'arfiele  V  que  M.  Pn- 
tcnûlreiliit  nomme  Mtnistic  pknipotenliaire  pour  le  traité  de 
commeite  et  eniin  au  sujet  de  I  ailicle  IV,  je  lui  remis  la  coni- 
mumcalton  uriU  suniute 

oie  (iouverneiin.iit  a  m>ilL  \l  l'alcnôtre  a  supprimer  dans 
<•  la  rédaction  du  tiailt.  diûnitif  I  expression  «y  comprit  ta 
B  Chine  mais  il  prend  acte  que  (.cite  modification,  inlroduilE' 
«  par  défcn  i)ce  poni  k  prestige  du  Céleste  Empire,  ne  pourra 
«  ivoir  pour  eiïtt  d  allérer  en  riiii  la  valeur  d'aucune  des  slipu- 
«  latioiis  de  I  art  1  ni  îles  lutrcs  irticles  des  préliminaires  de 
B   paix  ilu  3J  août  i883    B 

Le\ico-Uoi  me  déclara  que  c  était  en  elTcl  la  modification 
qu'il  avait  demandée  ', 


.  Rapport  du  commandant  Fournier  au  Ministre  de  la  marine,  I' 


COMMUMCATION    DE    JULES    FERRY  443 

Le  même  jour,  le  commandant  Fournier  envoyait  à 
Hanoï  la  dépêche  suivante  en  clair  au  général  Millot. 

J'ai  rhonneur  de  porter  à  votre  connaissance  les  mesures  sui- 
vantes arrêtées  par  les  plénipolentiaircs  de  la  Convention  entre 
France  et  Chine. 

Après  un  délai  de  20  jours,  cest-à-dire  le  6  juin,  vous  pourrez 
occuper  Lang-so'n.  Cao-Bang,  That-ke,  et  toutes  les  places  du 
territoire  tonkinois  adossé  aux  frontières  du  Kouang-Toung  et 
du  Kouang-Si. 

Vous  pourrez  en  même  temps  établir  des  stations  navales  sur 
tous  les  points  de  la  cote  du  Ïong-King  où  vous  voudrez.  Avisez 
Tamiral  Courbet. 

Après  un  délai  de  l\o  jours,  c  est-à-dire  le  2%  juin,  vous  pourrez 
occuper  Lao-kay  et  toutes  les  places  du  territoire  tonkinois  adossé 
à  la  frontière  du  Yun-lSan. 

S  ai  notifié  à  Li  Houng-tchang  que  ces  délais  expirés,  vous  procé- 
deriez sommairement  à  l'expulsion  de  toutes  les  garnisons  chinoises 
attardées  sur  le  territoire  tonkinois. 

Après  avoir  arrêté  ces  dispositions,  j*ai  mis  fin  à  ma  mission 
de  plénipotentiaire. 

Notre  chargé  d'affaires  à  Pé-King  ne  connut  le  texte  de  la 
Convention  que  lorsqu'il  fut  devenu  définitif;  il  n'avait 
même  pas  été  informé  par  le  Ministre  des  Afl'aires  étrangères 
de  l'envoi  à  Tien-Tsin  d'un  négociateur  muni  de  pleins  pou- 
voirs. Dans  la  lettre  qu'il  écrivait  le  10  mai  188/1  au  com- 
mandant Fournier  après  avoir  reçu  le  texte  de  la  Conven- 
tion que  ce  dernier  lui  avait  expédiée  le  12,  notre  chargé 
d'affaires  fit  preuve  d'une  singulière  clairvoyance  : 

«  En  lisant  le  texte  de  rarrangemenl  que  vous  avez  signé,  je 
suis  loin  de  me  sentir  entièrement  SiitisHiit.  Il  est  à  craindre  que 
nous  éprouvions  dans  quelques  mois,  même  dans  quelques  jours, 
des  dilîicultés  insurmontables,  quand  lions  voudrons  traduire  en 
articles  formels  d'un  traité,  les  conditions  avantageuses  promises 
par  la  Chine  à  notre  commerce.  » 

La  diplomatie  chinoise  ne  tranche  pas  aussi  simplement  les 


444  l'affaire  du  tong-king 

difficultés,  ainsi  que  semblait  le  croire  le  commandant  Four- 
nier  :  Li  Iloung-tcliang  avait  trompé  le  plénipotentiaire.  Selon 
M.  von  Brandt,  ministre  d'Allemagne,  les  instructions  don- 
nées par  l'Impératrice  à  Li  Houng-tchang  avant  la  Conven- 
tion de  Tien-Tsin,  auraient  été  résumées  en  quatre  poinU 
qui  sont  à  peu  près  les  suivants  : 

1°  Ne  pas  céder  la  suzeraineté  de  la  Chine  sur  TAnnam  ; 

2°  Ne  pas  céder,  si  on  exigeait  que  la  Chine  livrât  les  Pavil- 
lons Noirs  à  la  France  ; 

3°  Ne  pas  céder,  si  la  Chine  devait  payer  une  indemnité  à  la 
France  ; 

4°  Ne  pas  accorder  la  liberté  du  commerce  européen  dans  le 
Yun-Nan. 

M.  de  Semallé  se  rendit  au  Yamen  le  i4  mai  pour  se 
rendre  compte  de  l'impression  produite  par  la  signature  de 
la  convention  le  1 1  mai  et  les  Ministres  lui  dirent  «  qu'il 
avait  été  question  de  la  paix,  mais,  qu'il  n'y  avait  rien 
de  définitivement  arrangé;  qu'il  y  aurait  plus  lard  des 
pourparlers  et  des  négociations  qui,  espéraient-ils,  amène- 
raient une  solution  de  nature  à  contenter  les  deux  pays  ». 

Le  Yamen  déclara  aussi  à  M.  Ilolcombe,  représentant  des 
Etats-Unis,  qu'il  n'y  avait  rien  de  fait  à  Tien-Tsin  et  que 
rimpératrice  n'avait  point  encore  ratifié  les  préliminaires 
acceptes  par  le  vice-roi  du  Tché-li. 

Dans  son  rapport  au  Trône,  le  Vice-Roi  aurait  tourné  les  dif- 
ficultés ainsi  qu'il  suit  : 

La  France  n'exige  pas  que  la  Chine  renonce  à  sa  suzeraineté 
sur  TAnnain  ;  elle  renonce  à  employer  aucun  terme  pouvant 
froisser  l'aniour-propre  de  la  Chine  et  consent  en  conséquence  à 
refaire  à  nouveau  son  dernier  traité  de  Hué.  Il  n'est  question 
nulle  part,  dans  le  projet  qu'il  soumet,  que  la  Chine  abandonne 
ou  li>re  Lieou  Yong-fou  et  ses  soldats. 

La  France  renonce  à  toute  indemnité  de  guerre. 

Quant  à  ce  qui  est  du  commerce  étranger,  il  n'est  pas  permis 


L*AMIRAL    LESPÈS  t\t\^ 

pour  le  Yun-Nan  spécialement,  mais  limité,  sur  toute  Tétcndue 
de  la  frontière,  à  une  zone  neutre  à  délimiter. 

L'Impératrice  satisfaite  aurait,  sur  Theure,  envoyé  Tordre  de 
signer  sur  les  bases  proposées  et  à  ces  conditions. 


l\mIRAL    LESPÈS 

L'amiral  Lespès  arriva  à  Tien-Tsin  le  matin  même  de  la 
visite  du  commandant  Fournier  à  Li  (17  mai).  Il  fit  le  18  au 
matin  une  visite  au  vice-roi  que  celui-ci  lui  rendit  le  19  mai  ; 
Li  se  montra  particulièrement  gracieux  vis-à-vis  de  Tamiral. 
Sa  mission,  comme  le  télégraphia  le  ministre  de  la  marine, 
Tamiral  Peyron,  n'était  plus  qu'une  visite  de  courtoisie. 

La  Convention  étant  signée  et  ratifiée  par  les  deux  Gouverne- 
ments, la  mission  de  TAmiral  est  une  mission  toute  de  courtoisie 
destinée  à  sceller  la  bonne  entente  et  à  effacer  toute  trace  de 
dissentiment:  Tamiral  n'a  pas  qualité  pour  faire  l'intérim  du 
Ministre  ni  pour  discuter  le  traité  de  commerce. 

En  conséquence,  l'amiral  Lespès  envoya  le  commandant 
Fournier,  qui  partit  de  Tien-Tsin  le  19  mai,  porter  le  texte 
original  de  la  Convention*  en  France,  suivant  les  instructions 
du  ministre  de  la  Marine*,  nomma  M.  Gigon  au  commande- 
ment du  Volia,  et  partit  lui-même  le  2 1 ,  pour  se  rendre  à 
Pé-King,  où  il  croyait  sa  présence  utile  pour  sceller  la  bonne 
entente.  Très  galamment  d'ailleurs,  dans  son  rapport  au 
ministre  de  la  Marine,  l'amiral  Lespès  écrivait  : 

I.  Le  commandant  Fournier  télégraphiait  le  i4  mai  au  Ministre  de  la 
marine  : 

«  Depuis  la  cérémonie  solennelle  de  la  signature,  le  11,  je  suis  dépo- 
sitaire, pour  le  Gouvernement  français,  des  exemplaires  en  français  et  en 
chinois  qui  lui  reviennent  avec  le  texte  des'  pleins  pouvoirs  de  la  Cour 
de  Pé-King.  Les  deux  autres  exemplaires,  que  j'ai  laissés  entre  les  mains 
du  Vice-Roi,  ont  été  déjà  expédiés  à  Pé-King  où  ils  sont  classés  aux  ar- 
chives impériales,  à  titre  définitif. 

a.  Le  commandant  Fournier  quitta  Ghang-Uaï  le  a^  mai. 


LlFflWE    DC 

:i'm  dt^  li-l^-ranuDes  reçus  direclemcnl  par  «t 
-ir.  il  rv>ultr  pour  moï  que  lo  signature  apposée 
Ln-ïiinti'nl  dvtiDilive.  Ips  pleins  pouvoirs  qui  lui 
n-i--s  i-ljnl  enlior^  el  n'avanl  pas  le  cararlcre  pro- 
a>jil  H-mLIt-  d'abord  leur  attribuer  voire  télô- 
■u>  d,-. 


i:.>-„j-^!  :  de  q<ie  jo  me  plaij  a  reconnaître,  n 

L'jniirAl  Le-p'"'?  arriva  à  Pé-Kinjr  dans  la  matinée  du 
si;::"ii  :?i  mai  i'»-'^î  ;  il  lîl  demander  parM.  de  Se  m  al  lé  une 
j'..:i'';i.t  au  Tr-.-iin^'  li  \amen  qui  lui  fut  accordée  pour  le 
3-.  Au  I  nr  li\ê,  acciimpafrné  de  notre  cbarpé  d'aflaires,  de 
MM.  (^■lli!l  d>'  Plaiicv  et  Frandin.  de  ses  aides  de  camp. 
MM.  J.i.quinii'TCt  ÏV'crin.  tousen  grand  uniforme,  ramirahe 
rtii^iit  Ml  \amou:s<iniiupre!^ion  fut  plutiM  favorable, et  d'autre 
|vir(.  >j  M-nuo  pToduisit  un  excellent  eflet,  le  Vamen  prais- 
>.iiit  rexenir  à  des  senlimcnls  plus  concillanis.  Le  3i  mai, 
It'T.  iiiiiii>lrt>*  chinois  rendirent  la  visite  à  MM.  Lespés  et  de 
S  iiKtllé  t>l  ac<vplérenl  une  invitation  à  diner  de  ce  dernier 
[»>ur  K'3  juin:  deus  jours  plus  l:ird,  ils  rendaient  celte poli- 
Usso.  haus  stm  rapport  du  3.S  mai,  Tamiral  disait  : 

A  l't>-Kinu'.  on  faisait  courir  le  bruit  que  la  Convention  de 
Tion-T'iii  lu-  «-riiil  pis  cïérutéf"  cl  que  l'Impératrice  éclairée  par 
r»piiii<>ii    i.iMiéndc  retiendrait  sur  l'approbation  qu'elle  avait 


uoiiliiil  ainsi  l'audience  du  37  mai; 

e^'us  a»  Vawca  j>ar  le  beilé  Kouang,  qui  a 
•  koung  à  la  pi-ésidcncc  du  Conseil  et  par 
■  ce  conseil.  Sans  être  précisément  cordial, 
us  fui  des  plus  courtois.  Je  dis  à  ces  Mes.>iieuis 
.  de  faire  leur  connaissance  personnelle,  que 
iig  n'avaîlpas  eu  d'autre  but  et  qu'ils  devaient 
I  ferme  désir  qu'avait  le  Gouterncment  de  la 
tenir  désormais  des  iclations  de  bonne  amitié 


MORT   DE   MONSEIGNEUR    DELAPLACB  4^7 

et  de  bon  voisinage  avec  le  Céleste  Empire,  que  c'était  d'ailleurs 
la  conséquence  naturelle  de  la  convention  signée  dernièrement 
à  Tien-ïsin,  convention  qui  répondait  aux  intérêts  bien  compris 
de  nos  deux  Gouvernements.  Le  beilé  Kouang  me  fît  une  réponse 
banale,  il  me  dit  pourtant  que  c'était  aussi  le  désir  de  son  Gou- 
vernement. Son  attitude,  comme  celle  des  autres  membres  du 
Conseil,  était  certainement  bienveillante,  mais  elle  m'a  semblé 
aussi  celle  de  gens  peu  habitués  aux  affaires  et  un  peu  gênés  par 
la  solennité  dont  j'avais  cru  bon  de  m'entourer.  » 

L'amiral  ajoute,  avec  raison,  que  si  les  bruits  qui  couraient 
avaient  eu  quelque  fondement: 

«  Le  prince  Kouang  n'aurait  pas  manqué  de  saisir  l'occasion 
que  je  lui  offrais  pour  me  parler  de  la  Convention  et  pour  me 
dire  ce  que  son  Gouvernement  en  pensait.  Je  dois  conclure  de 
son  silence  à  cet  égard  que  l'exécution  des  premières  mesures 
de  la  Convention,  c'est-à-dire  l'évacuation  des  garnisons  chi- 
noises du   Tong-King,  n'est  plus  douteuse  aujourd'hui.  » 

MORT    DE    M^*"    DELAPLAGE 

Le  séjour  de  l'amiral  Lespès  h  Pé-King  fut  attristé  par  la 
mort  (24  mai)  de  M«'  Delaplacc*,  des  suites  de  la  fièvre 
typhoïde.  La  France  a  ressenti  souvent,  depuis,  la  perte  de  ce 
prélat  qui,  sur  le  trône  épiscopal  de  Pé-King,  n'oublia 
jamais  qu'il  était  Français,  donnant  ainsi  un  exemple  qui 
n'a  malheureusement  pas  toujours  été  suivi.  Il  n'avait  que 
soixante-quatre  ans  :  c'était  un  Bourguignon  extrêmement  fin, 
que  la  gestion  parfois  difficile  des  affaires  de  son  diocèse  ne 
faisait  négliger  en  aucune  façon  les  devoirs  de  la  charité. 

Les  funérailles  eurent  lieu  le  27  mai  au  Pé-T'ang.  L'ami- 
ral Lespès,  M.  de  Semallé,  quatre  secrétaires  du  Yamen  et 
tout  le  Pé-King  étranger  y  assistaient. 

M**"  Delaplace  eut  Tabbé  François  Tagliabue,    d'origine 

I.  I,  p.  ai3. 


448  L* AFFAIRE    DU    TONG-K.ING 

italienne,  mais  né  dans  le  diocèse  de  Soissons,  comme  succes- 
seur dans  le  vicariat  apostolique  de  Pé-King'. 
Le  7  juin,  l'amiral  Lespès  quittait  Pé-King. 

I.  Né  en  i8aa  ;  partit  en  i853  ;  nommé  le  a5  septembre  1868,  évèquc 
de  Pompéiopolis,  vie.  ap.  du  Pé  Tché-li  S.-O;  transféré  au  Pé  Tché-li 
sept.,  5  août  i884,  à  la  raort  de  M«^  Delaplace  ;  mort  &  Pé-King, 
12  mars  1890. 


CHAPITRE  XXIII 
L'AFFAIRE  DU  T0N6-KIN6  (^Suite).  —  BAG-LÉ  (23  juin  1884). 

AFFAIRE    DE    BAC-LÉ 

Conformément  à  la  Convention  du  ii  mai,  vers  le  milieu 
de  juin,  le  général  Millot  se  décida  à  faire  occuper  Lang- 
so'n  qui  devait  être  évacué  le  6  par  les  Chinois.  Les  disposi- 
tions relatives  à  l'organisation  et  aux  opérations  de  la 
colonne  de  Lang-so'n  prises  par  le  colonel  d'état-major 
Guerrier  portaient  que  les  points  de  Lang-so'n,  That-Ké, 
Cao-Bang  seraient  occupés  par  les  troupes  françaises;  la 
colonne  devait  Se  rendre  en  5  jours  à  Lang-so'n.  Le  19  juin, 
le  lieutenant-colonel  Dugenne,  avec  900  hommes  environ', 
quittait  Phu-lang-thuong ;  le  23,  il  prenait,  après  avoir  tra- 

I.  La  colonne  concentrée  h  Phu-Lang-Thuong,  sous  les  ordres  du 
lieut. -colonel  Dugenne  devait  avoir  la  composition  suivante  :  i*^  un  ba- 
taillon d'infanterie  de  marine,  tiré  des  garnisons  de  Bac-Ninh  et  de  Phu- 
Lang-Thuong  ;  30  une  batterie  de  4  de  montagne,  tirée  de  la  garnison 
de  Phu-Lang-Thuong  ;  3<^  le  demi-escadron  de  cavalerie  du  corps  expédi- 
tionnaire ;  4**  une  section  mixte  de  sapeurs  du  génie  et  de  pontonniers, 
avec  un  parc  d'outils,  constituée  h  Hanoï  et  commandée  par  un  officier  ; 
00  un  détachement  de  3oo  tirailleurs  tonkinois,  composé  de  la  io<^  com- 
pagnie actuellement  à  Bac-Ninh  et  d'un  peloton  de  la  ia<^  compagnie  qui 
tient  garnison  à  Phu-Lang-Thuong;  6<>  une  section  d'ambulance  com- 
prenant les  éléments  suivants  :  a  médecins.  4o  lits.  Des  cadres  et  des 
cantines  médicales,  dont  le  nombre  sera  en  rapport  avec  Teffectif  de  la 
colonne.  L'importance  de  ce  matériel  sera  fixée  par  M.  le  médecin  en 
chef  des  ambulances  ;  70  une  section  de  télégraphie  optique,  composée 
de  I  officier,  1 1  hommes  et  4  appareils  optiques  ;  8°  un  service  de  la 
prévôté,  composé  de  i  brigadier  et  de  4  gendarmes  ;  9»  un  convoi  de 
35  jours  de  vivres. 

CORDIER.  IL    29 


45o  i/affaire  du  to\g-king 

versé  le  Song-Thuong,  contact,  près  de  Bac-Lé,  avec  les 
troupes  chinoises  régulières  du  Kouang-Si,  armées  de  fusils 
Remington  (28  juin).  Les  chefs  chinois  firent  remettre  la 
lettre  suivante  au  colonel  Dugennc. 

Au  noble  commandant  des  troupes  françaises  — 

«  Votre  compatriote.  M.  Fournicr,  a  dit,  à  Tien-Tsin,  au 
moment  où  il  s'en  retournait  en  France,  que.  après  vingt  (jours), 
des  soldats  (français)  seraient  envoyés  pour  parcourir  le  pays 
et  que  Tarmée  de  Koueî  devrait  s*en  retourner  camper  dans 
certains  endroits.  »  Nous  le  savons  comme  vous. 

Vous  voulez  aujourd'hui  que  nous  nous  retirions  sur  la  fron- 
tière; mais  il  faut  absolument  pour  cela  un  avis  du  Tsoung-Ii 
Yamen,  Ce  n'est  pas  que  nous  voulons  violer  le  traité.  Le  traité 
de  Tien-Tsin  porte  bien  que  nos  troupes  seront  reportées  sur  la 
frontière.  Nous  ne  voulons  pour  cela  qu'une  lettre  qui  nous  fixe 
sur  les  mouvements  que  nous  avons  à  faire.  On  ne  doit  pas  rom- 
pre la  paix  par  des  combats  inutiles.  Nous  vous  prions  donc  de 
vouloir  bien  vous-mc^mc  adresser  un  télégramme  à  Pé-King  pour 
demander  une  lettre  du  Tsoung-li  Yamen.  11  ne  faudra  que  peu 
de  temps  pour  la  demande  et  la  réponse.  Dès  que  nos  troupes 
auront  l'avis  du  T.soung-li  ^amen,  elles  se  formeront  en  batail- 
lons et  évacueront  le  territoire  annamite  pour  retourner  aussi- 
tôt à  la  Passe  du  MidiK  Nos  deux  pays  ayant,  en  effet,  conclu 
la  paix,  on  ne  doit  pas  faire  naître  de  nouvelles  luttes. 

Tel  est  ce  que  nous  avions  à  vous  dire. 

Les  chefs  de  camps  chinois  : 
Li,  Wang  et  Wei 

[sans  date] 

N.  B.  —  L'enveloppe  extérieure  porte  les  indications  sui- 
vantes :  «  Expédié  de  Kouan-yin  K'iao,  le  39*  jour  de  la  5*  lune 
de  la  16'  année  Kouang-Siu  (=  23  juin  1884)  à  l'heure  yeou 
(de  5  à  7  heures  du  soir)  pour  être  remis  le  môme  jour  ». 

Le  sceau,  qui  y  est  frappé  en  trois  endroits,  porte  :  «  Sceau 
du  Commandant  en  chef  du  Grand  Camp  de  l'armée  de  Tchèn- 
nan  (la  passe  entre  le  Kouang-Si  et  le  Tong-King)  commandant 
aussi  le  camp  de  gauche  de  V Armée  du  Centre^  ». 

I.  Tchên  Nan  Kouan,  défile  sur  la  frontière  du  Kouang-Si. 
a.  Pour  traduction  conforme,  signé  :  A.  V  issière. 


PnOTESTATION    DE    LA    FRANCE  45l 

L'interprète  annamite  qui  accompagnait  le  colonel  Du-- 
genne  ne  connaissait- il  pas  la  langue  chinoise  écrite  ou  Toffi" 
cier  français  était-il  trop  ardent,  toujours  est-il  qu'il  voulut 
passer  outre  :  le  résultat  de  l'attaque  fut  :  2  officiers  ttlés  et 
5  blessés,  20  hommes  tués  et  63  blessés*.  Si  le  colonel 
Dugenno,  moins  impatient,  avait,  avant  d'attaquer,  fait  part 
de  l'incident,  les  autorités  de  Ha-noï  en  auraient  référé  à 
Paris  qui  aurait  demandé  des  explications  à  Pé-Kîng  et  l'on 
aurait  tiré  l'affaire  au  clair.  Il  n'y  eut  pas  de  guet-apens  à 
Bac-Lé  ;  les  troupes  chinoises  n'ayant  pas  reçu  d'instructions 
de  leurs  chefs  restaient  fidèles  à  leur  poste  comme  elles 
devaient  le  faire  ;  d'autre  part,  elles  ne  pouvaient  pas  recevoir 
d'instructions,  car  le  Tsoung-li  Yamen,  comme  nous  le 
verrons,  ignorait  complètement  les  arrangements  pris  par 
Li  Houng-tchang  avec  le  commandant  Fournier  pour  l'é- 
vacuation du  Tong-King  par  les  troupes  impériales. 

PROTESTATION   DE    LA    FRANCE 

Le  26  juin,    M.    Jules   Ferry  télégraphiait  à    Pé-King 
M.  de  Semallé  : 

•i 

Protestez  avec  énergie  contre  cette  violation  du  traité  et  réser- 
>cz  nos  droits  à  une  réparation.  Insistez  pour  que  troupes  chi- 
noises reçoivent  d'urgence  ordre  de  repasser  frontières  du  Tong- 

M.  Patcnôtrc  ne  tardera  pas  à  arriver  à  Pé-King,  après  s'être 
entendu  avec  l'amiral  Courbet  qui  prend  cdramandenient  des 
deux  divisions  de  l'escadre,  pour  exiger  les  satisfactions  néces- 
saires. 


a 


I.  a3  juin  :  officiers,  i  tud,  3  blesses;  troupes,  7  lues,  43  blessés.  — 
4 juin:  officiers,  i  tué,  a  blessés;  troupes,  i3  tués,  ao  blessés,  a  dis- 
parus, a  morts  d'insolation  ;  parmi  les  derniers  tués  figuraient  5  hommes 
blessés  le  a 3  et  tués  le  a4  &  l'ambulance  ;  ils  appartenaient  au  bataillon 
d'Afrique. 


453  l'affaire  du  tong-king 

m.   patenôtre 

Le  même  jour,  M.  Ferry  télégraphiait  la  nouvelle  du 
désastre  à  M.  Patenôtre,  à  Chang-Haï  et  à  Hong-Kong,  en 
ajoutant  : 

Rendez-vous  directement  à  Pé-Ring  pour  assurer  la  stricte  ob- 
servation du  traité  et  exiger  une  réparation.  Entendez-vous  avec 
l'amiral  Courbet,  qui  a  reçu  ordre  de  prendre  le  commande- 
ment des  deux  divisions  de  l'escadre,  et  de  nous  assister  dans 
cette  mission.  Vous  jugerez  s'il  convient  que  la  flotte  aille  immé- 
diatement à  Tien-Tsin. 

La  dépêche  toucha  à  IIong-Kong  M.  Patenôtre  qui  télé- 
graphia qu"*!!  partirait  le  lendemain  (28  juin)  pour  Chang- 
llaï  et  qu'il  avisait  l'amiral  Courbet  de  venir  Vy  rejoindre 
pour  y  conférer  avec  lui  sur  les  mesures  à  prendre;  il  con- 
seillait également,  si  la  saison  n'était  pas  tmp  défavorable, 
une  marche  en  avant  au  Tong-King  :  «  Une  action  diploma- 
tique h  Pé-King,  disait-il,  n'a,  je  crois,  de  réelle  chance  de 
succès  que  si  elle  est  accompagnée  d'une  démonstration  mili- 
taire énergique  sur  terre  et  sur  mer.  » 

Le  Tsoung-li  Yanien  connut  l'aflaire  de  Bac-Lé  par  les 
télégrammes  de  Tchang  Chou-chëng,  vice-roi  des  Deux- 
Kouang,  en  date  du  5  de  la  5*^  lune  intercalaire  (=  k  Vf 
juin  188/4)  : 

«  P'anT'ing-sin*  me  télégraphie  que,  dansTaprè»  mfcBdu  i*' 
(^3  juin),  les  troupes  françaises  étant  venues  tout  près  de  notre 
camp  de  Kouan-yin-k' iao,  déclarèrent  qu'elles  allaient  à  Lang-soii 
reconnaître  le  pays,  et  demandèrent  un  haut  fonctionnaire  pour 
s'entretenir  avec  lui.  Wan  TcW ong-hitian  s'y  rendit  aussitôt.  Les 
soldats  français  lui  barrèrent  la  route  avec  un  bâton  et  lui  di- 
rent seulement  que  «  dans  trois  jours,  il  leur  fallait  absolument 
Lang-son  ».  Après  avoir  dit  ces  mots,  ils  ouvrirent  le  feu  des 
canons  et  notre  armée  leur  tint  tète  à  coups  de  fusils.  » 

I.  Gouverneur  du  Kouang-Si. 


M.    DE    SEMALLÉ    ET    LE    YAMEN  4^3 

Nouveau  télégramme  du  6  =  le  28  juin  i884  : 

Pendant  l'affaire  du  i"  (aS  juin)  à  Koaan-yin-k*iao,  les  Fran- 
çais et  nos  troupes  se  battirent  à  coups  de  fusils  et  de  canons, 
depuis  la  matinée  jusqu'à  la  4®  veille  (de  i  heure  à  trois  heures 
du  malin).  Nous  avons  eu  plus  de  trois  cents  hommes  tués  ou 
blessés,  tant  soldats  qu'ofiicicrs.  Les  Français  ont  eu  aussi  des 
morts  et  des  blessés  et  ont  reculé  jusqu'à  T*oun-ya  qui  est  à  3o 
li  de  Kouan-yin-k*  iao  * . 

M.    DE    SEMALLÉ    ET    LE    YAMEN 

Le  28  juin  i884,  M.  de  Semallé,  accompagné  de  M.  Col- 
lin  de  Plancy,  se  rendait  à  4  heures  du  soir  au  Tsoung-li 
Yamen  où  étaient  réunis  le  Beilé  Yi-K'ouang,  Yen  Kiu- 
ming,  Tcheou  To-joun,  Tcheou  Kia-mei,  Wou  Ting-fén, 
Tch^en  Lan-pin,  Tchang  Yin-houan  et  Fou-lien,  inter- 
prèle du  Yamen.  Des  additions  avaient  été  faites  récemment 
au  Tsoung-li  Yamen  par  un  décret  inséré  à  la  Gazette  de  Pé- 
king  du  24  juin  i884  (2*  jour,  5°  lune  intercalaire, 
lo*  année  de  Kouang-Siu)  : 

Le  Président  du  Ministère  des  Travaux  Publics,  Fou  K'ouen  ; 
le  Président  du  Li  Fan  Yoiien,  ou  bureau  des  Colonies  étrangères, 
K'ouen-kang  ;  le  vice-président  de  gauche  au  (^cnsorat,  Si- 
tc'hen;  le  vice-président  de  droite  au  Ministère  des  Travaux 
Publics,  Siu  Yong-yi  ;  le  Docteur  au  Grand  Secrétariat  et  Vice- 
Président  honoraire  au  Ministère  des  Rites,  Leao  Cheou-heng 
sont  appelés  à  faire  tous  partie  du  Tsoung-li  Yamen. 

Respect  à  ceci  ! 

Fou-K'ouen  remplaçait  Lin-Chou,  malade,  à  la  fois  au 
Yamen  et  aux  Travaux  publics;  K'ouen-kang  et  Si-tch'en 
étaient  destinés  à  représenter  l'élément  tartare,  absent  depuis 
le  départ  de  Lin-Chou. 

Tchang    Yin-houan,   ancien  Tao-taï   à  Tché-fou,  puis  à 

I.  Pour  traduction  conforme,  signé  :  A.  Vissière. 


/|54  l'affaire  du  tong-king 

Wou-hou,  avait  été  nommé  précédemment  membre  du 
Tsoung-li  Yamen  dont  il  fut  renvoyé  au  mois  de  septembre 
suivant. 

Après  avoir  communiqué  aux  membres  du  Yamen  le  télé- 
gramme annonçant  l'affaiie  de  Bac-Lé,  M.  de  Semallé  ter- 
mina en  disant  qu'aux  termes  du  traité  du  ii  mai,  la  ville 
de  Lang-so'n  devait  être  évacuée  depuis  le  commencement  du 
mois.  Tous  les  ministres  parlèrent  à  la  fois  et  déclarèrent  qu'il 
n'était  question,  dans  le  traité,  ni  de  Lang-so'n,  ni  d'une 
date  précise  et  déterminée  pour  l'évacuation.  Ils  affirmèrent 
avoir,  eux  aussi,  reçu  des  nouvelles  des  commandants  de 
leurs  forces,  qui  rapportaient  qu'ils  avaient  été  attaqués  par 
les  Français  sans  aucune  provocation. 

Quelques  membres  remarquèrent  qu'il  n'avait  pas  été  ques- 
tion dans  le  traité  de  Tien-Tsin  de  l'évacuation  de  Lang-so'n 
et  demandèrent  qu'on  apporte  le  texte  du  traité.  Yi-K'ouang 
dit  que  le  Tong-King  n'avait  jamais  dii  être  évacué  qu'après 
la  conclusion  du  traité  définitif,  qui  devait  être  signé  dans 
un  espace  de  trois  mois,  aux  termes  mêmes  de  l'arrange- 
ment de  Tien-Tsin. 

Le  texte  dutra  ité  ayant  été  apporté,  quelques  membres  du 
Yamen  firent  observer  à  M.  de  Semallé  qu'il  n'y  est  nulle 
part  question  de  Lang-so'n,  de  Cao-bang  et  deLao-kay,  que 
nulle  part  il  n'est  question  d'une  date  précise  pour  l'évacua- 
tion du  Tong-King  ;  qu'il  n'est  pas  question  non  plus  des 
frontières  de  ce  pays  dans  le  texte  chinois  et  qu'elles  sont 
précisément  à  déterminer  par  le  traité  définitif.  M.  de 
Semallé  ayant  répondu  que  le  texte  français  seul  faisait  foi 
et  qu'il  est  formel,  Tchang  Yin-houan  répliqua  :  «  J'étais 
à  Tien-Tsin  et  j'ai  assisté  à  la  séance  pendant  laquelle  a  eu  lieu 
la  signature  du  traité.  M.  Frandin  a  pris  dans  ses  mains  les 
textes,  les  a  lus,  les  a  déclarés  conformes  et  nous  avons  eu 
confiance  en  ses  paroles.  Nous  n'avons  pas  fait  retraduire  le 
texte  français  à  Pé-King.  Quant  à  ce  qui  est  de  stipulations 


». 


M.    DE    SEMALLÊ    ET    LE    Y  AMEN  455 

quelconques  en  dehors  du  texte  qui  â  été  signé,  j'affirme 
qu'il  n'en  a  été  nullement  question  entre  S.  E.  Li  et  M.  Four- 
nier  et  qu'ils  ont  trouvé  le  tout  fort  bien  et  très  en  règle.  » 

D'ailleurs,  le  Yamen  paraissait  ne  pas  donner  une  grande 
importance  au  traité  du  ii  mai,  M.  Patenôtre  étant  attendu 
pour  signer  un  traité  définitif.  Plusieurs  ministres  disaient 
que  Lang-so'n  est  une  des  clefs  de  la  frontière  chinoise  et 
ne  sera  jamais  évacuée  avant  la  conclusion  tout  au  moins  d'un 
traité  définitif;  Li  Houng-Tchang  n'a  pu  accorder  que  ce  à 
quoi  il  avait  été  autorisé,  et  jamais  il  n'avait  été  question 
de  cela. 

M.  de  Semallé  insista  sur  la  gravité  des  responsabilités 
encourues  par  le  Gouvernement  chinois  et  remit  une  note  en 
français  à  laquelle  il  réclamait  une  prompte  réponse  : 

Pé-King,  2  2  juin  i884- 

Le  soussigné,  Chargé  d'Aflaires  de  France  en  Chine,  a  le  re- 
gret d'avoir  à  informer  S.  A.  le  Beilé  Yi-k*ouang,  désigné  par 
l'Empereur  pour  remplacer  son  A.  I.  le  Prince  Koung,  comme 
Président  du  Comité  des  Affaires  extérieures,  —  qu'au  mépris 
du  traité  signé  le  1 1  mai  à  Tien-Tsin,  entre  S.  Exe.  le  Vice-Roi 
Li  Houng-tchang  cl  M.  le  Commandant  Fournier,  munis  res- 
pectivement des  pleins  pouvoirs  de  l'Impératrice  Régente  et  du 
Président  de  la  République  —  les  troupes  envoyées  par  le  Com- 
mandant des  forces  françaises  du  Tohg-King,  pour  occuper  Lang- 
so'n.  après  la  date  convenue  pour  son  évacuation  parles  troupes 
impériales,  ont  été  attaquées  par  quatre  mille  soldats  réguliers 
chinois. 

Par  ordre  exprès  de  son  Gouvernement,  11  proteste  hautement 
contre  cette  violation  des  engagements  les  plus  solennels  :  il  rend 
le  Gouvernement  Chinois  responsable,  jusque  dans  leurs  derniè- 
res conséquences,  des  suites  directes  ou  indirectes  de  cette  agres- 
sion et  il  réserve  de  la  façon  la  plus  formelle  tous  les  droits  ac- 
quis par  la  France  à  la  réparation  des  pertes  et  des  outrages  qui 
lui  ont  été  infligés  au  Tong-King. 

Le  Soussigné  a  également  le  devoir  d*insisler,  de  la  façon  la 
plus  pressante,  auprès  du  Gouvernement  Chinois,  pour  que  les 
troupes  impériales  reçoivent  d'urgence  l'ordre  de  repasser  immc- 


^56  l'affaire  du  tong-ung 

dialonient  la  frontière  et  d'évacuer  sans  aucun  retard  la  totaliic 
du  Tong-King. 

11  saisit  cette  occasion  pour  renouveler  à  S.  A.  le  Beilé  Y»- 
k'ouang,  les  assurances  de  sa  haute  considération. 

Sig.  Semallé. 

L'erreur  capitale,  écrivait  M.  de  Semallé,  le  7  juillet  i884. 
à  M.  Jules  Ferry  : 

a  Celle  qui  avait  donné  lieu  au  seul  malentendu  dangereux, 
provenait  de  ce  que  notre  article  V  avait  été  traduit  de  telle 
sorte  que,  depuis  le  premier  jour  où  le  projet  d'évacuation  avait 
été  présenté  à  l'Impératrice  et  au  Conseil  Privé  jusqu'au  a8  juin 
inclusivement,  tous  ceux  qui  en  avaient  pris  lecture  à  Pé-King, 
avaient  compris  que  les  articles  précédents  eux-mêmes  devaient 
faire  partie  des  matières  à  soumettre,  dans  les  trois  mois,  à  la 
discussion  des  Plénipotentiaires  des  deux  Puissances  et  que  ce 
serait  seulement  à  partir  du  jour  à  fixer  par  ceux-ci,  que  l'éva- 
cuation rapide  ou  immédiate  (peu  leur  importe)  du  Tong-King 
[jar  les  troupes  impériales  devrait  avoir  lieu.  » 

Nos  malentendus  ont  été  dus  en  grande  partie  soit  à  des 
erreurs  de  traduction,  soit  à  une  mauvaise  désignation  des 
noms  de  lieux.  Le  Tong-King,  pour  les  Chinois,  est  la  Cour 
de  iE^t,  une  ville,  Ila-noï,  et  non  le  pays  même  qu'ils 
désignent  sous  Tappcllation  de  Pe-Ky,  Ils  ne  nous  trom- 
paient donc  pas  en  nous  disant  qu'ils  n'avaient  pas  de  trou- 
pes au  Tong-King,  c'est-à-dire  à  Ha-noï. 

Le  29  juin,  à  8  heures  du  soir,  la  légation  de  France  rece- 
vait la  réponse  suivante  du  Yamen  : 

7*  jour  de  la  h^  lune  intercalaire  (le  !j9  juin  i884). 

COMMUNICATION    OFFICIELLE 

Le  6  de  cette  lune  (28  juin  188A),  vous  nous  avez  remis  pcr- 
sonriellemoiil,  M.  le  Chargé  d'affaires,  une  dépèche  écrite  en 
français,  que  nous  avons  fait  traduire  et  dans  laquelle  vous  nous 
(lisiez  que  «  les  troupes  envoyées  par  le  Commandant  des  forces 
françaises  au  Tong-King,  pour  occuper  Lang-so'n,  après  la  date 


M.    DE    SEMALLÉ    ET    LE   YAMEN  4^7 

fixée  pour  son  évacuation  par  les  troupes  chinoises,  ont  été  atta- 
quées par  quatre  mille  soldats  chinois  »,  que,  «par  ordre  de  votre 
gouvernement  vous  protestez  et  rendez  responsable  la  Chine.  » 
que  «  vous  nous  suppliez  de  donner  ordre  aux  troupes  chinoises 
d'évacuer  au  plus  tôt  la  totalité  du  territoire  tonkinois,  etc.,  etc.  » 

Or,  le  V'  article  de  la  Convention  sommaire  conclue  à  Tien- 
Tsin  entre  le  Commissaire  des  Ports  du  Nord  Li,  et  M.  Four- 
nier,  Représenta nt  de  votre  pays,  porte  que  «  après  un  délai  de 
trois  mois,  on  élaborera  de  concert  un  traité  défmitif,  sur  les 
bases  fixées  par  les  articles  précédents  ».  Dans  cette  convention 
sommaire,  rien  n*a  été  convenu  avec  précision  en  ce  qui  concerne 
les  questions  de  commerce  ou  de  frontières  et,  quant  à  ce  qui 
est  relatif  aux  retraites  des  garnisons  chinoises,  aucune  date 
n'a  été  non  plus  spécifiée  pour  cette  évacuation.  G*est  pourquoi 
la  Chine  a  envoyé  des  instructions  écrites  aux  corps  d'armée  du 
Yun-Nan  et  du  Kouang-Si ,  cantonnés  au  Tong-King ,  pour 
qu'ils  continuent  d'occuper  les  lieux  où  ils  se  trouvaient,  en  leur 
interdisant  d'expédier  des  troupes  en  avant  ou  de  prendre  l'ini- 
tiative d'une  bataille,  jusqu'au  moment  où,  le  traité  définitif 
ayant  été  conclu,  on  pourrait  de  part  et  d'autre,  retirer  ses 
troupes. 

La  région  de  Lang-so'n  est  la  plus  proche  du  Kouang-Si.  La 
passe  de  Tchen-Nai\  Kouan  est  la  frontière  de  la  Chine.  Les  trou- 
jjes  du  Kouang-Si  y  ont  été  justju'ici  cantonnées.  Un  télégramme 
y'ioni  de  par>enir  à  notre  Yamen  disant  que  les  troupes  régu- 
lières de  votre  pays,  s'annonçant  comme  faisant  une  tournée  du 
côté  des  frontières,  se  sont  présentées  soudain  dans  un  lieu  oc- 
cupé, dès  le  principe,  par  l'armée  du  Kouang-Si,  pour  reconnaî- 
tre nos  camps,  qu'elles  ont  ouvert  le  feu  à  coups  de  fusils  et  de 
canons,  si  bien  que  nos  trouj)es  se  sont  défendues,  Hc. 

Si  les  troupes  régulières  françaises  désiraient  faire  une  tour- 
née sur  les  frontières,  pourquoi  n'ont-elles  pas  attendu  la  con- 
clusion du  traité  définitif  et  pourquoi  ne  vous  ont-elles  pas  tout 
d'abord  informé,  M.  le  Chargé  d'Affaires,  pour  que  vous  puissiez 
nous  le  dire  et  nous  permettre  de  le  porter  à  la  connaissance  de 
nos  garnisons  chinoises  du  Yun-Nan  et  du  Kouang-Si  ?  Au  lieu 
J'agir  de  la  sorte,  elles  se  sont  avancées  et  nous  ont  attaqués,  ce 
qui  est  en  opposition  avec  l'article  II  de  la  convention  sonunaire 
où  il  est  dit  que  «  aucune  agression  ne  pourra  être  exercée  ». 

Il  semble,  dans  ces  circonstances,  que  les  troupes  régulières 
françaises  doivent  porter  la  responsabilité  de  l'attaque  et  recon- 


458  l'affaire  du  tong-king 

naître  que  c'est  à  elles  qu'incombent  les  frais  d'une  indemnité- 
Depuis  le  17  de  la  4"  lune  (11  mai),  jour  de  la  conclusion  de  la 
convention  sommaire  entre  les  deux  pays,  jusqu'au  jour  présent, 
trois  mois  vont  bientôt  s'être  écoulés.  Que  l'on  discute  donc  en  dé- 
tail»—  conformément  aux  stipulations  de  la  Convention  —  un 
traité  définitif  de  frontières  et  de  commerce,  et  les  événements 
qui  viennent  de  se  passer  ne  se  reproduiront  plus. 

Nous  vous  prions  donc  instamment,  M.  le  Chargé  d'Affaires, 
de  vouloir  bien  demander  au  Ministère  français  des  Affaires 
étrangères  :  d'une  part  de  faire  donner  des  ordres  à  \os  troupes 
régulières  pour  qu'elles  s'abstiennent  désormais  de  toute  marche 
en  avant  et  de  toute  attaque  et  d'autre  part,  pour  qu'il  presse 
l'arrivée  en  Chine,  dans  le  délai  voulu,  du  Ministre  chargé  de 
s'entendre  avec  nous  sur  le  traité  définitii*.  Il  fera  preuve  par  là 
de  son  respect  pour  les  devoirs  de  l'amitié  et  de  Timportance 
qu'il  attache  aux  Traités  * . 

«  Ce  qui  m'a  le  plus  frappé,  écrivait  M.  de  Semallé  dans 
sa  dépêche  du  3o  juin,  c'est  l'air  de  sincérité  et  l'étonnemenl 
de  tous  quand  j'ai  parlé  des  faits,  qui  venaient  de  se  produire 
au  Ïong-King,  comme  d'événements  de  la  plus  haute  gravité  I 
Les  ministres  et  le  prince  ne  voulaient  pas  le  croire  et  je 
les  ai  laissés  extrêmement  surpris,  mais  pleins  de  confiance 
que  l'arrivée  prochaine  de  M.  Patenôtre  suffirait  pour  réta- 
blir la  bonne  harmonie  qu'ils  déclarent  désirer  sincèrement.  » 

A  son  tour  Li  fournissait  ses  explications  au  Yamen  : 

LETTRE  DE   LI  HOl'NG-TCHA?IG   AU   TSOUNG-LI  TAME^, 

2    JUILLET    1884 

J'ai  reçu  la  lettre  collective  que  vous  m'avez  adressée  le  8  de 
la  5*  lune  intercalaire  (3o  juin  i884).  ainsi  que  les  copies,  qui  v 
étaient  jointes,  des  procès- verbaux  de  \os  entretiens  avec  le  Chargé 
d'Affaires  de  France,  M.  de  Semallé,  et  de  la  correspondance 
échangée  avec  lui. 

Vous  me  demandez  si,  dans  mes  conversations  avec  M.  Four- 

I.  Pour  traduction  conforme,  signé  :  A.  Vissikre. 


LETTRE    DE    LI    HOUNG-TCHANG    AU    TSOUNG-LI    YAMEN  4^9 

nier,  au  moment  de  son  départ,  j'ai  donné  mon  consentement 
à  une  Annexe  de  la  Convention.  J*ai  lu  h  plusieurs  reprises  ce 
passage,  qui  m*a  causé  une  grande  surprise.  En  effet,  M.  Four- 
nier  est  parti  le  a4  de  la  4®  lune,  pour  rentrer  en  France.  Le  2 3 
(17  mai  1884)  il  est  venu  me  voir  pour  me  faire  ses  adieux  et, 
pendant  Tentrctien,  il  a  produit  une  note  écrite  en  français  sur 
une  feuille  de  papier  et  il  a  dit  à  Tinterprète  d'en  faire  la  tra- 
duction. Celle-ci  comprenait  trois  points  : 

I"  La  France  avait  nommé  Ministre  Plénipotentiaire,  M.  Pa- 
tenôtre,  avec  mission  de  conclure  le  traité  définitif.  M.  Patenô- 
Irc  viendrait  en  Chine  après  avoir  quitté  Hué.  i 

a'  La  France  devant  protéger  la  totalité  du  territoire  tonki- 
nois, le  Général  Millot  se  proposait  d'expédier  des  troupes  fran- 
çaises ou  annamites,  après  vingt  jours,  à  Cao-Bang  QiLang-so*n, 
et  après  quarante  jours,  à  Lao-kay.  —  Sur  les  deux  rives  du 
Fleuve  Rouge,  des  troupes  françaises  ou  annamites  devaient  aller 
poursuivre  les  Pavillons  Noirs  et  les  autres  bandes,  dans  tous  les 
lieux  où  on  les  rencontrerait.  Les  troupes  chinoises  devaient 
s'être  retirées  dans  les  délais  fixés. 

3**  La  France  informait  M.  Patcnôtre  qu'il  devait  supprimer  du 
1"  article  du  traité  franco-annamite  tout  ce  qui  concernait  l'Em- 
pire chinois,  pour  qu'il  n'y  restât  rien  d'oITonsant  pour  la  di- 
gnité de  la  Chine. 

Telles  étaient  l'explication  à  donner  aux  articles  II,  IV  et  V 
de  la  Convention  et  les  obligations  qui  en  résultaient,  etc. 

Je  dus  alors  lui  dire  que  j'avais  appris  que  les  troupes  du 
Yun-Nan  et  du  Kouang-îSi  étaient  campées  séparément  dans  la 
région  de  Lang-so'n  et  de  Lao-kay,  localités  toutes  voisines  de  la 
frontière  de  Chine  ;  que  ces  troupes  y  tenaient  garnison  en  per- 
manence depuis  plus  de  dix  ans,  pour  la  répression  des  rebelles 
et  que  notre  vassal  s'appuyait  sur  elles  pour  le  maintien  de  l'or- 
dre; qu'elles  n'avaient  aucun  rapport  avec  la  France,  qu'elles  ne 
gênaient  pas;  que,  la  paix  venant  d'être  conclue,  il  importait 
d'attendre  que  le  traité  définitif  eût  été  signé,  pour  s'entendre 
à  leur  sujet;  que  la  France,  en  demandant  l'évacuation  à  date 
fixe,  semblait  parler  le  langiigede  la  contrainte;  que  je  n'oserais 
certainement  pas  y  consentir,  non  plus  que  je  n'oserais  présen- 
ter au  Trône  aucun  Rapport  a  ce  sujet. 

M.  Fournier  continua  avec  instance,  à  me  prier  de  faire  ren- 
trer nos  garnisons,  conformément  à  la  Convention.  Je  lui  dis 
que,  la  distance  étant  trop  grande,  je  ne  pouvais  me  faire  une  juste 


460  L*AFF.V1RE    DU    TONG-KING 

idée  des  circonstances  spéciales  au  pays  et  que  c'était  aux  hautes 
autorités  placées  à  la  tôte  des  armées  qu'il  convenait  d'aviser  et 
d'agir»  suivant  les  exigences  du  moment.  Je  lui  conseillai  d'em- 
pêcher les  troupes  françaises  de  se  porter  en  avant  avec  précipi- 
tation, ce  qui  les  ferait  se  rencontrer  avec  les  forces  chinoises,  et 
d'éviter  une  bataille  et  un  conflit. 

M.  Fournicr  prit  congé  et  partit.  J'ignore  ce  qu'il  a  dit  dans 
le  télégramme  par  lui  adressé  à  son  Gouvernement.  Mais  il  ne 
m'a,  en  réalité,  remis  aucune  dépêche, et  il  n'a  rien  existé  qui 
pût  prendre  le  non  d* Annexe  à  la  Convention, 

J'ai  l'honneur,  etc.,  etc.  '. 

M.  Patenôtre  arrivait  à  Chang-Haï  le  i""  juillet  i88i  où 
suivant  les  instructions  qu'il  avait  reçues,  il  attendit  Taniiral 
Courbet  pour  conférer  avec  lui  sur  la  situation  avant  de  con- 
tinuer sa  route  jusqu'à  Pé-King,  se  bornant  à  notifier  au 
Tsoung-li  Yamen  par  lettre  officielle  sa  présence  en  Chine 
et  sa  prise  de  service. 

D'autre  part,  M.  de  Semallé  était  invité  à  poursuivTe  ses 
pourparlers  avec  le  Tsoung-li  Yamen,  tout  en  tenant  M.  Pale- 
nôtre  au  courant  de  ses  démarches.  Bien  que  celui-ci  eût 
pris  la  direction  olîicielle  de  la  légation,  la  présence  de 
M.  de  Semallé  à  Pé-King  n'en  restait  pas  moins  nécessaire 
dans  les  circonstances  actuelles  et  l'on  comptait  sur  le  dévoue- 
ment dont  il  avait  fait  preuve  jusqu'alors. 

EXPLÏCATJONS    ET    NÉGOCIATIONS 

M.  Jules  Ferry  recevait  du  ministre  de  Chine  les  explica- 
tions de  son  Gouvernement,  et  il  télégraphiait  à  M.  Pate- 
nôtre : 

5  Juillet  1884. 

Le  ministre  de  Ciiine  m'a  remis  hier  une  note  relative  a  l'af- 
faire de  Lang-so'n.  Le  (iouvcrnement  chinois  soutient  qu'un  ar- 

1.   Pour  traduction  conforme,  signé  :  A.  Vjssière. 


EXPLICATIONS    ET    Nl^GOCIATIONS  46l 

rangement  définitif  n'étant  pas  encore  intervenu,  le  fait  que  les 
armées  chinoises  sont  restées  au  Tong-King  ne  constitue  pas  un 
acte  d'hostilité.  Il  en  conclut  que  l'envoi  de  la  flotte  sur  les  côtes 
de  Chine  ne  se  justifie  pas,  et  il  nous  demande  de  presser  votre 
arrivée  à  Pé-Ring  pour  traiter  définitivement. 

Dans  une  réponse  écrite,  je  rappelle  l'article  a  du  traité  du 
1 1  mai  portant  que  la  Chine  «  s'engage  à  retirer  immédiate- 
ment sur  ses  frontières  toutes  les  garnisons  chinoises  du  Tong- 
King  »,  et  l'arrangement  complémentaire  destiné  à  régler  l'exé- 
cution de  cette  clause  et  conclu  peu  après  avec  le  Vice-Roi  muni 
de  pleins  pouvoirs.  Nous  avons  publié  en  même  temps  les  termes 
des  deux  arrangements;  si  le  gouvernement  chinois  trouvait  les 
dates  d'évacuation  trop  rapprochées  en  raison  des  distances,  il 
devait  nous  en  prévenir.  11  y  a  donc  eu  agression  préméditée, 
guet-apens,  violation  du  traité,  pour  laquelle  nous  réservons  ex- 
pressément nos  droits  à  une  réparation. 

J'ai  ajouté  qu'avant  tout  la  Chine  nous  doit  des  garanties  pour 
l'exécution  loyale  du  traité  du  1 1  mai  ;  qui  est  définitif  par  sa 
nature  même  et  sera  complété  par  des  arrangements  de  frontières 
et  de  commerce.  Ces  garanties  ne  peuvent  résulter  que  d'une  dé- 
claration immédiate  portant  que  les  troupes  chinoises  ont  reçu 
l'ordre  d'évacuer  le  Tong-King  sans  délai.  Le  gouvernement  chi- 
nois est  prévenu  que  vous  ne  poursuivrez  pas  votre  voyage  avant 
que  nous  soyons  fixés  sur  ce  point,  et  son  Ministre  à  Paris  doit 
télégraphier  à  Pé-King  aujourd'hui  et  me  faire  connaître  d'ur- 
gence la  réponse. 

Attendez  à  Chang-Haï  de  nouvelles  instructions,  et  tenez  au 
courant  M.  de  Semallé  qui  devra  en  tous  cas  rester  sous  vos  or- 
dres à  Pé-King. 

Le  i**"  juillet,  M.  de  Semallé  remettait  une  note  au  Tsoung- 
li  Yamen,  en  réponse  à  la  dépêche  de  celui-ci,  du  29  juin. 
A  partir  de  la  date  où  il  avait  reçu  ce  document,  le  Yamen 
ne  pouvait  en  aucune  manière  invoquer  sa  bonne  foi  comme 
excuse,  pas  plus  que  les  fautes  d'un  texte  qu'il  avait  le  devoir 
de  vérifier  sans  retard.  Le  3o  juin,  le  Yamen  avait  envoyé 
M.  Hart  à  M.  de  Semallé,  pour  lui  exprimer  le  désir  d^arran- 
ger  aussi  vite  que  possible  les  choses   à  Tamiable  et  avait 


iiCa  i/affaire  du  tong-king 

paru  disposé  à  rappeler  dès  le  lendemain  par  un  décret  impé- 
rial, publié  à  la  Gazette  de  Pé-King,  et  notifié  à  la  légation 
de  France,  toutes  ses  troupes  du  Tong-King.  Malheureuse- 
ment les  conseils  de  Tso  l'emportèrent;  l'arrivée  de  M.  Pate- 
nôtre  connue,  le  Gouvernement  chinois  nomma  des  com- 
missaires pour  se  rendre  au-devant  de  lui,  et  quand  M.  Hart 
pria  le  Yamen  d'accorder  le  retrait  des  troupes,  celui-ci  ré- 
pondit par  l'envoi  de  la  note  suivante  : 

DÉPÊCHE  DU  TSOL'NG-LI  YAMEN  A  M.  DE  SEMALLÉ,  4  JUn^LET  l884 

12*^  jour  de  la  5*  lune  intercalaire  de  la  lo'  année  Kouang-Siu 
(4  juillet  i884). 

COMMUN  ICAXION    OFFICIKLLE 

Nous  avons  reçu,  Monsieur  le  Cliargé  dWflaircs.  la  communi- 
cation ofïicielle  dans  laquelle  vous  nous  dites  que  a  vous  avez 
constaté  de  la  façon  la  plus  claire,  par  le  contenu  de  la  dépêche 
du  Prince,  comme  par  les  conversations  que  vous  avez  eues  au 
Yamen,  que  nous  avions  été  induits  en  erreur  par  la  traduction 
fautive  du  texte  français  de  la  Convention,  etc..  etc.  » 

Or,  il  a  bien  été  dit  dans  un  des  cinq  articles  de  la  Conven- 
tion conclue  à  Tien-ïsin,  que  le  texte  français  ferait  foi;  cepen- 
dant celle-ci  n*a  été  signée  par  les  deux  parties  qu'après  que  les 
textes  français  et  chinois  eurent  été  comparés  de  part  et  d'autre 
et  reconnus  sans  erreur,  les  textes  dans  les  deux  langues  peuvent 
naturellement  être  contrôlés  Tun  par  Taulre,  et,  en  ce  qui  con- 
cerne le  retrait  des  garnisons  chinoises  sur  les  frontières,  il  n'a 
été  spécifié  nulle  part  de  lieu  ni  de  date  pour  ce  retrait. 

Vous  nous  parlez,  M.  le  Chargé  d'affaires,  de  trois  articles 
examinés  et  approuvés  par  M.  le  Commandant  Fournier  et  par 
S.  E.  Li.  Si  ces  trois  articles  existent,  ils  ont  dû  être  placés  à  la 
suite  des  cinq  articles  (de  la  Convention),  signés  en  même  temps 
et  portés  aux  archives,  ou  bien  ils  ont  été  insérés  dans  une  Dé- 
pêche oflicielle  indépendante.  Nous  ne  possédons  rien  de  sembla- 
bles. De  plus,  le  Prince  s'étant  adressé  à  ce  sujet  à  S.  E.  Li,  en 
a  reçu  une  lettre  portant  qu'il  ne  s'est  agi  que  d'une  proposition 
du  Commandant  Fournier  à  S.  E.  Li,  qui  n'y  a  pas  consenti.  Il 
n'y  a  donc   aucune  pièce  qui    nous  oblige  à  nous  y   conformer. 


DÉPÊCUE    DU    TSOUXG-LÏ    TAMEN-  A    M.    DE    SEMALLÉ  ^63 

Toutes  les  questions  de  frontière  et  de  commerce  ont  été  réser- 
vées pour  des  négociations  ultérieures  et  minutieuses  entre  les 
représentants  des  deux  jwys,  aussi  n'est-on  convenu  précédem- 
ment de  rien  touchant  les  territoires  occupés  par  les  garnisons 
rappelées,  non  plus  que  toucliant  les  frontières  qui  devront  ôtre 
déterminées.  Aussi  la  Chine  attend-elle  que  les  représentants  des 
deux  puissances  soient  arrives  à  un  accord  définitif,  pour  y  voir 
la  conclusion  de  Taflaire  et  la  base  de  la  paix. 

Quant  aux  causes  du  malentendu  survenu  entre  les  deux  ar- 
mées, lors  de  l'affaire  du  aS  aiix  environs  de  Lang-son.  dont  vous 
nous  entretenez,  M.  le  Chargé  d'Affaires,  les  nouvelles,  qui  nous 
sont  parvenues  à  ce  sujet,  diffèrent.  Il  est  donc  impossible  quant 
à  présent,  de  nous  en  rendre  un  compte  exact,  mais  il  est  par- 
faitement évident  que  ces  événements  ne  sont  le  résultat  d'une 
intention,  ni  de  la  part  dos  gouvernements  chinois  et  français, 
ni  de  la  part  des  représentants  des  deux  pays.  La  communication 
officielle  que  nous  venons  de  recevoir  de  vous,  M.  le  Chargé 
d'Affaires,  témoigne  de  vos  intentions  amicales,  comme  celles  de 
la  Chine  et  du  Gouvernement  français,  et  il  est  aussi  évident  que 
vous  allez  6tre  muni  des  {wuvoirs  nécessaires  pour  assurer  heu- 
reusement la  paix  et  la  bonne  amitié.  Ce  n'est  pas  en  ergotant 
sur  les  différences  existantes  dans  le  sens  d'un  ou  deux  mots  des 
textes  français  et  chinois  que  nos  deux  pays  s'appliqueront  sincè- 
rement h  conserver  intact  cet  état  de  paix  et  de  bonne  amitié 
établi  entre  nous  ;  on  n'arrivera  à  ce  résultat  que  par  la  loyauté 
et  par  la  bonne  foi  et  la  loyauté  réciproques  et  permanentes  des 
hauts  fonctionnaires  des  deux  nations  tant  dans  le  gouvernement 
que  dans  l'armée.  Le  Prince  et  les  Ministres  sont  à  cet  égard,  una- 
nimes dans  leur  manière  de  voir.  En  ce  qui  concerne  le  retrait  sur 
les  frontières  des  troupes  chinoises  du  Tong-King,  dont  vous  nous 
parlez  dans  votre  dernière  dépèche,  M.  le  Chargé  d'AlTaires, 
comme  d'une  conséquence  du  traité,  notre  Yamen  a  reçu  une  ré- 
ponse de  S.  E.  Li  portant  «  qu'il  a  dit  personnellement  à  M.  le 
Commandant  Fournicr  que  les  troupes  chinoises  du  Yun-Nan 
et  du  Kouang-Si  campées  séparément  dans  la  région  de  Lang-so'n 
et  de  Cao-Bang,  n'étaient  qu'à  une  très  petite  distance  de  la  fron- 
tière de  Chine  ;  qu'elles  y  étaient  campées  depuis  plus  de  dix  ans 
pour  la  répression  du  brigandage  et  qu'elles  ne  se  trouvaient  pas 
là  à  cause  de  la  France,  ni  contre  elle,  etc.,  etc.  ». 

Il  importe  donc  que  notre  Yamen  écrive  sans  retard  à  S.  E. 
Li  et  aux  hauts  dignitaires  du  Yun-Nan  et  du  Kouang-Si  pour 


464  l'affaire    du    TOJfG-KlNG 

qu'ils  fassent  occuper  provisoirement  Lang-so'n  et  Lao-Kay  par 
les  troupes  chinoises,  en  leur  interdisant  de  pénétrer  plus  avant 
et  leur  enjoignant  d'attendre  tranquillement  que  les  Représen- 
tants des  deux  pays  se  soient  entendus  sur  les  questions  de  fron- 
tières, après  quoi  ordre  sera  donné  de  se  conformer  au  nouvel 
accord. 

Nous  vous  prions,  en  même  temps,  de  télégraphier  aussi  aux 
troupes  françaises  pour  qu'elles  ne  marchent  pas  en  avant  de  fa- 
çon que  de  part  et  d'autre  nos  bons  rapports  soient  garantis. 

Si,  avant  l'arrivée  des  instructions  de  notre  Yamen,  les  trou- 
pes chinoises  et  françaises  se  rencontraient,  ou  si  quelque  enga- 
gement avait  lieu,  il  ne  devrait  en  aucun  cas  influer  sur  ce  qui 
est  stipulé  ici. 

M.  Patenôtre,  Ministre  de  France,  est  déjà  arrivé  à  Chang- 
Haï.  Nous  vous  prions,  M,  le  Chargé  d'Afiaires,  d'écrire  à 
M.  Patenôtre  de  venir  promptement  à  Tien-Tsin,  où  sont  ar- 
rivés aujourd'hui  même,  les  Commissaires  impériaux  Chinois 
chargés  de  négocier  avec  lui. 

Telle  est  la  réponse  oflicielle  que  nous  avions  à  vous  faire'. 

Les  ministres  furent  prévenus  par  Sir  Robert  Harl  que 
cette  note  devait  produire  le  plus  mauvais  eflet  et  pour  Tatté- 
nuer,  ils  envoyèrent  le  soir  même  une  sotte  de  commentaire 
qui,  tout  en  ne  les  compromettant  pas,  était  censé  repré- 
senter le  fond  de  leur  pensée.  M.  de  Semallé  fit  répondre  par 
l'intermédiaire  de  sir  Robert,  qu'en  «  présence  des  mauvaises 
dispositions  du  Gouvernement  chinois,  mal  déguisées  dans  la 
lettre  ofTicielle  à  laquelle  il  pouvait  seule  attacher  de  la  valeur, 
il  ne  pouvait  plus  compromettre  par  aucune  démarche,  sa 
propre  responsabilité,  pas  plus  que  les  graves  intérêts  dont  il 
avait  été  chargé  » . 

Sir  Robert  Hart  quittait  Pé-Kîng  le  6  juillet  ayant  reçu 
pour  mission  de  rechercher  un  accord  avec  M.  Patenôtre  sur 
les  bases  suivantes  : 

1°  En  principe,   maintien  de  la  Convention  de  Tien-Tsin  et 
I.  Pour  traduction  conforme,  signe  :  A.  Vissikrf. 


DÉPÊCHE    DE    M.    DE    SEMALLÉ  /|65 

arriver  à  ce  résultat  que.  provisoirement  les  deux  textes  soient  re- 
connus comme  souscrits  et  exécutés  de  bonne  foi,  et  valables 
jusqu'au  traité  définitif. 

2*^  Abrogation  immédiate  de  ces  deux  textes  et  de  la  Conven- 
tion de  Tien-Tsin  jugée  peu  claire  et  insuffisante ,  par  la  conclu- 
sion d'un  traité  immédiat  dit  définitif  et  qui  ne  serait  qu'une  se- 
conde édition  de  la  Convention  du  1 1  Mai,  puisqu'il  laisserait  à 
régler  pour  plus  tard  et  sur  de  bonnes  promesses,  les  questions 
de  délimitation,  douanes,  commerce,  etc.,  etc. 

3"  Maintien  des  troupes  chinoises  au  Tong-King  jusquau  jour 
à  fixer  par  cette  nouvelle  Convention. 

Le  6  juillet  au  soir,  le  Yanien  adressait  a  M.  de  Somalie  une 
nouvelle  dépêche  dans  laquelle  il  déclarait  que  le  texte  chi- 
nois garanti  exact  par  M.  Frandin  faisait  loi  pour  lui, 
qu'aucune  pièce  officielle  n'avait  été  échangée  relativement 
aux  dates  d'évacuation  ;  que  la  Convention  de  Tien-Tsin 
étant  sans  valeur  jusqu'au  traite  définitif,  il  était  urgent  de 
réunir  les  plénipotentiaires,  après  quoi  des  deux  côtés,  on 
pourrait  retirer  les  troupes. 

Le  6  juillet  i884  à  6  h.  4o  du  soir,  M.  Patenôtre  rece- 
vait le  télégramme  suivant  de  M.  de  Semallé  : 

Un  revirement  s'est  fait  à  Pé-King.  Le  Tsoung-li  Yamen, 
après  m'avoir  oflicieusement  fait  croire  que  le  rappel  immédiat 
des  troupes  serait  ordonné  le  3  par  un  décret  impérial,  répond 
aujourd'hui  4  à  ma  note  du  i*^. 

Il  a  constaté  différence  entre  les  textes  Français  et  Chinois; 
mais  il  prétend  que  les  commissaires  les  ayant  signés,  les  deux 
versions  peuvent  être  considérées  comme  équivalentes.  Selon  lui, 
Li  Houng-tchang  reconnaît  que  le  Commandant  Fournier  a  de- 
mandé de  fixer  des  dates  pour  l'évacuation  mais  affirme  qu'il  a 
refusé  d'y  consentir  ;  il  aurait  seulement  accordé  de  faire  concen- 
trer ses  troupes  aux  environs  de  la  frontière  et  aucune  pièce  de 
lui  n'existerait. 

Des  ordres  viennent  d'être  donnés  de  concentrer  troupes  chi- 
noises dans  Lang-son  et  Lao-Kay  —  Si  des  engagements  se  pro- 
duisaient de  nouveau  entre  les  deux  armées,  la  Chine  repousse 
toute  responsabilité. 

CORDIER.  II.    —   3o 


466  L*AFFAIRE    DU    TONG-K.ING 

Le  ïsoung-li  Yamcn  me  prie  de  provoquer  des  ordres  arrêtant 
notre  marche  en  avant  et  de  presser  l'arrivée  de  M.  Patenôtre 
qui  sera  attendu  à  Tien-Tsin  par  des  Commissaires  Impériaux. 

On  veut  y  arrêter  notre  ministre.  Le  Vice-Roi  a  dit  à  M.  Fran- 
din  qu'il  serait  désigne  et  assisté  de  4  membres  du  Tsoung-li  Ya- 
men.  En  réponse,  je  prends  acte  de  Taveu  du  Tsoung-li  Yamen 
qui  reconnaît  la  non  conformité  du  texte  chinois,  je  cite  le  texte 
de  Taccord  intervenu  pour  l'évacuation  à  dates  fixes  que  j*ai  reçu 
ce  matin  par  le  télégraphe,  mais  sans  préciser  qu'il  ait  été  pro- 
posé par  Li  Houng-tchang  parce  que  M.  Frandin  affirme  qu'il 
n'existe  qu'une  note  explicative  rédigée  par  le  Commandant 
Fournier  ;  je  rends  le  Gouvernement  Impérial  responsable  de  tout 
nouvel  engagement  et  maintiens  ma  note  du  28  juin.  Le  télé- 
gramme de  Votre  Excellence  du  37  sera  remis  à  Li  Houng-tchang 
qui  me  parait  complice  de  tout  ce  qui  se  passe. 

L'amiral  Courbet  arrivé  à  Chang-Haï  le  5  juillet  ainsi  que 
l'amiral  Les|)ès  et  M.  Patenôtre  pensaient  qu'il  fallait  bien 
se  garder  de  rouvrir  les  négociations,  que  la  Chine  cherchait 
à  gagner  du  temps  pour  nicltre  sa  flotte  à  Tabri  et  entraver 
l'accès  de  ses  ports,  qu'un  nouveau  délai  rendrait  les  moyens 
d'intimidation  plus  difficiles,  qu'il  conviendrait  de  rappeler 
immédiatement  M.  de  Semallé  cl  d'adresser  au  Gouverne- 
ment chinois  Tultimatum  suivant  (6  juillet)  : 

1°  Reconnaissance  formelle  par  décret  inséré  dans  la  Gazette 
de  Pé-King  de  toutes  les  clauses  de  la  Convention  Fournier,  y 
compris  évacuation  immédiate  du  Tong-King. 

2**  Engagement  de  payer  à  la  France  indemnité  de  260  mil- 
lions pour  violation  de  la  Convention  et  comme  dédommage- 
ment frais  résultant  du  maintien  de  notre  corps  expéditionnaire. 

3"*  Remise  immédiate  entre  nos  mains  à  titre  de  gages,  jusqu'à 
paiement  complet,  des  arsenaux  de  Fou-lchéou  et  de  Nan-King, 
ainsi  que  des  forts  qui  en  dépendent. 

4°  Nomination  immédiate  de  pléni(X)tentiaires  chargés  de  si- 
gner à  Chang-Iïaï  traité  définitif  sur  les  bases  ci-dessus. 

Le  Tsoung-li  Yamen  serait  averti  que  si  dans  un  délai  de  trois 
jours  nous  n'obtenions  pas  de  réponse  favorable,  M.  de  Semallé 
amènerait  son  pavillon  et  que  nous  prendrions  nous-mèmc  les 
gages  que  nous  réclamons  et  d'autres,  si  nécessaire. 


472  l'affaire  du  tong-ring 

De  son  coté,  M.  Patenôtre  faisait  répondre  par  M.  de 
Semallé  au  Yamen,  le  18  juillet  : 

«  Le  Gouvernement  français  s'en  tient  strictement  à  ses  di- 
clarations  récentes  et  ne  peut  rien  changer  aux  termes  de  la  Noie 
que  la  Légation  de  France  en  Chine  a  fait  remettre  à  Son  Al- 
tesse le  I a  de  ce  mois  avant  midi.  » 

Le  19  juillet,  un  décret  impérial  désignait  «  le  vice-roi  des 
Deux  Kiang,  ïs'êng  Kouo-ts'iuan,  muni  de  pleins  pouvoirs, 
pour  se  rendre  en  toute  diligence  à  Chang-Haï  et  y  traiter 
avec  le  représentant  de  la  France  la  question  du  traité  défi- 
nitif ». 

Le  Yamen  demandait  que  le  délai  fixé  par  T ultimatum  fût 
prolongé  de  i5  jours,  à  partir  du  20  juillet;  il  annonçait  en 
même  temps  qu'il  envoyait  une  circulaire  à  tous  les  représen- 
tants étrangers  à  Pé-King,  dont  il  réclamait  les  bons  offices, 
et  qu'il  avertissait  que  le  devoir  des  Puissances  «  était  d'après 
les  lois  internationales  de  nous  refuser  armes,  munitions, 
vivres,  approvisionnements  de  toute  sorte  ». 

Ce  ne  fut  pas  M.  Young,  ministre  américain,  qui  prit 
l'initiative  de  propositions  de  médiation,  mais  bien  le  gou- 
vernement chinois  qui,  le  19  juillet  i884,  s'appuyant  sur  le 
premier  article  du  traité  américain  de  Ticn-Tsin,  réclama  les 
bons  offices  des  États-Unis  ;  le  23,  M.  John  Russell  Young 
répondit  au  Yamen  que  dés  qu'il  avait  reçu  sa  dépêche,  il 
avait  télégraphié  au  Président  des  États-Unis  dont  il  atten- 
dait la  réponse. 

La  France  consentait  à  prolonger  le  délai  qui  expirait  le 
19  juillet  et  à  se  rencontrer  avec  le  vice-roi  de  ?îan-King. 

De  Pé-King,  les  nouvelles  qui  arrivaient  à  M.  Patenôtre 
étaient  contradictoires.  Le  23  juillet,  M.  de  Semallé  lui  télégra- 
phiait: «  L'état  des  choses  est  fort  grave.  Le  Tsoung-li  Yamca 
est  soutenu  contre  nous,  et  selon  l'expression  de  Tso,  ne  se 
tiendra  pour  satisfait  que  si  nous  évacuons  Saigon  I  » 


^^.■•* 


EXPLICATIONS    ET    NÉGOCIATIONS  ^I^S 

Le  2/4  au  contraire,  télégramme  officiel  annonçant  à 
M.  Patenôtre  «  que  le  vice-roi  de  Nan-King  a  de  pleins  pou- 
voirs pour  faire  un  traité  définitif,  qu'il  a  également  des  pou- 
voirs pour  discuter  le  reste  afin  qu'on  puisse  tout  régler  à  la 
fois  ». 

M.  Jules  Ferry  se  faisait  de  bien  grandes  illusions  sur  les 
intentions  des  Chinois.  Le  25  juillet  i884,  il  adressait  à 
M.  Patenôtre  un  avant-projet  de  convention  commerciale  en 
quatre  articles  pour  compléter  et  arrêter  d'une  manière  défi- 
nitive le  traité  deTien-Tsin  du  ii  mai  i884,  et  être  présenté 
au  vice-roi  de  Nan-King  quand  la  question  d'indemnité  serait 
résolue. 

Les  conférences  pour  le  règlement  de  l'indemnité  s'ouvri- 
rent le  28  juillet  avec  Tseng  Kouo-ts'iuan,  vice-roi  de  Nan- 
King,  commissaire  impérial  des  ports  du  Sud,  du  parti 
de  Li  Houng-tchang,  c'est-à-dire  modéré,  ïch'en  Pao-tch'en, 
commissaire  impérial  chargé  de  la  défense  des  ports  du  Sud, 
partisan  de  Tso,  c'est-à-dire  ennemi  des  étrangers  ainsi  que  le 
troisième  plénipotentiaire  Siu  King-tch'eng,  désigné  comme 
successeur  du  marquis  Ts'êng  à  Paris;  M.  Patenôtre  était 
assisté  par  M.  Lemaire,  consul  général  de  France  à  Chang- 
Haï  et  M.  A.  Vissière,  premier  interprète  à  Pé-King.  Il  était 
difficile  de  nous  entendre.  Les  Chinois  étaient  convaincus  que 
l'on  prolongerait  encore  le  délai  de  l'ultimatum  du  12  juillet; 
«  par  esprit  de  conciliation  »  ;  ils  nous  offraient  une  indem- 
nité de  cinq  cent  mille  taëls,  soit  environ  3  millions  et  demi 
de  francs,  à  titre  de  secours  pour  les  victimes  de  Lang-son  ! 
Les  plénipotentiaires  chinois  furent  d'ailleurs  blâmes  de  cette 
offre  par  un  décret  secret  qui  fut  publié  le  7  août  dans  le  ISorth- 
China  Daily  News.  Pour  les  Chinois,  immédiatement  signi- 
fiait «  immédiatement  après  la  conclusion  du  traité  définitif». 
M.  Patenôtre  désirait  un  projet  de  convention;  au  lieu  de 
répondre  à  sa  demande,  le  vice-roi  de  Nan-King  lui  remit  le 
29  juillet  un  long  mémorandum,  plein  des  redites  des  docu- 


W' 


476  l'affaire  du  tong-ring 

ULTIMATUM,     19    AOUT    l884 

Le  19  août,  à  i  heure,  M.  de  Semallé  remellait  au  Tsoung- 
li  Yamen  ruitimatum  suivant  dont  les  termes  avaient  été 
arrêtés  à  Paris  : 

Le  Gouverneincnl  de  la  République  française  ayant  été  invité 
par  le  vole  des  deux  Chambres  du  Parlement  à  prendre  toute» 
les  mesures  nécessaires  pour  faire  respecter  le  traité  de  Tien-Tsin, 
le  vicomte  de  Semallé  a  l'honneur  de  faire  savoir,  d'ordre  de 
son  (iouvcrnemeut,  à  Son  Altesse  le  Président  et  à  Leurs  Excel- 
lences MM.  les  Ministres  du  Conseil  des  Affaires  Etrangères,  que 
le  chiffre  de  rindemnilé,  réclamée  par  la  France,  a  été  réduit  à 
raison  de  la  première  satisfaction  qui  résulte  de  la  publication 
du  décret  impérial  du  10  juillet,  h  la  somme  de  quatre-vingts 
millions  de  francs  payables  en  dix  ans,  mais  que  si,  dans  un 
délai  de  quarante-huit  heures,  à  dater  de  la  présente  notification, 
il  n'a  pas  été  fait  droit  à  celle  demande,  le  soussigné  a  l'ordre  de 
quitter  Pé-King  et  l'amiral  Courbet  prendra  immédiatement 
toutes  les  dispositions  qui  lui  para  liront  utiles  pour  assurer  au 
Gouvernement  français  les  réparations  auxquelles  il  a  droit. 

La  veille  (18  août),  le  Yamen  avait  adressé  une  nouvelle 
note  aux  Légations  étrangères  déclarant  que  c'était  la  France 
qui  rompait  la  paix  malgré  les  efforts  de  la  Chine  pour  la 
conserver. 


LE   TSOU?îG-LI   YAMEN  A  M.    DE  SEMALLÉ,   20  AOUT   188/4 

Le  3o  de  la  G^  lune  de  la  10**  année  Kouang-Siu 

(le  20  août  i884) 

COMMINICATION    OFFICIELLE 

Le  29  de  celte  lune  (19  août),  nous  avons  reçu,  M.  le  Chargé 
d'Affaires,  la  Dépêche  que  vous  avez  bien  voulu  nous  écrire. 

Après  l'attaque  de  Ki-loumj  par  la  France,  vous  nous  dites  que 
dans  quarante-huit  heures,  à  dater  de  la  remise  de  votre  der- 
nicrc  communication,  l'amiral  Courbet  prendra  sans  retard  toutes 


:  *v 


LE    TSOUXG-Ll    TAMEN    A    M.    DE    SEMALLÉ  /|77 

les  mesures  de  rigueur  qui  lui  paraîtront  nécessaires.  G*est  mettre 
en  opposition  votre  langage  avec  vos  actes.  Notre  Yamen  vous 
Ta  déjà  nettement  déclaré  dans  sa  dépêche  du  37  (17  Août).  Si 
le  Parlement  Français  estime  que  la  Convention  de  Tien-ïsin 
doit  absolument  être  observée,  il  n*a,  par  ce  fait  même,  aucun 
droit  à  réclamer  une  indemnité. 

La  France,  aujourd'hui,  sans  égard  pour  la  paix,  ne  parle  plus 
que  de  l'indemnité.  Mais  à  qui  donc  alors,  je  vous  prie,  la  Chine 
devra-t-cUc  aussi  demander  une  indemnité  pour  l'affaire  de  Ki- 
loung'? 

En  résumé,  votre  pays  a  poursuivi,  d'une  part,  des  négocia- 
tions, tandis  que,  de  l'autre,  il  a  suscité  un  conflit  armé.  Il 
s'est  mis  ainsi  en  dehors  de  la  raison  et  du  droit  des  gens. 

Nous  vous  prions  encore  d'en  faire  part  à  S.  E.  M.  Patenôtre 
et  de  télégraphier  ce  qui  précode  à  \  otrc  Gouvernement,  pour 
qu'il  apprécie  avec  impartialité*. 

Le  délai  fixé  par  rultimatum  expirait  le  21  à  midi;  à  la 
date  fixée,  le  Yamen  envoyait,  avec  les  passeports,  la  dépêche 
suivante. à  M.  de  Semallé  : 

Le  i*'"jour  de  la  7*  lune  de  la  10^  année  Kouang-Siu  (21  août 
i884). 

Le  Prince  Yi,  etc.,  etc.,  et  les  Membres  du  Conseil  Impérial 
des  Affaires  Étrangères  de  Chine  Yen,  Fou,  K'ouën,  etc. 

Font  en  termes  bienveillants  '^  la  Réponse  officielle  suivante  : 

Le  29  de  la  6*  lune  (19  août)  nous  avons  reçu  la  conîmunica- 
lion  olTicielle  dans  laquelle  vous  nous  dites,  M.  le  Chargé  d'Af- 
faires, que  «  Si  la  Chine  considère  qu'il  n'y  ait  pas  lieu  de  ré- 
pondre à  votre  lettre  en  termes  bienveillants,  vous  nous  priez  de 
vous  délivrer  un  passeport,  qui  vous  permette  de  vous  rendre  à 
len-Isin.   » 

En  songeant  aux  longues  années  pendant  lesquelles  votre  pays 
a  entretenu  avec  la  Chine  des  relations  de  concorde  et  de  bonne 

I.  Pour  traduction  conforme,  sig.  A.  Vissikre. 

a.  Cette  formule,  tout  h  fait  inusitée,  provient  de  ce  que  le  traducteur 
chinois  du  Yamen  avait  mal  rendu  un  pai^sagc  de  la  note  de  \f.  de  Se- 
mallé, en  date  du  19  août.  —  Sa  version  porte,  en  eflet,  en  chinois, 
«  une  réponse  en  termes  bienveillants  »,  au  lieu  d'une  «  réponse 
favorable  »  mentionnée  dans  l'original  français. 


MISSION    DE    M.    TRICOU  4^1 

résistance  des  Pavillons  Noirs,  dont  le  chef,  Lieou  Yen-fou, 
fut  blessé'.  La  baisse  des  eaux  empêcha  l'amiral  de  .marcher 
immédiatement  sur  Houng-hoa.  La  prise  de  So'n-tay  est 
certainement  le  plus  brillant  et  le  plus  sérieux  fait  d'armes 
de  toute  notre  campagne  au  Tong-King  ;  les  succès  qui  ont 
suivi  n'ont  été  que  la  conséquence  de  la  capture  de  cette 
ville  et  des  préparatifs  faits  par  l'amiral  Courbet  dans  le  but 
d'en  tirer  tous  les  avantages  qui  devaient  en  résulter. 

MISSION   DE   M.    TRICOU.    MORT  DE   HIEP-IIOA.-K'lêN-PHu'o'c 

Avant  de  rentrer  en  Europe,  M.  Tricou,  malgré  son  état 
de  santé,  fut  chargé  d'une  mission  à  Hué  pour  appuyer 
notre  résident,  M.  de  Ghampeaux,  et  faire  accepter  définiti- 
vement notre  traité  de  protectorat.  So'n-tay  était  entre  nos 
mains  depuis  le  i6  décembre  i883.  M.  Jules  Ferry  lui  télé- 
graphiait le  i4  décembre  i883  : 

Après  avoir  vu  TAmiral  Courbet  et  vous  être  exactement  ren- 
seigné sur  sa  situation  et  ses  intentions*  veuillez  me  télégraphier. 
Vous  partirez  ensuite  le  plus  tôt  possible  pour  Hué  où  l'assassi- 
nat du  Roi  peut  nous  créer  de  nouveaux  dangers.  Le  résident  a 
reçu  instructions  de  faire  accepter  par  tous  les  moyens  possibles, 
même  par  menace  d'occupation  le  traité  par  le  nouveau  Roi. 
L'adhésion  aux  bases  du  traité  nous  suilirait,  car  nous  avons  l'in- 
tention d'en  remanier  les  détails  et  d'en  adoucir  les  rigueurs. 
Voyez  ce  qui  aura  été  fait,  donnez  conseils  au  besoin  et  rensei- 
gnez-moi. 

Arrivé  à  Thuan-an  le  27  décembre,  M.  Tricou  remonta  aus- 
sitôt à  Hué.  La  situation  était  difficile  ;  suivant  les  termes  du 
traité,  M.  de  Champeaux  avait  insisté  pour  être  reçu  en  audience 
par  le  roi  ;  après  des  délais  nombreux  causés  par  les  manda- 


I.  Les  Chinois  perdirent  un  millier  d'hommes;  nous  eûmes  68  tués 
et  349  blessés  le  i4  ;  i5  tués  et  70  blessés  le  16  ;  dont  4  officiers  tués  et 
22  blessés. 

COKDIP.K.  II.    —   3i 


-^r'-Jf.^s^. 


^82  L*AFFA1RE    DU    TONG-KING 

rins,  Hiep-hoa  se  décida  à  recevoir  notre  résident  en 
audience  le  27  novembre;  le  lendemain  matin,  on  le  trouva 
dans  son  lit,  mort  empoisonné.  On  avait  profité  de  la  len- 
teur de  Faction  du  poison,  pour  faire  signer  au  malheureux 
roi,  un  acte  d^abdication  par  lequel  il  se  déclarait  indigne 
de  vivre,  et  désignait  son  successeur  Tai-phu.  La  Régence 
essaya  de  faire  partir  M.  de  Champeaux  qui  répondit  à 
cette  tentative  en  faisant  venir  cent  hommes  de  Thuan-an. 
Nguyên  van  Thu'o'ng  fit  choix  pour  remplacer  Hiep-hoa 
d'un  enfant,  Tai-phu,  neveu  de  Tu-Duc,  qui  prit  le  nom  de 
règne  de  K'iên-phu'o'c.  Après  une  première  entroiie  avec 
M.  Tricou,  Thu'o'ng,  vaincu  par  la  fermeté  de  notre 
ministre,  venait  lui  remettre  en  audience  solennelle,  le 
i®*"  janvier  i884,  la  déclaration  suivante,  reVètue  du  sceau 
royal  : 

Sa  Majesté  le  Roi  de  TAnnam  et  son  Gouvernement  déclarent 
solennellement,  par  le  présent  acte,  donner  leur  adhésion  pleine 
et  entière  au  traite  du  a5  août  i883,  s*en  remettant  au  bon  vou- 
loir du  Gouvernement  de  la  République  quant  aux  adoucisse- 
ments qui  pourraient  y  être  ultérieurement  introduits. 

Le  texte  français  seul  fera  foi. 

Fait  au  Palais  royal  à  Hué,  le  i*""  janvier  1884. 

Le  sceau  royal  a  été  apposé  sur  la  présente  déclaration. 

Le  5  janvier  i884,  M.  Tricou  fut  reçu  en  audience  solen- 
nelle par  le  nouveau  roi.  Sa  mission  était  terminée,  puisque  le 
traité  était  reconnu  ;  notre  agent  avait  seulement  promis  de 
recommander  quelques  adoucissements  avant  que  le  traité  ne 
fût  ratifié  ;  ils  furent  en  eflet  accordés  lors  des  négociations 
avec  M.  Patenôtre,  comme  on  le  verra  plus  loin.  M.  Tricou 
s'embarqua  pour  l'Europe  le  i3  janvier. 

BAC-?lOH  (12   MARS    l884)  ET  HOUNG-HOA  (l2   AVRIL    l884) 

Toutefois,  il  ne  fallait  pas  se  faire  d'illusions  la  sur  situa- 


BAC-NINH    ET    IIOUNG-flOA 


iS3 


Uon  au  Tong-King;  la  prise  de  So'n-tay  avait  porté  un  coup 
terrible,  sinon  mortel,  à  la  puissance  deê  Pavillons  Noirs,  mais 
pour  achever  la  conquête,  nos  forces  étaient  insuffisantes: 
aussi  cnvoya-t-on  une  brigade  de  renfort  avec  deux  batteries 
d'artillerie,  un  détachement  pour  le  service  du  parc,  une 
compagnie  du  génie,  un  détachement  du  train,  des  aérostiers 
et  des  télégraphistes  qui  s'embarquèrent  du  1 1  au  20  janvier 
1884    sur    VAnnamite,  le    Saint-Germain,    le    Poitou,    la 


Zimmt.'JiJVmé/   ^«/. 


Sarthe  et  le  Shamrock.  Le  ministre  de  la  guerre  jugea  que 
cette  petite  armée  ne  pouvait  être  commandée  par  un  marin, 
même  victorieux  comme  Courbet,  et  le  général  de  division 
Millot',  avec  les  généraux  de  brigade  Brière  de  l'Isle*  et  de 


I.  Millot,  Charles-Théodore t  né  le  a8  juin  1829  ;  général  de  brigade, 
1880;  de  division,  1883. 
a.  Hé  4  juin  1837»  à  la  Pointe-à-Pitre,  Martinique. 


i 


J    TONG-SINC 

Négrier',  fut  placé  à  sa  tèle.  Le  la  février,  Tamiral  Cour- 
bet, arrêté  en  plein  succès,  remettait  le  commandement  au 
général  Millot  et  reprenait  la  direction  de  son  escadre. 

Notre  but  n'élant  pas  de  faire  une  fois  de  plus  l'histoire  mili- 
taire de  notre  occupation  du  Tong-King,  nous  dirons  seulement 
que  la  seconde,  comme  force,  des  villes  du  Delta,  Bac-ninh, 
point  stratégique  de  premier  ordre,  qui  commande  la  route 
d'An-nam  en  Chine  par  Lang-s'on,  tombait  entre  nos  mains 
le  12  mars  i88S;  le  général  Millot  pourchassait  l'ennemi 
sur  la  roule  de  Lang-s'on,  tandis  que  le  généra)  Brière  de 
risie  s'emparait  de  Thaï-nguyen,  le  19  mars.  Leur  habile 
mouvement  tournant  amenait  l'évacuation  de  Houng-hoa 
que  nos  troupes  occupaient  après  avoir  franchi  la  rivière 
Noire  (12  avril).  Tuyen-Quan  (1"  juin)  tomba  également  en 
notre  possession. 

Nous  avons  vu  l'accueil  que  fit  le'  gouvernement  chinois  à 
ces  nouvelles';  deux  officiers  Tch'ên  Té-Kouei  et  Tang  Min- 
h'iucn  responsables  de  la  perte  de  liac-ninb  furent  exécutés 
le  26  mai,  en  présence  des  troupes  impériales''.  Plus,  lard, 
un  décret  imi)érial  du  28  janvier  i885  condamna  T'ang- 
Kiong,  gouverneur  du  luii-Nan,  et  Siu  ^en-sin,  gouver- 
neur du  Kouang-Si,  à  être  décapités,  le  premier  pour  être 
«  rentré  dans  sa  province,  de  sa  propre  initiative  et  sans 
attendre  des  ordres,  ce  qui  a  semé  l'indiscipline  et  la  négli- 
gence dans  l'esprit  des  soldats  »,  le  second  «  parce  que  la  plus 
grande  indiscipline  régnait  parmi  ses  troupes,  il  employa  en 
outre  des  hommes  dénués  de  toute  valeur,  qui  ne  surent  que 
fuir  les  uns  après  les  autres  et  laisser  échapper,  par  leur 
faute,  tous  les  avantages  que  possédaient  nos  armées  », 

L'œuvre  de  Courbet  était  complétée  et  l'ère  des  grandes 

1.  Né  i  BeltoTl,  la  3  octobre  i83g. 
1.  Voir  !>.  ji8  et  jai. 

3.  Voir  la  Gazelle  manuscrite  de  Pê-h'iiig  dti  i'i  septembre  i88j.  — 
Voir  aussi  p.  ii-;. 


M.     PATENÔTHE 

Opérations  militaires  semblait  être  passée.   On 
était  peut-être  politique  d'user  d'indulgence  à 
Annamites.    C'était   une   grande   erreur  ;    l'évé 
prouvé. 

ISSTHUCTlOaS    DE    M.     PATENtWRE,     23    AVBIL 

A  la  lin  du  mois  d'avril,  M.  Patenùtrc  qui 
nommé  envoyé  extraordinaire  et  ministre  plén 
à  Pé-king,  le  12  septembre  iS83  à  la  place  de  '. 
fut  chargé  d'une  mission  à  Hué  pour  y  assure 
(le  notre  protectorat  ;  il  devait  se  rendre  ensuite  au 
et  attendre  des  instructions  au  sujet  de  la  Chine. 

Lorsque  vous  avez  été  appelé  par  la  confiance  du 
mcnl  de  la  République  aux  fondions  de  Ministre  di 
Chine,  l'intention  du  Di'partcnienL  des  Affaires  Elrt 
de  vous  envoyer  sans  retard  prendre  possession  de 
Les  événements  qui  se  sont  déi-oulés  au  Tong-King 
que  le  GouvcrnemcntduCéIcsteEmpire  a  cru  devoir  1 
les  derniers  mois  de  l'année  dernière,  n'ont  pas  perm 
suite  à  ce  projet,  et  j'ai  dû  vous  inviter  à  surseoir  à  ^ 
Aujourd'hui,  malgré  certains  symptômes  de  dispo 
cociciliantes  de  sa  part,  la  Chine  n'a  pas  encore  raanî 
positions  pacifiques  d'une  manière  assez  claire,  pou 
possible  d'apprécier  si  votre  présence  à  Pé-King  po 
un  résultat  utile.  En  Annam,  au  contraire,  les  cho) 
de  prendre  une  nouvelle  face.  Depuis  la  prise  de  Ba 
Houng'hoa,  le  Delta  du  Fleuve  Rouge  se  trouve  en  nott 
la  dispersion  des  Pavillons  Noirs  et  des  conlingen 
clos  la  période  des  opérations  militaires  proprement  d 
action  sur  le  Tong-King  toutenlier  ne  rencontrera  pk 
sérieux.  Dans  cet  étal  de  choses,  il  me  parait  uti 
réglions  déhnitivement  entre  la  France  et  l'Annam  1 
rapports  créés  par  ces  der ni ars  événements,  sans  nous 
quant  à  présent,  de  l'Empire  chinois. 

En  même  temps,  M.  Jules  Ferry  télégraphia 
i884)à  Pé  King,  h  M.  de  Semallé  : 
M.  Patenôtre  s'embarque  demain  pour  Hué,  où  il 


486  l'affaire    du    TONG-K.ING 

les  aiTangemenls  nécessaires  pour  organiser  définitivement  notre 
protectorat.  Sa  mission  n'a  pas  d'autre  objet.  Sans  en  faire  l'objet 
d'une  communication  oflicielle,  ni  écrite»  ni  orale,  arrangez- 
vous  pour  faire  savoir  que  notre  ministre  ne  se  rendra  pas  à  Pé- 
King  avant  que  le  Gouvernement  chinois  ait  manifesté  la  volonté 
de  terminer  le  différend  relatif  à  l'Annam  par  un  arrangement 
comprenant  :  i°  garantie  réciproque  des  frontières  des  deux 
pays;  2**  une  indemnité  pour  la  France.  Faites  savoir  aussi  que 
le  Marquis  Ts'èng  a  rendu  par  son  attitude  personnelle  et  ses  pro- 
cédés contraires  aux  usages  diplomatiques  tous  rapports  impos- 
sibles entre  lui  et  le  gouvernement  français. 

Le  traité  imposé  par  M.  Harmand  n'avait  qu'un  caractère 
considéré,  à  tort,  comme  provisoire;  le  rattachement  de  la 
province  de  Binh-thuan  froissait  Tamour-propre  des  Anna- 
mites ;  il  fallait  adoucir  les  rigueurs  de  ce  premier  traité  par  un 
nouvel  acte  définitif.  Après  que  le  traité  serait  signé,  M.  Pate- 
nôtre  aurait  à  procéder  à  Tinstallation  officielle  de  la  résidence 
générale  du  Gouvernement  français,  avec  M.  Rheinart  st  sa  tête, 
sans  attendre  rechange  des  ratifications  ;  ensuite,  il  pourrait  se 
rendre  au  Toiig-King  pour  se  rendre  compte  de  la  situation, 
et  si  les  circonstances  le  permettaient,  il  irait  après  à  Pé- 
King  pour  régler  définitivement  le  diflerend  franco-chinois. 
M.  Patenôtre  était  en  route  lors  de  la  signature  de  la  conven- 
tion Fournier  qu'il  apprit  en  arrivant  au  cap  Saint- Jacques. 

Le  nouveau  traité  qu'apportait  M.  Patenôtre  contenait  trop 
d'adoucissements,  pour  que  le  Régent  Thu'o'ng,  après  avoir 
demandé  quelques  modifications,  n'acceptât  pas  de  le  signer. 

Le  Président  de  la  République  française. 
Sur  la  proposition  du  président  du  conseil,   ministre  des  af- 
faires étrangères, 

Décrète  : 

Art.  i".  —  Le  Sénat  et  la  Chambre  des  députés  ayant  ap- 
prouvé le  traité  conclu  à  Hué,  le  6  juin  i884,  entre  la  Répu- 
blique française  et  le  royaume  d'Annam,  et  les  ratifications  de 


TRAITÉ    DE    HUÉ  48? 

cet  acte  ayant  été  échangées  à  Hué,  le   a 3  février  1886,  ledit 
traité,  dont  la  teneur  suit,  recevra  sa  pleine  et  entière  exécution. 

TRAITÉ    DE    HUÉ    (pATENÔTRe),    6    JUIN    l884 

Le  gouvernement  de  la  République  française  et  celui  de  Sa 
Majesté  le  roi  d*Annam,  voulant  empêcher  à  jamais  le  renouvelle- 
ment des  difficultés  qui  se  sont  produites  récemment,  et  désireux 
de  resserrer  leurs  relations  d'amitié  et  de  bon  voisinage,  ont  ré- 
solu de  conclure  une  convention  à  cet  effet,  et  ont  nommé  pour 
leurs  plénipotentiaires,  savoir  : 

Le  Président  de  la  République  française  : 

M.  Jules  PATEnÔTRE,  envoyé  extraordinaire  et  ministre  pléni- 
potentiaire de  la  République  française  à  Pé-King,  officier  de  la 
Légion  d'honneur,  grand-croix  de  l'Etoile  Polaire,  etc.,  etc.,  etc.  ; 

Et  Sa  Majesté  le  roi  d'Annam  : 

Nguyen  Vaw-Thu'o'ng,  premier  régent,  ministre  de  l'intérieur  ; 

Pham-Th.4n-Duat,  ministre  des  fmances  ;  et  Ton-That-Phan, 
chargé  des  relations  extérieures,  ministre  des  travaux  publics  par 
intérim  ; 

Lesquels,  après  s'être  communiqué  leurs  pleins  pouvoirs  res- 
pectifs, trouvés  en  bonne  et  due  forme,  sont  convenus  des  articles 
suivants  : 

Art.  i**".  —  L'Annam  reconnaît  et  accepte  le  protectorat  de 
la  France. 

La  France  représentera  l'Annam  dans  toutes  ses  relations  ex- 
térieures. 

Les  Annamites  à  l'étranger  seront  placés  sous  la  protection 
delà  France. 

Art.  3.  —  Une  force  militaire  française  occupera  Thuan-An 
d'une  façon  permanente.  Tous  les  forts  et  ouvrages  militaires  de 
la  rivière  de  Hué  seront  rasés. 

Art.  3.  —  Les  fonctionnaires  annamites,  depuis  la  frontière 
delà  Cochinchi  ne  jusqu'à  la  frontière  de  la  province  de  Ninh- 
Binh,  continueront  à  administrer  les  provinces  comprises  dans 
ces  limites,  sauf  en  ce  qui  concerne  les  douanes,  les  travaux  pu- 
blics et  en  général  les  services  qui  exigent  une  direction  unique 
ou  l'emploi  d'ingénieurs  ou  d'agents  européens. 

Art.  4-  —  Dans  les  limites  ci-dessus  indiquées,  le  gouver- 
nement annamite  déclarera  ouverts  au  commerce  de  toutes  les 
nations,  outre  le    port  de  Qui-Nhon,   ceux  de  Tourane  et  de 


"Mrr-^-%fi7r-A^ 


488  l'affaire  du  tong-kikg 

Xuan-Day.  D'autres  ports  pourront  être  ultérieurement  ouverts 
après  une  entente  préalable.  Le  Gouvernement  français  y  entre- 
tiendra des  agents  placés  sous  les  ordres  de  son  résident  à  Hué. 

Art.  5.  —  Un  résident  général,  représentant  du  Gouvernement 
français,  présidera  aux  relations  extérieures  de  TAnnam  et  assu- 
rera l'exercice  régulier  du  protectorat,  sans  s'immiscer  dans  l'ad- 
ministration locale  des  provinces  comprises  dans  les  limites  fixées 
par  l'article  3. 

Il  résidera  dans  la  citadelle  de  Hué,  avec  une  escorte  militaire. 

Le  résident  général  aura  droit  d'audience  privée  et  personnelle 
auprès  de  S.  M.  le  roi  d'Annam. 

Art.  6.  —  Au  Tong-king,  des  résidents  ou  résidents-adjoints 
seront  placés  par  le  gouvernement  de  la  République  dans  les  chefs- 
lieux  où  leur  présence  sera  jugée  utile.  Ils  seront  sous  les  ordres 
du  résident  général. 

Ils  habiteront  dans  la  citadelle  et,  en  tout  cas,  dans  l'enceinte 
même  réservée  au  mandarin  ;  il  leur  sera  donné,  s'il  v  a  lieu,  une 
escorte  française  ou  indigène. 

Art.  7.  —  Les  résidents  éviteront  de  s'occuper  des  détails  de 
l'administration  intérieure  des  provinces.  Les  fonctionnaires  in- 
digènes de  tout  ordre  continueront  à  gouverner  et  à  administrer 
sous  leur  contrôle  ;  mais  ils  devront  être  révoqués  sur  la  demande 
des  autorités  françaises. 

Art.  8.  —  Les  fonctionnaires  et  employés  français  de  toute 
catégorie  ne  communiqueront  avec  les  autorités  annamites  que 
par  Tinter mcdiaire  des  résidents. 

Art.  9.  —  Une  ligne  lélcgrapliique  sera  établie  de  Saigon  à 
Hanoï  et  exploitée  par  des  employés    français. 

Une  partie  des  taxes  sera  attribuée  au  gouvernement  anna- 
mite qui  concédera,  en  retour,  le  terrain  nécessaire  aux  stations. 

Art.  10.  —  En  Annam  et  au  Tong-King,  les  étrangers  de 
toute  nationalité  seront  placés  sous  la  juridiction  française. 

L'autorité  française  statuera  sur  les  contestations,  de  quelque 
nature  qu'elles  soient,  qui  s'élèveront  entre  Annamites  et  étran- 
gers, de  même  qu'entre  étrangers. 

Art.  II.  — Dans  l'Annam  proprement  dit.  les  Quan-Bô  per- 
cevront l'impôt  ancien  sans  le  contrôle  des  fonctionnaires  français 
et  pour  le  compte  de  la  cour  de  Hué. 

Au  Tong-King,  les  résidents  centraliseront  avec  le  concours 
des  Quan-Bô  le  service  du  môme  impôt,  dont  ils  surveilleront  la 
perception  et  l'emploi.  Une  commission  composée  de  commis- 


Ik^o  l'affaire  du  tong-ring 

AiiT.  18.  — Des  conférences  ultérieures  régleront  les  limites 
des  ports  ouverts  et  des  concessions  françaises  dans  chacun  de 
ces  ports,  l'établissement  des  phares  sur  les  côtes  de  TAnnam  et 
du  Tong-King,  le  régime  et  l'exploitation  des  mines,  le  régime 
monétaire,  la  quotité  à  attribuer  au  gouvernement  annamite  sur 
le  produit  des  douanes,  des  régies,  des  taxes  télégraphiques  et 
autres  revenus  non  visés  dans  l'article  1 1  du  présent  traité. 

La  présente  convention  sera  soumise  à  l'approbation  du  gou- 
vernement de  la  République  française  et  de  S.  M.  le  roi  d'Annam. 
et  les  ratifications  en  seront  échangées  aussitôt  que  possible. 

Art.  19.  —  Le  présent  traité  remplacera  les  conventions  des 
i5  mars.  3i  août  et  a3  novembre  1874. 

En  cas  de  contestation,  le  texte  français  fera  seul  foi. 

En  foi  de  quoi  les  plénipotentiaires  respectifs  ont  signé  le  pré- 
sent traité  et  y  ont  apposé  leurs  cachets. 

Fait  à  Hué.  en  double  expédition,  le  6  juin  1884. 

(L.  S,)  Signé  :  Patenotre. 
(L.  S.)      —       Nguyepc-van-thuVng. 
(L.  S.)      —       Pham-than-duat. 

(L.    iS.)         TON-THAT-PHAN. 

Art.  2.  —  Le  président  du  conseil,  ministre  des  affaires  étran- 
gères, est  chargé  de  l'exécution  du  présent  décret. 

Fait  à  Paris,  le  3  mars  1886. 

Jules  Grévt. 
Par  le  Président  de  la  République, 
Le  président  du  conseil, 
ministre  des  affaires  étrangères, 
C.  DE  Freycinet. 

Le  Président  de  la  République  française. 

Sur  la  proposition  du  président  du  conseil,  ministre  des 
affaires  étrangères, 

Décrète  : 

Article  premier.  — .  Une  convention  relative  au  régime  des 
mines  de  l'Annam  et  du  Tong-King  ayant  été  signée,  le  18  février 
i885,  entre  la  France  et  le  royaume  d'Annam.  et  les  ratifications 
de  cet  acte  ayant  été  échangées  à  Hué.  le  aS  février  1886.  ladite 
convention,  dont  la  teneur  suit,  est  approuvée  et  sera  insérée  au 
Journal  officiel. 


CO^fVENTiON    ENTRE    LA    FEA^ICE    ET    L*AN1SABI  ^QI 


CONVENTION    ENTRE    LA   FRANCE    ET    L^NNAM    SUR    LE   RÉGIME 
DES   MINES   DE    L^ANNAM    ET    DU    TONG-kING 

S.  M.  le  roi  d'Annam  s*étant  engagé,  par  Tarticle  i8  du  traité 
signé,  le  6  juin  i884>  entre  la  France  et  TAnnam  à  régler,  d'ac- 
cord avec  le  gouvernement  de  la  République  française,  le  régime 
des  mines  situées  dans  ses  Etats,  et  s'étant  ainsi  interdit,  d'une 
manière  absolue,  de  disposer  d'aucun  gisement,  soit  en  Annam, 
soit  au  Tong-King,  avant  que  l'entente  à  intervenir  fût  établie  ; 
déclarant,  d'ailleurs,  que  toutes  les  mines  situées  dans  ses  Etats 
font  encore  partie  du  domaine  royal  et  qu'elles  sont  libres  de 
toutes  charges,  à  l'exception  d'une  mine  de  houille  située  sur  le 
territoire  du  village  de  Nong-Son  (province  de  Quâng  Nam), 
concédée  le  la  mars  1881,  pour  une  durée  de  29  ans,  et  consi- 
dérant qu'il  importe  de  déterminer  les  conditions  dans  lesquelles 
les  mines  de  l' Annam  et  du  Tonkin  pourront  être  exploitées  ; 

Et  le  gouvernement  de  la  République,  désirant  faciliter  à  Sa 
Majesté  le  roi  d'Annam  l'établissement  d'un  régime  minier  de 
nature  à  développer  la  prospérité  de  ses  Etats, 

Ont  résolu  de  conclure  une  convention  spéciale  à  cet  effet  : 

En  conséquence,  ils  ont  nomme  pour  leurs  plénipotentiaires, 
savoir  : 

Le  gouvernement  de  la  République  : 

M.  Victor-Gabriel  Lemaire,  résident  général  de  la  République 
française  à  Hué,  ministre  plénipotentiaire,  chevalier  de  la  Lé- 
gion d'honneur,  etc.,  etc.; 

Sa  Majesté  le  roi  d'Annam  : 

Leurs  Excellences  :  Puam  than  duat,  ministre  des  finances,  i" 
plénipotentiaire  ; 

Hum  HUN  Thu'o'ng,  sous-secrétaire  d'État  au  ministère  de  la 
guerre,  a*  plénipotentiaire  ; 

Lesquels,  après  s'être  communiqué  leurs  pleins  pouvoirs  res- 
pectifs, trouvés  en  bonne  et  due  forme,  sont  convenus  des  ar- 
ticles suivants  : 

Article  premier.  —  S.  M.  le  roi  d'Annam  accepte  de  sou- 
mettre le  régime  et  l'exploitation  des  mines  situées  dans  ses  Ëtals 
aux  règlements  dont  l'utilité  aura  été  reconnue  par  le  gouver- 
nement de  la  République. 

Art.  a.  —  Le  montant  des  taxes  et  impôts  établis  sur  les 


^(ja  l'affaire  du  tOiNG-ki:«g 

mines  de  l'Ânnain  et  sur  leurs  produits,  ainsi  que  le  prix  de 
celles  qui  auront  été  adjugées  ou  auront  fait  Tobjet  d'une  prise 
de  possession,  seront  versés  chaque  année  dans  le  Trésor  royal, 
après  défalcation  des  dépenses  qui  auront  été  faites  par  Tadmi- 
nistration  des  mines  de  FAnnam. 

Le  gouvernement  annamite  pourra  déléguer  un  ou  plusieurs 
fonctionnaires  pour  assister  aux  adjudications  des  mines  de 
l'Annam.  11  pourra  également  demander  au  résident  général 
toutes  les  fois  qu'il  le  jugera  utile,  des  éclaircissements  sur  le 
rendement  des  taxes  et  impôts  établis  sur  lesdiies  mines. 

Art.  3.  —  Le  montant  des  taxes  et  impôts  établis  sur  les 
mines  du  Tong-King  et  sur  leurs  produits,  ainsi  que  le  prix  de 
celles  qui  auront  été  adjugées  ou  auront  fait  l'objet  d'une  prise 
de  possession,  seront  affectés  aux  dépenses  de  radministralion 
du  Tong-King. 

Art.  Ix.  —  La  présente  convention  sera  soumise  à  la  ratifica- 
tion des  deux  gouvernements  et  elle  entrera  en  vigueur  aussitôt 
après  l'accomplissement  de  cette  formalité,  qui  aura  lieu  dans 
un  délai  aussi  bref  que  possible. 

En  foi  de  quoi  les  plénipotentiaires  ont  signé  le  présent  acte 
et  y  ont  apposé  leurs  sceaux. 

Fait  à  Hué,  le  dix-huit  février  mil  huit  cent  quatre-vingt-cinq. 

(L.  S.)  Signé  :  G.  Lemaire. 
(L.  S.)       —     Pham  tuan  duat. 
(L.  5.)      —     HuiNH  HUN  thu'o'ng. 

Art.  3.  —  Le  président  du  conseil,  ministre  des  affaires 
étrangères,  est  chargé  de  l'exécution  du  présent  décret. 

Fait  à  Paris,  le  a  mars  i886. 

Jules  Grévy. 

Par  le  Président  de  la  République  : 

Le  président  du  conseil, 

ministre  des  affaires  étrangères, 

G.  DE  Freycinet. 

Par  le  fait  de  ce  traité,  le  Binh-thuan  donné  à  la  Basse- 
Cochinchine,  ainsi  que  IcNghê-an,  leThanh-hoa  et  Ha-tinh, 
rattachés  au  Tong-King,  par  le  traité  Harmand,  faisaient 
retour  à  TAnnam.  Noire  protectorat  était  assuré,  et  la  Conven- 
tion Fournicr  ayant  réglé  les  affaires  de  Chine,  la  question  du 


MORT    DE    K*IÉN-PHU*0*C  ^qS 

Tong-King  paraissait  heureusement  résolue.  Nous  comptions 
sans  la  mauvaise  foi  des  Annamites  et  des  Chinois.  On  a  vu 
que  rincident  de  Bac-Lé  rouvrait  la  question  et  que  plusieurs 
mois  de  luttes  sanglantes  et  d'épineuses  négociations  seraient 
encore  nécessaires  pour  finir  une  lutte  sans  cesse  renaissante. 

Pour  bien  marquer  que  tout  lien  de  vassalité  avait  cessé 
d'exister  entre  l'Annam  et  la  Chine,  M.  Patenôtre  exigea  la 
remise  du  sceau  qui  avait  été  envoyé  jadis  à  Gia-Long,  marque 
de  sa  vassalité,  par  l'empereur  Kia-K'ing  ;  notre  envoyé 
proposa  aux  ministres  annamites  de  l'envoyer  sans  éclat  à 
Paris,  mais  ceux-ci  préférèrent  qu'il  fût  détruit  publique- 
ment; en  conséquence,  le  6  juin,  avant  la  signature  du 
traité,  le  sceau  fut  fondu  en  présence  des  fonctionnaires 
annamites,  des  officiers  français  et  d'un  représentant  de 
l'agence  Havas.  Les  Chinois  ne  firent  allusion  au  sceau  que 
le  i4  août,  sept  semaines  après  Bac- Lé,  dans  une  note  adres- 
sée aux  légations  étrangères,  qu'on  suppose  avoir  été  rédigée 
par  M.  C.  Holcombe,  secrétaire  de  la  légation  des  États- 
Unis,  qui  poussait  le  Tsoung-li  Yamen  à  la  guerre. 

M.  Patenôtre  passa  dix  jours  seulement  à  Ilué  et  encore 
moins  de  temps  à  Ha-noï  où  il  ne  venait  que  pour  conférer 
avec  le  général  Millot  :  le  colonel  Dugenne  venait  de  partir 
pour  Lang-s'on  ;  le  général  Millot  avait  eu  envie  de  relarder 
son  expédition  jusqu'à  l'automne,  à  cause  de  la  chaleur  de 
la  saison.  Ce  fut  à  Hong-Kong  que  notre  ministre  apprit 
l'affaire  de  Bac-Lé  dont  on  exagéra  tout  de  suite  l'importance 
à  Paris,  tandis  qu'à  Pé-King,  on  ne  soupçonnait  pas  qu'elle 
pût  avoir  la  moindre  gravité. 

MORT    DE    k'iÉN-PHu'o'c.    HAM-NGHI 

Comme  il  était  facile  de  le  prévoir,  le  jeune  roi  d'Annam 
survécut  peu  à  la  signature  du  traité  du  6  juin  ;  il  mourut  le 
3i  juillet  i884,  et  sans  perdre  de  temps,  le  régent  Thu'o'ng, 


^9^  l'affaire  du  tokg-king 

sans  consulter  le  résident  de  Hué,  M.  Rheinart,  s'empressa  de 
mettre  à  sa  place  le  frère  du  souverain  défunt,  Ung-Lich,  qui 
prit  le  non  de  règne  de  Hàm-nghi.  Devant  l'énergie  de 
M.  Rhcinart,  du  colonel  Guerrier,  chef  d'état-major  envoyé 
à  Hué  par  le  général  Millot,  et  du  commandant  du  Tarn, 
ThuVng  dut  céder  et,  le  17  août,  Hàm-nghi  recevait  dans 
son  palais  l'investiture  de  la  France. 


CHAPITRE  XXV 

L'AFFAIRE   DU   T0N6-KIN6  (Fin)  :    M.   PATENOTRE 

EN  CHINE 


MEMORANDUM  DU  COMMANDANT  FOURNIER 

Avant  de  reprendre  le  récit  dés  négociations  de  la  France 
avec  la  Chine,  nous  avons  à  parler  d*un  petit  événement 
qui  fît  grand  bruit  à  Tépoque,  moins  à  cause  de  son  impor- 
tance réelle  que  par  suite  des  passions  qu'il  déchaîna. 

Lo  Foung-lo,  l'un  des  familiers  de  Li  Houng-tchang,  ar- 
riva à  Chang-Haï  le  28  ou  29  juillet  i884*,  chargé  par  son 
patron  d'un  message  absolument  confidentiel  sur  la  teneur 
duquel  il  ne  lui  était  pas  possible  de  s'expliquer  avec  notre 
consul  à  Tien-Tsin,  M.  Ristelhueber,  auquel  il  avait  de- 
mandé une  lettre  d'introduction  auprès  de  M.  Patenôtre. 
Dans  une  conversation  que  Lo  eut  avec  M.  Vissière,  premier 
interprète  de  notre  légation,  il  se  mit  à  parler  du  comman- 
dant Fournier  et  fit  allusion  aux  objections  qui  auraient  été 
faites  par  le  vice-roi  du  Tché-li,  dans  l'entrevue  du  17  mai, 
contre  une  occupation  trop  hâtive  des  places  frontières  du 
Tong-King  par  les  troupes  françaises.  Il  ajouta  que  M.  Four- 
nier, s'étant  rendu  à  ces  observations,  avait  consenti  à  rayer 
les  passages  de  sa  note  relatifs  aux  dates  d^évacuation,  que 

I.  P.  474. 


498  l'affaire  du  tong-king 

m 

En  ce  qui  concerne  Tarticle  IV  de  celle  convenlion  : 

Le  Gouvernement  delà  République  invite  Monsieur  Patenôlre 
à  supprimer,  dans  la  rédaction  du  traité  définitif  qu'il  va  contrac- 
ter avec  TAnnam,  Texpression  «  y  compris  la  Chmei>,  qui  figure 
actuellement  dans  l'article  I  des  préliminaires  de  paix,  signés, 
le  a5  août  i883,  à  Hué.  Mais  il  prend^  acte  que  cette  modifi- 
cation au  texte'  primitif,[  introduite  par  courtoisie  et  par  défé- 
rence pour  le  prestige  du  Céleste  Empire,  ne  pourra  avoir  pour 
effet  d'altérer  en  rien  la  valeur  d'aucune  des  stipulations  énon- 
cées dans  cette  article  I  ni  dans  aucun  des  autres  articles  de  ces 
préliminaires. 

C'est,  en  prenant  congé  de  Son  Excellence,  et  pour  mettre  fin 
à  sa  mission  que  M.  le  Capitaine  de  frégate  E.  F.  Fournier, 
plénipotentiaire  du  Gouvernement  Français  a  remis  entre  les 
mains  du  Vice-Roi  Li  Hong-Tchang  plénipotentiaire  du  Céleste 
Empire  la  Communication  écrite  qui  précède  et  qui  expose 
l'ensemble  des  mesures  arrêtées,  à  titre  définitif,  par  le  Gouver- 
nement Français,  en  ce  qui  concerne  l'exécution  des  articles  II,  IV 
et  V  de  la  Convention  préliminaire  signée  le  i  t  mai  i884  à 
Tien-tsin. 

Fait  à  Tien-ïsin,  le  17  mai  1884. 

Le  capitaine  de  frégate,  plénipotentiaire  du 
Gouvernement   de   la    République  française, 

(sig.)  E.  Fournier. 

Au-dessous  de  cette  communication,  Li  avait  ajouté  de  sa 
main  une  note  dont  voici  la  traduction  *  : 

«  Lettre  remise  personnellement  par  le  Commandant  Français 
«  Fournier.  —  23"  jour  de  la  4"  lune  de  la  10''  année  Kouang- 
«  Siu  (17  mai  i884)»  à  l'heure  chèn  (entre  3  et  5  heures  du 
«  soir). —  Deux  articles  y  ont  été  supprimés  par  lui.  » 

Les  secrétaires  de  Li,  Ma  et  Lo,  déclarèrent  dans  un  té- 
légramme adressé  au  A^  Ch.  Daily  News  qu'ils  avaient  >-u 
le  commandant  faire  les  ratures  ;  je  reviendrai  plus  tard  sur 

I.   Par  M.  Vissière. 


*^' 


MA    KIEN-TCHONG  4 99 

le  dernier,  aujourd'hui  ministre  de  Chine  à  Londres,  mais 
j'ai  de  bonnes  raisons  de  croire  que  le  jour  où  le  comman- 
dant Fournier  et  le  vice-roi  se  rencontrèrent,  non  seulement 
il  n'était  certainement  pas  présent  à  Tentrevue,  mais  qu'il 
était  même  absent  de  Tien-Tsin  ;  en  revanche,  parlons  de  Ma 
Kièn-t<;hong. 

MA    KIEN-TCHONG 


a 


5 


Il  est  utile  de  nous  arrêter  un  instant  sur  ce  personnage 
qui,  pendant  quinze  ans,  joua  au  second  plan,  un  rôle  consi- 
dérable. Ma  Kièn-tchong  était  le  plus  jeune  de  trois  frères 
appartenant  à  une  famille  chrétienne  de  Se-King,  district 
de  Soung-K.iang  (Kiang-Sou),  et  il  reçut  au  baptême  le 
prénom  de  Mathias.  L'aîné  de  la  famille  eut  la  plus  fâcheuse 
influence  sur  ses  jeunes  frères  dont  l'un,  ordonné  prêtre,  jeta 
la  soutane  aux  orties  ',  l'autre,  dont  nous  parlons,  ne  fut 
jamais  gêné  par  le  moindre  scrupule.  Ma  Kièn-tchong,  fort 
intelligent,  parlant  remarquablement  le  français,  vint  en 
France,  compagnon  de  Tcheng  Ki-tong,  avec  la  mission 
dirigée  par  Li  Foung-pao  et  Prosper  Giquel  (1877)  ;  il  suivit 
les  cours  de  l'école  des  Sciences  politiques  et  passa  avec 
succès  ses  examens  de  licencié  à  l'école  de  droit  le  9  juillet 
1879*. «De  manières  agréables,  bon  nmsicien.  Ma  fut  fort 
bien  accueilli  dans  la  société  parisienne.  Rentré  en  Chine, 
il  fui  un  véritable  Maître  Jacques  près  de  Li  Houng-tchang, 
tout  à  la  fois  interprète  pour  le  français,  jurisconsulte,  expert 
de  mines,  tao-taï  des  douanes  à  Tien-ïsin,  examinateur  aux 
collèges  de  torpilles  et  de  télégraphes,  juge  de  l'Amirauté, 
inspecteur  de  l'escadre  du  Nord,  administrateur  du  dock  de 
Takou,  directeur  de  la  China  Merchants'  Steam  Navigation 
Co.,  à  la  place  de  Tong  King-sing,  chargé  de  missions  en  | 

1.  Il  a  fait,  parait-iU  pénitence  récemment. 

2.  Sa  thèse  a  été  imprimée  :  Paris,  Pichon,  pet.  in-8.  '• 


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5c)0  L*AFFA1RE    t)U    tON(î-KIN(î 

Corée,  dans  rAnnam,  à  Calcutta.  II  était  extrêmement  im- 
pertinent et  en  juin  i883,  imitant  l'arrogance  de  son  pa- 
tron Li,  il  se  permit,  devant  celui-ci  et  devant  M.  Tricou,  de 
dire  à  un  de  nos  interprètes  :  «  Je  me  f. . .  du  gouvernement 
de  la  République.  »  Il  tombait'mal  avec  l'énergique  Tricou 
qui  exigea  des  excuses  immédiates.  Je  Tai  revu  en  1897 
quand  il  revint  en  France  pendant  la  durée  du  deuil  de  sa 
mère  ;  il  fit  un  nouveau  voyage  en  Europe  en  1 899  ;  il  se 
rendit  à  Rome  faire  amende  honorable  de  ses  erreurs  passées 
et  il  est  mort  chrétiennement  à  Chang-Haï,  le  3  septembre 
1900. 

On  voit  quelle  confiance  on  peut  avoir  dans  ces  témoi- 
gnages. 

Le  commissaire  des  douanes,  Detring,  donne  à  son  tour  le 
récit  suivant  de  l'entrevue. 

Nul  n'était  plus  à  môme  que  M.  Dctring  de  me^  rensei- 
gner sur  certains  détails  de  la  négociation  du  mois  de  Mai  de- 
meurés pour  moi  assez  obscurs,  et  je  crus  tout  d*abord  devoir 
m'en  entretenir  avec  lui.  Je  lui  demandai  notamment  ce  qu'il 
pensait  de  l'histoire  des  ratures  attribuées  à  M.  Fournier.  M. 
Detring  assure  qu'elles  sont  réellement  de  la  main  du  Comman- 
dant du  Volta  :  elles  n'auraient  d'ailleurs  pas  la  signification  qui 
leur  a  été  donnée  par  le  Tsoung-li  Yamen.  Voici  comment  les 
choses  se  seraient  passées  : 

Le  17  mai,  M.  Fournier  se  serait  rendu  chez  le  Vice-Roi, 
porteur  du  document  destiné  à  l'aviser  des  dates  auxquelles  de- 
vait être  terminée  l'évacuation  des  différentes  places  du  Tong-King. 
A  ce  moment  Li  Houng-tchang  était,  à  Pé-King,  l'objet  des 
plus  vives  attaques  :  effrayé  de  l'opposition  que  soulevait  contre 
lui  le  traité  conclu  avec  la  France,  il  aurait  représenté  à  notre 
plénipotentiaire  la  difficulté  d'obtenir  dans  des  limites  aussi 
restreintes  l'éloignement  des  garnisons  chinoises  etTimpossibihlé 
de  placer  pour  le  moment  sous  les  yeux  du  Tsoung-li  Yamen 
la    communication  qui  lui    était    remise.  M.   Fournier   ayant 

I.  Lettre  de  M.  Patenôtre  à  M.  Jules  Ferry.  Chang-Haî,  le  11  sep- 
tembre 1884. 


MA    KIEN-TCHONG  5oi 

insisté  :  a  Soit,  aurait  répondu  Li  Iloung-lchang.  J'arrangerai 
les  choses,  mais  donnez  m'en  le  temps  ».  Sur  cette  assurance 
verbale,  M.  Fournier  aurait  biffé  les  passages  de  sa  Note  relatifs 
à  Tévacuation.  Comment  a-t-il  cru  devoir  laisser  aux  mains  du 
Vice-Roi  une  pièce  ainsi  raturée  ?  C'est  ce  que  M.  Detring  ne 
s'explique  pas  plus  que  moi. 

A  la  suite  du  voyage  de  l'amiral  Lespès  à  Pé-King,  le  crédit 
de  Li  Houng-tchang  sembla  se  raffermir  un  peu,  mais  l'arrivée 
de  Tso  changea  les  choses.  Le  Vice-Roi  du  Tché-li,  alarmé  des 
progrès  du  parti  de  la  guerre,  ne  se  rendant  peut-être  pas  un 
compte  bien  exact  de  ce  qui  pouvait  se  passer  au  Tong-King,  se 
bornait  à  attendre  les  événements.  Dans  la  nuit  du  ai  au  a  a 
juin,  il  apprit  tout  à  coup  par  un  télégramme  que  la  colonne 
française  était  en  marche  vers  Lang-Son.  Une  sorte  de  conseil 
de  cabinet  auquel  prit  part  Tchang  Peï-loun,  lé  futur  organisa- 
teur de  la  défense  à  Fou-tchéou,  et  l'un  des  ennemis  les  plus 
déclarés  des  étrangers,  fut  immédiatement  tenu  à  Tien-Tsin . 
Tous  auraient  été  d'avis,  même  Tchang  Peï-loun,  qu'il  fallait 
retirer  les  troupes  chinoises  sur  la  frontière.  Li  télégraphia  dans 
ce  sens  à  Pé-KJng.  Le  Tsoung-li  Yamen,  qui  n'avait  point  été 
tenu  au  courant  de  l'arrangement  intervenu  le  17  mai,  de- 
manda des  explications.  Le  Vice-Roi  en  fournit  d'assez  embar- 
rassées. C'est  pendant  cet  échange  de  correspondance  que  se 
serait  produite  la  collision  de  Lang-s'on. 

Le  télégramme  adressé  le  a  a  juillet  par  V.  E.  à  M.  de 
Semallé  prouve  d'autre  part  qu'on  s'était  mépris  à  Paris 
sur  la  nature  de  l'engagement  pris  le  1 7  mai  par  Li  Houng- 
tchang,  puisqu'on  le  croyait  basé  sur  un  document  écrit  éma- 
nant de  ce  dernier*.  M.  Fournier  ayant  quitté  Tien-Tsin  sans 
renseigner  notre  Légation  sur  ce  qui  s'était  passé  entre  le  Vice- 
Roi  et  lui,  notre  Chargé  d'Aflaires  se  trouvait  dans  l'impossibilité 
de  contrôler  cette  indication.  Il  crut  lui  aussi  à  l'existence  du 
document  en  question  et  y  fit  allusion  dans  ses  entretiens   avec 

I.  Le  télégramme  est  ainsi  conçu  :  «  11  est  vrai  que  le  traité  du  11  mai 
ne  Gxc  pas  les  dates  d'évacuation,  mais  il  fait  mieux  :  il  stipule  dans  Tar- 
ticle  a  le  retrait  immédiat  de  toutes  les  garnisons  chinoises  du  Tong- 
King.  C'est  en  conséquence  de  cet  engagement  formel  que  le  Vice- Roi 
du  Tché-li  a  fixé  lui-mêmfi  les  dates  d'évacuation  dans  une  com- 
munication officielle  adressée  au  commandant  Fournier  qui  m*en  a 
rendu  compte  en  ces  termes  par  un  télégramme  du  18  mai,  etc..  » 


-  ♦*  •»•%  ■r-^  .V 


5o3  l'affaire    du    T05G-KIKG 

les  ministres  chinois.  Interrogé  à  ce  sujet  par  le  Yamen,  Li 
Houng-tchang  répondit  par  lettre  insérée  depuis'  au  Livre 
Jaune  chinois,  lettre  dans  laquelle  il  niait  qu'aucune  communica- 
tion écrite  eût  été  échangée  entre  lui  et  M.  Fournier  et  passait 
sous  silence  rengagement  verbal  qu'il  avait  souscrit.  Quant  à 
la  pièce  raturée  laissée  parle  Commandant  du  VolUiy  ce  n'est  que 
plus  tard  qu'elle  aurait  été  retrouvée  dans  un  tiroir  par  le  secré- 
taire de  Li  Houng-tchang  qui,  avec  l'assentiment  plus  ou 
mois  avoué  de  son  chef,  en  aurait  fait  l'usage  que  Ton  sait. 

Tel  est  le  récit  qui  m'a  été  fait  par  M.  Detring.  Li  Houng- 
tchang  comprend  que  dans  toute  cette  affaire  il  a  été  pour  le 
moins  coupable  d'une  extrême  faiblesse  ;  il  se  rendrait  de  plus 
compte  de  l'impossibilité  où  est  la  Chine  de  lutler  contre  nous 
et  do  la  nécessité  d'arriver  à  un  arrangement.  Mais  son  crédit 
est  presque  nul.  D'autre  part  le  Tsoung-li  Yamen  serait  poussé 
à  la  résistance  parle  Ministre  américain. 

Dans  une  note  du  21  juillet  i884,  le  comnnandant  Foumier 
expliquait  lui  aussi  ce  qui  s'était  passé  : 

La  res}x>nsabililé  du  plénipotentiaire  chinois,  S.  E.  Li  Houng- 
tchang  est  plus  engagée  encore,  bien  que  sa  bonne  foi  ne  puisse 
être  suspectée,  après  le  rôle  qu'il  a  joué  dans  la  négociation  d'un 
traité  aussi  impopulaire  en  Chine. 

Voici  dans  quelles  conditions  précises  la.  responsabilité  de  Li 
Houng-tchang  se  trouve  aujourd'hui  engagée  : 

Effrayé  par  le  concert  de  réprobation  qui  accueillit  à  Pé-King 
dans  le  monde  officiel  la  publication  de  notre  traité,  le  vice-roi 
me  demanda  de  le  laisser  libre  de  manœuvrer  «\  P('»-King  pour 
régler  l'affaire  de  l'évacuation  des  troupes  dans  les  délais  convenus 
avec  la  connaissance  qu'il  avait  de  son  terrain  et  de  son  monde. 
J'avais  fait  jusqu'alors  une  expérience  si  concluante  de  sa  puis- 
sance personnelle  à  laquelle  était  uniquement  due  la  réussite  de 
nos  négociations  que  je  jugeais,  sainement  je  crois,  une  fois  de 
plus,  que  dans  celte  circonstance  spéciale  encore,  en  présence 
des  difficultés  nouvelles  soulevées  à  Pé-King,  j'avais  intérêt  à 
laisser  à  Li  Houng-tchang  toute  indépendance  de  manœuvre, 
mais  j'eus  la  précaution  fort  prudente  (on  le  voit  aujourd'hui) 
d'engager  a  fond  sa  responsabilité  personnelle  pour  l'assurer 
contre  toute  défaillance  et  de  manière  que  la  communication 
écrite  que  je  lui  laissais  ne  pût  être  ni  éliminée  ni  altérée  après 


fj^'f¥^:>_ 


MA    RIEN-TCHONG  5o3 

mon  dé|>arl  :  Je  m'y  pris  de  la  façon  suivante  :  a  Votre  Excellence 
accepte  donc  les  dates  fixées  par  ma  communication  écrite  et  se 
charge,  sous  sa  responsabilité,  d'obtenir  à  Pé-King  par  ses  moyens 
propres,  que  Févacuation  des  troupes  chinoises  soit  terminée  dans 
CCS  délais?  »  —  «  Oui  »,  répondit  formellement  le  Vice-Roi.  — 
«  Votre  Excellence  m'autorise  alors  à  télégraphier  les  dates  à 
M.  Jules  Ferry  et  au  Général  Millol  avec  la  notification  qui  y 
fait  suite?  »  —  «  Oui,  répondit  encore  le  Vice-Roi,  vous  pouvez 
le  faire,  je  réponds  de  l'exécution.  »  —  Je  le  fis  aussitôt  en  sor- 
tant, mais  j'eus  le  soin  de  rédiger  le  télégramme  adressé  au 
Général  Millot,  en  clair,  c'est-à-dire  en  français  et  je  le  déposai 
au  bureau  télégraphique  chinois  deTien-Tsin.  —  Un  quart  d'heure 
après  Li  Hoang-tchang  lavait  entre  les  mains  et  vérifiait  de  visu 
quil  était  absolument  conforme  au  texte  de  la  communication  écrite 
que  je  lui  avais  laissée.  Ce  télégramme  parcourut  tous  les  bureaux 
télégraphiques  échelonnés  entre  Tien-Tsin  et  Ha-noï  et  il  prit 
ainsi  le  caractère  de  publicité  indiscrète  que  j'avais  tenu  à  lui 
donner.  —  Or,  le  lendemain  du  jour  où  Li  Houng-tchang  connut 
mon  télégramme  au  Général  Millot,  il  reçut  la  première  visite 
de  l'amiral  Lespt's  avec  la  plus  grande  cordialité  ;  un  mois  après 
il  visitait  noire  escadre  et  dans  l'intervalle  il  ne  cessa  de  témoigner 
de  son  désir  de  voir  se  consolider  l'entente  cordiale  de  la  France  et 
de  la  Chine.  Est-il  admissible  que  Li  Houng-tchang  n'eût  pas 
immédiatement  protesté  auprès  de  l'amiral,  après  mon  départ, 
s'il  avait  trouvé  dans  mon  télégramme  fort  important  adressé  au 
Général  Millot  qui  allait  régler  les  mouvements  de  nos  troupes 
vers  les  frontières  de  Chine,  des  indications  différentes  de  celles 
qu'il  avait  admises  dans  notre  dernière  entrevue,  qui  le  mettaient 
directement  en  jeu  et  que  le  président  du  Conscùl  lut  le  ao  mai 
à  la  tribune  de  la  Chambre  et  que  tous  les  journaux  de  Chang- 
Haî,  de  Hong-Kong  et  du  Jajwn  avaient  citées  et  commentées. 
La  vérité  est  qu'il  a  été  aussi  péniblement  surpris  que  moi  par 
l'éxénement  de  Bac-Lé.  11  comptait  secrètement  (sentiment  tout 
à  fait  chinois),  comme  j'avais  lieu  de  le  supposer  moi-même, 
que  si,  à  la  suite  d'une  manœuvre  tortueuse  et  maladroite  du 
parti  de  la  Guerre,  une  résistance  était  opposée  par  certaines 
troupes  chinoises  aux  troupes  françaises,  celles-ci  leur  passeraient 
sur  le  corps  et  prendraient  possession  quand  même  de  leurs  gar- 
nisons, comme  je  le  lui  avais  annoncé  !  Malheureusement  cette 
hypothèse  qui  nous  paraissait  si  évidente  à  l'un  ou  à  l'autre  ne 
se  réalisa  pas,  on  sait  pourquoi  !  Si  nos  troupes  avaient  été  vie- 


ifl  L  AFFAIRE    DV    TONG-KINB 

rieuses.  Li  HouDg-tchang  eût  proteslô  à  Pé-King  contre  les 
)mmes  du  prti  de  la  guerre  qui  venaient  d'in(ltg«r  si  inutile- 
ent  un  nouvel  alTront  aux  armées  chinoises.  —  Ce  sont  nos 
dupes  qui  ont  eu  le  dessous,  et  c'est  Li  Houng-tchang  qui  courbe 
ijourd'hui  la  lète  sous  le  poids  des  responsabilités  qu'accumule 

parti  de  la  guerre.  Malheureusement  c'est  là  une  situation  dont 
ms  n'avons  pas  à  tirer  grand  bénéfice,  car  le  Vice-Roi  qui  était 

base  fondamentale  de  notre  influence  dans  les  mers  de  Chine 
rtira  certainement  diminué  du  nouveau  conflit  suscité  par  ses 
Ivcrsaircs  au  Tong-King,  par  la  rencontre  sanglante  de  Bac-Lé. 

Sig.    FOURNIER. 

Je  crois  que  noua  devons  nous  en  tenir  à  celte  version  du 
>inmandant  Foumier  ;  le  tort  de  ce  marin  distingué  est 
avoir  cru  à  la  bonne  foi  de  Li  Iloung-tchang  et  c'est  cette 
oyance,  partagée  par  Jules  Ferry,  qui  a  fait  retarder  les 
séralions  de  l'amiral  Courbet,  a  empêché  ce  dernier  de 
apper  un  coup  décisif  dans  le  Nord  et  a  fait  prolonger  le 
locus  de  Formose.  Les  différentes  attaques  contre  la  côte  de 
hinc  faites  par  ordre  du  gouvernement  qui  l'empécliait  de 
apper  le  coup  décisif  dans  le  Tché-li,  arrachait  à  l'amiral 
i  cri  pittoresque  :  o  Ce  sont  autant  de  coups  de  poing  dans 
n  édrcdon.  .1  II  est  bien  certain  que  Li  n'avait  fait  aucune 
>mmunication  au  sujet  de  l'évacuation  du  Tong-King  par  les 
oupcs  chinoises,  aux  membres  du  Tsoung-li  Yamcn,  avant 
ïffaire  de  Bac-Lé.  Il  est  facile  de  se  rendre  compte  de  la 
iiplicité  de  Li  par  sa  lettre  du  a  juillet  au  Yamen,  que 
ans  avons  reproduite  plus  haut.  M.  A.  Gcrvais,  qui,  évi- 
îmmcnt,  a  eu  des  renseignements  de  première  main,  explique 
nsi  la  production  du  document'  : 

«  Le  Goiivcrnemenl  français...  en  présence  des  résistances  du 
>uvcrnemont  impérial,  se  décida  à  pratiquer  la  politique  des 
iges  et  des  représailles.  Dès  les  premiers  jours  du  mois  d'Août, 
[imiral   Lcspès   bombardait    Kéloung.   Furieux    de  voir   leurs 

1.  Revue  pol.  et  lill.,  11  octobre  1884. 


COMBAT    DE    FOU-TCHEOU  OOO 

• 

avances  repoussées,  les  Chinois,  sans  réfléchir,  revenant  brusque- 
ment en  arrière,  voulurent  établir  à  nouveau  que  c'étaient  nous, 
et  non  pas  eux,  qui  avions  violé  le  traité  de  Tien-Tsin  et  alors, 
tout  à.  coup,  Li  Houng-tchang,  mis  en  demeure  d'établir  la  vérité 
sur  la  note  complémentaire,  produit  la  convention  écrite  du  17 
mai  et  les  ratures  que  le  commandant  Fournier  y  aurait  faites. 
Ainsi,  le  a  juillet,  il  déclarait  par  lettre  au  Tsoung-li  Yamen, 
comme  on  l'a  vu  plus  haut,  a  qu'il  était  certain  que  le  comman- 
dant Fournier  ne  lui  avait  adressé  aucune  communication  ofli- 
cielle  »  ;  et,  au  mois  d'Août,  il  produisait  cette  même  note  à 
laquelle,  un  mois  auparavant,  il  avait  dénié  toute  existence.  Mais 
aussi  il  la  présentait  dans  des  conditions  bien  curieuses.  Cette 
note  était  raturée  de  la  main  même  du  commandant  Fournier, 
à  ce  qu'on  assurait,  et  ces  ratures  portaient  précisément  sur  les 
articles  relatifs  à  l'évacuation  par  les  garnisons  chinoises  des 
places  fortes  du  Tong  King. . . 

La  vérité  parait  être  que  Li  Houng-tchang,  autorisé  par  le 
G)mm.  Fournier  h  retarder  l'envoi  de  la  note  du  17  mai  à  Pé- 
King,  avait  différé  de  jour  en  jour,  et  que  fmalement,  en  présence 
de  l'orage  qui  le  menaçait  et  allait  grossissant,  il  n'avait  pas  osé 
transmettre  ni  cette  note  ni  même  la  lettre  du  i5  Mai. 

Considérons  que  l'incident  est  clos. 

COMBAT    DE    FOU-TCHÉOU,    23    AOUT    l884* 

Jamais,  malgré  les  négociations  avec  M.  de  Semallé  depuis 
Faffaire  de  Bac-Lé,  le  gouvernement  chinois  n'avait  cessé 
d'envoyer  des  troupes  au  Tong-King.  Au  commencement  de 
juillet,  un  corps  de  7  5oo  hommes  avait  reçii  Tordre  de  passer 
la  frontière  pour  aller  se  joindre  aux  Pavillons  Noirs.  Le  3i 
juillet,  le  vice-roi  du  Se-tch'ouen,  Ting  Pao-tchen,  recevait 
un  décret  secret  relatif  à  l'envoi  au  Yun-Nan  du  général  Pao- 
Tch'ao  et  de  2  5oo  réguliers  en  vue  de  se  concerter  avec  le 


I.  Pour  ce  chapitre,  voir  :  Ministère  des  Affaires  étrangères.  — 
Documents  diplomatiques.  —  Affaires  dk  Chine  et  du  Tonkin, 
1884.1885.  Paris,  Imp.  nat.,  i885,  infol. 


fW^ 


COMBAT    DE    FOU-TCIIÉOU  OOy 

allait  être  ouvert  incessamment  sur  les  bâtiments  chinois.  A 
I  h.  5o,  le  Volta  tirait  le  premier  coup  de  canon  et  à  2  heures 
I  action  était  générale  ;  le  Yang-Wou,  attaqué  par  le  torpilleur 
1^6,  capitaine  Douzans,  sautait  et  allait  se  jeter  h  la  côte  ;  son 
commandant,  le  capitaine  Tchang,  réussit  à  s'échapper  sans 
blessure.  La  Triomphante,  arrivée  peu  d'instants  avant  Taction, 
y  prenait  part  ;  en  quelques  minutes,  il  ne  restait  plus  rien 
de  la  flotte  chinoise.  Le  pilote  anglais  Thomas  fut  tué  à  coté 
de  l'amiral  Courbet.  L'illustre  Tchang  Pci-Loun  avait  assisté 
au  combat,  prudemment  perché  sur  une  colline  à  plusieurs 
kilomètres  du  lieu  de  l'action.  Il  fut  dénoncé  pour  sa  lâcheté 
jwr  le  Han-lin,  P'an  Ping-nien,  dégradé  en  janvier  et  banni 
dans  les  postes  militaires  le  23  février  i885  ;  sa  disgrâce  dura 
jusqu'en  juillet  1888.  Le  2^,  l'arsenal,  œuvre  d'un  Français, 
Giquel,  était  bombardé  à  1 1  heures  du  matin  ;  le  directeur  de 
l'arsenal.  Ho  Jou- tchang,  dans  son  rapport,  déclara  que  par 
sa  défense  vigoureuse,  il  empêcha  le  débarquement  des  Fran- 
çais; le  25  et  le  26,  les  défenses  de  la  passe  Mingan,  prises 
à  revers,  sont  détruites;  le  lendemain  27,  les  défenses  de 
kinpai  sont  à  leur  tour  anéanties,  mais  nous  perdons  le  lieu- 
tenant de  vaisseau  Bouët-Willaumez. 

Après  avoir  terminé  ces  brillantes  opérations,  l'escadre 
gagnait  le  mouillage  extérieur  gardé  par  le  La  Galissonnière 
qui  avait  reçu  du  fort  Blanc  un  obus  Krupp  de  2 1  centime  1res, 
lui  tuant  un  homme  et  blessant  plusieurs  autres.    . 

Ce  bombardement,  complètement  réussi  comme  opération 
militaire,  non  seulement  n'ouvrit  pas  les  yeux  à  la  Chine, 
mais  fut  plutôt  nuisible  aux  négociations,  car  l'évacuation  de 
la  rivière  Min,  après  la  destruction  de  la  flotte  chinoise,  com- 
posée des  plus  mauvais  navires,  fut  considérée  par  les  Chinois 
comme  une  victoire  remportée  par  eux,  malgré  les  châtiments 
infligés  à  ceux  qui  avaient  dirigé  la  défense. 

Un  décret  impérial  paru  le  27  août  i884  dans  la  Gazette 
de  Pé-King  montrait  que  le  Gouvernement  n'était  nullement 


1 


5oS  l'affaire  du  tong-mng 

disposé  à  céder  ;  reprenant  à  sa  façon  l'historique  des  relations 
de  l'Anna  m  avec  la  France  depuis  la  conquête  de  la  Basse- 
Cochinchine,  le  Yamen  représentait  la  mission  du  comman- 
dant Fournier  comme  un  prétexte  saisi  par  nous  pour  gagner 
du  temps,  l'affaire  de  Lang-s'on  comme  une  violation  de  la 
convention  de  Tien-Tsin  et  notre  modération  s'expliquait  par 
la  tournure  menaçante  prise  par  les  affaires  d'Egypte: 

Pendant  la  a"  lune  de  cette  année  (mars  i884)»  les  troupes 
françaises  sont  venues  attaquer  nos  garnisons.  Nous  avons  rendu 
à  ce  sujet  un  Décret  publié  dans  tout  l'Empire.  Nous  nous  pro- 
posions mémo  d'envoyer  des  lrou[)es  dans  le  pays  pour  le  reprendre 
et  le  défendre  de  toutes  leurs  forces  ;  mais  un  commandant  fran- 
çais Fournier  était  déjà  venu  proposer  soudain  la  paix  à  la  Chine. 
La  France  voyait,  a  cette  é|X>que,  un  danger  dans  la  tournure 
menaçante  prise  par  les  affaires  d'Egypte.  La  Chine,  qui  savait 
bien  que  la  position  de  la  France  était  critique,  aurait  pu  lui 
opposer  un  refus  en  termes  hautains,  mais  elle  a  voulu  lui  montrer 
encore  sa  mansuétude  et  lui  a  permis  de  réaliser  son  désir. 

Enfin  ce  réquisitoire  se  termine: 

»  Que  les  Vice-Rois  et  Gouverneurs  de  toutes  nos  provinces 
du  littoral  enjoignent  rigoureusement  aux  fonctionnaires  locaux 
et  aux  commandants  militaires  de  nos  troupes  d'accorder  une 
égale  protection  aux  commerçants  de  toutes  ces  nations. 

Quant  aux  fonctionnaires  et  aux  commerçants  français  et  aux 
catholiques,  s'ils  désirent  rester  dans  le  pays,  y  faire  paisiblement 
leur  devoir,  en  ne  s'occupant  que  de  leurs  affaires,  —  on  devra 
aussi  les  protéger  comme  les  autres,  mais  qu'on  les  punisse  con- 
formément au  droit  international,  dès  qu'on  aura  découvert  qu'ils 
se  sont  mêlés  d'affaires  militaires. 


PROCLAMATION    DU    VICE-ROI    DE    CANTON 

La  colère  des  Chinois  de  Canton  ne  connut  pas  de  bornes 
lorsqu'on  apprit  dans  celte  ville  la  destruction  de  l'escadre 
de  Fou-tchéou  et  il  fallut  protéger  les  concessions  étrangères 


PROCLAMATION    DU    VlCÈ-ROt    DE   CANTON  SoQ 

contre  une  attaque  possible  de  la  populace.  Une  proclama- 
tion du  vice-roi,  Tchang,  et  des  trois  autres  hauts  fonction- 
naires de  la  province  lancée  le  3o  août  montre  l'état  d'esprit 
des  habitants  : 

Les  Français  ont  violé  la  loi  internationale,  déchiré  le  traité 
œnclu  à  Tien-Tsin  et  attaqué  sans  respect  pour  la  foi  jurée  les 
soldats  chinois  à  Liang-Chan  (Lang-So'n)  Ïong-King,  tuant  ainsi 
un  grand  nombre  d'entre  eux.  Au  lieu  de  reconnaître  leur  faute  et 
de  montrer  des  regrets,  ils  demandent  à  la  Chine  une  forte 
indemnité  et  lui  font  la  guerre.  Cela  est  connu  de  toutes  les 
autres  puissances  étrangères  qui  savent  que  la  France  est  coupable. 
Le  peuple  de  cette  province  s'est  toujours  fait  remarquer  par  sa 
bravoure  et  sa  loyauté.  Maintenant,  vous  devez  considérer  les 
Français  comme  vos  ennemis  et  aider  de  toute  votre  force  le 
gouvernement  dans  les  opérations  défensives.  Les  récompenses 
suivantes  seront  accordées  à  ceux  qui  les  mériteront  : 

Pour  la  tête  d'un  commandant  en  chef,  loooo  taëls*  et  le 
mandarinat  à  plume  de  marlin-pèchcur. 

Pour  la  tète  d'un  officier  à  sept  galons,  3ooo  taëls  et  le  man- 
darinat à  plume  de  martin-pêcheur. 

Pour  la  tête  d'un  officier  à  cinq  galons,  i  ooo  taêls  et  le  man- 
darinat à  plume  de  paon. 

Pour  la  tête  d'un  officier  à  trois  galons,  5oo  taëls  et  le  manda- 
rinat à  plume  de  paon. 

Pour  chaque  soldat  ou  marin  tué,  loo  taëls. 

{Avoir  bien  soin  de  distinguer  les  ennemis  des  étrangers.^ 

Pour  la  prise  d'un  cuirassé  de  i*"®  classe,  looooo  taëls. 

Pour  la  prise  d'un  cuirassé  de  2"  classe,  80000  taëls. 

Pour  la  prise  d'une  canonnière  de  i"  classe,  4oooo  taëls. 

Pour  la  prise  d'une  canonnière  de  2"  classe,  20000  taëls. 

Pour  la  prise  d'une  embarcation,  100  taëls. 

Si  on  détruit  un  navire,  il  sera  payé  la  moitié  des  sommes 
précédentes. 

La  propriété  capturée  appartiendra  au  capteur. 

Pour  tout  gros  canon  pris,  8000  taëls  et  le  mandarinat.  Pour 
les  canons  de  moindre  dimension,  une  somme  proportionnée  à 
leur  grandeur. 

1.  Le  taël  de  la  douane  (^Haïkouan)  était  estimé  h,  7  fr.  i3. 


5io  l'affaire  du  tong-king 

L*auteur  d'un  plan  qui  aura  pour  conséquence  la  défaite  des 
Français  dans  un  combat  recevra  3o  ooo  taêls. 

Ces  récompenses  seront  payées  par  le  trésorier  de  la  province, 
lo*  jour  de  la  7''  lune,  10'  année  de  Kouang-Siu. 

Au  mois  de  septembre,  les  autorités  de  Canton  invitaient 
les  sujets  du  Céleste  Empire  à  empoisonner  les  Français  établis 
à  Singapore,  Pinang  et  ailleurs,  et  à  détruire  nos  bâtiments. 
Sir  Harry  Parkcs  adressa  une  protestation  au  Tsoung-li  Yamen 
qui  prélendit  ignorer  la  proclamation  de  Canton. 

Dans  le  Nord  la  colère  de  la  Cour  se  manifestait  jwr  un 
décret  du  4  septembre  qui  destituait  six  membres  du  Tsoung- 
li  Yamen,  y  compris  Tchang  Yin-houan,  Wou  Ting-fen  et 
Tch'c^n  Lan^pin.  Li,  qui  se  rendait  compte  de  la  situation 
réelle,  et  probablement  aussi  le  Septième  Prince,  envoyèrent 
M.  Detring  à  Chang-Haï,  mais  celui-ci  revint  (18  septembre) 
k  Tien-Tsin  sans  avoir  rien  obtenu.  Au  fond,  les  Chinois 
désiraient  ne  pas  perdre  la  face  ;  ils  auraient  volontiers  donné 
sous  la  table,  mais  pas  sur  la  table. 

Le  3i  aoùt-i2  septembre  i884,  le  ministre  de  Russie  à 
Pé-King,  M.  S.  Popov,  écrivait  à  M.  Patenôtre  que  la  Russie, 
suivant  sa  demande  du  28  août,  acceptait  la  protection  de 
nos  nationaux  et  des  missionnaires  catholiques. 

'FORMOSE 

Les  opérations  reprenaient  contre  Formose,  contre  le  gré 
de  l'amiral  Courbet  et  de  M.  Patenôtre.  M.  Ferry,  inspiré 
sans  doute  par  le  commandant  Fournier,  rentré  en  Europe, 
s'obstina  dans  une  campagne  que  tout  le  monde  lui  décon- 
seillait. L'amiral  Courbet  s'écriait  plus  tard  avec  amertume: 
«  Nul  ne  saura  jamais  ce  que  nous  coûte  roccuj3ation  deKi- 
loung  ;  elle  a  tout  entravé  ;  elle  a  stérilisé  les  succès.  »  Une 
attaque  contre  les  Pescadores  eût  mieux  valu  ;  on  ne  l'au- 
torisa que  plus  tard,  trop  tard,  comme  toutes  les  opérations 


5i2  l'affaire  du  tong-kinc 

Ming-tch'ouan,  directeur  des  affaires  à  Formose,  avec  le 
titre  de  gouverneur  provincial,  contre  Ki-loung. 

Nous  avons  vu  que  les  Chinois  considéraient  comme  un 
succès  pour  eux  l'évacuation  de  la  rivière  Min,  après  le  bom- 
bardement de  Tarsenal  de  Fou-tchéou  ;  le  tâtonnement  dans 
les  opérations  navales  contre  Formose  produisit  le  même 
effet  désastreux.  Le  fait  que  les  Français  avaient  mis  près  de 
trois  mois  pour  s'emparer  de  deux  misérables  places  comme 
Ki-loung  et  Tam-soui  donnait  l'impression  qu'ils  étaient 
incapables  d'entreprendre  une  opération  sérieuse;  si  on 
ajoute  l'effet  des  articles  de  la  presse  anglaise  et  de  la  presse 
française  de  l'opposition,  les  Chinois  n'avaient  aucune  raison 
de  céder  à  nos  menaces. 

M.  Patenôtre,  de  même  que  l'amiral  Courbet,  était  d'avis 
de  frapper  un  grand  coup  dans  le  Nord  ;  il  était  certainement 
dans  le  vrai,  mais  M.  Ferry  croyait  encore  à  la  bonne  foi 
de  Li  et  il  craignait  de  le  faire  tomber  en  disgrâce  en  agis- 
sant dans  les  territoires  de  l'empire  dépendant  directement  ou 
indirectement  de  son  gouvernement.  Des  instructions  de 
Paris  ajournèrent  encore  les  opérations  de  Courbet  dans  le 
Tché-li  ;  nous  ménagions  la  chèvre  et  le  chou  et  personne  ne 
nous  en  savait  gré  ;  nous  usions  de  ménagements  qu'igno- 
raient les  Chinois  (sept.  i884).  Le  blocus  de  Formose,  qui 
fut  déclaré  le  20  octobre,  devint  le  principal  effort  d'une 
escadre  condamnée  à  un  rôle  presque  passif  et  la  fatigue 
causée  par  cette  opération  ainsi  que  son  inutilité  amenèrent 
des  résultats  qui  auraient  pu  être  désastreux. 

Nous,  soussigné,  vice-amiral  commandant  en  chef  les  forces 
navales  françaises  dans  rExtrôme-Orient, 

Agissant  en  vertu  des  pouvoirs  qui  nous  appartiennent. 

Déclarons  : 

Qu'à  partir  du  a  3  octobre  1884  tous  les  ports  et  rades  de  l'Ile 
Formose,  compris  entre  le  cap  Sud  ou  cap  Nan-Sha  et  la  baie 
Soo-Au,  en  passant  par  l'Ouest  et  le  Nord  (ces  points  places:  le 


PROGRAMME  DU  I  I  OCTOBRE  l885  5l3 

premier,  par  ai»  55'  latitude  nord  et  1 18'»  3o'  longitude  est  de 
Paris;  le  second,  par  34'' 3o' latitude  nord  et  119'*  33'  longitude 
est  de  Paris),  seront  tenus  en  état  de  blocus  elTeclif  par  les  forces 
navales  placées  sous  notre  commandement,  et  que  les  bâtiments 
amis  auront  un  délai  de  trois  jours  pour  acbever  leur  chargement 
et  quitter  les  lieux  bloques. 

Il  sera  procédé  contre  tout  bâtiment  qui  tenterait  de  violer 
ledit  blocus  conformément  aux  lois  internationales  et  aux  lois  en 


Mgueur. 


A  bord  du  cuirasse  français  Baynrd, 
le  ao  octobre  1884. 

Signé  :  Courbet. 

Le  blocus  s*éiend  donc  non  seulement  sur  toute  la  côte  occi- 
dentale de  Pile  Formose,  mais  sur  la  partie  de  la  côte  orientale 
comprise  entre  la  pointe  septentrionale  de  Pile  et  la  baie  Soo-Au. 

Le  8  octobre,  Li  Houng-Tchang  demanda  à  M.  Rislelhueber 
à  quelles  conditions  la  France  coOvScn tirait  à  confier  à  un 
arbitre  le  différend  entre  les  deux  pays  ;  en  conséquence,  le 
II  octobre,  M.  Ferry  décida  de  rédiger  un  programme  que 
les  États-Unis  refusèrent  d*appuyer,  auquel  on  devait  se  tenir 
jusqu'aux  négociations  finales: 

programme    du    II    OCTOBRE    i885 

La  France  consentirait  à  reprendre  les  négociations  avec  la 
(iliiiie  sur  les  bases  suivantes  : 

Retrait  des  troupes  chinoises  du  Tong-King  ; 

Suspension  des  opérations  de  la  flotte  française  ; 

Ratification  du  Traité  de  Tien-Tsin  et  conclusion  de  la  con 
vontion  de  commerce  prévue  par  le  traité  ; 

Maintien  de  Poccupation  de  Ri-loung  à  titre  provisoire  et  sans 
cession  de  souveraineté  territoriale,  jusqu'à  la  complète  exécution 
du  traité  de  Tien-Tsin. 

On  ne  prononcerait  plus  le  mot  indemnité  ;  mais  comme  équi- 
valent, la  France  garderait  la  possession  des  douanes  et  des 
mines  à  Ki-loung  et  à  Tamsoui  pendant  un  nombre  d'années  â 
di'battre.  La  médiation  d'une  ou  de  plusieurs  Puissances  amies 
pourrait  d'ailleurs  être  admise,  soit  pour  fixer  la  durée  de  cette 

GoRDisB.  n.  — 33 


1."»^.] 


5i4  l'affaire  du  tong-kikg 

occupalion,  soit  même  jx>ur  en  avancer  le  terme  au  moyen  d'une 
transaction  pécuniaire. 

Au  mois  de  décembre  i88/j,  un  bureau  secret  dVnrole- 
ment  pour  la  Chine  fonctionnait,  sous  la  direction  d'un  an- 
cien officier  autrichien,  à  Londres,  avec  annexes  à  Southarnj>- 
ton  et  Rotterdam.  Les  engagements  étaient  signés^  non  [lar 
un  vice-roi  de  Province,  mais  par  le  ministre  chinois,  Li 
Foung-pao.  Un  des  journaux  chinois  de  Chang-Haï,  le 
Chèn  PaOy  publiait  le  9  décembre,  un  article  dans  lequel  il 
déclarait  gravement  que  l'ambassadeur  de  France  à  Londres 
avait  demandé*  à  être  reçu  par  le  marquis  Ts'éng  et  qu'il 
lui  avait  fait  part  de  Tintention  du  gouvernement  français  de 
demander  la  paix. 

En  réalité  nou«  perdions  notre  temps.  En  janvier  i885,  le 
gouvernement  français  reprenant  les  projets  de  Courbet  et  de 
M.  Patenôtre  on  septembre,  voulait  établir  le  blocus  du  Tclié- 
li  ;  il  était  trop  tard. 

COMBAT    DE    CHEPOU  (Shoipoo),    l5   FEVRIER    l885 

L'amiral  Courbet  arrivant  inopinément  à  GiitzlafT,  le  1 1 
février  i885,  apprit  que  Tescadre  chinoise  avait  quitté 
Chang-Haï  le  23  janvier  et  s'était  rendue  dans  la  rade  de 
Che-pou  (Sheipoo  lloads),  dans  la  passe  Nord,  de  la  baie 
de  San-Men,  sur  la  côte  du  ïché-kiang,  entre  Ning-Po  et 
Wen  tchéou,  soi-disant  pour  se  préparer  à  faire  Idver  le 
blocus  de  Formose  ;  il  se  mit  à  sa  recherche  et  la  rencontra 
le  dimanche  i5  février,  jour  de  Tan  chinois,  mais  dès  que 
les  Chinois  aperçurent  les  Français,  ils  s'enfuirent;  les  trois 
croiseurs  K*ai-tsi,  IS'an-tch'éneï  Nan-choui,  ces  deux  derniers 
construits  en  Allemagne,  rapides  et  protégés  par  le  brouil- 
lard, s'échappèrent  et  se  réfugièrent  à  Ning-Po  ;  jiendant  ce 
temps  la  frégate  Yii-yuen^  portant  23  canons  Krupp  et  une 


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5i6  l'affaire  du  tong-king 

cinquantaine  de  torpilleurs,  et  la  corvette  Tch'éng-Kmg,  com- 
mandée par  l'amiral  Ting,  poursuivies  par  la  Triomphante, 
se  réfugièrent  dans  l'anse  au  fond  de'  la  passe  la  plus  au 
Nord,  en  face  de  la  ville  de  Che-pou  ;  la  nuit,  deux  simples 
canots  à  vapeur,  armés  en  torpilleurs,  commandés  l'un  par 
le  capitaine  de  frégate  Gourdan,  le  second  par  le  lieutenant 
de  vaisseau  Duboc,  s'avancèrent  vers  l'ennemi  ;  à  4oo  mètres 
de  la  frégate,  leur  présence  fut  signalée  et  immédiatement  le 
Yu-yuen  ainsi  que  les  batteries  de  terre  ouvrirent  le  feu;  malgré 
cette  défense,  le  commandant  Gourdan  torpillait  la  frégate  à 
l'arrière  et  M.  Duboc  à  l'avant,  n'ayant  qu'un  homme  tué 
et  un  blessé.  Le  TcKêng-King  fut  coulé  par  le  tir  maladroit 
des  canons  chinois  des  batteries  de  terre.  Les  équipages 
chinois  purent  gagner  la  côte  ;  ils  furent  mal  accueillis  par 
les  indigènes  et  ne  purent  trouver  asile  chez  eux  qu'en  recou- 
rant à  la  force.  Les  Chinois  n'auraient  perdu  que  deux 
hommes;  Tun,  second  mécanicien,  se  serait  noyé,  l'autre 
aurait  été  tué  d'une  balle  de  revolver  dans  le  court  engage- 
ment avec  les  torpilleurs .  Ce  fait  d'armes  coïncidait  avec  la 
prise  de  Lang-so'n. 

OCCUPATION    DE    LANG-So'n,    i3   FÉVRIER    l885 

Au  commencement  de  septembre  i884,  le  général  Millot, 
fatigué,  mécontent  d'ailleurs  que  le  traité  du  6  juin  eût  été 
signé  sans  sa  coopération,  remit  le  commandement  en  chef 
au  général  Brièrc  de  l'Isle  qui  était  à  la  tète  de  la  première 
brigade  à  Haï-Phong.  L'occupation  de  Lang-so'n  fut  décidée. 
Deux  colonnes  furent  formées  ;  la  première,  sous  les  ordres 
du  lieutenant-colonel  Don  nier  devait  remonter  le  Loch- 
Nam,  ayant  Chu  pour  objectif;  il  livra  le  combat  de  Lam  le 
6  octobre  ;  la  seconde,  sous  les  ordres  du  lieutenant-colonel 
Defoy,  quittait  Hanoï,  le  3  octobre,  et  se  portait  sur  Phu- 
Lang-Thuong  où  se  rendait  également  le  général  de  Négrier 


SIÈTOE    DE    TUYEN-QUAN  017 

qui  partait  le  même  jour  de  la  capitale  pour  prendre  la  direc- 
tion générale  des  opérations.  Négrier  enlevait  Kep  le  8  oc- 
tobre après  un  sanglant  combat  et  arrivait  le  1 1  à  Phu- 
Lang-Thuong;  Donnier,  de  son  côté,  livrait  une  série  de 
combats  à  Chu  les  lo  et  ii  octobre.  On  s'occupa  de  l'orga- 
nisation des  défenses  de  Kep  et  de  Chu . 

Le  3  janvier  i885,  Brière  de  l'Isle  était  nommé  général  de 
division  et  au  commencement  du  même  mois  arrivait,  avec 
des  troupes  de  renfort  et  le  colonel  Giovanninclli  qui  devait 
prendre  le  commandement  de  la  première  brigade.  Des  re- 
connaissances furent  faites  sur  la  route  de  Lang-so'n  ;  les 
deux  brigades  réunies  le  2  février  dans  la  plaine  de  Chu, 
marchèrent  en  avant  et  livrèrent  successivement  les  combats 
de  Tay-Hoa  (4  février),  de  Ila-Hoa  (5  février),  de  Dong- 
Song(6  février);  les  Chinois  en  fuite  furent  poursuivis  par 
Giovanninclli;  la  marche  fut  reprise  le  10  février  et  Deo-vy 
occupé;  les  combats  de  Pho-vy  (i  i  février)  et  de  Bac-Viang 
(12  février)  nous  ouvrirent  la  route  de  Lang-so'n  ;  nous  trou- 
vâmes la  citadelle  évacuée  et  nous  entrâmes  dans  la  ville  sans 
coup  férir  (i3  février) ^ 

SIÈGE    DE    TUYEN-QUAN    (28  NOVEMBRE    1 884-3    MARS     l885) 

« 

Il  n'y  avait  pas  de  temps  à  perdre  pour  dégager  Tuyen- 
quan  assiégé  par  les  Pavillons  Noirs  et  les  troupes  régulières 
du  Kouang-Si  depuis  le  23  novembre  ;  à  cette  époque  la 
garnison  de  celte  place  était  composée  de:  deux  compagnies 
de  la  légion  :  8  officiers,  390  hommes  ;  artillerie  de  marine 
(i'*  section  de  la  2"  batterie  i/i):  i  officier,  3i  hommes; 
génie  (4®  régiment):  8  hommes;  infirmiers  (i5°  section): 


1.  Commandant  Lecomte...  —  La.ng-Son.  Combats  y  Retraite  et 
Négociations.  Paris  |el]  Limoges,  Henri  Gharies-Lavauzelle,  iSgS,  gr. 
in-8. 


5l8  i/aFFAIRK    du    XONG-KfNG 

3  hommes;  ouvriers  d'administration  (i 5" section):  3  hom- 
mes; tirailleurs  lonkinois  (i"  régiment,  8°  compagnie):  2 
officiers,  162  liommes.  Le  2/1  novembre,  l'état  de  siège  était 
déclaré  et  un  conseil  de  défense  était  constitué  avec  le  com- 
mandant Dominé,  président,  le  héros  de  la  défense,  le  capi- 
taine Catlelin,  de  la  légion,  le  lieutenant  Derappo- 
commandant  d'artillerie  et  le  sergent  Bobillot,  chef  du 
génie.  Je  ne  raconterai  pas  une  fois  de  plus  les  péripéties  de 
ce  siège  glorieux  dont  on  devra  hre  l'histoire  dans  le  rapport*, 
sublime  dans  sa  simplicittî,du  commandant  Dominé.  Rappe- 
lons que  le  sergent  Bobillot  fut  blessé  mortellement  le  18 
février.  —  Le  colonel  Giovanninelli  quittant  Lang-s'on  le  16 
février,  marclia  sur  Bac-Hat,  au  confluent  de  la  rivière 
Claire  et  du  fleuve  Rouge;  la  colonne  de  secours  était  réunie 
sous  les  ordres  du  général  en  chef,  le  27  février,  à  Phu-Doan 
où  le  colonel  Giovanninelli  était  arrivé  la  veille;  après  le 
combat  de  Iloa  Moc  (2  et  3  mars  i885),  Tuyen-Quan  e^t 
dégagé,  et  le  3  mars  à  2  heures  de  l'après-midi,  le  général  en 
chef  y  pénètre  avec  la  brigade  Giovanninelli. 

PRISE    DES    PESCADORES,   3l    MARS    l885 

Le  2  2  mars,  l'amiral  Courbet  était  re])arti  pour  Ki  loung, 
puis  il  partait,  après  une  escale  à  Taï-Wan,  pour  les  îles 
Pescadores,  ou  Pong-hou,  dans  le  canal  de  Formose;  le  29, 
il  entrait  à  7  heures  du  matin  dans  la  baie  Pong-hou,  avec  le 
Boyard  et  la  Triomphante,  suivis  du  Duchaffnut  ;  un  feu  bien 
nourri  l'accueillit  ;  à  9  heures  et  demie,  les  canons  chinois 
étaient  réduits  au  silence;  à  cinq  heures,  nos  troupes  débar- 


1.  (]c  rapport  a  paru  dans  le  Journal  officiel  ;  il  a  été  réimprimé  en 
un  vol.  iri-Sa  par  Charlcs-Lavauzclle,  en  i885. 

—  Tuyen-Quan  pendant  le  Siège^  par  Th.  Boissot,  aumônier  au 
corps  cxpcdiiionnairc  du  Tonkin.  —  Extrait  de  la  lievue  chrétienne. 
Paris,  iMschbacher,  i885,  br.  in-8. 


5ao  i/affaire  du  tong-hing 


TÉLÉGRAMME    HART,    26    FÉVRIER     l885 

Le  26  février  i885,  Sir  Robert  Harl  adressait  de  Pé-King 
à  M.  Canipbell  le  télégramme  suivant  pour  être  communiqué 
à  M.  Jules  Ferry,  président  du  Conseil,  ministre  des  affaires 
étrangères  : 

«  L'empereur  a  autorisé  la  proposition  des  quatre  articles 
suivants  : 

«  I"  D'une  part  la  Chine  consent  à  ratifier  la  Convention  de 
Tien-ïsin  de  Mai  i884,  et  d'autre  part  la  France  consent  à  ne 
rien  demander  de  plus  que  ce  qui  est  stipulé  par  cette  conven- 
tion. 

a  3°  Les  deux  Puissances  conviennent  de  cesser  les  hostilités 
partout,  aussi  vite  que  les  ordres  pourront  être  donnés  et  reçus, 
et  la  France  convient  de  lever  immédiatement  le  blocus  de 
Formose. 

a  3"  La  France  convient  d'envoyer  le  Ministre  dans  le  Nord, 
c'est-à-dire  à  Tien-Tsin  ou  Pé-King,  pour  arranger  le  traité  détaillé, 
et  les  deux  Puissances  fixeront  alors  la  date  pour  le  retrait  des 
troupes. 

«  4'*  M.  James  Duncan  Campbell,  commissaire  et  secrétaire 
détaché  de  l'inspecteur  général  des  douanes  impériales  maritimes 
chinoises,  de  deuxième  classe  du  rang  civil  chinois  et  officier  de 
la  Légion  d'honneur,  est  chargé  de  pouvoirs  comme  commissaire 
spécial  de  la  Chine  pour  signer  ce  protocole  avec  le  fonctionnaire 
nommé  par  la  France,  pour  servir  d'entente  préliminaire.  » 

Le  27  février,  Sir  Robert  ILart  recevait  du  Tsoung-li  Yamen 
les  i)ouvoirs  nécessaires  pour  traiter,  ainsi  qu'en  témoigne 
la  note  remise  par  Li  Houng-tchang  à  notre  consul,  M.  Ris- 
telhueber  le  6"  jour  de  la  2"»  lune  (22  mars  i885)  : 

Lettre  secrète  du  Tsoung-li  Yamen.  du  5«  jour  de  la  2"  lune 

(le  ai  mars  i885)  : 

L'Inspecteur  Général  des  Douanes  Hart  a  précédemment  rédige 
un  projet  d'arrangement  en  trois  articles,  qu'il  a  adressé  par  le 
télégraphe  au  Ministre  des  Affaires   Étrangères.   M.   Ferry,   en 


TÉLÉGRAMME    IIART  5a  I 

chargeant  le  Commissaire  des  Douanes  Campbell  de  signer  à  sa 
place.  Le  12  de  la  i''®lune  (le  36  février),  nous  en  avons  informé 
le  Trône  et  nous  avons  reçu  un  Décret  ordonnant  qu'il  soit  fait 
comme  nous  avons  proposé.  \ous  avons,  en  outre,  annoncé 
aujourd'hui  même  au  Trône  que,  —  comme  garantie  d'authenti- 
cité, —  le  surintendant  des  Ports  du  Nord  Li  donnerait  connais- 
sance de  ce  qui  précède  au  Consul  Ristelhucber,  qui  le  trans- 
mettrait télégraphiquement  au  Ministre  des  Â flaires  Étrangères, 
M,  Ferry,  afin  que  celui-ci  pût  prendre  une  décision  à  cet 
égard  *. 

Celte  lettre  est  intéressante  à  rapprocher  de  celle  de  notre 
Ministre  de  Chine*  qui  n^était  pas  en  comnnunication  avec 
Sir  Robert  Hart  : 

De  toute  façon,  il  est  intéressant  de  noter  qu'alors  que  l'Ins- 
pecteur Général  des  Douanes  affirme  avoir  été  chargé  par  un 
Décret  secret  d'entrer  en  négociations  avec  nous,  «  à  l'exclusion 
de  Li  Houng-tchang  et  de  tous  les  Ambassadeurs  Chinois  en 
Europe  »,  le  Vice-Roi  du  Tché-li  assure,  de  son  côté,  avoir  été 
invité,  par  un  autre  Décret  également  secret,  à  s'assurer  de  nos 
conditions.  Il  n'est  pas  impossible  du  rexSte,  que  tous  deux  aient 
obtenu  sur  leur  propre  demande,  l'autorisation  de  rouvrir  les 
pourparlers,  en  se  faisant  fort  de  nous  amener  à  de  nou\ elles  con- 
cessions. Quant  à  l'attitude  mystérieuse  que  Sir  Robert  Hart 
prétendait  garder  vis-à-vis  de  Li  Iloung-tchang,  vous  savez 
aujourd'hui  ce  qu'il  convenait  d'en  penser.  C'est  le  Vice-Roi,  en 
efTel,  qui  vient  de  remettre  à  notre  Consul  à  Tien-Tsin  la  Com- 
munication du  Gouvernement  Chinois  (en  date  du  3 a  mars) 
destinée  à  confirmer  la  réalité  des  pouvoirs  conférés  à  M.  Camp- 
bell. Si  Li  Iloung-tchang  est  dans  le  secret,  on  peut  se  demander 
ce  que  pourrait  bien  signifier  la  recommandation  faite  par  Sir 
Robert  de  ne  pas  laisser  soupçonner  à  ce  Mandarin  la  mission 
dont  il  était  investi  par  le  Tsoung-li  Yamen. 

Les  négociations  poursuivies  d'un  côté  par  M.  Billot,  di- 

I.  Pour  traduction  conforme,  sign.  :  A.  Vissière. 
a.  M.   Patenôtrc   au  Ministre  des  alTaires  étrangères,  Chang-Haï,  70 
mars  i885. 


r  ties  alTnires  politiques,  de  l'autre  [iar  M.  Camphell  pI 
obert  Hart,  tous  désireux  de  réussir,  avaient  toutes 
PS  d'aboutir.  Un  malheureux  évcnement  militaire  faillit 
om  promettre, 

PANIQLE    DE    LASG-S'ON,   28    MARS    lS85 

lignant  un  mouvement  oflensif  des  Chinois,  dans  le 
du  Tong-King,  le  général  de  Négrier  avait  fait  faire 
connaissances  de  cavalerie,  aux  environs  de  Lang-s'on. 

mars,  dans  un  combat  livré  h  Ky-liia,  il  était  blesse 
ment  d'une  balle  à  la  poitrine'  et  remettait  le  comman- 
it  h  son  second,  le  lieu  tenant- colonel  llcrbinger,  depuis 
Eient  trois  mois  au  Tong-Kîng;  il  était  déjà  déplorable 
n'y  cM  pas  un  autre  officier  de  plus  haut  grade:  il 

plus  encore  que  l'ofTicier  second  en  grade  ne  fût  pas 
m  état  d'esprit  qui  lui  permît  d'envisager  la  situation  de 
roid'.  Quand  Négrier  fut  blessé,  nos  troupes  étaient 
ieuscs  et  les  Chinois  en  retraite;  nous  n'avions  qu'à 

en  place,  mais  le  colonel  Herbinger  croyait  à  l'arrivée 
iforls  chinois,  d'ailleurs  l'évacuation  de  Lang-s'on  était 
ïmmcnt  décidée  depuis  quelque  temps  dans  son  esprit; 
c  l'avis  du  général  blessé  et  des  commandants'  Diguel, 

bataillon  de  la  légion  cti-angère,  et  Servière,  qui  étaient 
ng-King  depuis  février  188^,  il  ordonna  la  retraite  qui 
ingca  en  panique,  lorsque  le  colonel  Herbinger  fit  jeter 

Son  ïisago  éUil  livide.  Après  ciamcn  de  la  blcsnirp,  lo  médecin- 
iEul»cr  s'ciprima  de  la  nianicrc  suivanto  ;  k  Lctat  csl  inquiélanl. 
omac  est  louche,  le  blesse  esl  perdu.  Dan»  le  cas  contraire,  et  s'il 
iicune  complication,  ce  ne  sera  (ju'un  selon  plus  ou  moins  long  i 

a  Cartcron,  p.  388, 

L,Bng-s'on,  le  38  mars  au  soir,  à  ThanMoi,  le  3o  mars,  le  lieu- 
colonel   Herbinger   était  diins  un  £tat  do  Eureicilation  qui  l'em- 

<lc  jouir  de  toutes  ses  racullés.  n  Rapport  du  coloocl  Borgnîi- 
doi.  Cbu,  il  avril  i885. 


k^.'.'.^'tf:.  -^v 


PANIQIK    DE    LANG-s'oX  523 

dans  le  Song-ki-kong  le  trésor  (i3o  ooo  piastres  =  585  ooo 
francs)  et  une  batterie  de  f\  rayée  de  montagne,  évacua 
Lang-s'on  et  se  retira  sur  Tanh-Moï  et  Dong-song  où  fut 
livré  un  combat,  puis  de  Dong-song  à  Chu*. 

Cette  panique  semble  avoir  gagné  jusqu'au  général  en 
chef,  vieux  soldat  éprouvé,  et  on  ne  s'explique  pas  que 
Brière  de  Tlsle  ait  pu  envoyer  le  télégramme  suivant  en 
clair  : 

J'ai  la  douleur  de  vous  annoncer  blessure  grave  général  Négrier 
et  évacuation  de  Lang-s'on.  Les  Chinois,  débouchant  par  grandes 
masses  sur  trois  colonnes,  ont  attaqué  avec  impétuosité  nos  posi- 
tions en  avant  de  Ky-Lua.  Le  colonel  Herbinger,  devant  celte 
grande  supériorité  numérique  et.  ayant  épuisé  ses  munitions, 
m'informe  qu'il  est  obligé  de  rétrograder  sur  Dong-song  et  Tanh- 
Moï.  Je  concentre  tous  mes  moyens  d'action  sur  Chu  et  Kep. 
L'ennemi  grossit  toujours  sur  le  Fleuve  Rouge,  de  telle  sorte  que 
nous  avons  sur  les  bras  toute  l'armée  chinoise  instruite  à  l'euro- 
p(^nne  et  paraissant  suivre  un  plan  bien  concerté  '^.  Quoi  qu'il 
arrive,  j'espère  pouvoir  défendre  tout  le  Délia.  Mais  je  demande 
au  Gouvernement  de  m'envoyer  très  prompts  renforts  :  hommes, 
munitions»  animaux. 

Ce  télégramme  était  d'autant  plus  déraisonnable,  que  le 
général  Brière  de  Tlsle,  mieux  renseigné,  envoyait  le  i*""  avril, 
au  ministre  de  la  guerre,  une  dépêche,  infiniment  moins 
alarmante  : 

Evacuation  Lang-son  et  surtout  précipitation  retraite  dues  à 
faiblesse  commandement  après  blessure  Négrier,  brigade  avait 
vingt  jours  vivres  et  munitions  suffisantes  pour  attendre  convois 
en  route  et  annoncés.  Batterie  4  rayée  jetée  dans  la  rivière  par 
ordre,  trésor  également  abandonné  par  ordre  ;  tout  cela  après 


I.  Lecomte,  Lang-son.  —  Souvenirs  de  la  campagne  du  Tonliin. 
par  R.  Cartcrofi.  Paris,  1891,  in-8.  —  La  Vérité  sur  la  retraite  de 
Lang-son...,  par  Jacques  Harmant.  Paris,  1892,  in-ia. 

3.  Journal  officiel.  Doc.  Pari.,  juillet  1886,  p.  766. 


524  l'affaire  du  tong-king 

réussite  contre-at laque  sans  perles  sensibles.  Même  précipilation 
pour  évacualion  Dong-Song  avec  encore  moins  raisons.  Chinois» 
jusqu'à  présent  paraissent  se  borner  occuper  leurs  anciennes 
positions  nord  Deo-Quan-Deo-van. 

En  somme,  situation  non  compromise  et  meilleure  que  pou- 
vaient faire  supposer  renseignements  alarmants  arrivés  depuis 
quatre  jours.  Vais  faire  enquête  à  Chu  et  enverrai  llerbinger 
devant  conseil  s'il  y  a  lieu. 

Mais  le  coup  était  porte.  Dans  la  séance  de  la  Chambre 
du  3o  mars,  M.  Jules  Ferry  donnait  sa  démission.  Son  dé- 
part ne  fut  pas  une  retraite,  mais  une  fuite  devant  une  meule 
déchaînée  par  ses  pires  ennemis.  Il  aurait  annoncé  la  con- 
clusion de  la  paix  qu'il  avait  pour  ainsi  dire  dans  sa  poche, 
qu'on  ne  Taurait  môme  pas  écouté.  Ce  fut  un  des  spectacles 
les  plus  écœurants  que  nous  offre  l'histoire  parlementaire, 
que  celui  de  cet  homme,  ardemment  dévoué  à  son  pays, 
chassé  par  une  bande  de  politiciens  avides  de  pouvoir  qui 
n'avaient  que  la  plus  vague  conception  de  ce  que  doit  être  la 
politique  extérieure  d'un  grand  pays.  Ferry  n'a  pas  eu  à  at- 
tendre la  postérité  pour  être  vengé;  beaucoup  parmi  ceux-là 
même  qui  le  bafouèrent  ont  reconnu  leur  erreur  qui  fut 
moins  la  leur  que  celle  de  meneurs  poussés  par  les  plus 
mauvaises  passions. 

Au  moment  même  où  Jules  Ferry  donnait  sa  démission 
(3o  mars),  la  Chine  acceptait  nos  propositions.  Pour  éviter 
toute  difficulté,  le  directeur  politique  au  Ministère  des  affaires 
étrangères,  M.  Billot,  était  autorisé  par  le  Président  de  la 
République,  M.  Grévy,  à  signer  un  armistice  avec  M.  Camp- 
bell, représentant  la  Chine  V 


I.  Le  i4  mars.  Sir  R.  Hart  avait  télégraphié  à  M  Ferry,  qu'un  décret 
impérial  du  37  février  avait  désigne  M.  Gampbell  pour  signer  le  protocole 
comme  commissaire  spécial  de  la  Chine. 


PROTOCOLE    DU    h    AVRIL    l88[> 

Protocole  dressé  à  Paris,  le  tt  avril  1885.  entre  la  France 
la  Chine,  pour  consacrer  la  suspension  des  hoslililés  enti 
les  deux  pays. 

Entre  M.  BiL[.(vr,  Ministre  plénipotentiaire.  Directeur  d 
afFaires  politiques  au  ministère  des  alTaires  étrangères  à  Paris, 
James  Duncan  Campbell,  Commissaire  et  Sccrt'taire  non  réside 
de  l'Inspecteur  général  des  douanes  impériales  maritimes  chinois! 
de  a*  classe  du  rang  civil  chinois  et  OITicicr  de  la  Légion  d'ho 
neur,  dûment  autorisés  l'un  et  l'autre  par  leurs  gouvernemer 
respectifs. 

Ont  été  arrêtés  le  Protocole  suivant  et  la  note  explicative  i 
annexée  : 

I.  Protocole. 

Ahticlr  premier.  —  D'une  part  la  Chine  consent  h  ratifier 
convention  de  Tien-Tsin  du  ii  mai  i88i,  et  d'autre  part 
France  déclare  qu'elle  ne  poursuit  pas  d'autre  but  que  l'excc 
tion  pleine  et  entière  de  ce  traite. 

Abt.  a.  — Les  deux  puissances  consentent  à  cesser  leshnstili' 
partout,  aussi  vite  que  les  ordres  pourront  être  donnés  et  re^ 
et  la  France  consent  h  lever  immédiatement  le  blocus  de  Fi 
mose. 

Art.  3.  —  La  France  consent  à  envoyer  un  ministre  dans 
Nord,  c'est-à-dire  à  Tien-Tsin  ou  à  Pé-King,  pour  arranger  le  tra 
détaillé  et  les  deux  Puissances  fixeront  alors  la  date  pour 
retrait  des  troupes. 

Fait  k  Paris,  le  4  avril  i885. 


il.  Noie  explicative  du  Protocole  du  4  ai>ril  i885. 

L  Aussitôt  qu'un  décret  impérial  aura  élc  promulgué  ordc 
nant  la  mise  à  exécution  du  traité  du  1 1  mai  i88^  et  enjoignj 
par  conséquent  aux  troupes  chinoises  qui  se  trouvent  actuel 
mentauTong-King  de  se  retirer  au-delà  de  la  frontière,  toute» 
opérations  militaires  seront  susjiendues  sur  terre  et  sur  me 


5a6  l'affaire  du  tong-king 

Formose  ot  sur  les  côtes  delà  Chine;  les  ccMnmandantsdes  troupes 
françaises  au  Ïong-King  recevront  Tordre  de  ne  pas  franchir  la 
frontière  chinoise. 

II.  Dès  que  les  troupes  chinoises  auront  reçu  Tordre  de  repas- 
ser la  frontière,  le  blocus  de  Formose  et  de  l^ak-Hoï  sera  levé  et 
le  ministre  de  France  entrera  en  rapport  avec  les  plénipotentiaires 
nommés  par  l'Empereur  de  Chine,  pour  négocier  et  concluro, 
dans  le  plus  bref  délai  possible,  un  traité  défînitif  de  paix, 
d'amitié  et  de  commerce.  Ce  traité  fixera  la  date  à  laquelle  les 
troupes  françaises  devront  évacuer  le  nord  de  Formose. 

ni.  Afin  que  Tordre  de  repasser  les  frontières  soit  communiqué 
le  plus  vite  possible  par  le  gouvernement  chinois  aux  troujx*s  do 
Yun-Nan,  le  gouvernement  franç^iis  donnera  toutes  facililé»s  pour 
que  cet  ordre  parvienne  auK  commandants  des  troujx*s  chinoises 
par  la  voie  du  Tong-King. 

IV.  Considérant  toutefois  que  Tordre  de  cesser  les  hostilités  et 
de  se  retirer  ne  peut  parvenir  le  même  jour  aux  Français  et  aux 
Chinois  et  à  leurs  forces  respectives;  il  est  entendu  que  la  cessa- 
tion des  hostilités,  le  commencement  de  l'évacuation  et  la  fin  de 
l'évacuation  auront  lieu  aux  dates  suivantes  : 

Les  lo,  30ct3ô  avril,  pour  les  troupes  à  Test  de  IHiven-Quan. 

Les  20,  3o  avril  et  3o  mai,  pour  les  troupes  à  Touest  de  cette 
place. 

Le  commandant  qui,  le  premier,  recevra  Tordre  de  cesser  les 
hostilités,  devra  en  communiquer  la  nouvelle  à  l'ennemi  le  plus 
voisin  et  s'abstiendra  ensuite  de  tout  mouvement,  attaque  ou 
collision. 

V.  Pendant  toute  la  durée  deTarmistice  et  jusqu'à  la  signature 
du  traité  définitif,  les  deux  parties  s'engagent  h  ne  porter  à  For- 
mose ni  troupes  ni  munitions  de  guerre. 

Aussitôt  que  le  traité  définitif  aura  été  signé  et  approuvé  |>ar 
décret  Impérial,  la  France  retirera  les  vaisseaux  de  guerre 
employés  h  la  visite  en  liante  mer,  et  la  Chine  rouvrira  les  jwrts 
à  traités  aux  bâtiments  français. 

Fait  à  Paris,  le  l\  avril  i885. 

Billot.  Caupbell. 

Le  lendemain,  5  avril.  Sir  R.  Hart  télégraphiait  à 
xM.  Canipboll  : 

Bravo  !  Bien  fait.  Mes  remerciements  et  mes  congratulations. 


EXPOSÉ  A  l'appui  du  TRArTÉ  DV  Q  JUIN  i885  5a7 

La  nouvelle  de  la  panique  de  Lang-so'n,  connue  il  Oiang- 
Haï  le  3i  mars,  n'avait  pas  heureusement  modiné  les  idées 
des  Chinois  et  empêché  la  signalure  du  protocole. 

Pour  gagner  du  temps,  M.  Georges  Cogordan,  sous-dircc- 
leur  à  la  direction  politique,  et  M.  Campbell,  agent  de  Sir 
Robert  Ilart,  commencèrent  immédiatement  h  étudier  un 
projet  de  traité  de  paix  ;  ce  fut  avec  le  plus  grand  désir 
d'arriver  à  une  prompte  solution,  que  les  pourparlers  furent 
engagés,  el  à  la  fin  d'avril  iS85,  M.  Campbell  était  en  pos- 
session d'un  projet  de  traité.  M.  Ilart  étJiit  très  désireux  de 
voir  aboutir,  et  dans  une  lettre  envoyée  au  milieu  du  mois 
(le  mai  a  son  agent,- il  écrivait  cette  phrase  si  caractéristique 
de  sonkiimoar:  n  Ajoutez  que  le  devoir  de  robsti>tri([ue di- 
plomatique est  maintenant  d'assurer  un  heureux  accouche- 
ment; c'est-à-dire  le  traité  pourrait  être  blessé » 

Le  traité  Tut  enfin  signé  le  9  juin  par  Li  lloung-tchang 
el  notre  ministre  à  Tien-Tsin,  M.  Patenfltre.  Celui-ci  sur 
l'invitation  du  Ministre  des  AiTaires  étrangères  avait  quitté 
Chang-Haï  pour  Tien-Tsin  le  19  avril  i885  ;  en  mfime  temps 
que  lui,  arrivaient  dans  cette  ville  deux  membres  du  Yamen, 
Si-lchen  et  Teng  Tcheng-sieou  qui  devaient  signer  le  traité 
avec  Li. 

EXPOSÉ    A    l'aPPL'I    DV    TRAITÉ    DU    Q    Jl'l»    l885 

Le  22  juin  i885,  le  ministre  des  AiTaires  étrangères  pré- 
sentait aux  Chambres  un  exposé  à  l'appui  du  projet  de  loi 
de  sanction  du  traité: 

Messieurs,  le  protocole  signé  à  Paris,  le  U  avril  dernier, 
consacrait  comme  vous  vous  le  rappelez,  une  suspension  d'armes 
entre  la  France  et  la  Chine.  La  Gliîne  s'engageait  à  rappeler  ses 
troupes  du  Tong-King,  et  la  France,  tout  en  maintenant  les  mesures 
destinées  it  empêcher  la  contrebande  de  guerre,  promettait  do 
lever  le  blocus  de  Fonnose.  Le.s  deux  Gouvernements  devaient. 


538  l'affaire  du  tong-king 

en  outre,  ouvrir  immédiatemenl  des  conférences  pour  préparer 
un  traité  de  paix  sur  les  bases  de  la  Convention  préliminaire, 
8i«»née  le  1 1  mai  de  l'année  dernière  à  Tien-Tsin. 

Les  dispositions  du  protocole  du  l\  avril  ont  été  exécutées  de 
part  et  d'autre  avec  un  sincère  désir  d'arriver  à  une  solution  sa- 
tisfaisante du  conflit.  Si  le  Ïong-King  n'a  pas  encore  été  complète- 
ment évacué  à  l'heure  actuelle,  bien  que  les  délais  fixés  soient 
expirés,  il  faut  reconnaître  que  les  parties  encore  occupées  par 
les  Chinois  et  les  Pavillons  noirs  sont  des  régions  montagneuses, 
d'un  accès  diflicile,  où  les  mouvements  de  troupes  sont  particu- 
lièrement malaisés  en  cette  saison.  Il  appartient  aux  autorités 
militaires  françaises  de  se  concerter  sur  place  avec  les  comman- 
dants des  forces  chinoises  pour  terminer  cette  évacuation  qu'au- 
cun mauvais  vouloir  d'ailleurs  ne  parait  devoir  retarder. 

Quant  aux  négociations  pour  la  paix,  elles  ont  abouti  à  la  con- 
clusion d'un  trailé  qui  a  été  signé  à  Tien-Tsin,  le  9  de  ce  mois, 
par  M.  Patenôtre,  au  nom  de  la  France,  et,  au  nom  de  la  Chine, 
par  Li  Houng-tchang,  Vice-Roi  du  Tché-li,  et  deux  membres  du 
Tsoung-li  Yamen,  désignés  pour  l'assister.  C'est  ce  traité  que 
nous  avons  l'honneur  de  vous  présenter  aujourd'hui,  dans  la 
ferme'confiance  que  vous  y  trouverez,  comme  nous,  les  éléments 
d'une  paix  durable  avec  le  vaste  Empire  dont  nous  devenons  les 
voisins. 

Le  but,  que  la  politique  française  poursuit  depuis  plusieurs 
années  dans  la  péninsule  indo-chinoise,  est  d'assurer  la  pacifica- 
tion de  r Annam  et  particulièrement  du  Tong-King,  afin  d'ouvrir 
cette  région  à  l'industrie  et  au  commerce  européens. 

L'appui  que  les  Annamites  trouvaient  au  dehors  a  été  la  prin- 
cipale cause  des  diflicultés  auxquelles  nous  nous  sommes  heurtés. 
Ils  recevaient,  en  eflet,  de  leurs  voisins,  non  pas  seulement  des 
contingents  militaires,  mais  des  encouragements  et  une  assis- 
tance morale  qui  les  enhardissait  à  nous  braver  et  à  violer  les 
engagements  qu'à  plusieurs  reprises  ils  avaient  souscrits  envers 
nous.  Il  importait  donc,  avant  tout,  de  faire  cesser  un  état  de 
choses  incompatible  avec  l'exercice  paisible,  régulier,  de  notre 
protectorat,  et  cela,  en  obtenant  de  la  Chine  la  promesse  de  ne 
plus  intervenir  dans  les  aiïaires  de  l'Annam.  A  cet  égard,  les 
articles  i  et  2  du  présent  traité  nous  donnent  des  assurances 
positives  et  vous  constaterez  sans  don  le  avec  satisfaction  qu'ils 
consacrent  formellement  de  la  part  de  l'Empire  du  Milieu  la 
reconnaissance  de  nos  droits  sur  l'Annam. 


EXPOSE  A  l'appui  du  TBAiTÉ  DU  Q  JUIN  i885  Sag 

La  Chine  s'engage  à  ne  plus  faire  franchir  par  ses  troupes  la 
frontière  du  Tong-Kinj;,  et  elle  promet  de  respecter  les  traitas  et 
arrangements  que  nous  avons  conclus,  ou  que  nous  pourrons 
conclure  avec  l'Annam.  Ces  arrange mcnis,  Messieurs,  vous  les 
connaissez;  ils  font,  a  l'heure  actuelle,  l'objet  du  traita  de  Hué, 
qui  a  été  tout  récemment  soumis  à  votre  approbation  et  qui 
institue,  en  termes  formels  et  explicites,  le  protectorat  de  la 
France.  Parmi  les  clauses  du  traité  de  liué  figure  un  article  sti- 
pulant que  l'Annam  n'aura  de  relations  diplomatiques  que  par 
l'intermédiaire  de  la  France.  Rapproché  de  cette  disposition, 
l'article  a  du  traité  de  Tien-Tsin  nous  donne  toutes  les  garanties 
désirables. 

Quant  aux  rapports  de  voisinage  entre  l'Annam  et  la  Chine, 
motivés  par  le  contact  des  populations  ainsi  que  par  les  besoins 
du  commerce  et  de  l'échange,  non  seulement  il  ne  pouvait  en- 
trer dans  nos  vues  de  les  supprimer,  mais  il  est  de  notre  intérêt 
de  les  étendre.  Aussi  avons-nous  souscrit  avec  plaisir  à  la  requête 
de  la  Chine  d'entretenir  dans  le  Tong-King,  k  l'instar  de  ce  que 
nous  faisons  chez  clic,  un  certain  nombre  de  consuls  sur  des 
points  déterminés  d'un  commun  accord. 

Désireuse  de  constater  que  toute  communication  avec  l'Annam 
ne  lui  serait  pas  interdite,  la  Chine  nous  a  demandé  d'intro- 
duire cette  mention  dans  l'article  a.  Nous  avons  tenu  toutefois 
à  spécîher  que  ces  rappiorts  seraient,  en  tous  cas,  renfermés  dans 
le  cercle  du  présent  traité,  c'est-à-dire  qu'ils  ne  pourraient  jamais 
rouvrir  la  question  des  relations  politiques  que  le  traité  de  Hué, 
sanctionné  par  celui-ci,  a  déGnitivcment  fermée. 

De  son  càté,  la  Chine  a  stipulé  que  ces  rapports  ne  pourraient 
point  porter  atteinte  à  son  antique  prestige.  C'est  là  une  clause 
dérivée  de  l'article  4  de  la  convention  de  Tien-Tsin  de  t884  et 
qui  est  inspirée  du  même  esprit.  Nous  y  avons  consenti,  mais  à 
la  condition  que  le  mot  de  prestige,  un  peu  vague  et  susceptible 
de  fâcheuses  extensions,  serait  remplacé  par  le  terme  plus  précis 
de  dignilé. 

Les  articles  i  et  3  qui  viennent  d'être  commentés  contiennent 
la  partie  à  proprement  parler  politique  du  nouveau  traité.  Nous 
passerons  un  peu  plus  rapidement  sur  les  autres,  dont  la  plu- 
part s'expliquent  d'eux-mêmes.  Tel  est  le  cas  notamment  des 
articles  3  et  4  qui  stipulent,  l'un,  une  délimitation  de  la  fron- 
tière entre  la  Chine  et  le  Tong-King,  l'autre,  certaines  formalités  à 
Imposer  aux  personnes  qui  voudront  franchir  celte  fronllcrc. 

COKDIBB.  il,   —   34 


53o  l'affaire  du  tong-ki>'g 

Les  articles  5  et  6  s'occupent  des  rapports  commerciaux  entre 
l'Annam  et  les  provinces  chinoises  du  Yun-Nan.  du  Kouang-Si  et 
du  Kouang-Toung. 

Les  détails  de  l'organisation  sont  réservés  à  une  Commission 
spéciale;  mais  les  principes  sont  posés.  On  s'est  inspiré  des  règles 
établies  par  les  traités  existants  entre  la  Chine  et  la  seule  puis- 
sance européenne  qui  ait  eu  jusqu'ici  une  frontière  commune 
avec  l'Empire  du  Milieu,  c'est-à-dire  la  Russie.  Deux  points  de 
la  frontière  seront,  dès  à  présent,  désignés  pour  servir  d'entre- 
pôt aux  marchandises  qui  transiteront  entre  les  deux  pays  et  de 
résidence  aux  négociants  européens  qui  entreprendront,  dans  les 
provinces  chinoises  voisines  du  Tong-King,  des  opérations  de  com- 
merce. Quant  au  tarif  d'importation  et  d'exportation  auquel  la 
Chine  soumettra  ces  marchandises,  il  sera  inférieur  à  celui  qui 
est  actuellement  en  vigueur  dans  les  ports  ouverts,  sauf  toute- 
fois pour  le  commerce  entre  le  Tong-King  et  le  Kouang-Toung. 
Cette  didérence  s'explique  clairement,  si  l'on  songe  que  la  dimi- 
nution des  tarifs  est  en  quelque  sorte  la  compensation  des  frais 
de  transport  par  terre. 

Le  Kouang-Toung  n'étant  limitrophe  du  Tong-King  que  dans  le 
voisinage  immédiat  de  la  mer,  il  était  naturel  de  ne  pas  abaisser 
les  tarifs  pour  les  marchandises  qui  en  sortiront  ou  y  entreront. 

L'article  7  prévoit  la  création  de  voies  de  communication  au 
Tong-King  et  en  Chine,  pour  rendre  plus  fréquentes  et  plus  suivies 
les  relations  commerciales  que  les  deux  articles  précédents  ont 
pour  objet  de  préparer.  Le  moment  où  la  Chine  construira  des 
chemins  de  fer  ne  parait  pas  éloigné,  car  la  lutte  engagée  à  Pé-King 
entre  les  hommes  attachés  aux  anciennes  habitudes  et  ceux  qui 
désirent  faire  bénéficier  leur  patrie  des  progrès  réalisés  en  Eu- 
rope, semble  près  d'aboutir  au  triomphe  des  idées  nouvelles.  Il 
est  convenu  qu'alors  le  Gouvernement  impérial  fera  appel  à  nos 
industriels  et  à  nos  ingénieurs.  Ceux-ci  trouveront  dans  l'im- 
mense empire  chinois  un  nouveau  champ  d'activité,  en  môme 
temps  qu'ils  contribueront  à  un  rapprochement  plus  intime  entre 
les  deux  pays. 

Les  trois  derniers  articles  du  traité  stipulent,  comme  vous  le 
pourrez  voir,  des  délais  pour  la  revision  éventuelle  de  certaines 
clauses,  la  suspension  des  opérations  militaires  de  la  flotte  fran- 
çaise, l'évacuation  des  points  encore  occupés  par  nous  sur  le 
territoire  chinois,  la  remise  en  vigueur  des  anciennes  conven- 
tions et  la  ratification  du  présent  traité.  Sur  ce  dernier  point  il 


TRAITÉ    DE    TiEN-TSIN  53 1 

a  été  convenu  que  la  sanction  de  Tempereur  de  Chine  aurait 
lieu  immédiatement  ;  elle  est  depuis  le  12  de  ce  mois,  un  fait 
accompli. 

11  nous  a,  dès  lors,  paru  désirable  que  la  ratification  du  Gou- 
vernement de  la  République  fut  différée  le  moins  longtemps  pos- 
sible. D'autre  part,  nous  avons  pensé  qu'il  appartenait  à  la 
Chambre  actuelle  de  clore,  avant  de  se  séparer,  la  question  dont 
elle  avait  si  laborieusement  poursuivi  la  solution,  de  concert 
avec  le  Sénat. 

C'est  pour  cette  double  raison  que  nous  n'avons  pas  attendu 
l'arrivée  en  France  de  l'instrument  authentique  du  traité  du  9 
juin,  et  que  nous  présentons  au  Parlement  un  texte  transmis 
par  la  voie  télégraphique,  mais  dont  l'exactitude  a  été  soigneuse- 
ment contrôlée. 

Si,  comme  nous  l'espérons.  Messieurs,  le  traité  du  9  juin  i885 
vous  paraît  devoir  être  accepté,  nous  vous  prions  de  vouloir  biert 
voter  le  projet  de  loi  dont  la  teneur  suit  : 

«  Article  unique.  —  Le  président  de  la  République  est  auto- 
risé à  ratifier  et  à  faire  exécuter  le  traité  de  paix,  d'amitié  et  de 
commerce  conclu  entre  la  France  et  la  Chine,  à  Tien-ïsin,  le 
9  juin  i885,  et  dont  une  copie  est  jointe  à  la  présente  loi.  » 

TRAITÉ    DE    TIEN-TSIN,    9    JUIN    l885    (pATENÔTRe) 

Le  Président  de  la  République  française  et  Sa  Majesté  l'Empe- 
reur de  Chine,  animés  l'un  et  l'autre  d'un  égal  désir  de  mettre 
un  terme  aux  difBcultés  auxquelles  a  donné  lieu  leur  interven- 
tion simultanée  dans  les  affaires  de  TAnnam  et  voulant  rétablir 
et  améliorer  les  anciennes  relations  d'amitié  et  de  commerce  qui 
ont  existé  entre  la  France  et  la  Chine,  ont  résolu  de  conclure  un 
nouveau  traité  répondant  aux  intérêts  communs  des  deux  na- 
tions en  prenant  pour  base  la  convention  préliminaire  signée  à 
Tien-Tsin,  le  ii  mai  i884,  ratifiée  par  décret  impérial  le  i3 
avril  i885. 

A  cet  effet,  les  deux  Hautes  Parties  contractantes  ont  nommé 
pour  leurs  Plénipotentiaires,  à  savoir  : 

Le  Président  de  la  République  Française,  M.  Jules  Patenôtre, 
envoyé  extraordinaire  et  Ministre  plénipotentiaire  de  France  en 
Chine,  officier  de  la  Légion  d'honneur,  grand-croix  de  l'ordre  de 
TË toile  polaire  de  Suède,  etc. 


532  l'affaire  du  tong-kikg 

Et  s.  M.  TEmpcrcur  de  Chine,  Li  Houng-tchang,  commissaire 
impérial,  premier  grand  Secrétaire  d'État,  grand  Précepteur 
honoraire  de  l'héritier  présomptif,  Surintendant  du  comm^cc 
des  ports  du  Nord,  Gouverneur  général  de  la  province  du  Tché-li, 
appartenant  au  premier  degré  du  troisième  rang  de  la  Noblesse, 
avec  le  titre  de  Sou-yi  ; 

Assisté  de  Si-Tcuen,  Commissaire  Impérial,  Membre  du  Con- 
seil des  Affaires  étrangères,  Président  au  Ministère  de  la  Justice, 
Administrateur  du  Trésor  au  Ministère  des  Finances,  Directeur 
des  Écoles  pour  l'éducation  des  officiers  héréditaires  de  l'aile 
gauche  de  l'armée  Tartare  à  Péking,  commandant  en  chef  le  con- 
tingent Chinois  de  la  Bannière  gauche  à  bordure  ; 

Et  de  Tekg  Tgueng-sieou,  Commissaire  Impérial,  Membre  du 
Cérémonial  d'État; 

Lesquels,  après  s'être  communiqué  leurs  pleins  pouvoirs  qu'ils 
ont  reconnus  en  bonne  et  due  forme,  sont  convenus  des  arliclcs 
suivants  : 

Article  premier.  —  La  France  s'engage  à  rétablir  et  à  main- 
tenir l'ordre  dans  les  provinces  de  l'Annam  qui  confinent  à 
l'Empire  chinois.  A  cet  effet,  elle  prendra  les  mesures  nécessaires 
pour  disperser  ou  expulser  les  bandes  de  pillards  et  gens  sans 
aveu  qui  compromettent  la  tranquillité  publique  et  pour  empê- 
cher qu'elles  ne  se  reforment.  Toutefois,  les  troupes  françaises 
ne  pourront,  dans  aucun  cas,  franchir  la  frontière  qui  sépare  le 
Tong-King  de  la  Chine,  frontière  que  la  France  promet  de  respecter 
et  de  garantir  contre  toute  agression. 

De  son  côté,  la  Chine  s'engage  à  disperser  ou  à  expulser  les 
bandes  qui  se  réfugieraient  dans  ses  provinces  limitrophes  du 
Tong-King  et  à  disperser  celles  qui  chercheraient  à  se  former  sur 
son  territoire  pour  aller  porter  le  trouble  parmi  les  populations 
placées  sous  la  protection  de  la  France,  et,  en  considération  des 
garanties  qui  lui  sont  données  quant  à  la  sécurité  de  sa  frontière, 
elle  s'interdit  pareillement  d'envoyer  des  troupes  au  Tong-King. 

Les  Hautes  Parties  contractantes  fixeront,  par  une  convention 
spéciale,  les  conditions  dans  lesquelles  s'effectuera  l'extradition 
des  malfaiteurs  entre  la  Chine  et  l'Annam. 

Les  Chinois,  colons  ou  anciens  soldats,  qui  vivent  paisible- 
ment en  Annain,  en  se  livrant  à  l'agriculture,  à  l'industrie  ou 
au  commerce  et  dont  la  conduite  ne  donnera  lieu  h  aucun 
reproche,  jouiront  pour  leurs  personnes  et  pour  leurs  biens  de 
la  môme  sécurité  que  les  protégés  français. 


\ 


TRAITÉ    DE    TIBS-TSIK  533 

Art.  3.  —  La  Chine,  d^idâ;  h  ne  rien  faire  qui  puisse  com- 
promettre l'œuvre  de  pacification  entreprise  par  la  France,  s'en- 
gage à  respecter,  dans  le  présent  et  dans  l'avenir,  les  traités, 
ronvcntions  et  arrangements  directement  intervenus  ou  à  inter- 
venir entre  la  France  et  l'Annam. 

En  ce  qui  concerne  les  rapports  entre  la  Chine  et  l'Annam, 
il  est  entendu  qu'ils  seront  de  nature  à  ne  point  porter  allcinte 
a  la  dignité  de  l'Empire  cliînois  et  à  ne  donner  lieu  h  aucune 
violation  du  présent  traité. 

Abt.  3.  —  Dans  un  délai  de  six  mois,  à  partir  de  la  signature 
du  présent  traité,  des  commissaires  désignés  par  les  Hautes  Par~ 
lies  contractantes  se  rendront  sur  les  lieux  {Hiur  reconnaitre  la 
frontière  enlrela  Chine  et  le  Tong-King.  Ils  poseront,  partout  où 
liesoin  sera,  des  bornes  destinées  à  rendre  apparente  la  ligne  du 
démarcation.  Dans  le  cas  on  ils  ne  pourraient  se  mettre  d'accord 
sur  l'emplacement  de  ces  Immcs  ou  sur  les  rcclirications  de  dé- 
lait qu'il  pourrait  y  avoir  lieu  d'apporter  à  la  frontière  actuelle 
duTong-King,  dans  l'inlérM  commun  des  deus  pays,  ils  en  référe- 
raient h  leurs  gouvernements  rcspcclifs. 

.Art.  4-  —  Lorsque  la  frontière  aura  été  reconnue,  les  Fran- 
çais ou  protégés  français  et  les  habitants  étrangers  du  Tong-Kîng, 
fjui  voudront  la  franchir  pour  se  rendre  en  Chine,  ne  pourront 
le  faire  qu'après  s'Mre  munis  préalablement  de  passeports  déli- 
vrés par  les  autorités  chinoises  de  la  frontière  sur  la  demande 
des  autorités  françaises.  Pour  les  sujets  chinois,  il  suffira  d'une 
autorisation  délivrée  par  les  autorités  impériales  de  la  frontière. 

Les  sujets  Chinois  qui  voudront  se  rendre  de  Chine  au  Tong- 
King,  par  la  voie  de  terre,  devront  être  munis  de  passeports  régu- 
liers, délivrés  par  les  autorités  françaises  sur  la  demande  des 
autorités  impériales. 

Abt.  5.  —  Le  commerce  d'importation  et  d'exportation  sera 
permis  aux  négociants  français  ou  protégés  français  et  aux  négo- 
ciants chinois  par  la  frontière  de  terre  entre  la  Chine  et  te  Tong- 
King.  H  devra  se  faire  toutefois  ]>ar  certains  points  (|ui  seront 
déterminés  ultérieurement  et  dont  le  choix,  ainsi  que  le  nombre, 
seront  en  rapport  avec  la  direction  comme  avec  l'importance  du 
trafic  entre  les  deux  pays,  ti  sera  tenu  compte,  a  cet  égard,  des 
règlements  en  vigueur  dans  l'intérieur  de  l'empire  chinois. 

En  tout  état  de  cause,  deux  de  ces  (mints  seront  désignés  sur 
la  frontière  chinoise,  l'un  au-dessus  de  Lao-Rav.  l'autre  au  delà 
de  Lang-So'n.  Les  commerçants  français  (HJurronl  s'y  fixer  dans 


iKr.'j.'as  '!*.  iivE  t»  ^rmKi  aTanlaECS  qw  duu  les 
II  r-.t-'iÊrrrt  ftnz^rr.  ht  maTememml  de  Sa 
■xrrs  X  '-.^-^tf  •  i^aolkrta  des  dotune  et  le  Gou- 
■!  ^  F-'EmuT^»  pT'ETa  T  attretenîr  des  consuls 
^-.7^  ^  jfï  i::-^-i:><ttï  scrml  ïdmlîqiKS  à  ceux  des 

r.  St  Vi  •;«£?  rT— p^^nr  cle  Chine  poom,  d'accord 
-rr^^'^ct  fniï.itt.  DOmBKr  des  OMisals  dans  les 
^  i:  T  tu;-kir_-. 

-  L  c  r»-j:!t!;::^!it  ipécû].  anoeié  an  présent  trailé, 
c.i.-.o  ik3tLe^u-viie»s~eA«1ueTalen>ouiierc«par 
T  ""^-kir.^  et  't^  pfv»ÎD«s  chiiHHses  du  Yun-NsD. 
t  *<  li  k->^nj;>T>>ua^.  Ce  rèclentenl  sera  élaboré 
.:^^:«s  >^J  ••^ronl  notnmês  par  les  Haules  Parties 
.  dui«  an  d-riji  de  Irais  mois  après  b  signature  du 

indicés  faïsaBl  l'objet  de  n  coimnerce  seront  sou- 
ve  Hàla  «riie,  entirleToor-Kinj:  elles  provinces 
fl  du  kou*Oi;-:>«.  à  des  droits  inférieurs  à  ceux  que 
f  arluel  du  CMnmercF  étnnEer.  Toutefois,  le  tarif 
I  pas  apjiliqu^  aoi  marrliandises  transportées  par  la 
f*lre  entre  le  Tonc-kînc  et  le  Kouang-Toung  el 
iTel  dans  Ifs  port5  déjà  ouverls  par  les  traités, 
ce  dei  armes,  engins,  approvisionnements  et  muni' 
re  de  toute  espèce,  sera  soumis  aui  lois  et  règle- 
par  chacun  des  Etats  contractants  sur  son  lerri- 

>n  et  l'importation  de  l'opium  seront  régies  par  des 
léciales  qui  fisureront  dans  le  règlement  commer- 

!e  de  nier  entre  la  CKine  et  l'Annam  sera  égalc- 
d'un  ri'i.'lemenl  particulier.  Provisoirement  il  ne 
I  rien  à  la  pratique  actuelle. 
En  vue  de  détclopper  dans  tes  conditions  les  plus 
es  relations  de  commerce  el  de  bon  voisinage  que 
ilc  a  pour  objet  de  rétablir  entre  la  France  et  la 
vcrneiiient  de  la  République  construira  des  routes 
et  V  encouragera  la  construction  de  chemins  de  fer. 
son  cdié.  la  Chine  aura  décidé  de  construire  des 
1  est  entendu  qu'elle  s'adressera  à  l'industrie  fran- 
uvcrnemenl  de  la  République  lui  donnera  toutes 


:  personnel 
B  clause  no 
exclusif  en 

ni  trailé  et 

(les  ratili- 
is  avant  le 

lîpulations 
1  terme  de 

t  de  cesser 
m  aprèa  la 
Pescadores 

accords  et 


)a  Majesté 
ir  le  P.  ési- 


i885 
ant'  était 


"?=»ri 


536  l'affaire  du  tong-iling 


RAPPORT  fait  au  nom  de  la  Commission  *  chargée  d'examiner  le 
projet  de  loi,  adopté  par  la  Chambre  des  députés,  ayant  pour  objet 
d*autoriser  le  Président  de  la  République  française  à  ratifier  le 
traité  de  paix,  d'amitié  et  de  commerce  conclu  entre  la  France 
et  la  Chine,  à  Tien-Tsin,  le  9  juin  i885.  par  M.  de  Marcère, 
sénateur,  —  (Urgence  déclarée). 

Messieurs,  le  11  mai  1884,  une  convention  préliminaire,  pré- 
lude d'une  paix  prochaine,  avait  été  signée  à  Tien-Tsin  par  les 
représentants  des  deux  gouvernements  français  et  chinois.  Le 
Sénat  sait  à  la  suite  de  quel  événement  cette  convention  resta  à 
i*état  de  projet.  Ce  n'est  que  près  d'une  année  après,  le  26  fé- 
vrier i885,  que  les  négociations  furent  reprises  ;  et  le  4  avril  sui- 
vant, un  protocole  fut  signé  par  M.  Billot,  ministre  plénipoten- 
tiaire, et  par  M.  James  Duncan  Campbell,  dûment  autorisés  par 
leurs  gouvernements  respectifs,  contenant  les  bases  du  traité  à 
intervenir.  De  part  et  d'autre,  on  s'en  référait  à  la  convention 
de  Tien-Tsin,  qui  était  ratifiée  par  avance  par  la  Chine,  el  dont 
l'exécution  pleine  et  entière  était  indiquée  comme  étant  le  but 
exclusif  poursuivi  par  la  France. 

C'est  dans  cet  état  que  le  cabinet  actuel  a  trouvé  les  négocia- 
tions. Il  les  a  conduites  à  leur  terme,  sans  pouvoir  s'écarter  des 
conditions  acceptées  par  les  deux  parties  contractantes  ;  et  le 
traité  soumis  à  la  ratification  du  Sénat  se  renferme  en  effet  dans 
ces  conditions  dont  on  a  seulement  précisé  le  sens  et  fixé  la  portée. 

Le  traité  du  9  juin  ï885  débute,  dans  l'article  premier,  par 
une  déclaration  de  bon  voisinage  ;  et  il  stipule  les  obligations 
réciprof|ues  que  cet  état  impose  aux  deux  puissances.  La  France, 
qui  doit  naturellement  maintenir  l'ordre  dans  l'Annam,  sur 
lequel  s'exercera  son  protectorat,  s'engage  à  ne  pas  laisser  les 
troupes  qu'elle  pourra  employer  à  cet  clTel,  franchir  la  frontière 
qui  sépare  le  Tong-Kingde  la  Chine  :  «  Elle  promet  de  respecter 
cette  frontière  et  de  la  garantir  contre  toute  agression.  »  Cet 
engagement,  déjà  pris  par  elle  dans  l'article  premier  delacon\en- 
tion  du  ïi  mai   1884,  est  rendu  svnallagmatique.  Par  une  roci- 

1.  Cette  commission  était  composée  de  MM.  Tamiral  Jaurégutberrv, 
président  ;  Paul  de  Uémiisat,  secrétaire  ;  amiral  Jaurès,  général  Lccointe, 
Schcurer-Kcstner,  Adrien  llébrard,  de  Marcère,  amiral  Peyron.  Léon 
Renault. 


RAPPORT     il-    SËNAT    SUB    LE    TRAITÉ    DC    ()    JUIN     |885  537 

procité  qui  donne  toute  sa  portée  au  nouveau  traite.  la  Chine 
s'interdit  n  pareillement  n  d'envoyer  des  troupes  au  Tong-King  ; 
et  elle  s'engage,  en  mËmc  temps,  h.  prendre  sur  son  territoire  les 
mesures  nécessaires  pour  empêcher  que  des  bandes  s'y  réfugient 
ou  s'j  forment  dans  le  but  de  porter  le  trouble  parmi  les  popu- 
lations placées  sous  la  protection  de  la  France.  Ainsi  sont  dénoués 
les  liens  antiques  qui  avaient  autrefois  rattaché  l'Annam  à  la 
Chine,  et  qui  avait  pu  autoriser  celle-ci  à  répondre  aux  appels  de 
secours  que  lui  adressait  un  £tat  placé  sous  sa  sauvegarde. 

Mais  cette  pensée  des  deux  puissances  se  dessine  encore  davan- 
tage, et  elle  est  exprimée  d'une  manière  formelle  dans  l'article  a . 
La  Chine  •  s'engage  à  respecter  dans  le  présent  et  dans  l'avenir 
les  traités,  conventions  et  arrangements  directement  intervenus 
ou  a  intervenir  entre  la  France  et  l'Annam.  » 

On  ajoute  que,  en  ce  qui  concerne  les  rapports  entre  la  Chine 
et  l'Annam,  ils  seront  de  nature  îi  ne  porter  aucune  atteinte  à  la 
dignité  de  l'empire  chinois,  et  à  ne  donner  lieu  à  aucune  violation 
du  présent  traité.  L'article  premier  du  traité  de  Hue  auquel  se 
téfère,  par  l'effet  de  la  convention  de  Tien-Tsin,  le  traité  actuel, 
éclaire  le  sens  de  ce  texte.  On  y  lit  que  ■  l'Annam  accepte  le  pro- 
tectorat de  la  France,  et  que  la  France  représentera  l'Annam  dans 
toutes  ses  relations  extérieures,  v 

Il  est  donc  bien  entendu,  ainsi  que  le  constate  le  traité  du 
g  juin.que  la  Chinen'aura  à  soulTriraucunc  atteinte  à  sa  dignité 
dans  ses  rapports  avec  l'Annam,  puisque  ces  rapports  seront 
entretenus  exclusivement  par  la  France  :  et,  de  son  côté,  la  Chine 
ne  pourra,  dans  ces  mémos  rapports  avec  r.\jjnam,  rien  faire 
i|ui  soit  contraire  aux  droits  de  l'Etat  protecteur,  droits  consacrés 
par  le  traité  qu'elle  reconnaît  et  que.  en  quelque  sorte,  elle 
contresigne.  En  un  mot.  la  Chine  et  la  France  se  trouveront 
désormais  seules  en  présence  dans  les  alTaires  qui  concernent 
l'Annam,  et  ce  dernier  royaume  ne  relevé  plus  que  de  l'Etat  pro- 

EnQn,  ces  rapports  nouveaux  de  la  Chine  et  de  r.\unam  sont 
caractérisés  d'une  autre  manière,  non  moins  précise,  par  l'ar- 
ticle 5,  qui  dispose  que  «  de  son  côté,  Sa  Majesté  l'Kmpcreur  de 
Chine  pourra,  d'accord  avec  le  Gouvernement  français,  nommer 
des  consuls  dans  les  princîpides  villes  du  Tong-King  s.  El  comme 
]M)ur  mieux  marquer  cet  état  de  chosas.  l'article  'i  stipule  que 
par  les  soins  de  commissaires  désignés  par  les  hautes  parties 
contractantes,  la  frontière  entre  la  Chine  et  le  Tong-King  devra, 


538  l'affaire  du  TONG-K-ING 

dans  le  délai  de  six  mois,  être  déterminée  et  fixée  par  des  signes 
apparents. 

L'article  l\  règle  les  conditions  dans  lesquelles  les  Français  et 
les  habitants  étrangers  du  Tong-King  d'une  part,  et  les  Chinois 
d'autre  part,  pourront  franchir  la  frontière.  Il  indique  les  me- 
sures de  police  arrêtées  par  les  deux  puissances  pour  réglementer 
respectivement  cette  circulation  des  voyageurs  d'un  pays  dans 
l'autre. 

Les  articles  5,  6  et  8  ont  trait  aux  relations  commerciales  qui 
pourront  se  former  entre  les  négociants  français  ou  protégés 
français  et  les  Chinois,  et  qui  pourront  désormais  s'établir  par  la 
frontière  de  terre  entre  la  Chine  et  le  Ïong-King. 

On  s'en  réfère,  pour  les  détails  que  des  arrangements  de  ce 
genre  comportent,  à  un  règlement  ultérieur.  Ce  règlement  devra 
préciser  spécialement  les  conditions  dans  lesquelles  s'effectuera 
le  commerce  par  terre  entre  le  Tong-King  et  les  provinces  chinoises 
du  Yun-Nan,  du  Kouang-Si  et  du  Kouang-Toung.  Il  est,  dès  à 
présent,  stipulé  que  les  marchandises  seront  soumises,  à  l'entrée 
et  à  la  sortie,  entre  les  provinces  du  Yun-Nanet  du  Kouang-Si, 
à  des  droits  inférieure  à  ceux  que  porte  le  tarif  actuel  du  com- 
merce étranger.  On  a  considéré  que  cet  avantage  était  une  com- 
pensation des  frais  de  transport  par  terre,  qui  pèseront  sur  les 
marchandises  dont  le  transit  se  fera  par  l'intérieur  du  Tong- 
King. 

On  comprend  que  le  môme  avantage  n'ait  pas  été  accordé  aux 
marchandises  qui  passeront  par  la  frontière  du  Kouang-Toung  ; 
par  cette  frontière  voisine  de  la  mer,  en  effet,  les  transports 
pourront  se  faire  à  de  moindres  frais. 

L'article  7  renferme  des  prévisions  relatives  à  la  construction  de 
routes  et  de  chemins  de  fer  dans  le  Tong-King  et  éventuellement 
sur  le  territoire  chinois.  Cette  clause,  en  ce  qui  concerne  le 
Tong-King,  ne  fait  que  mentionner  une  charge  inévitable  qui  pèse 
sur  l'État  protecteur  et  qui  est  la  condition  même  du  développe- 
ment de  la  richesse  et  du  commerce  dans  ces  contrées  ;  en  ce  qui 
concerne  la  Chine,  elle  constate  les  dispositions  bienveillantes  et 
mutuelles  qui  unissent  les  deux  Hautes  Parties  contractantes. 

Le  traité  de  paix,  dont  nous  avons  analysé  les  conditions  prin- 
cipales, justifie  entièrement  son  titre  de  traité  d'amitié  et  de 
commerce. 

Ne  serait-ce  que  par  cette  raison  qu'il  met  un  terme  à  des 
hostilités  toujours  douloureuses,  quoiqu'elles  aient  été  marquées 


RAPIVItT    AU    SIGNAT    SIR    LE    TRAITÉ    DU    Q    JUIS     l885  53g 

par  des  faits  d'armes  glorieux  pour  nos  armées  de  terre  et  de 
mer.  il  faudrait  s'en  féliciter. 

Mais  une  autre  considération,  qui  touche  aux  grands  intérêts 
de  ta  France  au  dehors,  ne  manquera  pas  de  frapper  le  Sénat. 
Nous  sommes  engagés,  en  Indo-Chine,  dans  une  entreprise  qui 
oiïre  des  perspectives  dont  la  France  ne  doit  pas  se  détourner, 
quelque  légitime  souci  qu'elle  ait  de  ses  intérêts  plus  immédiats 
et  plus  prochains. 

Il  faut  seulement  que.  par  la  constance  de  ses  vues  et  par  la 
prudence  de  sa  conduite,  elle  sache  conctiier  toutes  les  exigences 
du  présent  et  de  l'avenir  que  lui  imposent  son  rang  et  ses  devoirs 
envers  elle-même.  La  tâche  qu'elle  poursuit  dans  l'Extrême 
Orient  peut  être  ardue:  elle  n'est  pas  au-dessus  de  ses  forces. 
Mais  cette  tâche  sera  rendue  plus  facile,  lorsqu'elle  pourra  s'ap- 
puver  sur  l'amitié  du  grand  empire  de  la  Chine,  qui  exerce  sur 
cette  partie  du  monde  une  incontestable  influence.  Les  peuples 
soumis  à  notre  domination  ou  à  notre  protectorat  sauront  qu'ils 
ne  peuvent  plus  opposer  un  refus  obstiné  aui  bienfaits  d'une 
civilisation  dont  la  Chine  elle-même  accepte  le  contact  et  recher- 
che les  avantages.  Les  dispositions  des  hommes  éclairés,  qui,  en 
Chine,  forment  le  parti  de  la  paix,  qui  sont  entres  déjà  et  qui 
la  poussent  dans  la  voie  du  progrès,  ne  pourront  que  seconder 
nos  cITorts.  Et  enfm  la  Chine  renonce  formellement  à  accorder 
aux  Etals  que  nous  protégeons  l'assistance  en  tous  genres,  qui 
les  a  si  puissamment  aidés  jusqu'à  ce  jour  dans  leur  résis- 
tance. Le  traité  assure  donc  le  succès  de  la  politique  que  depuis 
près  d'un  siècle  la  France  n'a  cessé  de  suivre  dans  ces  lointaines 
contrées. 

Cet  acte  diplomatique  nous  offre  encore  un  autre  avantage 
plus  immédiat,  d'un  ordre  dilîérent  mais  non  moins  intéressant, 
et  que  le  Sénat  constatera  avec,  satisfaction.  11  ouvre  à  notre 
commerce  un  vaste  débouché,  au  moment  ou  toutes  les  nations 
cherchent  de  toutes  parts  des  facilites  pour  l'écoulement  de  leurs 
marchandises,  et  tendent  de  tous  leurs  efforts  à  procurer  aux 
industries,  dont  la  puissance  de  production  s'accroitsans  mesure, 
des  moyens  de  vivre  qui  soient  également  sans  limite. 

Une  seule  puissance  européenne,  jusqu'à  ce  jour,  avait  pu 
entrer  en  rapports  directs  avec  la  Chine  par  la  frontière  Icrrestre. 
Encore  pourrait-on  dire  que.  à  cette  extrémité  de  son  empire 
vers  le  Turkestan,  la  Russie  est  prcscpie  une  puissance  asiatique. 

La  France,  par  son  traité,  obtient  du  côté  des  provinces  méri- 


v 


540  l'affaire    du    TONG-KING 

dionales  de  la  Chine  un  avantage  pareil  ;  et  il  ne  tiendra  qu'à 
elle,  à  ses  hommes  d*État,  à  ses  négociants,  à  ses  industriels,  à 
son  génie,  d'en  tirer  des  bénéfices  de  tout  genre,  en  rapport  avec 
les  sacrifices  qu'il  lui  aura  coûtés.  Elle  est  ainsi  appelée,  sur  ce 
point  du  monde,  à  remplir  le  rôle  d*initiatrice  qui  lui  convient 
si  bien  dans  le  mouvement  civilisateur  qui,  après  s'être  arrêté 
pendant  des  siècles  devant  les  murailles  de  la  Chine,  va  pénétrer 
enfin  dans  l'Empire  du  Milieu. 

A  l'unanimité,  votre  Commission  a  été  d'avis  d'adopter  le 
projet  de  loi  suivant  : 

PROJET    DE    LOI 

Article  unique.  —  Le  Président  de  la  République  est  autorisé 
à  ratifier  et  à  faire  exécuter  le  traité  de  paix,  d'amitié  et  de  com- 
merce conclu  entre  la  France  et  la  Chine,  à  Tien-Tsin,  le  9  juin 
i885,  et  dont  une  copie  est  jointe  à  la  présente  loi. 

RATIFICATIONS 

L'article  10  du  traité  relatif  à  l'échange  des  ratifications 
donna  lieu  à  de  délicates  négociations.  Les  Chinois  firent 
remarquer  que  le  Fils  du  Ciel  ne  devait  jamais  revenir  sur 
une  décision  qu'il  avait  prise,  et  que  par  suite  un  traité  signé 
par  lui  était  par  ce  fait  même  ratifié  par  lui  en  même  temps  ; 
aussi  l'article  10  renferme-t-il  une  rédaction  confirmée  sur 
la  demande  de  M.  de  Freycinet,  par  Li  Houng-tchang  dans 
une  lettre  à  notre  ministre  en  Chine  que  nous  verrons  repro- 
duite dans  toutes  nos  conventions  ultérieures  : 

«  Le  présent  traité  sera  ratifié,  dès  à  présent,  par  Sa 
Majesté  l'Empereur  de  Chine,  et  après  qu'il  aura  été  ratifié 
par  le  Président  de  la  République  Française,  l'échange  des 
ratifications  se  fera  à  Pc-King  dans  le  plus  bref  délai  possible.  » 

M.  Pa  te  nôtre  annonça  la  signature  du  traité  dans  la  lettre 
suivante  adressée  au  ministre  des  Affaires  étrangères  : 

Tien-Tsin,  le  11  juin  i885. 
Monsieur  le  Miîîistre, 

Ainsi  que  je   vous  en  ai  avisé  par  le  télégraphe  au   moment 


RATIFICATIONS  54  I 

même  où  Li  Houng-tchang  apposait  son  sceau  sur  le  premier 
exemplaire  du  traité,  l'acte  diplomatique,  qui  met  définitivement 
fin  au  conflit  franco-chinois,  a  été  signé  le  9  juin  à  quatre 
heures  avec  une  grande  solennité.  Le  drapeau  français  a  été  immé- 
diatement hissé  sur  notre  Consulat  et  salué,  par  ordre  du  Vice-Roi 
des  salves  réglementaires.  Quoique  les  deux  Commissaires  n'eus- 
sent pas,  à  proprement  parler,  le  rang  de  plénipotentiaires. 
Li  Houng-tchang  a  demandé  qu'ils  fussent  autorisés  à  joindre 
leur  signature  à  la  sienne  pour  mieux  marquer  la  participation 
du  Tsoung-li  Yamen  à  la  conclusion  de  la  paix.  J'ai  naturelle- 
ment accàié  à  ce  désir. 

Li  Houng-tchang  m'a  offert  ensuite  un  banquet  auquel  ont 
assisté  les  consuls  étrangers  et  les  hauts  mandarins  en  résidence 
à  Tien-Tsin.  Il  avait  été  convenu  avec  le  Vice-Roi,  qu'après  avoir 
bu  réciproquement  à  la  santé  de  l'Empereur  de  Chine  et  du 
Président  de  la  République,  nous  échangerions  des  toasts  destinés 
à  faire  ressortir  la  cordialité  de  nos  nouvelles  relations. 

Votre  Excellence  trouvera  ci-après  les  quelques  paroles  que  j'ai 
cru  devoir  prononcer  à  cette  occasion  : 

Messieurs, 

a  J'ai  l'honneur  de  vous  proposer  de  vous  joindre  à  moi  pour 
boire  à  la  santé  de  S.  E.  le  Vice- Roi  du  Tché-li  et  des  deux 
Commissaires  Impériaux  qui  l'ont  assisté  depuis  six  semaines 
dans  les  négociations,  dont  nous  saluons  aujourd'hui  l'heureux 
couronnement. 

J'ai  la  ferme  confiance  que  l'acte  diplomatique  que  nous  venons 
de  signer  n'aura  pas  seulement  pour  résultat  de  mettre  un  terme 
à  des  dissentiments  dont  le  souvenir  sera,  j'espère,  promptement 
effacé.  En  multipliant  entre  la  France  et  la  Chine  les  points  de 
contact,  en  ouvrant  à  l'activité  commerciale  de  toutes  les  nations 
de  nouveaux  débouchés,  le  traité  du  9  juin  contribuera,  sans 
nul  doute,  à  fortifier  et  à  développer  entre  l'Empire  Chinois  et  les 
Pays  Étrangers  cette  communauté  d'intérêts  qui  a  toujours  été 
le  meilleur  ciment  de  l'amitié  des  Peuples.  Si  le  Gouvernement 
Impérial  s'inspire,  à  cet  égard,  des  mêmes  sentiments  que  le 
Gouvernement  de  la  République,  le  présent  traité  produira  donc 
pour  tous  des  fruits  sérieux  et  durables. 

C'est  à  ce  titre.  Messieurs,  que  je  vous  demande  de  vouloir 
bien  vous  associer  au  toast  que  je  porte  ici  en  l'honneur  des  Plé- 
nipotentiaires Chinois  qui  m'ont  aidé  à  mener  à  bien  cette  œuvre 


^. 


5^3  L*ArFAIRE    DU    TONG-KIKG 

de  paix,  de  concorde,  et  je  crois  pouvoir  ajouter,  de  progrès 
international.  » 

Un  des  Fnterprètes  du  Vice-Roi  a  lu  alors,  en  son  nom,  le 
discours  suivant  rédigé  en  français  ; 

«  Nous  avons  en  Chine  un  proverbe  qui  dit  ;  U amitié  a  le  même 
éclat  que  le  soleil.  Cet  adage  est  surtout  vrai  lorsqu'il  s'applique 
aux  liens  qui  unissent  deux  grandes  nations. 

Ce  que  la  Chine  désire  aussi  c'est  le  bien  et  l'intérêt  de  tous. 

L'amitié  qui  va  exister  entre  nos  deux  pays  sera  aussi  vive  que 
le  soleil  du  matin,  lorsqu'il  se  dégage  des  vapeurs  de  la  nuit.  Si 
par  hasard  survenait  quelque  nuage,  M.  Patenôtre  ou  ses  succes- 
seurs sauront  aisément  le  dissiper. 

L'heureux  événement  que  nous  célébrons  aujourd'hui  rappelle 
au  Vice-Roi  ces  deux  vers  d'un  illustre  poète  : 

Night  wanes,  the  vapors  round  the  mountains  curPd 
Melt  into  morn,  and  light  awakes  the  world. 

Le  Vice-Roi  et  les  deux  Commissaires  Impériaux  prient  tous 
ceux  présents  à  cette  table  de  se  joindre  à  lui  pour  fêter  cet  heu- 
reux jour  et  boire  à  la  santé  de  S.  E.  Monsieur  le  Ministre  de 
France.  » 

Le  lo  juin,  j'ai  réuni  à  mon  tour,  dans,  un  grand  dîner,  qui 
a  revêtu  le  même  caractère  de  cordialité,  les  Plénipotentiaires 
Chinois  et  les  principaux  Mandarins  de  Tien-Tsin.  Les  deux 
Commissaires  Impériaux  sont  repartis  ce  matin  pour  Pé-King. 

Veuillez,  etc. 

Signé  :  Patenôtre. 

Il  faut  tout  de  suite  dégager  de  ce  traité  le  fait  que  Tar- 
ticle  2  nous  reconnaît  le  Protectorat  absolu  sur  TÂnnam  ;  le 
dernier  paragraphe  de  cet  article,  quoique  vague  intention- 
nellement dans  la  première  partie  de  sa  rédaction  pour 
((  sauver  la  face  »  des  Chinois,  laisse  intacts  nos  droits  et 
notre  suzeraineté  dans  la  seconde. 

La  grande  erreur  commise  dans  le  traité  (art.  9)  est  le 
retour  à  la  Chine  de  Ki-loung  et  des  Pescadores.  La  pro- 
messe faite  par  M.  de  Freycinet  de  ne  demander  aucun  ter- 
ritoire chinois  fiit  tenue  à  la  lettre  et  cependant  on  pouvait 


^^^W' 


•^■.-  -•■ 


RATIFICATIONS  5^3 

arguer  pour  garder  ces  positions  que  ni  Formose,  ni  les  îles 
voisines  n^appartenaient  au  continent  ;  que  le  lien  qui  les 
rattachait  aux  Che  Pa  Seng,  dix-huit  provinces,  était  admi- 
nistratif, plutôt  en  théorie  qu'en  pratique,  puisque  le  versant 
oriental  de  Formose  était  inaccessible  aux  fonctionnaires 
chinois  ;  que  de  fois  depuis  avons-nous  regretté  le  bon  mouil- 
lage de  Makong  !  et  malgré  tout,  nous  avons  une  deuxième 
fois  laissé  échapper  l'occasion  de  l'occuper  pendant  la  guerre 
sino-japonaise,  alors  que  la  Chine  nous  suppliait  de  nous 
en  emparer  pour  frustrer  ses  adversaires  d'une  proie  con- 
voitée. 

En  adressant  au  Trône  le  texte  du  traité  conclu  avec  la 
France,  Li  Houng-tchang  l'accompagna  d'un  mémoire 
(Tien-Tsin,  27®  jour,  4®  lune)  où  éclate  l'insolente  vantardise 
coutumière  aux  fonctionnaires  chinois  et  que  fait  ressortir  le 
passage  suivant  : 

«  Après  la  grande  victoire  de  Lang-s'on,  les  succès  des  troupes 
impériales  inspirent  la  crainte  et  la  terreur  ;  dans  le  monde  entier 
retentissent  des  félicitations  unanimes.  Vovant  la  France  sincère 
dans  son  repentir,  la  Chine  peut  enlin  déposer  les  armes.  C'est 
grâce  à  Tinflexible  détermination  de  Leurs  Majestés  Impériales 
que  les  perfides  projets  que  la  France  avait  formés  d'extorquer 
de  l'argent  à  la  Chine  ont  été  abandonnés  et  la  générosité  de  la 
Chine  à  son  égard  s'est  montrée  d'une  façon  éclatante  * .  » 

Li  prétendit  que  ce  mémoire  était  apocryphe,  mais  son 
embarras  quand  on  lui  en  parla,  prouva  que  le  document 
était  bien  de  lui  ;  sa  bonne  volonté  dans  les  dernières  négo- 
ciations fit  passer  l'éponge  sur  cette  peccadille. 

Notre  consul  i  Tien-Tsin,  M.  Ristelhueber,  fut  chargé  de 
porter  en  France  une  copie  du  traité  et  une  lettre  de  Li,  à 
M.  de  Freycinet,  ministre  des  Affaires  étrangères;  il  quitta 

1.  Ce  Mémoire  secret  a  éië  traduit  en  anglais  dans  le  A^orM-CAina 
Dailj  NewSy  du  24  juin  i885. 


5^4  l'affaire    du    TONG-KING 

Tien-Tsin  pour  Marseille  le  27  juin  i885  et  remit  la  gérance 
à  M.  de  Bezaure. 


LETTRE    DE    LI    HOUNG-TCHANG    A    M.    DE    FREYCKHET 

Le  1 1*  jour  de  la  5*  lune, 
(23  juin  i885). 

Depuis  plusieurs  années,  les  bonnes  relations  entre  la  Chine  et 
la  France  s'étaient  altérées  et  observées.  Ayant  été  mis  à  la  tête 
des  aiïaires.  Vous  avez  heureusement,  Monsieur  le  Ministre,  pris 
en  considération  la  concorde  et  Tamitié  qui  avaient  existé  pen- 
dant -longtemps  entre  nos  deux  Pays  et  Vous  avez  négocié  et 
conclu  un  traité  qui  fait  disparaître  notre  ancienne  mésintelli- 
gence. Nous  voyons  dès  maintenant  se  dessiner  les  heureux 
résultats  qu'on  y  a  ménagés.  Par  ce  moyen,  les  sentiments 
d'union  vont  se  raiTermir  plus  que  jamais  entre  les  fonctionnaires 
et  le  peuple  de  nos  deux  Pays.  J'éprouve  une  satisfaction  indi- 
cible d'avoir  pris  personnellement  part  à  cette  œuvre. 

M.  Patenôtre  a  fait  preuve,  à  Tien-Tsin,  pendant  ses  négocia- 
tions avec  moi  pour  la  conclusion  du  traité,  des  sentiments  les 
plus  conciliants.  Aussi  amènera-t-il  immanquablement  un  rap- 
prochement d'esprit  entre  les  deux  nations,  lorsqu'il  se  sera  rendu 
à  Pé-King  pour  y  remplir  ses  fonctions  officielles. 

M.  Ristelhucber  a  habité  la  Chine  pendant  de  longues  années  ; 
il  a  l'expérience  des  affaires  de  ce  pays  ;  son  caractère  est  juste  et 
droit  et  il  est  doué  d'un  grand  esprit  de  modération.  Aussi  ai-je 
toujours  eu  confiance  en  lui.  Lorsqu'il  vint,  l'été  dernier,  prendre 
de  nouveau  la  direction  du  Consulat  de  Tien-Tsin,  nos  deux  pays 
étaient  sur  le  point  de  se  faire  la  guerre.  Depuis,  en  diverses  cir- 
constances, je  me  suis  entretenu  secrètement  avec  lui  et  il  a  tou- 
jours mis  ses  efforts  à  servir  l'intérêt  général.  Je  ne  doute  pas. 
Monsieur  le  Ministre,  que  Vous  n'en  ayez  vous-même  été  informé. 
M.  Ristelhucber  vient  de  recevoir  de  vous,  sur  ma  demande, 
l'autorisation  de  rentrer  en  France;  j'ai  pensé,  en  effet,  que  si 
vous  l'interrogiez  sur  tout  ce  qui  nous  préoccupe,  il  en  pour- 
rait résulter  des  avantages  pour  vous  et  pour  nous  ;  je  vous  en 
suis  donc  vivement  reconnaissant.  Votre  Consul  ne  manquera 
pas  de  vous  exposer  avec  détail.  Monsieur  le  Ministre,  et  d'une 
façon  formelle,  le  désir  que  j'ai  de  lier  amitié  avec  la  France,  ni 


i-tcbahq  a  u.  de  fbetcihet  545 
!  que  nos  deux  Pays  devraient  d^sor- 

iUe  k'tlre.  Je  l'accompagne  de  mes 
otre  bonheur'. 
(Cachet  de  Li  Houng-tchang.  ) 

lislre  des  Aflaires  étrangères  : 
A  S.  E.  Li  Houng-lehang. 

Paris.  leaoaoùli885. 

mis  exactement  la  lettre  que  vous 
adresser,  sous  la  date  du  aS  juin,  à 
it  de  nos  relations  avec  l'Empire 
ne  faire  connaître  la  satisraclion  que 
IX  résultat  et,  en  vous  félicitant  de 
tnné  d'j  prendre,  voua  insistez  sur 
1  avec  la   France  et  sur  l'assistance 

sont  appelés  à  se  prêter  désormais, 
vait  avoir  d'autant  plus  de  prix  h 
iti6rcinenl  les  sentiments  dont  elle 
le  17  juillet  dernier,  en  présentant  à 

traité  du  9  juin,  je  m'attachais,  à 
;lc  7,  à  faire  ressortir  le  caractère 
rts  que  nous  avions  l'intention  d'en- 
ois  et  la  valeur  des  services  que  la 
ronti^res,   appelait  les  deux   Pays  à 

ivc  d'assurer  une  sanelion  pratique 
li  communes,  et  dontjene  né;>ligerai 
li  me  concerne,  la  réalisation.  Nos 
industriels  sont  prêts  k  répondre  à 
leur  concours,  pour  développer  les 
oitre  le  bien-être  de  ses  populations. 
ice  à  la  haute  influence  dont  vous 
l'Empire  et  que  le  succès  des  der- 
à  coup  sur.  amoindrie,  le  Gouverne- 

,):*,  V,..,,.,. 


546  L*AFFAIRE    DU    TONG-KING 

même,  les  avantages  que  la  Chine  trouverait  à  utiliser  les  res- 
sourcess  de  toute  nature  que  nous  serions  heureux  de  mettre  à 
la  disposition  d'un  État,  lié  désormais  à  la  France  par  la  com- 
munauté des  intérêts  et  la  réciprocité  des  services. 

J'ai  à  peine  besoin  d'ajouter  que  j'ai  été  très  sensible  aux 
souhaits  que  V.  E.  a  bien  voulu  m 'adresser  personnellement  : 
ils  ne  peuvent  être  plus  sincères  que  ceux  que  je  forme  moi- 
même,  pour  Elle  et  qui  se  confondent  avec  mes  vœux  pour  le 
succès  de  la  tâche  assignée  à  ces  efforts. 


ÉVACUATION    DU    YU5-NAN 

L'évacuation  du  Tong-Ring  par  les  troupes  chinoises 
se  poursuivait  méthodiquement.  Le  télégramme  suivant, 
reçu  le  7  juillet  i885,  par  le  Tsoung-li  Yamen,  donnait 
des  renseignements  remontant  au  12  juin  i885  : 

Le  Vice-Roi  du  Yun-Nan  a  quitté  Kouan-Sse  (en  annamite 
Tuan-quan)  le  37  de  la  3*  lune  (ou  1 1  mai  ï885).  Le  17  de  la 
4''  lune  (ou  3o  mai),  il  passait  à  Van  bàn  chau  *  et  le  36  (8  juin) 
il  atteignait  la  frontière  du  Yun-Nan.  On  calcule  qu'il  pourra 
arriver  à  Mong-tseu  hien  ^  et  s'y  établir  dès  le  i**""  de  la  5*  lune 
(ou  1 3  juin). 

Toute  l'armée  du  Yun-Nan,  au  nombre  de  plus  de  70000 
hommes,  est  déjà  en  retraite  \evs  la  Chine  et  plus  de  33  000 
hommes  sont  maintenant  parvenus  sur  les  frontières  des  dépar- 
tements de  Kai-houa  et  de  Lin-ngan  ^,  qui  sont  à  une  distance 
de  plus  de  mille  li  de  la  place  annamite  de  Tuan-quan.  De 
Tuan-quan  à  Lam-dao^,  à  Quang-oai'^,  à  Bat-bat^,  à  Mai-chi- 
quan,  il  y  a,  en  outre,  3  ou  4oo  li.  A  cause  de  la  longueur  du 
chemin,  du  nombre  des  troupes,  du  mauvais  état  des  sentiers  de 
communication,  de  la  rareté  des  bateaux  et  des  chevaux,  tous 
les  bagages  n'ont  pu  être  emportés.   Plus  de  sept  mille   soldats 

1.  Sur  le  haut  fleuve  Rouge. 

2.  Sous- préfecture  dans  le  Yun-Nan. 

3.  Dans  le  Yun-Nan. 

4.  Dans  la  province  de  So'n-lay. 

5  et  6.  Dans  la  province  de  So'n-lay. 


ÉVACUATION    DU    TUN-NAN  547 

des  Kouang  ont  (par  suite)  été  laissés  en  arrière  pour  maintenir 
Tordre.  On  a  dû,  peu  après,  les  faire  revenir  successivement. 

Lieou  Yong-fou  est  actuellement  à  Lao-kay,  où  il  règle  ses 
affaires.  Sa  rentrée  dans  le  Kouang-Si  a  été  fixée  au  milieu  de 
la  5*  lune  (c'est-à-dire  vers  la  fin  de  juin  ou  le  commencement 
de  juillet)*. 

Lieou  (Luu)  rentra  régulièrement  en  Chine  le  25  juin;  nous 
aurons  encore  occasion  de  parler  de  ce  vieux  partisan  qui, 
d'ancien  rebelle  dont  la  tête  était  mise  à  prix,  était  devenu 
général  de  Tarmée  chinoise;  en  avril  1886,  il  fut  nommé  au 
commandement  de  la  division  Nan-Ao,  dans  le  Kouang- 
Toang. 

Plus  lard  encore,  le  Tsoung-li  Yamen  reçut,  le  6  de  la 
6*  lune  (ou  17  juillet  i885),  un  télégramme  du  Vice-Roi  de 
Canton  : 

Le  Vice-Roi  du  Yun-Nan  m'avise,  sous  la  date  du  8  de  la  5^ 
lune  (20  juin),  que  les  troupes  de  Lieou  Yong-fou  ont  consenti 
à  se  mettre  en  route  au  milieu  de  la  5*^  lune  [fin  juin]  et  à  aller 
s'établir  à  Nan-ki,  pour  se  conformer  au  traité  qui  stipule  leur 
rentrée  au-delà  des  passes.  Or,  Nan-ki  se  trouve  en  dedans  de  la 
frontière  du  Yun-Nan  au  Sud-Ouest  de  Lao-kay.  Les  poteaux 
télégraphiques  ont  été  abattus  par  les  eaux  et  les  communica- 
tions se  sont  trouvées  interrompues  pendant  longtemps. 

Le  24  juillet,  le  Tsoung-li  Yamen  avertit  M.  Patenôtre 
que  les  dernières  troupes  du  Yun-Nan  avaient  repassé  la 
frontière  et  qu'il  ne  restait  plus  aucun  soldat  chinois  au 
Tong-King. 

ÉVACt'ATIOîï    DE   FORMOSE.   MORT   DE   l'amIRAL   COURBET 

De  notre  côté,  nous  exécutions  les  clauses  du  traité  et 
Formose  fut  évacuée  le  21  juin,  à  9  heures  du  matin  ;   nous 

1.  Pour  trad.  conforme,  sig.  :  A.  Vissieke. 


548  l'affaire  du  tono-king 

laissions  derrière  nous  un  cimetière  rcnrermant  2 1  olliciers  el 
adJudanU  el  plus  de  5oo  soldats  et  marins.  Le  li6ros  et  la 
victime  de  cette  guerre,  Tamiral  Courbet,  mouraità  Makong, 
à  bord  du  Bayard,  le  1 1  juin  i885.  Le  aa  juillet,  les  Pes- 
cadores  étaient  abandonnées. 

Enfm  les  relations  diplomatiques  sont  reprises  : 

Paris,  18  juillet  i885'. 

Le  Minisire  de  Chine'à  Berlin,  Siù  King-ich'éng,  m'a  fait 
annoncer  oITiciellement  son  arrivée  à  Paris,  au  commence- 
ment du  mois  prochain  pour  renouer  les  relations  entre  les 
deux  pays.  Le  langage  qu'il  a  tenu  à  cette  occasion  est  tout 
k  fait  amical  k  Tégard  de  la  France. 

Le  i5  août,  M.  Cogordan  se  rendra  en  mission  à  Tien- 
Tsin  et  au  besoin  à  Pé-King,  pour  les  négociations  aux- 
quelles donnera  lieu  le  traité  de  commerce.  Il  m'a  paru  utile 
d'envoyer  en  Cliine  un  agent  ayant  collaboré  avec  moi  i 
la  préparation  de  cet  important  projet. 

Vous  avez  très  bien  fait  de  ne  pas  prendre  l'initiative  de 
[larler  des  événements  de  Hué.  La  réserve  du  Tsoung-li 
^  amen  à  cet  égard  esl  de  bon  augure  pour  l'avenir. 

(Sig.)  C.  DE  FnEïCiNET. 

GUF.T-APE.Ns  DE  HUÉ  (5  juillet  i885) 

Dans  cette  dépécbe,  M.  de  Freycinet  faisait  allusion  A  un 
îvénement  grave  qui  venait  de  se  passer  à  Hué  et  qui,  heu- 
reusement, n'eut  pas  dans  nos  rapports  avec  la  Chine  plus 
l'influence  que  n'en  avait  eu  la  jKiniquede  Lang-so'n. 

Le  3o  mai  i8S5,  le  général  Britre  de  l'isle  faisait  ses 
idieuxà  ses  troupes  A  Haî  Plionir.  H  était  remplacé  dans  le 

I.   Di-iH'dic  li'li'praiilii'iiie.  .MTuirot  (nrarif.'i''rc«  i  M.  Paleiiùtre. 
a.   Voir]..  4;io. 


55o 


L  AFFAIRE    DU    TOXG-KIKG 


d'étrangers,  anxieux  d'offrir  leurs  services,  Young,  Holcombe, 
Detring,  Hart,  le  seul  vraiment  sérieux,  etc.  Et  puis  il  faut 
compter  avec  les  ministres  de  la  marine,  changeant  aussi 
souvent  que  leurs  collègues  des  Affaires  étrangères,  les 
gouverneurs  de  la  Cochinchine,  les  généraux  et  les  amiraux, 
et  brochant  sur  le  tout,  le  Parlement,  qui  a  une  part  énorme 
de  responsabilité  dans  les  délais  apportés  à  la  solution  de 
la  question. 

Décret.^ 

Pendant  la  4*^  lune  de  l'année  dernière  (mai  i884).  Nous 
avons  autorisé  spécialement  Li  Houng-tchang  à  conclure  un 
arrangement  avec  le  Capitaine  de  frégate  français  Fournier, 
pour  régler  la  question  de  l'établissement  de  relations  com- 
merciales avec  l'Annam.  Nous  n'avions  alors  d'autre  dessein 
que  de  faire  cesser  la  lutte  et  de  tranquilliser  le  peuple. 
Depuis,  après  l'affaire  de  Lang-so'n,  Nous  avons  été  con- 
traint de  recourir  aux  armes.  L'Annam  est  un  pays  très 
chaud  el^  aride.  Nos  soldats  y  sont  morts  des  fièvres  en  grand 
nombre.  Cependant,  ils  ont  été  aux  prises  avec  l'ennemi  pendant 
une  demi-année  et  des  pertes  ont  été  éprouvées  par  les  armées 
des  deux  adversaires.  Les  habitants  de  celle  dépendance  frontière 
(de  la  Chine)^  ont  également  eu  à  souffrir  des  hostilités,  ce  qui 
nous  a  causé  un  vif  chagrin. 

A  dater  de  la  12*^  lune,  l'Inspecteur  Général  des  douanes, 
Hart,  Anglais  de  nationalité,  considérant  qu'il  n'existait  pas,  à 
l'origine,  entre  les  deux  nations  (belligérantes)  de  raisons  de 
dissentiment,  a  insisté  |x>ur  que  nous  remissions  en  vigueur  la 
Convention  de  Tien-Tsin.  Il  a  servi  de  porte-paroles  aux  deux 
parties,  allant  de  l'une  à  l'autre,  pour  leur  faire  abandonner 
leur  animosilé  et  rétablir  leurs  rapports  amicaux. 

Nous  inspirant  humblement  de  la  bonté  du  Ciel  placé  au- 


I.  Gazette  de  Pé-King,  a'j  delà  6®  lune,  ii«  année  Kouang-Siu 
('1  août  i885). 

3.  Fan-chou t  iilt.  Dépendances  formant  haie  sur  la  fronlicre.  Les 
Chinois  désignent  ainsi  les  pays  dépendant  de  leur  Empire  et  qui  lui 
paient  tribut  à  époque  fixe,  tels  que  la  Corée,  TAnnam,  les  ilcs  Licou 
Kieou,  le  Népaul    A.  V. 


GUET-APENS    DE    HLÉ  ODI 

dessus  de  Nous,  qui  aime  les  créatures  et  la  vie,  réfléchissant 
aussi  avec  respect  à  Nos  Ancêtres,  qui  ont  su  diriger  leurs  expé- 
ditions militaires,  les  activer  ou  les  ralentir,  les  prolonger  ou  les 
arrêter,  suivant  les  époques  ou  les  avantages  du  pays,  tenant 
toujours  compte  des  circonstances  sans  conserver  d'idées  précon- 
çues. Nous  Nous  sommes  portés  révérencieusement  aux  Décrets 
rendus  à  différentes  reprises  pendant  la  54*  année  K'ien-loung 
(1790)  pour  le  retrait  de  nos  troupes  de  l'Annam  ^  Ces  éven- 
tualités déterminantes  (de  nos  changements  de  politique)  sont 
les  mêmes  aujourd'hui  qu'elles  étaient  alors.  Nous  avons,  en 
conséquence,  consenti  à  ce  qui  Nous  était  demandé.  Nous  avons 
ordonné  à  Li  Houng-tchang  et  à  ses  collègues  de  conclure  avec 
l'envoyé  français  Palenôlre  un  nouveau  traité  en  dix  articles, 
et  de  fixer  des  localités  sur  la  frontière  du  Tong-king  pour  l'éva- 
cuation du  commerce.  Nos  relations  avec  la  France  sont  redeve- 
nues amicales.  La  France  vient  de  retirer  toutes  ses  troupes  de 
Ri-loung  et  des  Iles  Pescadores.  Nous  avons  aussi  fait  rentrer  en 
dedans  des  défilés  nos  armées  du  Yun-Nan  et  des  Kouang.  Les 
prisonniers  faits  de  part  et  d'autre  ont  été  rendus  intégralement. 

Notre  lointain  domaine^  n'aura  dès  lors  plus  à  subir  les 
malheurs  de  la  guerre,  et  l'Univers  se  félicitera  du  rétablissement 
de  la  paix.  La  Cour  dans  toute  cette  affaire,  a  pesé  toutes  les 
circonstances  depuis  le  commencement  jusqu'à  la  lin,  et  a  exa- 
miné toutes  les  occasions  qui  se  sont  présentées.  Elle  n'avait  pas, 
dans  le  principe,  l'intention  de  faire  la  guerre  à  outrance  et  Elle 
a  consenti  à  prêter  son  concours  pour  satisfaire  ce  devoir  qui 
consiste  à  protéger  les  petits  et  à  vivre  en  bon  accord  avec  ses 
voisins. 

La  paix  étant  rétablie  aujourd'hui,  Nous  promulguons  ce 
Décret  pour  faire  connaître  Notre  pensée  à  tous,  dans  la  capitale 
et  dans  nos  provinces . 

Respect  à  ceci  !'.  . 

I.  Celte  allusion  &  K'ien-loung  est  singulière  quand  on  songe  que 
cette  retraite  s*opéra  à  la  suilc  de  désastres  de  Tarmée  chinoise. 

a.  Houang'foUt  lill.  le  Domaine  désert  ou  aride,  terme  employé 
depuis  la  plus  haule  antiquité,  pour  désigner  les  confins  extrêmes  de 
TEmpire,  louchant  aux  terres  des  barbares,  où  étaient  exilés  les  criminels. 

3.  Pour  trad.  conforme,  sig.  :  A.  Yissiere. 


CHAPITRE  XXVI 
TRAITÉ  C060RDÂN  (1886).  —  TRAITÉ  GONSTANS  (1887)  • 

Le  12  août  i885,  le  ministre  des  Affaires  étrangères  télé- 
graphiait à  M.  Patenôtre  d'informer  le  Gouvernement  im- 
périal que  M.  Cogordan,  sous-directeur  à  la  direction  poli- 
tique*, venait  d'être  chargé  par  le  Gouvernement  de  la 
République  de  négocier  et  de  conclure  avec  la  Chine,  le  Traité 
de  Commerce  prévu  par  le  traité  du  g  juin  et  que  ce  haut 
fonctionnaire  serait  assisté,  dans  sa  mission,  de  M.  Bruwaert, 
consul  de  i^^  classe.  Le  même  jour,  M.  de  Freycinet  adres- 
sait à  M.  Cogordan,  un  projet  de  traité  de  commerce  en 
21  articles  avec  la  Chine  tel  qu'il  avait  été  élaboré  de  concert 
entre  les  représentants  des  Départements  des  Affaires  étran- 
gères, de  la  Marine  et  du  Commerce  dans  les  réunions  aux- 


I .  Je  n'ai  pas  cru  devoir  séparer  ce  chapitre  du  précédent  dont  il  est 
le  corollaire,  quoique  les  traités  soient  postérieurs  à  des  événements  que 
nous  racontons  dans  les  chapitres  suivants. 

a.  Cogordan,  George,  né  le  i6  mai  1849;  <^<>ctcur  en  droit,  licencié 
es  lettres  ;  attaché  au  contentieux,  a3  mai  1874  ;  attaché  payé,  ag  no- 
vcmbre  1877;  commis  principal,  37  mai  187g;  rédacteur  au  cabinet, 
ICI*  février  1880;  sous -directeur  au  contentieux  (droit  public),  16  octobre 
1880;  à  la  direction  politique,  i5  février  i88a  ;  secrétaire  de  la  com- 
mission internationale  du  canal  de  Suez,  3omars  i885  ;  envoyé  en  mission 
en  Chine  pour  la  conclusion  d*un  traité  de  commerce,  5  août  i885  ; 
chargé  de  la  légation  de  France  à  Pcking,  i5  octobre  i885;  ministre 
plénipotentiaire  de  deuxième  classe,  a5  avril  1886;  chargé  delà  con- 
clusion du  traité  d*amitié  et  de  commerce  avec  la  Corée  (mai-juin  1886); 
chargé  de  la  sous -direction  du  Nord  &  la  direction  politique,  août  1886. 


quelles  notre  nouvel  envoyé  en  Chine  avsit  lui 
part;  ce  projet  ne  devait  pas  toutefois  enlever  I 
d'action  à  M.  Cogordan  qui  aurait  également  à  fai 
traité  du  g  juin.  M.  Cogordan  devait  partir  le  iS 
voie  de  New- York  ;  il  aurait  le  titre  de  chargé  i 
serait  possible  ainsi  à  M.  Patenôtre  de  prendre  u 
de  venir  à  Paris  renseigner  le  ministre  sur  l'ens 
situation.  L'âge  de  M.  Cogordan  pouvait  être  un 
aussi  pour  encourager  le  jeune  diplomate,  M.  d 
lui  télégraphiait-il  le  ai  octobre  : 

La  Chine  vous  trouve  très  jeune  et  dès  lors  vous  ( 
rimenté,  en  lous  cas  facile  à  influencer.  Elle  se  pri 
créer  des  dilficultés  de  détail,  non  pour  empêcher 
Commerce,  mais  pour  obtenir  des  avantages.  Oppos 
de  patience  et  de  fermeté  tranquille  avec  une  étude 
détails. 

M.  Cogordan  quitta,  le  20  octobre  i885,  Chai 
Tien-Tsin  et  Pé-King. 

Peu  de  jours  après  son  arrivée  à  Tien-Tsin, 
(ian,  le  37  octobre,  se  rendait  au  Yamen  de  1 
commença  l'cnlrelien  avec  un  ton  aigre-doux  qui, 
par  des  récriminations  de  sa  part,  ne  permit  j 
ministre  de  prolonger  l'entrelien.  Deux  jours  j 
vice-roi  rendait  sa  visite  à  M.  Cogordan  et  sur  ! 
de  celui-ci  k  quelle  époque,  après  un  court  séjour 
il  pourrait  revenir  à  Tien-Tsin  pour  entamer  les  i 
relatives  au  traité  commercial  :  a  A  quoi  Ixtn  i 
répondit  Li,  vous  ferez  mieux  de  négocier  direc 
le  Tsoung-li  Yamen  et,  quand  le  traité  sera  prêl 
serai  ma  signature  comme  j'ai  fait  sur  celui  du 
gouvernement  français  a  cm  devoir  se  passer  de 
époque,  il  ne  peut  pas  trouver  mauvais  que  je 

i.  M.  Palen<Mre  quitta  Pô-Kiiig,  lo  i'''  octobre. 


554  TRAITÉ    COGORDAN 

d'agir  encore  une  fols  de  la  même  manière  !  D'ailleurs  si  vous 
ne  pouvez  vous  entendre  avec  le  Tsoung-li  Yamen,  revenez 
à  Tien-Tsin,  peut-être  alors  réussirez-vous  mieux  avec  moi.  » 
Toutefois  à  la  fin  de  l'entretien,  le  vice-roi  se  montra  plus 
conciliant. 

La  Chine  avait  été  blessée  {)ar  le  traité  du  9  juin  qui 
froissait  son  orgueil  ;  Li  était  le  seul  à  en  prendre  son 
parti;  quant  à  sir  R.  Hart,  il  tenait  à  faire  exécuter  «  son  » 
traité. 

Deux  jours  après  son  arrivée  à  Pé-King,  le  8  novembre 
i885,  M.  Cogordan  fut  reçu  par  le  Tsoung-li  Yamen  auquel, 
suivant  les  instructions  verbales  de  notre  ministre  des  Aflaîres 
étrangères,  il  s'efforça  de  faire  comprendre  les  intentions 
toutes  pacifiques  et  conciliantes  du  Gouvernement  de  la  Ré- 
publique. L'impression  du  Yamen  fut  bonne  à  en  juger  par 
la  teneur  de  la  dépêche  par  laquelle  il  répondait*  à  la  lettre 
qui  accréditait  M.  Cogordan  auprès  de  lui. 

12  Novembre  i885. 

Le  3®  jour  do  la  10*  lune  de  la  1 1®  année  Kouang-Siu  (8  no- 
vembre i885),  Son  Excellence  M.  Cogordan  étant  venu  s'entre- 
tenir avec  nous  au  Tsoung-li  Yamen,  nous  a  remis  la  dépêche 
dans  laquelle  Votre  Excellence  nous  avise  «  de  la  venue  en  Chine 
pour  y  prendre  la  direction  de  la  Légation  de  France,  de 
M.  Cogordan,  Plénipotentiaire,  sous-directeur  au  Ministère  des 
Affaires  Étrangères?... 

Le  même  jour,  pendant  Tcntretien  que  nous  avons  eu  pour 
la  première  fois  avec  M.  Cogordan,  Nous  avons  pu  nous  rendre 
compte  de  ses  dispositions  conciliantes  et  pacifiques.  Elles  ne 
manqueront  pas  d'assurer  aux  graves  intérêts  qui  lui  seront 
désormais  confiés,  un  règlement  toujours  satisfaisant.  La  con- 
fiance, Testime  et  le  concours  de  notre  Conseil  ne  lui  feront 
jamais  défaut  et  puisque  Votre  Excellence  a  bien  voulu  nous 
adresser  la  dépêche  ci-dessus  mentionnée,  nous  devrons  à  plus 
forte  raison  lui  témoigner  une  bienveillance  toute  particulière, 

1.  A  M.  de  Frcycinet. 


r^  ^^ 


TRAITÉ    COGORDAN  OOi) 

qui  raffeniiira  en  Ire  nous  la  concorde  et  Tamitié  et  montrera  le 
prix  que  nous  attachons  aux  relations  de  nos  deux  Pays. 
Telle  est  notre  réponse  oflicielle  * . 

Li  Houng-tchang  arriva  à  Pé-King  lo  28  octobre  ;  si,  à  la 
suite  de  la  convention  Fournier,  son  influence  avait  subi 
une  passagère  éclipse,  il  Tavait  reprise  complètement  alors; 
à  peine  arrivé  dans  la  capitale,  il  reçut  la  visite  du  septième 
prince  et  il  eut  quatre  ou  cinq  entretiens  avec  T Impératrice  ; 
le  seul  résultat  connu  de  sa  visite  fat  la  création  d'une  ami- 
rauté chinoise. 

Le  2^1  novembre  i885,  M.  Cogordan  cnveya  de  Pé  King 
à  Li  la  traduction  chinoise  de  l'avant-projet  de  traité  de  com- 
merce élaboré  à  Paris  au  commencement  du  mois  d'aoïU.  Le 
surlendemain  de  son  arrivée  à  Tien-Tsin,  M.  Cogordan  se 
rendit  au  Yamcn  de  Li  qui  lui  dit  :  «  Presque  tous  les  ar- 
ticles sont  inadmissibles  pour  la  Chine.  J'ai  reçu  duTsoung-li 
\amen  une  lettre  dans  laquelle  vingt  des  vingt-quatre  articles 
du  projet  sont  l'objet  de  critiques.  En  outre,  sur  les  quatre 
articles  restants,  il  y  en  a  deux  que,  pour  ma  part,  je  ne 
puis  accepter*.  » 

Le  28  novembre  i885,  l'échange  des  ratifications  du  traité 
de  paix  du  9  juin  eut  lieu  au  ïsoung-li  Yamen  ;  le  [)rince 
K'ing  et  Chin,  membres  du  Grand  Conseil,  représentaient 
l'Empereur;  celte  cérémonie  fut  suivie  d'un  dîner  oflert  par 
le  Tsoung-li  Yamen  au  personnel  de  la  Légation  de  France. 
M.  Cogordan  rendit  la  politesse  le  3  décembre  ;  le  lendemain, 
il  devait  partir  pour  Tien-Tsin  confiant  la  Légation  à  M.  Col- 
lin  de  Plancy,  mais  il  fut  retenu  dans  la  capitale  par  le  mau- 
vais temps. 

Il  est  inutile  d'entrer  dans  le  détail  des  négociations  qui 
amenèrent  la  signature  du  traité  du  20  avril  1886;  disons 


1.   Pour  trad.  conforme,  sign.  :  A.  Vissière. 

a.  Lettre  de  M.  Cogordan  au  Département,  i3  décembre. 


556  TRAITÉ    GOGORDAN 

seulement  que  pendant  quelque  temps  Li  avait  eu  une  ten- 
dance à  subordonner  les  négociations  commerciales  au  règle 
ment  de  la  question  de  frontière. 


TRAITÉ  COGORDAN,  25  AVRIL  1 886 

ARTICLE  i'"".  —  iVux  termes  de  Tarticle  5  du  traite  du  9  juin 
i885,  les  Hautes  Parties  contractantes  conviennent  qu'il  v  a  lieu, 
quant  à  présent,  d'ouvrir  au  commerce  deux  localités,  l'une  au 
nord  de  Lang-So'n  et  l'autre  au-dessus  de  Lao-Kay.  La  Chine  v 
établira  des  bureaux  de  douane  et  la  France  aura  la  faculté  d'v 
nommer  des  consuls,  qui  jouiront  de  tous  les  droits  et  privilèges 
concédés  en  Chine  aux  consuls  de  la  nation  la  plus  favorisée. 

Les  travaux  de  la  commission  chargée  de  la  délimitation  des 
deux  pays  ne  se  trouvant  pas  terminés  au  moment  de  la  signa- 
ture de  la  présente  convention,  la  localité  à  ouvrir  au  commerce 
au  nord  de  Lang-So'n  devra  être  choisie  et  déterminée  dans  le 
courant  de  la  présente  année,  après  entente  entre  le  gouverne- 
ment impérial  et  le  représentant  de  la  France  à  Pé-King.  Quant  à 
la  localité  qui  devra  être  ouverte  au  commerce  au-dessus  de  Lao- 
Kay,  elle  sera  également  déterminée  d'un  commun  accord  à  la 
suite  des  travaux  de  reconnaissance  de  la  frontière  entre  les  deux 
pays. 

Art.  a.  —  Le  gouvernement  impérial  pourra  nommer  des 
consuls  à  Hanoï  et  à  Haï-Phong.  Des  consuls  chinois  pourront 
aussi  être  envoyés  plus  tard  dans  d'autres  grandes  villes  du  Toiig- 
Ring,  après  entente  avec  le  gouvernement  français. 

Ces  agents  seront  traités  de  la  même  manière,  et  auront  les 
mêmes  droits  et  privilèges  que  les  consuls  de  la  nation  la  plus 
favorisée  établis  en  France.  C'est  avec  les  autorités  françaises 
chargées  du  protectorat  qu'ils  entretiendront  tous  leurs  rapports 
oiliciels. 

Art.  3.  —  Il  est  convenu,  de  part  et  d'autre,  que,  dans  les 
localités  où  des  consuls  seront  envoyés,  les  autorités  respectives 
s'emploieront  à  faciliter  l'installation  de  ces  agents  dans  des  rési- 
dences honorables. 

Les  Français  pourront  s'établir  dans  les  localités  ouvertes  au 
commerce  à  la  frontière  de  Chine  dans  les  conditions  prévues 
par  les  articles  7,  10,  11,  i3  et  autres  du  traité  du  27  juin  i858. 


557 

Les  Annamites  jouiront  dans  ces  localités  du  mfme  traite- 
ment privilégié. 

Art.  li.  —  Les  Chinois  auront  le  droit  de  posséder  des  ter- 
rains, d'élever  des  constructions,  d'ouvrir  des  maisons  do  com- 
merce et  d'avoir  des  magasins  dans  tout  l'Annam. 

Ils  obtiendront  pour  leurs  personnes,  leurs  familles  et  leurs 
biens,  protection  et  sécurité  à  l'égal  des  sujets  de  la  nation  euro- 
péenne la  plus  favorisée,  et,  comme  ces  derniers,  ils  ne  pourront 
être  l'objet  d'aucun  mauvais  traitement.  Les  correspondances 
oHicielies  et  privées,  les  télégrammes  des  fonctionnaires  et  com- 
merçants chinois  seront  transmis  sans  difTicultc  par  les  adminis- 
trations postale  et  télégraphique  françaises. 

Les  Français  recevront  de  la  Chine  te  même  traitement  privi- 
légié. 

Art.  5.  —  Les  Français,  protégés  français  ou  étrangers  établis  au 
Tong-King,  pourront  franchir  la  frontière  et  pénétrer  en  Chine, 
à  la  condition  d'être  munis  de  passeports.  Ces  passeports  seront 
délivrés  par  les  autorités  chinoises  de  la  frontière,  k  la  requête 
des  autorités  françaises,  qui  les  demanderont  seulement  en  faveur 
de  personnes  honorables:  ils  seront  rendus  au  retour  et  annulés. 
Lorsqu'un  vojageur  devra  traverser  une  localité  occupée  par 
des  aborigènes,  ou  des  sauvages,  il  sera  mentionné  sur  le  passe- 
port qu'il  n'y  a  pas  dans  cette  localité  de  fonctionnaires  chinois 
qui  puissent  le  protéger. 

Les  Chinois  qui  voudront  se  rendre  de  Chine  auTong-Ring  par 
la  voie  de  terre  devront,  de  la  même  manière, être  munis  de  |>as- 
seports  délivrés  par  les  autorités  françaises  à  la  requête  dcsaulo- 
rilés  chinoisesqui  les  denianderont  seulement  en  faveur  de  per- 
sonnes honorables. 

Les  passeports  ainsi  délivrés  de  part  et  d'autre  sei^iront  sim- 
plement de  titres  de  voyage  et  ne  pourront  pas  être  considérés 
comme  des  certificats  d'exemption  de  taxes  pour  le  transport  des 
marchandises. 

Les  autorités  chinoises  sur  le  sol  chinois  et  les  autorités  fran- 
çaises au  Tong-King  auront  le  droit  d'arrêter  les  personnes  qui 
auraient  franchi  la  frontière  sans  passeport  et  les  remettre  aux 
mains  des  autorités  respectives  pour  être  jugées  et  punies  s'il  y 

Les  Chinois  habitant  l'Annam  pourront  rentrer  du  Tong-King 
en  Chine  en  obtenant  simplement  des  autorités  impériales  un 
laissez-passer  leur  permettant  de  franchir  la  Irontière. 


558  TRAITÉ  COGORDAN 

Les  Français  et  autres  pei^onnes  établies  dans  les  localités 
ouvertes  à  la  frontière  pourront  circuler  sans  passeport  dans  un 
ravon  de  cinquante  lis  (578  mètres  le  li)  autour  de  ces  localités. 

Art.  g.  —  Les  marchandises  importées  dans  les  localités 
ouvertes  au  commerce,  à  la  frontière  de  Chine,  par  les  négo- 
ciants français  et  les  protégés  français,  peuvent,  après  acquitte- 
ment des  droits  d'importation,  être  transportées  sur  les  marches 
intérieurs  de  la  Chine  dans  les  conditions  fixées  par  le  septième 
règlement  annexe  du  traité  du  27  juin  i858  et  par  les  règle- 
ments généraux  de  la  douane  maritime  sur  les  passes  de  transit 
à  l'importation, 

Dès  que  ces  marchandises  étrangères  seront  importées  dans 
ces  localités,  déclaration  devra  être  faite  en  douane  de  la  nature 
et  de  la  quantité  de  ces  marchandises,  ainsi  que  du  nom  de  la  per- 
sonne qui  les  accompagne.  La  douane  fera  procéder  à  la  vérifica- 
tion et  percevra  le  droit  du  tarif  général  de  la  douane  maritime 
chinoise,  diminué  d'un  cinquième.  Les  articles  non  dénommés 
au  tarif  resteront  passibles  du  droit  de  5  pour  loo  ad  valorem. 
Ce  n'est  qu'après  que  le  droit  aura  été  payé  que  les  marchan- 
dises pourront  sortir  du  magasin,  être  expédiées  et  vendues. 

Le  négociant  qui  voudrait  envoyer  dans  l'intérieur  des  mar- 
chandises étrangères  devra  faire  une  nouvelle  déclaration  en 
douane  et  payer,  sans  réduction,  le  droit  de  transit  inscrit  dans 
les  règlements  généraux  de  la  douane  maritime  chinoise. 

Après  ce  payement,  la  douane  délivrera  une  passe  de  transit 
qui  permettra  aux  porteurs  de  se  rendre  dans  la  localité  désignée 
sur  la  passe  pour  y  disposer  desdites  marchandises. 

A  ces  conditions,  aucune  perception  nouvelle  ne  sera  faite  au 
passage  des  barrières  intérieures  et  des  bureaux  de  likin. 

Les  marchandises  pour  lesquelles  des  passes  de  transit  n'au- 
raient pas  été  demandées  seront  passibles  de  tous  les  droits  de 
barrière  et  de  likin  imposés  aux  produits  indigènes  dans  l'inté- 
rieur du  pays. 

Art.  7.  —  Les  marchandises  achetées  par  les  Français  et  les 
protégés  français  sur  les  marchés  intérieurs  de  la  Chine  peuvent 
être  amenées  dans  les  localités  ouvertes  à  la  frontière,  pour  être 
de  là  exportées  au  Ïong-King,  dans  les  conditions  fixées  par  le 
7*^  règlement  annexe  du  traité  du  37  juin  i858  sur  letransitdes 
marchandises  d'exportation . 

Lorsque  h*s  marchandises  cliinoises  arriveront  dans  ces  loca- 
lités pour  être  exportées,  déchirât  ion  devra  être  faite  en  douane 


TRAITÉ    COGORDAN  dSq 

de  la  nature  et  de  la  quantité  de  ces  marchandises,  ainsi  que  du 
nom  de  la  personne  qui  les  accompagne. 

La  douane  fera  procéder  à  la  vérification. 

Celles  de  ces  marchandises  qui  auraient  été  achetées  à  Tinté- 
rieur  par  le  négociant  muni  d*une  passe  de  transit  et  qui  n'au- 
raient alors  acquitté  ni  taxe  delikin,  ni  taxe  de  barrière,  auront 
d'abord  à  payer  le  droit  de  transit  inscrit  au  tarif  général  de  la 
douane  maritime  chinoise. 

Elles  payeront  ensuite  le  droit  d'exportation  du  tarif  général 
diminué  d'un  tiers.  Les  articles  non  dénommés  au  tarif  reste- 
ront passibles  du  droit  de  5  pour  loo  ad  valorem. 

Après  l'acquittement  de  ces  taxes,  les  marchandises  pourront 
sortir  librement  et  être  expédiées  au  delà  de  la  frontière. 

Le  négociant  qui,  ayant  acheté  des  marchandises  dans  l'inté- 
rieur, ne  sera  pas  muni  d'une  passe  de  transit,  devra  acquitter, 
au  passage  des  bureaux  de  perception,  les  taxes  de  barrière  et  de 
likin;  les  récépissés  devront  lui  être  délivrés.  A  son  arrivée  à  la 
douane,  il  sera  exempté  du  payement  du  droit  de  transit  sur  le 
vu  de  ces  récépissés. 

Les  commerçants  français  et  protégés  français  important  ou 
exportant  des  marchandises  par  les  bureaux  de  douane  de  la 
frontière  du  Yun-\an  et  du  Kouang-Si,  et  les  commerçants  chi- 
nois important  ou  exportant  des  marchandises  au  Tong-King 
n'auront  à  acquitter  aucune  taxe  de  péage  pour  leurs  voitures  ou 
leurs  bêtes  de  somme.  Sur  les  cours  d'eau  navigables  franchissant 
la  frontière,  les  barques  pourront  être  de  part  et  d'autre  sou- 
mises à  un  droit  de  tonnage,  conformément  aux  règlements  de 
la  douane  maritime  des  deux  pays. 

En  ce  qui  concerne  les  dispositions  du  présent  article  et  du 
précédent,  il  est  convenu  entre  les  Hautes  Parties  contractantes 
que,  si  un  nouveau  tarif  douanier  vient  à  être  établi  d'un  com- 
mun accord  entre  la  Chine  et  une  tierce  puissance  pour  le  com- 
merce par  terre  sur  les  frontières  sud-ouest  de  l'Empire  chinois, 
la  France  pourra  en  obtenir  l'application. 

Art.  8.  —  Les  marchandises  étrangères  qui,  n'ayant  pu  être 
vendues,  seraient,  dans  un  délai  de  trente-six  mois,  après  avoir 
acquitté  le  droit  d'importation  à  l'une  des  douanes  frontières 
chinoises,  réexpédiées  vers  l'autre  douane  frontière,  seront  exa- 
minées à  la  première  de  ces  douanes,  et,  si  les  enveloppes  en  sont 
restées  intactes,  si  rien  n'en  a  été  distrait  ou  changé,  elles  rece- 
vront un  certificat  d'exemption  du  montant  de  la  taxe  primiti- 


56o  TBA 

vcmcnt  perçue.  Le  porlcur  de  ce  ccrlificat  pourra  le  reincllre  à 
l'auliv  donaiic  Irantiùrc  à  l'acquil  du  nouveau  droit  qu'il  aura  à 
pa>er.  La  douane  |>ourra  t^galpmcnl  délivrer  des  bons  valables 
pendant  Irois  ans,  [Kiut  tout  payement  ultérieur  àTaire  au  même 
bureau.  Il  ne  sera  jamais  rendu  d'argent. 

Si  ces  miSmes  marchandises  sont  réexpédiées  vers  un  des  port» 
ouverts  de  la  Cliine,  ellesy  seront,  conrormément  ii  la  rtgle géné- 
rale de  la  douane  maritime  chinoise,  soumises  aux  droits  d'importa- 
tion ,  sans  qu'on  puisse  y  faire  usage  de  ces  ccrtilicats  ou  bons  de 
douanes  frontières.  11  ne  sera  pas  non  plus  possible  d'y  présen- 
ter, il  l'acquit  des  droits,  les  quittances  délivrées  par  les  douanes 
fronlièrcs  lors  du  premier  versement.  Quant  aux  droits  de  tran- 
sit, une  fois  ac(|uittcs,  ils  ne  pourront  jamais,  conformément 
aux  règlements  appliqués  dans  les  ports  ouverts,  donner  lieu  à 
la  délivrance  de  bons  ou  certificats  d'exemption. 

AiiT.  9.  —  Los  mai'cbBndiscschinoities.  qui,  apn-savoir acquitté 
il  l'un  des  bureaux  de  la  frontière,  lesdroits  de  transit  et  d'exporta- 
tion, seraient  réexpédiées  vers  l'autre  douane  frontière  pour  être 
vendues  ne  seront  soumises,  à  leur  arrivée  i  cette  seconde  douane, 
qu'au  payement,  à  titre  de  droit  de  réimportation,  de  la  moitié 
du  droit  d'exportation  déjà  perçu.  Ces  marchandises  pourront 
alors,  conformément  aux  règlements  établis  dans  les  ports 
ouverts,  être  transportées  dans  l'intérieur  par  les  commervants 

Si  ces  marcbandiscs  chinoises  sont  transportées  dans  un  des 
ports  ouverts  de  la  Chine,  elles  seront  assimilées  à  des  marchan- 
dises étrangères  et  devront  ac<|uiltcr  un  nouveau  droit  entier 
d'importation,  conformément  au  tarif  général  de  la  douane  mari- 
time. 

Ces  marchandises  seront  admises  à  payer  le  droit  de  transit 
[wur  ])énétrer  dans  l'intérieur.  Les  marchandises  chinoises 
tmjiortéi's  d'un  port  de  mer  de  Chine  vers  un  port  annamite, 
pour  être  de  là  transportées  à  la  frontière  de  terre,  et  rentrer 
ensuite  en  territoire  chinois,  seront  traitées  comme  marchandises 
étrangères  et  devront  payer  le  droit  local  d'importation.  Ces  ntar- 
chandises  seront  admises  à  payer  le  droit  de  transit  pour  péné- 
trer dans  l'inlérinur. 

Art.  10.  —  Le»  déclarations  en  douane  chinoise  devront  élre 
faites  dans  les  trente-six  heures  qui  suivront  l'arrivée  des  mar- 
chandises, sous  j)oinr  d'une  amendede  .'>o  taéU  par  chaque  jour 
de  retard,  sans  (lue  cette  amende  puisse  excéder  aoo  taêls,  Lne 


TRAITÉ    COGORDAN  56 1 

déclaration  inexacte  de  la  quantité  des  marchandises,  s*il  est 
prouvé  qu'elle  a  été  faite  dansTintention  d'échapper  au  payement 
des  droits,  entraîne  pour  le  marchand  la  confiscation  de  ces 
marchandises.  Les  marchandises  qui,  non  munies  du  permis  du 
chef  de  la  douane,  seraient  clandestinement  introduites  par  des 
clicmins  détournés,  déballées  ou  vendues,  ou  qui  seraient  l'objet 
d'un  acte  intentionnel  de  contrebande,  seront  intégralement  con- 
fisquées. Toute  fausse  déclaration  ou  manœuvre  tendant  à  trom- 
per la  douane  sur  la  qualité,  la  quantité,  la  réelle  provenance  ou 
la  réelle  destination  des  marchandises  appelées  à  bénéficier  des 
passes  de  transit,  donnera  lieu  à  la  confiscation  des  marchan- 
dises. Ces  pénalités  devront  être  prononcées  dans  les  conditions 
et  selon  la  procédure  fixée  par  le  règlement  du  3i  mai  1868. 
Dans  tous  les  cas  où  la  conQscation  aura  été  prononcée,  le  négo- 
ciant pourra  libérer  ces  marchandises  moyennant  le  versement 
d'une  somme  équivalant  à  leur  valeur,  dûment  déterminée  par 
une  entente  avec  les  autorités  chinoises.  Les  autorités  chinoises 
auront  toute  liberté  d'aviser  aux  mesures  à  prendre  en  Chine,  le 
long  de  la  frontière,  afin  d'éviter  la  contrebande. 

Les  marchandises  descendant  ou  remontant  les  voies  naviga- 
bles à  bord  de  bateaux  français,  annamites  ou  chinois,  ne  devront 
pas  être  nécessairement  débarquées  à  la  frontière,  à  moins  qu'il 
y  ait  apparence  de  fraude  ou  divergence  entre  l'état  de  la  cargai- 
son et  la  déclaration  du  manifeste.  La  douane  ne  pourra  qu'en- 
voyer à  bord  desdits  bateaux  des  agents  pour  en  faire  la  visite. 

Art.  II.  —  Les  produits  d'origine  chinoise  importés  au  Tong- 
King  par  la  frontière  de  terre  auront  à  acquitter  le  droit  d'im- 
portation du  tarif  franco-annamite.  Ils  ne  payeront  aucun  droit 
d'exportation  à  la  sortie  du  Ïong-King.  Il  sera  donné  commu- 
nication au  gouvernement  impérial  du  nouveau  tarif  que  la 
France  établira  au  Tong-King.  S'il  est  établi  au  Tong-King  des 
taxes  d'accise,  de  consommation  ou  de  garantie  sur  certains  ar- 
ticles de  production  indigène,  les  produits  similaires  chinois 
auront  à  subir,  à  l'importation,  des  taxes  équivalentes. 

Art.  12.  —  Les  marchandises  chinoises  qui  seraient  transpor- 
tées à  travers  le  Tong-King  d'une  des  deux  douanes  frontières  vers 
l'autre  douane  frontière  ou  vers  un  port  annamite,  pour  être  de 
la  exportées  en  Chine,  seront  soumises  à  un  di'oit  spécifique  de 
transit  qui  ne  dépassera  pas  3  pour  100  de  la  valeur.  Au  point  de 
sortie  du  territoire  chinois,  ces  marchandises  devront  être  recon- 
nues par  l'autorité  douanière   française  de   la  frontière  qui  en 

Cordier.  11  —  36 


56a  TRAITÉ    COGORDAN 

spécifiera  la  nature,  la  quantité  et  la  destination,  dans  des  certi- 
ficats d*origine  destinés  à  être  produits  à  loute  réquisition  des 
autorités  françaises  durant  le  parcours  à  travers  le  Tong-King, 
ainsi  qu'au  port  de  transbordement. 

Afin  de  garantir  la  douane  franco-annamite  contre  toute 
fraude  possible,  ces  produits  chinois  acquitteront  à  l'entrée  du 
Tong-King  le  droit  d'importation. 

Un  passe-debout  les  accompagnera  jusqu'à  la  sortie,  soit  par 
le  port  de  transbordement,  soit  à  la  frontière  terrestre,  el  les 
sommes  versées  par  le  propriétaire  des  marchandises  lui  seront, 
déduction  faite  des  droits  de  transit,  restituées  à  ce  moment,  s'il 
y  a  lieu,  en  échange  du  récépissé  délivré  par  les  douanes  du 
Tong-King. 

Toute  fausse  déclaration  ou  manœuvre  tendant,  d'une  manière 
évidente,  à  tromper  l'administration  française  sur  la  qualité,  la 
quantité,  la  réelle  provenance  ou  la  réelle  destination  des  mar- 
chandises appelées  à  jouir  du  traitement  spécial  applicable  aux 
produits  chinois  qui  traverseront  le  Tong-King  en  transit,  don- 
nera lieu  à  la  confiscation  des  marchandises.  Dans  tous  les  cas  où 
la  confiscation  aura  été  prononcée,  le' négociant  pourra  libérer  ses 
marchandises  moyennant  le  paiement  d'une  somme  équivalante 
leur  valeur,  dûment  déterminée  par  une  entente  avec  les  autori- 
tés françaises. 

Les  mêmes  règles  et  la  même  taxe  de  transit  seront  applicables 
en  Annam  aux  marchandises  chinoises  qui  seront  expédiées  d'un 
port  de  Chine  vers  un  port  annamite  pour  gagner  de  là  les  doua- 
nes-frontières chinoises  à  travers  le  Tong-King. 

Art.  i3.  —  Les  articles  suivants  : 

L'or  et  l'argent  en  barre,  la  monnaie  étrangère,  la  farine,  la 
farine  de  maïs,  le  sagou,  le  biscuit,  les  conserves  de  viande  el  de 
légumes,  le  fromage,  le  beurre,  les  sucreries,  les  vêtements 
étrangers,  la  bijouterie,  l'argenterie,  la  parfumerie,  les  savons  de 
toute  espèce,  le  charbon  de  bois,  le  bois  à  brûler,  les  bougies  et 
la  chandelle  étrangères,  le  tabac,  le  vin,  la  bière,  les  spiritueux, 
les  articles  de  ménage,  les  provisions  pour  les  navires,  les  bagages 
personnels,  la  papeterie,  les  articles  de  tapisserie,  la  coutellerie, 
les  articles  de  droguerie,  les  médicaments  étrangers,  la  verrerie 
seront  vérifiés  par  la  douane  chinoise,  à  l'entrée  et  à  la  sortie, 
s'ils  sont  réellement  de  provenance  étrangère  et  destinés  à  l'usage 
personnel  des  étrangers,  et  s'ils  arrivent  en  quantité  modérée,  un 
certificat  d'exemption  des  droits   sera  délivré,  qui  en  permettra 


_^ 


TRAITÉ    COGORDAN  563 

le  libre  passage  à  la  frontîi^re.  Si  ces  articles  sont  soustraits  à  la 
déclaration,  h  la  formalitc  du  certificat  d'exemption,  leur  intro- 
duction clandestine  les  rendra  passibles  d'amende  au  nu>nie  titre 
que  les  marchandises  passées  en  contrebande. 

A  l'exception  de  Tor,  de  l'argent,  de  la  monnaie,  des  bagages, 
qui  resteront  exempts  de  droits,  les  articles  ci-dessus  mentionnés 
destinés  à  l'usage  personnel  des  étrangers  et  importés  en  quan- 
tité modérée,  payeront,  lorsqu'ils  seront  transportés  à  l'intérieur 
de  la  Chine,  un  droit  de  a  i/3  pour  loo  à  la  valeur. 

Les  douanes  franco-annamites  de  la  frontière  ne  percevront,  à 
l'entré*  comme  à  la  sortie  du  Tong-King,  aucun  droit,  soit  sur  les 
objets  suivants  d'usage  personnel  que  les  Chinois  transporteraient 
avec  eux  :  monnaie,  bagages,  vêtements,  ornements  de  coiffure 
de  femmes,  papiers,  pinceaux,  encre  de  Chine,  mobiliers  et  ali- 
ments, soit  sur  les  produits  que  les  consuls  de  Chine  au  ïong- 
King  feraient  venir  pour  leur  consommation  personnelle. 

Art.  i^.  —  Les  Hautes  Parties  contractantes  conviennent 
d'interdire  le  commerce  et  le  transport  de  l'opium  de  toute  pro- 
venance par  la  frontière  de  terre  entre  le  Tong-King  d'une  part, 
el  le  Yun-Nan,  leKouang-Si,  et  le  Kouang-Toung,  d'autre  part. 

Art.  i5.  —  L'exportation  du  riz  et  des  céréales  sera  interdite 
en  Chine.  L'importation  de  ces  articles  s'y  fera  en  franchise  de 
droit.  H  sera  interdit  d'importer  en  Chine  : 

La  poudre  à  canon,  les  projectiles,  les  fusils  et  canons,  le  sal- 
pêtre, le  soufre,  le  plomb,  le  spelter,  les  armes,  le  sel,  les  publi- 
cations immorales. 

En  cas  de  contravention,  ces  articles  seront  intégralement  con- 
Gsqués. 

Si  les  autorités  chinoises  faisaient  acheter  des  armes  ou  des 
munitions,  ou  si  des  négociants  recevaient  l'autorisation  expresse 
d'en  acheter,  l'importation  en  serait  permise  sous  la  surveillance 
spéciale  de  la  douane  chinoise.  Les  autorités  chinoises  pourront, 
en  outre,  après  entente  avec  les  consuls  de  France,  obtenir,  pour 
les  armes  et  munitions  qu'elles  voudraient  faire  tran3[K)rter  en 
Chine,  à  travers  le  Tong-Ring,  l'exemption  de  tout  droit  à  la 
douane  franco-annamite. 

L'introduction  au  Tong-King  d'armes,  munitions  de  guerre, 
publications  immorales  est  aussi  interdite. 

Art.  i6.  —  Les  Chinois  résidant  en  Annam  seront,  sous  le 
rapport  de  la  juridiction  criminelle,  (iscalc,  ou  autre,  placés 
dans  les  mêmes   conditions  que  les  sujets  de  la  nation  la  plus 


564  TRAITÉ    GOGORDAN 

favorisée.  Les  procès,  qui  s'élèveront  en  Chine,  dans  les  marchés 
ouverts  de  la  frontière,  entre  les  sujets  chinois  et  les  Français  ou 
Annamites  seront  régies  en  cour  mixte  par  des  fonctionnaires 
chinois  et  français. 

Pour  les  crimes  ou  délits  que  les  Français  ou  protégés  français 
commettraient  en  Chine  dans  les  localités  ou  vertes  au  commerce, 
il  sera  procédé,  conformément  aux  stipulations  des  articles  38  et 
39  du  traité  du  37  juin  i858. 

Art.  17.  —  Si  dans  les  localités  ouvertes  au  commerce  à  la 
frontière  de  Chine,  les  Chinois  déserteurs  ou  prévenus  de  quel- 
ques crimes  qualifiés  tels  par  la  loi  chinoise,  se  réfugient  dans 
des  maisons  ou  à  bord  des  barques  appartenant  à  des  Français 
ou  protégés  français,  l'autorité  locale  s'adressera  au  consul,  qui, 
sur  la  preuve  de  la  culpabilité  des  prévenus,  prendra  immédia- 
tement les  mesures  nécessaires  pour  qu'ils  soient  remis  et  livrés 
à  l'action  régulière  des  lois. 

Les  Chinois  coupables  ou  inculpés  de  crimes  ou  délits,  qui 
chercheraient  un  refuge  en  Annam,  seront,  à  la  requête  des 
autorités  chinoises,  et  sur  la  preuve  de  leur  culpabilité,  recher- 
chés, arrêtés  et  extradés  dans  tous  les  cas  où  pourraient  être 
extradés  de  France  les  sujets  des  pays  jouissant  du  traitement  le 
plus  large  en  matière  d'extradition. 

Les  Français  ou  protégés  français  coupables  ou  inculpés  ^e 
crimes  ou  de  délits,  qui  chercheraient  un  refuge  en  Chine, 
seront,  à  la  requête  des  autorités  françaises  et  sur  la  preuve  de 
leur  culpabilité,  arrêtés  et  remis  auxdites  autorités  pour  être 
livrés  à  l'action  régulière  des  lois. 

De  part  et  d'autre,  on  évitera  avec  soin  tout  recel  et  toute 
connivence. 

Art.  18.  —  Pour  toute  difficulté  non  prévue  par  les  disposi- 
tions précédentes,  on  recourra  aux  règlements  de  la  douane 
maritime  qui,  conformément  aux  traités  existants,  sont  actuel- 
lement appliqués  dans  les  villes  ou  les  ports  ouverts. 

Dans  le  cas  où  ces  règlements  seraient  insuflisants,  les  agents 
des  deux  pays  en  référeraient  à  leura  gouvernements  respectifs. 

Les  présentes  stipulations  pourront  être,  aux  termes  de  l'ar- 
ticle 8  du  traité  du  9  juin  i885,  re visées  dix  ans  après  l'échange 
des  ratitications. 

AuT.  19.  —  La  présente  convention  de  commerce,  après  a  voir 
été  ratifiée  par  les  doux  gou\ ornements,  sera  promulguée  en 
France,  en  Chine  et  on  Annam. 


'■■?:.'»  " 


TRAITÉ    COGORDAN  565 

L*échangc  des  ratifications  aura  lieu  à  Pé-King  dans  le  délai 
d*un  an,  à  compter  du  jour  de  la  signature  de  la  convention 
ou  plus  tôt,  si  faire  se  peut. 

Fait  à  Tien-Tsin  en  quatre  exemplaires,  le  35  avril  1886  (cor- 
respondant au  vingt-deuiième  jour  de  la  troisième  lune  de  la 
douzième  année  Kouang-Siu). 

Signé  :  G.  Cogordan. 
E.  Bruvvaert*. 
(Signature  et  cachet  chinois  :  Li  IIoung-tchang.) 

La  principale  difficulté  que  rencontra  M.  Cogordan  dans 
ses  négociations  fut  le  règlement  des  droits  de  sortie  stipulés 
dans  l'article  6  du  traité  du  9  juin  ;  elle  faillit  être  la  pierre 
d'achoppement  sur  laquelle  allaient  échouer  les  premiers 
pourparlers,  car  Li  Houng-tchang  émettait  la  prétention 
d'écarter  complètement  cette  question.  Sur  l'insistance  de 
M.  Cogordan  qui  menaçait  de  rompre,  le  vice-roi  annonça 
qu'il  se  faisait  fort,  malgré  l'opposition  du  gouvernement 
central,  de  faire  passer  l'article  concernant  ces  droits,  après 
la  discussion  des  autres  parties  du  traité,  et  il  faut  dire  à  sa 
louange,  qu'il  tint  fidèlement  sa  parole. 

La  nomination  de  consuls  par  la  Chine  au  Tong-King 
(art.  5  du  Traité  du  9  juin)  demandée  par  l'article  2,  eût  été 
la  cause  de  grands  troubles  dans  notre  nouvelle  possession  ; 
le  consul  chinois  aurait  été  naturellement  le  point  de  rallie- 

I  Briiwacrt,  François- Edmond ^  né  le  26  septembre  18/17  *»  licencié 
en  droit;  attaché  à  la  direction  des  consulats  et  affaires  commerciales, 
24  octobre  1873;  élève-consul,  i5  décembre  1876;  détaché  au  cabinet 
pour  la  rédaction  des  analyses  commerciales,  8  février  1877  ;  secrétaire  de 
la  commission  administrative  du  6  avril  1878;  secrétaire  de  la  commis- 
sion internationale  des  postes,  10  mars  1879;  i^édacteur  au  cabinet, 
i*^''  février  1880;  secrétaire  adjoint  de  la  conférence  monétaire  interna- 
tionale, avril  1881  ;  secrétaire  pour  les  négociations  commerciales  avec  la 
Suède  et  la  Belgique,  juillet  1881  ;  consul  de  seconde  classe  (pour  prendre 
rang  du  1"  janvier  1880)  à  Chicago,  16  janvier  1882  ;  consul  de  pre- 
mière classe,  1 4  juillet  1884  ;  gérant  du  consulat  général  de  New- York, 
17  juin- 10  septembre  i885  ;  adjoint  au  plénipotentiaire  chargé  du  traité 
de  commerce  avec  la  Chine,  5  août  i885. 


566  TRAITÉ    COGORDAN 

ment  de  ses  compatriotes  et  il  n'aurait  pas  manque  de  créer 
autour  de  lui  un  mouvement  d'agitation  funeste  à  notre  in- 
fluence. Aussi  lorsque  la  Chine  voulut  plus  tard  se  prévaloir 
de  cette  clause,  nous  nous  y  opposâmes. 

M.  Cogordan  resta  inébranlable  sur  la  question  de  fron- 
tières :  si  nous  avions  cédé  une  parcelle  de  territoire,  quelque 
minime  qu'elle  fût,  à  la  Chine,  nous  aurions  perdu  le  béné- 
fice de  longues  et  difficiles  négociations  et  notre  condescen- 
dance eut  été  tournée  en  faiblesse.  Plus  tard,  Tcspérance 
d'obtenir  Dong  Dang  lors  de  l'arrivée  de  M.  Bourcier  Saint- 
Chaffray  avec  la  commission  de  délimitation  à  la  frontière 
du  Tong-King,  faillit  rouvrir  une  fois  encore  cetle  question, 
au  grand  ennui  de  notre  plénipotentiaire  et  des  fonctionnaires 
chinois  qui  avaient  traité  avec  lui  ;  la  fermeté  de  notre  agent 
écarta  ce  danger.  M.  Constans  fut  un  peu  plus  coulant  sur 
cetle  question  de  frontières  pour  obtenir  une  réduction  des 
droits  de  sortie,  mais  l'avantage  d'environ  i  pour  loo  qu'il 
obtint,  ne  compensa  pas  reffet  d'une  cession  territoriale. 

Malgré  le  désir  des  Tongkinois,  M.  Cogordan  ne  put  rien 
obtenir  pour  le  sel  :  les  Chinois  se  montrèrent  intraitables 
sur  ce  chapitre,  et  il  n'y  a  pas  lieu  de  s'en  étonner.  Le  sel 
est  une  des  principales  sources  du  revenu  de  la  Chine  ;  l'ad- 
ministration de  la  gabelle  est  un  rouage  important  du  gou- 
vernement ;  Tun  des  quatre  grands  fonclionnaires  provinciaux, 
Se  Tao,  est  précisément  le  contrôleur  de  la  gabelle,  Yen  Yiin 
Che  se  ou  Ton  Tchouan.  11  fut  impossible  aussi  d'arracher 
l'autorisation  d'ouvrir  des  établissements  industriels  dans  les 
porls  ouverts  au  commerce  étranger  ;  la  demande  était  pre- 
maturéc,  elle  réussit  plus  tard  avec  les  Japonais. 

On  remarquera  qu'on  ne  put  s'entendre  sur  la  langue  dont 
la  rédaction  ferait  foi  ;  en  eflel,  on  a  dû  observer  les  variantes 
que  j'ai  signalées  plus  haut  entre  les  text^îs  français  et  chinois 
du  traité  de  Tien-Tsin  de  i858;  après  de  nombreuses  et 
inutiles  conférences,  on   trouva  plus  simple   de    s'abstenir 


-»  -•?» 


CONV  EDITION  s    CONSTATS  S  56  7 

pour  épargner  des  pourparlers  qui  se  seraient  éternisés  sans 
résultat. 

La  Chine  considéra  ce  traité  comme  un  succès  pour  elle. 
M.  Paul  Bert  prétendit  qu'il  ruinait  le  Tong-King,  écono- 
miquement par  Topium^  le  sel,  les  droits  de  sortie,  et,  poli- 
tiquement par  les  Consuls  au  Tong-King  et  le  traitement  de 
la  nation  la  plus  favorisée. 

Uannée  suivante  un  nouveau  traité  de  commerce  signé  par 
M.  Constans  remédiait  aux  clauses  défavorables  du  traité  de 
1886  et  augmentait  nos  avantages. 

La  place  me  manque,  comme  d'ailleurs,  pour  toutes  les 
aiïaires  de  Corée,  que  je  traiterai  autre  part,  pour  raconter 
la  mission  de  M.  Cogordan,  dans  le  Royaume  de  la  Fraîcheur 
matinale.  Je  me  borne  aujourd'hui  à  dire  que  notre  en- 
voyé signa  à  Séoul  le  !\  juin  1886,  le  premier  traité  entre  la 
France  et  la  Corée,  imitant  en  cela  les  États-Unis  d'Amérique 
(traité  du  22  mai  1882),  l'Angleterre  (traité  du  26  novembre 
i883),  l'Allemagne  (traité  du  26  novembre  i883),  la  Russie 
(traité  du  25juin-7  juillet  i884)  et  l'Italie  (traité  du  26  juin 

i884). 

M.  Collin  de  Plancy  fut  chargé  de  procéder  à  l'échange 
des  ratifications  du  traité,  8  avril  1887,  et  il  fut  nommé 
consul  et  commissaire  du  gouvernement  à  Séoul,  le  9  no- 
vembre 1887. 

CONVENTIONS    CONSTANS,     26    JUIN     1887 

Lettre  officielle  de  S.  A.  le  prince  fCing  et  des  ministres  du  Tsoung-li 
Yamen  à  M.  Constans,  envoyé  extraordinaire  de  la  République 
françitise  en  Chine. 

A  la  suite  de  plusieurs  conférences,  nous  avons  arrêté,  d'ac- 
cord avec  vous,  les  termes  d'une  convention  additionnelle  en  dix 
articles  et  d*un  procès-verbal  de  clôture  des  travaux  de  la  com- 
mission dedélimitation,  ayant  pour  but  de  compléter  ou  de  modi- 
fier certaines  stipulations  du  traité  du  9  juin  i885  et  du  traité 


•  ^  '•  ■  t   flHL."*-Jr 


568  CONVENTIONS    CONSTANS 

dii  25  avril  1886,  qui  règle  les   rapports  commerciaux  entre  la 
Chine  et  l'Annam. 

A  la  veille  de  prendre  jour  pour  signer  ces  deux  actes,  nous 
devons  nous  entendre  sur  trois  points  laissés  indéterminés  cl 
nous  proposons  de  les  régler  de  la  manière  suivante  : 

1°  Aux  termes  du  traité  précédent,  le  gouvernement  chinois 
peut  installer  des  consuls  dans  les  principales  villes  du  Tong-King. 
Nous  sommes  déjà  convenus  que  le  gouvernement  chinois  con- 
sent à  ajourner  la  nomination  de  ces  consuls,  jusqu'au  jour  où 
les  deux  gouvernements  estimeront  que  les  circonstances  permet- 
tent de  les  établir. 

3"  Il  est  entendu  que,  lorsque  le  gouvernement  chinois  établira 
des  consuls  à  Hanoï  et  à  Haïphong,  le  gouvernement  français 
pourra  en  nommer  dans  les  capitales  des  provinces  du  Yun-Nan  et 
du  Rouang-Si. 

3°  Les  consuls  français  dont  le  gouvernement  chinois  a  consenti 
la  nomination  à  Ijoung-Tchéou  et  à  Mong-tseu,  ainsi  que  Fagcnl 
relevant  du  consul  de  Mong-tseu,  qui  sera  établi  à  Man-hao  n'au- 
ront pas  le  droit  d'établir  dans  ces  villes,  ouvertes  seulement  au 
commerce  de  terre,  des  concessions,  comme  celles  qui  existent 
dans  le  port  de  Chang-Haï  et  dans  quelques  autres  ports 
ouverts. 

Il  est  entendu  que  ces  trois  articles  auront  la  même  valeur  que 
s'ils  étaient  insérés  dans  le  texte  même  de  la  convention  addi- 
tionnelle. 

Tel  est  l'objet  de  la  présente  communication,  à  laquelle  nous 
vous  prions  de  vouloir  bien  répondre. 

Pé-King,  le  troisième  jour  de  la  cinquième  lune  de  la  treizième 
année  de  Kouang-Siu  (a3  juin  1887). 

Réponse  de  M.  Constans,  envoyé  extraordinaire  de  la  République 
française  en  Chine  à  son  Altesse  le  prince  King  et  leurs  Excellences 
les  ministres  du  Tsoung-li  Yamen. 

J'ai  l'honneur  de  vous  accuser  réception  de  votre  lettre  en  date 
du  23  juin  1887,  par  laquelle  vous  me  proposez  le  règlement 
suivant  des  trois  points  qui  n'ont  pu  être  fixés  dans  la  convention 
additionnelle. 

«  1°  Nous  sommes  déjà  convenus  que  le  gouvernement  chinois 
consent  à  ajourner  la  nomination  des  consuls  qu'il  peut  instal- 
ler, aux  termes  du  traité  précédent,  dans  les   grandes  villes  du 


..  comT,»,  509 

S  deux  gouvernement»  estimeront  , 
l  de  les  établir. 

nie  le  gouvernement  chinois  cta- 
iialpliong.  le  gouvernement  fran- 
1  capitales  des  provinces  du  Ynn- 

:  le  gouvernement  chinois  a  con- 
rhcou  et  è  Mong-tscu.  ainsi  que 
ig-tseuqui  sera  établi  a  Man-han, 
lans  res  villes,  ouvertes  seulement 
rsiùons  comme  celtes  qui  existent 
et    dans    quel<|ues  autres  porls 

CCS  ajoutent  que  «  ces  trois  nrti- 
s'ils  étaient  insérés  dans  le  te.\le 

et  de  Vos  Excellences  conlirmc 
intervenues  au  cours  de  nos  con- 
riionneur  de  leur  donner  aciede 


ion  de  la  fronltèrf  enire  la  Chine 
Pé-Kinf),  le  s6  juwi  1887. 

r  le  Président  de  la  Uépuhliqiic 
ur  de  Chine,  en  exécution  de  l'ar- 
5  pour  reconnaître  la  frontière 
,  avant  termine  leurs  travnui  ; 
ancien  ministre  de  l'intérieur  et 
rcrnement,  envoie  extraordinaire 

ice  du  second  rang,  président  du 

'mbre  du  Tsoung-lî  Yamen,  pro- 
e  des  travaux  publics, 
uvernnments  respertifs  ; 
is  le  présent  acte  les  dispo:'ilions 
éfinitivenieiit  la   délimitation  de 

■s  cartes  y  annesées  qui  ont  été 


670  CONVENTIONS    CONSTANS 

dressés  et  signés  par  les  commissaires  français  et  chinois  sont  et 
demeurent  approuvés  ; 

a°  Les  points  sur  lesfjuels  l'accord  n'avait  pu  se  faire  entre  les 
deux  commissions,  et  les  rectifications  visées  |)ar  le  deuxième 
paragraphe  de  l'article  3  du  traité  du  9  juin  i885  sont  réglés 
ainsi  qu'il  suit  : 

Au  Kouang-Toung,  il  est  entendu  que  les  points  contestés  qui 
sont  situés  à  l'Est  et  au  Nord-Est  de  Monkay,  au  delà  de  ia 
frontière  telle  qu'elle  a  été  fixée  par  la  commission  de  délimita- 
tion, sont  attribués  à  la  Chine.  Les  lies  qui  sont  à  l'Est  du  mcri- 
dien  de  Paris  io5°43*  de  longitude  Est,  c'est-à-dire  de  la  ligne 
Nord-Sud  passant  par  la  pointe  orientale  de  l'ile  de  Tch'a  Kou 
ou  Ouan-chan  (Tra-co)  et  formant  la  frontière,  sont  également 
attribuées  à  la  Chine.  Les  îles  Go-tho  et  les  autres  îles  qui  sont 
à  l'Ouest  de  ce  méridien  appartiennent  à  l'Annam. 

Les  Chinois  coupables  ou  inculpés  de  crimes  ou  délits  qui  cher- 
cheraient un  refuge  dans  ces  îles  seront,  conformément  aux  sti- 
pulations de  l'article  27  du  traité  du  35  avril  1886,  recherchés, 
arrtMés  et  extradés  par  les  autorités  françaises. 

Sur  la  frontière  du  Yun-Nan,  il  est  entendu  que  la  démarca- 
tion suivra  le  tracé  suivant  ; 

De  Reou-teou-tchaï  (Cao-dao-trai)  sur  la  rive  gauche  du  Siao- 
tou-lcheou-ho  (Tien-do-chu-hu),  point  M  de  la  carte  de  la 
deuxième  section,  elle  se  dirige  pendant  cinquante  lis  (vingt 
kilomètres)  directement  de  l'Ouest  vers  l'Est  en  laissant  à  la  Chine 
les  endroits  de  ïsui-kiang-cho  ou  Tsui-y-cho  (Tu  nghia  xa), 
Tsui-mei-cho  (Tu-mi-xa),  Kiang-fei-cho  ou  Y-fei-cho  (Nghia-G- 
xa),  qui  sont  au  Nord  de  cette  ligne,  et  à  l'Annam,  celui  de 
Ycou-p'ong-cho  (Hu-bang-xa)  qui  en  est  au  Sud,  jusqu'aux 
points  marqués  P  et  Q  sur  la  carte  annexe  où  elle  coupe  les  deux 
branches  du  second  affluent  de  droite  du  Heï-ho  (Hac  ha)  ou 
Tou-tcheou-ho  (Do-chu-ha).  A  partir  du  point  Q,  elle  s'infléchit 
vers  le  Sud-Est  d'environ  1 5  lis  (6  kilomètres)  jusqu'au  point  R, 
laissant  à  la  Chine  le  territoire  de  Nan-tan  (Nam-don)  au  Noitl  de 
ce  point  R;  puis  à  partir  de  ce  dit  point,  remonte  vers  le  Nord- 
Est  jusqu'au  point  S,  en  suivant  la  direction  tracée  sur  la  carte  par  la 
ligne  R-S,  le  cours  du  Nan-teng  ho  (Nam-dang-ha)  et  les  terri- 
toires de  Man-meï  (Man-mi),  de  Meng-tong-chang-ts'oun(Muong- 
dong-troung-lhon),  de  Mong-toung-chan  (Muong-dong-son),  de 
Meiig-loung-lchoung  ts'oun  (Muong-dong-truong-thon)  et  de 
Meiig-toung  chia-ls'ou  (Muong-dong-ha-thon)  restant  à  l'Annam. 


5,. 

A  partir  du  point  S  (Mcng  toung^hia-t'iioun  ou  Miiong-dong 
ha-lhon),  le  milieu  dii  Ts'ing-rliouei  ho  (Than  ihuy  ha)  indique 
jusqu'à  son  confluent,  en  T,  avec  la  rivière  Claire,  la  frontière 

Du  point  T,  son  tracé  est  marqui'  par  le  milieu  de  la  rivière 
Claire  jusqu'au  point  X.  à  hauteur  de  Tch'ouan-teou  (Thuycn- 

Du  point  X,  elle  remonte  vers  le  iSord  jusqu'au  point  Y,  en 
passant  par  Paiche-)'ai  (Bach-lhach-gisi)  et  l.ao-ai-k'an  (Lao-)iai 
kati).  la  moitié  de  chacun  de  ces  deux  endroits  appartenant  à  la 
Chine  et  h  l'Annam  :  ce  qui  est  à  l'Est  appartient  à  l'.Vnnam.  ce 
qui  est  H  l'Ouest,  i  la  Chine. 

A  partir  du  point  Y,  elle  longe,  dans  la  direction  du  Nord,  la 
rive  droite  du  petit  affluent  de  gauche  de  la  rivière  Claire  qui  la 
reçoit  entre  Picn-pao-kia  (Bicn-bao-klia)  et  Pci-pao  (Bac-bao)  et 
gagne  ensuite  kao-ma-paï  (Cao-ma-tiach),  point  Z,  où  elle  se 
raccorde  avec  le  tracé  de  la  troisième  section. 

A  partir  de  Long-po-tcliaî  (cinquième  section),  la  frontière 
commune  du  Yuu-N'an  et  de  l'Annam  remonte  le  cours  du  Long- 
po-ho  jusqu'à  son  confluent  avec  le  Ts'îng-chouei-ho,  marqué  A 
sur  la  carte  :  du  point  A.  elle  suit  la  direction  générale  du  Nord- 
Est  au  Sud-Ouest  jusqu'au  point  indiqué  B  sur  la  carte,  endroit 
où  le  Saï  kiang-ho  reçoit  le  Mien-cliouei-oiian  :  dans  ce  parcours, 
la  frontière  laisse  à  la  Chine  le  cours  du  Ts'ing'chouei-ho. 

Du  point  B.  la  frontière,  à  la  direction  F]st~Ouesl  jusqu'au 
point  C  où  elle  rencontre  le  Teng-tiao-tcliiang  au-dessous  de 
Ta-choH-lchio.  (Jc  qui  est  au  Sud  de  cette  ligne  ap|>artient  k 
l'Annam,  ce  qui  est  au  Nord  à  la  Chine. 

Du  point  Celle  redescend  vers  le  Sud  en  suivant  le  milieu  do 
la  rivière  Teng-liao-Tchiang  jusqu'à  son  confluent  au  point  D 
avec  le  Tsin-tsc-ho. 

Elle  suit  ensuite  le  Tsin-tsc-ho  pendant  environ  3o  lis  et  con- 
tinue dans  la  direction  Est-Ouest  justpi'au  point  D  où  elle  ren- 
ronlrc  le  petit  ruisseau  qui  se  jclte  dans  la  rivière  Noire  (Heî 
tçiang  ou  Hac  giang)à  l'Est  du  bac  de  Meng-pang.  Le  milieu  de 
ce  ruisseau  sert  de  frontière  du  {wint  E  au  point  F. 

A  partir  du  point  K,  le  milieu  de  la  rivière  Noire  serl  de  fron- 
tière à  l'Ouest, 

l.es  aulorilés  locales  chinoises  et  les  agents  désignés  par  le  rési- 
dent général  de  la  Itépuhlîque  française  en  Aimam  cl  au  Tong- 
king  sei'onl  chargés  do  procéder  a-  l'aborncment,  conFornicment 


572  CONVEJÎTJONS    CONSTATS 

aux  cartes  dressées  et  signées  par  la  commission  de  délimitation 
et  au  tracé  ci-dessus. 

Au  prévsent  acte  sont  annexées  trois  cartes  en  deux  exem- 
plaires, signées  et  scellées  par  les  deux  parties.  Sur  ces  cartes,  la 
nouvelle  frontière  est  tracée  par  un  trait  rouge  et  indiquée  sur 
les  cartes  du  Yun-Nan  par  les  lettres  de  l'alphabet  français  et 
les  caractères  cycliques  chinois. 

Fait  k  Pé-King,  en  double  expédition,  le  36  juin  1887. 

(^Signature  et  cachet  du  plénipotentiaire  chinois. y 
Signé  :  Gonstans. 

(^Cachet  de  la  légation  de  France  à  Pé-King.^ 

Convention  additionnelle,  signée  à  Pé-King,  le  a6  juin  1887, 

entre  la  France  et  la  Chine. 

Le  Président  delà  R€»publique  française  et  S.  M.  l'empereur  de 
Chine,  désireux  de  favoriser  le  développement  des  relations  com- 
merciales entre  les  deux  pays  et  d'assurer  la  bonne  exécution  du 
traité  de  commerce  signé  à  Tien-Tsin  le  25  avril  1886,  ont 
décidé  de  conclure  une  convention  additionnelle  modifiant  quel- 
ques-unes des  dispositions  contenues  dans  ledit  acte. 

A  cet  effet,  les  deux  Hautes  Parties  contractantes  ont  nomme 
pour  leurs  plénipotentiaires  respectifs,  savoir  : 

Le  Président  de  la  République  française,  M.  Ernest  Gonstans, 
député,  ancien  ministre  de  Tintérieur  et  des  cultes,  commissaire 
du  Gouvernement,  envoyé  extraordinaire  de  la  République  fran- 
çaise en  Ghine, 

Et  S.  M.  l'empereur  de  Ghine,  S.  A.  le  prince  K'ing,  prince 
du  second  rang,  président  du  Tsoung-li  Yamen, 

Assisté  de 

S.  Exe.  Soucn  Yu-ouen,  membre  du  Tsoung-li  Yamen,  pre- 
mier vice-président  du  ministère  des  travaux  publics  ; 

Lesquels,  après  s'être  communiqué  leurs  pleins  pouvoirs,  qu'ils 
ont  reconnus  en  bonne  et  due  forme,  sont  convenus  des  articles 
suivants  ; 

Art.  I®^  —  Le  traité  signé  à  Tien-Tsin  le  a5  avril  1886  sera, 
ininiédiatement  après  l'échange  des  ratifications,  fidèlement  mis 
à  exécution  dans  toutes  ses  clauses,  sauf,  bien  entendu,  celles  que 
la  présente  convention  a  pour  but  de  modifier. 

Art.  3.  —  En  exécution  de  l'article  1"  du  traité  du  a5  avril 
1886,  il  est  convenu  entre  les  Hautes  Parties  contractantes  que 


574  CONVENTIONS    CONSTANS 

troupes,  d'armes  ou  de  munitions  de  guerre,  pourront  circuler 
de  Lang-So'n  à  Gao-bang.  et  réciproquement,  en  passant  par  les 
rivières  (Son-Ri-Kong  et  rivière  de  Gao-bang)  qui  relient  Lang- 
So'n  à  Loung-Tchéou  et  Loung-Tchcou  à  Gao-bang. 

Il  sera  prélevé  sur  ces  bateaux,  pour  chaque  parcours,  un 
droit  de  tonnage  de  5  pour  100  de  taël  par  tonneau,  mais  les 
marchandises  composant  le  chargement  n'auront  à  acquitter 
aucun  droit. 

Les  marchandises  à  destination  de  Ghine  pourront  être  trans- 
portées par  les  rivières  dont  il  est  question  dans  le  paragraphe 
I*'  du  présent  article,  aussi  bien  que  par  les  routes  de  terre,  et 
notamment  par  la  route  mandarinale  qui  conduit  de  Lang-So*n 
à  Loung-Tchéou  ;  mais,  jusqu'au  jour  où  le  gouvernement  chi- 
nois aura  établi  un  poste  de  douane  h  la  frontière,  les  marchan- 
dises qui  passeront  par  ces  routes  de  terre  ne  pourront  être 
vendues  qu'après  avoir  accjuitté  les  droits  à  Loung-Tchéou. 

Art.  7.  —  11  est  entendu  que  la  France  jouira  de  plein  droit, 
et  sans  qu'il  soit  besoin  de  négociations  préalables,  de  tous  le% 
privilèges  et  immunités,  de  quelque  nature  qu'ils  soient,  et  de 
tous  les  avantages  commerciaux  qui  pourraient  être  accordés 
dans  la  suite  à  la  nation  la  plus  favorisée  par  des  traités  ou  con- 
ventions ayant  pour  objet  le  règlement  des  rapports  |X)1itiques 
ou  commerciaux  entre  la  Ghine  et  les  pays  situés  au  Sud  et  au 
Sud-Ouest  de  l'Empire  chinois. 

Art.  8.  —  Ayant  arrêté  d'un  commun  accord  les  dis[)Ositions 
ci-dessus,  les  plénipotentiaires  ont  apposé  leur  signature  et  leur 
sceau  sur  deux  exemplaires  du  texte  français  de  la  présente  con- 
vention, ainsi  que  sur  la  traduction  chinoise  qui  accompagne 
chacun  de  ces  exemplaires. 

Art.  9.  —  Les  stipulations  delà  présente  convention  addition- 
nelle seront  mises  en  vigueur  comme  si  elles  étaient  insérées 
dans  le  texte  même  du  traité  du  25  avril  1886  à  partir  du  jour 
de  l'échange  des  ratifications  desdits  traité  et  convention. 

Art.  10.  —  La  présente  convention  sera  ratifiée  dès  à  présent 
par  S.  M.  l'empereur  de  Ghine,  et,  dès  qu'elle  aura  été  ratifiée 
par  le  Président  de  la  République  française,  l'échange  des  ratifi- 
cations aura  lieu  à  Pé-Ring. 

Fait  à  Pé-Ring,  le  >ingl-six  juin  mil  huit  cent  quatre-vingl  sept. 

Signé  :  Constans.  Prince  R'ing. 

(l.  s.)  (l.  s.) 


575 

L'article  2  accorde  rouvcrlure  au  coinmeree  des  porls  de 
Loung-lchéou  et  de  Miing-tscu  ainsi  que  de  Man-ltao  ; 
\].  Conslans  avait  obtenu  en  outre  l'ouverture  de  Yun->an  fou, 
capitale  du  Vun-Nan,  de  Kouoi-lîn,  capitale  du  kouang-Si,  de 
Ho-Kcou,  en  face  de  Lao-Kaj  et  de  Tong-hing,  en  face  de 
Mong-Kaj  ;  on  renonça  à  ces  derniers  avantages  pour  ne  pas 
augmenter  le  nombre  de  nos  agents  ;  l'abandon  de  nos  de- 
mandes en  ce  qui  concernait  Vun-Nan  fouet  Kouoi-lin  rendait 
nulle  la  seconde  clause  de  la  lettre  du  prince  k'ing  relative 
à  la  nomination  de  consuls  chinois  à  Hanoï  et  à  Hal-phong. 
L'article  6  constituait  un  avantage  extrt^menicnt  sérieux; 
la  communication  entre  l^ng  So'n  et  Cao-Bnng  pouvait  se 
faire  par  territoire  cliinois  puîscpie  Ton  avait  le  droit  de  des- 
cendre le  Song-ki  kong  jusqu'à  son  confluent  avec  la  riviil^re 
de  Cao-Bang  que  l'on  remontait  ensuite;  on  sait  que  la  roule 
directe  de  Lang-So'n  à  Cao-ltang  est  impraticable'.  Le 
moyen  d'agir  de  M.  Constans  sur  le  gouvernement  chinois, 
snns  lequel,  il  n'aurait  pu  réussir,  était  la  reconnaissance 
des  droits  de  la  Chine  sur  la  presqu'île  de  Pak-Loung. 

I.  I.OI  porlanl  approbation  de  la  conrenlion  de  commerce  aignie  à  Tien- 
Tsia,  te  i5  avril  i8S6.  cl  delà  cORnenlion  adtlitionnetle  tigace  à 
Pfking.  U  16  juin  1887.  entre  la  France  tt  la  Chine. 

Le  S^nat  et  la  Cliambre  des  di-putét  ont  adoplf. 

Le  Président  de  In  République  promulgue  la  loi  dont  la  teneur  suit  ; 

Article  iiniijue.  —  t.e  Président  de  la  R<!p(ibli(|ue  est  autorise  à  ratilier, 
el.  s'il  ja  lieu,  i  faire  exécuter  la  convention  de  commerce  signée  k  Tien- 
Tsin,  le  35  avril  188U.  et  ta  convention  additionnelle  signée  à  PéLing.le 
aC  juin  1887,  entre  la  France  ot  la  Chine  et  dont  une  copie  autbenlique 
demeure  annexée  i  la  présente  loi*. 

La  présente  loi,  délibérée  cl  adoptée  par  le  Sénat  et  par  la  Chambre 
desdéputes,  sera  exécutée  comme  lui  de  l'Etal. 

l-ail  i  Paris,  le  3o  novembre  1888. 

Càhmot. 

Parle  Président  de  la  République  : 

Bei>Ë    GOBLET. 

a.  (Jour™;  O/fieUI.  dimancbe  î  décembre  1888.) 


CHAPITRE  XXVII 

E  P.  TERRASSE.  -  LE  CHOLÉRA.  -  AFFAIRE  DE  SWATOW. 
—  LIEOD-KIEOU  (1883).  —  LE  TOOKG-T'ANG.  —  AFFAIRE 
CONRA0X.  -  AFFAIRES  DE  CORÉE  (1884). 

MEURTRE    DU    PÈRE    TERRASSE 

Dans  la  nuit  du  27  au  38  mars  i883,  le  P.  Terrasse  '  fui 
lassacré  avec  sept  cliréliens  k  Tcliâng  Yn,  près  de  Ta-It, 
ins  la  province  du  Yun-Nan.  Ces  crimes  furent  signalés  par, 
I.  Bouréc  à  M.  Challeniel-Lacour  le  8  mai  i883  cl  ce  ne 
it  que  le  ai  août  suivant  que  M.  Tricou  put  lélé^rapliier 
I  Département  que,  malgré  les  difTicultés  relalivos  aux 
Tnires  du  Tong-King,  les  coupables  avaient  été  punis  de  la 
islonnade  et  de  l'exil;  une  indemnité  de  trois-cent  cin- 
iianlc  mille  francs  (cinquante  mille  taJ^ls)  avait  été  versée 
ilie  les  mains  de  la  mission,  qui  s'était  déclarée  satisfaite. 

CHOLÉRA    A    PÉ-RING,    AOUT    l883 

Une  grande  épidémie  de  clioléra  éclata  à  Pé-King  au 
lois  d'août  [883.  Un  cas  fut  signalé  à  la  légation  de  France 
s  17  et  18  août.  Du  aa  au  29  août,  c'est-à-dire  pendant 
iiit  Jours,  par  les  seules  portes  de  lln-ta  mon  et  de  Tsi-houa 


.  TprrB!.so,  Je«>i-.1iiliiiiief.i>«is.   n^  pt.   i8'i8.  i   Lanlriac  (Haii 
ro);  Missions  tlrangùres  de  l'aris  ;  [larli  le  ay  juillet  187!. 


jmm 


awATow  577 

men,  il  était  sorti  do  la  capiUilc  au  moment  du  clioléra  1 6io 
cercueils  dont  a8o  le  24  août  et  3oo  le  aS  aoiH. 


Il  se  passa,  k  cette  époque,  une  aflaire  à  Swntow,  qui  fit 
grand  bruit  et  qui  offre  un  grand  intérêt  pour  les  droits 
de  propriété  sur  les  bords  des  fleuves,  etque  la  lellre  suivante 
d'un  résident  de  Chine  explique  clairement  : 

Il  y  a  une  vingtaine  d'années,  le  coinprndor  d'une  maison  du 
rommerce  allemande,  la  maison  Uiercks  et  Co..  avait  aehclé 
(les  autorités  locales  à  Swatow  un  droit  de  propriété  sur  des  l'étais 
de  la  rivière,  qui  formaient  unesupcrfieiedélennincc,  maisdont 
rac(|uisitïon  n'était  regardi'-e  comme  parfaite,  d'aprt's  les  usages 
du  pays,  qu'au  fur  et  à  mesure  que  l'acquéreur  les  mettait  en  les 
exhaussant,  définitivement  k  l'abri  du  retour  des  eau\  du  (leuvc 
el  qu'il  payait,  pour  les  terrains  ainsi  préservés.  les  iinjiôls  c.ii- 
Î,'W  par  l'Étal. 

Dans  les  années  qui  suivirent  ces  acquisitions,  un  certain 
nombre  de  lots  furent  ainsi  occupés  et  recédés  ensuite  à  des  par- 
ticuliers ou  à  des  eom|)agnies  industrielles:  et  l'un  d'eux  fut 
clioisi.  il  y  a  longtemps  déjà,  par  l'administration  des  douanes 
qui  y  établit  la  résidence  de  ses  a;<ents  el  ses  bureaux. 

Immcdialcmenl  à  côté  de  ce  terrain  des  douanes,  se  trouvait 
le  reste  des  terrains  non  surélevés,  concédés  jadis  au  coinprador 
cl  devenus,  plus  lard,  par  l'effet  d'une  rétrocession,  la  propriété 
(le  la  maison  elle-même,  dont  le  représentant,  un  des  associés. 
M.  Shaar,  faisait  alors  fonctions  de  Vice-Consul  d'Allemagne  à 
Sualow.  Ils  formaient  une  sorte  de  promontoire  qui  descendait. 
eti  se  perdant,  vers  le  lil  actuel  de  la  ^i^i(■^e,etla  jiorlioii  immé- 
diate en  avait  graduellement  été  occupée  pur  l'adminislralion 
impéri.ilc  des  douanes,  qui,  ne  tes  trouvant  inscrits  au  nom  de 
personne  sur  les  registres  des  immeubles,  le  u  [a  la  torité 
chinoise,  y  avait  établi  des  cbcmins,  des  lia  ^arn  d  s  ga  ges 
pour  SCS  embarcations  cl  se  les  était  finalem  ni  la  t  adj  ^  par 
i'Klat,  sans  que  la  maison  DiercUsen  ait  eu  conna  s,a  utout 

flu  moins  ait  protesté. 

C'est  précisément  («tte   partie  altenanle  in      -d  at  l    1  lu 

CoHDiER.  Il  —  37 


V?-3 


578  ANNÉES    l883   ET    i884 

Douane  dont  M.  Shaar,  dans  le  courant  de  Tannée  dernière,  Gt 
la  cession  au  nom  de  sa  maison,  à  une  compagnie  de  navigation 
à  vapeur  qui  prit  l'engagement  de  verser  comptant  les  1^5  000 
piastres,  représentant  le  prix  d'acquisition. 

Par  suite  de  l'opposition  mise  par  la  douane  aux  prétentions 
du  nouvel  acquéreur  qui  voulait  entrer  en  jouissance  de  Tiin- 
meuble,  celui-ci  refusa  de  verser  aucune  somme  à  la  maison 
Diercks,  avant  d'avoir  la  libre  disposition  du  terrain,  ce  qui  irrita 
vivement  M.  Shaar  qui  avait  compté  sur  le  versement  des  i45  oc»o 
dollars  et  avait  en  conséquence  pris  des  arrangements  financiers  ; 
celui-ci  désespérant  de  régler  l'aflaire  h  lui  tout  seul,  s'adressa  à 
son  supérieur  hiérarchique,  M.  Travers,  Consul  d'Allemagne,  à 
la  fois  h  (Canton  et  à  Hong-Kong,  de  qui  relève  le  vice-consulat 
de  Swatow  ;  et  comme  les  autorités  locales  soutenaient  les  pré- 
tentions de  l'administration  des  Douanes,  M.  Travers  crut  devoir 
lui-môme  en  référer  à  la  Légation  allemande  de  Pé-King.  11  n'en 
essaya  pas  moins  d'arranger  les  choses  à  l'amiable  et  il  envoya  h 
Swatow  son  interprète,  M.  de  MôUendorff,  qu'il  chargea  de 
régler  cette  affaire  avec  les  autorités  locales. 

11  est  à  supposer  que  le  Consul  d'Allemagne  h  Hong-Koriîç 
n'était  point  suffisamment  au  courant  des  lois  et  des  coutumes  de 
la  Chine,  car  il  oublia,  en  envoyant  M.  de  MôllendoriF,  de  le 
munir,  selon  la  règle,  d'une  lettre  de  service  qui  l'introduisit 
auprès  du  Vice-Roi  des  deux  Kouang  et  des  autorités  de  Swatow. 
Cette  circonstance  obligea  M.  de  Môllendorff  à  faire  deu\  fois  en 
vain  le  voyage  de  Swatow  à  Canton,  où  ses  démarches  person- 
nelles n'obtinrent  aucun  effet,  jusqu'au  jour  où  M.  Travers 
demanda  officiellement  au  vice-roi  de  l'accréditer  auprès  des 
mandarins  de  Swatow. 

Pendant  ces  délais,  M.  deBrandt  avait  cru  devoir  s'adresser  au 
Yamen  et  il  avait  envoyé  son  premier  interprète,  pour  signifier 
aux  Ministres  de  l'Empereur,  que  si  cette  affaire  ne  recevait  pas 
une  prompte  solution,  la  légation  d'Allemagne  saurait  bien  se 
iaire  rendre  justice.  Il  est  très  vraisemblable,  pour  ne  pas  dire 
certam,  qu'il  aura  donné,  dans  ce  sens,  des  instructions  pré- 
cises, soit  à  son  Consul  à  Canton,  soit  à  M.  de  Môllendorff  lui- 
même,  qui  était  revenu  à  Swatow  et  y  attendait  en  vain,  depuis 
quelque  temps,  les  lettres  promises  par  le  vice-roi  pour  les  auto- 
rités locales. 

Les  choses  en  étaient  là,  quand  l'administration  chinoise  crut 
devoir  faire  entourer  de  palissades  le  terrain  contesté.  Elle  pré- 


?f?l!^'S»V-"'- 


LES    ILES    LIEOU-KIEOU  679 

tendait  par  là  marquer  le  droit  de  propriété  qu'elle  revendiquait 
et  se  conformait  en  cela,  parait-il,  aux  usages  du  pays  qui  veulent 
que  les  acquéreurs  entourent  ainsi  de  palissades  la  [)ortion  dont 
ils  vont  prendre  possession,  afin  de  faire  connaître  aux  tiers  inté- 
ressés qui  auraient  des  prétentions  contraires  h  élever,  la  muta- 
tion qui  est  sur  le  point  de  s*opérer. 

Faute  de  connaître  cet  usage,  M.  Shaar  et  M.  de  Môllendorf 
virent  dans  Tacte  qui  venait  de  se  produire  un  acte  de  violence 
auquel  il  y  avait  lieu  de  répondre  par  la  force  et  ils  provoquèrent, 
le  lendemain,  le  débarquement  d*un  piquet  de  troupes  qui  prit 
possession  du  sol,  au  nom  du  Gouvernement  Allemand  et  arracha 
violemment  les  palissades  qui  avaient  été  élevées  la  veille.  Cette 
opération  accomplie,  les  soldats  remontèrent  h  bord  du  navire  de 
guerre  et  se  tinrent  prêts  à  soutenir  par  les  armes  le  prétendu 
droit  de  leur  consul. 

M.  de  Brandt  avait-il  réellement  donné  des  ordres  ?  Fut-il 
désavoué  par  son  gouvernement?  Dans  tous  les  cas,  il  rentra 
en  Europe  S  laissant  M.  de  Tattenbach  comme  chargé  d'af- 
faires. 

LES    ILES    LIEOL-KIEOL* 

Au  mois  de  décembre  i883,  les  mandarins  de  Ning-po 
arrêtèrent  des  marins  des  îles  Lieou-Kieou .  Les  Japonais  les 
réclamèrent  comme  étant  leurs  sujets  et  les  Chinois  refusè- 
rent de  les  rendre,  affirmant  qu'ils  étaient  vassaux  de  la 
Chine.  La  situation  était  d*ailleurs  tendue  entre  les  deux 
peuples  :  des  rixes  avaient  lieu  en  Corée,  entre  Japonais  et 
Chinois.  Le  ministre  du  Japon  à  Pé-King  se  plaignait  de 
l'attitude  peu  courtoise  du  gouvernement  chinois  à  son 
égard,  aussi  son  gouvernement,  mécontent,  lui  ordonna-t-il 
de  quitter  Pé-King  pour  marquer  un  refroidissement.  Le 
ministre  japonais  quitta  la  capitale  le  1 1  décembre.  Il  arri- 
vait à  chaque  instant  que  des  marins  des  Lieou-Kieou  fai- 
saient naufrage  sur  la  côte  de  Chine;  en  1877,  des  habitants 

I.  n  quitta  Chang-Haî  le  17  avril  i883. 


58o  ANNÉES    l883    ET    i884 

de  ces  îles  échouèrent  à  Penlrée  du  Yang-tseu  et  furent  con- 
duits à  Sou-tchéou;  la  côte  du  Fou-kien  était  surtout  le 
théâtre  de  sinistres  maritimes  et  les  naufragés  étaient  menés 
à  Fou-tchéou.  La  Chine  avait  déclaré  qu'elle  ne  renoncerait 
à  ses  prétentions  sur  les  Lieou-kieou  qu'autant  que  les  inté- 
ressés, c'est-à-dire  les  habitants  de  ces  îles,  déclareraient 
qu'ils  n'étaient  plus  vassaux  de  la  Chine.  Le  Tsoung-li  Yamen 
pour  se  «  sauver  la  face  »  agissait  de  même  en  Corée  et  en 
Annam. 

INAUGURATION    DU    TOUNG-t'aNG,    4    MAI    l884 

L'église  de  l'Est,  Toung-T'ang,  placée  sous  le  vocable 
de  saint  Joseph,  fut  terminée,  à  la  place  de  l'ancienne  maison 
d'Adam  Schall,  h  la  veille  de  la  signature  de  la  convention 
Fournier  ;  on  y  avait  travaillé  sept  ans,  et  sa  construction 
avait  coûté  jusqu'alors  3ooooo  francs  à  la  mission.  La  béné- 
diction du  Ïoung-T'ang  par  M'^''  Delaplace  eut  lieu  le  di- 
manche f\  mai  1884.  Outre  le  chargé  d'afliûres  de  France, 
le  chargé  d'affaires  de  Belgique  et  la  légation  d'Espagne 
assistaient  à  la  cérémonie  en  uniforme.  Malgré  les  dillirullés 
entre  la  France  et  la  (jhine,  M.  de  Semallé  avait  adressé  une 
invitation  aux  membres  du  Tsoung-li  Yamen  : 

Pé-King,  le  2  mai  1884. 
Excellences, 

Sa  Grandeur  M*^**  Delaplace,  Evéque  de  Pé-Ring,  ayant 
désiré  que  la  nouvelle  éf^lise  du  Toung-T'ang  fût  inaugurée  à 
roccasion  du  centième  anniversaire  de  riiistallation  des  Lazaristes 
à  Pé-King,  j*ai  cru  que  c'était  pour  moi  un  devoir  de  polilt^sst* 
d*annoncer  à  VV.  EE.  que  cette  cérémonie  aura  lieu  le  10  delà 
lune  de  7  à  10  h.  du  matin. 

Je  saisis  cette  occasion,  etc. 

Les  membres  du  Yamen  répondirent  le  lendemain  : 

...  Nous  avons  justement  tous  ce  jour  là  des  affaires  et  il  ne 


r  et  c'est  le  bul  de  la 


IX  ',  élabli  au  nom  iJi 
-Liln  (Mandchourie), 
dans  le  Yanien  devani 
la  légation  de  Franc 
une  lettre  de  M.  Ail 
lu-tchoiiang  et  les  dél 
mdc  Icltre.  D'autre  p 
le  prince  Koiing  adres 
liai  larlare  de  Tsi-tsi-l 
.IX.  Une  enquête  fut  f 
irnis  par  M.  Boycr,  j 
ice  de  M"  Dubail-  cl 
nnraux.  Le  17  seplcm 
ettre  oITiciellG  au  pri 
t  réclamer  une  pron: 
inut  que  les  officiers 
i  exempts  de  rr[>rocl 
en  accusation.  Les  lu 
s  favorables  au  missi 
l'y  avait  rien  à  fair 
Villon,  consul  de  Fra 
essayer  de  régler  l'afl; 
!s.  Le  Tsoung-li  Yar 
1  et  donna,  en  dccem 
s  complications  d'Anr 
it  les  fonctionnaires  ai 


583  ANNÉES     l883    ET     î884 

ganls;  ceux-ci  suscitèrent  toutes  sortes  de  difficultés  à 
M.  Dillon  et  firent  le  vide  autour  de  lui.  Surveillé,  espionné, 
sa  vie  même  menacée,  M.  Dillon  rentra  l'été  de  i883  à 
Chang-Haï  et  y  trouva  M.  Tricou.  Celui-ci,  à  son  passage 
à  Tien-Tsin  (20  septembre),  adressa  une  note  énergique, 
qui  contenait  en  dix  paragraphes  Ténoncé  de  nos  griefs  cl 
en  sept  autres  la  liste  des  réparations  que  nous  étions  en 
droit  d'exiger,  au  prince  Koung,  qui  répondit  le  12  octobre 
par  un  refus  catégorique  de  s'occuper  de  l'aflaire.  C'était  un 
véritable  déni  de  justice.  M.  Dillon  et  M.  Dubail,  rentrés  en 
France,  entretinrent  M.  Jules  Ferry  de  l'affaire  Conraux, 
et,  le  4  juin  i884,  le  ministre  des  Affaires  étrangères  envoya 
à  M.  Patenôtre  l'ordre  de  faire,  dans  le  plus  bref  délai  pos- 
sible, les  démarches  qui  lui  paraîtraient  le  plus  propre  k 
obtenir  une  solution  que  réclamait  impérieusement  la  dignité 
de  notre  pays. 


AFFAIRES    DE    COREE 


De  graves  événements  se  passaient  en  Corée,  avant-cou- 
reurs de  la  guerre  qui  devait  éclater  dix  ans  plus  tard  entre 
la  Chine  et  le  Japon. 

Nous  avons  vu  que  les  Japonais,  par  le  traité  de  Kang 
boa  (1876)*,  avaient  ouvert  la  Corée,  reconnue  indépen- 
dante, au  commerce.  A  partir  de  cette  époque,  il  y  eut  lutte 
d'influences  à  la  cour  de  Séoul,  entre  le  Japon  et  la  Chine, 
la  vieille  suzeraine  vers  laquelle  le  roi  de  Corée  ne  cessait  de 
tourner  ses  regards  pour  demander  conseil.  Les  Coréens 
étaient  d'ailleurs  divisés  sur  la  conduite  nouvelle  que  les 
circonstances  allaient  les  obliger  à  prendre  en  même  temps 
qu'ils  étaient  forcés  d'abandonner  leur  isolement  séculaire. 

Il  semblait  même  que  déjà  une  certaine  tolérance,  incon- 

1.  II,  pp.  98-99. 


TRAITÉS    CORÉENS  583 

nue  jadis,  était  témoignée  aux  missionnaires,  qui,  malgré 
les  édits,  rentraient  dans  le  royaume  :  le  28  janvier  1878, 
M*'  Ridel,  arrêté  en  Corée,  eut  la  vie  sauve  grâce  à  la  reine, 
et  fut  reconduit  en  Chine  sur  la  demande  de  notre  mi- 
nistre à  PéKing;  le  i4  mai  1879,  l'abbé  Deguette*,  des 
Missions  étrangères,  arrêté  dans  le  district  de  Kong-tjyou 
et  conduit  à  Séoul,  fut  relâché  sur  la  demande  de  M.  Pate- 
nôtre.  Ce  fut  par  l'intermédiaire  du  Tsoung-li  Yamen  que 
nos  représentants  à  Pé-King  obtinrent  ces  grâces  ;  pour  cette 
dernière  aflaire,  le  Tsoung-li  Yamen  en  fit  transmettre  les 
détails  à  notre  ministre  des  Affaires  étrangères  par  son  agent 
à  Paris  en  lui  demandant  de  les  communiquer  au  Saint-Siège 
afin  que  des  conseils  de  prudence  fussent  adressés  aux  mis- 
sionnaires catholiques.  C'est  la  première  fois  que  le  Tsoung- 
li  Yamen  fait  ainsi  allusion,  dans  un  document  officiel,  à  la 
cour  pontificale  et  qu'il  laisse  entrevoir  la  pensée  de  nouer 
avec  elle  des  relations  plus  ou  moins  directes  :  indice  grave. 

TRAITÉS    CORÉENS 

Le  23  octobre  187g,  Li  Houng-tchang  donnait  des  con- 
seils à  un  haut  fonctionnaire  coréen  sur  la  conduite  à  tenir 
par  son  pays  vis-à-vis  des  Japonais  et  des  Occidentaux  : 

Dans  les  conjonctures  actuelles,  il  convient,  ne  semble-f-il 
pas,  de  neutraliser  raction  du  venin  par  le  venin  et,  s'il  s'agit 
d'ennemis,  de  pouvoir  les  opposer  les  uns  aux  autres.  11  impor- 
terait de  profiter  de  toute  occasion  qui  se  présenterait  de  vous 
lier  successivement  par  des  traités  avec  tous  les  États  occiden- 
taux, vous  vous  serviriez  d'eux  pour  contenir  le  Japon. 

Suivant  ces  avis,  la  Corée  voulut  bien  prendre  l'initiative 
d*ouvrir  ses  ports  aux  étrangers,  afin  de  rester  maîtresse  des 

I.  Dcguette,  Victor- Ma  rie,  du  diocèse  de  Goutances  ;  Missions  étran- 
gères de  Paris  ;  parti  le  ai  février  1876. 


584  ANNÉEE    l883    ET    i884 

conditions  dans  lesquelles  ils  seraient  ouverts  et  de  ne  pas 
subir  le  sort  de  la  Chine.  La  Corée  désirait  surtout  que 
Topium  ne  lui  soit  pas  imposé  par  l'Angleterre  et  les  mis- 
sionnaires par  la  France. 

Successivement,  la  Corée  signait  les  traités  suivants  :  avec 
les  États-Unis  représentés  par  le  commodore  R.  W.  Shu- 
feldt,  à  Jen-tchouan,  le  22  mai  1882,  ratifié  à  Séoul  le 
19  mai  i883;  avec  la  Grande-Bretagne,  représentée  par  le 
vice-amiral    George  Ommaney  Willes,    à   Jen-tchouan,    le 

6  juin  1882,  non  ratifié;  puis  à  Séoul, par  Sir  Harry  Parkes, 
le  26  novembre  i883,  ratifié  le  28  avril  i884;  avec  l'Alle- 
magne, représentée  par  son  consul  général  à  Yokohama, 
Edouard  Zappe,  à  Séoul,  le  26  novembre  i883,  ratifié  le 
18  novembre  188/1;  avec  Tllalie,  représentée  par  son  mi- 
nistre à  Pé-King,  M.  Ferdinand  de  Luca,  à  Séoul,  le  26  juin 
1884,  ratifié  le  24  juillet  1886;  avec  la  Russie,  représentée 

0' 

par  M.  Charles  Wacber,  conseiller  d'Etat,  à  Séoul,  le  25  juin- 

7  juillet  1884,  ratifications  échangées  le  2-i4  oclobre  i885. 
Le  Japon  faisait  également  des  modifications  à  son  traité  de 
1876  ou  de  nouveaux  arrangements  en  1877,  1878,  1879, 
1881,  1882,  i883et  1884. 

Quant  à  la  France,  le  ministre  des  Affaires  étrangères  té- 
légraphiait à  notre  représentant  à  Pé-King,  le  i5  avril  1881  : 

Si  nous  devons  voir  s*abaisser  les  barrières  qui  ferment  la 
Corée,  nous  entendons  ne  pas  ouvrir  la  brèche  ;  nous  ne  voulons 
être  ni  les  premiers  ni  les  derniers  à  y  pénétrer. 

Nous  avons  vu^  que  ce  ne  fut  que  le  4  juin  1886  que 
nous  signâmes  enfin  un  traité. 

RÉVOLUTION    DE    1882 

Déjà  en  1882  une  émeute  avait  éclaté  à  Séoul  contre  le* 

I.   Voir  p.  567. 


nKïnr.LTinN   dk    iHUi  585 

JajKtnais;  celait  nnc  revanche  du  parti  dirigé  ]>ar  le  Régent, 
le  Tai  Wcn  Koun,  hostile  aux  étrangers;  on  avait  fait  courir 
le  bruit  que  le  ministre  japonais,  aidé  de  portefaix,  devait 
s'emparer  de  Séoul,  se  substituer  au  roi  et  éj)ouser  la  rcJne, 
Le  dimanche  23  juillet,  les  Japonais  furent  attaqués,  quel- 
ques-uns furent  massatres,  d  antres  réussirent  i  s  échapper 
avec  leur  ministre  Hinabousa,  le  2^  les  soldats,  rL%olte5, 
luent  le  premier  mini»trc  Mm  Kijen  ho  dmh  le  Palais 
Royal.  Enhardis  ils  demandent  la  tête  de  h  reine  et  le 
Régent  leur  promet  quelle  s  cmjK.i-iinnori  les  Jajxinnis 
s'empressèrent  d  envojtr  immédiatement  Hanabnusa  qui 
<i^ail  été  recueilli  pir  un  naMre  de  ftiicrre  anglai-.  a\cc  une 
fnrtc  escorte  pour  obtenir  repanlioii  do  I  insulte  qu  on  leur 
avait  faite. 

Le  Gouvernement  du  Mikndo  n  lioaucoup  renforcé  son  corps 
r\pédi  lion  lia  ire  qui  devnil  primitivcineiit  se  composer  de  5oo 
lionmics  et  qui  en  compte  aujourd'hui  i  5oo.  Les  Chinois  sont 
plus  nombreui  et  disposent  d'un  cil'eclif  de  4  ooo  liomnies  au 
moins.  Les  uns  et  les  autres,  presque  aussitôt  après  leur  déliar- 
qucincnt,  ont  marché  séparément  sur  la  capitale.  Mais  les  portes 
(le  la  ville  se  sont  fermées  pour  les  premiers,  tandis  (|u 'aucun 
olislacle  n'a  été  opposé  aux  Iroupcis  de  Li  lloung-tcbang,  <|ui  ont 
pu  j  pénétrer  cl  s'y  établir  sans  encombre,  Les  Japonais  campent 
sous  les  murs  de  la  place  et  parlementent  pour  être  é^'iiiement 
.idniis  dans  l'intérieur  de  la  ville.  Mais  il  ne  semble  pas  qu'on 
soit  disposé  à  les  y  recevoir,  et,  s'ils  voulaient  diriger  contre  les 
Coréens  une  attaque  en  ri'glc,  il  serait  bien  dillicllc  que  les  Chi* 
nois  ne  fussent  pas  entraînés  dans  un  conllil  qui  rendrait  la 
guerre  inévitable  entre  les  deux  Empires'. 

Néanmoins,  Uanabousa  obtint  pleine  satisfaction  : 

Le  Ministre  du  Mikado,  escorté  de  5oo  lioinme.s.  a  enlin  été 
admis  à  pénétrer  (bn.s  la  ville  ;  on  lui  a  iiiénie  fait  lion  accueil 

I .  lettre  de  M.  Botiréc.  su  Minisirc  des  AITaîrcï  flranf^vrc^^.  Pi:-Kîiig, 
i  septembre  i88i. 


586  ANNÉES  i883  ET  i884 

et,  après  des  pourparlers  qui  n'ont  donné  lieu  à  aucun  incident 
nouveau,  il  a  été  convenu  : 

1®  Que  le  Gouvernement  Coréen  punirait  sévèrement  les  prin- 
cipaux auteurs  de  Tattaque  armée  dirigée  contre  la  Légation  du 
Japon  et  exprimerait  officiellement  au  Gouvernement  du  Mikado 
son  profond  regret  de  tout  ce  qui  s'était  passé  ;  qu'en  outre  les 
plus  grandes  précautions  seraient  prises  à  l'avenir  pour  prévenir 
le  retour  de  faits  semblables  et  que,  à  cet  effet,  les  placards  et 
pamphlets  hostiles  aux  étrangers  seraient  détruits  dans  tout-c 
l'étendue  du  royaume. 

2°  Qu'une  somme  de  5oo  ooo  taêls  (3  5oo  ooo  fr.  environ) 
serait  remise  au  Gouvernement  japonais  pour  l'indemniser  des 
dépenses  nécessitées  par  la  dernière  expédition  et  que  5oooo  taëls 
(35o  ooo  francs)  seront  distribués  aux  parents  des  victimes  de 
l'insurrection. 

3°  Que  deux  ou  trois  nouveaux  ports  seront  ouverts  sur  la 
c6le  occidentale  aux  Japonais  et  que  toute  liberté  sera  laissée 
au  Représentant  du  Mikado  à  Séoul  pour  se  transporter  de  sa 
personne  dans  les  districts  de  l'Intérieur  où  bon  lui  semblera. 

4°  Que  la  juridiction  des  Consulsjaponais  sur  leurs  nationaux, 
s'étendra  au-delà  des  ports  dans  un  rayon  de  5o  li  (environ 
5  lieues). 

5®  Enfin,  il  est  entendu  que  l'escorte  de  5oo  hommes  qui  a 
accompagné  M.  Hanabousa  à  Séoul  restera  cantonnée  dans  lepavs 
jusqu'à  ce  que  la  tranquillité  y  soit  complètement  rétablie  et  que 
le  Représentant  du  Mikado  et  sa  suite  n'aient  plus  à  craindre  le 
renouvellement  des  sanglants  désordres  qui  ont,  en  dernier  lieu, 
nécessité  leur  retraite  précipitée  *. 

Quand  le  ministre  japonais  fut  parti,  Ma  Kien-tcliong ', 
dans  un  festin  auquel  il  convia  le  roi  et  le  Régent',  grand 
prince  de  Heung  syen,  père  du  roi,  déclara  à  ce  dernier 
qu^il  avait  Tordre  de  rarrêter  et  de  Tcxpédier  à  Pé-King  pour 
y  être  mis  en  jugement.  Li  Kan-ying,  le  Régent  ou  Taï 
Wen  Koun  (Ta  Youen  Kiun)  interné  à  Pao-ting,  dans  le 

I.  Lettre  de  M.  Bouréo,  au  Ministre  des  AfTaires  étrangères,  Pé-King, 
19  septembre  1883. 

a.  II  fut  dénoncé  on  février  i883,  par  Tchang  Pei-loun,  alors  censeur. 
3.  Appelé  par  les  Chinois  Li  Kan-ying. 


TTT 


RÉVOLUTION    DE     l884  087 

Tché-li,  n'obtint  Tautorisation  de  rentrer  dans  son  pays 
qu'en  septembre  i885  '  ;  il  fut  donc  étranger  à  la  révolution 
de  1884. 


OUVERTURE    DES    PORTS 

Jen-tchouan  ou  Tche-moul-po,  à  l'entrée  de  la  Rivière  Sa- 
lée, Tune  des  bouches  du  Han-Kang,  fut  ouvert  au  commerce 
japonais  le  i®*"  janvier  i883,  et  étranger,  le  1 6  juin  la  même 
année;  Youen-san  ou  Gen-san,  dans  la  baie  de  Broughton, 
au  N.-E.  de  la  Corée,  fut  ouvert  au  commerce  japonais  le 
i*^'  mai  1880,  par  suite  de  la  convention  du  3o  août  1879, 
et  étranger,  en  novembre  i883;  Fou-san  ou  Pou-san,  au 
S.-E.,  fut  ouvert  en  1876  aux  Japonais  et  aux  autres  étran- 
gei*s  en  i883.  AlU  mois  de  juillet  i883,  les  douanes  impé- 
riales maritimes  chinoises  établirent  des  bureaux  dans  ces 
ports,  mais  elles  ne  commencèrent  qu'en  i885  la  publica- 
tion de  leurs  statistiques. 

Les  deux  premiers  agents  anglais  en  Corée  entrèrent  en 
fonctions  le  28  avril  i884  :  MM.  W.  G.  Aston*,  le  japonisant 
bien  connu,  consul  général,  et  W.  R.  Caries^,  vice-consul  à 
Tche-moul-po. 


1.  Il  quitta  Tien-Tsin,  le  27  septembre,  sur  un  navire  de  guerre  chi- 
nois. 

2.  Aston,  William-George,  élève  interprète  au  Japon,  16  aoùti86/i; 
3^  assistant,  11  mai  1869;  ^*^  assistant,  8  juillet  1869;  interprète  et  tra- 
ducteur de  la  légation  à  Yedo,  6  octobre  1870  ;  secrétaire  japonais  ;  consul 
à  Hiogo  ;  consul  général  en  Corée,  17  mars  i884  ;  prit  sa  retraite  comme 
2«  secrétaire  de  légation,  le  i*''"  juin  1889. 

3.  Caries,  William- Richard,  élève  interprète  on  Chine,  3 1  décembre 
1867;  3«  assistant,  7  décembre  1872  ;  2«  assistant,  2/1  juin  1876  ;  i*""" 
assistant,  i*""  avril  1878  ;  faisant  fonctions  de  secrétaire  chinoise  Pé-King, 
en  1877  et  i883;  vice-consul  à  Chang-Haï,  Pagoda  Anchorage,  enBn  en 
Corée,  17  mars  i885  ;  après  différents  postes,  il  a  été  nommé  consul 
pour  Tien-Tsin  et  Pé-King,  le  i3  mai  1899. 


588  ANNÉES  i883  ET  i884 

RÉVOLUTION    DE     l884 

A  la  suite  de  la  révolution  de  1882,  des  troupes  chinoises 
et  japonaises  tenaient  garnison  à  Séoul.  Ce  voisinage  entre 
soldats  de  nations  rivales  devait  forcément  amener  des  rixes 
qui  pouvaient  un  jour  dégénérer  en  révolution  :  c'est  ce  qui 
arriva. 

Le  mercredi  f\  décembre  i884,  pour  célébrer  l'inaugura- 
tion du  service  de  la  poste  d'Intchyen.à  Séoul,  un  grand 
banquet  fut  donné  à  riiôtel  des  Postes  par  le  directeur  gé- 
néral des  postes  de  Corée,  Houng,  auquel  furent  invités  les 
fonctionnaires  européens,  parmi  lesquels  se  trouvaient  le 
ministre  des  Etats-Unis,  le  général  Foote,  le  consul  général 
d'Angleterre,  M.  Aston,  M.  P.  G.  von  MoUendorff,  etc., 
mais  aucun  Chinois.  Un  incendie,  allumé  sans  doute  par  la 
malveillance  ou  plutôt  par  des  conspirateurs,  éclata,  à  la  fin 
du  repas,  vers  dix  heures,  dans  une  maison  voisine.  Le  gé- 
néral Min-yang-i-ki  se  précipita  au  dehors  pour  donner  des 
ordres,  mais  il  fut  immédiatement  assailli  à  coups  de  sabre, 
reçut  sept  blessures  et  tomba  dans  les  bras  de  M.  von  Môllen- 
dorfl',  accouru  à  son  secours.  Les  quatre  meneurs,  Palk- 
keum-moun-youi,  Kim-ok-kyoum,  Saye-koum-pou,  Hong- 
yeng-syetri  se  rendirent  au  palais,  effrayèrent  le  roi,  qui  se 
sauva  sous  Tescorte  de  soldats  japonais,  mais  le  5,  à  10  heures 
du  matin,  sept  ministres  ou  fonctionnaires,  Min-tai-ho,  Min- 
yeng-mouk,  Tjyo-yeng,  Mi-tjyo-yeng-i,  Hang-kiou-ljyk, 
Youn-t'ai-ou-an-i  et  You-tji-ta  furent  massacrés  par  douze 
étudiants  coréens  déguisés  en  Japonais,  et  un  nouveau  gou- 
vernement fut  formé  avec  Kim-ok-kyoum,  ancien  ministre 
de  Corée  à  Tokio,  à  sa  tête. 

Le  général  chinois  Youen  Che-kai,  commandant  la  gar- 
nison chinoise,  qui  se  présenta  au  palais  pour  protéger  le 
roi,  le   trou\ant  occupé  par  le  ministre  japonais  Takezoyé 


-,     -~^^.  .1-- 


•^«^ 


RÉVOLUTION    DE    l884  689 

et  ses  soldats,  ouvrit  le  feu  sur  eux  ;  une  bagarre  s'en- 
suivit, la  populace  s'en  mêla  ;  la  maison  de  Kim  ok- 
kyoum,  la  légation  du  Japon  furent  incendiées  et  les  soldats 
du  Mikado  se  retirèrent  avec  leur  ministre  à  Tchemoulpo, 
où  ils  arrivèrent  le  8.  Ils  y  trouvèrent  le  ChiLose  Maru, 
sur  lequel  ils  embarquèrent  environ  25o  femmes  et  ma- 
lades japonais  qu'ils  renvoyèrent  au  Japon  où  ils  arri- 
vèrent le  i3.  Aussitôt  que  le  gouvernement  du  Mikado  apprit 
les  événements  de  Séoul,  des  navires  de  guerre  furent  en- 
voyés sur  la  côte  de  Corée.  Il  semble  bien  que  les  Japonais 
avaient  fomenté  les  troubles  qui  tournèrent  à  leur  désavan- 
tage, et  au  grand  profit  des  Chinois  dont  ils  avaient  voulu 
se  débarrasser. 

De  leur  côté,  les  Chinois,  occupés  avec  les  aflaires  du 
Ïong-King,  désiraient  un  accommodement  avec  le  Japon 
et  Li  Houng-tchang  fut  chargé  de  rétablir  l'ordre  en  Corée. 
Peut-être  aurions-nous  pu  profiter  de  la  situation  et  nous 
entendre  avec  le  Japon,  si  celui-ci,  à  la  suite  de  nos  efforts 
infructueux  à  Formose,  n'avait  été  convaincu  de  notre  fai- 
blesse. 

Les  Japonais  obtinrent  d'ailleurs  prompte  satisfaction  et  le 
9  janvier  i885  (2/)''  jour,  ii'^  mois,  /igS®  année  depuis  la 
fondation  de  la  Corée;  9"  jour,  i^"^  mois,  18"  année  de 
Meidji),  un  traité  en  cinq  articles  fut  signé  en  japonais  et 
en  chinois  à  Séoul  par  le  comte  Inouyé  Kaoru,  haut  com- 
missaire du  Japon  et  Kym  Holng-Jip,  Haut  Commissaire  de 
Corée,  qui  stipulait  le  paiement  d'une  indemnité,  la  puni- 
tion des  coupables  et  la  reconstruction  de  la  légation  japo- 
naise. 

TRAITÉ    CORÉEN-JAPONAIS,    9    JANVIER    l885 

I.  —  La  Corée  fera  des  excuser  au  Japon. 

II.  —  La  Corée  paiera  cent  dix  iiiille  je/ion  guise  dédommages 


Sgo  ANNÉES  i883  et  i88^ 


^  et  intérêts  aux  parents  des  sujets  Japonais  qui  ont  été  tués  ou 

[  blessés  dans  les  troubles  récents  et  d*indeninité  aux  marchands 

j  japonais  dont  la  marchandise  a  été  détériorée  ou  pillée  à  la  même 

t  éjx)que. 

\  111.  —  Les  émeutiers  compromis  dans  l'assassinat  du  Capî- 

^  taine  Isobayasui  seront  arrêtés  et  condamnés  aux  châtiments  que 

comporte  leur  crime. 

IV^.  —  La  Légation  Japonaise  sera  reconstruite,  la  Corée  four- 
nissant un  emplacement  et  des  matériaux  pour  cette  construction 
et  un  Consulat,  et  déplus  déboursant  une  somme  de  vingt  mille 
yen  pour  défrayer  les  dépenses  de  ces  travaux. 

V.  —  Une  caserne  pour  la  garde  militaire  japonaise  sera  élevée 
sur  le  terrain  adjacent  à  la  Légation  et  d*accord  avec  les  condi- 
tions de  l'Article  5  du  Traité  Supplémentaire  de  1882. 


APPENDICE 

Les  sommes  stipulées  dans  les  Articles  II  et  IV  seront  comptées 
en  espèces  d'argent  japonais  et  devront  être  payées  sans  faute,  à 
Jen-tchouan,  dans  les  trois  mois. 

Le  châtiment  des  émeutiers  marqué  dans  l'Article  lïl  devra 
être  exécuté  dans  les  vingt  jours  à  partir  de  la  date  de  la  signa- 
ture de  cette  Convention. 

Ce  traité  eut  pour  conséquence  la  signature  d*une  conven- 
tion en  avril  i885  entre  la  Chine  et  le  Japon  dans  le  but  de 
régler  les  relations  des  deux  puissances  avec  la  Corée.  Le 
comte  Ito  était  arrivé  le  i4  mars  à  Tien-ïsin  où  l'attendait 
Tamiral  Enomoto,  pour  conduire  les  négociations. 


CHAPITRE  XXVIII 
LÉGAT  OU  NONCE,  A  PÉ-K1N6  7  1885-1886 

LÉGAT 

Voyant  les  diBBcullés  entre  la  France  et  la  Chine  se  pro- 
longer et  craignant  pour  la  sécurité  des  missions  catholiques 
privées  de  leur  protecteur,  le  Pape  crut  utile  d'adresser  à 
l'Empereur  chinois  une  lettre  pour  demander  son  bien- 
veillant appui  en  faveur  des  prêtres  catholiques  évangélisant 
dans  son  pays.  Le  texte  latin  de  cette  lettre,  dont  nous  don- 
nons la  traduction  française,  fut  communiqué  dès  le  mois 
de  février  i885,  par  le  secrétaire  de  la  Propagande,  de  la 
part  de  Sa  Sainteté,  à  M.  Ed.  Lefebvre  de  Béhaine,  notre 
ambassadeur  près  du  Saint-Siège.  Le  préfet  de  la  Propa- 
gande* remit  le  texte  latin  à  notre  ambassadeur,  le  26  février. 
On  fit  choix  pour  porter  cette  lettre  du  P.  Giulanelli, 
désigné  pour  administrer  une  nouvelle  mission  au  Chen-Si  : 

LETTRE  DU  SAlNT-PERE 

A  l'illustre  et  très  puissant  Empereur  des  deux  Tartaries  et 
des  Chinois. 

Très  Grand  Empereur, 
La  guerre  qui  a  éclaté  dernièrement  dans  certaines  régions  de 

I.  Le  cardinal  Jean  Simeoni,  successeur  du  cardinal  Franchi  et  prédé- 
cesseur du  cardinal  Miccslas  Lcdochowski,  a  été  préfet  de  la  Propagande 
de  1878  à  1893.  —  Le  secrétaire  était  Ml?""  (Cardinal)  Dominique  Marie 
Jacobini,  archev(*que  de  Tjr,  de  188a  à  1891  ;  né  à  Rome,  3  sept.  1887  ; 
cardinal,  22  juin  1896. 


I 


692  LÉGAT    OU    NONCE 

Voire  Empire  Nous  presse  de  faire  tous  nos  efforts  pour  gagner 
Votre  Bienveillance  et  Votre  Clémence»  afin  qu'il  ne  résulte  de 
ces  luttes  guerrières»  aucun  dommage  pour  la  religion  catholique. 
En  cela»  Nous  accomplissons  un  légitime  devoir,  puisqu'il  Nous 
appartient  de  protéger,  autant  que  nous  le  pouvons  et  en  tout 
lieu,  le  catholicisme.  Nous  suivons  l'exemple  de  Nos  prédéces- 
seurs, qui,  plus  d'une  fois,  ont  imploré  les  puissants  Princes,  Vos 
ancêtres,  en  faveur  des  missionnaires  d'Europe  et  du  peuple 
chrétien. 

Ce  qui  Nous  inspire  un  grand  espoir,  c'est  que  vous  avez 
donné,  en  ce  teiiq)s  même,  plusieurs  témoignages  de  Votre  bon 
>ouloir  à  l'égard  des  chrétiens;  Nous  avons  su,  en  effet,  qu'au 
début  de  la  guerre.  Votre  autorité  a  décrété  que  les  chréli(*iis 
de\ aient  être  respectés,  et  qu'on  ne  fît  aucun  mal,  même  aux 
missionnaires  de  la  nation  française. 

11  n'est  personne  qui,  en  cela,  grand  Prince,  n'ait  reconnu 
Votre  équité  et  Votre  humanité,  d'autant  plus  que  tous  les 
prêtres,  habitant  Votre  florissant  empire  pour  y  prêcher  l'Evan- 
gile, sont  envoyés  par  les  Pontifes  Romains,  de  qui  ils  tiennent 
leurs  charges,  leur  mandat  et  toute  leur  autorité.  Ils  ne  sont  pas 
recrutés  dans  une  seule  nation;  on  en  compte  aujourd'hui  un 
grand  nombre  de  l'Italie,  de  la  Belgique,  de  la  Hollande,  de 
l'Espagne,  de  l'Allemagne,  qui  habitent  dix  provinces  de  \  olre 
vaste  domination.  Les  prêtres,  tant  delà  Compagnie  de  Jésus 
que  de  la  Congrégation  des  Missions,  qui  travaillent  en  d'autres 
provinces,  \iennent  de  nations  très  di\erses.  Et  cela  est  pleine- 
ment d'accord  avec  la  nature  de  la  religion  chrétienne  qui  n'est 
pas  faite  pour  un  seul  peuple,  mais  pour  tous,  qui  unit  tous  les 
hommes  par  des  liens  fraternels,  sans  aucune  distinction  de  pays 
ni  de  race. 

L'œu\rede  ceux  qui  travaillent  au  nom  de  l'Évangile  est  très 
salutaire,  même  aux  choses  publiques.  Ils  doivent  s'abstenir  des 
affaires  [Kilitiques,  el  se  donner  tout  entiers  à  la  propagation  et 
à  la  sau\egarde  de  la  doctrine  de  Jésus-Christ.  Or  les  principaux 
préceptes  de  la  religion  chrétienne  sont  :  craindre  Dieu,  conser- 
ver en  toute  chose  entièrement  et  inviolablement  la  justice»  d'où 
cette  conséquence  ((u'il  faut  se  soumettre  aux  magistrats,  hono- 
rer le  roi  non  seulement  par  crainte  de  sa  colère,  mais  surtout 
par  conscience.  Bien  certes  n'est  plus  propre  que  ces  >ertus  à 
tenir  la  multitude  dans  le  de\oir  et  à  conserver  la  sétuirité 
publique. 


LETTRE    DU    SAINT-PÈRE  698 

A  la  vérité,  les  prêtres  catholiques  venus  d'Europe,  qui,  depuis 
quelques  siècles  déjà,  exercent  les  fonctions  apostoliques  dans  le 
puissant  empire  chinois,  loin  d'avoir  apporté  aucune  gène  à  la 
puissance  publique  et  aux  aflaires  civiles,  ont,  au  contraire,  de 
l'aveu  de  tous,  rendu  de  grands  services.  Ils  y  sont  arrivés  d'abord 
par  la  propagation  de  la  discipline  morale  du  christianisme, 
ensuite  par  la  diffusion  des  lettres  et  des  autres  arts,  qui  consti- 
tuent la  civilisation.  Puisque  la  même  pensée,  la  même  intention 
animent  ceux  qui  instruisent  à  présent  les  Chinois  dans  la  doc- 
trine chrétienne.  Vous  ne  pouvez  douter  de  les  trouver  toujours, 
avec  même  volonté  et  fidélité,  soumis  à  Votre  nom  et  à  Votre 
Majesté. 

Pour  Nous,  puissant  Empereur,  Nous  Vous  exprimons  et 
témoignons  la  plus  grande  reconnaissance  à  cause  des  preuves  de 
bienveillance  que  Vous  leur  avez  données  ;  et,  en  même  temps, 
au  nom  de  cette  clémence  qui  Vous  distingue,  Nous  Vous  adju- 
rons vivement,  dans  les  circonstances  présentes,  de  les  couvrir 
de  Votre  bienveillance,  de  les  prendre  sous  Votre  haute  protec- 
tion, afin  qu'ils  ne  souffrent  aucun  dommage,  et  qu'ils  jouissent, 
par  Votre  faveur,  de  la  pleine  liberté  de  leur  ministère. 

En  attendant.  Nous  supplions  Dieu,  maître  du  ciel  et  de  la 
torre,  afin  qu'il  vous  accorde  sans  cesse,  très  illustre  Prince, 
l'abondance  des  grâces  de  sa  bonté. 

Donné  à  Rome,  près  Saint-Pierre,  le  i'*'"  février  i885,  la 
sixième  année  de  Notre  Pontificat  K 

L'abbé  Giulanelli  reçut  de  la  chancellerie  pontificale 
l'ordre  formel  de  se  concerter  exclusivement  avec  M'^'"  Ta- 
gliabue,  évêque  de  Pé-King,  pour  faire  parvenir  à  TEm- 
pereur  de  la  Chine  la  lettre  du  Pape. 

L'abbé  Giulanelli  arrivait  à  Ghang-Haï  dans  le  courant 
de  mars. 

«  A  Tien-Tsin,  écrit  M.  Patenôtre^,  l'abbé  Giulanelli  s'est 
adressé  à  notre  Consul  pour  obtenir  un  passe-port.  11  lui  annonça 
qu'il  se  rendait  dans  le  Chcn-Si  en  passant  par  Pé-King  et  ne 

1.  Missions  catholiques,  i885,  p.  157-8. 

a.  Lettre  au  Ministre  des  Affaires  étrangères,  M.  de  Freycinet,  Tien- 
Tsin,  39  avril  i885. 

CORDIER.  Il   —   38 


"^' 


594  LÉGAT    OU    NONCE,    A    PÉ-KING 

fit  aucune  allusion  à  la  lettre  qu'il  était  chargé  de  faire  parvenir 
à  l'Empereur  de  Chine.  Je  ne  fus  avisé  de  sa  démarche  que  lors- 
qu'elle-était  déjà  un  fait  accompli.  Vous  trouverez  ci-joint  copie 
de  la  lettre  très  laconique  et  assez  embarrassée  que  Tévèque  de 
Pé-King  m'a  adressée  à  cette  occasion.  M*'  Tagliabue  s'y  excuse 
de  n'avoir  pu  me  prévenir  plus  tôt  et  se  borne  à  m'annonccr 
que  M.  Giulanelli  vient  de  s'acquitter  de  sa  mission,  laquelle 
aurait  été  selon  lui  de  pure  courtoisie.  » 

Voici  la  lettre  de  M*^  Tagliabue  à  notre  ministre  : 

Pé-King,  le  8  AvtU  i885. 

J'ai  l'honneur  de  porter  à  votre  connaissance  une  chose  que, 
peut-être,  vous  aurez  déjà  soupçonnée,  mais  sans  la  connaître  dans 
toute  sa  vérité. 

Vient  de  nous  arriver  à  Pé-King  un  missionnaire  italien 
chargé  par  le  Souverain  Pontife  de  remettre  à  l'Empereur  de 
Chine  et  à  ses  Ministres  une  lettre  de  remercîment  pour  la  pro- 
tection qu'il  accorde  aux  Missionnaires  et  le  prier  de  la  continuer. 

C'est  une  lettre  de  pure  courtoisie  où  il  n'entre  pas  un  mol 
de  politique. 

L'envoyé  a  obtenu  une  audience  du  Tsoung-li  Yamen,  a  pré- 
senté sa  lettre  et  s'en  retourne. 

Je  n'ai  pu  vous  le  mander  plus  tôt  parce  que  je  n'avais  pas  la 
ressource  du  télégraphe,  qui  nous  était  interdit  ;  dès  lors,  j'ai 
préféré  tarder  de  deux  jours  et  vous  dire  l'alTaire  aussitôt  qu'elle 
serait  claire,  plutôt  que  de  vous  donner  une  nouvelle  insigni- 
fiante et  incomplète. 

Je  viens  d'apprendre  que  la  paix  est  signée  entre  la  France  el 
la  Chine. 

Veuillez,  etc, 

Sig.  :  -j-  F.  Tagliabue, 
Év.  de  Pompéiopolis,  Vie.  ap.  de  Pé-King. 

La  conduite  de  l'abbé  Giulanelli  paraît  avoir  été  très  cor- 
recte, si  l'on  doit  croire,  et  il  y  a  tout  lieu  de  le  faire,  la 
note  suivante  d'un  missionnaire  *  : 

i.   29  avril  i885. 


595 

I  "  Un  des  pr»nicra  devoirs  à  nous  tous  missionnaires,  est  celui 
que  nous  impose  la  reconnaissance  (lue  à  la  France  ;  la  France, 
(jui  a  si  longtemps  protégé  les  missionnaires  et  les  Chrétiens  de 
Chine,  a  certainement  le  droit  de  nous  demander  d'apporter  tout 
notre  bon  vouloir  pour  l'aider  dans  sa  tâche  souvent  bien  dilli- 
cite. 

a"  Quelle  était  la  mission  du  R.  P.  Giulanelli  ?  Le  Rév.  PJre 
n'avait  aucun  titre  spécial,  et,  par  conséquent,  la  lettre  qu'il 
cUit  chargé  de  remettre,  n'avait  rien  d'officiel.  Il  n'avait  nulle- 
ment le  titre  de  Légal  même  pour  cette  aiïaire  ;  au  moment  de 
partir  pour  son  vicariat  de  Chine  (Chcn-Si),  il  est  allé  voir  le 
St-Pcre,  qui  a  saisi  cette  bonne  occasion  pour  envoyer  une  lettre 
privée,  de  politesse,  qu'il  avait  préparée  depuis  longteni)»,  pour 
l'Empereur  de  la  Chine. 

3°  But  de  la  lettre  :  le  but  de  la  lettre  était  de  dire  quelques 
paroles  aimables  au  Souverain,  de  prévenir  par  cet  acte  de  cour- 
toisie des  dangers  qu'une  guerre  prolongée  pouvait  Faire  naître, 
de  féliciter  l'Empereur  d'avoir  compris  que  les  Missionnaires  et 
les  Chrétiens  restent  en  dehors  des  agitations  politiques  et  d'avoir 
fait  un  édit  qui  leur  promettait  ta  tranquillité.  Le  R.  Père  a 
déclaré  k  plusieurs  reprises  que  la  démarche  du  Souvi'rain  Pon- 
tife n'avait  aucun  but  politique,  ni  surtout  aucune  arrière-pen- 
sée contre  le  Protectorat.  La  lettre  ne  promettait  rien,  n'olTrait 
rien,  ne  demandait  rien.  La  lettre  a  été  reçue,  on  peut  mému 
dire  bien  reçue,  mais  reçue  par  te  Tsoung-li  Yamen,  qui  dit 
l'avoir  présentée  à  l'Empereur  ;  le  Tsoung-li  Yamcn  a  ré|>ondu 
par  une  autre  lettre  qu'il  dit  avoir  donnée  sur  l'ordre  de  l'Eni- 
[lereur. 

4"  Qui  a  demandé  l'audience?  Pour  l'introduire,  il  était 
impossible  de  s'adresser  a  laFrnnce.qui  malheureusement  n'était 
pas  là.  Le  Père  a  déclaré  tout  d'abord  et,  dès  son  arrivc'e  à  Pé- 
King.  que  ta  France,  n'étant  pour  le  moment  pas  représentée  à 
Pé-King.  il  n'emploierait  à  aucun  prix  l'intermédiaire  d'une 
Légation  Etrangère.  M''  Tagliabue  ne  l'a  pas  introduit  ;  l'eùt-il 
voulu  essayer  qu'il  n'aurait  pu  réussir.  Au  i  "  jour  de  l'an  chi- 
nois, il  avait  vu  sa  lettre  revenir  sans  réponse  et  l'audience  de 
bonne  année  lui  avait  été  refusée.  Il  fallait  donc  nécessairement 
lToit\er  an  fonctionnaire  chinois  abordable  au  Rév.  Père  (îiula- 
nelli  et  capable  d'obtenir  l'audience.  Ce  n'était  pas  chose  facile. 
Après  bien  des  réflexions  et  des  recherches  inutiles,  le  nom  de 
M.  Hart  a  été  prononcé.  Le  P.  Giulanelli  ne  voyant  dans  fins- 


5q6  légat    ou    liOTiCE,    A    PÉ-KIKG 

pecteur  des  Douanes  qu'un  agent  des  Chinois,  a  voulu  le  prier  de 
demander  Taudience.  M.  Hart  a,  en  efTet,  demandé  et  obtenu 
Taudiencc.  Ici,  Monsieur  le  Consul,  je  crois  qu'il  est  bon  d'ob- 
server confidentiellement  :  i°  Que  le  Père  ne  s'est  adressé  à  M.  Hart 
que  parce  qu'il  était  à  bout  d'autres  moyens  et  qu'en  l'absence 
de  la  Légation  de  France,  il  ne  voulait  à  aucun  prix  s'adressera 
une  légation  Étrangère  ;  a*  qu'il  ne  regardait  en  M.  Hart  que  le 
fonctionnaire  chinois  et  nullement  politique,  qui,  comme  vous  le 
savez  très  bien,  a  donné  depuis  plusieurs  années,  par  ses  conseils, 
etc.,  tant  de  preuves  de  son  mauvais  vouloir,  chaque  fois  qu'il 
s'agissait  de  la  France  ou  delà  Religion;  3°  que  M.  Hart  a  pure- 
ment et  simplement  demandé  l'audience  et  n'y  a  nullement 
assisté.  On  ne  s'est  donc  adressé  à  lui  que  comme  à  un  porte-voix 
et  pas  autrement.  Il  ne  savait  même  pas  qu'on  y  remettrait  une 
lettre  du  St-Père  à  l'Empereur  de  la  Chine.  Cette  lettre  très 
secrète  n'a  été  présentée  qu'à  la  fin  de  l'audience,  à  laquelle 
n'assistaient  que  le  P.  Giulanclli  et  son  interprète,  missionnaire 
italien  comme  lui  ;  au  sujet  de  cette  lettre,  un  missionnaire  do 
Pé-King  ajoute  :  Je  sais  pertinemment  qu'ils  se  sont  contentés 
de  remettre  la  lettre  sans  parler  d'autres  choses,  ce  que  le  R.  P. 
Giulanelli  n'aurait  du  reste  pu  faire,  le  St-Père  ne  lui  ayant 
donné  aucun  titre  officiel. 

On  peut  toutefois  regretter  que  M*""  Tagliabue  n'ait  pas 
cru  devoir  s'adresser  au  ministre  de  Russie,  puisque  celui-ci 
était  officiellement  chargé  du  protectorat  des  Missions,  et 
que  M.  Popov  avait  déployé  le  plus  grand  zèle  en  faveur  de 
la  clientèle  catholique  dont  il  avait  assumé  le  patronage  pen- 
dant nos  difficultés. 

L'abbé  Giulanelli,  avec  l'interprète  italien,  un  mission- 
naire lazariste,  prêté  par  M^*"  Tagliabue,  fut  reçu  seul 
le  8  avril  par  le  Tsoung-li  Yamen  qui,  deux  jours  après,  lui 
fit  remettre  la  lettre  suivante  : 

LETTRE  DU  TSOUNG-LI   YAMEX 

Les  princes  et  grands  ministres  du  Conseil  des  alTaires  des 
royaumes  étrangers,  par  l'autorité  de  la  grande  (dynastie)  ïa- 
Ta'ing,  envoient  une  lettre  officielle. 


?iOî«iCE    A    PÉ-KING  ? 


^91 

Au  légat  de  la  Grande  Rome,  Giulaiielli,  pour  être  ouverte  en 
sa  présence. 

Notification 

Les  princes  et  grands  ministres  du  Conseil  des  aflaires  des 
royaumes  étrangers,  par  l'autorité  de  la  grande  (dynastie),  Ta- 
Ts*ing,  notifient  :  le  vingt-troisième  jour  de  la  deuxième  lune 
(8  avril  i885),  l'illustrissime  légat  étant  venu  en  notre  palais  et 
en  notre  présence  ayant  remis  les  lettres  royales 

Du  Souverain  Pontife  Romain 

Ledit  Conseil,  le  vingt-cinquième  jour  de  la  deuxième  lune 
(lo  avril),  les  a  de  son  côté  présentées 

Au  Grand  Empereur 

Qui  a  déclaré  les  avoir  lues  avec  beaucoup  de  plaisir  et  de 
consolation. 

En  conséquence,  il  a  ordonné  à  nous,  grands  ministres,  de  faire 
savoir  à  l'illustrissime  Légat,  que  lorsqu'il  sera  de  retour  en  son 
royaume,  il  offre  des  félicitations 

Au  Souverain  Pontife. 

Cette  notification  doit  être  portée  à  l'illustrissime  Légat,  à  qui 
elle  est  adressée,  afin  qu'il  soit  parfaitement  au  courant  de  ce  qui 
a  été  fait. 

La  déclaration  ci -dessus  a  été  donnée  au  Légat  Giulanelli  de 
la  Grande  Rome,  la  onzième  année  du  règne  de  Kouang-Siu,  le 
vingt-cinquième  jour  de  la  deuxième  lune  (lo  avril  i885)*. 

Le  P.  François  Giulanelli  fut  reçu  en  audience  particulière 
le  25  juin  par  le  Saint-Père,  auquel  il  remit  la  réponse  de 
la  Chine.  Sa  mission  était  terminée. 


NONCE  A  PE-KING  y 

Si  la  mission  Giulanelli  n'eut  pas,  par  elle-même,  une 
grande  importance,  elle  eut  pour  résultat  d'inspirer  au 
Tsoung-li-Yamen  et  à  Li  Houng-tchang,  le  désir  d'abo- 
lir le  protectorat  que  la  France  exerçait  jusqu'alors  sur 
l'ensemble   des    Missions  Catholiques,  sans    distinction  de 


I.  Misbions  catholiques^  i885,  p.  3i6. 


598  LÉGAT    OU    NONCE,    A    PÉ-KIXG 

nationalités,  établies  dans  l'Empire,  de  nommer  un  ministre 
plénipotentiaire    à    Rome   et  de   demander  au   Saint-Siège 
d'accréditer  un  Nonce  ou  un  Légat  à  Pé-King. 
Un  missionnaire  écrit  *  : 

1°  Le  Tsoung-li  Yamcn  a  consulté  à  ce  sujet  le  Vice-Roi 
Li  Houng-tchang  ;  dans  sa  réponse,  les  idées  de  S.  Exe.  Li  sont 
tout  à  fait  conformes  à  celles  du  Gouvernement  Central. 

3°  Le  Vice-Roi  Li  a  de  môme  été  consulté  par  son  Gouverne- 
ment à  Tefiet  de  savoir  s'il  serait  à  propos  d'accréditer  par  lettres 
spéciales  adressées  au  Pape,  le  Ministre  chinois,  M.  Siu.  Celui-ci 
ouvrirait  directement  et  sans  autre  intermédiaire  les  relations 
diplomatiques  avec  le  St^-Siège  et  proposerait  au  Pape  de  nom- 
mer de  son  côté  un  nonce  à  Pé-King  pour  traiter  les  questions 
des  missions  catholiques.  La  réponse  du  Vice-Roi  a  de  même  été 
aflirmative. 

3°  Le  Vice-Roi  a  reçu  l'ordre  d'examiner  tous  les  détails  de 
l'a  flaire  et  d'en  faire  un  Rapport  :  d'agir  dans  cette  a  flaire  très 
secrètement  et  le  plus  rapidement  possible.  Le  Vice-Roi  a  donc 
nommé  un  délégué,  qui  a  sa  complète  confiance  pour  trouver 
toutes  les  informations  nécessaires.  Les  instructions  du  Délégué 
contiennent  un  questionnaire  dont  voici  les  principales  questions 
auxquelles  il  doit  répondre  :  i**  Pourquoi  certains  Gouverne- 
ments européens  envoient  des  ministres  spéciaux  au  Vatican  et 
pourquoi  le  St-Siège  envoie  des  nonces  dans  les  pays  catholiques 
et  dans  certains  Pays  non  catholiques?  —  2°  Quelles  sont  les 
Cours  auxquelles  le  Pape  envoie  un  nonce,  et  quelles  sont  les 
Nations  qui  ont  un  Ministre  auprès  du  St-Siège.  —  3**  Quel  est 
le  nombre  des  Évoques  européens  en  Chine.  A  quelles  nations, 
ils  appartiennent  et  à  quels  ordres  religieux?  Quel  est  le  nombre 
des  sièges  épiscopaux  en  Chine  et  dans  quelles  provinces  résident- 
ils  ?  —  4°  Quel  est  le  nombre  des  missionnaires  européens  en 
Chine?  Le  nombre  des  prêtres  indigènes?  —  5*  Le  nombre  des 
catholiques,  etc.,  etc.  ? 

Il  est  certain  que,  cette  fois-ci.  pour  réussir  dans  leurs  pro- 
jets, ils  n'adopteront  plus  le  moyen  d'un  mémorandum  comme 
en  187 1  *.  Ils  saventqu'il  ne  réussirait  pas.  Non,  cette  fois-ci,  ils 

I.  37  juin  i885. 
3.  Voir  I,  p.  4 16. 


veulent  faire  adopter  leur  manière  de  voir  par  des  p 
gùnéreuses  et  par  de  bonnes  et  doucereuse»  paroles 
croire,  l'Empereur  et  le  Gouvernemenl  sont  dispoi 
cœur  à  protéger  efficacement  la  religion  catholique 
—  i  les  entendre,  ils  n'ont  d'autre  but  en  proposant 
arrangement  que  de  garantir  pour  toujours  la  paix  et 
rite  de  l'église  catholique.  Ils  disent  que  \ê  protectoi 
déplaît  au  Gouvernement  Impérial  parce  que  la  Fram 
et  qu'elle  fait  souvent  tourner,  par  des  vues  puren; 
qiics.  les  questions  religieuses  en  cas  de  guerre.  0 
ministre  spécial  résidant  k  Rome  cl  un  Nonce  à  F 
France  n'aurait  plus  rien  à  j  voir.  La  plus  grande  to 
Mandarins  et  du  peuple  vis-à-vis  des  Chrétiens  en  scn 
tat  immédiat.  On  voit  donc  que  leurs  bonnes  parole 
sont  bien  dilTérentes  du  ton  si  insolent  du  Mcmorandun 
les  belles  promesses  d'aujourd'hui  remplacent  les 
exorbitantes  d'alors.  Le  strict  secret  qu'ils  veulent  ^ 
cette  affaire,  la  rapidité  avec  laquelle  ils  veulent  qu'el 
duite,  leurs  propositions  en  apparence  si  généreuses 
n'est  «jue  pour  mieux  tromper  soit  Rome,  soit  Paris, 
ce  motif  que  je  me  permets  de  vous  communiquer  ce 
lions  certaines. 

Ce  fut  Lî  Houng-tchang  qui  fut  chargé  de  meit' 
pagne,  mais  il  fit  choiit  d'un  agent  singulier,  simp 
(l'alTaires  que  rien  ne  désignait  pour  cette  mission 
John  George  Dunn,  écossais  ou  anglais,  ancien  as: 
maison  David  Rcid  et  G".,  deChang-Haï,  puis  i 
rial  (i883)  de  VEaslern  Extension,  Atistralasta  i 
Teler/rapk  Co.,  Limiled,  auquel  on  remît  les 
suivants  : 


Li  (Li  llung-chang)  His  Impérial  Cbinesc  Maje 
Commissioncr  for  tlic  Northern  Coast  Defcncc.  Minii 
Intendent  of  Trade.  Senior  Guardian  of  tbe  Heir 
Grand  Sccrctarj  of  tbe  Wanllua  Tien.  Vice-Rovoftl 


600  LÉGAT    OU    NONCE,    A    PÉ-RING 

of  Chihli  and  Earl  of  thc  isl  rank  of  the  sub  2  order,  makesthe 
following  communication. 

The  British  Subject,  John  George  Dunn,  is  fully  acquaintod 
with  the  wishes  of  the  Chinesc  Government  with  regard  to  the 
Pch-tang  Catholic  Cathedral  and  Establishment  in  Peking. 

The  wriler  désires  that  ail  to  whom  the  said  J.  G.  Dunn  mav 
addrcss  himself  will  pay  due  regard  to  what  he  may  propose 
for  the  settlement  of  the  question. 

To  the  Superior  of  the  Lazariste  Religions  Society  in  Paris  and 
to  ail  whom  it  may  concern. 

Kwang  Siu,  iith  year,  gth  moon,  3oth  day  (6th  INovembcr 
i885). 

(Seal) 
True  Translation 

Signature  illisible  *. 

Si  la  négociation  de  Dunn  pour  obtenir  le  déplacement 
du  Pé-T'ang  et  pour  établir  des  relations  directes  entre  la 
Chine  et  le  Saint-Siège,  avait  abouti,  le  marquis  Ts'êng 
aurait  été  accrédité  auprès  du  Vatican.  Le  Pape  parait  n'a- 
voir pas  découragé  ces  ouvertures. 

Depuis  longtemps  déjà,  le  Saint-Siège  était  désireux 
d'opérer  une  concentration  des  Missions  Catholiques  en 
Chine,  et  le  27  avril  1879,  le  Pape  approuva  une  résolution 
de  la  Sacrée  Congrégation  de  la  Propagande  partageant  en 
cinq  régions  toutes  les  Missions  de  la  Chine.  On  trouvera 
cette  répartition  dans  le  tableau  des  Missions  Catholiques 
que  nous  donnerons  plus  loin  dans  le  cours  de  cet  ouvrage. 
Imitant  les  missions  protestantes,  les  missionnaires  catho- 
liques pouvaient  ainsi  se  réunir  en  synodes  régionaux.  Ces 
synodes  ne  pouvaient  guère  avoir  d'autres  résultats  que 
d'accentuer  la  résistance  des  évêquesà  la  Légation  de  Franco. 

En  août  1880,  l'ambassadeur  de  la  République  près  le 
Saint-Siège  eut  avec  le  Cardinal  Préfet  de  la  Propagande  un 

1.  Barrister-at-Law,  Law  Secrelary  to  H.  E.  Viceroy  Li,  Tien-Tsin, 
7lh  Novcmber  i885.  Probablcmcnl  Ng  Ghoy. 


«*r 


POUVOIRS    DE    DUNN  6o  I 

enlrelion  au  sujet  du  nouveau  groupement  des  missions 
catholiques  de  Chine;  le  cardinal  Simeoni  déclara  que  les 
mesures  adoptées  par  la  Propagande  avaient  un  caractère 
exclusivement  religieux,  et  que  la  Cour  de  Rome,  loin  de 
chercher  à  s'affranchir  de  notre  Protectorat,  continuait  d'en 
apprécier  tout  le  prix. 

Au  sujet  du  premier  de  ces  synodes,  notre  charge 
d'affaires,  M.  Patenôtre,  écrivait  à  M.  de  Freycinet,  ministre 
des  Affaires  étrangères,  de  Pé-King,  le  27  avril  1880  : 

«  La  nouvelle  mesure,  prise  par  le  St-Siège,  aurait  pour  but 
de  rendre  plus  facile  et  plus  frccjuent  l'échange  de  vues  entre  les 
différentes  missions  de  Chine  et  d'assurer,  sur  le  terrain  religieux, 
l'unité  d'action  entre  tous  les  membres  de  la  Propagande.  En 
rattachant  l'une  à  l'autre  les  Congrégations  qui  avaient  jusqu'ici 
vécu  d'une  vie  distincte,  le  Souverain  Pontife  a  dû  se  proposer 
surtout  d'effacer  les  dissensions  qui,  de  tout  temps,  ont  divisé 
les  communautés  catholiques  dans  l'Extrôme-Orient  et  qui,  sans 
î^lre  aussi  nettement  accusées  aujourd'hui  qu'au  siècle  dernier,  sont 
loin  cependant  d'être  assoupies.  La  création  d'un  certain  nombre 
de  sièges  archi-épiscopaux,  correspondant  aux  grandes  divisions 
ecclésiastiques  (cinq  régions)  semble  devoir  être  —  dans  un  avenir 
plus  ou  moins  lointain  —  la  conséquence  logique  du  système  de 
centralisation  inauguré  en  Chine  par  la  Cour  de  Rome.  L'Eglise 
pourra  trouver  son  compte  à  cette  réorganisation  des  missions  ; 
mais  je  doute  que  la  France,  au  point  de  vue  politique,  ait  lieu 
de  s'en  (cliciter. 

D'autre  part,  depuis  longtemps,  ainsi  qu'en  témoigne  la 
lettre  suivante  de  M.  de  Rochechouart,  adressée  de  Pé-King 
le  i5  mars  1876  au  duc  Dccazes,  certains  vicaires  apos- 
toliques caressaient  l'idée  de  voir  placer  à  la  tête  de  l'Eglise 
de  Chine  un  primat  résident  dans  la  capitale  : 

a  L'cvèque  de  Pé-King  est  venu  dernièrement  m'entrctenir 
confidentiellement  d'une  question  qui  l'intéresse  personnelle- 
ment et  au  sujet  de  laquelle  il  voudrait  que  votre  Déparlement 
prit  une  décision  conforme  à  ses  désirs.  Voici  ce  dont  il  s'agit  : 


6o3  LÉGAT    OU   NONCE,    A    PÉ-KING 

Quelques-uns  des  Évé<|ues  appartenant  aux  Missions  Étrangères 
ont  formé  Je  dessein  d'avoir  un  représentant  permanent  à  Pé-Ring 
qui  puisse  poursuivre  auprès  de  la  Légation  la  conclusion  des 
alTaires  de  leurs  Missions,  et,  au  besoin,  fournir  aux  autorités 
chinoises  les  pièces  ou  renseignements  nécessaires. 

Ce  projet,  si  simple  en  apparence,  est  gros  de  tempêtes  ;  sa 
réalisation  amènerait  bien  vite  des  dissentiments  aussi  violents 
que  ceux  qui  ont  attristé  les  amis  de  l'Église  au  siècle  dernier. 
Les  Missions  Étrangères  n'auraient  pas  plus  tôt  un  représentant 
à  Pé-King,  que  les  Jésuites,  les  Franciscains,  les  Belges,  les  Domi- 
nicains et  la  Mission  de  Milan  voudraient  également  en  avoir  un. 
Au  milieu  de  ce  dédale  d'opinions  et  d'intérêts  opposés,  TÉvéque 
de  Pé-King  ne  serait  plus  chez  lui.  A  chaque  instant,  il  s'élève- 
rait des  conflits.  Chacun  exciperait  des  privilèges  spéciaux  de  sa 
Congrégation,  et  les  choses  cesseraient  absolument  de  marcher. 

M*'  Delaplacc,  en  m'annonçant  ce  projet,  ajouta  que,  ne  pou- 
vant, pour  des  considérations  sacerdotales,  opposer  un  refus  net- 
tement accentué  à  ce  projet,  il  s'était  borné  à  répondre  que 
l'assentiment  du  gouvernement  français  était  indispensable,  mais, 
qu'en  tout  cas,  il  lui  serait  impossible  de  donner  l'hospitalité  à 
ces  Procureurs  (c'est  le  nom  ecclésiastique  donné  aux  prêtres 
chargés  d'affaires  purement  temporelles)  dans  aucun  des  Établis- 
sements soumis  à  sa  juridiction. 

J'ai  à  peine  besoin  d'ajouter.  Monsieur  le  Duc,  que  je  ferai 
comme  l'Évêque  de  Pé-King,  et  que  je  refuserai  mon  autorisation 
jusqu'à  ce  que  je  reçoive  de  vous  des  instructions  contraires  qui, 
je  l'espère,  ne  me  seront  pas  envoyées.  Au  demeurant  ce  projet 
est  l'œuvre  delNN.  SS.  Guillemin*  et  Ponsot^^,  et  par  conséquent 
n'est  pas  approuvé  par  le  restant  de  leurs  confrères.  Ces  deux 
prélats  étaient  presc[ue  les  seuls  opposants  h  la  nouvelle  Consti- 
tution que  le  Pape  a  donnée  dernièrement  à  cette  Congrég;ation  et 
par  laquelle  les  pouvoirs  des  Vicaires  Apostoliques  sont  un  peu 
restreints  au  profit  du  Conseil  Supérieur  qui  siège  à  Paris. 

M^**  Delaplace  a  paru  satisfait  de  la  réponse  que  je  lui  ai  faite 
et  il  est  resté  convenu  entre  nous  que  nous  rejetterions  l'un  sur 


I.  Guillemin,  Philippe-François  Zephirin^  vicaire  apostolique  do 
Canton,  des  missions  étrangères  de  Paris,  évéquc  de  Cjrbistra;  -}-  à  Be- 
sançon, 5  avril  1886,  âgé  de  7  a  ans. 

3.  Voir  I,  p.  Gi. 


stion,  snns,  cependant,  jar 
le  l'aflirmativc. 


M'' Agliai'di',  archevêque  de 
gai  en  Chine;  il  répondit  de 
nominalion.  Dunn  déclarait 
ï6  novembre  iS86  ou  plutôt 
ise;  aux  escales,  dJsait-il,  on 

légat  et,  à  Chang-Haï,  les 
né  des  ordres  pour  qu'il  fût 
ièle  de  l'agent  de  Li  Houng- 
é  par  la  place  de  secrétaire 
ion  de  l'armée  chinoise  ;  on 
I  ans,  18  corps  d'armée  de 
;nt  organisés,  avec  cavalerie 
:8  par  mille  hommes, 
5on  hôte, 
é  à   nommer  h  Pé-King  un 

du  caractère  diplomatique, 

de  la  France  se  plaignant 
ce  de  son  protectorat  tradi- 
lil  d'aulrc  part  d'envoyer  à 
cal  chargé  d'étudier  sur  place 
)ns  dans  lesquelles  certaines 
iluel  {louvaient  être  traitées 
si  que  cela  a  lieu  à  Conslan- 

ajourner  sine  die  l'envoi  de 

ient  demandé  !e  déplacement 


n  Scrio,  dioccEC  de  Bcrgame, 
e  et  A.cliillc,  la  ai  juin  1S96. 


6o/|  LÉGAT    OU    NONCE,    A    PÉ-KING 

du  Pé-T'ang,  la  cathédrale  catholique  de  Pé-Kmg,  et  en 
octobre  1886,  notre  ministre,  M.  Constans,  avait  entamé 
des  négociations  à  ce  sujet  avec  Li.  Le  marquis  Ts'êng 
allait  rentrer  en  Chine;  il  était  bon  de  terminer  avant  son 
arrivée.  L'affaire  du  légat  fut  enterrée  par  la  Chine  comme 
par  le  Pape. 

En  réalité,  Li  ne  tenait  pas  beaucoup  à  Tenvoi  d'un 
représentant  diplomatique  du  Pape  en  Chine  :  «  C'est, 
disait-il,  le  M'*  Ts'éng,  aidé  de  Puissances  européennes,  qui 
a  poussé  son  Gouvernement  dans  ce  sens  ;  il  sera  bientôt  en 
Chine,  fera  vraisemblablement  partie  du  Tsoung-li  Yamen 
et  il  travaillera  plus  que  jamais  à  la  réalisation  de  son  projet.  » 


IHAPITRE  XXIX 
ITSFEBT  DU  P£-T'ANG 

LE    PÉ-t'anG 

)lique  de  Pé-Kîng,  l'église  du  Nord, 
Le  dans  rintéricur  de  la  ville  impériale, 
ir  les  Chinois,  à  cause  de  la  hauteur  de 
i'un  œil  fort  hoslilc.  A  la  pose,  le 
première  pierre  du  aouveau  Pé-T'ang, 
icement  de  la  vieille  église  des  jésuites, 
tiinislrc,  avait  dit  :  a  C'est  la  France 
à  qui  y  touchera.  »  Et  cependant,  à 
ise  avait  été   menacée  dans  son  exis- 


1874 

les  missionnaires  de  Pé-King  ainsi 
Légation,  eurent  une  chaude  alarme, 
appeler  le  vicaire  apostolique,  M'^Dela- 

que  la  cathédrale  gênait  TEmpe- 
issements  qu'il  projetait  de  faire  de 
est.  Il  fallait  donc  quitter  le  Pé-T'ang  ; 
re  emplacement  et  des  compensations 


6o6  TRANSFERT    DU    PÉ-T*ANG 

en  conséquence  du  dérangement  et  des  ennuis  causés  à  la 
mission  catholique.  M^""  Delaplace  demanda  à  réfléchir,  puis 
il  adressa  la  lettre  suivante  au  Tsoung-li  Yamen  : 

Pé-T*ang,  6  octobre  1874  (a6  de  la  8*  lune). 

Excellences,  le  22  de  la  présente  lune  vous  m'avez  appelé  au 
Tsoung-li  Yamen  ;  et  m*avez  dit,  de  la  part  du  prince  Roung, 
qu'il  y  avait  à  craindre  que  le  Pé-T*ang  ne  fût  occupé  par  les 
constructions  à  faire  sur  le  San-Haï  :  D'où  vous  m'engagiez  à 
coder  ledit  Pé-T'ang,  moyennant  conqxînsat ion  en  échange. 

Je  ne  vous  ai  donné  aucune  réponse  sur-le-champ  :  il  me  fal- 
lait quelques  jours  de  réflexions.  Or,  ces  réflexions  sont  faites  ; 
et,  par  la  présente  lettre,  j'ai  l'honneur  de  les  porter  à  votre  con- 
naissance. 

1°  Je  ne  puis  me  |Xîrsuader  qu'on  veuille,  en  ce  temps  de 
paix,  nous  chasser  du  Pé-Ï'ang  où  la  main  du  Grand  Empereur 
R'ang  Hi  nous  a  jadis  placés. 

2°  Une  cession  du  Pé-T'ang  librement  consentie  de  notre  part, 
ne  me  semble  pas  non  plus  possible. 

Occupation  violente  du  Pé-T'ang  ;  cession  volontaire  du  Pé- 
T'ang  :  Plus  je  considère  ces  deux  choses  en  elles-mêmes  et  dans 
leurs  conséquences,  plus  je  les  trouve  également  pleines  de  périls, 
impraticables  sous  tous  les  rapports. 

'6°  La  question  du  Pé-T'ang  ne  concerne  pas  les  seuls  mission- 
naires de  Pé-King.  La  France  et  toute  l'église  catholique  y  sont 
intéressées.  Je  dois  partir  bientôt  pour  l'Europe;  là  je  m'enten- 
drai sur  ce  sujet  avec  mes  supérieurs  ecclésiastiques  et  le  Gouver- 
nement français. 

4*^  Je  ne  dis  encore  rien  à  la  Légation  de  France.  Ce  n'est  pas 
a  moi  à  lui  parler  maintenant  de  cette  aflaire,  d'autant  que,  me 
paraît-il,  la  Légation  ne  pourra  pas  plus  que  moi,  aboutir  par 
elle-même  à  une  solution. 

5°  Enfin,  rien  ne  saurait  compenser  pour  nous  le  Pé-T'ang. 
Aussi  quoi  qu'il  arrive,  nous  n'accepterons  jamais  ni  indemnité  ni 
échange. 

Mon  tros  sincère  désir  a  toujours  été  et  sera  toujours  de  vivre 
en  bonne  harmonie  ;  pour  cela,  je  ferai  et  sacrifierai  tout  ce  qu'il 
sera  possible  de  faire  et  de  sacrifier.  Mais  il  est  des  droits  qu'on 
ne  sacrifie  jamais  ;  il  est  des  devoirs  qu'on    remplit  jusqu*à   la 


RÉPONSE    DU    TSOUNG-Ll    YAMEN  607 

mort  ;  or,  tels  sont  nos  droits  et  nos  devoirs  à  Tégard  du  Pé- 
T'ang. 

Daignez  agréer,  etc.,  etc. 

Signé  :  L.  G.  Delaplace, 
Évêque  d'Andrinople,  Vicaire  apostolique  de  Pé-King. 

Le  Tsoung-li  Yamen  répondit  : 


RÉPONSE    DU    TSOUNG-LI    YAMEN    A    m'^'"    DELAPLACE 

Vous  nous  avez  envoyé  une  lettre  en  caractères  européens. 
Déjà  nous  avons  mandé  qu'on  en  traduisit  le  sens  général  (en 
gros,  à  peu  près),  d'où  nous  avons  appris  qu'au  sujet  du  Pé-T'ang 
vous  soupçonnez  qu'on  veut  profiter  de  l'occasion  pour  vous 
chasser,  etc.,  etc. 

A  examiner  l'origine  du  Pé-T'ang^  c'est  bien  le  clément  Em- 
pereur [K'ang  Hi]  qui  a  donné  le  terrain  et  a  permis  la  construc- 
tion. Tout  le  monde  autrefois  savait  cela  ;  mais  beaucoup  d'années 
se  sont  écoulées  ;  et  à  la  longue  on  a  oublié  [ce  fait]. 

Quant  à  la  restitution  opérée  du  temps  de  Hien-Foung,  et 
quant  à  la  bâtisse  faite  du  temps  de  T'oung-Tché,  personne 
n'ignore  que  tout  cela  ayant  eu  lieu  après  l'échange  des  traités 
n'a  pas  été  libre  de  notre  part.  Non  seulement  dans  les  Pro- 
vinces on  l'a  compris  de  la  sorte,  mais  même  dans  Pé-King  les 
notables  et  les  mandarins  en  ont  ainsi  jugé. 

Aujourd'hui,  si,  par  une  nouvelle  faveur  on  vous  donne  un 
autre  endroit,  ce  sera  faire  connaître  partout,  en  Chine  comme  en 
Europe  que  la  construction  de  cette  église  est  due  au  bienfait 
de  l'Empereur  actuel  ;  et  ainsi  celte  nouvelle  condition  vous  re- 
lèvera de  beaucoup.  Par  là  les  traces  du  premier  bienfait  (bien- 
fait primitif)  qui  s'étaient  eifacées  avec  le  temps,  redeviendront 
plus  resplendissantes.  Par  là,  le  fait  passé  de  la  restitution,  qui 
a  toujours  laissé  du  louche,  comme  non  librement  consentie,  sera 
mis  hors  de  toute  espèce  de  doute.  Ainsi  on  le  verra,  ainsi  on 
l'entendra  en  Chine  et  en  Europe.  Dans  nos  i8  Provinces,  il  ne 
surgira  aucun  résultat  malheureux;  de  là,  au  contraire  fleurira 
l'harmonie  de  la  paix.  Donc,  avantages  ;  point  de  perte  ;  profit, 
rien  qui  nuise. 

L'Évêque  comprend  ordinairement  bien  les  choses.  Touchant 


6o8  TRANSFERT    DU    PÉ-t'aNG 

l'affaire  présenle,   il  saisira  certainement  ceci  (sans   laisser  rien 
échapper)  : 

Le  capital  de  la  religion  est  d'exhorter  les  hommes  à  la  fidélité 
et  à  la  piété  filiale.  S'il  arrive  dans  le  pays  des  affaires  publiques, 
il  faut  aider  à  les  terminer.  —  En  outre  l'Évêque  ne  manque 
jamais  de  dire  que  là  où  Qn  prêche  la  religion,  là  on  obéit  avcxr 
respect  au  Souverain  du  lieu.  A  plus  forte  raison  (doit-on  obéir) 
quand  un  bienfait  spécial  du  Souverain  accorde  la  faveur  spéciale 
d'une  nouvelle  maison  ;  chose  si  glorieuse  ! 

Quant  aux  frais  de  déménagements  et  de  reconstruction,  évi- 
demment notre  Empire  comptera  dans  cette  dépense. 

Dans  le  premier  temps,  quand  l'Empereur  a  donné  (l'Église), 
et  plus  tard,  quand  on  l'a  restituée,  c'est  l'Évéque  qui  a  tout 
traité  lui-même  et  tout  reçu.  —  De  plus,  les  missionnaires  prê- 
chent la  religion  en  Chine.  Puisqu'ils  sont  en  Chine,  ils  doivent 
toutes  les  fois  qu'il  s'agit  soit  d'une  donation,  soit  d'une  resti- 
tution, soit  d'un  transfert  ailleurs,  ils  doivent  se  soumettre 
respectueusement  à  la  volonté  -  signifiée  par  l'Empereur  do 
Cliine  —  et  de  la  sorte,  ils  seront  d'accord  avec  les  règles  de 
leur  Religion. 

Que  l'Évêque  n'allègue  pas  le  manque  de  pouvoir  pour  éluder 
(cette  affaire).  La  Chine,  à  coup  sûr,  ne  force  pas  à  l'impossible. 
Le  moyen  aujourd'hui  proposé  tend  précisément  à  répandre  un 
nouveau  lustre  sur  la  question  religieuse  (sur  les  affaires  de  la 
Religion),  tant  aux  yeux  des  Chinois  qu'aux  yeux  des  Européens. 
Ce  n'est  pas  ainsi  que  la  Prusse  et  l'Italie  traitent  les  ecclésiasti- 
ques. La  différence  (entre  leur  manière  d'agir  et  la  nôtre)  esi 
extrême. 

L'Évêque  peut  de  lui-môme  arranger  (cette  affaire)  il  n'y  a 
aucun  doute. 

C'est  pourquoi  nous  avons  adressé  cette  réponse*. 

L'affaire  devenait  sérieuse  :  M'^''  Delaplacc  rentra  en 
Europe  pour  expliquer  la  situation  à  Rome  et  à  Paris  el 
M.  Gabriel  Devéria,  qui  revenait  en  France,  fut  chargé 
d'exposer  les  faits.  La  mort  de  T'oung-Tché  vint  heureuse- 
ment aplanir  les  difficultés  el  trois  jours  après  cet  événement, 

I.   Pour  traduction  conforme  :  févèquede  Pé-King  (Sig.)  :  Delaplacs. 


RÉPONSE    DU    TSOUNG-LI    YAMEN  609 

la  Gazette  de  Pé-Kiny  du  i5  janvier  1875  renfermail  Tordre 
suivant  des  deux  Impératrices  : 

Que  l'on  suspende  immédiatement  quelque  soit  leur  degré 
d'avancement,  les  travaux  entrepris  dans  la  (partie  du  palais  ap- 
pelée) San-Haï  ' . 

Respectez  ceci. 

La  lettre  suivante  terminait  l'incident  : 

Pé-King,  le  39  janvier  1875. 

Le  Prince  Koung,  Président  du  Tsoung-li  Yamen,  au  Comte 
de  Rocheclîouart,  Chargé  d'Aflaircs. 

Au  sujet  de  l'alTaire  de  l'Église  catholique  située  à  l'endroit 
appelé  Tsan-tche-ko,  à  l'intérieur  de  la  jx)rte  Si-ngan  men,  nous 
avons,  le  aa^  jour  de  la  17*  lune  (39  janvier  1875)  de  ï'oung- 
Tché,  présenté  aux  deux  Impératrices  un  rapport  au  Trône  ainsi 
conçu  : 

«  Nous  avons  reçu  l'ordre  des  deux  Impératrices  de  suspendre 
les  travaux  entrepris  du  San-Haï,  quoi  que  soit  leur  degré  d'avan- 
cement; aussi  sollicitons-nous  également  l'ordre  de  suspendre 
les  négociations  qui  ont  été  entreprises  au  sujet  de  l'Église  ca- 
tholique située  à  l'endroit  appelé  Tsan-tche-ko,  à  l'intérieur  de 
la   porte   Si-ngan  men.  » 

Nous  avons  reçu  l'ordre  suivant  : 

«  Approuvé.  Respectez  ceci.    » 

J'ai  cru  nécessaire  de  jx)rter  ceci  à  la  connaissance  de  Votre 
Excellence. 

Tel  est  le  but  de  la  présente  communication  spéciale. 
[Sceau  du  Tsoung-li  Yamen] '^. 

Mais  en  i885,  la  question  était  posée  à  nouveau  :  «  L'em- 
pereur allait  atteindre  sa  majorité,  se  marier  et  prendre  en 
mains  les  rênes  de  TEtat.  L'impératrice  mère,  la  célèbre 
Si  Vaè  heoii  devait  alors  selon  la  coutume   sortir  du  palais 


I.  San-Haï,  les  trois  mers  :  Pé-Uaiy  Tchoung-//ai  et  Nan-Hai  qui 
portent  le  nom  général  de  King-Haï,  occupent  la  partie  Ouest  de  la  ville 
impériale.  Voir  Favier,  Pé-King,  p.  3'|6. 

a.  Traduction  de  F.  Scherzcr. 


CORDIER. 


H  -  39 


"\-*-X^^''' 


gyQ  TRANSFERT    DU    PÉ-t\nG 

et  céder  la  place  à  la  nouvelle  impératrice.  Les  princes  et  les 
hauts  mandarins  étaient  fort  embarrassés  ;  on  ne  pouvait 
éloigner  une  impératrice  de  cette  valeur,  qui  était  certaine- 
ment appelée  à  ;rendre  encore  d'immenses  services.  Après 
bien  des  pourpariers,  l'impératrice  mère,  comprenant  la 
situation  mieux  que  personne,  déclara  qu'elle  sortirait  du 
palais  pour  se  loger  au  Nan-haè  qui  y  est  attenant.  Les  trois 
lacs,  le  pont,  et  le  Tse-Kouany-Ko,  passeraient  à  son  usage 
personnel  ;  de  plus,  le  Pé-Tang  devait  être  réuni  aux  jardins 
impériaux.  On  enclorait  en  outre  dans  les  n\urs  de  renceinte 
réservée  toutes  les  maisons  avoisinant  le  Pé-Tang,  et  où 
logeaient  plus  de  2000  familles  chinoises  *.  » 

Li  Houng-tchang,  dans  le  but  de  donner  satisfaction  à 
rimpératrice,  pria  son  factotum,  M.  Detring,  de  s'entendre 
avec  M.  l'abbé  Favier,  procureur  des  Lazaristes,  la  congré- 
gation occupant  le  Pé-T'ang. 

M.  l'abbé  Favier,  avec  une  rare  désinvolture,  sans  préve- 
nir notre  légation,  s'empressa  de  signer  une  convention  avec 
Tagent  chinois. 

CONVENTION   FAVIER-DETRING 

En  voici  les  principaux  points  : 

!*>  Tout  l'Établissement  du  Pé-T'ang  et  celui  du  Jen-lseu  T  ang 
seront  livrés  au  gouvernement  chinois  dans  un  délai  de  doux 
ans  à  partir  du  jour  de  la  ratification  de  la  Convention. 

a»  Les  missionnaires  devront  laisser  les  constructions,  les  plan- 
tations, etc..  dans  rétat  où  elles  existent  actuellement  et  ne  pour- 
ront emporter  que  le  mobilier. 

30  Le  Gouvernement  Chinois  mettra  à  la  disposition  do  la 
Mission  un  terrain  de  la  môme  contenance  que  celui  qui  lui  est 
restitué  et  sis  au  heu  dit  «  Si  Chan  Rou  »  K  Les  missionnaires 
pourront  y  élever  le  genre  de  constructions  qu'il  leur  conviendra. 

1.  Favier,  Péfùng,  p.  3o6. 

2.  Si-ché-k'ou. 


:O!I¥ENTI0W    FAVIER-DETRING  DM 

foïa  que  l'Ë^lisc  ne  pourra  dépasser  une  liau- 

aircs  psllmonl  la  valeur  des  constructions 
mer  à  4âo  ooo  taëls,  mais,  dans  un  scnli- 
Mince  pour  le  gouvernement  chinois,  ils  se 
r  une  indemnité  de  35o  ooo  tafils. 
ipérial  fera  connaître  les  causes  du  déplacc- 
lents  de  la  Mission.  Ce  décret  sera  gravé  sur 
r  un  toit  en  tuiles  jaunes  et  placée  à  l'entrée 

ires  font  présent  au  Gouvernement  chinois  de 
j  et  de  leur  Musée. 

cet  acte  stipule  qu'il  n'aura  de  valeur  qu'a- 
S  par  l'Empereur  de  Chine  et  par  le  Pape. 

la  Franco. 

I''  Delaplace  aurait  dû  guider  M.  Favîer  ; 
tîssemenU  de  missionnaires  en  Chine,  le 
plus  incontestablement  la  propriéli^  de  la 
îment  du  Pé-T'ang  fut  donné  aux  Jésuites 
\lVà  Pé-King: 

93  l'empereur  K'ang-Hi  leur  fit  don  d'une 
la  ville  jaune  où  ils  s'installèrent  et  dans  le 
le  ils  construisirent  une  chapelle.  Cet  ctablis- 
L  bientiït  comme  insufTisant:  en  1699.  l'em- 
1  le  terrain  actuel,  sis  également  dans  la  ville 
tins  des  PP.  Gerbillon  et  Bouvet  '  et  les  lar- 
V,  fut  élevée  en  quatre  ans  une  belle  église 
fut  détruite  en  1827)'.  Le  roi  de  France  en- 
iche  mobilier  et  dos  instruments  de  mathéma- 


ipagnie  de  Jésus  fut  supprimée,  en  1773,  — 
I  Propagande  du  7  décembre  1783,  et  une 


6l2  TRANSFERT    DU    PÉ-t'aNG 

Ordonnance  du  Roy  du  25  janvier  178^,  les  Lazarisles  Jcs 
remplacèrent.  Cette  substitution  n'enlevait  rien  à  notre  droit 
de  propriété  et  ce  fut  à  nous  que  les  Chinois  restituèrent  le 
Pé-T'ang  le  29  novembre  1860,  et  ce  fut  nous  qui,  le  5  jan- 
vier 1861,  remîmes  le  titre  de  propriété  à  M''^  Mouly.  Je 
pourrais  aussi  parler  du  don  d'un  terrain  où  s'élevait 
autrefois  une  verrerie,  contiguë  à  la  mission,  cédé  à  titre 
gracieux  le  21  décembre  i864  parle  prince  KoungàM.  Ber- 
themy  et  remis  par  notre  ministre  à  l'évèque  de  Pé-Klng. 
En  droit  strict,  nous  pouvions  et  nous  pouvons  rendre  la 
mission  à  tel  ordre  religieux  qu'il  nous  convient  ;  ni  le 
Pape,  ni  les  Lazaristes  n'ont  de  droits  sur  le  Pé-T'ang. 

NÉGOCIATIONS 

M.  Favier  quitta  la  Chine  le  5  juin  1886  appelé  à  Rome 
par  un  télégramme  de  M***"  Jacobini  ;  nous  étions  d'ail- 
leurs désireux  de  donner  satisfaction  aux  Chinois  [X)urvii 
qu'ils  s'adressassent  à  nous,  les  vrais  propriétaires.  Li  devait 
savoir  que  nous,  seuls,  avions  qualité  pour  régler  la  question, 
que  nous  étions  disposés  à  être  aimables,  mais  il  fallait  que 
nous  fussions  saisis  régulièrement  de  la  question. 

M.  Ristelhueber  fut  chargé  des  négociations  avec  Li 
Iloung-tchang.  Dès  les  premiers  mots  de  l'entrevue,  le 
16  août  1886,  de  notre  Consul  avec  Li,  celui-ci  déclara 
qu'une  convention  avait  été  signée  par  M.  Favier,  |X)ur 
Tévèque  de  Pé-King,  et  par  M.  Delring,  représentant  le 
gouvernement  chinois. 

Li  déclara  que  le  Pé-T'ang  n'était  nullement  propriété  de 
la  France,  qu'il  avait  été  donné  par  l'empereur  K'ang-lliaux 
missionnaires  et  que  si  notre  Légation  était  intervenue  lors 
de  sa  restitution  en  18C0,  c'était  tout  simplement  en  exécu- 
tion de  l'article  VI  de  la  Convention,  d'après  lequel  «  les 
établissonionts  religieux  devaient  élre  rendus  à  leurs  proprié- 


[.lires  par  l'entremise  du  Minisirc  de  France  en  Chine  i 
Les  missionnaires  avaient  répondu  que  les  étahlissemen 
appartenaient  au  Pape.  L'impératrice,  se  souvenant  de  ! 
lettre  du  Pape,  donna  à  Li  l'ordre  d'entrer  en  relations  av( 
lui.  Li  avait  remis  une  lettre  personnelle  à  M.  Knvicr  (qi 
avait  suggéré  qu'il  serait  bon  qu'il  portât  lui-même  la  coi 
venlion  à  Rome)  pour  le  Pjipe  dans  laquelle  a  il  recommai 
(lait  ce  missionnaire  qui  m'avait  fait  uneexcellcntcimpressio 
pour  les  fonctions  de  represcntant  du  Saint-Siège  à  Pc 
King  0. 

Le  missionnaire  laisse  ici  percer  le  bout  de  l'oreille. 

Le  Vice-Roi  dans  une  nouvelle  entrevue  avec  M.  Kiste 
luiebcr,  le  i8  août,  modifiu  son  attitude  et  le  chargea  d 
t(  k|^rapluer  au  Prc--ident  du  Ctnseil 

\  la  suite  d  une  déiiiarclic  faite  iiipns  des  mi'isioniiairts  li 
IV  Kmg  en  »uc  d  obtenir  la  rc-tilution  du  l'i,  1  aug  j  aviis  d 
informi.  que  cette  leslilulinn  dtpLudutdu  PnpcstuI  Lt  c  e' 
|)i>ur  cela  que  je  me  «uis  adrc<(SL  k  lui  diicclcmeiil  Par  In  cou 
municilion  que  M  Rislelhurber  mn  faite  de  la  part  de  \  E 
j  ipprends  que  h  brancc  revendique  sur  le  Pi  I  aiig  cirtiir 
«Irotls  m  \crlu  descpicls  1  uilervenliou  et  1  aïseiilnnciit  du  Gou 
temeinent  françii^  seraient  nLcessairea  pour  la  nlroccssion  d 
cet  établissement  Jl  m  empresse  de  vciur  prier  \  L  de  touloi 
bien  ratifier  le  contrat  |>avn  entre  M  haMer  et  moi  et  la  prit,  d 
cjnirc  que  je  lui  «erai  suicireuieut  reconnaissant  d  a\oir  bie 
'voulu  dilcrcr  amsi  au\  de:<irs  de  ha  Mnjcatt  1  lmpi.ritricc  a 

Li  ajouta  au  sujet  du  délégué  pontifical',  tout  en  décla 
rant  que  le  gouvernement  chinois  n'admettrait  pas  d'autr 
représentant  du  Saint-Siège  qu'un  agent  ayant  le  caractèr 
diplomatique,  qu'il  n'attachait  pas  d'autre  importance  à  c 
que  le  Pape  fût  représente  à  Pé-King  et  que  c'était  d'ailleur 
une  question  à  régler  entre  la  France  et  Rome.  En  réalité  i 
ne  s'agissait  que  de  l'envoi  d'un  légat  muni  de  pleins  pou 

I.  Voir  le  chapitre  pr(!™(lciil. 


6l4  TRANSFEnr    DU    PÉ-T*ANG 

voirs,  chargé  d'établir,  de  concert  avec  le  vice-roi,  une  sorte 
de  concordat  réglant  toutes  les  questions  soulevées  par  la 
pratique  de  la  religion  en  Chine.  Dans  cet  arrangement,  il 
ne  serait  pas  porté  atteinte  à  la  tradition  d'après  laquelle  la 
France  exerce  le  protectorat  des  missions,  si  le  gouvernement 
français  conserve  une  attitude  conciliante  ;  s'il  voulait,  au 
contraire,  s'opposer  à  la  conclusion  dudit  arrangement,  la 
Chine  serait  déterminée  à  se  renfermer  dans  l'exécution 
pure  et  simple  de  l'article  XIII  du  Traité  qui,  d'après  l'avis 
d'éminents  légistes  consultés  à  ce  sujet,  ne  conférerait  à  la 
France  aucun  droit  à  la  protection  internationale  des  mis- 
sions. 

M.  Favier  adressa,  leii  septembre  1886,  le  télégramme 
suivant  à  Li  Houng-tchang,  après  Ta  voir  soumis  au  minis- 
tère des  Affaires  étrangères  : 

«  Supérieur  général  *  favorable  en  principe  à  accord  projeté. 
11  y  a  donc  lieu  de  saisir  la  Légation  pour  règlement  de  Taffairt* 
conjointement  avec  le  Gouvernement  chinois,  confomiémenl 
aux  précédents.  » 

Cependant  M.  Favier  rentrait  en  Chine;  dès  qu'il  arrive  à 
Tien-Tsin,  malgré  l'invitation  que  luiavait  adressée  M.  Cons- 
tans  de  s'abstenir  de  voir  le  vice-  roi,  pour  ne  pas  entraver 
les  négociations  de  la  Légation,  il  se  précipita  chez  Li  avec 
lequel  il  resta  en  conférence  le  1 1  novembre  de  7  heures  à 
10  heures  du  soir.  Il  n'est  pas  étonnant  que  notre  ministre 
ait  «  informé  l'évoque  de  Pé-King  que,  si  c'était  nécessaire, 
il  userait  envers  M.  Favier  des  moyens  légaux  pour  empê- 
cher que  nos  négociations  soient  ainsi  contrecarrées  ».  Le 
Département  voulut  bien  considérer  que  M.  Favier  était 
«  plus  maladroit  que  mal  intentionné  »;  la  vérité,  c'est  que 
M.  Favier  était  désapprouvé  par  ses  supérieurs  et  que  nous 

I.  Le  supcTÎcur  général  des  Lazaristes  était  M.  Fiat. 


n'avions  aucune  raison  <le  nous  plaindre  des  Lazaristes. 
M.  Favier  avait  eu  à  Marseille  une  conférence  avec  te  marquis 
Ts'cng,  fait  ignoré  du  vice  roi  du  Tché-li,  et  ce  dernier 
aurait,  peut-être,  élé  bien  aiae  de  faire  échouer  Li  dans 
TaBaire  du  Pé-T'ang.  Le  1 2  novembre,  à  six  heures,  M.  Favier 
(|iiittait  Tien-Tsin  pour  Pé-King.  On  peut  s'élonncr  que  ce 
missionnaire  que  ne  recommandaient  ni  ses  grandes  vertus 
personnelles,  encore  moins  sa  science,  dont  les  qualités 
étaient  celles,  non  d'un  prêtre,  mais  d'un  homme  d'afTaires 
retors,  ait  élé  accepté  plus  tard  par  notre  gouvernement 
comme  évéque  de  Pé-King;  procureur,  fort  bien,  vicaire 
apostolique,  point.  Certes,  le  vieux  Delaplace,  que  j'ai 
connu  et  estimé,  n'aurait  jamais  prétendu  que,  la  Chine 
cl  le  Pape  étant  d'accord,  la  Franco  n'avait  qu'à  donner  son 
consentement  après  qu'il  lui  aurait  été  demandé  courtoise- 
ment. 

L'attitude  de  Li,  devenue  hostile  nprËs  le  départ  de  t'ahhé 
Favier  pour  le  Nord,  se  modifia  encore  heureusement  le  18 
novembre;  il  s'excuse  de  son  langage  de  l'avant-veille.  «  Il 
était,  diseit-il,  sous  l'impression  des  observatiqns  qu'il  avait 
reçues  du  7°  prince...  Du  moment  que  le  Pape  a  renoncé  à 
l'envoi  d'un  délégué,  l'afTaire  doit  être  considérée  comme 
terminée,  et  la  Chine  insistera  d'autant  moins  qu'elle  n'a 
jamais  attaché  grande  importance  i  la  venue  de  ce  délégué  '; 
les  questions  concernant  les  missions  continueront  naturel- 
lement à  être  traitées  comme  précédemment  par  la  France... 
Quant  au  transfert  du  Pé-T'ang,  c'est  un  service  demandé 
à  un  gouvernement  ami...  J'ai  donné  à  la  France  assez  de 
preuves  d'amitié  pour  pouvoir  espérer  qu'elle  ne  m'opposera 
pas  un  refus.  » 

Les  négociations  reprenaient  donc  leur  cours  normal,  ainsi 
que  le  montre  la  corresjiondance  importante  suivante  : 

I.  Voir  le  cbapitro  pr^ccdonl. 


6i6 


TRANSFERT    DU    PE-T  ANG 


DEMANDE    OFFICIELLE    DE    CESSION     DU     PÉ-t'a>'G    LETTHE    DE 

LI    HOUNG-rCHA^G    A    M.    CONSTATS 

Tien-Tsin,  22  novembre  1886. 

J'avais  reçu  de  la  Cour  un  Décret  me  prescrivant  d*en\OYer 
un  délégué  à  Home  pour  discuter  avec  le  Va^  sur  les  AfTaires 
religieuses  ainsi  que  sur  la  question  de  la  cession  du  Pé-T'an^ 
(établissement  situé)  dans  la  capitale.  Je  sais  aujourd'hui  que  le 
Pape  a  ajourné  l'envoi  d'un  délégué  en  Chine  :  celte  affaire  étant 
terminée  il  est,  dès  lors,  inutile  de  s'en  occuj>er  à  nouveau. 

Quant  à  la  question  du  déplacement  et  de  la  reconstruction 
(c.-à-d.  transfert)  du  Pé-T*ang,  le  Pape,  tout  en  donnant  son 
autorisation,  a  cependant  déclaré  qu'il  fallait  préalablement  s'en- 
tendre à  ce  sujet  avec  votre  Gouvernement. 

La  Chine  désire  à  présent  agrandir  les  terrains  du  Palais,  or 
le  Pé-Ï'ang,  par  sa  proximité  du  Palais  est  un  obstacle  à  cet 
agrandissement.  Je  prie  Votre  Excellence  de  vouloir  bien  adres- 
ser un  rapport  à  Son  Gouvernement  en  lui  demandant  de  ctkier 
le  Pé-T'ang.  La  bonne  harmonie  augmentant  maintenant  chaque 
jour  entre  nos  deux  pays,  la  Chine  espère  vivement  (qu'une 
chose)  qui  lui  est  nécessaire  lui  sera  accordée. 

Comme  il  est  dit  dans  l'article  VI  de  la  Convention  de  1860 
que  «  tous  les  établissement  religieux,  etc.  »,  je  prie  en  consé- 
quence Votre *Excellence  d'inviter  l'évêque  du  Pé-T'ang,  confor- 
mément à  la  Convention  arrêtée  avec  M.  l'abbé  Favier,  à  coder 
le  Pé-T'ang  et  à  le  transférer  à  l'endroit  choisi  dans  la  capitale, 
à  Si-che-k'ou. 

Les  liens  d'amitié  qui  imissent  nos  deux  pays  seront,  par  là, 
resserrés  encore  da\antage.  En  facilitant  ainsi  par  sa  conciliation 
les  relations  amicales  entre  les  deux  pays.  Votre  Excellence  mon- 
trera encore  plus  sa  déférence  pour  les  désirs  de  notre  Empereur. 
—  C'est  ce  que  véritablement,  je  suis  heureux  d'espérer  '. 

RÉPOSE    DE    M.    CONSTATS    A    LI    nOUNGTCHANG 

Pé-Ring,  25  novembre  i885. 
Excellence, 

J'ai  l'honneur  de  vous  accuser  réception  de  la  lettre  que  vous 
I.   Pour  traduction  conforme  (sig.)  :  C  Imbault-Hi'art. 


m'avez  adressi'o  a  la  diilc  (In  33  Doveinbrc.  \olro  IC\cclleii(v 
ïciit  bi(!n  me  faire  savnii'  que  rétablissement  du  rr^-T'ang  fait 
obstacle  à  In  réalisa  lion  du  désir  de  la  Chine  d'étendre  les  dé- 
pendances dn  Palais  Impérial  snr  les  terrains  avoisïnanls.  Votre 
Excellence  me  prie,  en  conséquence,  de  demander  au  Gouverne- 
ment de  la  République,  de  vouloir  bien  autoriser  la  cession  du 
IV-f.ng. 

Je  me  snis  empressé  de  transmcllre  («ir  télégrapbc  cette  lettre 
au  Département.  Je  ne  prévois  pas  que  le  Gimvernement  de  la 
Itépiibliquc,  qui.  dans  celte  aiïaire  n'a  Jamais  eu  d'autre  désir 
que  celui  d'être  agréable  à  Sa  Majesté  l'EmjKTCnr  de  Cliii 
la  moindre  '  objection  à  "  '      ' 

qu'Ellesoit  k  même  de 
ctiarpée  par  Décret  lin|M 

Je  la  remercie  sincère 
m'exprimer  dans  sa  letti 

de  rollc  afTaire,  ainsi  que  mon  Gouvernement  et  moi-mfme  li 
souhaitons  vivement,  n'airermisse  les  liens  qui  unissent 
pays  et  n'augnienle  ta  botme  harmonie  qui  règne  entre 

Veuillez  agréer,  elc. 

(Sig.)  CossTA^s. 


votre  dei! 

TTorcerai  d'aider  Votre  Excellence  [wur 
nener  h  bien  la  mission  dont  Elle  a  été 
rial. 

nentdes  sentiments  qu'Elle  a  bien  voulu 
e,  et  je  ne  dnnte  pas  que  le  règlement 


M.     niSTEI.tlLËUEK 


'lif 


-Tsi 


i8fi(i. 


■rdeni 
nqu< 


Je  vous  prie  de  vouloir  bien  conimuiiiqui 
Ministre  tous  les  détails  de  In  conversation  que  j'ai 
vous  hier. 

Je  n'aurais  eu.  quant  n  moi,  aucune  objection  à  accepter  le 
projet  de  lettre  que  J'ai  reçu  de  S,  E.  M.  Constans,  mais  J'ai  di'i 
la  soumettre  au  ['rince  Tch'ouen  qui  [n'a  immédialemeut  ré- 
pondu dans  un  télégramme  que  «  puisque  le  Cape  n'eniovait 
[>a3  de  délégué  en  Chine,  il  était  dès  lors  inutile  que  In  (iliiiie 
insistât,  mais  qu'il  ne  convenait  pas  d'en  donner  k  la  France  ime 
preuve  qui  fût  contraire  à  la  dignité  de  la  Chine;  que,  quant  il 
l'alTaire  du  l'é-T'ang,  on  dcvnit  s'entendre  avec  la  Krancc.  s 


1.   Moindre  êlail  peul-ètro  e 


6l8  TRANSFERT   DU    PÉ-t'aNG 

J'estime  que  puisque  le  représentant  du  Pape  ne  vient  pas,  il 
est  inutile  de  reprendre  cette  question.  La  Chine  n'a  jamais  eu 
l'idée  de  modifier  le  Traité.  Nous  savons  que,  dans  ce  Traité  il  y 
a  un  article  auquel  la  France  donne  un  sens  que  la  Chine  ne  lui 
donne  pas,  mais  il  n'est  pas  besoin  de  discuter  là-dessus  main- 
tenant. Les  affaires  de  mission  qui  ont  été  jusqu'à  présent  réglées 
par  l'intermédiaire  des  Agents  français,  continueront  à  l'être  à 
l'avenir  comute  précédemment. 

Quant  à  ce  qui  est  de  la  cession  du  Pé-T*ang,  c'est  là  un  ser- 
vice que  la  Chine  demande  à  une  nation  amie.  La  Cour  désirant 
aujourd'hui  agrandir  la  partie  interdite  (du  Palais),  a  déjà 
acheté  les  maisons  particulières  du  voisinage  et  les  a  fait  démé- 
nager. Comme  nous  avions  entendu  dire  que  le  Pé-T'ang  dépen- 
dait du  Pape  de  Rome,  nous  avons  en  conséquence  envoyé  au 
lieu  de  sa  résidence  quelqu'un  pour  s'entendre  (avec  lui).  En- 
suite, nous  avons  su  que  le  Pé-T'ang  dépendait  aussi  de  la  France 
et  c'est  pourquoi,  nous  avons  aussitôt  fait  des  démarches  auprès 
de  Votre  Gouvernement,  en  vue  d'une  entente.  Au  mois  d'Août 
dernier,  je  vous  ai  demandé  d'adresser  de  ma  part  un  télégramme 
à  M.  le  Président  du  Conseil,  au  sujet  de  cette  affaire.  La  ré- 
ponse de  M.  le  Président  du  Conseil  fut  excellente.  A  plusieurs 
reprises,  je  vous  ai  dit  qu'un  décret  me  chargeant  spécialement 
de  traiter  cette  affaire,  si  S.  E.  M.  Constans  ne  pouvait  m'aider 
à  la  régler,  je  me  trouverais  dans  un  grand  embarras.  Pensant 
que  les  bonnes  relations  entre  les  deux  pays  augmentent  chaque 
jour  et  que  S.  E.  M.  Constans  est  animé  de  sentiments  de  na- 
ture à  accroître  cette  bonne  harmonie,  je  vous  serais  obligé  de 
prier  S.  E.  M.  Conslans  de  vouloir  bien  examiner  soigneusement 
celte  affaire  et  me  donner  son  puissant  appui.  Je  lui  en  serai 
irdiniment  reconnaissant. 

Je  vous  prie  de  vouloir  bien,  en  outre,  faire  part  à  S.  E. 
M.  Constans  de  tous  les  détails  de  la  conversation  que  j'ai  eue 
avec  vous  ^ . 

Le  19  décembre  1886,  M.  Constans  pouvait  transmettre 
au  ministre  des  Affaires  étrangères  les  trois  pièces  relatives  à 
la  cession  du  Pé-T'ang. 


I.  Pour  traduction  conforme  (sig.)  :  G.  Imbault-Huart. 


DÉCRET    IMPÉRIAL    RELATIF    A    LA    CESSION    DU    PÉ-T*A?iG        GlQ 


I 


DÉCRET    IMPÉRIAL   RELATIF    A    LA    CESSION    DU    PÉ-t'aSG  * 

Li  FïouNG-TciiANG  a  adrcssc  au  Trône  un  rapport  d*oii  il  résulte 
qu*il  s'est  entendu  avec  les  Missionnaires  pour  la  cession  et  le 
transfert  de  l'Église  de  Ts'an-lch'é-k'o  (le  Pé-T*ang)  et  qu'il  a 
conclu  l'affaire  après  l'échange  de  dépêches  ofiicielles  avec  le  Mi- 
nistre (de  France)  résidant  à  Pc-king. 

Nous  avons  pris  connaissance  de  ce  rapport  et  l'avons  examiné 
dans  tous  détails. 

La  construction  de  l'église  du  Ts'an-tch'é-k'o  en  dedans  de  la 
porte  de  Si-ngan  a  été  autorisée  par  un  décret  impérial  du  règne 
deK'ang-Hi.  Depuis  lors,  il  s'est  écoulé  iio  années  environ  pen- 
dant lesquelles  les  Missionnaires  qui  s'y  trouvaient  ont  reçu  l'ap- 
pui de  la  Cour  et  ont  été  l'objet  de  sa  profonde  bienveillance  ; 
durant  ce  laps  de  temps,  tous  ont  su  se  bien  conduire  et  vaquer 
tranquillement  à  leurs  affaires. 

L'année  dernière,  on  a  exécuté  divers  travaux  de  réparation 
en  plusieurs  endroits  du  Nan-Haï,  afin  d'en  faire  une  rési- 
dence pour  l'Impératrice  Ïs'eu-Hi.  Comme  il  était  nécessaire 
d'étendre  l'enceinte  de  cette  résidence  sur  les  terrains  avoisi- 
nants  du  Sud-Ouest  et  que  cette  église  était  très-proche  des 
jardins  impériaux,  Li  Houng-tchang  envoya  l'anglais  Dunn 
à  Rome  pour  délibérer  et  s'entendre  h  cet  égard  (avec  le 
Pape),  et  chargea  le  Commissaire  des  Douanes  Detring  de  faire 
une  convention  avec  M.  Favicr,  au  sujet  du  transfert  de  cette 
église.  Il  fut  décidé  qu'on  la  transférerait  dans  la  partie  Sud  des 
terrains  de  Si-ché-k*ou,  que  l'emplacement  futur  en  serait  déli- 
mité avec  soin  et  qu'ime  indemnité  serait  payée  pour  sa  recon- 
struction. Ledit  missionnaire  (M.  Favier)  déclara  ensuite  que  la 
nouvelle  église  n'aurait  que  5  Ichang  (toises)  de  haut,  c'est-à- 
dire  3  ichang  (toises)  de  moins  environ  que  l'ancienne  construc- 
tion, et  que  les  cloches  ne  pourraient  en  aucim  cas  dépasser  les 
toits  des  maisons.  Lorsque  cela  eut  été  convenu,  M.  Favicr  se 
rendit  également  à  Rome  pour  en  informer  le  Supérieur  Général 
des  Lazaristes,  M.  Fiat,  lecpicl  répondit  par  une  lettre  dans  la- 


I.  Trad.  de  la  Gazette  de  Pé-Kingy   ï\9  du  8«  jour  du  ii"  mois  de 
la  ia«  année  Kouang-Siu  ^^  3  décembre  i886. 


GaO  TRANSFERT    DU    PÉ-t'aNG 

quelle  il  remerciait  la  Chine  d'avoir  accoi*dé  sa  proleclioii  aux 
Missions,  et  disait  qu'en  étant  profondément  reconnaissant,  il 
désirait  reconnaître  une  minime  partie  des  bienfaits  de  l'Empe- 
reur. Ces  sentiments  et  ces  paroles  nous  ont  paru  des  plus  sin- 
cères. 

Li  Houng-tchang  vient  d'échanger  avec  le  Ministre,  M.  Cons- 
tans,  des  dépêches  ofïicielles  à  ce  sujet  : 

M.  Conslans  a  répondu  qu'il  n'y  a  aucune  dilTiculté  à  faire  ce 
qui  était  proposé.  Cette  ré|>onse  montre  l'esprit  de  conciliation 
dont  il  est  animé  à  l'égard  d'un  pays  ami  et  la  connaissance 
profonde  qu'il  a  des  affaires.  M.  Constans  mérite  en  réalité  les 
plus  grands  éloges. 

Puisque  Li  Houng-tchang  a  arrêté  le  plus  minutieusement 
possible  tous  les  détails  de  cette  affaire,  et  que  de  part  et  d'autre 
on  est  entièrement  d'accord.  Nous  ordonnons  qu'il  soit  fait 
comme  il  est  proposé.  Quant  à  l'indemnité  de  reconstruction, 
Nous  ordonnons  également  qu'elle  soit  versée  en  plusieurs  fois, 
afin  qu'on  puisse  se  mettre  à  rebâtir.  Pour  le  reste  qu'il  soit  fait 
comme  il  a  été  convenu.  Le  tao-taï  en  expectative  En-Yéou  qui 
avait  d'abord  été  délégué  (pour  s'occuper  de  cette  question)  et 
qui  a  pris  beaucoup  de  peine  en  la  traitant,  aura  son  nom  ins- 
crit sur  les  tableaux  d'avancement  du  Conseil  des  Ministres  pour 
être  nommé  à  la  prochaine  vacance. 

L'évéque  ïagliabue  a  fait  preuve  du  zèle  le  plus  réel,  M.  Fa- 
vier  et  l'anglais  Dunn  ont  traversé  des  mers  lointaines  sans 
prétexter  les  fatigues  de  ce  voyage  :  que  Tagliabuc  reçoive  en 
récompense  le  bouton  de  mandarin  du  2®  rang!  Que  Favier 
reçoive  celui  du  '6^  rang,  que  la  décoration  de  i*"*  classe  du  S"' 
rang  soit  accordée  à  Dunn  !  Et  que  chacun  de  ces  deux  derniers 
reçoive  un  cadeau  de  3  000  taëls  qui  leur  sera  remis  par  Li  Houng- 
tchang  î  Le  Commissaire  des  Douanes  Detring  et  le  Consul 
Ristelhueber  ont  déployé  la  plus  grande  activité  en  servant  d'in- 
termédiaires depuis  le  commencement  jusqu'à  la  fin  de  celte 
affaire  ;  que  Detring  reçoive  en  récompense  le  bouton  de  2*  rang, 
et  que  Ristelhueber   reçoive  la  décoration  de   3*  classe  du   a* 


rang. 


Quant  au  commerçant  anglais  Michie  *  qui  s'est  également  dooné 
de  la  peine  en  cette  circonstance,  nous  ordonnons  que  LiHoung- 


I.  Michio,  Alexandre,  éditeur  (rédacteur  en  chef)  du  CAmesc  Times. 


.IVRE   PAU   s.    A.    LE  PRIK 

c  à  son  égard  cl  nous  ; 
e  récompense  pour  lui 


DU    TSOIING-LI    YAMEI 

u  II' mois  de  la  13' a 
i5  décembi 
de  la  partie  Sud  des  t 
*ang.  pour  le  transfert 
éjà  n5poiidu  au  Com 
Nord  (Vice-Roi  l.i  II 
(çouvcrncmcnt  l'auloi 

lelring,  Commissaire  1 
M.  Favier,  inissiorinai 
1  ta  surface  du  nouvi 
devons  remettre  ledit 
en  prenne  cliarge. 
itrc  (de  propriclé)  cî-ji 
en  en  prendre  connaiss 


t'RÉ    PAR    s.    K.    LE    PK 
MESSIEURS    LES    MIMST 


III'  mois  de  la  la'  ai 
i5  diker 
présentes  ijue  le  terrai 
ilé  cédé  à  l'évfquc  du 
inl  callioli<{uc.  Remise 


i.(.ig.):ar„ 


Gaa  TRANSFERT    DU    PÉ-T*ANG 

faite  au  Gouvernement  français  pour  que  ccIui-çi  le  remette  à 
son  tour  à  TËvôque  Tagliabue  qui  en  prendra  charge. 

Ce  Certificat  devra  être  remis  à  Tayant-droit. 

Le  présent  certificat  est  délivré  à  M*'"  Tagliabue  qui  le  gar- 
dera par  devers  lui  * . 

COPIE 

Ije  Jeudi  seize  Décembre  mil  huit  cent  quatre  vingt  six,  à  dix 
heures  et  demie. 

Les  titres  de  propriété  du  terrain  sis  à  Si-Che-k*ou  et  destiné 
à  rétablissement  que  les  Lazaristes  doivent  construire  pour  rem- 
placer le  Pé-T'ang  cédé  au  Gouvernement  chinois,  ayant  clé 
remis  à  l'Envoyé  extraordinaire  de  la  République  à  Pé-King,  — 
M.  Constans,  en  vertu  des  conventions  intervenues  entre  les 
(jouvernements  français  et  chinois,  transfère  ledit  terrain  à  S.  G. 
M}f  Tagliabue,  Évéque  de  Pompeiopolis,  vicaire  apostolique 
du  Tché-li,  qui  en  prend  charge. 

Un  exemplaire  du  présent  titre,  qui  constate  la  remise  de 
l'immeuble  à  Tévi^quc  de  Pé-King,  sera  conservé  dans  les  Ar- 
chives de  la  Mission  où  il  servira  de  garantie  d'une  libre  et  pai- 
sible jouissance,  pour  les  besoins  du  culte  catholique,  tant  par  le 
vicaire  apostolique  actuel  que  par  ses  légitimes  successeurs  français. 
Il  reste  bien  entendu  entre  les  parties  que  les  Droits  que  le 
Gouvernement  français  possède  sur  le  Pé-T  *  a  ng  actuel  demeurent 
réservés  et  seront  reportés  sur  les  terrains  du  Si-ché-k'ou  et  sur 
les  constructions  qui  y  seront  élevées. 

En  foi  de  quoi,  les  soussignés  ont  apposé  leurs  signatures  sur 
le  présent  procès-verbal,  dressé  en  double  exemplaire,  les  jour, 
mois  et  an  que  dessus. 

Signé  :  Pour  le  Supérieur  général 
-{-  Fr.  Tagliabue  G.  B. 

Évoque  de  Pompeiopolis 
Vie.  ap.  de  Pé-King. 
Signé  :  Alph.  Favier. 
Signé  :  6**=  Delemasure. 
(L.  S.) 

L'Envoyé  extraordinaire  de  la  République  en  Chine, 

(Sig.)  :  Constans. 

I.  Pour  traduction  conforme  (sig.)*  C.  Imbavlt-Uuabt. 


:s  (lu  soir  a> 
le  cathedra  1 
;  la  remise 
;è s- verbal  si 
nent  chinoii 
théâtre  ou  '. 


I tri' prête  de 
dclégu6  de  i 
listre  riénip 


t  de  )a  meiso 
on  de  la  Mig 


ée  du  quator: 
«cmcnls  de  11 
hc-kikiu  et 
adeJcnTsc 
lehors  des  o 
à  emporter, 
issemcnts.  li 
aise  en  Chin 
ic  aux  délégi 
iments  comp 
le  musée  d'o 
cgués  du  Ts 


()2/|  TRANSFERT    DU    PÉ-t'aNG 

en  ont  pris  livraison,  on  exécution  de  l'accord  intervenu  entre 
la  Légation  de  France  et  le  Gouvernement  chinois  el  rcsultaiil 
dos  communications  olFicrelles  ocliangées  les  vingt-sept  et  trente- 
un  juillet  de  la  présente  année. 

En  foi  de  quoi,  les  Délégués  sus-nommés  ont  signé  le  présent 
procos-verbal  en  trois  exemplaires  qui  devront  être  conservés 
respectivement  dans  les  Archives  de  la  Légation  de  la  République 
Française  en  Chine,  du  Tsoung-li  Yamen  et  de  la  Congrégation 
de  la  Mission. 

Pé-King,  le  1/4  décembre  1887. 

(Signé)  :  A.  Vissikre. 

Alph.  Fa v  1ER. 
J.  B"*  Delemas^rk. 
Sceau  de  la  Légation  de  la  République  française. 

Deux  signatures  chinoises. 
Sceau  du  Tsoung-li  Yamen. 

L'inauguratiou  du  nouveau  Pé-T'ang  eut  lieu  le  dimanche, 
9  décembre  1888;  le  corps  diplomatique  en  uniforme  cl  le 
Tsoimg  li  Yamen,  représenté  par  quatre  des  Ministres  el 
deux  secrétaires  généraux,  assistaient  à  la  cérémonie. 


CHAPITRE  XXX 
LE  PROTECTORAT  D£S  HISSIONS 


La  question  du  protectorat  de  la  France  sur  les  miss: 
catholiques  est  intimement  liée  aux  négociations  relativ< 
la  nomination  d'un  légat  à  Pé-King  et  au  transfert 
Pé-T'ang  ;  comme  ce  protectorat  a  été  pendant  longtei 
la  pierre  angulaire  de  notre  politique  dans  l'Extrême-Ori 
il  est  nécessaire  d'en  étudier  l'origine  et  le  fonctionnem 

Pendant  longtemps,  la  Cour  de  Portugal  exerça  seul 
protectorat  des  missions  catholiques  en  Asie,  en  vertu  d' 
bulle  de  Nicolas  V,  accordée  le  8  janvier  i454,  au 
Alphonse  V,  confirmée  par  plus! 
par  Clément  VIII,  Paul  V,  Urbai 
création  de  la  Sacrée  Congrégati 
aa  juin  1632,  par  la  bulle  Incruslabfli,  de  Grégoire  ] 
porta  déjà  un  coup  funeste  à  ce  protectorat  ;  la  nomina 
des  trois  vicaires  apostoliques  en  i658,  François  Pa 
évéque  d'Héliopolis,  Pierre  de  la  Mothe-Lambert,  évêque 
Béryte,  Ignace  Cotolendi,  évéque  de  Metellopolis',  fut 
nouvelle  atteinte  aux  prérogatives  du  Portugal.  La  proleci 
de  la   France  commence  à  s'exercer  en  Chine  par  l'ei 


leurs  papes,  mais  revoq 

n  VIII  et  Clément  X. 

I  de  la  Propagande 


I.  f  t6  loùt  1661,  prèi  de  Maiulipilam 

COBDIEB. 


626  LE    PROTECTORAT    DES    MISSIONS 

de  cinq  jésuites  par  Louis  XIV  (i685)*.  La  faiblesse  du 
Portugal  lui  faisait,  de  plus  en  plus,  perdre  son  influence 
quoiqu'on  la  retrouve  encore  active  dans  les  querelles  de  la 
question  des  rites  et  les  missions  des  cardinaux  de  Toumon 
et  Mezzabarba,  et  que  la  Cour  de  Lisbonne  ait  jusqu'au  com- 
mencement du  xix**  siècle,  gardé  la  nomination  des  évêques 
de  Nan-King  et  de  Pé-King,  sufTragants  de  l'archevêque  de 
Goa. 

Quand  la  France  signa  avec  la  Chine  son  premier  traité, 
son  représentant,  M.  de  Lagrené,  continuait  la  tradition  de 
Louis  XIV  et  de  Louis  XVI,  en  protégeant  la  religion 
catholique  et  Tarlicle  22  du  traité  de  Wham-poa  peut  être 
considéré,  ainsi  que  je  l'ai  déjà  dit,  comme  une  nouvelle  con- 
firmation du  protectorat  exercé  sur  les  missions  par  les  anciens 
rois  de  France*. 

En  i858,  l'article  i3  du  traité  de  Tien-Tsin ^,  reconnaissant 
la  liberté  du  culte  catholique,  ne  stipule  pas  toutefois  notre 
protectorat  sur  les  missions  ;  mais  l'article  6  de  la  convention 
de  Pc-King(i86o)  marque  que  les  biens  des  Missions  catho- 
Hques  leur  seront  rendus  par  l'entremise  du  ministre  de 
France  *  ;  ceci  marque  bien  la  reconnaissance  d'un  droit.  Ce 
droit,  nous  l'augmentons  par  les  sommes  considérables  que 
nous  dépensons  pour  l'augmentation  ou  les  réparations  des 
établissements  catholiques^,  par   des  dons  d'argent  ou   de 


t.  I,  p.  5i. 
a.  I,  p.  17. 

3.  I»  p.  54- 

4.  I,  p.  53. 

5.  A  Pé-King»  les  réparations  du  Nan-T'ang  avaient  coâté  à  la  France 
160000  francs;  on  dépensa  4oooo  francs  pour  la  résidence  et  Soooo 
francs  pour  le  collège.  Le  Pé-T'ang  (i864)  a  coulé  3ooooo  francs;  la 
résidence  épiscopale  et  le  séminaire  ont  coûté  6o(x>o  francs.  Le  Si-T'ang 
terminé  en  i865,  65  000  francs.  Les  deux  cimetières,  surtout  le  cimetière 
français,  coûtèrent  3o  000  francs  de  réparations.  Ms'  Anouilh  reçut  pour 
la  cathédrale  de  Tching-ting  100  000  francs. 


DES    PASSEPORTS,    TRADUCTION    LITTËBALB     6a' 

vilèges  conférés  aux  missionnaires  pou 
es,  par  la  conTcntion  Berthemy  ;  nou 
iure  de  faire  rendre  aux  congrégation 
fices  cojifisqués  pendant  les  persécutions 
ns  surtout  par  la  protection  effective  qu 

missionnaires  en  présentant  leurs  récla 
-li  Yamen  et  par  l'octroi  de  passeport 

contre  les  fonctionnaires  chinois  et  leu 
éclamerdes  autorités  françaises. 
né  le  modèle  du  passeport  accordé  jadi 
nous  croyons  utile  de  reproduire  1 
en  usage.  Ce  passeport  se  compose  d'un 
apier  pliée  en  deux,  dont  la  première  e 
ont  blanches.  Le  verso  du  i"'  feuillet  ren 
ais  imprimé,  et  le  recto  du  2°  feuillet  l 
né.  Ces  passeports  portent  dans  le  text 
sionnaires  indistinctement  sont  Français 
Heurs  leur  nationalité  qui  n'est  pas  indi 
:s  étaient  demandés  soit  par  les  procu 
jons  en  résidence  h  Chang-Haï,  Hong 
,  soit  par  les  évêques  et  très  exception 
lissionnaires  eux-mêmes. 


B9   PASSEPORTS,    TRADUCTION    LITTÉRALE 

Plénipotentiaire  de  France  en  Chine,  etc. 
«rtificat  de  protection  [passeport]. 
'article  8,  à  l'article  6  et  autres  des  Traité 
is  dans  les  deux  villes  de  Tien-Tsin  et  d 
i858  et  a5  octobre  i86o,  par  les  Ministre 
■mes  spécialement  à  cet  cITet  par  S.  M.  l'Em 
M.  l'Empereur  des  Français,  Nous,  Ministre 


638  LE    PROTECTORAT   DES    MISSIONS 

délivrons  le  présent  passeport  à  notre  compatriote...,  missionnaire 
de  la  Religion  du  Seigneur  du  Ciel,  auquet  il  servira  de  témoi- 
gnage. 

Nous,  Ministre,  —  sachant  bien  que...  jouit  dans  notre  pays 
d'une  bonne  réputation,  que  ses  mérites  et  sa  vertu  sont  égale— 
ments  éminents,  —  prions  les  grands  dignitaires  chargés  du  Gou- 
vernement de  TEmpire  chinois,  ainsi  que  les  autorités  civiles  ci 
militaires  de  toutes  les  provinces  et  les  hauts  fonctionnaires,  de 
laisser...  circuler  librement  dans  la  province  de...  y  propager  sa 
religion,  y  résider,  y  louer  ou  acheter  des  terrains,  dans  quelque 
lieu  que  ce  soit,  et  y  construire  des  Temples  du  Seigneur  du  Ciel 
et  des  maisons,  sans  qu'il  soit  permis  de  lui  faire  la  moindre 
difficulté. 

11  devra  être  traité  avec  les  égards  dus  à  un  hôte.  Nous  espé- 
rons, en  outre,  qu'on  lui  donnera  assistance  en  toute  occasion,  et 
que  nulle  indifférence  ne  lui  sera  témoignée,  ainsi  qu'il  convient. 

C'est  pourquoi  Nous,  Ministre,  délivrons  le  présent  passeport 
afin  que  ses  stipulations  soient  observées  dans  toutes  les  localités 
placées  sous  la  domination  de  l'Empire  Chinois,  tant  à  l'intérieur 
qu'à  l'extérieur  (c'est-à-dire  dans  la  capitale  et  les  provinces),  et 
que  nulle  infraction  n'y  soit  commise,  en  exécution  des  Traités 
et  des  Règlements  qui  doivent  subsister  à  jamais,  et  ainsi  que 
Nous,  Ministre,  le  désirons  vivement. 

Remis  à... 

Délivré  par  la  Légation  de  France  en  Chine,  le  —  jour,  —  de 
la  lune  —  de  la  —  année  de  Kouang-Siu. 

P.  S.  — 11  sera  absolument  interdit  au  porteur  de  ce  passeport 
de  se  rendre,  à  son  gré,  dans  les  localités,  quelles  qu'elles  soient, 
qui  seraient  occupées  par  des  rebelles. 

No.  du  Registre  de  la  Légation 

Signature  du  porteur. 


63o 


LE   PROTECTORAT    DES    MIS8IOTIS 


PASSEPORT  AMERICAIN 

LEGATION 
OF  THE  UMTED  STATES  OF  AMERICA 

AT    PEKING 


DESCRIPTION  : 

Age  Years 

Stature         Fect 

Forchead 

Eycs 

Nose 

Moulh 

Chin 

Hair 

Complexion 

Face 


SIGHATURE   OF   TUE  BEAREH. 


To  ail  to  whom   thèse  présents   shall 
corne  greeting 
No. 

I ,  the  undersigned _ 

Chargé  d'Aflaires  ad  intérim  of  the  Unit- 
ed States  of  America,  hereby  request 
ail  whom  it  may  concern  to  permit  sa- 

fely  and  frecly  to  pass  _._ 

a  citizen  of  the  United  States  and  in  case 
of  nced  to  give  him  ail  lawful  aid  and 
protection. 

Given  under   my  hand  and  the  im- 
pression of  the  Seal  of  the  Légation  of  the 
United  States  at  the  City  of  Peking  the 
in  the  Year  of  the  indépendance 
of  the  United  States. 

(L.  S.)  X.. 


PASSEPORT    ANGLAIS 

Passport  n°  British  Consulate. 

The  undersigned,  Her  Britannic  Majesty's  Consulat...  requcsts 
the  civil  and  military  authoriiies  of  the  Emperor  of  China,  in 
conformilv  with  the  ninth  article  of  the  treatv  of  Tien-Tsin  to 
allow  the  Révérend...,  a  British  Subjcct,  to  travel  freely  and 
without  hindcrance  or  niolestation  in  the  Chinese  Empire  and 
to  givo  him  protection  and  aid  in  case  of  necessity. 

M being  a  person  of  known  respectability  is  desirous  of 

procceding  to...  and  this  passport  is  given  him  on  condition  of 
liis  not    visiting  the  cities  or  to>>ns  occupied  by  the  insurgents. 

(Signature) 
H.  B.  M.'s  Consul. 


Signa 
lust  bc  coui 
dclivery  ar 
[)d  or  tlie  a 
Il  Subjccis  [ 
ly  oiïence  ai 
msul  for  pu 


icport,  la  l 
ine  proclai 

lom  de  yi 
née  sous  li 
irde  aux  m 


'roclamation 

lent  du  Tsoi 
lcIg  du  Irail 
?oung,  que 
oliquc  et  d'i 
[uc  toules  I 
isqu'à  ce  i< 

nent  au  Ira! 

convenus  la 
r ;  d'autre  p 
ns  pris  rcsp 

icernant  la 
la  justirc.  . 

de  sévérité.  Les  autorilos  auronl  à  se  cor 


632  LE    PROTECTORAT   DES   MISSIONS 

h  montrer  au  grand  jour  notre  désir  de  tranquilliser  les  honnêtes 
gens. 

Respectez  ceci. 

Malgré  les  instructions  dans  ce  sens  données  à  différentes  reprises 
aux  vice-rois  et  gouverneurs,  des  cas  regrettables  se  produisent 
cependant  dans  chaque  province  et  les  Chrétiens  adressent  de 
nombreuses  plaintes.  Selon  moi,  le  motif  principal  en  est  dans  le 
refus  des  Chrétiens  de  contribuer  aujourd'hui  comme  autrefois 
aux  réceptions  des  Esprits,  aux  processions,  aux  représentations 
théâtrales,  aux  frais  des  parfums  qu'on  brûle.  On  ne  saurait, 
disent-ils,  exiger  leur  quote-part  pour  des  manifestations  qui  ne 
les  concernent  pas. 

Je  dois  adresser  le  présent  document  dans  chaque  province  et 
faire  connaître  ainsi  la  volonté  do  l'Empereur  et  les  résolutions 
prises  par  le  Tsoung-li  Yamcn,  de  façon  qu'on  ait  à  se  conformer  à 
une  règle  fixe  et  qu'aucun  doute  ne  s'élève  dans  les  esprits,  quand 
des  affaires  surgiront.  Nous  nous  conformons  en  cela  à  la  volonté 
de  l'Empereur  dont  la  faveur  s'étend  sur  tous  et  qui  regarde  du 
même  œil  paternel,  les  Chrétiens  et  ceux  qui  ne  le  sont  pas. 

Le  but  des  missionnaires,  pareillement  aux  doctrines  de  Con- 
fucius,  au  Bouddhisme,  et  à  la  religion  de  Lao-tseu,  étant  d'exhor- 
ter les  hommes  au  bien,  le  catholicisme  a  été  autorisé  sous  K'ang- 
Hi.  Les  Chrétiens  ne  sauraient  parce  qu'ils  sont  tels  échapper  aux 
charges  publiques  ;  les  contributions  ou  réquisitions  oflicielles  et 
autres  dépenses  utiles  leur  incombent  dans  la  même  proportion 
qu'à  ceux  qui  ne  sont  pas  chrétiens.  Quant  aux  frais  de  réceptions 
d'Esprits,  des  processions,  représentations  théâtrales  et  parfums  à 
brûler,  toutes  choses  qui  ne  les  concernent  point,  on  ne  devra 
jamais  les  forcer  à  y  contribuer.  Dans  les  deux  cas,  les  autorités 
locales  devront  spécifier  clairement,  sans  laisser  subsister  le 
moindre  doute,  la  part  qui  leur  revient  ;  par  exemple,  si  les  per- 
ceptions se  divisent  en  6  dixièmes  pour  fêtes  populaires  et  4 
dixièmes  pour  charges  publiques,  les  autorités  devront  dire  que 
les  Chrétiens  n'ont  qu'à  contribuer  aux  4  dixièmes,  et  que  les 
6  autres  dixièmes  ne  les  concernent  point  ;  on  ne  saurait  exiger 
leur  quote-part. 

Si  des  Chrétiens,  pour  avoir  refusé  de  payer  leur  quote-part 
dans  des  dépenses,  dont  la  destination  est  contraire  aux  principes 
de  leur  religion  et  n'a  aucun  intérêt  pour  eux,  sont  insultés, 
molestés,  frappés  par  la  population,  si  leurs  propriétés  sont  pillées, 
si  leurs  récoltes  sont  détruites,  l'autorité  aura  le  devoir  d'examiner 


irl 

«ri 
dai 


onn 
fin 


]ué 
qu< 
nqu 


634  LE   PROTECTORAT   DES    MISSIONS 

Après  avoir  conséqnemment  avisé  les  vice-rois  et  gouverneurs 
provinciaux  qu'ils  avaient  à  se  conformer  à  ce  décret,  Nous  avons 
reçu  de  S.  Exe.  M.  de  Bourboulon,  Ministre  de  France,  une 
communication  officielle  nous  disant  que  tous  les  différends  dans 
les  provinces  provenaient  uniquement  de  ce  que  les  autorités 
locales  obligeaient  indifféremment  les  catholiques  et  nos  autres 
sujets  à  subvenir  aux  frais  de  sacrifices  aux  génies,  de  comédies» 
de  processions  religieuses,  etc.,  etc. 

Les  Catholiques  étant  très  contraires  à  ces  pratiques,  le  Ministre 
de  France  nous  prie  d'inviter  toutes  les  autorités  locales  à  ne  plus 
rien  percevoir  d'eux  (pour  y  subvenir). 

En  môme  temps,  il  nous  expose  que  les  missionnaires  étant 
gens  d'une  conduite  correcte,  il  importe  lorsqu'ils  font  une  visite 
qu'ils  soient  traités  honorablement  (l'expression  chinoise  marque 
qu'il  s'agit  d'une  visite  d'un  inférieur  à  un  supérieur). 

Tel  est  ce  que  nous  a  dit  le  Ministre  de  France. 

Nous  pensons  que  les  catholiques  dans  toutes  les  provinces  bien 
qu'ils  pratiquent  la  religion  du  Seigneur  du  Ciel  n'en  sont  pas 
moins  chinois.  M.  de  Bourboulon,  ministre  de  France,  nous  a 
exprimé  que  les  principes  de  la  dite  religion  recommandaient 
l'obéissance  et  le  respect  au  souverain,  l'observance  des  lois  de  la 
Chine  ;  tel  est  ce  qui  nous  a  été  dit,  il  convient  donc  de  protéger 
(les  catholiques)  afin  de  témoigner  d'un  même  sentiment  de 
charité  pour  tous.  Les  perceptions  pour  sacrifices  aux  génies, 
processions,  etc.,  etc.,  n'ont  rien  du  caractère  des  impôts  du 
gouvernement  et,  si  les  Catholiques  ne  veulent  pas  y  souscrire, 
il  ne  convient  pas  de  les  y  contraindre  au  point  de  semer  de 
l'agitation  dans  le  pays. 

Nous  avons  écrit  à  tous  les  gouvernements  provinciaux  pour 
leur  faire  savoir  relativement  aux  paiements  auxquels  les  Chré- 
tiens comme  tous  sont  obligés,  qu'en  dehors  des  impôts  dûment 
établis  par  le  gouverneniont,  les  Chrétiens  pouvaient  être 
exemptés,  du  paiement  de  tout  ce  qui  se  percevait  à  titre  de 
frais  de  culte,  sacrifices  aux  génies,  processions,  comédies,  s'il 
ne  leur  plaisait  pas  d'y  contribuer  avec  ceux  qui  ne  sont  pas 
Chrétiens. 

Quant  à  ce  qui  est  du  traitement  honorable  dont  il  importe  que 
les  missionnaires  soient  l'objet  lorsqu'ils  vont  voir  les  autorités, 
les  gouvernements  étrangers  ont  de  la  considération  pour  les  mis- 
sionnaires, les  autorités  locales  doivent  donc  les  traiter  honora- 
blement. 


avons  déjà  rccommandii  aux  vico-rois  et  gouvcrn 

des  ordres  pour  qu'il  soit  ainsi  fait. 

la  suite,  le  minislrc  de  France,  M.  de  Bourboulc 

|u 'après  réception  par  lc3  gouvcrncmenls  provint 

c  V.  M.  et  de  la  dépfchc  du  Tsoung-li  Yamcn  les 

ml  les  catholiques  ne  se  Irailaienl  pas  conformém 

on  s  données. 

itorités  locales  de  toutes  les  provinces  apportent 

[lans  les  aiïairca  qu'elles  ont  à  traiter,  c'est  ce  qui  f 

Bourboulon.  qu'apr&a  réception  du  décret  et  d 
.  on  n'avait  pas  encore  tout  fait  pour  traiter  h  (i 

:  comme  cet  état  de  choses  pourrait  subsister,  nous 
cmandcr  un  décret  ordonnant  aux  vice-rois  et  goût 
s  les  provinces  d'enjoindre  aux  autorités  locale 
cr  à  nos  instructions  antérieures  et  de  régler  éq 

plus  vite  les  aiïaires,  de  ne  pas  juger  légèreinci 
t  graves  et  de  ne  pas  intentionnellement  appo 
{ui  seraient  préjudiciables  aux  sujels  catholiques, 
as  :  l'arlicle  i3  du  traité  fronçais  s'exprime  ainsi  : 
it  ce  qui  a  été  gravé,  imprimé  ou  publié  contre  la 
îque  est  abrogé  (pardonné)  partout,  a 
phrase  vent  dire  que  la  religion  catholique  est  mai 
le  de  toutes  les  défenses  publiées  contre  elle  ;  nous 
oir  demander  que  tout  ce  qui  a  été  publié  précé(l< 
le,  considéré  comme  non  avenu,  soit  supprimé  ;  lo 
ra  d'une  nouvelle  édition  de  nos  lois,  ces  prohibi 
onlenues  dans  les  anciennes  éditions  seront  gratl 

d'impression). 
19  dans  l'article  i3  du  traité  on  substituera  au  mo 

0  l'expression  «  supprimer,  gratter  n  de  mnnière  i 
formes  l'un  â  l'autre  l'esprit  et  la  lettre  de  cet  ai 
loumettons  ces  dilférenls  points  a  V.  M.  en  lui  den 

1  un  décret,  elle  veuille  bien  nous  faire  |iarvenir 
I  et  nous  dire  si  elle  approu>e  nos  propositions. 

Décret  de  l'Empereur, 
)ung-li  ^amen  nous  a  fait  parvenir  un  memoran 
nandanl  d'enjoindre  aux  autorités  locales  de  trai 
ude  eL  équité  les  affaires  reliitiies  aux  Catboliqu 
Ynnien  nous  avait  déjà  représenté  que  la  religior 
la  France  avait  pour  objectif  de  porter  les  hoi 


636  LE    PROTECTORAT    DES    MISSIONS 

faire  le  bien  et  que  l'Empereur  K'ang-Hi  en  avait  autorisé  Texer- 
cice,  nous  avions  en  conséquence  émis  un  décret  ordonnant  aux 
autorités  locales  de  traiter  d'une  manière  satisfaisante. 

Le  Tsoung-li  Yamen  nous  rapporte  aujourd'hui  qu'après  récep- 
tion de  notre  décret,  il  avait  écrit  de  nouveau  dans  le  même  sens 
aux  autorités  de  toutes  les  provinces  et  que,  malgré  cela,  les 
affaires  n'avaient  pas  été  traitées  d'une  manière  complète  et  satis- 
faisante. 

Nous  ordonnons  aux  Gouverneurs  et  Vice-Rois  de  toutes  les 
provinces  d'enjoindre  aux  autorités  locales,  conformément  au 
rapport  ci-joint  que  nous  approuvons,  de  régler  avec  équité  et 
promptitude  toute  affaire  relative  aux  sujets  catholiques,  de  ne 
pas  considérer  comme  léger  ce  qui  est  grave,  afin  de  montrer  que 
notre  sollicitude  est  la  môme  pour  tous. 

Nous  approuvons  et  sanctionnons  par  le  présent  décret  tout  ce 
que  nous  propose  le  rapport  du  ïsoung-li  Yamen. 

Respectez  ceci. 

LE    PORTUGAL 

Ce  protectorat  a  été  pour  nous  évidemment  une  source  de 
sérieuse  responsabilité  et  de  grands  tracas,  mais  elle  a  été 
en  même  temps  Toriginc  de  toute  notre  influence  à  une 
époque  où  la  création  de  notre  empire  colonial  de  l'Indo- 
Chine  ne  nous  avait  pas  fait  prendre  encore  la  place  que 
nous  occupons  aujourd'hui  dans  la  politique  chinoise.  Comme 
l'a  fort  bien  dit  un  de  nos  ministres  à  Pé-King,  M.  Cogordan  : 

«  L'induence  n'est  pas  une  force  qui  s'use  par  l'emploi  qu'on 
en  fait  :  elle  a  besoin,  au  contraire,  d'être  exercée  pour  se  garder 
et  se  fortifier  *.   » 

L'Angleterre  tirait  sa  force,  du  commerce  ;  la  Russie,  de 
sa  puissance  territoriale  et  de  son  voisinage  de  la  Chine  ;  la 
France,  de  la  religion  ;  pendant  longtemps,  ce  fut,  moins 
comme  ministre  d'Allemagne  que  comme  doyen  du  corps 
diplomatique,  que  M,  de  Brandt  exerça  sa  grande  influence  à 
Pc-Kini 


'g- 


1.  Lettre  à  M.  de  Frcvcinot,  Pé-King,  la  avril  1886. 


638  LE    PnOTECTORAT   DES    MISSIONS 

L'un  d'eux,  M.  Freinademetz  *,  tenta,  en  1880,  d'obtenir  par 
le  Consulat  d'Angleterre  à  Canton,  chargé  également  des 
intérêts  austro-hongrois,  un  passeport  identique  à  ceux  que 
délivre  la  légation  de  France.  Cette  demande,  adressée  au 
vice-roi  des  deux  Kouang,  fut  repoussée  par  ce  haut  fonction- 
naire qui  se  référa  au  traité  autrichien  et  allégua  que  cet  acte 
diplomatique  ne  contenait  aucun  article  relatif  aux  mission- 
naires. De  nouvelles  instances  aboutirent  enfin  à  la  remise 
d'un  passeport,  libellé  au  nom  du  requérant,  mais  ne  donnant 
droit  à  ce  dernier  qu'à  la  protection  et  à  l'assistance  que  les 
autorités  chinoises  sont  tenues  d'accorder,  conformément  au 
traité,  aux  sujets  autrichiens,  porteurs  d'un  titre  de  voyage 
régulier.  Le  consul  d'Angleterre  ne  put  faire  davantage, 
même  en  invoquant  la  clause  de  la  nation  la  plus  favorisée  : 
les  autorités  provinciales  se  refusant  à  en  admettre  l'appli- 
cation en  cette  matière.  —  Ce  missionnaire  a  reçu  depuis 
lors  (en  1882)  un  passeport  français. 

Les  Espagnols  sont  tous  sous  notre  protection.  Un  des 
représentants  de  S.  M.  Catholique  en  Chine,  M.  de  Quevedo, 
résolut  en  1868  de  placer  ces  ecclésiastiques  sous  la  dépen- 
dance de  sa  légation  et  expédia  une  circulaire  aux  agents 
sous  ses  ordres  pour  leur  déclarer  que  l'Espagne  entendait 
désormais  protéger  elle-même  ses  missionnaires  et  pour 
prescrire  le  retrait  des  passeports  français  que  ces  religieux 
avaient  en  leur  possession.  Ces  titres  devaient  être  remplacés 
par  des  titres  espagnols.  Il  semble  que  cette  détermination 
ne  fut  pas  accueillie  avec  beaucoup  d'empressement  par  les 
missionnaires.  En  effet,  au  mois  de  juin  de  la  même  année, 
M.  Brenier  de  Montmorand,  consul  général  de  France  à 
Chang-Haï,  se  rendit  à  Formose  et  à  Amoy.  Les  Domini- 
cains espagnols  vinrent  saluer  notre  agent  à  son  passage  et 
le  prier  de  leur  accorder  la  protection  française.  Quelques 

I.  De  la  congrégation  de  SteyI. 


jours  plus  tard,  il  recevait  la  lettre  suiva 
samment  combien  les  Dominicains  éta 
service  que  M.  de  Quevedo  avait  sai 
rendre: 

Takao,  le  lo  se 
'  Tbès-illdstbe  Seigmeur, 
Après  avoir  souhaité  si  longtemps  que 
sentir  dans  les  afTaires  de  notre  mission  ( 
avec  les  autorités  chinoises,  nous  avons  vu 
sir  notre  désir  accompli,  en  voyant  flotter  i 
le  glorieux  drapeau  de  la  France.  La  cano 
riale  le  Scorpion  nous  a  apporté  de  vos  noi 
votre  famille.  Nous  avons  appris  aussi  que 
que  nous,  une  communication  de  M.  de  Ç 
entend  nous  placer  sous  sa  protection.  Ma 
chissent  ne  savent-ils  pas  qu'une  protectio 
pas  appuyée  sur  des  navires  de  guerre  e 

Puisque  M.  de  Mas'  a  déclaré  que  S.  M. 
çais  était  tout  puissant  pour  épargner  aux  c 
des  Chinois,  pourquoi  voudrions-nous  u 
Nous  sommes  bien  en  France  :  que  donc  I 
la  politique  ne  nous  séparent  pas  d'elle  ? 
Je  suis,  etc. 

(Sig.)  Fernando 
Supérieur  des  Domipic 

Les  Augustins  espagnols  qui  s'adres! 
leurs  passeports  à  la  Légation  d'Espag 
désespoir  de  cause  de  nous  les  demandei 

Depuis  lors,  la  Légation  n'a  pas  a 
Espagnols  les  passeports  qu'ils  sollicitaîi 

Voici  la  lettre  que  le  comte  de  Lallen 
King,  le  ai  septembre  i868,aumai-quisd 

I.  Don  Sinitwido  do  Mas,  Ministre  dEspagi» 
a.   Mémoire  do  M.  Collin  do  PUnc}'. 
3.  Voir  p.  i4o. 


640  LE    PROTECTORAT  DES   MISSIONS 

des  Affaires  étrangères,  au  sujet  des  démarches  de  Don  Garcia 
de  Quevedo  : 

Lors  de  mon  arrivée  à  Pé-King,  j 'adressai  [une]  lettre  circulaire. . . 
aux  chefs  de  toutes  les  Missions  religieuses  catholiques  en  Chine 
sans  distinction  de  nation,  et  tous  m'ont  répondu.  Je  ne  pouvais 
avoir  aucun  doute  sur  la  rectitude  de  ce  procédé.  Je  savais  que  la 
Légation  d'Espagne,  représentée  par  M.  Sinibaldode  Mas,  n'avait 
aucune  prétention  à  exercer  la  protection  sur  les  Religieux  de  sa 
nation  qui  évangélisent  le  Fo-kien,  et  qu'elle  avait  déclaré  leurs 
intérêts  fort  bien  placés  entre  les  mains  de  la  Légation  de  l'Em- 
pereur. Je  n'avais  donc  pas  eu  à  m'occuper  de  ce  que  peut  dis- 
poser à  cet  égard  le  traité  espagnol,  que  je  viens,  du  reste  de 
chercher  sans  succès  dans  nos  archives. 

Mais  le  successeur  de  M.  de  Mas,  M.  de  Quevedo,  aiTivé  ici 
vers  la  lin  d'avril,  n'a  pas  jugé  que  les  choses  pussent  demeurer 
en  cet  état.  Il  a  voulu  revendiquer  la  protection  des  Dominicains 
espagnols,  et,  s'il  eût  débuté  dans  cette  entreprise  par  une  expli- 
cation franche  et  courtoise  avec  moi,  rien  de  plus  naturel.  J'aurais 
examiné  avec  lui  la  teneur  du  traité  espagnol  en  ce  qui  touche  la 
protection  des  missionnaires,  et  à  moins  d'ordres  positifs  de 
Madrid,  je  l'aurais,  probablement,  prié  d'attendre  que  le  Gou- 
vernement de  l'Empire  se  fût  entendu  avec  celui  de  Sa  Majesté 
Catholique  sur  ce  point  nouveau. 

Mais  au  lieu  d'en  user  ainsi,  M.  de  Quevedo,  avait,  même 
avant  son  arrivée  à  Pé-Ring  —  du  moins  j'ai  lieu  de  le  croire  — 
expédié  de  Chang-Haï  une  circulaire  aux  agents  sous  ses  ordres 
pour  leur  déclarçr  que  l'Espagne  entendait  désormais  protéger 
elle-même  ses  missionnaires,  et  pour  prescrire  le  retrait  des  pas- 
seports français  que  ces  Religieux  avaient  dans  les  mains.  Ces 
titres  ont  dû  être  remplacés  par  des  titres  espagnols.  Quant  à  un 
avis  à  la  Légation  de  l'Empereur  auquel  la  courtoisie  eût  com- 
mandé de  joindre  un  remerciement  pour  les  services  rendus  à  des 
sujets  de  Sa  Majesté  Catholique,  il  n'en  a  pas  été  question  ;  cela 
eût  pesé  sans  doute  à  la  fierté  de  M.  de  Quevedo  qui  est  poète  et 
Castillan. 

Notre  ministère  pensa  qu'il  y  avait  lieu  de  tenir  compte 
des  appréciations  de  M.  de  Lallemand  ;  il  croyait  comme 
notre  représentant  que  nous  avions  intérêt  à  ne  pas  établir 


6^3  LE    PROTECTORAT    DES    MISSIONS 

a  Je  doute,  écrit  M.  Patenôtre*,  que  le  patronage  de  l'Italie 
qui  n'entretient  dans  les  mers  de  Chine  qu'un  seul  bâtiment  de 
guerre  contribue  beaucoup  à  accroître  la  sécurité  des  missions 
catholiques.  Il  peut  en  revanche  n'être  pas  sans  danger  d'insister 
sur  la  distinction  à  établir  entre  les  missionnaires  étrangers  et 
les  missionnaires  français,  car  c'est  une  façon  indirecte  de  désigner 
spécialement  ces  derniers  à  la  haine  des  indigènes.  J'en  ai  fait 
l'observation  à  mon  collègue  en  lui  rappelant  que  l'agent  russe  à 
Han-Keou  avait  déjà  été  chargé  oiliciellement  de  la  tutelle  des 
intérêts  catholiques.  M.  de  Luca  dont  l'orthodoxie  s'alarmait, 
parait-il,  de  voir  les  congrégations  italiennes  sous  le  protectorat 
d'une  puissance  schismatique  a  été  d'un  avis  différent.  Il  s'est 
adressé  en  conséquence  à  l'agent  anglais*,  à  Han-Keou,  lequel 
est  du  reste  protestant,  pour  le  prier  d'accepter  les  fonctions  de 
Vice-Consul  d'Italie  et  de  proléger  en  cette  Qualité  ses  nalionau\ 
établis  dans  les  provinces  du  Hou-Pé,  du  Hou-Nan  et  du  Uo- 
Nan.  » 


De  retour  à  Chang-Haï,  M.  de  Luca  adressa  au  Tsoung-li 
Yamen,  le  i5  novembre  188/I,  une  longue  communication 
en  anglais,  dans  laquelle  il  annonça  quHl  était  allé  à  Han- 
Kéou  pour  délivrer  à  ses  nationaux,  afin,  que  le  cas  échéant, 
ils  ne  partagent  pas  le  sort  des  Français,  des  certificats  indi- 
viduels de  nationalité.  Il  avait  délivré  38  certificats  dont  26  à 
des  missionnaires  et  12  à  des  religieuses,  sans  soulever  la 
question  de  protectorat  exercé  par  la  France  sur  toutes  les 
missions  catholiques.  M.  de  Luca  demandait  que  des  instruc- 
tions télégraphiques  fussent  envoyées  à  Pien,  vice-roi  des 
deux  Hou,  pour  qu'il  apposât  son  sceau  sur  les  certificats 
afin  de  leur  donner  plus  de  valeur. 

Un  cert^iin  nombre  de  missionnaires  italiens  eussent  pré- 
féré la  protection  de  l'Italie  à  celle  de  ta  France  et  ne 
manquaient  pas  de  témoigner  de  leurs  sentiments  lorsqu'une 


1.  A  M.  Jules  Forry,  Chang-Haï,  18  novembre  i884. 

2.  M.  Clialoner  Alabaster. 


ocrasion  leur  élail  fournie,  comme,  par  exemple,  la  i 
à  llan-kéou,  tlu  navire  de  guerre,  Crislo/oro  Colombo. 

Le  croiseur  '  CrUloforo  Colombo  partait  le  19  avril  dernîi 
Cliang-HaT  pour  visiter  les  ports  du  Yang-tseu  kiang. 

Arrivé  le  lendemain  à  kiang-Yun,  il  poursuivit  sa  rou^ 
la  passe  de  Silver  Island.  et  dans  la  mfine  matim-e,  il  jelait  l'i 
à  Tclien-Kiang. 

Le  lendemain,  il  continua  à  remonter  le  fleuve,  et  le  33  ai 
il  jetait  l'ancre  à  kieou-kiang.  où  ap^^3  un  séjour  de  48  lie 
il  poursuivit  pour  Ilan-kéou. 

Le  clirf  de  la  mission  italienne  à  Ilan-keou.  l'évoque  M«' 
lassare*,  se  rendit  11  bord  du  Cofumfio  aussitôt  qu'il  eût  jeté  l'ai 

Le  commandant  du  Colomba  rendit  la  visite  a  l'évéqucda 
nmdcncc  de  Wou-tch'ang,  sur  la  rive  opposée  el  h  quelques  n 
plus  en  amont  de  llan-kéou. 

Lccommandantdu  CoJorn6o  et  ses  ofTiciers  reçurent  des  mar 
de  grande  sympathie  de  la  part  de  tous  les  missionnaires  j  ■ 
pris  leur  chef. 

Les  seeurs  du  couvent  ont  lu  au  commandant  une  adres: 
les  sentiments  patriotiques  alternaient  avec  les  sentiments 
charité  et  delà  r<-li^'ton. 

Le  1"'  mai.  le  Colombo  quitb  le  port  de  IlnU'kéou  et  le  soii 
l'ancre  à  Kieou-kiang  d'où  le  lendemain  il  repartit  [>our  \ 
hou. 

Le  5,  il  partit  de  Wou-hou  et  arriva  le  même  jour  J  Te 
Kiang. 

Le  (i.  le  Colombo  quitta  ce  mouillage  et  arriva  le  soir  k  \ 

Le  la,  au  matin,  le  Colombo  était  de  retour  à  Chang-IIal 
reprit  son  mouillage^. 


I.  Italie,  16  juillet  iSS5. 

n.  tiarlauare,  Hpiphane.  né  à  Moiilcccliio.  dîociic  de  VîceiK 
juin  iSjt  ;  TrËrc  mineur  ;  évoque  de  Madsura  (Niimidio).  vicaire  a| 
li(|uc  du  Hou-Pc  oriental.  1^  juin  188V 

3.  Un  article  pwul  égalemeiil  dans  le  Po/iolo  romano,  du  ili  j 
donnant  le  tcitc  de  1  allacution  des  sœurs  au  nombre  de  i3,  ayant 
tète  la  sœur  Paola  Vismara. 


644  ^^    PROTECTORAT    DES    MISSIONS 

Modèle  des  Certificats  italiens 

Si  certifica  da  Noi  qui  soltoscrillo,  Inviato  Straordinario  eMi- 
nistro  Plcnipotenziario  di  S.  M.   il  Rè  d'Italia   in  Cina,  che  il 

missionàrio figlio  di 

c  di  nato  in  (Italia)  nelJ*anno  i8       , 

non  è  francese,  ma  è  suddito  italiano  e  corne  taie  registrato  al 
no  nel  Regislro  dei  Nazionali  presso  il  Consolato  d'Ilalia 

a  Shang-hai. 

Shanghai,  novembre  i884. 

Il  y  avait  environ  72  missionnaires  italiens  en  Chine. 
M.  Mancini*  déclara  à  notre  ambassadeur  près  du  Quirinal, 
M.  Decrais,  qu'il  approuvait  la  conduite  de  M.  de  Luca  et 
que  «  d'après  ses  informations,  le  Vatican  s'était  montré 
reconnaissant  de  l'intérêt  que  le  Ministre  du  Roi  avait  montré 
en  ces  circonstances  aux  religieux  ses  compatriotes,  » 
(février  1880).  Le  gouvernement  du  roi  Humbert  avait 
fort  à  cœur  cette  question  et  en  juin  i885,  le  ministre  des 
Affaires  étrangères  d'Italie  présenta  au  Sénat  un  projet  de 
loi  tendant  à  organiser  le  protectorat  catholique  en  Afrique, 
en  Orient  et  ailleurs  au  profit  de  l'Italie. 

Le  préfet  de  la  Propagande  opposa  un  démenti  absolu 
aux  paroles  de  M.  Mancini  et  déclara  :  «  Le  Saint-Siège  ne 
croit  pas  possible,  en  raison  des  circonstances,  à  aller 
jusqu'à  une  nouvelle  protestation  publique,  sentant  très  bien 
qu'on  pourrait  facilement  en  prendre  prétexte  pour  surexci- 
ter contre  le  Pape  le  sentiment  national.  »  Le  secrétaire  de 
la  Propagande,  M*-"^  Jacobini,  disait  que  des  instructions 
allaient  c^lre  envoyées  aux  missionnaires  italiens,  les  invitant 
à  recourir  autant  que  possible  exclusivement  aux  bons  offices 
de  l'Evoque  français  de  Pé-King  (5  février  1885).  Le 
Vatican  et  la  Propagande  en  particulier  n'avaient  guère  de 
raisons  de  se  tourner  vers  le  Quirinal  ;  en  janvier  i885,  le 

I.   Mancini,  Pascai-Stanislus,   né  à  Caslcl-Baronia,   près  d'Ariano, 
le  17  mars  1817  ;  mort  à  Capodimonte,  26  décembre  1888. 


6^6  LE    PROTECTORAT    DES    MISSIONS 

Le  démenti*  que  nous  avons  opposé  hier  avec  VOsservatore 
Bomano  aux  nouvelles  du  Times  relalivement  à  la  substitution 
du  protectorat  français  dans  l'Extrême-Orient,  mérite  une  atten- 
tion toute  particulière.  Il  a  une  importance  politique  de  premier 
ordre.  Le  gouvernement  françiiis  peut  voir  à  quel  point  le  Saint- 
Siège  respecte  les  traditions  de  la  France  dans  les  missions,  malgré 
les  écarts  et  les  fautes  de  la  République.  Pourrons-nous  espérer 
qu'il  en  tiendra  compte  et  qu'il  réparera  les  errements  du  passé, 
en  sauvegardant  en  môme  temps  les  intérêts  de  l'avenir  ? 

Dans  tous  les  cas,  les  informations  du  Times,  quoique  fausses 
dans  leur  teneur  actuelle,  ont  un  fonds  de  vérité  qu'il  ne  faut  pas 
dédaigner.  C'est,  sous  une  autre  forme,  une  nouvelle  tentative 
de  ravir  à  la  France  son  protectorat  catholique,  qui  constitue  la 
garantie  la  plus  précieuse  de  son  influence  dans  les  colonies.  Ce 
danger  ou  cette  menace  se  dresse  et  se  multiplie  sur  tous  les 
points.  Il  n'est  plus  permis  d'en  douter,  on  fait  une  concurrence 
impitoyable  à  la  France.  Si  le  gouvernement  français  veut  con- 
jurer ce  péril,  s'il  entend  sauvegarder  l'héritage  glorieux  des 
Richelieu  et  des  Napoléon  I*"",  son  premier  devoir  est  d'enrayer  le 
mouvement  qui  semble  pousser  la  France  vers  la  séparation  de 
l'Eglise  et  de  l'État.  Le  jour  où  il  oublierait  ce  devoir  patriotique 
marquerait  la  fin  du  protectorat  catholique. 

Cependant,  quelques  Puissances  s'agitaient  à  Pé-King; 
rAngleterrc,  rAllemagne,  l'Italie  et  même  la  Belgique 
encourageaient  depuis  plusieurs  mois  la  Cour  chinoise  a 
nous  contester  les  droits  spéciaux  découlant  pour  nous  du 
Protectorat  :  la  Russie  et  l'Espagne  s'abstenaient  ;  les  efforts, 
dont  l'amoindrissement  de  notre  influence  en  Chine  ét^iil 
l'objectif,  étaient  concentrés  à  Londres  et  favorisés  par  le 
cardinal  Manning  qui  professait  peu  d'amitié  pour  notre 
pays  ;  l'archevêque  de  Westminster  faisait  cause  commune 
avec  le  marquis  Ts'êng,  chargé  d'engager  directement  avec 
le  Pape  la  question  de  la  renonciation  du  Saint-Siège  à 
notre  protectorat. 

La  lettre  suivante  de  notre  ambassadeur  près  du  Saint- 

I.  Moniteur  de  Home,  i6  juillet  i885. 


Siège,  adressée  à  M.  do  (■"rejcincl,  expose  bien 
Vatican  : 

Rome,  le  9  soplcinl 

MoMSIBUIt  LE  MiNLSTBE, 

Un  Membre  du  Sacré-Collège  qui  prend  liabili; 
part  active  aux  travaux  de  la  Propagande  a  int{ 
(|ueli|ues  Jours,  à  litre  conlidcnliel,  le  Cardinal  Siir 
des  bruits  relatifs  à  U  suppression  du  Protectorat 
pucrco  sur  les  missions  catholiques  en  Clilne.  Le  Vr 
pagaiide  a  répondu  avec  autnnt  de  simplicité  que  > 
interrogations  qui  lui  étaient  faites. 

Des  détails  qui  m'ont  été  fournis  à  la  suite  de  ce 
dois  conclure  que  la  question  a  été  tout  au  moin 
sérieux  échange  d'idées  entre  le  Souverain  Pontife 
îSimeoni.  e  J'ai  démontré  au  l'apc,  aurait  dit  si 
c|ue  tous  ces  beaux  projets  tendant  à  nous  soustraii 
lion  de  la  France,  dans  l'EïIrème-Orient,  sont 
reposent  sur  rien  de  séricuï,  aucun  gouverneme 
mesure  de  nous  offrir  les  garanties  que  nous  trouvon 
de  la  France,  quelque  pénible  d'ailleurs,  que  doi 
souvent  pour  le  Saint-Siège  les  efiets  de  la  politi 
de  la  République  à  l'intérieur,  n 

C'est  le  même  ordre  d'idées  que  m'avaient  déji 
cardinal  Jacobini  et  le  Secrélairc  de  la  Proiiagandi 
purement  et  simplement  à  la  Chine,  nous  ne  saur 
m'avait  dit  ^Arcbc^équc  de  Tvr  :  il  est  très  certain  i 
de  l'Ëglise  ne  nous  protégeraient  pas  du  tout  con 
olFensifs  du  Céleste  Empire:  dès  lors  il  faudrait 
OUI  diverses  Puissances  eurojjéenncs  et  nous  serions 
de  toute  nécessité  à  solliciter  surtout  les  bons  oili 
toujours  prèle  ii  nous  les  offrir.  Mais  cela  nous  i 
cher  et  le  slatu  qan  est  de  beaucoup  préFcrable,  n 

Telle  est  la  situation  aujourd'hui.  Monsieur  b 
fait  qu'on  a  pu  et  dû  envisager  au  Vatican  certaine 
n'en  reste  pas  moins  fort  grave,  et.  je  ne  crois  pai 
m' étendre  sur  l'intérêt  que  nous  avons  fi  surveiller 
lei  menées  que  les  adversaires  de  notre  Proteclon 
avec  le  concours  de  la  diplonialie  chinoise  ajani  \ 
cour  de  Rome  le  cai-dinal  Manning,  que  son  com[i 


648 

(linal  Howard  déclarait  nicemment 
lisle  de  l'Europe. 
Veuillez,  elc. 

Dans  une  audience  accordée, 
pape  à  noire  ambassadeur,  Léon 
de  rExtrôme-Oricnt  ol  des  bru! 
pourparlers  de  la  Chine  avec  la  i 
déclara  : 

«  En  nie  rcmerciani,  écrit  M.  LeI 
tiièrcs  libéralités  de  la  République  p( 
m'a  parlé  du  récent  départ  du  Père 
mp  luisant  remarquer  que  cette  pi 
Pé-King  pour  qu'on  ]}uisse  prétendre 
tolique  est  chargé  de  suivre  les  négoi 
a  été  parlé  dans  la  presse.  «  Nous  n'a' 
conclu  le  Souverain  Ponlire,  nous  n< 
attendons  les  évcnemcnU  »... 

Je  n'ai  pas  insisté,  car  il  est  clair 
ces  mois,  songeait  à  l'évenlualité  qi 
Uincs  Teuilles  républicaines  de  l'aris 
cordât. 

Le  coup  que  Ton  voulait  pori 
Missions  élaît  paré  pour  cette  f 
examiné  révcntualité  tl'un  prot 
avait  faibli  dans  l'appui  qu'il  ne 
nos  litre»  de  possession  élaiont  I 
draienl-ils,  lorsqu'une  puissance 
d'accord  à  la  foia  avec  le  Valican 
verrons  avant  longtemps. 

1.   Lcfelivrc  ilc  BclininG,    lidoaarii-j'. 
iSag  ;  amliauBdcur  près  le  Saint-Sicge. 
a.  Rome,  i3  oclobro  i885. 


ABLEAU    G 


TsBÎ  Han, 
morl  jeune. 


'adoption  est  marquée  pa 

[)  Ce  caraclère  est  égalot 

1  été  autorisé  à  le  garder 

par  Faveur  spéciale,   qui 

placé  par  le  caractère  (a). 


G5o  TABLE    DES    MATIÈRES 

Chapitre  XIV.        —  L'affaire  du  Tong-King  (suite).     .     .     .        285 

Chapitre  XV.         —  L'affaire  du  Tong-King  (51/ i7e).  3o8 

(Chapitre  XVL        —  Mort  de  l'impéralTice  de  TEsl  (1881).  — 

Traité  brésilien.  —  Disgrâce  de  Tso.  — 
Le  P.  Grimaud Saa 

Chapitre  XVIL      —  L'afTairc  du  Tong-King  (suite).     .     .     .       33i 

Chapitre  XVIIF.     —  L'affaire  du  Tong-King  (^suile).  —  Départ 

de  M.  Source  (1 883) 308 

Chapitre  XIX.        —  L'affaire  du  Tong-King  (suite),  — Trailé 

de  Hué  (Ilarmand),  ab  août  i883.    .  38a 

Chapitre  X\.  —  L'affaire  du  Tong-King (tfMi7<»).  —  M.  Tri- 
cou  (i883) 393 

Chapitre  XXL        —   L'affaire  du  Tong-King  («w//c)   —  M.  de 

Somalie  (i883-i 884) Uo 

Chapitue  XXII.  —  L'affaire  du  Tong-King  (suite).  —  (con- 
vention Fournier,  11  mai  188^.  .  43i 

Chapitre  XXIIL  —  L'affaire  du  Tong-King  (suite).  —  Bac- 
Lé  (28  juin  i884).  .......        ^^9 

Chapitre  XXIV.     —  L'affaire  du  Tong-King  (â^uiVe). —  M.  Pa- 

tenôtre  à  Hué 48o 

Chapitre  XXV.       —  L'affaire  du  Tong-King  (fin).  —   M.  Pa- 

tenôlro  en  Chine AyS 

Chapitre  XXVL     —  Traité  Cogordan  (1886).  —   Traité  (]ons- 

tans(i887) Tiâa 

(Chapitre   XXVII.    —   Le  P.  Terrasse.  —  Le  choléra. —  Affaire 

de  Swatow.  —  Licou- Kieou  (i883).  — 
Le   Toung-T'ang.  —   Affaire   Conraux 

—  Affaires  de  Corée  (i884) «^tO 

Chapitre  XXVHL  —  Légat  ou  nonce,  à  Pé-King?  i885-i88()..       691 

Chapitre  XXïX.     —  Transfert  du  Pé-T'ang 6o5 

Chapitre  XXX.       —  Le  protectorat  des  missions CaO 

Tableau  généalogique  de  la  famille  impériale  de  chime. 


CHARTRES.    I.MPRIMEKIE  DURAND,    RUE    FULBERT. 


FÉLIX   ALCAN,   ÉDITEUR 


BIBLIOTHÈQUE  GKNKRALE  DES  SCIENCES  SOCIALES 


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L'Idéalisme  social,  par  Kugènc  Poi.'RH]t:itK,  député. 

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h  l'Université  de  C.lermont-Perrnnd. 

Les  TraDsformations  du  pouvoir,  par  G.  Tabdi!,  proreeseur  au  CoKËgc 

Morale  sociale,  leçons  proCessées  nu  collège  libre  des  Srienccs  so. 

cioles,  pur  MH.  Û.  Belot,  Uarcki.  Brhnês,  Bri;\echvic<i,   K.   Buisso:i, 

Darlu,  UitunrAC,  IiEi.nET,  Ctt.  Ojde.  H.  Kovalevsky,  Malapert,  te  M.  P. 

HAiruus,  DE  HoHEBTï,  G.  SoBEL,  Ic  Paâleur  W'AUNF.n.  préface  de  H.  Éuile 

BouTROux,  île  l'Institut. 
Les   Enquêtes,   pratique  et  théorie,  par  P.   du  Hahoussbu.  (Ouvrage 

couronné  par  l'Institut.) 
Questions  de  Morale,  leçons  professées  h  rf;co1c  de    morale,  par 

MU.  Belot,  Bf.rni^.s,  K.  Burssos.  A.  Croisf.t,  Darlu,  Uelbos,  PoirRsrf.BE, 

MSLAPKRT,  Motif,  I).   PaRODI,  G.  SOBEL. 

Le  développement  du  Catholicisme  social  depuis  l'encyclique  Rerum 

novii-um,  par  Max  Ti;RiiA(is. 
Le   Socialisme  sans  doctrines.    La   Qiitstion  ouvrier»  ri  la   Question 

ni/ruii-e  en  Australie  et  en  Nouvei/e-Zèliinde,  par  A.  Métin,  agréné  de 

l'L'niversité,  profe^^seur  h  l'Ecole  municipale  Lavoisier. 
Issistance  sociale,  l'aiwrrs  et  mendiants,  par  P.  Strauss,  sénateur. 
L'Education   morale    dans    l't) Diversité.    (Ettseignement    secondaire.) 

Conférences  et  discussions,  sous  la  présidence   de  M.   A.   CROrsET, 

doven  de  la  l'acuité  des  lettres  de  l'UniversiLË  de   Paris.  (École  des 

hniilen  Éludes  sociales.  1900-IU01.) 
La  Méthode  historique  appliquée  anz  Sciences  sociales,  par  Charles 

Seionohos,  moilre  île  conférences  il  l'Université  de  Paris. 
L'Hygiène  sociale,  par  E.  Uuclaux,  del'InsLitul,  directeur  de  l'Institut 

Chaque  vol.  in-8  carré  da  300  pages  environ,  cart.  à  rangl.    .    ,      8  ft. 


Le  Contrat  de  salaire,  par  M.  Bureau,  prorcsseur  A  la  Faculté  libre  de 
droit  de  Paris. 

La  Formation  de  la  Démocratie  socialiste  en  France,  par  Albert  Hëtin, 
aRrépéde  l'Université. 

La  Méthode  géographique  appliquée  aux  Sciences  sociales,  par  Jean 
Bbl'hnes,  professeur  ù  l'Université  de  Fribourg  (Suisse), 

Les  Bourses,  par  H.  Thali.eh,  professeur  à  la  Faculté  de  droit  de  l'Uni- 
versité de  Paris. 

Le  Hooisme  économique  (Sociologie  marxiste),  par  de  Kell^.s-Krai;z. 

L'OrganiaatioD  industrielle  moderne.  Ses  caractères,  son  développe- 

!,  par 


FÉLIX  ALCAN,  ÉDITEUR 
PUBLICATIONS  PÉRIODIQUES 

REVUE  PHILOSOPHIQUE 

DE  LA  FRANCE  ET  DE  L'ÉTRANGER 

Dirigée  par  Th.  RIBOT,  membre  de  l'instiiul. 

(27*  année,  1902) 

Parait  tous  les  mois,  par  livraisons  de  7  reiiilles  grand  in-8,  et  forme 

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REVUE  HISTORIQUE 

Dirigée  par  G.  MON OD 

\  Membre  de  l'Inslitut,  Maître  de  confércnceR  à  l'École  normale, 

Président  de  la  s«*clion  historique  et  philologique  à  l'École  dos  hautes  i^tndes. 
\  (37'  aance,  190a) 

l  Parait  tous  les  deux  moi*»,  par  livraisons  grMid-in-8  de  i5  feuilles  et  forme  par  an 

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Prix  d'abonnement:  Un  an,  pour  Paris,  30  fr.  —  Pour  les  dépar- 
tements et  l'étranger,  33  fr.  —  La  livraison,  6  fr. 

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I.    187G  à  1880,  3  fr.  ;  pour  les  abonnés,  1  fr.  r>o. 

II.   1881  à  i885,  3  fr.  ;  —  i  fr    3o- 

111.   188G  à  i8yo.  5  fr.;  —  a  fr.  Tw. 

T\.   likjx  »  1895,  6  fr.;  —  1  fr.  5t>, 

Annales  des  Sciences  Politiques 

KECUEIL   BIMKSTlUfciL 

Publié   avec   la  c*olln1ioration  des   professeurs   et   des  anciens  élèves 

de  Tt^eolc  libre  clos  Sciences  politiques. 

[Dix-seplième  année,  1903) 

COMITÉ  DE  RÉDACTION:  M.  Emile  Boutmt,  de  l'instîtut.  directeur  de  TÉcole; 
M.  i\.Lr.  DK  FoviLLK,  dc  l'Institut,  consc'ilh'r  niaitre  A  la  Cour  deu  comptes;  M.  R.  Stoiîhm, 
ancien  in^pcflour  dcj»  finaurcs  ot  administrateur  de»  Contributions  indiret-te»  ; 
M.  AlcxanJrc  Ribot.  député,  ancioii  ministre;  M.  L.  Rf:^iL-i.T,  professeur  à  la  Faculté 
dc  droit;  M,  Albert  tyiiiEL,  de  l'Aradémie  française;  M.  A.  V4.<(d.\i.,  de  rVeadémic 
françaiw;  M.  Aug.  Ar^ausk,  DircctiMiv  do  la  Monnaie;  M.  Emile  Rouhgeois,  maitrc  de 
conférences  à  l'Ecole  normale  supérieure,  Directeurs  des  groupe»  de  travail,  pro- 
feBscurs  à  l'Ecole. 

Bèdadeur  fn  chef:  M.  A.  Vjiu-irK. 

ConditlonK  d'abonnement.  —  Un  an  (du  i5  janvier):  Pari^,  18  fr.  ; 
départements  et  étranger,   19  fr.  —  La  li%  raison.  SI  fr.  50 

Les  trois  premii-res  annreii  (i88()-iS87-i8S8)  se  vendent  chacune  \ii  francs,  les  livrai- 
sons, chacune  ii  francs,  In  quatrirme  année  (1889)  et  tes  suivanirs  se  vendent  chacune 
iS  francs,  et  les  livraisons,  chacune  tifr.  50. 


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